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DIT BARON D'ACIER

ÙUC ET PAIR ÙE FRANGE

DEUXIEME DUC D UZES

Jacques de Crussol était le troisième fils de Charles de Crussol et de Jeanne de Genouilhac.

Comme ses deux frères aînés Antoine et Jean, il naquit à Uzès et fut baptisé à l'église cathédrale de cette ville le 14 juillet 1540, 24 jours après sa naissance.

Avant de devenir duc d'Uzès par la mort de ses deux frères, il fut connu sous le nom de baron d'Acier, seigneurie qu'il possédait du chef de sa mère (1).

Il avait embrassé la religion calviniste en même temps que son second frère Jean de Beaudiné qui lui céda toujours la première place à cause de sa fougue et de son impétuosité. Aussi il devint un des principaux chefs du parti protestant et se fit un grand renom. Envoyé par le prince de Condé à Montpellier, il y fut reconnu comme chef et se signala par la prise de Marseillan et de Béziers, ayant sous ses ordres les barons de Faugères et de Mon tpey roux, les sieurs de Colombier, de Gasparet

(I) Le beau château d'Acier malheureusement détruit aujourd'hui avait été construit pur Galiot de Genouilhac, grand maître de l'artillerie de France.

et d'Olivier. Puis il s'empara de tout le littoral jusqu'à Narbonne, mais bientôt défait par Joyeuse, il dut en toute hâte se retirer à Montpellier (1). Là il lit raser les faubourgs, abattre tous les arbres à portée du canon et prit toutes les précautions nécessaires à une longue défense. Joyeuse qui entretenait des intelligences dans la ville crut n'avoir qu'à s'approcher pour y pénétrer, mais son espoir fut bien vile déçu. Le baron d'Acier, aidé de son frère Jean de Beaudiné, manœuvra si habilement, qu'après avoir mis Montpellier à l'abri de toute attaque, il tint Joyeuse comme enfermé dans son camp de Lattes (2).

Le baron d'Acier lit ensuite assiéger Agde et Aiguesmortes, puis il se rendit par Nimes dans le Vivarais, s'empara du Pousin et se rabattit sur le Bourg Saint- Andéol, où des actes de trahison avaient été commis. Entré en vainqueur dans cette ville, avec le concours de son frère Beaudiné, il fit passer une partie de la garnison au fil de l'épée, l'autre périt en partie dans le Rhône. Puis, nommé lieutenant général et gouverneur de Nimes, il y fit son entrée solennelle le 23 décembre 1563. Mais ce fut quelques années après l'édit d'Amboise qu'il joua un rôle réellement très important. On sait que l'édit d'Amboise produisit une paix de quatre années. Toutefois la cour malgré son habileté, n'avait pu éteindre les haines qui existaient entre les maisons de Guise et de Coligny et celles encore plus vives entre les calvinistes et les catholiques- Ceux-ci regardaient comme un attentat à des droits sacrés, le moindre privilège accordé aux calvinistes, et ces derniers revendiquaient pour leur religion les mêmes prérogatives dont jouissait la religion catholique.

(I) Voir Haag, dans la France protestante.

(1) Grand dictionnaire du xiv« siècle, par Larousse, tome t, page 605.

De tous côtés on se préparait au combat. Les uns et les autres avaient cherché un appui dans la force des confédérations. Les catholiques utilisaient leur ancienne association connue sous le nom de confréries,, et les calvinistes forcés encore à plus de précautions, à raison de leur petit nombre, n'avaient jamais cessé, même pendant la paix, d'avoir des signes d'intelligence, des mots de ralliement.

La guerre était inévitable. Les protestants voulurent pour mieux réussir, être les premiers agresseurs. Leurs chefs réunis tantôt à Valori, chez le prince de Condé, tantôt à Chcàtillon, chez l'amiral Coligny, finirent par adopter le plan suivant : insurger en masse les protestants, investir le château de Monceau, situé dans la Brie, sans moyen de défense, et où la reine ne songeait au milieu des fêtes qu'à amuser les loisirs du roi, s'emparer de ce dernier, de ses frères, de sa mère, afin de gouverner sous le nom de Charles IX. L'attaque générale fut fixée à la Saint- Michel, 29 septembre 1567.

Deux jours avant, un des conjurés, Jacques de Crussol, baron d'Acier, arrive en poste en Languedoc en qualité de commandant pour le roi des provinces du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné en l'absence de M. le prince de Condé, protecteur de l'Etat de Sa Majesté, et il ordonne à tous ses partisans de prendre les armes (1). Il se rend d'abord à Uzès et dès son arrivée les catholiques de cette ville sont chassés de tous les postes qu'ils occupaient. On met garnison aux deux forts de Saint- Ferréol (2) et de Saint-Firmin (3). On envoie aussi des

(1) Histoire de Nîmes, tome v, page îx.

(2) Le fort de Saint-Ferréol a remplacé une église dédiée à Saint- Pierre et à Saint-Paul.

(3) Le l'oii de Saint-Firmin situé près Uzès, avait été construit à la place d'une ancienne basilique consacrée à Saint Firmin, quatrième évêque d'Uzès, 1" 533 à 553 Cette basilique contenail vraisemblable-

troupes à la Bastide d'Engras, au Pont de Saint-Nicolas (1), et ou adopte le château de Saint-Privat comme lieu de retraite pour les réformés.

D'un autre côté, le conseil de défense d'Uzès vote la démolition de l'église cathédrale et du cloitre des chanoines y attenant, afin d'employer les matériaux à la réparation et h l'augmentation des fortifications de la ville. On décide de conserver le clocher (2) dit la Tour fenestrale, soit à cause de son ancienneté, de sa beauté, soit à cause de son utilité comme tour d'observation pouvant servir à y placer des guets et y faire des signaux.

Pendant que ces choses se passaient à Uzès, un

ment le tombeau des évoques d'Uzès et celui de la princesse Dhuoda, fille de Gharlemagne, mariée au duc Bernard de Septimanie qui la relégua à Uzès où elle mourût en 843.

Autour de cette basilique s'était formé peu à peu un village dont les armoiries étaient : de sable, à un pal lo-angé d'argent et de sable.

Le village a été complètement détruit durant les guerres religieuses, mais sur l'emplacement de l'ancienne basilique on a construit une charmante villa, la Périne, qui appartient aujourd'hui à M. et M1Dl' Albin d'Amoreux-d'Albiousse.

(1) Ancien couvent ruiné, commune de Sainte-Anastasie. C'est sous les murs de ce couvent, en grande partie conseivé comme bâtiment d'exploitation rurale, qu'aboutit le beau pont du xme siècle jeté sur le Gardon, restauré dernièrement sous la direction de M. l'Ingénieur des Ponts et chaussées Thouvenot, et connu sous le nom de Pont Saint- Nicolas.

Le prieuré de Saint-Nicolas portait : d'azur à un Saint-Nicolas crosse et mîtré, portant une aumonière à trois bourses sui un pont à trois arches, aussi d'or, maçonné de subie, et en pointe une rivière d'argent.

(2) Ce clocher du style roman date du nu" siècle. Sa hauteur est de iO mètres de la base à son sommet. Il se compose de >ix étages de l'orme circulaire, établis sur un soubassemenl carré. I 'est bien une des plus élégantes tours du xuc siècle. Elle offre une certaine resseuibl avec la Tour de Pise.

Le Ier janvier 1855 cet élégant clocher a été classé parmi les monuments historique .

effroyable massacre avait lieu à Nimes. Il est connu dans l'histoire sous le nom de la Michelade, parce que le complot fat fait le jour de la Saint Michel et exécuté le lendemain. Les principaux catholiques furent pris et jetés dans un puits situé dans la cour de l'évêché.

Le conseil des calvinistes qui avait ordonné ces massacres vota aussi la démolition de la cathédrale, de l'évêché, des maisons du chapitre, des monastères et des églises. On voulut même commencer les démolitions par le grand clocher de la cathédrale, monument du xie siècle d'une masse énorme , classé aujourd'hui ainsi que la façade, parmi les monuments historiques. On eut l'idée de le saper par la base ; on avait déjà écorné la première rangée de pierres, mais on s'arrêta dans la crainte d'écraser par la chute de cet édifice toutes les maisons voisines, dont la plupart appartenaient aux calvinistes. Le reste de la cathédrale fut abattu, mais la façade où tient le clocher subsiste encore.

Le Palais épiscopal fut détruit jusque dans ses fondements, ainsi que toutes les maisons des chanoines et des moindres employés de la cathédrale. Cependant les religionnaires maîtres de la ville avaient besoin du château pour assurer leur tranquillité. Le baron d'Acier, aidé de ses frères Galiot et Beaudiné, et de toutes les troupes qu'il put réunir, se rendit à Nimes le 14 novembre et força le château royal de cette ville à capituler, malgré une vigoureuse résistance. Puis il partit pour Montpellier avec un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes huguenots, et il pressa le siège du fort Saint-Pierre, devant lequel il ouvrit la tranchée. La garnison se défendit avec toute la valeur possible, espérant être secourue par les catholiques du dehors. Ils vinrent eu effet conduits par Joyeuse, niais ils furent repoussés après un combat acharné par Jean de Crussol de Beaudiné, colonel de l'infanterie huguenote. La ville de Montpellier se rendit et l'armée assiégeante y entra

triomphalement. Les habitants n'eurent rien de plus pressé que de démanteler la forteresse (1) située sur l'emplacement même où se trouve aujourd'hui la belle - terrasse appelée le Peyrou, qui tut établie sous l'administration de M. de Massilian, maire de Montpellier (2), bien avant la révolution.

Le lendemain de la prise du fort Saint-Pierre on apprit que le comte de Suze, commandant en Provence, s'était emparé du Pont-Saint-Esprit. Le baron d'Acier laissa le commandement de Montpellier au seigneur d'Aubais, partit à la hâte pour le Pont-Saint-Esprit et par une manœuvre habile, il obligea le comte de Suze à abandonner cette ville.

Puis il se rendit à Qzès pour y recevoir un gentilhomme du Vivarais du nom de Gui Tarbaletier. fort connu dans Part des fortifications. Sur son rapport, le baron d'Acier ordonna la construction à Uzès d'un grand boulevard en avant des remparts du côté du levant (aujourd'hui promenade des marronniers), et un autre du côté du midi (c'est aujourd huila promenade du Pavillon Racine) (3).

On construisit encore de ce côté un raveliu avancé qui dominait le ravin dit l'abîme de Fontanille ou la cheminée de Balte, un autre en avant de la porte dite la

(1) Grand dictionnaire du xixc siècle, par Larousse, pageGO.î.

(2) Archives de Montpellier.

(3) Ce petit pavillon est surmonté d'un dôme. Notre grand poète Racine l'a habité. Voilà pourquoi il en porte le nom.

Ce pavillon était autrefois une tour, la seule qui nous reste des anciennes tours de la ville. Elle s'appelait Martine, probablement a cause d'un temple de Mars qui s'élevait à l'époque romaine sur remplacement de la cathédrale.

Cette tour était la forteresse du chapitre et communiquait n\ ancien cloître, par un souterrain qui exis qui pourrait faci-

lement s'ouvrir aujourd'hui sous la sacristie de la cathédrale.

Barrière, qui communiquait avec la citadelle de Saint- Ferréol et la tour du roi.

Gui l'arbaletier, fit aussi élever au couchant des bastions reliés entr'eux au moyen de tranchées passant derrière le couvent des Frères mineurs et Taire publique. Du côté du nord on fit des barricades en avant du mas Bourguet, on répara ce qui s'appelait le Château A7euf> fort situé en avant de la rue Conclamine et de la tour Banastière, devenu plus tard l'église et le couvent des Capucins (1'. Il fut encore établi de ce côté et à l'aire dite de Saint-Firmin d'autres fortifications qui se rattachaient au château de ce nom. Uzès, comme Nimes, devenait une-place de guerre au pouvoir des Calvinistes. Cependant leur espoir sur la réussite du complot qui tendait à enlever le roi avait été déçu. La cour, avertie du danger qu'elle courait, s'était réfugiée à Meaux (25 septembre), où bientôt arrivèrent 6,000 Suisses qui formèrent pour la famille royale un formidable rempart. Le prince de Condé n'avait osé attaquer la phalange suisse, mais il s'était rapproché de Paris avec son armée, avait occupé Saint -Denis et insulté les faubourgs de la capitale. Le connétable, Anne de Montmorency, en sortit pour le repousser, et les Parisiens purent, des hauteurs de Montmartre, jouir sans danger du spectacle d'une bataille. On en connaît les résultats. Les Calvinistes, inférieurs en nombre, furent battus malgré leur bravoure, mais le chef des catholiques, Anne de Montmorency, re^ut une blessure mortelle et l'obscurité de la nuit permit aux vaincus d'opérer leur retraite sans danger.

Pendant que ces événements se passaient, le baron

(1) Cette église et ce couvent furent conslruitsen 1635 par les capucins, grâce aux libéralités des ducs d'Uzès.

d'Acier (1) (Jacques de Crussol) était à Montpellier, et c'est là qu'il ordonna des réjouissances publiques à l'occasion de la bataille de Saint-Denis qui débarrassait les ■• protestants de leur ennemi, le connétable. C'était le dernier des quatre grands chefs catholiques qui avaient donné le signal de la guerre civile en 1542 : la guerre civile les avait dévorés tous les quatre.

