Histoire des ducs d'Uzès
Permettez-moi d'avoir l'honneur de vous dédier cette Histoire des Ducs d'Uzès. Un sentiment de reconnaissance m'a porté à l'écrire (1). Vous m'en avez facilité les moyens en voulant bien mettre à ma disposition les archives du château ducal.
Cette histoire se rattache à celle de notre pays, et il serait à désirer que toutes les grandes familles féodales aient la leur. On y trouverait un grand nombre de faits importants à connaître et dont les détails ne peuvent être mentionnés dans une histoire générale de France.
La maison d'Uzès, dont l'origine se perd dans la nuit des temps féodaux, eut d'illustres représentants aux croisades et aux principaux événements militaires de notre pays. Elle s'éteignit au xve siècle dans la maison de Orussol, dont les ancêtres avaient aussi figuré avec honneur aux
(1) Sous l'ancien régime comme dans les temps actuels, la maison d'Uzès a toujours étendu sur la nôtre sa bienveillante protection. Je ne saurais oublier que le duc d'Uzès, votre beau-père, m'a fait nommer dans la magistrature, et que vous-même, Madame la Duchesse, avez contribué à faire donner à mon frère, lieutenant-colonel des zouaves pontificaux, le titre de comte romain, qu'il n'avait pas sollicité, mais dont on l'a jugé digne sur votre demande et celle du général baron deCharette.
croisades. Los Orussol devaient briller plus encore que l'ancienne maison d'Uzès, à Laquelle ils s'étaienl alliés el donl ils port c i«Mi i Le nom çt( les armes. Au xvie siècle, en effet, Uzès était érigée en duché-pairie en faveur dn comte ^Antoine de Orussol d'Uzès, el plus tard. Lorsque Le duc de Montmorency l'ut décapité, à Toulouse, sous Louis xiu, te duc d'Uzès devenaij Le doyen des pairs de France.
La Révolution est survenue, et, bouleversant les vieilles institutions, elle a brisé les trônes et les couronnes : mais ce qu'elle n'a pu détruire, malgré Les lois, parfois moins fortes que les mœurs, c'est le prestige glorieux qui s'attache aux grands noms.
Partout où vous apparaissez. Madame La Duebessc. au milieu des salonsde Paris, ou dans les hôpitaux au cbevet du lit des malados, à vos magnifiques chasses de Bonnelles ou à celles non moins brillantes de Chantilly, partout on salue avec respect la duchesse d'Uzès.
Mais c'est surtout dans notre ville, berceau de la maison ducale, qu'on a conservé, mieux que partout ailleurs peutêtre, les vieilles traditions. La municipalité ne vient plus, comme autrefois, à L'extrémité du pays d'Uzè;/e. au bord d'un grand fleuve (1), saluer de ses acclamations le duc ou la duchesse d'Uzès, mais dès le soir de votre arrivée parmi nous, Madame la Duchesse, la population se répand spontanément dans la cour de votre duché pour vous souhaiter la bienvenue, et les sérénades alternent avec le bruit des salves comme pour mieux marquer la joie des habitants.
Le dimanche, a la grand'messe, à la Cathédrale comme à l'église Saint-Etienne, le Suisse, en grand uniforme, vous attend à la porte pour vous saluer et vous précéder jusqu'aux fauteuils qui vous sont préparés, frappant le sol de l'église du bout de sa hallebarde, comme autrefois les Suisses faisaient résonner les escaliers du château de Versailles, Lorsque les duchesses allaient à la salle du trône s'asseoir sur les tabourets qui leur étaienl réserv< -
A aucune autre daine en France, on n'accorde peut-être un pareil honneur. C'est qu'ici La population, conservant
(1) A la ville de Pont-Saint -Esprit am borda du Rhône.
avec sa vivacité méridionale, le culte des vieilles traditions en même temps que le souvenir des bienfaits reçus, entoure de respect et de dévouement la noble maison d'Uzès et vous surtout, Madame la Duchesse, qui savez si bien, par vos talents et vos vertus, en rehausser encore l'éclat. Puisse mon travail, en rappelant de glorieux souvenirs et de grands bienfaits, augmenter encore ces mêmes sentiments qui se sont maintenus jusqu'à ce jour, à travers les âges et les révolutions.
Daignez agréer,
Madame la Duchesse, l'hommage de mon très profond et très respectueux dévouement.
Lionel d'ALBIOUSSE.