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POIX DE BOURGOGNE

L'tx Burgundica, Pix Abietina ; Poix de Bourgogne ou des Vosges, Poix jaune ; angl., Burgundy Pitch; allom., Fichtenharz, Tannenharz.

Origine botanique. — Le Piniis abies L. {Abies excclsa DG.), vulg. Pesse ou Epicéa (. Norway Spruce Fir des Anglais, Fie h te ou Rothtanne des

(1) WiGGEns et I lus em an N, Jahresbericht, 18GS, 53.

HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. m

Allemands) est un bel arbre qui atteint un-e hauteur de 30 à 30 mètres. Il est abondamment répandu dans le nord et dans les parties montagneuses du centre de l’Europe, mais il n’est pas indigène de la Grande- Bretagne, quoiqu’il y existe en grande quantité. Dans la Laponie russe, il s’élève jusqu’au 68° degré de latitude nord, presque jusqu’à la limite de la végétation des arbres, tandis que vers le sud de l’Europe il s’étend jusqu’aux Pyrénées espagnoles. Dans les Alpes, il s’élève jusqu’à I 800 mètres au-dessus du niveau de la mer (a).

Historique. — Suivant la définition donnée parla Pharmacopée de Londres, et d’après l’exemple des droguistes de Londres, nous restreignons le nom de Poix de Bourgogne au produit de l’espèce botanique mentionnée plus haut. Les pharmacologistes français accordent à ce terme un sens analogue, mais, sur d’autres points du continent, le nom de Pix Burgundica possède une signification plus étendue et s’applique aux térébenthines d’autres Conifères. Il est ici employé dans le même sens qu’en Angleterre et en France.

Parkinson, apothicaire de Londres et herboriste du roi Charles Ier, parle du Burgondy Pitch comme d’une drogue bien connue de son temps (1). Dale, dans sa Pharmacologia , mentionne la Pix Burgundica comme importée d’Allemagne en Angleterre. Elle est aussi signalée par Salrnon, en 1693, qui dit: « elle nous est apportée de Bourgogne, d’Allemagne, et d’autres lieux voisins de Strasbourg (2). » Pomet, qui écrivait à Paris acis la même époque, regarde le nom de Poix de Bourgogne comme erroné, et dit que la meilleure Poix grasse vient de Hollande et de Strasbouig (3). Il nous est impossible de savoir si cette résine a jamais été recueillie en Bourgogne. Ce nom peut lui avoir été donné parce qu’elle était apportée dans le commerce, de Suisse ou d’Alsace, par la voie de la Tranche-Comté, appelée aussi Comté de Bourgogne ou Haute-Bourgogne (4). La Poix de Bourgogne est énumérée dans la matière médicale de la Pharmacopée de Londres de 1677, et dans les éditions suivantes. Dans celle de 1809, elle est inscrite sous le nom de Pix arida comme résine extraite du Pinus Abies.

Production. — La Poix de Bourgogne est produite par la Finlande,

(1) Thcaterof' Plants , 1040, 1542.

(2) Comptent English Physician, 1093, 1031.

(3) Mst. des Drogues, Paris, 1094, P. 1, 287.

(4) Ci.AuuÆL-s, dans sa Stirpium Sciagr.aphia (1000), dit qu’il a vu le Pesse (Pinus y nés L j en grande abondance «in Burgundicis montibus », mais il no fait aucune allusion a la production d’une résine par cet arbre.

IIIST. DES DnOOl'ES, T. II.