Montmorency ne fut pas remplacé dans l'office de connétable ; la reine-mère ne voulut confier à aucun capitaine un si grand pouvoir et fit donner à son fils préféré, le duc d'Anjou, âgé de dix-sept ans, le commandement suprême avec le titre de lieutenant du royaume.

La cour pouvait, après le combat de Saint-Denis, profiter de ses avantages ; la reine préféra la paix., et le prinee de Condé, dont l'armée était harassée par de longues marches el qui se trouvait hors d'état de satisfaire un corps d'allemands qu'il avail à sa solde, se hâta de souscrire aux conditions avantageuses que Catherine accorda à ses négociateurs. La paix fut conclue à Longjumeau le 23 mars 1568 et enregistrée le 27 au Parlement de Paris (2).

Le prince de Condé dépêcha d'Entrechaux au baron d'Acier avec une commission de la cour pour lui faire part de la paix et faire poser les armes dans le Bas- Languedoc. D'Acier conduisit d'Entrechaux de Mmes à Montpellier, faisant assembler le corps de ville partout où ils passaient pour entendre ce député, qui partit

(1) Il se rendait souvent au château de Saint-Privat qui était,

époque, extrêmement fortifié, servant de retraite aux principaux capitaines calvinistes et à tous les ministres qui arrivaient de Genève

(2) On l'appela Boiteuse et Malassise parce que les deux plénipotentiaires de la cour furent le seigneur de Malassis el Armand de Gontaut Biron qui était boiteux.

ensuite pour continuer sa commission dans le reste du pays(l).

Par cette pacification, plus de trois cents forteresses en Languedoc ou en Dauphiné furent remises au roi. l'zès se soumit, non sans peine, et il fallut l'intervention du baron d'Acier pour la décider à obéir au roi. Le vicomte de Joyeuse, commandant de la province, accompagné d'un corps de troupe, s'y rendit et fit rétablir l'église Saint-Laurent, dans laquelle il entendit la messe.

Peu après, le prince de Condé délivra, le 26 juillet 1568, un aveu en faveur de Jacques de Crussol, baron d'Acier, de toutes ses actions et comportements faits dans les provinces de Languedoc , Provence et Dauphiné, durant les seconds troubles de 1567 (2).

La paix de Longjumeau ne pouvait être de longue durée. D'un côté les protestants n'exécutaient point ce traité et refusaient, dans beaucoup de villes, de recevoir les troupes royales. La Rochelle, fière de sa position, méconnaissait les ordres du roi et se gouvernait en république. De l'autre côté, la cour, par représailles, cherchait à ruiner le parti calviniste en faisant enlever les principaux chefs. Elle fut mal secondée ; ses agents ne voulurent pas assumer sur eux une pareille responsabilité.

Condé et Coligny, après bien des dangers, purent se réfugier à La Rochelle. Ils y furent rejoints par la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, qui y conduisit son jeune fris, âgé de quinze ans (devenu Henri IV), et la guerre recommença. Le roi révoqua toutes les faveurs qu'il avait accordées aux calvinistes. Un édit du 25 septembre 1568 proscrivit en France toute autre religion que la religion catholique, et le démon de la discorde souilla

(1) Histoire du Languedoc, tome ix, page 44.

(2) Archives ducales. Inventaire, page lî

de nouveau ses fureurs sur nos malheureuses provinces ; tels furent les commencements de la troisième guerre civile. Elle fut plus terrible que jamais. Jacques , de Crussol, baron d'Acier, y prit une part très active.

Il s'était fait peindre sur sa cornette verte sous la figure d'Hercule exterminant avec sa massue une bydre dont les tètes étaient coiffées de capuchons, de mitres et de chapeaux rouges avec cette inscription: qui cabso crudeles, anagramme de son nom (1 ).

Le baron d'Acier était si renommé parmi les protestants, dit le laboureur, et surtout parmi ceux du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné, qu'en très peu de temps il put lever une armée de plus de vingt-r deux mille hommes de troupe. Les principaux commandants sous ses ordres étaient : Dupuy-Montbrun, de Saint-Roman, de Virieu, de Blacours , de Mirabel, de Chalas, du Dauphiné, Richars, de Mouvans, de Valavoise, de Pasquières, de la Provence, de Beaudiné, frère du baron d'Acier, d'Entraigues, lieutenant de sa Cornette, de Bouillargues, d'Ambre, du Languedoc.

Les Dauphinois et les Provençaux passèrent le Rhône près de Bais. Le baron d'Acier, a la tète des Languedociens, s'empara d'abord d'Annonay, marcha ensuite sur Aubenas et se rendit à Alais, où toutes ses forces se trouvèrent réunies.

Il partit d' Alais le 24 septembre 1568, à la tète de toutes ses troupes pour aller au secours du prince de Gondé, du roi de Navarre et de l'amiral de Coligny, chefs des protestants. C'est ce qu'on appela le voyage de Poitou (2) Ce fut comme un torrent qui roulait des Alpes

(1) Histoire de France d'Anquetil, page 3 i 9.

Histoire de la Maison de Bourbon tome iy, page 300. — Annales ecclésiastiques et politiques de la ville de Figeac en Ouerci, p. 272.

(2) Histoire du prince de Coudé, par M'-" le duc 'l'Auiuale, i. \i, p. 3 1 .

et du Rhône vers la Charente. Les gouverneurs catholiques du midi, Tende, Sommerive, de (lordes, Montluc lui-même ne purent l'arrêter.

D'Acier ne rencontra d'obstacles sérieux qu'en Périgord. Tandis que le gros des forces catholiques s'assemblait au bord de la Loire, sous les ordres du duc d'Anjou, le duc de Montpensier avait passé ce fleuve et s'était avancé jusqu'à Confolens. Son but était d'empêcher la jonction de d'Acier avec le prince de Condé qui se trouvait en Saintonge.

L'indiscipline de Mouvans, ce fameux chef des huguenots provençaux, valut un succès aux catholiques. Mouvans s'étant écarté avec 3 ou 4.000 hommes du gros de l'armée fut surpris, défait et tué par l'armée du duc de Montpensier.

Le frère de Jacques de Crussol, Beaudiné, fut blessé au bras, à la tète de sa troupe d'arquebusiers que l'on appelait les enfants perdus.

Malgré cet échec, le baron d'Acier qui avait encore 16 à 18.000 hommes, parvint à passer la Vienne à Aubeterre, d'où il fit apprendre son arrivée au prince de Condé par d'Entraigues son lieutenant, et dans les derniers jours d'octobre il parvint à réunira la cavalerie du Prince ses épais bataillons d'arquebusiers Dauphinois, Provençaux et Languedociens. Montpensier n'eut que le temps de se replier en toute hâte du Périgord sur le haut Poitou où il rejoignit les troupes royales commandées par le duc d'Anjou.

Les deux armées furent en présence vers le milieu de novembre à 5 ou 6 lieues de Poitiers. Chacune d'elles pouvait mettre en ligne de 20 à 25.000 hommes de bonnes troupes. Après quelques escarmouches les catholiques se retirèrent sur Poitiers et les protestants sur Saumur dont ils ne firent pourtant pas le siège. Sur ces entrefaites le duc d'Anjou s'étant avancé vers Loudun, le baron d'Acier s'y jeta aussi lût avec un régiment pour

défendre la place ; peu après Condé et Colign y s'y rendirent et le duc d'Anjou fut obligé de se retirer (1).

En ce moment la gelée et le verglas faisaient rompre bras el jambes aux soldats qui tentaient d'aller à l'escarmouche. C'était l'hiver le plus rigoureux qu'on eût vu depuis cinquante ans (2). On décida de part et d'autre de mettre les troupes en quartier d'hiver, et les chefs d'armée employèrent le" reste de la mauvaise saison à se procurer des vivres et des armes pour la campagne prochaine.

Dès que le temps le permit, le prince de Condé et le duc d'Anjou se remirent en campagne. Après quelques vives escarmouches la querelle se décida le 13 mars sur les bords de la Charente, auprès de Jarnac, petite ville frontière du Limousin et de l'Angoumois.

Le prince de Condé s'était la veille cassé le bras, en tombant de cheval. Il donnait des ordres le bras en écharpe, lorsque le cheval de son beau-frère, le comte de La Rochefoucauld, en se cabrant lui brisa la jambe. C'est en cet état qu'il ordonna qu'on sonnât la charge et qu'il s'élança au combat.

Sa charge impétueuse renversa d'abord tout ce qu'il rencontra ; mais bientôt sa petite troupe fut enveloppée de toutes parts et lui-même renversé sous son cheval expirant fut obligé de se rendre; mais à peine eut- il donné son gantelet à d'Argence qu'il fut tué d'un coup de pistolet, par Montesquiou, capitaine des gardes suisses du duc d'Anjou.

La mort du prince de Condé emmena la déroute des protestants.

Le baron d'Acier ne put arriver assez tôt pour se trouver et combattre à la bataille de Jarnac, mais il se

(1) Vie des hommes illustfesdi la France, tome xiv, pages 241 e 145, {2) La Popelinière, deuxième partie, page 7 I .

présenta si fièrement avec un corps de 6.000 hommes devant les troupes, victorieuses du duc d'Anjou, qu'il les arrêta et donna le temps à l'amiral de Ooligny de remettre et rassembler les débris de son armée.

Malgré leur désastre les protestants ne se laissèrent pas aller au découragement. Ils entreprirent bientôt le siège de Poitiers qu'ils furent obligés d'abandonner. C'est à ce siège que le baron d'Acier reçut deux graves blessures. A peiue rétabli il fut nommé colonel général de l'armée française, le 29 mai 1569, par les princes Henri de Navarre et Henri de Condé, en remplacement du célèbre d'Audelot, qui venait de mourir (1).

Le roi nomma de son côté à ce poste, Philippe Strossi, parent de la re' ne-mère.

Affaibli par les pertes qu'il avait éprouvées devant Poitiers, Coligny mettait tous ses soins à éviter un engagement général, mais il ne fut pas plus maître de ses soldats qu'à l'époque du siège de Poitiers II prit les meilleures dispositions pour dissimuler son infériorité numérique en hommes et en canons et le combat s'engagea à Montcontour, contre toutes les forces commandées par le duc d'Anjou. L'issue de la bataille fut fatale aux protestants. Coligny qui fit le coup de pistolet avec le Rhingrave, chef d'un corps de reîtres catholiques qu'il tua, reçut en même temps une balle qui lui perça la joue. Le baron d'Acier fut fait prisonnier et ne dut la vie qu'à la magnanimité du comte de Santafiore, général des troupes papales, qui le délivra des mains de ceux qui allaient le massacrer (2).

Peu après et le 6 novembre 1569, un accord intervint

(1) Archives ducales. Inventaire 10, verso. Vie des hommes illustres de France, tome xiv, page 261.

La cour de Catherine de Médicis, tome 1, page 173.

(2) Histoire de France, par Henri Martin, tome ix. page 259. Lacrelclle, lome u, page 240.

entre le roi, le comte Santafiore, et lu baron d'Acier, au sujet de sa rançon, qui fut fixée à 10.000 écus, que le duc d'Uzès, frère du baron d'Acier, s'obligea de payer en la ville de Lyon (1); mais le Pape renvoya le prisonnier sans rançon, pour bien montrer que ce n'était pas pour de l'argent que ses troupes faisaient la guerre, mais pour combattre les hérétiques.

Rendu à la liberté, le baron d'Acier vint dans notre ville visiter son frère le duc d'Uzès, avec sa femme Françoise de Clermont. Ils y passèrent tout le carnaval, et ce ne fut pendant sa durée que fêtes, banquets, bals et réjouissances au château ducal. Toute la noblesse et les gens distingués des environs, même de Nimes, tant catholiques que protestants, vinrent les visiter jusqu'à leur départ pour Paris, aux fêtes de Pâques.

L'édit de Saint-Germain permettait au baron d'Acier d'accompagner sans crainte son frère dans la capitale, où il retrouva son ancien chef, l'amiral Coligny. Il semblait que la paix était faite définitivement entre les catholiques et les protestants, et qu'elle était cimentée à jamais, par le mariage du roi de Navarre (depuis Henri IV) avec Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX, lorsqu'à quelques jours delà, le 24 août 1572, eurent lieu les massacres de la Saint-Barthélémy (2).

(1) Archives ducales, Inventaire 24.

(2) Certains auteurs ont imputé à la religion catholique l' horrible massacre de la Saint-Barthélémy. C'est un mensonge historique devenu presque une vérité à force d'être redit. Le catholicisme n'y lut pour rien. On voit encore dans le martyrologe des calvinistes, que l'Eglise catholique de rranec ouvrit aux huguenots un asile dans ses couvents et ses temples. (Voir le Martyrologe, édition 158'2, page 716, folio recto).

Au milieu de ces crises politiques ou religieuses qui tourmentent parfois notre pays, il se présente souvent pour l'honneur de l'humamanité, des hommes de cœur dominant la situation par leur attitude énergique. Tel se montra plus tard en 1815, je le dis avec un légitime orgueil, le père 'le l'auteur. Dans ces jours de nng et de

Cahot de Crussol y fut tué par des soldats des gardes (1), et avec lui Simon de Jols son écuyer, et David de Merle, frère du fameux Mathieu de Merle, l'un et l'autre Uzétiens. Tous les trois se défendirent vaillamment, mais ils succombèrent sous le nombre, ainsi que Michel du Lac, maître d'hôtel du duc d'Uzès.

