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PREMIER £)U0 ET PAIR ÙE FRANCE

CINQUIEME DUC D UZES

Le 7 mars 1674, Emmanuel II de Crussol, âgé de 32 ans, devint premier duc et pair de France, par suite de la démission de son père en sa faveur. Jusque-là il avait porté le titre de comte de Crussol, et c'est sous ce titre qu'il épousa, le 16 mars 1664, Julie-Marie de Montausier, fille unique et héritière de Charles, duc de Montausier (1), chevalier des ordres du roi, gouverneur du Dauphin sous Louis XIV, et de Julie-Lucie d'Angennes, marquise de Rambouillet (2), gouvernante des enfants

(1) Le duc de Montausier avait obtenu, par un arrêt du Conseil d'état, du 16 juillet 1689, l'autorisation d'exploiter toutes les mines de charbons de pierre qu'il pourrait découvrir dans toute l'étendue du royaume, à l'exception de celles du Nivernais, concédées au duc de Nevers.

Ce privilège fut confirmé par un nouvel arrêt du 29 avril 1692, en faveur de sa fdle, la duchesse d'Uzès.

(Etienne Dupont. Traité pratique de la jurisprudence des mines, tome i, pages 31 et 32).

(2) Elle avait inspiré une passion romanesque à son futur mari, le duc de Montausier. Celui-ci, pendant l'hiver de 1641, lui adressa une guirlande peinte sur velin in folio par Robertet, au bas de laquelle se trouvent toutes les fleurs dont elle se compose, peintes séparément chacune sur une feuille particulière. Au dessous, Nicolas Jarry, célèbre calligraphie, a écrit avec une perfection que le burin n'atteindrait pas, un madrigal se rapportant à chaque fleur. Dix-huit auteurs ont concouru à l'œuvre poétique, connue sous le nom de Guirlande de Julie, ornée de peintures et de vers . Cette guirlande fut exécutée deux fois .

L'original est précieusement conservé dans la maison d'Uzès, la copie appartient à la famille de Sainte-Maure (Voir Wideville, page 49).

de France, si prônée par sud savoir et son esprit, si chantée par les poètes de son temps.

A cette occasion la ville lui envoya une députation à Paris, pour le féliciter de son mariage et remettre à sa fiancée un présent de 100 pistoles (1). Le contrat de mariage fut passé en présence du roi, de la reine, de la reine-mère du roi, deMgrle Dauphin et autres princes, princesses et grands seigneurs de la cour, devant MM. Lefraud et de Beauvais, notaires au chatelet de Paris (2).

Peu après, les jeunes époux quittent la capitale pour aller dans le Midi, visiter leurs divers châteaux et notamment Uzès. A peine arrivés à Florensac ils voient venir près d'eux une députation d'Uzès, pour leur rendre les devoirs de la ville qui se dispose à leur faire une entrée aussi solennelle que possible.

En effet, on prépare des logements pour un régiment de 400 hommes, qui doit précéder l'arrivée du comte et de la comtesse.

On fait venir la bande des violons d'Avignon, ainsi que des tambours, tant de Beaucaire que de Tarascon, pour être joints à ceux de la ville. On dépense 1 100 livres pour payer les peintres, sculpteurs et ouvriers employés à orner la place et la cour du dushé d'arcs de triomphe , de peintures et de statues. Enfin, lorsque le comte et la comtesse arrivent, les soldats du régiment et les hommes armés de la ville forment la haie sur leur passage, au milieu des cris enthousiastes des habitants, au bruit des boites que l'on fait partir de la plus haute tour du duché. Le soir même un superbe feu d'artifice est tiré, et des danses ont lieu durant plusieurs jours.

(1) Délibérations du conseil politique ■ P Uzès, <\n I avril 1664 — Archives communales.

("2) Archives ducales. Inventaire, pave 80.

Peu après, quoique nouvellement marié, le comte de Crussol, avide de gloire, se déroba aux charmes du plaisir pour aller faire essai de sa valeur en Hongrie, contre les ennemis du nom chrétien (1).

