‹ Histoire des ducs d'UzèsChapitre 14 sur 29 · SEXTANT · texte numérisé non relu

SEXTANT

BRIGINN

VIRINN

VCETI.E

SEGVSTON

(1) Recherches sur Saint-Iiomain-de-Serf, par l'abbé Garnodier, page 87.

La forme du marbre indique une dédicace faite eu l'honneur de quelque divinité particulière par les habitants des divers lieux indiqués. Ces lieux sont rangés * de quatre à quatre et la supériorité de caractère donné aux noms vgernvm et vceti/E fait conjecturer l'importance de ces deux villes, aujourd'ui Beaucaire etUzès. Les noms sont au génitif parce qu'il faut sous-entendre le mot castrum.

Cette même année 1747, le maréchal duc de Richelieu vint à Uzès. Il avait été nommé gouverneur du Languedoc à la place du marquis de la Fare, et avant de se rendre à Nimes, il voulut faire sa visite au duc d'Uzès qui le reçut cordialement et avec beaucoup de pompe.

Les marchands de Nimes sur l'invitation que leur en lit la vide d'tjzès vinrent au château ducal présenter leurs hommages au nouveau gouverneur. Ils étaient précédés de timbales et de trompettes portant un guidon sur lequel étaient gravées les armoiries du duc d'un côté et celles de la ville de l'autre (1).

Les deux ducs restèrent plusieurs jours ensemble au milieu des fêtes. Il avaient du reste l'un et l'autre les mêmes propensions aux plaisirs et à l'irréligion. Ils aimaient à railler le christianisme et à vanter les idées de Voltaire, ne pressentant pas que ces mêmes idées propagées par eux amèneraient la ruine de l'aristocratie.

Le duc d'Uzès était surtout fort engoué de Voltaire, avec lequel il était en correspondance. Voici entre plusieurs autres une lettre que Voltaire lui écrivit en 1751 :

A Potsdam, 4 décembre 1751.

C'est parmi heureux hasard. M. le duc. que je reçus il y a quinze jours, votre lettre du 2 octobre, par la voie de Genève. Il y avait longtemps que deux Genevois, qui

(1) Histoire de Nimes, tome G, page 560 et 501.

En 1753 le duc d'Uzès maria son fils aine avec la fille du duc d'Antin et deux ans après il se démit en sa

s'étaient mis en tête d'entrer au service du roi de Prusse, m'envoyaient régulièrement de si gros paquets de vers et de prose qui coûtaient un louis de port et qui ne valaient pas un denier, qu'enfin j'avais pris le parti défaire dire au bureau des postes de Berlin, que je ne prendrais aucun paquet qui me serait adressé de Genève. Je fus averti le 15 novembre, qu'il y en avait un d'arrivé, avec un beau manteau ducal. Ce magnifique symbole d'une dignité peu républicaine me fit douter que ce n'était pas de la marchandise genevoise qu'on m'adressait. J'envoyai retirer le paquet, et j'en fus bien récompensé en lisant les réflexions pleines de profondeur et de justesse que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. J'y aurais répondu sur le champ, mais il y a quinze jours que je suis au lit et je ne peux pas encore vous écrire. Ainsi, vous permettrez que je dicte tout ce que l'estime la plus juste, et le plaisir de trouver en vous un philosophe, peut inspirer à un pauvre malade.

Il parait, M. le duc, que vous connaissez très bien les hommes et les livres, et les affaires de ce inonde. Vous faites l'histoire de la cour quand vous dites que de quarante années on en passe souvent trente-neuf dans des inutilités. Rien n'est plus vrai, et la plupart des hommes meurent sans avoir vécu. Vous vivez beaucoup puisque vous pensez beaucoup ; c'est du moins une consolation pour une âme bien faite. Il y en a peu qui soient capables de se supporter elles-mêmes dans la retraite. Le tourbillon du monde étourdit toujours, et la solitude ennuie quelquefois. Je m'imagine que vous n'êtes pas solitaire à Uzès, que vous y avez quelque compagnie digne de vous, à qui vous pouvez communiquer vos idées. Il faut que les âmes pensantes se frottent l'une contre l'autre pour faire jaillir de la lumière. Ne seriez-vous pas à Uzès à peu près comme le roi de Prusse à Potsdam, soupant avec trois ou quatre philosophes, après avoir expédié les affaires de votre duché? Cette vie serait assez douce. Il y a apparence que c'est la meilleure, puis-

faveur de sa qualité de pair de France. Le roi Louis XV révoqua à cette occasion l'exil qu'il subissait à Uzès par suite de son duel avec le comte de Rantzau, et lui permit de se rendre à Paris et de reparaître à la cour. Mais il ne profita, pas beaucoup de son pardon. Uzès fut jusqu'à sa mort sa principale résidence. C'est là qu'il apprit la naissance de son petit fils en 1757.