Le baron d'Acier ne dut son salut qu'à la protection de sa femme et de sa belle-sœur et à la faveur dont ces dames, surtout la duchesse d'Uzès, jouissaient auprès de Catherine de Médicis, qui avait organisé et ordonné ces massacres.

Pendant ce temps-là Nimes et Uzès restèrent calmes. Les deux partis prirent de concert des précautions pour maintenir la tranquillité et ils furent approuvés parle vicomte de Joyeuse, qui commandait dans la province. Mais cette bonne harmonie ne fut pas de longue durée.

Les religïonnaires d'abord consternés par la Saint- Barthélémy, reprirent bientôt leur assurance et levèrent l'éiendard de la révolte. Le roi, le 18 novembre 1575, leur donna l'ordre de désarmer, mais ils méconnurent son autorité et commencèrent sur divers points les hostilités. Ceux du bas Languedoc s'emparèrent de Som-

Jeuil, tristes représailles des crimes commis dans notre ville pendant les cent jours, Pierre d'Albiousse garda chez lui, à son domaine de Fontainebleau près d'Uzès, Acabat, du mas des Américains, Jérémie Roux, et autres protestants qui, saisis de frayeur, étaient venus lui demander l'hospitalité. En vain les farouches compagnons de Quatre-Taillons qui les poursuivaient, le sommèrent-ils de les renvoyer, rempli d'indignation, il leur résista énergiquement. En vain le menacèrent-ils de mettre le l'eu à son habitation. « J'ai des armes, leur réponditil, et je saurai défendre ceux qui sont venus se mettre sous nia protection ». Il les garda plusieurs jours, tant que dura la crise et c'est ainsi qu'il sauva ses hôtes au péril de sa vie.

(1) Histoire de la maison de Bourbon, tome îv, p. 50.

Les huguenots et les gueux, par le baron de Littenhove, lome xi, p. 591.

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mières, ville importante par sa position entre Montpellier et les Cévennes. Ils surprirent Uzès, tuèrent les prêtres et rançonnèrent les habitants catholiques; ils ne

* purent toutefois se rendre maîtres du ehàteaude Saint- Firmin, qui fut secouru à temps pur le maréchal Damville, mais sous la conduite de S. Romain (ancien archevêque d'Aix), qu'ils avaient élu pour chef, ils pillèrent et brûlèrent plusieurs bourgs et villages du diocèse d'Uzès. Tous ces troubles furent enfin apaisés par le traité de la Rochelle, qui fut signé en juillet 1573, après le siège de cette ville.

Le duc Antoine qui y avait assisté , ainsi que je l'ai dit, et y avait enduré de grandes fatigues, mourût le 15 août suivant, sans laisser de postérité. Ses biens et son titre de duc et pair de France passèrent à son frère le baron d'Acier, qui se rallia à la cour et peu après abjura la religion calviniste et se lit catholique. Il fut ensuite sur la démission de son beau-père le comte de Clermont, nommé chef d'une compagnie de cinquante lances des ordonnances de sa Majesté par lettres patentes données à Fontainebleau le 18 octobre 1573 (1). Mais la vie de cour malgré ses enchantements et les splendeurs de ses fêtes ne pouvaient suffire au nouveau duc d'Uzès. Pour lui le repos était un supplice et la guerre un besoin.

Aussi fut-il maintes fois employé par la cour durant les discordes religieuses en Languedoc où il exerçait une grande influence par sa réputation, son rang, sa fortune et ses nombreux vassaux.

Après la mort de Charles IX, arrivée au château de Vincennes, le 30 mai mai 1574, Catherine de Médicis, devenue régente opposa avec succès le duc dT/.ès à Montmorency-Damville, qui s'était déclaré le chef d'un

(l) Archives ducales. Inv. 9 verso.

parti rebelle composé de protestants et de catholiques que l'on désignait sous le nom de politiques.

Le 10 juillet de cette année elle le nomma pour commander dans les diocèses de Nimes, d'Uzès, de Viviers, de Montpellier, d'Agde et de Béziers (1). Ces nominations furent ensuite confirmées par le roi Henri III, par lettres patentes du 26 septembre 1574 (2). Le duc d'Uzès partit pour le Languedoc.

Vers ce temps, François de Montpensier, prince Dauphin d'Auvergne (3), attaquait les places du Vivarais, occupées par les religionnaires. Le duc d'Uzès se disposa à en faire autant contre le bas Languedoc. Il était accompagné de sa femme Françoise de Clermont, et c'est à Pont-Saint-Esprit qu'il commença à réunir son corps d'armée. Il se mit en campagne et délogea les troupes de l'union de Saint Laurent-des- Arbres, de Cavillargues, de Pougnadoresse, de la BasIide-d'Engras, de Saint-Laurent-la-Vernède, Fontarèches, etc. Il s'avança jusqu'à Saint-Maximin, dont il fit escalader dans la nuit et occuper le château (propriété aujourd'hui de M. Marcel de la Baume\

Ces entreprises faites presque aux portes de la ville d'Uzès, émurent fort les consuls qui redoublèrent de surveillance. On établit des postes avancés dans les ruines de l'ancien cimetière de l'église de Saint-Geniès (4).

(1) Histoire générale du Languedoc, tome vx, page 97.

(2) Arch. due. Inv. 12. — H. Martin. Histoire de France, t. 9, p. 406.

(3) Il était fils aine de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, prince du sang. C'est ce qui lui avait fait donner le surnom de Dauphin d'Auvergne.

(4) Cette église, dont il ne reste plus que le sanctuaire, est située à un kilomètre d'Uzès, sur la route de Sainl-Ambroix. La tradition veut qu'elle ait été consi ruite au Lieu même où fut arrêté Saint-Geniès greffier du tribunal d'Ark>s, qui, ne voulant pas participer aux condamnations qu'il trouvait inji stes avait pris la fuite. On sait qu'il fut décapité au bord du Rhône.

à to Ladrerie (propriété de Mme Rouxdu jeu de ballon), à l'Escaletle ut ailleurs. Le duc d'Uzès ne voulut pas faire le siège d'une ville dont il portait le nom, bien que ses habitants, persistant dans leurs hérésies, se fussent ralliés à Damville.

Il se retira avec sa femme à Avignon où il eut plusieurs conférences avec le légat du Pape. Puis il partit de cette ville pour aller au-devant du roi Henri III (1), qui avait quitté furtivement le trône de Pologne pour venir succéder en France à son frère Charles IX.

Le roi venait de Lyon où il avait passé deux mois, plus occupé de régler l'étiquette de la cour que les opérations militaires, et au lieu de prendre la route de Paris et de Reims pour s'y faire sacrer, il se dirigea sur Avignon au moment où le maréchal de Damville s'emparait de Saint Gilles et d'Aiguesmortes.

Sur ces entrefaites le maréchal de Damville convoqua à Montpellier les états delà province. Le roi, en étant informé, cassa cette convocation et indiqua les états pour le 22 décembre 1574, à Villeneuve-lès-Avignon, dans le réfectoire des Chartreux. Le roi y assista en personne et se plaça sur un trône qu'on lui avait préparé sous un dais de drap d'or.

Le duc d'Alençon, son frère, s'assit à sa gauche et ensuite, à quelque distance, les ducs de Guise et d'Aumale, le duc d'Uzès, pair de France, et les autres pairs.

Les cardinaux de Bourbon, d'Armagnac et de Guise se placèrent à droite, et tout autour les autres personnages de la cour. L'assemblée étant formée . le roi dit qu'ayant été informé en Pologne, après la mort du roi Charles IX, son frère, des troubles qui désolaient le royaume en général et le Languedoc en particulier,

(1) Histoire générale du Comtat Venaissin, tome i, page 1(36.

il n'avait rien oublié pour rétablir la paix, mais que les rebelles ne voulant pas profiter de sa clémence ni lui rendre l'obéissance qui lui est due, il avait fait lever une armée en Languedoc, pour l'entretien de laquelle des ressources étaient nécessaires. L'assemblée lui accorda les secours qu'il demandait (1).

Peu après le roi partit pour se faire sacrer. Cette cérémonie eut lieu à Reims le 13 février 1575, et le surlendemain de son sacre il épousait Louise de Lorraine, fille du comte de Vaudemont, qu'il avait remarquée à son passage en Lorraine, lors de son voyage en Pologne.

Après l'assemblée des états tenus à Villeneuve, dont je viens de parler , les hostilités continuèrent entre Damville et le duc d'Uzès. Celui-ci ayant rassemblé ses troupes, parmi lesquelles figurait, le capitaine Crillon qui acquit à juste titre le surnom de brave, s'avança vers Saint-Gilles, l'attaqua et le prit le 27 janvier 1575.

Il assiégea ensuite, le 3 février, le château de Vauvert ou Posquiéres au diocèse de Nimes, qu'il fit battre avec quelques pièces d'artillerie qu'il avait tirées d'Avignon, et qui se rendit quatre jours après (2). Il prit ensuite Quissac, la Rivière, Saint Geniès-de-Malgoirès et le château de Saint-Firmin, près Uzès. Leduc voulut par là intimider les habitants d'Uzès qui refusaient de reconnaître l'autorité dont le roi l'avait revêtu (3).

Après la surprise du fort de Saint-Firmin il fit occuper la Bastide d'Engras et y mit une garnison sous les ordres du comte de Thessan, et une autre dans le château de Saint-Siffret (4). Enfin il s'avança jusque vers Nimes

(1) Histoire du Languedoc, tome ix, pages 106 et 107.

(2) Marquis d'Aubais. Histoire de Nimes, tome v, page 130. Pièces justificatives pour servir à YHisloire de France, tome ii, p. 49.

(3) Histoire générale du Languedoc, tome ix, page I 10.

(i) Le château de Saint -Siflret appartient aujourd'hui à la famille de Flaux.

dont il ravagea tous les environs, par ordre de la cour, qui croyait que c'était le seul moyen d'amener les confédérés à désirer la paix. Mais ces pavages ne s'éten- „ dirent pas au delà du Gardon, afin de respecter Uzès et le pays d'Usège.

D'un autre côté, les religionnaires soumirent Alais, sous la conduite de Damville, qui peu après tomba malade et se retira à Montpellier. Le duc d'Uzès , à cause de la mauvaise saison, donna quelque relâche à ses troupes et se rendit à Avignon. Dès le mois de mai les deux partis rentrèrent en campagne. Le maréchal de Damville fit assiéger le château de Saint-Firmin, près d'Uzès. Le duc sollicita alors les reitres qui étaient en Provence de passer en Languedoc pour faire lever le siège; il envoya en même temps le baron d'Ambre qui battit les assiégeants, leur tua 160 hommes, leur enleva leur artillerie et les obligea à se retirer.

Pendant ce temps, le duc d'Uzès, suivi de 2.500 fantassins et de 600 chevaux se retira à Saint-Gilles, où il assit son camp, après avoir de nouveau ravagé tous les environs de Nimes. Peu après le maréchal forma le siège de Sommières. Le duc d'Uzès envoya des secours à cette ville sous la conduite du baron d'Oraison, de Ventura! et de Cambis, qui y arrivèrent le 8 septembre I5~r> I >. bientôt suivis des troupes de Saint Gilles, des gendarmes et des corses, commandés par d'Ornano. Il y fut luimême bientôt après à la tète de 1200 arquebusiers et de 1.000 chevaux. Il attaqua aussitôt le maréchal de Damville. Celui-ci le repoussa et l'obligea à se retirer vers Calvisson. Mais le lendemain le due d'Uzès revint à la charge et battit son adversaire qui fut obligé de lever le siège. Lemaréchal se retira en toute hâte sur Lunel (2).

(1) Histoire des guerres civiles du Comtal de I56i à 1580.

(2) Histoire deMmcs, tome v. page 1 10

Ainsi la guerre se faisait avec des succès divers, et il est à remarquer que tandis que les armées catholiques étaient commandées par le duc d'Uzès, longtemps chef du parti calviniste, Damvillo, qui n'avait cessé d'être catholique, poussé par sa haine contre les Guise, était à la tète des calvinistes. Tels sont les résultats des guerres civiles et de la politique.

Sur ces entrefaites on songea à laisser aux laboureurs la liberté des semailles et à les mettre à l'abri des hostilités réciproques. Une trêve générale fut arrêtée à ce sujet entre le duc d'Uzès et le maréchal de Damville, le 13 octobre 1575.

La cour cependant ne perdait pas de vue les voies de pacification. Elle désirait d'autant plus la paix que le duc d'Anjou frère du roi, s'était joint aux confédérés. Après bien des pourparlers, la paix générale fut conclue le 14 mai 1576. Elle accordait abolition générale pour lout ce qui s'était passé pendant les troubles, rétablissait l'exercice de la religion catholique et permettait celui de la religion protestante dans tout le royaume, excepté à Paris et dans tous les lieux où résiderait la cour. Le duc d'Uzès profita de la paix pour se faire soigner à Avignon, d'une forte fièvre dont il avait été atteint pendant la guerre, puis il se rendit à Paris, après avoir •assisté, le 22 janvier 1576, à la procession générale du grand jubilé (1). Cette paix révolta les catholiques.