Les Turcs, en effet, commandés par le grand vizir Achmet Kîouprougli se rendaient plus redoutables que jamais. Prenant la Hongrie Autrichienne à revers, ils avaient franchi le Danube à Bade avec 100.000 hommes, et s'avançaient jusqu'aux portes de Presbourg et o°Olmutz.

L'empereur Léopold avait fait appel à toute la chrétienté. Le Pape, l'Espagne, les Etats Italiens fournirent des subsides. Louis XIV envoya 6.000 Français, la plupart volontaires, sous les ordres du comte Coligny. — Saligni, ancien frondeur, rentré d'exil avec le prince de Condé.

Déjà le grand vizir avait repoussé les Impériaux, et après avoir réparti ses principales forces sur la rive droite du Danube, il menaçait d'envahir la Styrie et l'Autriche. Le 1er août 1664 l'attaque fut engagée par toutes les forces musulmanes, et la bataille semblait perdue pour les Impériaux lorsque les Français s'ébranlèrent. On dit qu' Achmet Kiouprougli en voyant déboucher cette jeune noblesse Française avec ses habits tout enrubannés et ces perruques blondes demanda «quelles étaient ces jeunes filles. »

Ces jeunes filles enfoncèrent au premier choc les terribles janissaires du grand vizir, et l'armée confédérée,.ranimée par l'exemple des Français, chargea sur toute la ligne. Les Turcs lâchèrent pied et se précipitèrent en fuyant vers la rivière pour la repasser, mais ils la comblèrent de leurs cadavres.

A la suite de cette victoire, une trêve de vingt ans fut signée entre l'empereur Léopold et le grand vizir.

(I) Mémoires de Monlausier, tome i, page 160.

Le jeune comte de Crussol revint couvert de gloire de cette expédition.

Il aimait passionnément le métier des armes, et il faut reconnaître qu'il arriva aune époque où il lui fut facile de satisfaire ses goûts. Louis XIV avait déjà rétabli la suprématie de la France sur toutes les autres puissances.

Une insulte faite à notre ambassadeur à Londres par l'ambassadeur espagnol, qui usa de violence pour prendre le pas sur lui dans une cérémonie publique, avait été promptement réparée par Philippe IV.

Peu de temps après, par suite d'un affront fait à son ambassadeur, le duc de Crequi, par la garde Corse (1) du Pape, Louis XIV obtint une éclatante réparation.

Après la mort de Philippe IV, son beau-père, il voulut faire valoir les droits que la reine son épouse avait sur les Pays-Bas et la Franche-Comté. Il prit lui-même la conduite de ses troupes, suivi de Condé, de Turenne, de Louvois, son ministre de la guerre. On s'empara, comme par enchantement, de la plupart des villes et des provinces des Pays-Bas, et bientôt cette brillante et rapide guerre fut suivie de la paix d'Aix- la-Chapelle, en 1668. Mais blessé de l'orgueil des habitants d'Amsterdam qui avaient fait frapper une médaille outrageante pour lui, Louis XIV reprit les hostilités, ce qui amena la coalition des princes d'Allemagne, des rois d'Espagne et de Danemark contre lui, coalition qui procura de nouvelles victoires à la France consacrées par la paix de Nimègue en 1678.

Le comte de Crussol, guerrier accompli, assista à maintes batailles, et, en récompense de ses services et

(l) Louis XIV ne se doutait pas que plus tard un Corse occuperait le trôno de France.

de son brillant courage, il fut chargé d'apporter au roi Louis XIV, à Fontainebleau, la nouvelle de la prise des forts de Gallas, en Allemagne (1).

Il avait alors le grade de colonel d'infanterie par suite de la démission de son beau-père, le duc de Montausier(2).

A cette époque, les grades inférieurs dépendaient à peu près des colonels qui proposaient les officiers au ministre (3). Aussi bien des jeunes gens d'Uzès allaient s'enrôler dans le régiment du comte de Crussol, et ce fut là l'origine delà plupart des familles nobles de notre ville, qui étaient fort nombreuses avant la Révolution.