CONIFÈRES

la Forêt-Noire, le grand-duché de Bade, l’Autriche et la Suisse. Dans les domaines du baron Linder, à Svarta, près d'Helsingford, on l’obtient en fondant la résine brute au contact de la vapeur d’eau, et pressant. La quantité qui y est annuellement produite était estimée, en 1867, à 35 000 kilogrammes (1); celle fournie par un établissement situé à Ibn, dans le même pays, s’élève à 80000 kilogrammes (2). Dans les environs d’Oppenau, et sur la montagne dcKniebis, dans le grand-duché de Bade, on fait sur les tiges des Picea des plaies également distantes les unes des autres, en forme de gouttières larges de 2 à 4 centimètres, et également profondes. La résine qui en exsude est recueillie à l’aide dun instrument en fer disposé pour cet usage ; on la purifie en la faisant fondre dans l’eau chaude, et on la presse. Cela se fait dans trois ou quatre petits établissements, à Oppenau, et dans un village voisin, celui de Lôcherberg. Dans cet état, la résine est opaque et contient beaucoup d’humidité; on lui donne le nom de Wasserharz. En la pressant davantage, et évaporant une partie de son eau, on améliore sa qualité. Dans cette partie de l’Allemagne, la fabrication de la Poix de Bourgogne diminue, en partie parce que les arbres sont fatigués par les plaies qu’on pratique sur leurs troncs, et en partie parce que la récolte de la résine n’est pas permise dans les grandes forêts qui appartiennent aux gouvernements de Bade et de Wurtemberg. Nous avons eu 1 occasion (3) d’observer que, dans les établissements dont nous venons de parler, la térébenthine importée de Bordeaux ou galipot, et la résine d’Amérique ou colophane, sont employées en quantités certainement plus considérables que la résine recueillie dans la localité même.

Au milieu du dernier siècle, on produisait dans le canton suisse de Neuchâtel, d’après Duhamel (4), une certaine quantité de Poix de Bourgogne; mais, actuellement, on n’y exerce plus cette industrie, du moins sur une grande échelle. Dans les districts de Moutier et de Delémont, dans le Jura bernois, on recueille encore cette résine, mais elle n’y est pas connue sous le nom de Poix de Bourgogne ; on la nomme Poix blanche. L’inspecteur des forêts de ce district, 1 un des plus îiehes en Pinus Abies, a informé l’un de nous qu’on y recueille chaque année de 790 à 830 quintaux de résine, qu’on exporte à Bâle, a Zurich, à Aarau et dans le pays de Vaud. La poix se vend sur place (1868) de 100 à

(1) Pharm. Journ., 1867, IX, 164.

(2) Oesterreichischer Ausstellungs-Beric/it, Wien, 1808, X, 471.

(3) Je suis reslé plusieurs jours dans ces localités en 1873. [b . • ' -J

(4) Traité (les Arbres, etc., 1705, I, 12.

1 10 francs la bosse de G quintaux. Les quantités recueillies dans d’autres parties de la Suisse sont encore moins considérables.

Description. — La Poix de Bourgogne pure, dont nous possédons de nombreux échantillons authentiques, est une substance un peu opaque, d’un brun jaunâtre, dure et cassante lorsqu’elle est froide, mais prenant peu à peu la forme du vase dans lequel on la conserve. Elle est très-adhésive, se casse avec une cassure nette, conchoïdale, et possède une odeur aromatique agréable, surtout lorsqu’on la chauffe. Elle n’offre pas déstructuré cristalline, quoique la résine qui se concrète sur la tige de l’arbre soit, ainsi que nous l’avons souvent constaté, nettement cristalline. La Poix de Bourgogne est facilement soluble dans l’acide acétique cristallisable, l’acétone, l’alcool absolu, et même l’alcool à 73 pour 100'(p. spéc. 0,860); mais sa solubilité dans ces liquides est considérablement diminuée par la présence de l’eau ou de l’huile essentielle, et davantage encore par la formation d’acide abiétique dans la lésiné elle-même. Les memes influences s’exercent aussi sur son point d’ébullition.

Une résine brute de Pinus Abies (1), privée d’huile essentielle et dissoute dans 1 partie d alcool absolu, dévia la lumière polarisée de 3° à gauche, en colonne de 30 millimètres. L’huile essentielle la dévia de 8°, 3, dans la même direction. L’essence contient une faible proportion d’une huile essentielle oxygénée. Après traitement par le sodium, l’essence qui reste ne forme pas de composé solide, quand on la sature d’acide chlorhydrique.