Les Guise, que Henri III détestait à l'égal des protestants, formèrent alors avec une foule de gentilshommes une confédération redoutable qui prit le nom de Sainte Ligue, et dont la première pensée doit être attribuée au cardinal de Lorraine.

(1) Ce (ait est rapporté dans une lettre adressée par M Barruel, officier de la suite du duc d'Uzès, à M. de Pouzillac, commandant pour le service du roi à Saint-Bonnet. (Mémoires de l'Académie de Nimes, année 1880, pages 47 et 71)

Le roi, pour opposer un rempart contre les entreprises des ligueurs, institua un ordre fameux, destiné à remplacer l'ordre de Saint-Michel, tombé dans l'avilisse "ment. Ce fut l'ordre du Saint-Esprit. Le roi en avait emprunté le titre et une partie des statuts à un ordre du même nom érigé au milieu du xive siècle par un roi de Naples de la maison d'Anjou et depuis longtemps oublié. Il fut d'autant plus porté à créer cet ordre en l'honneur du Saint-Esprit que le jour de la Pentecôte 1573 il avait été élu roi de Pologne, et qu'à pareil jour, en 1574, il avait succédé à la couronne de France. La cérémonie eut lieu dans l'église des Grands Augustins à Paris, le 1er janvier 1579. Les premiers chevaliers de ce nouvel ordre furent au nombre de vingt-sept. Le duc d'Uzès fut le second sur la liste et avant Philippe Ivmmanuel de Lorraine duc de Mercœur, frère de la reine Louise, femme de Henri III (1).

Vers cette époque la duchesse douairière, Louise de Clermont, veuve d'Antoine, premier duc d'Uzès, quittala cour et vint se fixer à Uzôs au château ducal. Elle y reçut la visite de plusieurs grands personnages, notam ment du maréchal de Damville, devenu duc de Montmorency depuis la mort de son frère aîné, et qui ayant embrassé le parti de la cour, était chargé de rétablir la paix entre les catholiques et les prolestants, en 1579.

L'année suivante, en novembre 1580, Henri de Bour bon , prince de Condé, vint lui présenter ses hommages.

Cette même année, son beau-frère le duc d'Uzès, vint aussi la visiter et prolongea à cause d'elle son séjour dans cette ville, où il montra une grande affection pour les Uzétiens. On en a la preuve dans plusieurs lettres

(1) Histoire de Vordre du Saint-Espiit, par M de Sainte-Foix, tome 1, page 167.

qu'il écrivit en 1580 au cardinal d'Armagnac à Avignon, pour lui recommander des Uzétiens faits prisonniers à Villeneuve-les-Avignon par les soldats du capitaine Noguier, gouverneur de Saint- André, et qui, grâce à son intervention, furent mis en liberté sans rançon (1). Le séjour prolongé de la duchesse douairière ne contribua pas peu à introduire dans notre petite ville cette urbanité de ton et de manières qui distinguait l'élite de notre population avant la révolution. Cette dame n'était pas seulement illustre par sa naissance et la haute situation sociale de son mari, mais encore par son esprit, son érudition, son goût des arts et la réputation qu'elle avait acquise en France et en Europe, ainsi qu'on peut en juger par sa correspondance avec Catherine de Môdicis, Charles IX et la reine d'Angleterre, la fameuse Elisabeth (1). Elle avait parfois de bons mots et de belles réparties. A propos de la promotion de dix-huit chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, faite en 1560 par le roi Charles IX, qui fut fort critiquée à cette époque, M'ue de Crussol dit au roi « qu'il avait fort bien advisé de n'en faire que dix-huit et non pas vingt, car on les eut appelés les vins nouveaux, par allusion aux vins nouveaux de cette année qui étaient tous guinguets et ne valaient rien. »

Usant de cette grande liberté d'esprit que la cour soutirait en elle, la duchesse d'Uzès continua sous Henri III à vivre avec une sorte d'intimité avec la reine mère, le roi, la reine de Navarre, le prince de Coudé et surtout la spirituelle princesse de Conti. La reine de

(!) Archives ducales. Inventaire page 35, verso. Pièces fugitives pour servira l'Histoire de France, tome n, Mélanges, page 95.

(2) Les originaux de toutes ces lettres sont actuellement entre les mains de Mme la duchesse d'Uzès, en son hôtel, avenue des Champs- Elysées, 76, à Paris. Elles ont été reproduites par le marquis d'Aubais dans son recueil de pièces fugitives pour servir à l'Histoire de France.

Navarre appelait dans ses lettres la duchesse ma Sybille. La duchesse d'Uzès semblait en effet comme l'oracle, sinon de la cour, du moins de la famille royale (1).

Elle avait fait le projet d'acquérir la Maison Carrée, qui était alors une propriété particulière, et d'élever au dedans de ce magnifique édifice un monumenl pour servir de tombeau à feu son mari, à elle età sa famille, et d'y joindre deux hôpitaux, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes, en les dotant de 2.000 livres de rente (2). Mnisce projet ne put se réaliser (3).

Elle mourut en 1596. Bien avant cette époque, et au mois de septembre 1586, était mort Jacques de Crussol, duc d'Uzès et pair de France, duquel descend directement le jeune duc d'Uzès d'aujourd'hui, ayant ie même prénom de Jacques. Ce duc d'Uzès, si connu dans l'histoire sous le nom de baron d'Acier, qu'il portait du vivant de son frère aine, avait élé conseiller d'Etat, capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du roi, et comme je viens de le dire ci-dessus, chevalier du Saint-Esprit, à la première création de cet ordre par Henri III.

On cite une réponse mémorable qu'il fit durant les guerres de religion, à un ordre inhumain du due de Montpensier.

« L'honneur est mon seul directeur; il ne me conseil^ lera jamais de livrer les femmes et les filles à la brutalité

(1) (Voir Le Cabinet historique, janviei-mars, 1873, p. 01).

(2) Voir la lettre qu'elle écrivit aux consuls. — Histoire de Nimes, tome v, page 153.

(3) La Maison Carrée finit par devenir la propriété des seigneurs de Saint-Chaptes, dont le nom de Famille 'Hait de Brueys, an l'amiral (ie ce nom. Cet édifice fut >mplo\é par eux a un usage ignoble. Il servit longtemps d'écurie jusqu'à ee que les A - l'eussent acheté .mi 1 070, pour en faire une église a côté de laquelle ils bâtirent leur monastère, qui a subsislé jusqu'à la révolution.

des soldats, de tuer un ennemi désarmé, de manquer à la parole que j'aurai donnée. » (1).

Jacques de Crussol avait épousé le 29 août 1568, Françoise de Clermont, nièce de sa belle-sœur la duchesse d'Uzès, et fille d'Antoine de Clermont, comte de Clermont, premier baron du Dauphiné, seigneur d'Ancy le Franc, chevalier de l'ordre du roi, et de la dame Françoise de Poitiers (2 , dont il eut :

1° Emmanuel qui suit ;

2° Louise, épousa le 2 avril 1590 Anne de la Jugie, baron de Rieux, chevalier des ordres du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances (3) ;

3° Marie, épousa le 29 septembre 1590, au château de Clermont en Auvergne, CristophedeChabanne, marquis de Carton, comte de Rochefort, fils du marquis et de la marquise née du Prat (4) ;

4° Diane, mariée le 23 novembre 1594 a Jean Vincent d'Ancezune, baron duTor;

5° Elisabeth , religieuse à qui le roi fit don le 1er décembre 1589, de l'abbaye de Montmartre (5) ;

6° Diane, épousa le 23 novembre 1594 au château ducal d'Uzès, Jean Vincent Cadus, seigneur de Caderousse, fils de Rostan Cadus, seigneur de Caderousse, baron du Thor, et de la baronne née Magdelaine de Tournon (6).

La veuve du duc d'Uzès mourut en 1608 à Pézenas (7).

(\) Histoire de l'ordre du Saint-Esprit, par M. de Sainte-Foix, tume î, page 1G8.

Relation de l'arrivée et du séjour à Uzès du duc de Crussol, par Pons et Dumas, professeurs au collège d'Uzès, 1824, page 5

(•?) Extrait sommaire des litres de la Maison de Crussol. (Archives ducales).

(3j Archives ducales. Inventaire, page 76.

(4) Id. 1.1.

(5) Archives ducales. Inventaire, page 22, verso. (0) M. Id. Inventaire, page 43.

(7) Charvet. Première maison d'Uzès, page 50.

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DUCHE

IRIE

1» , . JJ/* v:

EMMANUEL de CRUSSOL

XDtjlc d'Uzès

Premier Duc et Pair de France

EMMANUEL Ier DE CRUSSOL

PkEMIEk ÙUC ET PAIR £>E FRANCE

TROISIEME DUC D UZES

Emmanuel 1er succéda à son père le duc d'Uzès, au moment où de graves événements se passaient à la cour de France et amenaient la fin de la dynastie des Valois dans la personne du roi Henri III. Celui-ci, malgré les sages avis de la reine sa mère, de la duchesse douairière d'Uzès, de Chiverni, chancelier de France, et de Villequier (1), faisait assassiner par ses gardes dans son palais, àBlois, le duc de Guise qui aspirait au trône, et à quelque temps de là, le roi à son tour tombait à Saint- Cloud, en 1589, sous les coups d'un fanatique assassin Jacques Clément.

Le duc d'Uzès fut des premiers à se rallier à Henri IV et à l'aider à conquérir son royaume.

Après avoir bien combattu il songea à se marier, et le 2 septembre 1601, il épousait Claudine d'Ebrard, dame de Saint- Sulpice, qui avait beaucoup d'esprit. Elle était fille de Bertrand d'Ebrard, marquis de Saint-Sulpice, et de Marguerite, dame de Montsalés (2)

(i) Lacretolle. Histoire de France, tome tu, page 276.

(2) Le contrat fut passé dans le monastère de Saint-Sernin-les- Rodez, lo. 2 septembre 1601. (Archives ducales. — Extrait sommaire dos titres de la maison .Je Crussol. Dictionnaire de Moreri,p&ge 303.

Les- jeunes époux ne tardèrent pas à venir à LTzès, où eut lieu à cette occasion une très belle fête. Revue, musique, arc de triomphe, devise, salves, feux de joie, harangues, rien ne fut oublié.

Le corps des marchands, fort nombreux à cette époque, et composé de gens riches 1), monta à cheval et alla au devant d'eux jusqu'au Pin, où passait alors la grand' route.

Les corps des métiers, et surtout celui des cardeurs, des peigneurs de laine, des tisserands, formant à lui seul plus que la moitié de la population, s'étaient rangés en bataille au devant de la porte Saint-Julien.

A l'arrivée du duc et de la duchesse ils prirent les portières de leur coche, la cavalerie précédant et fermant la marche.

Le duc et la duchesse lirent leur entrée pat la porte Saint-Etienne, la même par laquelle entraient les évoques ou les consuls lors de la prise de possession de leur charge. Ils y furent harangués par Je premier consul et ensuite escortés jusque dans leur château ducal par la cavalerie et l'infanterie au bruit des salves de mousqueterie.

Le duc et la duchesse remercièrent bien vivement les habitants de leur bon accueil et peu après les consuls leur firent apporter par leurs valets, au nom de la ville, en présent, un barrai de vin et deux salmées d'avoine 2 .

Pendant son séjour à Uzès le duc eut à intenter un procès à l'évèque de cette ville, qui prenait depuis l'an 1600, pour lui et ses successeurs, le titre de comte d'Uzès. L'évèque prétendait posséder ce titre depuis l'excommunication du comte de Toulouse et avoir aussi un droit de suzeraineté sur les vicomtes, et par suite,

(1) Le commerce des étoffes île laine fabriquées dans la ville était fort renommé en France et même à L'étranger.

Registre des délibérations de la ville d'Uzès.

sur les ducs d'Uzès. Ce procès fut porté au parlement de Paris. Le duc et sa femme retournèrent bientôt dans la capitale, soit pour en suivre les phases, soit pour occulter leurs charges à la cour. Ce procès fut fort long, mais le parlement finit par donner gain de cause au duc d'Uzès et défendre à l'évêque de prendre le titre de comte (1).

Dans le courant de l'année 1610 le duc revint à Uzès, el c'est là qu'il apprit l'assassinat par Ravaillac du roi Henri IV, le 14 mai de cette même année.

Il en ressentit un très vif chagrin car il lui était très dévoué, mais faisant taire sa douleur, il ne songea qu'au bien du pays et il contribua, avec le duc de Ventadour, gouverneur du Languedoc, à faire prêter serment de fidélité par les habitants d'Uzès à son successeur.

Ce serment eut lieu en effet, devant le duc d'Uzès. à son château, en présence de l'évêque et de son chapitre. Le duc partit bientôt après et le 21 juillet suivant il prêtait lui-même aussi serment de fidélité à la reine régente Marie de Médicis et au roi, devant le parlement de l'a ri s (2).

La mort du roi Henri IV amena bien des changements dans l'administration du royaume. Les ministres furent congédiés. Sully lui-même, malgré les services qu'il avait rendus, fut obligé de donner sa démission de la surintendance des finances et du gouvernement de la Bastille.