Sur ces entrefaites la duchesse de Montausier tomba malade. Sa maladie dura près de deux ans, et pendant, tout ce temps-là sa fille, la comtesse de Crussol, resta enfermée dans la chambre de sa mère pour la- soigner, renonçant à tous les plaisirs que lui promettaient sa fortune, sa naissance et son rang à la cour (4).

La duchesse de Montausier mourut le 16 novembre 1671. Beaucoup de dames de la cour briguèrent sa charge de dame d'honneur. L'une faisait valoir les services de ses aïeux, l'autre une piété austère telle que la désirait la reine, l'autre une vertu commode et facile comme la souhaitait le roi. Celle-ci comptait sur la protection directe de Leurs Majestés; celle-là sur celle de Mme de la Vallière ou de la marquise de Montespan; Mme de Richelieu s'abritait sous le souvenir des services rendus à la royauté par le cardinal de ce nom ; M"'c de Créqui avait pour protecteur le comte de Lauzun.

(1) Extrait des Souvenirs historiques des résidences royales de France. Palais de Fontainebleau, par Valout, page 395.

(2) Archives ducales. Inv. page 10, verso.

(3) Histoire de France, par II. Mutin, tome 14, page 152. ('0 Mémoires de Montausier, tome u. page 33.

Leduc de Montausïer aurai! bien voulu proposer sa fille, la comtesse de Crussol, mais son jeune âge semblait un obstacle, et alors, dans son dépit, il s'écriait : « L'affreux pays où les maîtresses et les ministres ont seuls du pouvoir ». Le roi le sut et le manda auprès rie lui. Il lui reprocha avec douceur son emportement et s'en vengea le lendemain en désignant la comtesse de Crussol dame du Palais (1).

Ainsi que je l'ai déjà dit, le duc d'Uzès (François Ier de Crussol) se démit en 1674, en faveur de son tils aîné, de son titre de duc et pair de France. Celui dont je raconte la vie prit dès ce moment, et jusqu'à la mort de son père, le titre de duc de Crussol. En cette qualité il joua un rôle important au mariage de Louise d'Orléans avec le roi Charles II d'Espagne.

Louise d'Orléans était fort belle. Ses grands yeux aux longs et doux regards, ses traits nobles, ses mouvements gracieux révêlaient la distinction innée qu'elle tenait de sa mère (Henriette d'Angleterre).

Louis XIV la destina au roi d'Espagne qui, par une des clauses du traité de Nimègue .1678). devait épouser une princesse française.

En effet, dès le commencement de l'année 1679, un grand d'Espagne, le marquis de Las Balbazès, arriva à Versailles en qualité d'ambassadeur extraordinaire. On lui donna des fêtes somptueuses.

Louis XIV, devant la volonté duquel tout s'inclinait, chargea Monsieur (le duc d'Orléans) de prévenir sa fille que le roi d'Espagne demandait sa main. A quelques jours de là et le 2 juillet 1675». L'ambassadeur espagnol alla à Saint-Cloud, résidence du duc d'Orléans, pour faire la demande officielle. Elle fut accueillie, non sans regret, de la part de la jeune princesse.

(1) Mémoires pour servir à Mmt de Maintmon, par la Beautnelle, tome i. page 161.

La cérémonie du mariage ne tarda pas de s'accomplir. Un matin, à onze heures, toute la cour étant réunie dans l'appartement de la reine, le roi commanda de se mettre en marche pour se rendre a la chapelle. Les chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit, précédés de quatre hérauts d'armes, de leur chef et du président de Mesmes, grand maître des cérémonies de l'Ordre, s'avancèrent les premiers, deux à deux, habillés de noir, avec le collier sur le manteau.

Le duc de Crussol qui devait porter les honneurs pour le roi d'Espagne, marchait ensuite. Son habit était brodé de perles avec des boutons en diamants (1).