Composition chimique. — Les recherches de Maly mentionnées plus haut, à la page 383, ont élucidé d’une façon satisfaisante les propriétés chimiques des exsudations résineuses des Pins. Elles sont toutes, d’après ce chimiste, des mélanges d’une même résine amorphe, GWHG2CP, avec des huiles essentielles de la formule C10H16. Ces sucs térébenthiireux sont recueillis et vendus, soit dans leur état naturel, comme térébenthines , soit après avoir été privés plus ou moins complètement de leur huile volatile ; dans cet état, ils sont représentés par la Poix de Bourgogne, et finalement pai la résine ou colophane. Les térébenthines qui s’écoulent des tiges des arbres perdent graduellement leur transparence si on les laisse sécher lentement à 1 air, et deviennent en même temps plus dures et un peu granuleuses. Cette altération est due à une absorption d’eau, qui ne se mélange pas seulement aux principes constituants du suc résineux, mais

(1) Recueillie par moi-même. [F. A. F.]

CONIFERES.

sc combine chimiquement, en certaine quantité, avec la résine qu elle transforme en un corps cristallin ayant les propriétés d’un acide. On observe facilement ce. fait, quand on recueille des gouttes pures de la térébenthine du P inus silvestris ou du P inus Picea, dans les canaux de l’arbre, et qu’on les conserve dans un milieu parfaitement sec. Dans ces conditions, ces térébenthines restent transparentes, mais si l’on ajoute de l’eau, il se forme, au bout de peu de temps, des cristaux d’acide abiotique qui les rendent plus ou moins opaques.

Lorsqu’on recueille les térébenthines avant qu’elles aient perdu leur huile essentielle par évaporation ou oxydation, et avant qu’elles soient devenues cristallines, on peut les conserver dans un état de transparence complète en distillant l’huile volatile sans l’intermédiaire de l’eau. Mais d'ordinaire, on effectue la distillation avec de l’eau, et la résine est alors opaque.

Maly pense que la même résine amorphe existe dans toutes les Conifères, et qu’elle donne par hydration le même acide, qui est Y acide Abiétique , décrit par les anciens chimistes sous les noms d’acide Pimqnc, acide Sylvique et acide Pimarique ; on admet, du reste, que tous ces acides ont la même composition chimique. Nous devons cependant rappeler que plusieurs sortes de térébenthines, notamment le baume du Canada, paraissent incapables, d’après nos expériences, de fournir aucun composé résinoïde cristallin, et que leur résine amorphe n’étant qu’en partie soluble, n’est certainement pas une substance homogène.

Les cristaux qui se forment naturellement dans les térébenthines communes n’offrent pas exactement les mêmes formes que ceux qu’on obtient artificiellement, lorsqu’on agite la résine avec de l’alcool absolu chaud, comme dans la préparation de 1 acide abiétique. Quant a 1 acide Pimarique , nous l’avons préparé en grande quantité avec le galipot, résine du Pinus P inaster, et nous avons toujours trouve sa forme ciistalline différente de celle de l’acide abiétique (1). Nous inclinons en conséquence à penser que la composition des résines des Conifères n’est pas aussi uniforme que le pense Maly. La remarquable diversité qui existe dans leurs huiles essentielles nous paraît venir à l’appui de notre opinion.

Usages. — On prescrit la Poix de Bourgogne comme ingrédient des emplâtres, et on l’emploie sous cette forme comme stimulant. En Alle- ' niagne, elle trouve certaines applications économiques ; elle sert notam-

(1) Jakresbencht de Wiggers et Husemann, 1867, 37.

ment à enduire Jcs barils à bière. On emploie pour cela une composition nommée Brauerpech (poix de brasseur), constituée par un mélange do Poix de Bourgogne et de colophane ou galipot.