(1) 11 existait pour les parlements une très ancienne coutume; c'est qu'au pnntemps les princesetles ducs et pairs en voyaient aux présidents et lux conseillers des bouquets el chapeaux (ou couronnes de roses), et le parlement décidait dans quel ordre ce don était lait. C'est ainsi qu'en 1599 le parlement de Toulouse ordonna que Madame, sœur du roi, le cardinal de Joyeuse comme duc et pair de France, les archevêques de Narbonne et d'Auch, etc., étant dans le ressort ainsi que le duc d'Uzès, duc et pair de France, présenteront à la cour les roses et les chapeaux le mois de mai prochain, suivant la coutume ancienne.

(2) Archives ducales. Inventaire page 5.

Les princes el la plupart des seigneurs relevèrent la lêle : « Le temps des rois esl passé, celui des grand- et des princes est venu, se disaient-ils, il faut nous faire

bien valoir. »

La régente, étrangère, livrée à des favori- étrangers aussi ignorants qu'elle des intérêts du royaume, luttait avec beaucoup de difficultés contre les princes du sang soutenus par les grands coalisés. Le duc d'Uzés, lui, resta toujours fidèle à la royauté. Aussi la régente et le roi lui en expriment toute leur reconnaissance dans les lettres suivantes qu'ils lui écrivent pour lui annoncer sa prochaine promotion à la dignité de chevalier du Saint- Esprit :

8 février 1611.

Mon cousin, pour vos vertus e1 mérites el pour la fidélité et affection que je scay qu'à l'imitatioD de vos ancêtres vous avés au bien de ce! étal et à ma personne el service, vous avez esté nommé par moy pour entrer et être associé en mon ordre du Saint-Esprit. Et désirant que vous soyez prest pour recevoir cet honneur au premier chapitre et cérémonie du dit ordre, je vous envoyé une commission adressée à votre évêque diocésain, pour faire vos preuves de vie, mœurs, âge et religion, qui sont les seules que vous avés à faire, ayanl esté satisfait aux autres par feu mon cousin le duc d'Uzés, votre père, chevalier dudil ordre. suivant les statuts d'y celui, qui vous dispensent d'en Faire de nouvelles. .Te scay que votre affection est telle que ce bienfait ni peut rien ajouterqu'une plus grande obligation à. me rendre les effets que j'en attends en toutes occasions comme je vous les ferai recevoir de ma bonne volonté. Et je prierai Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte garde. Ecrit à Paris. Signé Louis, el plus bas. Poitiers. — .1 mon cousin leduc d'I ~:ès. pair de France I .

(1) Archive* ducales. Inventaire, page il.

En même temps que cette lettre, le duc d'Uzès en recevait une qui lui était adressée le même jour par la reine Marie. La voici :

Mon cousin, le Roy mon fils vous ayant nommé pour être associé à L'ordre du Saint-Esprit, au premier chapitre en cérémonie du dit ordre qui se fera, je vous ai voulu en donner avis par la présente, afin que vous connaissiez combien j'ai agréable que cet honneur soit rendu à votre mérite et à la fidélité et affection que vous portez au bien de son service. El comme je suis très assurée que vous ne manquerez jamais à ce devoir, aussi pouvez vous faire estât qu'en toutes les occasions qui s'offriront je me rendrai toujours soigneuse de tenir la main a ce qui sera de votre contentement. Et pour ce que mon dit sieur et lils vous écrit bien particulièrement sur ce sujet, je ne vous ferai la présente plus longue que pour prier Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Paris, votre bonne cousine. Marie, et plus bas. Poitiers. — .1 mon cousin le duc d'Uzès, pair de France.

Le duc d'Uzès fui en effet nommé chevalier du Saint- Esprit.

Pat1 une autre lettre en date du 4 février 1613, on voit que la reine régente l'avait chargé de mettre la dernière main au différend entre les sieurs de Thémine et de Vailiac , et quelques autres gentilshommes. Elle lui témoigne sa satisfaction d'avoir réussi et elle ajoute : « Je vous dirais que mon intention est d'avoir désormais en particulier soin et considération ce qui est, de vous et de vos enfants, et pour cet effet je désirerais que vous et eux lussiez de deçà, où vous les feriez élever près de nous et à la connaissance des uns et des autres.

Je désire particulièrement y voir votre aine et vous prie instamment de l'y amener, afin qu'il commence à s'attacher près les personnes du roi mou dit sieur et fils, et que y prenant ci après sa nourriture, il s'en acquière

la bienveillance et y puisse tenir le rang qae sa naissance lui a acquise. » (1).

Il parait, par une autre lettre de cette reine du 12 avril 1613, que le duc lui envoya deux de ses enfants (2).

La reine le chargea de réprimer à Ni mes une émeute à l'occasion de la nomination d'un sieur du Ferrier, ministre apostat, au poste de conseiller au présidial de cette ville. Ce du Ferrier s'était déclaré ouvertement pour le parti de la cour. Le synode général des églises réformées tenu à Privas eu 1012, pour le punir d'avoir pris ce parti, le destitua. Le roi le dédommagea par un ol'tice de conseiller au présidial de Nimes, et l'y lit installer par un maître des requêtes. C'est ce qui donna lieu à une émeute que le duc d'Uzès eut grand'peine à apaiser.

La régente l'en remercie et en reconnaissance le fait remettre en possession de son château d'Aymargues, forteresse fort importante durant les guerres de religion (3). Pendant ce temps d'autres troubles plus graves avaient lieu sur d'autres parties du royaume. Condé et les princes, ainsi que beaucoup de gentilshommes levaient l'étendard de la révolte. Après bien des pourparlers la paix fut signée entr'eux et la reine, le 15 mai 1614, à Sainte-Menehould, paix qu'on appela malotrue. Par ce traité la reine augmentait les dignités et les pensions des seigneurs mécontents et promettait une prompte convocation des états généraux, mais le

(1) Archives ducales. Inventaire, page 43.

(2) Id. Ed. Id. page 43, verso.

(3) archives ducales. Inventaire, page 18.

Aimargues, aujourd'hui commune du canton de Vauvert (Gard), avait le titre de baronnie et députait aux états.

Gomme armoiries, Aimargues porte : d'azur à une rivière d'argent, ombré d'azur sur laquelle est une croix llottante à destre de sable.

duc de Vendôme, fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. jeune homme turbulent, médiocre et vicieux, ne voulait pas reconnaître le traité de paix. La reine considérant le duc d'Uzès comme un de ses meilleurs amis, lui exprimait dans une lettre du 13 juillet 1614, toute la peine que lui causait la désobéissance de son neveu le duc de Vendôme (1), et le 7 août suivant elle lui écrivait de nouveau qu'elle était partie pour Poitiers et Nantes, pour réprimer l'insurrection. Les populations, irritées contre les fauteurs de désordres, saluèrent le jeune roi de leurs acclamations et le duc de Vendôme se soumit dès la fin du même mois.

Marie de Médicis et Louis XIII rentrèrent à Paris pour la majorité du roi, qui commença sa quatorzième année le 27 septembre 1614.

Devenu majeur, le roi Louis XIII annonce au duc d'Uzès qu'il a pris le gouvernement du royaume dans la lettre qui suit, datée du 8 octobre 1615(2) :

Mon cousin. Dieu m'ayanl fait la grâce de me faire parvenir a l'âge de ma majorité, et ayant selon les loys de cet étal pris des mains de la reine madame ma mère le gouvernement et conduite de mon royaume, je vous ay bien voulu faire ce mot pour vous en avertir et vous dire aussi que madame et mère m'ayanl fail scavoir le soin et affection que vous avés aporté par ce-devant et pendant ma minorité au bien de mes affaires et service, il m'en demeure tout contentement et vous eu scay fort bon gré, vous priant de continuer en ce bon devoir en mon endroit, avec l'affection et fidélité que vous avez fail jusques icy, et vous asseurer que j'auroi de ma part bonne souvenance de reconnaître vos services et ne perdroi aucune occasion de vous faire, paroître des effets de ma bienvaillance en votre

(1) Archives ducales. Inventaire, page 47. (I) Arch. duc. lnv., p. 50.

endroit. Prianl Dieu mon cousin, vous avoir en sa sainte garde.

Ecril a Paris, signé Louis, et plu, bas Philipeaux.

.1 mon cousin le duc d'I rzès, pair de France • I .

La reine-mère écrit en même temps au duc d'Uzès une lettre pour lui rendre compte de la cérémonie de

déclaration de majorité qui eut lieu au Parlement (2).

Par une autre lettre en date du 10 octobre 161.") 3), elle l'engage à venir pour accompagner en Espagne sa fille., Elisabeth, qu'elle se propose de marier à Philippe IV roi d'Espagne, en même temps que le roi son fils épouserait l'infante Anne d'Autriche.

On sait que Marie de Médicis, malgré l'opposition du prince de Tonde et de ses adhérents, réalisa ce que fou appelait alors les mariages d'Espagne.

L'échange des deux princesses eut lieu le 9 novembre 1015 à Andaye, sur la Bidassoa, et le duc de Guise emmena Anne d'Autriche à Bordeaux, où Louis XIII et Marie de Médicis étaient venus l'attendre. L'union deux époux fut célébrée dans la cathédrale de cette ville, le 25 du même mois.

La cour quitta Bordeaux le 17 décembre et reprit la route du Nord, escortée par le duc d'Epernon et proté| par les deux corps d'armée de Guise et de Bois-Dauphin, car les hostilités n'avaient pas cessé. Les mécontents, obligés d'abandonner la campagne en Gascogne, étaient très forts en Languedoc, où Rohan avait décidé L'assemblée générale des réformés de Nimes à s'unir au prince de ( !ondé.

Le traité d'alliance entre Condé el l'assemblée de

Arch. duc. [nv . p. i1.».

Irch. duc. Inv., p. 19.

Irch. duc. Inv.. p. 50 el M

Nimes fut signé le 27 novembre 1615 au camp de Sauzai. Le prince venait d'entrer en Poitou et d'y opérer sa jonction avec le duc de la Trémoïlle et le duc de Soubise, frère du duc de Rohan. Le contre-coup de ces événements se fit sentir à Uzès. Déjà au mois de Mars 1615, cette ville avait eu la visite du duc delà Trémoïlle, peu après celle du duc Henri de Rohan 1), qui était le chef des révoltés. Ces derniers s'empressèrent de démoli)' la tour située au-dessus de la porte de la Condamine, dont la propriété était revendiquée par le duc d'Uzès. Celui-ci se plaignit au roi et, par une lettre du 10 octobre 1615, Sa Majesté lui promit de lui faire rendre justice quand le moment serait venu (2).

Toujours dévoué a la cour, le duc d'Uzès fit fortifier le château d'Aimargues, qui lui appartenait, afin de le soustraire aux Calvinistes. Ceux-ci, en effet, cherchèrent à s'en emparer, mais ils en levèrent le siège lors de la proclamation de l'Edit de Blois, le 14 mai 1616, qui mettait fin aux hostilités à la suite des conférences de Loudun.

Une des conséquences de l'Edit de Blois fut le renvoi du chancelier de Silleri, remplacé par du Vair, premier président du Parlement de Provence. Il arriva à ce dernier une affaire qu'il est bon de raconter puisque le duc d'Uzès y prit part :

Au Conseil du roi, comme dans les autres assemblées, le nouveau chancelier prenait le pas sur les ducs et pairs Ceux-ci souffraient avec peine des façons d'agir du magistrat, mais aucun d'eux n'osait s'y opposer ouvertement.

Les ducs de Montpensier, d'Uzès, de Montbason,

(I) Henri da liohan alla loger chez le sieur de Marceux, dans la maison appelée la Providence, (aujourd'hui écolo des frères).

(-!) Arcll. dite. Iuv., p. .">() et .". 1 .

de Retz et quelques autres s'adressèrent, à ce sujet, à d'Epernon comme au plus âgé de tons ceux du même rang, et, il faut bien le dire, comme au plus audacieux.

Pour faire un coup d'éclat il choisit le jour de Pâques et l'église de Saint- Germain- l'Auxerrois, où le roi, accompagné de toute sa cour, entendait une messe solennelle.

Du Vair n'avait pas manqué de se mettre audessus des dues et pairs, mais il ne garda pas longtemps sa place. D'Epernon le prit par le bras et l'en fit sortir en lui parlant avec mépris.

Le magistrat s'en plaignit au roi et le duc d'Epemon fut vertement réprimandé.

Parl'Edit de Blois, le prince de Condé était devenu tout-puissant et faisait sentir son pouvoir à la reine, à ses favoris et surtout au maréchal d'Ancre. Les partisans du prince crurent que tout leur était permis, et ils avaient adopté pour mot de ralliement Barre-à-Bas, qui désignait le trône comme le but de l'ambition du prince (1). En face de toutes ces prétentions, la reinemère prit un parti énergique. Le 1er septembre 1616, elle fit arrêter au milieu du Louvre et enfermer à la Bastille le prince de Condé.

Tandis qu'elle traitait ainsi ce prince, elle accordait à son fidèle ami, le duc d'Uzès, des lettres patentes du 4 août 1616 pour lever une compagnie de 200 hommes d'armes des ordonnances de S. M. qui devait porter le nom de la reine (2). Et à quelque temps de là. le 31 décembre 1619, le duc d'Uzès était reçu chevalier et

1 i oe barre dans les armes de Condé les disiin ;uail seulement des armes royales. Demander que cette barre disparut c'était demander qu'il lut roi.