Après lui venaient le grand prieur de France et le duc de Vendôme son frère, l'ambassadeur d'Espagne, ayant à sa droite le comte de Brienne, introducteur des ambassadeurs; ils étaient suivis du duc de Verneuil, du duc du Maine, du comte de Vermandoiset du prince de La Roche-sur- Yon.

Le prince de Conti, représentant Charles II, marchait seul.

Louis XIV venait ensuite, précédé d'huissiers avec leurs masses, et du marquis de Tilladet, capitaine des Cent-Suisses de la Garde; derrière le roi était le duc de Luxembourg, capitaine des gardes du corps, le duc de Gesvres, premier gentilhomme de la chambre, le prince de Marsillac, grand maître de la garde robe.

La reine était menée par le duc de la Vrillère, son chevalier d'honneur, et parle marquis d'Hautefort, son premier écuyer.

Mademoiselle s'avançait ensuite menée par Mgr le Dauphin, ayant derrière lui le duc de Montausier, son premier gentilhomme, et par Monsieur, ayant derrière lui le chevalier de Chastillon, capitaine de ses gardes.

(1) Semaine des familles, 1872-73, page 60.

Les duchesses et les dames dn Palais fermaient la marche.

Le cardinal de Bouillon procéda à la cérémonie du mariage. Puis Mademoiselle., devenue reine d'Espagne, partit peu après pour sa nouvelle résidence, mais non sans verser beaucoup de larmes.

Dans une de ses lettres Mme de Sévigné écrivait :

La reine d'Espagne devient fontaine.

On raccompagna en grande pompe jusqu'à la Bidassoa, rivière séparant la France de l'Espagne. Alors exaltée par la douleur, elle arracha une poignée de terre de la rive, la couvrit de pleurs et de baisers, et s'adressant à sa nourrice qui devait raccompagner : — « Garde moi ce trésor, lui dit-elle, pour qu'à ma mort on répande sur ma tombe un peu de terre de France ». Sa vie fut courte et triste. Ce n'est pas d'elle qu'on peut dire : « Heureuse comme une reine. »

Sur ces entrefaites le duc d'Uzès mourut en 1680. Sun fils qui venait d'assister aux t'êtes du mariage de M"0 d'Orléans avec le roi d'Espagne, prit le titre dont il héritait, de duc d'Uzès, premier duc et pair de France.

A cette occasion les consuls d'Uzès lui adressèrent les hommages delà ville, et lui témoignèrent le désir de le voir bientôt arriver dans son duché, où on lui ferait une réception digne de sa haute situation : mais lui. se rappelant la brillante réception qui lui avait été déjà laite à Uzès, à l'occasion de son mariage avec la fille du duc de Montausier, écrivit aux consuls que pour éviter des dépenses à la ville il se contenterait d'une entrée semblable à celle de l'évêque.

Il vint peu après à Uzès avec la duchesse sa femme, mais ils n'y firent qu'un court séjour, bien qu'ils eussent été reçus très cordialement par tous les habitants. Le duc et la duchesse prêteraient (et cela se comprend sans peine) au calme de notre petite ville les splendeurs du château de Versailles.

La cour de Louis XIV effaçait alors toutes les autres cours de l'Europe par son air de grandeur et son exquise courtoisie. Le roi voulait que l'éclat attaché à sa personne rejaillit sur tout ce qui l'entourait ; que tous les grands fussent honorés, et surtout les femmes. Aaucune époque elles ne furent l'objet de tant d'hommages. Aussi la société française atteignit la véritable harmonie des mœurs polies et réalisa mieux que jamais l'idéal chevaleresque. Les fêtes de Louis XIV dépassèrent tout ce qu'avaient rêvé les romanciers, mais Louis était toujours le centre et le principe de toutes choses.

Ce faste, uni aux dépenses occasionnées par de nombreuses guerres épuisèrent les finances de la France. On employa divers moyens pour y remédier. Le plus regrettable pour les arts fut Tordre donné à tous les particuliers d'envoyer à la monnaie les meubles et ustensiles d'argent massif et même la vaisselle au dessus du poids de trois à quatre marcs. Le roi lui-même donna l'exemple et fit fondre de précieux objets d'argent ciselés par Bullini, d'après les dessins de Lebrun, et qui étaient un des principaux ornements de Versailles. Le duc d'Uzès n'hésita pas à apporter son argenterie qui était fort belle. Mais l'art était bien supérieur à la matière et ce sacrifice ne produisit pas des sommes bien considérables.