Falsification. — Il n’est guère de drogue qui soit plus sujette à être falsifiée que la Poix de Bourgogne. C’est au point que certains pharmacologistes appliquent ce nom à un composé artificiellement préparé. La substance qu’on vend communément en Angleterre comme Poix de Bourgogne, est un mélange de colophane et d’huile de palme, ou de quelque autre corps gras qu’on agite avec de l’eau pour le rendre opaque. Son aspect est très-variable, chaque échantillon présentant une coloration différente, jaune clair, jaune foncé, on brun jaunâtre. Un grand nombre offrent, lorsqu’on les casse, des cavités remplies d’air ou d’eau; tous sont plus ou moins opaques, et deviennent, à la longue, transparents par suite de la perte de leur eau. La Poix de Bourgogne artificielle est mise en vente dans des vessies. Elle possède une odeur térébenthineuse faible, et n’a pas le parfum particulier de la substance naturelle. On y découvre facilement la présence d’une huile grasse en la traitant par le double de son poids d’acide acétique cristallisable ; il se forme un mélange trouble qui se sépare par le repos on deux couches, dont la supérieure est huileuse.

(a) Le Pinus Abies Du Roi ( Obsero . bot., 39; Âbies excelsa DC.) est un arbre magnifique, haut de 30 à 4b mètres, à écorce cendrée, à cvme pyramidale ; à rameaux horizontaux, les supérieurs plus ou moins étalés ; à minuscules subopposés et presque distiques, pubérulents à l’état jeune. Les feuilles sont solitaires, serrées, tordues à la hase, étalées, rigides, courtes, droites ou un peu recourbées en faux, linéaires, planes, obtuses ou terminées par un mucron obtus, parcourues sur la face supérieure par un sillon lisse longitudinal, carénées dans le dos, et munies de chaque côté de la carène d’une bandelette d’un blanc argenté. Les chatons males sont réunis en grand nombre, cylindriques-oblongs, obtus, à peu près sessiles et un peu pendants, plus courts que les feuilles. Les chatons femelles sont disposés au sommet des rameaux supérieurs de l’arbre ; ils sont solitaires, dressés, cylindriques-oblongs, obtus. Leurs bractées sont suborbiculaires, fimbriées-ciliées, prolongées au sommet en une longue pointe étalée, un peu réfléchie; leurs écaillés sont un peu épaisses, orbiculaires-subcordées, à peu près entières et plus courtes que les bractées. Les cônes sont dressés, cylindriques, obtus et presque tronqués, longs de 14 à 20 centimètres, et larges de 4 à b centimètres. Leurs écailles sont cunéiformes, dilatées et arrondies au sommet, pubérulentes-tomenteuses dans le dos près du bord supérieur, caduques ; les bractées sont plus longues que les écailles, spatulées-linéaires, denticulées, terminées par une longue pointe subulée réfléchie. Les fruits sont jaunâtres, beaucoup plus courts que l'aile qui les entour.-', qui est large et à peu près cunéiforme. L’embryon offre ordinairement cinq, parfois de quatre à sept cotylédons verticillés, étalés,. linéaires, bidentés au sommet. [Tiud.]

40G CONIFÈRES

(fc) La structure anatomique du Pinus Abies est très-analogue à celle du Pinus silveslris que nous avons décrite p. 338, note 6, et la résine est contenue dans des canaux sécréteurs organisés d’une façon analogue, mais n’ayant pas la même situation. Sur une coupe transversale d’un rameau de Pinus Aines âgé de deux ans on trouve de dehors en dedans : 1° une couche subéreuse à cellules quadrangulaires sèches et brunes; 2° un parenchyme cortical à cellules très-irrégulières, laissant entre elles de vastes méats ; 3° un liber assez semblable à celui du Pinus silceslris : il en est de même du bois et de la moelle qui viennent ensuite. Les canaux sécréteurs sont très-nombreux dans le parenchyme cortical, mais il n’en existe ni dans le liber, ni dans le bois, ni dans la moelle. Dans les tiges volumineuses que l’on incise pour recueillir la résine, cette dernière n’existe que dans les couches internes du parenchyme cortical et dans les couches ligneuses les plus extérieures. La portion profonde du bois n’en laisse pas exsuder ; ce fait est fort bien connu des collecteurs de résine, car les grandes plaies longitudinales qu’ils pratiquent sur le tronc des arbres n’entament que l’écorce et l’aubier, du moins c’est ce que j’ai observé récemment dans les environs de Swartzburg, dans la Thuringe, où l’on récolte dans certains bois la résine del’Aô/es excelsa et celle de l’Aèî'es peclinala. [Trad.]

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