(?) Arch. duc. Inv., p. 9, verso.

commandeur des ordres du roi, dans l'église des Grands- Auguslins, à Paris (1).

Cependant la reine-mère et son confident Concini (maréchal d'Ancre) (2) devenaient aussi victimes des vicissitudes humaines.

Un simple gentilhomme, Charles Albert de Luynes, qui s'était emparé de l'esprit du roi, en dressant pour l'amuser, desoiseaux de proie, lui persuada de se défaire du ministre pour secouer le joug de sa mère qui voulait perpétuer la régence. Concini l'ut arrêté et assassiné à l'instant même parce qu'il paraissait vouloir se défendre et la reine fut exilée à Blois.

Quelque temps après ces événements importants, le duc d'Uzès quitte Paris et la cour pour se rendre dans le Midi et ne tarde pas d'arriver à son château de Charmes en Vivarais. Dès que les habitants d'Uzès en sont informés, les sieurs de Boileau (3), premier consul, etBarletier, deuxième consul, sont députés pour aller l'y complimenter. Le duc promet de venir bientôt à Uzès. Il y arrive en effet le 27 avril 1620. On lui fait une entrée triomphale à la porte Saint -Etienne. Les consuls le complimentent en avant de la dite porte, accompagnés des conseillers politiques et lui font un cortège jusqu'à son château ducal, au bruit des tambours et des salves de mousqueterie. Le duc fit un long séjour à Uzès au grand contentement des habitants.

Il visitait souvent les capucins qu'il avait fait venir en

(1) Arch. duc. Layette, p. 7.

(2) On raconte que la reine-mère ayant demandé à une dame de la cour (probablement à la duchesse d'Uzès qui avait beaucoup d'esprit) de lui apporter son voile, cette dame répondit : « Un navire qui est à l'ancre (au maréchal d'Ancre) n'a pas besoin de voiles ».

(3) Cette famille existe encore sous le nom de Boileau de Castelnau et habite Nimes.

1617, et qu'il avait établis dans un monastère eu face la Tour du roi (1).

Il s'intéressait beaucoup aussi à l'Académie d'Uzès, qui probablement grâce à lui, fut maintenue dans le droit de délivrer des diplômes aux bacheliers (2 .

Cependant le prince de Condé que le roi avait fait mettre en liberté, ne tarda pas à déployer encore l'étendard de la révolte. L'assemblée générale des rcligionnaires tenue à Nimes, par Henri de Rohan, convint des articles de l'union avec le prince, et nomm i pour général dans le bas Languedoc, le comte de Caudale (3).

On se pourvût d'armes et de munitions. Le duc Henri de Rohan et le duc de Montmorency se livrèrent des combats acharnés. Beaucoup d'églises furent détruites.

Rohan prit d'assaut le château de Saint-Siftret, qui appartenait au prévôt de la cathédrale d'Uzès. Une trentaine de catholiques et quelques ecclésiastiques qui s'y étaient réfugiés lurent passés au lil de i'epée.

De plus graves événements se passaient ailleurs. Une armée entière était dirigée contre les protestants qui s'assemblaient à la Rochelle, levaient des impôts, achetaient des armes et projetaient la division de la France en huit cercles fédératifs. Le roi s'empara du Béarn qu'il réunit au domaine de la couronne. Puis, Lu y nés qui avait pris le titre de connétable sans avoir jamais manié l'épée, conduisit le roi au siège de Montauban; ils échouèrent devant cette ville; Luynes y

(1) Ce monastère est situé près du marché aux rodions. Plus tard, le duc d'Uzès fit bâtir aux capucins une église et un couvent près son château, et un caveau fut construit sous l'église pour la sépulture des duos d'Uzès.

Aujourd'hui le couvent des capucins est occupé par la gendarmerie et l'église est transformée en remise et écuries. En 1842 oo a ti porté les ossements des ducs dans le caveau actuel du duché.

: Registre des délibérations de la ville à" Uses, 1605-1617. B, B. 6.

(3) Histoire < - la ville d \ ï, p ige 'M .

trouva la mort, et le roi fut contraint de confirmer l'édit de Nantes et de faire grâce aux rebciles.

La paix fut rédigée sous forme de déclaration royale et signée le 19 octobre 1622. Par un article du traité de paix, toutes les nouvelles fortifications élevées par les réformés devaient être démolies. Le duc de Créqui, gendre du connétable de Lesdiguières, ne tarda pas à venir à Uzès, avec la mission de démolir les fortifications de la ville, conformément au traité de 1622. Il descendit au château ducal, où se trouvait en ce moment la duchesse d'Uzès, et celle-ci obtint la conservation du bastion de Soubise, construit non loin du duché. La ville s'empressa de l'en remercier (1).

Bientôt le duc d'Uzès vint la rejoindre après avoir séjourné quelque temps à son château d'Aimargues, où une députation alla lui offrir les hommages de sa bonne ville d'Uzès. 2).

Vers la fin de l'année 1624, le duc et la duchesse d'Uzès se rendirent à Paris pour assister au mariage de leur fils aîné avec MUe de la Châtre (3) , qui fut célébré au commencement de l'année 1625, et cette même année ils assistèrent, avec les jeunes époux, aux fiançailles de Charles Ier roi d'Angleterre avec Henriette Marie de France, à Paris, le 11 mai 1625. Le cérémonial fut calqj.é sur celui des funestes noces du roi de Navarre avec Marguerite de Valois. Le 2-1 du même mois, le duc

(1) Registre dis délibérations de la ville d'Uzès.

(2) La seigneurie et le château d'Aimargues appartenaient à la maison d'Uzès depuis la donation qui en fut faite en l'an 1186. par Raymond VI, comte de Toulouse, à Kaymond Decan dit Hascas. Le château était vaste el bien fortifié encore au x.vn° siècle. Il fut maintefois pris et repris pur les divers partis durant les guerres religieuses.

L'amiral de Coligny, en traversant ce pays, en 1570, l'attaqua, mais ne put s'en emparer. Par ordre de Louis XIII il lut démantelé en 1030

(3) A celte occasion la ville d'Uzès offrit à la comtesse de Grussol une bague en diamant (Registre des Délibérations, t('rj~> .

de Buckingham vint à Paris pour chercher la jeune reine, et sa présence fut l'occasion * le nombreuses et brillantes fêtes. Lui-même déploya dans son ambassade une magnificence inouïe et une galanterie audacieuse dont la reine elle même était l'objet.

Pendant le séjour de Buckingham en France, la guerre civile s'était propagée dans le Midi, mais Richelieu, qui avait alors toute la confiance du roi (1 ) et qu'il conserva de longues années, avant de combattre les protestants, voulut relever le prestige du roi en Europe et terminer surtout l'affaire de la Yalteline, cette province que lus Espagnols avaient enlevée aux grisons et qu'ils conservaient à l'aide des troupes papales.

Richelieu fit convoquer par le roi, à Fontainebleau, une assemblée de notables composée des princes, ducs, pairs et grands officiers de la couronne, des premiers présidents et procureurs généraux des cours souveraines, du prévôt des marchands de Paris et de quatre prélats délégués par l'assemblée du Clergé séant en ce moment à Paris (2). L'assemblée dont faisait partie le duc d'Uzès comme duc et pair de France approuva la conduite et les vues de Richelieu, et en peu de temps celui-ci, secouant toute considération de hiérarchie religieuse, envoya une armée contre le Pape, qui soutenait les Espagnols. Les troupes du Pape furent battues et la Valteline rendue aux Suisses.

Sur de garder désormais en Europe l'ascendant qu'il avait pris, Richelieu dirigea ses forces contre les protestants. Conformément au vote de rassemblée des notables qui eut lieu le 2 décembre 1626, il s'occupa de

(1) On raconte que le duc d'EpiTnnn descendant l'escalier du Louvre rencontra le cardinal de Ricliplieu qui lui demanda ^' il ne savait pas quelques nouvelles: « Oui, lui répondit-il, vous montez, je descends ». Il venait en effet de s'apercevoir que son crédit s'affaiblissait devant celui de Richelieu.

(2) Histoire de France par il. Martin, tome n, p. 224.

faire démolir dans tout le royaume les principales places fortes où les rebelles trouvaient un asile. La plus importante de toutes, La Rochelle, était depuis les guerres de religion au pouvoir des Huguenots. Richelieu n'attendait qu'une occasion favorable pour tourner contre cette ville toutes ses forces, lorsque les protestants vinrent la lui fournir d'eux-mêmes.

Le 11 septembre 1627 ils étaient réunis à Uzès en assemblée générale quand leur chef, le duc de Rohan, donna lecture d'une lettre de leurs coreligionnaires de La Rochelle, annonçant que le roi d'Angleterre leur accordait aide et protection jusqu'à ce qu'ils eussent un ferme repos et solide contentement.

L'assemblée accueillit avec enthousiasme l'intervention du roi d'Angleterre et la nouvelle que son premier ministre, le duc de Buckingham, venait d'aborder à l'île de Ré avec une flotte de quatre-vingt-dix vaisseaux montés par 16.000 hommes.

Richelieu apprit ces préparatifs avec un secret contentement. Il entreprit lui-même le siège de La Rochelle, ce rempart du protestantisme qui paraissait imprenable et qui était défendu par un intrépide marin, Jean Guiton.

Richelieu enveloppa la ville, du côté de la terre, par une ligne de circonvallation de trois lieues ; du côté de la mer, par une digue gigantesque de sept cents toises qui fermait l'entrée delà rade. Trois fois la flotte anglaise, commandée par Buckingham, essaya de forcer la digue, trois fois elle fut repoussée. Richelieu, tour à tour général, ingénieur et administrateur, était présent sur tous les points menacés. Enfin, après quatorze mois de résistance héroïque la ville se rendit. Louis XIII, usant de sa clémence, accorda aux rochellois la vie, les biens et l'exercice de leur religion (28 octobre 1628).

Les fortifications furent rasées, et non-seulement le calvinisme fut abattu comme parti politique, mais aussi

l'aristocratie qui souvent n'embrassait la réforme que comme moyen d'opposition.

• Le duc de Rohan, après avoir tenu quelque temps dans le midi, vit sa cause perdue et se soumit au roi.

Durant tous ces événements, le duc "d'Uzès ne cessa d'être dévoué à la royauté. Il était très aimé à la cour et jouissait d'une grande influence qu'il mettait quelquefois à profit pour les habitants d'Uzès. C'est ainsi que quelque temps après le siège de La Rochelle, en 1629, il leur rendit un grand service.

Le roi Louis XIII campait avec son armée à Saint Chaptes, revenant de soumettre Alais. La ville d'Uzès, qui sous le duc Henri de Rohan avait secoué l'autorité royale, était bien menacée. Elle envoya des députés auprès du roi pour faire sa soumission. Le duc d'Uzès voulut bien les accompagner et les présenter à S. M., et grâce à sa bienveillante intervention ils obtinrent le pardon de leur révolte. Les registres des délibérations de la ville constatent que des présents furent envoyés à cette occasion au roi, au cardinal de Richelieu et au duc d'Uzès.

Ce fui le 1er juillet 1629 que le roi reçut à St-Uhaptes les députés d'Uzès à qui il promit de venir dans leur ville (1). Il se rendit à Collias le même jour, en partit le 3, fit passer son armée sur le pont du Gard (2) et arriva à Bezouce où il séjourna plusieurs jours. Enfin, le 10 du même mois il fit son entrée à Uzès, venant de Collias, par l'ancienne route allant à Beaucaire. aujourd'hui appelée le chemin de Carrière. Il avait envoyé en

(1) Mémoires de Bassompierre, tome iv, page 58.

(2) Le pont moderne adossé au pont du Gard pour l'usage du chemin n'existait pas encore, mais le duc de Rohan, pour la commodité du transport de son artillerie dans ses courses fréquentes, avait l'ait échancrer les piles du second rang, du côté du couchant, et y avait pratiqué un passage dont on aperçoit unco e les traces el qui servit à l'armée de Louis XIII.

avant un détachement de ses gardes occuper le fort de Saint-Ferréol et ordonné qu'on abattit une partie des remparts près la porte dite du Portalet, pour de là se rendre à son château (aujourd'hui les prisons).

Les consuls et les habitants, prévenus de ses intentions, firent travailler de suite et toute la nuit à démolir la muraille (l) et à préparer des meubles convenables pour les pièces de l'antique donjon qui lui appartenait et qu'un de ses ancêtres avait acheté à la maison d'Uzès.

Désireux de plaire au roi, les habitants construisirent à la brèche un arc-de-triomphe en verdure, décoré d'armoiries et de devises à la louange du roi et au-dessus duquel ce prince était représenté dans un tableau peint à l'huile, à cheval, armé de pied en cap1 la lance sur la cuisse et couronné de lauriers.

Les quatre consuls en robe rouge, suivis du conseil de ville, haranguèrent le roi à genoux et lui présentèrent, dans cette posture, les clefs de la ville dans un bassin d'étain fin. Le roi leur ordonna de se relever et de remettre les clefs au maréchal de Bassompierre, l'un des seigneurs de sa suite.

Le roi étant entré dans la ville descendit de chevalet s ■ rendit à son château par la rue de la fontaine de Saint-Théodorit, appelée communément : La fon de la viilo.