On eut recours à d'autres moyens. On pensa avec raison que les manufactures et le commerce seraient la source magique où l'on pourrait puiser sans relâche et sans mesure, et on en favorisa le développement. Les fabriques de tout genre, depuis les étoffes les plus communes jusqu'aux tissus d'or et aux tapis de l'Asie, furent transplantées parmi nous, et le roi fut le premier à les mettre en honneur à sa cour. L'entreprise fut suivie avec une très grandecbnstance, les obstacles nombreux et la persévérance du roi invincible, ainsi qu'on

peut en juger par un fait assez futil et à l'occasion duquel la duchesse d'Uzès joua un certain rôle :

Il était de mode de porter des draps rayés. Ceux qu'on fabriqua d'abord en France étaient grossiers et ridicules. Le roi néanmoins ne voulut pas qu'on en portât d'autres. La duchesse d'Uzès, cà qui son père, le duc de Montausier, avait confié la garde-robe du Dauphin, imagina de faire faire à ce prince un habit avec un drap uni et étranger sur lequel un peintre dessina des raies. Louis XIV, instruit de ce stratagème, réprimanda la duchesse d'Uzès, infligea une amende au peintre. et au marchand (1) et fit brûler publiquement l'habit.

La mode, à cette époque-là, était aussi, pour les hommes, de porter des manchons. Le roi ne s'en servait pas même au fort de l'hiver. Aussi un jour, deux paysans l'ayant rencontré, et l'un d'eux s'étonnant de le voir ainsi insensible au froid : « N'en sois pas étonné, dit l'autre, il a toujours les mains dans nos poches ».

Il lui fallait en effet beaucoup d'argent pour payer ses guerres, ses constructions, ses fêtes et ses maîtresses.

La personne qui régnait alors sur son cœur était la marquise de Montespan (2), la plus belle, la plus spiri-

(1) Monarchie de Louis XIV, Dangeau, page 364.

(2) Athénaïs de Morlemart, marquise de Montespan, sa sœur aînée, la marquise de Thiange, et sa cadette, l'abbesse de Fontevraud, étaient les plus belles femmes de leur temps, et toutes trois joignaient à cet avantage des agréments singuliers dans l'esprit. Le maréchal duc de Vivonne, leur frère, était aussi un des hommes de la cour qui avait le plus de goût et de lecture. C'était lui à qui le roi dis lit un jour : o Mais à quoi sert de lire? » Le duc de Vivonne, qui avait de L'embnmpo :

de belles couleurs, répondit : « Sire, la lecture l'ait à l'esprit ce que vos perdrix t'ont à mes joues » .

Un autre jour le roi lui dit : « On vous acouse de ne pis réciter d''s prières? — On me calomnie, Sire, répondit l'ingénieux courtisan, car je ne passe pas un seul jour suis répéter plusieurs lois : Domine salvum f'ac regem nostrum.

Ces quatre personnes plaisaient universellement par un tour singulier

tuelle et peut-être aussi la plus dépensière de toutes. Elle avait certain scrupule religieux. Ainsi elle jeûnait si austèrement pendant le carême qu'elle faisait peser son pain. Un jour la duchesse d'Uzès, étonnée de ses scrupules, ne put s'empêcher de lui en faire l'observation : « Eh quoi ! Madame, reprit Mme de Montespan, faut-il parce que je fais un mal que je les fasse tous ! (1) ».

Malgré le scandale de sa vie privée qui influa et sur sa cour et sur la nation, Louis XI V fit de grandes choses et mérita bien le surnom de Louis le Grand. Sa constante préoccupation était de dominer partout. Parfois il ne réglait pas certaines affaires pour tenir les divers pouvoirs en division et plus sous sa dépendance.