Dès que le 1er consul en fut averti, il s'empressa de convoquer le conseil à qui il annonça que la duchesse de

que c'est celle qu'a choisie un homme qui pouvait vivre avec tout le fracas de la puissance et tout l'attirail de la vanité. Il me semble encore que vos idées philosophiques sont semblables aux siennes. Ce n'est pas une chose ordinaire qu'il y ait des rois et des ducs et pairs philosophes. Pour rendre la ressemblance plus complète, vous m'annoncez quelques poésies ; en vérité, c'est tout comme ici, et je crois que la nature vous avait fait naître pour être duc et pair à Potsdam. Je comptais passer l'hiver à Paris, mais les bontés du roi d'un côté, et mes maladies de l'autre, m'ont retenu, et je me suis partagé entre mon héros et mon apothicaire. Si vous voulez ajouter à la félicité de mon âme et diminuer les souffrances de mon corps, envoyez-moi les ouvrages dont vous me parlez. Je garderai le secret le plus inviolable ; je ne les montrerai au roi que si vous me l'ordonniez, et je vous dirai ce que je croirai la vérité. Ayez la bonté de recommander d'adresser les paquets par Nuremberg et par les charrois de poste, comme on envoie les marchandises ; car les gros paquets de lettres qui viennent par les courriers sont toujours ouverts dans trois ou quatre bureaux de l'empire. Chaque prince se donne ce petit plaisir. Ces Messieurs là sont fort curieux.

Pardonnez, M. le duc, à un pauvre malade, et recevez les respects, etc. (1).

(1) OEuvres complètes de Voltaire, Baudouin, éditeur, troisième édition. Correspondance générale, tome III, pages 5 '29 à 531.

Crussol avait donné naissance à un fils aîné le 30 décembre 1756. On décida immédiatement de se rendre en corps au duché avec tous les officiers du conseil de ville pour complimenter M. le duc sur un événement aussi agréable à la communauté qui assure dans la branche du duc d1 Uzùs actuellement régnante le duché pairie (1).

On s'y rendit en effet, et en signe de joie on fit tirer un feu d'artifice sur la place publique où un amphithéâtre avait été dressé. Il y eut aussi la même année de grandes réjouissances à l'occasion du mariage de la fille du duc avec le duc de Rohan-Chabot prince de Léon.

Vers cette époque, le duc était sorti victorieux de presque tous les procès qui lui avaient été suscités à l'occasion de l'échange qui eut lieu en 1721 entre le duc d'Uzès son père et le roi de France. Il possédait de très nombreux fiefs. Il voulut en faire le dénombrement et s'en assurer la pleine possession.

Son sénéchal ducal Joachim Lechantre seigneur de Pougnadoresse rendit une ordonnance portant que tous les vassaux féodataires possédant fief ou justice dépendants du duché d'Uzès soit de l'ancien patrimoine du duché pairie soit de celui de l'échange de 1721 viendront prêter serment de fidélité en personne à M8r le duc d'Uzès en son château ducal ou à l'officier, dûment fondé dans l'auditoire du siège (2).

Le serment différait suivant que la terre était noble ou roturière. Ainsi pour les terres non nobles le serment était prêté tête nue à genoux les mains jointes entre celles du duc qui était assis.

(t) Archives municipales. Série BB. 22. — Registre de délibérations 1755-1763.

(2) Archives ducales. Layette 34.

Si au contraire la terre était noble, le serment était prêté debout, tête nue et l'épée au côté (1).

Une difficulté fut soulevée à l'occasion du serment que devait prêter le baron de Castille pour son domaine d'Argillers. Ce domaine comprenait des terres nobles achetées en 1671 à Jean de Lacroix seigneur de Merargue et des terres roturières achetées en 1778 au chapitre d'Uzès.

Par lettres patentes du mois d'avril 1748, ce domaine avait été érigé en baronnie mais sans aucun changement en la mouvance féodale. Comme baron, M. de Castille devait hommage au roi, mais comme propriétaire du domaine d'Argillers fallait-il qu'il prêtât au duc les deux serments ou un seul ? On décida qu'il n'en prêterait qu'un. Il se rendit en effet au château ducal et là, tête nue, l'épée au côté il rendit foi et hommage à M. le Duc et il reçut de lui le baiser de paix à la joue selon le cérémonial de cette époque (2).