Le cardinal de Richelieu arriva en litière peu à près le roi ; il passa également par la brèche et fut harangué par les consuls, mais non à genoux. Il se rendit au château du roi et de là au logis du Merle (2) où on lui

(1) Cette démolition eut lieu près de la porte dite du Portalet. Ce quartier s'appelle depuis lors la Brèche.

(2) Cette maison est située dans la grande bourgade.

avait préparé un logement. Le maréchal de Bassompierre, par ordre du roi, lit le tour et la visite des fortifications.

Sur ces entrefaites une contestation s'éleva entre les consuls de la ville et les officiers du roi, au sujet des droits et gratifications dont ceux-ci se prévalaient , prétendant être entrés dans une ville conquise. Ici encore les consuls eurent recours à l'obligeance du duc d'Uzès, qui fit réduire considérablement le chiffre des gratifications.

Le 11 au matin, le roi donna un édit de pacification daté d'Uzès. appelé cependant paix de Nîmes, parce que ce fut dans cette ville qu'il fut publié solennellement pour la première fois. Le roi partit le lendemain à midi après son déjeuner, pour retourner coucher au château de Collias. Il fut accompagné des acclamations de la population, lesquelles redoublèrent quand, à la porte de la Barrière, il ordonna au maréchal de Bassompierre de rendre aux consuls qui l'accompagnaient en robe, les clefs de la ville. Ceux-ci les reçurent à genoux avec de grands remercîments et de vives protestations de fidélité et d'obéissance.

Ce fut après son départ d'Uzès, que le roi étant à Nimes, ordonna la démolition des fortifications de notre ville, par une lettre du 15 juillet 1629,

Le maréchal de Bassompierre revint plusieurs fois à Uzès pour faire opérer cette démolition, et il plut beaucoup aux habitants par son esprit et son air jovial.

Les frais de démolition furent répartis entre toutes les villes du diocèse, à l'exception du village de Collias et de tout ce qui appartenait aux enfants du marquis de Portes, tué l'année précédente au siège de Privât, et dont la femme, Louise de Crussol, était sœur du duc d'Uzès.

Le roi repartit île Mines le 15 juillet pour Paris.

laissant le cardinal en Languedoc, avec plein pouvoir pour commander en son nom dans tout le Midi.

La puissance de Richelieu augmentait de plus en plus et avec elle aussi l'acharnement de ses ennemis. Il sembla un moment que les efforts de ces derniers allaient être couronnés de succès. Louis XIII tomba dangereusement malade, et les deux reines profitèrent de sa faiblesse pour lui arracher le renvoi de Richelieu ; mais celui-ci np tarda pas à voir ie.roi et à reprendre sa puissance. Ses ennemis courbèrent la tète ; ce fut la journée des dupes. La reine mère elle-même fut sacrifiée. Elle se retira à Bruxelles, où elle mourût quelques années après de misère et d'ennui.

Le duc d'Orléans se retira en Lorraine, où il rassembla quelques troupes pour attaquer ouvertement le ministre, qui régnait plus que le roi lui-même. Il entraîna dans sa révolte, son beau-frère le maréchal de Montmorency, gouverneur du Languedoc. La jonction de leurs troupes eut lieu à Castelnaudary ; ils furent battus, et le maréchal de Montmorency, criblé de dix -sept blessures, après des prodiges de valeur, resta prisonnier.

Notre ville ne prit aucune part à cette révolte, grâce au duc d'Uzès. Aussi le roi lui écrivit le 28 août 1632, la lettre suivante :

Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 17 de ce mois et veu par y celle ce que vous avés contribué par votre affection au bien de mon service pour fortifier 1rs habitants de la ville d'Uzès dans les bonnes résolutions qu'ils ont prises de se maintenir soulz mon obéissance dont je vous en scay très bon gré. Ce que je vous ay bien voulu faire connaître par cette cy et vous exhorter de continuer les mêmes soins, assuré que je les scauray bien considérer selon leur mérite. Je me suis avancé jusqu'en ce lieu, d'où p> pars demain pour continuer mon voyage, pendant lequel je ne ferai aucun Séjour pour me rendre par delà le plus tôt que je pourroi ;

scachant que je suis désiré avec impatience par mes bons serviteurs, qui attendenl de ma main le remède aux maux qui ont été suscités dans ta province par La rébellion du duc de Montmorency et de ses adhérans ; donl ils ne peuvenl éviter la punition que mérite La faute qu'ils ont commise contre leur devoir.

Sur ce je prie Dieu, mon cousin, vous avoir en sa sainte garde.

Ecrit à Moulins. Signé Louis, et plus bas, Philipeaux.

Le roi ne tarda pas de venir en Languedoc. Sa présence contribua puissamment à la pacification de cetle province, et le duc d'Orléans, obligé de céder, fit la paix avec son frère.

Richelieu acheva de rétablir l'ordre dans la province par des mesures rigoureuses; plusieurs citadelles et plus de cent châteaux féodaux furent non seulement démantelés, mais démolis (l). Beaucoup de seigneurs et d'officiers royaux perdirent, les uns leurs fiefs, les autres leurs charges, et le roi en disposa en faveur de ceux qui l'avaient servi (2).

C'est ainsi que par brevet en date du 28 décembre 1632, le roi étant à Montpellier, donna au duc d'Uzès, en reconnaissance de ses bons et agréables services, tous les

(t) Histoire du Languedoc, tome v, page 593.

(2) Vers cette époque, en 1631, Louis XIII fit une promotion de chevaliers du Saint-Esprit, dans une cérémonie à laquelle le duc d l assista en qualité de chevalier de cet ordre. (Il avait été nommé à la précédente promotion de 1611).

On raconte que le comte de '" ayant sollicité pour être de promotion, le cardinal de Richelieu reconduisit en lui disant : « Vraiment, Monsieur, je m'étonne que n'ayant jamais servi ni le père, ni le fils, vous prétendiez avoir le Saint-Esprit. » Le comte, elfectivement, n'avait ni embrassé le parti de Henri IV, ni jamais été à la guerre sous Louis XIII.

biens appartenant au marquis de Pérault sénéchal qui s'était révolté contre Sa Majesté (1).

De Montpellier, le roi et le cardinal se transportèrent le 2 octobre à Béziers, où le roi convoqua et ouvrit en personne les états du Languedoc.

L'assemblée se tint dans l'église des Augustins. On fit élever dans le fond de cette église, du côté du grand autel, une estrade recouverte de tapis, et au haut de laquelle s'élevait le trône, couvert de velours cramoisi, bordé de galons d'or avec un dais de la même étoffe. Le roi s' étant assis sur son trône, le marquis de Gordes, et le comte de Chaslus, capitaine des gardes, se placèrent debout et découverts aux deux côtés du fauteuil du roi, que les gardes entouraient.

La reine, suivie des duchesses d'Uzès, de Chevreuse, de Montbazon, et de plusieurs autres dames, se plaça dans une tribune élevée, où elles pouvaient voir la cérémonie sans être vues.

A côté droit du roi, au bas de l'estrade, s'assirent sur des pliants, les cardinaux de Richelieu et de la Valette; les maréchaux de Vitri, de la Force, de Chàtillon et de Schomberg; les ducs d'Uzès, de Retz, de Ventadour, s'assirent du côté gauche, et puis derrière, à droite et à gauche, un très grand nombre de personnes.

Tout le monde étant placé, le roi fit connaître ses intentions par l'intermédiaire de son garde des sceaux. Il rendit aux états la liberté de s'assembler chaque année, avec tous les droits et privilèges antérieurs, et fixa à 1 million 50.000 livres l'octroi annuel que devait faire la province à la couronne.

Après les états provinciaux , la cour se rendit de Béziers à Toulouse; le 27 octobre, Montmorency qui

(1) Archives ducales. Inventaire, page G, verso.

avait été conduit à Lectoure après le fatal combat, fut amené dans la capitale de son ancien gouvernement et livré au Parlement de Toulouse, chargé de son procès., par la déclaration royale du 23 août, qui avait dépouillé le duc des privilèges de la pairie.

L'arrêt l'ut rendu le 30 octobre 1632 au matin, et le même jour Henri de Montmorency fut décapité, non sur la place publique comme le portait l'arrêt, mais dans la cour de la maison de ville. (Ce fut la seule grâce que lui accorda Louis XIII). Il n'avait que trente-huit ans. En lui (initia branche aînée de la maison de Montmorency, si féconde en héros (1).

Par cette moi t le duc d'Uzès devint le doyen des pairs et prit le titre de premier duc et pair de France (2).

Cependant le roi se préparait à commencer, en Roussillon, les hostilités contre le roi d'Espagne, auquel il avait déclaré la guerre.

Le maréchal de Brézé avait été chargé de faire le blocus de Perpignan, mais il ne put empêcher 9,000 Espagnols, débarqués àCollioure, de venir renforcer les

(1) L'Intrigue du cabinet sous Louis XII l, par Anquetil. t. 1, p. 385. La pairie de Montmorency remontait à Henri II en 1 55ô.

(2) Si le duc d'Uzès était le doyen des pairs, le duc de la Trémoïlle était le plus ancien duc, l'érection de son duché de Thouars remontant à l'année 1563, en juillet.

Au chapitre de l'ordre du Saint-Esprit le duc de la Trémoïlle passait le premier après les princes du sang, mais la pairie prévalait au couronnement des rois, au Parlement et aux Etats.

Comme héritier de Charlotte d'Aragon, princesse de Tarente, les la Trémoïlle avaient en Fiance le rang de princes étrangers, ce qui les faisait jouir à la cour de certaines prérogatives. Aussi leurs tilles avaient le tabouret à la cour à l'âge de 7

Le duché de Thouars avait le singulier privilège de passer aux femmes à défaut de descendance masculine.

(Charlrier de Tkoitars. Documents historiques et généaloj nages 4, 79, 136 et 287).

assiégés (fin janvier 1642), ce qui retarda le succès des armes du roi.

Ou forma une nouvelle armée à Narbonne sous le commandement du maréchal de la Mailleraie, favori du puissant ministre de Richelieu.

Le duc d'Uzès, par une lettre du roi en date du 8 février 1642, reçut l'ordre de se rendre avec sa compagnie à Narbonne (1), où il ne tarda pas d'arriver et de se mettre sous les ordres du maréchal. Celui-ci entra bientôt en campagne avec 16,000 hommes d'élite et le vicomte de Turenne pour lieutenant-général.

A peine arrivé sous les murs de Perpignan il jugea nécessaire de commencer par fermer aux ennemis la voie de la mer et on commença le siège de Collioure, le seul port par lequel les Espagnols pouvaient secourir Perpignan.

Aidé de la tlotte française du Levant aux ordres du bailli de Forbin, général des galères, le maréchal de la Mailleraie s'empara de Collioure et commença bientôt après la circonvallation de Perpignan dont le siège ne fut guère qu'un blocus.

Le roi ne tarda pas d'arriver au camp de Perpignan, mais sa santé s'étant altérée, il fut obligé, dès le mois de juin, de se retirer et il se rendit aux eaux de Meynes, village faisant partie aujourd'hui du canton d'Aramon (Gard).

Cependant le siège de Perpignan continua et le 29 août 1642, la garnison fut obligée de capituler. Cette prise fut bientôt suivie de celle de Salces, ce qui termina la conquête du Roussillon qui depuis a toujours fait partie de la France.

Un Te Deum fut chanté à cette occasion dans la cathédrale de Perpignan en présence des principaux officiers de l'armée.

(1) Arch. duc. Invent. p. 56.

Cette victoire de Perpignan, ajoutée à tanl d'autres,

assura le triomphe de la politique de Richelieu.

La France s'élevait de plus en plus. Henri IV lui avait assuré l'indépendance3 Richelieu lui donnait la suprématie. Elle reprenait, à la tête des nations, la préséance qu'elle avait eue lorsqu'elle guidait aux croisades l'Europe du moyen -âge.

Après cette belle conquête du Roussillon, le duc d'Uzès, qui y avait pris part, se rendit à Taris.

Le 20 avril 1643 le roi le manda dans sa chambre avec les autres ducs et pairs, et là, en présence de la reine et de ses enfants, du duc d'Orléans, du prince de Condé, des maréchaux et des grands officiers de la couronne, il fit lire devant eux, par un secrétaire d'Etat, une déclaration par laquelle il donnait, après sa mort, la régence à la reine son épouse, et à son frère le duc d'Orléans la lieutenance générale du royaume sous la direction d'un conseil de régence.

Le lendemain cette déclaration fut enregistrée au Parlement en présence des princes et des pairs.

Enfin, le 14 mai 1643 le roi mourut à l'âge de quarantedeux ans, quelques jours seulement avant la bataille de Rocroi, qui inaugura glorieusement le règne de Louis XIV.

Le 22 juin de la même année. Louis XIII fut enterré à Saint-Denis, et voici le nom des principaux seigneurs qui déposèrent dans le caveau royal les honneurs qu'ils portaient :

Le duc de Saint-Simon, L'épée royale ;

Le duc de Chevreuse, la bannière de France ;

Le duc de Luynes, la main de Justice ;

Le duc de Ventadour, le sceptre (1) ;

Le due dT/.és, la couronne royale.

(I) Le duc de la Tiémoïlle, le plus ancien doc de France, remplissait en ce moment les fonctions de grand maître de la maison royale. {Chartres de Thouars, page 136).

Le duc d'Uzès était ptacé dans cette cérémonie comme doyen des pairs de France , immédiatement après le prince de Condé.

i\.u lendemain de la mort de Louis XIII, sa veuve, Anne d'Autriche, s'était rendue au Parlement avec le jeune Louis XIV pour y tenir un lit de justice. Le duc d'Uzès y assista et comme chevalier d'honneur de la reine Aime et comme duc et pair de France.

Les dernières dispositions de Louis XIII furent modifiées, en ce sens que l'on donna à la reine la régence absolue en supprimant le conseil de régence.

Le cardinal Mazarin dont l'habileté avait capté depuis quelques années la faveur de Richelieu, obtint la confiance de la reine et fut nommé premier ministre. Ce qui amena les troubles de la Fronde, et tandis que les princes et presque tous les personnages du royaume changèrent plusieurs fois de parti, suivant leurs passions ou leurs intérêts, ni le duc d'Uzès, ni son fils ne prirent part à ces troubles. Ils restèrent l'un et l'autre les défenseurs de la royauté.

Au début de ces événements le duc d'Uzès, en qualité de premier duc et pair de France, eut à s'occuper d'une affaire concernant la maison de La Rochefoucauld, et qui passionna toute la noblesse du royaume.

Le prince deMarsillac, fils aîné du duc de La Rochefoucauld, demandait pour sa femme le tabouret chez la reine, et pour lui, les honneurs du Louvre. Cette prétention peut paraître fort oiseuse aujourd'hui, mais elle avait alors une grande importance et cachait une sérieuse ambition.

Les honneurs du Louvre n'étaient accordés en France qu'aux pairs du royaume et aux princes des maisons souveraines. Or, le duc de La Rochefoucauld vivant, son fils ne pouvait prétendre à la pairie, et il n'exerçait d'ailleurs aucune souveraineté. C'était donc un rang à part qu'il demandait pour sa maison.

Le prince de Condé, ami des La Rochefoucauld, se chargea de présenter au conseil la demande du prince de Marsillac. L'opposition fut fort vive. Les ducs et pairs se réunirent chez le duc d'Uzès, et on résolut du ne point souffrir qu'on accordât ce privilège à la maison de La Rochefoucauld. Toute la noblesse de France s'en mêla.

En vain le prince de Condé rnenaça-t-il publiquement de son inimitié tous ceux qui se rendraient chez le duc d'Uzès. Les assemblées n'en devinrent pas moins fréquentes et nombreuses, et un acte d'union, signé par 800 gentilshommes, déclara « sans honneur et sans foi quiconque se séparerait de la cause commune. S1 l'un des signataires était troublé ou attaqué en quelque chose que ce fut, tous s'engageaient à prendre ses intérêts, sans pouvoir s'en séparer, à peine d'être déclarés indignes du titre de gentilhomme. »

Consterné de la tournure inattendue de cette affaire, Mazarin n'épargna rien pour la terminer. Enfin le prince de Condé, étonné lui-même d'un déchaînement si furieux, abandonna le prince de Marsillac, et quatre maréchaux de France portèrent à la noblesse, au nom de la reine, les assurances qu'il ne serait rien innové à leurs honneurs, droits et prérogatives (1).

Tandis que le duc d'Uzès avait à s'occuper au nom de la noblesse française, de l'affaire concernant la maison de La Rochefoucauld, il avait à lutter lui-mê contre les prétentions de l'évèque d'Uzès. Ses ancêtres avaient eu à soutenir bien des procès contre les évêques, tantôt au sujet de la juridiction, tantôt au sujet «les portes et murailles de la ville, tantôt au sujet du consulat, du port d'armes, des questions de préséance, etc. Lui-mcmeavail euà prendredes mesures pour empêcher l'évèque d'Uzès de prendre le titre de comte.

(1) Histoin de la Fronde, par le comte Je Saint-Aulaire, tome î,

page 31G et suivantes.

Il semblait que plus la maison d'Uzès s'élevait en honneurs et en dignités, plus augmentait le nombre des contestations soulevées par les évoques.

Une des plus intéressantes est celle relative à la mouvance (1), que les évoques prétendaient avoir sur tout ce que les ducs d'Uzès possédaient dans leur duché, et même sur le château ducal.

Après bien des pourparlers et des lettres échangées, l'instance commença sur cet objet en 1656.

M§rsde Grillet, alors évoque d'Uzès, fit assigner au parlement de Paris, Emmanuel IerdeCrussol, duc d'Uzès, pour se voir condamner à lui rendre foi et hommage, lui réclamant en outre une reconnaissance constatant que les ducs d'Uzès étaient obligés aux entrées des évêques dans la ville, de tenir l'étrier lorsqu'ils descendaient de cheval.

L'évèque prétendait que par suite de l'excommunication du comte de Toulouse, prononcée par le Pape en 1207 et 1208, et des bulles par lesquelles il était dépossédé de ses terres et seigneuries, un de ses prédécesseurs, évèque d'Uzès en même temps que légat du Pape, s'était fait faire, en 1214, une donation des terres d'Uzès par le comte de Montfort, préposé par le Pape à la garde des pays conquis sur le comte de Toulouse par les croisés (2).

Le duc d'Uzès établissait, au contraire, pour sa défense, que les terres du duché ont relevé des comtes de T iulouse, puis des rois de France depuis la réunion du comté de Toulouse à la couronne ; que les prétendus titres de l'évèque prenant leur origine dans les guerres des Albigeois et l'excommunication du comte de Toulouse ne pouvaient constituer des droits sérieux ; qu'ils avaient d'ailleurs été abandonnés par les évèques au

(1) Prédominance d'un fief sur un autre.

(2) Denisart Verbo, seigneur, n° 13.

profit de nos rois, à qui seuls les ducs d'Uzès et leurs ancêtres durant plusieurs siècles avaient rendu foi et hommage (1).

Le procès dura fort longtemps et fut soutenu successivement par Mgrs de Grillet, de Grignan, de la Vrillère et Poncet de la Rivière, mais enfin la maison d'Uzès finit par triompher et l'évéché fut débouté de presque toutes ses prétentions.

Ainsi que je l'ai déjà dit, le duc d'Uzès, durant tous les troubles de la Fronde, resta le défenseur de la royauté. Aussi jouissait-il à la cour d'une grande influence qu'il mettait volontiersà profit pour les habitantsdeson duché. C'est ainsi que nos archives municipales portent deux exemptionspour Uzès et le paysd'Usège du passage des troupes de guerre tant à pied qu'à cheval. La première exemption est accordée le 25 avril 1649 par Mgr fils de France, oncle du roi, Gaston duc d'Orléans, à son très cher cousin le duc d'Uzès, et à l'estime particulière qu'il fait de sa personne (2) ; la seconde, le 21 mai de la même année par la reine régente mère du roi, « désirant, (porte l'exemption), gratifier noire très cher et bien-aimé cousin, le duc d'Uzès, notre chevalier d'honneur » signé Anne (3).

(1) Archives ducales, layette il. Mémoire du duc d'L'zès contre l'évêque Bouyn, pages 7 et 8.

(2) Archives municipales, série A A, layette 5, liasse 40, n° 1.

(3) Archives municipales, liasse 40, n° 2.

La ville d'U/ès fut très reconnaissante au duc des avantages de ces exemptions. Aussi ayant appris qu'il était tombé malade, ses consuls lui envoyèrent une députation pour lui témoigner toute la part que la ville prenait à son état et l'assurer du dévouement pour sa personne de tous les habitants d'Uzès. [Registre des Délibérations de la commune d'Uzès, année 1649).

Et l'année suivante ses malles étant arrivées a (Jzès pour lui être expédiées à Paris, la ville profita de cette occasion pour lui envoyer Quelque huile, ancliois, sucre et autres provisions de carême, afin de reconnaître les obligations de la ville envers Sa Grandeur.

A quelque temps de là la régence prit fin, Louis XIV ayant terminé sa treizième année le 5 septembre 1651. Le duc d'Uzès assista à la célèbre cavalcade qui fut faite le 7 septembre suivant pour la majorité du roi.

Partis du palais, le cardinal, le roi et toute sa cour se rendirent à la sainte chapelle où siégeait le Parlement. Le duc d'Uzès avait pris place au cortège en qualité de chevalier d'honneur de la reine, et dans la grand'chambre du Parlement il se plaça comme premier duc et pair de France à la droite du roi, immédiatement après Monsieur, duc d'Anjou, frère du roi (1).

Louis XIV annonça de sa propre bouche au Parlement que suivant les lois de son état il en voulait prendre lui-même le gouvernement, espérant de la bonté de Dieu que ce serait avec piété et justice.

Après avoir entendu plusieurs discours, le cortège retourna dans le même ordre au palais cardinal, aux cris mille fois répétés de : Vive le roi !

On remarqua dans le cortège l'absence du prince de Condé. Il était toujours en état de révolte. Il s'allia aux Espagnols et. prit une part très active aux derniers troubles de la Fronde, notamment au combat de St-Antoine, à Paris, en 1652. Heureusement la cour put opposer au vainqueur de Rocroi un général fort habile, Turenne, qui finit par paralyser ses efforts. Mais les démarches qu'on tenta pour le ramener à son devoir ne purent aboutir. Le roi ordonna à son chancelier, au premier président et à deux conseillers de la grand'chambre

(1) C'était le seul prince du sang présent à cette cérémonie.

Les branches collatérales de la maison de Bourbon étaient alors réduites à quatre princes: le duc d'Orléans en disgrâce à Blois ; le prince de Condé rebelle et proscrit ; son fils, le duc d'Enghien, en exil à Bruxelles, et son frère, le prince de Conti, seul rentré en faveur, mais parti pour commander l'armée de Catalogne. C'était du reste la royauté à la Richelieu, la royauté sans princes, l'Etat fait homme.

d'instruire son affaire ( 22 décembre 1652) et défaire leur rapport en lit de justice au Parlement garni de pairs et présidé par le roi en personne, comme il était d'usage dans les causes des princes du sang.

Le parlement devait se réunir le 18 janvier suivant, mais la réunion fut retardée par un incident qui offrit un étrange contraste aux réflexions du public. Tandis qu'on ajournait Coridé à son de trompe par devant le parlement, son jeune frère qui avait aidé sa sœur à l'entraîner dans la guerre civile et la trahison, arrivait à Paris pour épouser la nièce du cardinal Mazarin, Marie Martinozzi. C'était le gage de la réconciliation du prince de Conti avec la cour. Le procès du prince de Condé fut donc renvoyé au mois de mars, et voici la lettre que Louis XIV écrivit à ce sujet au duc d'Uzès.

9 mars 1654.

Mon cousin, je vous avais écrit le 12 janvier dernier de vous rendre en ma bonne ville de Paris dans la fin du mois pour entrer en ma cour de parlement et assister au jugement du procès criminel du prince de Condé, mais comme pour quelques considérations la chose a été remise et que j'ai résolu de faire juger ledit procès dans le 28 du présent mois pour tout délay, je vous a y voulu de rechef faire cette lettre pour vous en donner avis, et vous dire que vous ayez à vous y trouver en ce temps là. et en casque par indisposition ou autre cause légitime, vous ne vous puissiez rendre en ma dite ville de Paris, dans le dit jour 28 de ce mois, vous ayez à me le faire sçavoir par la réponse que vous me ferez à la présente, laquelle je ne vous ferai pas plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte garde. Ecrit à Paris le 9 jour de mars 1654. Signé Louis, e1 plus bas Phelyppe aux. A la suscription. .1 mon cousin, le duc d'Uzès, pair de France.

A cette lettre est attachée une autre lettre du sieur Lavillière pour le même sujet, signée Lavillière.

Le 27 mars, dans un nouveau lit de justice, le prince fut déclare « convaincu de lèse majesté et félonie, déchu du nom de Bourbon et condamné à recevoir la mort en la forme qu'il plairait au roi. »

On sait que plus tard, à la paix des Pyrennées, en 1658, il fut stipulé que Condé se soumettrait au roi sans condition, et il rentra en grâce à l'époque du mariage du roi avec Marie-Thérèse d'x^utriche, fille de Philippe IV d'Espagne.

Le duc d'Uzès ne put assister à ces derniers événements. Il mourut en effet le 19 juillet 1657 à Florensac, au couvent de cette ville, où il s'était retiré, après s'être démis en faveur de son fils aîné, François de Crussol, de la charge de chevalier d'honneur de la reine mère (1).

Il laissa plusieurs enfants, savoir :

1° François, qui suit;

2° Jacques Christophe, qui a fait la branche des marquis de Saint -Sulpice;

3° Louis, abbé de Figeac, surnommé le marquis de Crussol. décédé le 8 octobre 1704, laissant de Charlotte, veuve de la Rivière Bonneuil, décédée le 28 janvier 1669, Charles-Emmanuel, dit le marquis de Crussol, tué au siège de Keiserwet en Allemagne, le 20 octobre 1674, âgé de 22 ans ;

4° Alexandre Galiot, marquis de Montsalez, décédé en 1680, qui a fait la branche des marquis de Montsalez ;

5° Anne Gaston,, seigneur de Florensac, tué au siège de Turin, en 1640 ;

6° Louise de Crussol, mariée à Hercule de Budos, marquis de Portes, chevalier des ordres du roi, vice amiral, morte en avril 1695 (2).

(1) Archives ducales. Inventaire, page 5. (2 Dictionnaire de Moréri, tome iv, page 302.

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