Le duc était surtout retenu à Uzès par l'amour que lui avait inspiré une jeune fille extrêmement jolie , MI,e de Gueydan. Elle demeurait avec sa famille dans la rue Massargue. Cette rue n'était alors qu'un cul-desac aboutissant aux anciens remparts.

Le duc, pour arriver plus facilement chez cette famille en voiture fit ouvrir le rempart et construire une porte. Mais dans la crainte d'une opposition de l'évêque en sa qualité de co-seigneur, il fit tailler les pierres à l'avance et achever tout le travail dans une seule nuit.

Cette porte, qui fut maintenue, s'appela la porte ducale.

Cependant le duc, de plus en plus épris de la jeune

(1) Archives ducales. Layelte 34,

(2) id. id.

personne, finit par l'épouser et se rendit à Paris. Quelques mois après, ayant appris la grossesse de Mme la duchesse, la municipalité écrivit à M. le duc qu'elle désirait présenter sur les fonts baptismaux le jeune enfant qui devait naître. La proposition fut agréée. Voici la réponse du duc :

Paris, le 10 avril 1760.

J'ai reçu avec un plaisir infini. Messieurs, la délibération que votre corps de ville a prise pour présenter sur les fonts de baptême l'enfant dont doit accoucher Mme d'Uzès, mon épouse. Je ne puis assez louer le zèle qui vous anime et

vous témoigner ma joie de même que ma reconnaissance sur cette nouvelle preuve de votre attachement dans cette occasion dont je suis extrêmement flatté.

Je ne désire rien tant que d'en trouver de vous donner des preuves en général et à chacun de vous en particulier, des sentiments avec lesquels je suis, Messieurs, votre affectionné serviteur,

Le duc d'Uzès (1).

L'enfant qui naquit bientôt après fut une fille. Elle fut baptisée le 2 mai 1760. La ville emprunta une somme de 500 livres pour subvenir aux premiers frais du baptême. Elle fut répartie de la manière suivante :

A M. le curé 24 livres

A M. Roux, vicaire 12 —

A M. Laval, vicaire 12 —

Au clerc 3 —

A la nourrice 36 —

A la gouvernante 24 —

A la garde 18 —

A la sage-femme • 18 —

(1) Archives municipales, série AA, i, layette C.

A la première femme de chambre. . . 18 livres.

A la deuxième femme de chambre. . 12 —

Au maître d'hôtel 12 —

Au suisse 12 —

Au valet de chambre 12 —

Au cuisinier 12 —

A trois laquais 18 —

A trois domestiques 18 —

Pour le mouchoir 4 1. 10 s. 0 d.

Pour les cocardes 13 liv. 2 sols.

A la Symphonie 36 livres

Aux six valets de ville 36 —

Aux pauvres 24 —

Pour diverses réjouissances 100 —

L'enfant ne vécut pas longtemps, car le duc écrivait au mois d'août suivant aux consuls :

Paris, le 19 août 1760.

Je suis sensible, Messieurs, au-delà de toute expression. à la part que vous me témoignez au sujet de la perte que je viens de faire. Ne doutez point de ma reconnaissance, non plus que de l'estime avec laquelle je suis véritablement votre affectionné serviteur.

Le duc d*Uzès I .

Aucun autre enfant ne survint et ce mariage n'eut pas d'autre suite. Du reste le duc mourut deux ans après, en 1762.

11 laissa de son mariage avec Mlle de La Rochefoucauld :

1° François-Emmanuel qui suit ;

2° Charles-Emmanuel de Crussol, né le 29 décembre

(1) Archives municipales, série AA, 4, layette C.

1730, admis chanoine à la cathédrale de Strasbourg au mois de septembre 1742 et mort à Paris le 16 mai 1743, âgé de treize ans ;

Et 3° Emilie de Crussol, née le 16 octobre 1732, mariée le 23 mai 1758 au prince Dominique de Rohan- Chabot, duc de Rohan, pair de France, prince de Léon, président né de la noblesse de Bretagne, fils du prince Alain de Rohan, duc de Rohan, prince de Léon et de la princesse née de Roquelaure(l).

(1) Archives ducales, layette, 7

François-Emmanuel DE CRUSSOL

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