C'est ainsi qu'il ne voulut pas régler une affaire dite du bonnet, à laquelle le duc d'Uzès prit une large part.

C'était en 1681. Il y avait au Parlement de Paris une audience solennelle pour la réception du comte de Chàlons, si connu depuis sous le nom de cardinal de Noailles.

Le premier président, M. de Novion, contrairement aux usages établis, resta couvert en faisant l'appel des pairs et ne se découvrit que lorsqu'il en fut aux princes du sang.

Au moment d'opiner, les pairs avaient l'habitude de se découvrir, mais voyant ce qui venait de se passer, le

de conversation mêlé de plaisanterie et de finesse qu'on appelait : Vcsprit des Mortemart.

On remarque au duché d'Uzès un grand tableau représentant le duc de Mortemart et de Vivonne, vice -roi de la Sicile qu'il avait délivrée des Espagnols, recevant le 23 avril 1075, au nom de Louis XIV, dans la cathédrale de Messine, le serment de loi et hommage du Sénat et des principaux de la ville.

Le duc de Mortemart et de Vivonne est un des ancêtres de la duchesse d'Uzès actuelle, née Anne de Mortemart-Rochcchouart.

(1) Souvenirs de M"»0 de Caylus, page 77.

duc d'Uzès perdit patience, enfonça son chapeau et opina couvert avec un air de menace. Tous les pairs l'imitèrent et allèrent tous se plaindre au roi, mais Sa Majesté, par le motif ci-dessus indiqué, prétexta que le duc d'Uzès s'était l'ail justice à lai-môme et aux pairs et ne voulut pas se mêler de cette affaire qui fit grand bruit (1).

Cette difficulté ne diminua en rien les bons rapports du duc avec le roi qui l'invitait à toutes les fêtes de la cour.

Ainsi le duc était toujours l'objet d'une invitation spéciale pour les retraites à Marly, où l'étiquette de \ sailles était fort relâchée et où régnait une sorte d'intimité et de liberté relatives.

Il en était de même aux représentations d'Esther dans Saint-Cyr. Voir Esther, cette sublime tragédie de Racine (2), n'était pas une moindre faveur que d'être admis à Marly.

Aux représentations d'Esther le roi présidait lui-même à l'admission des élus. Il entrait le premier cl se plaçait à la porte, tenant la feuille d'une main et de l'autre levant sa canne comme pour former une barrière. Il y restait jusqu'à ce que tous ceux qui étaient inscrits fussent entrés.

(1) Mémoires de Saint-Simon, tome n, page 134.

(2) Racine, orphelin de père et de mère, était venu à L'zès à l'âge de vingt -deux ans, le 8 novembre 1661 auprès de son oncle maternel, le père Sconin, chanoine régulier de Sainte-G aérai ei officiel du diocèse, et en même temps prieur de Saint-Maximin. On l'appelait alors l'abbé Racine. Il était on effel venu pour étudier la théologie auprès de son oncle qui désirai! lui léguer son bénéfice, mais la vocation poétique l'emporta. Elle se révéla même à Uzès par la Thêbaîde composée, dit-on, dans un pavillon qui s'appelle aujourd'hui le Pavillon Racine (Voir Guide de l'Etranger à Uzès par L. d'Albiousse, au mol Pavillon Racine, page

En 1692 deux mariages eurent lieu à Versailles et furent l'occasion de grandes réjouissances. Ils concernaient deux enfants que la marquise de Montespan avait eus du roi ; M"e de Blois, sa fille, épousa le duc de Chartres, et le duc du Maine, son fils, la princesse Bénédicte de Bourbon, petite-fille du Grand Coudé, princesse célèbre par son esprit et son goût pour les arts. Le duc d'Uzès assista à ces deux mariages (1), mais à l'occasion du second il est intéressant de raconter ce qui le précéda.

Louis XIV voulant marier le duc du Maine à une des grandes maisons du royaume, avait songé à M"e Louise de Crussol, fille du duc d'Uzès, et il était sur le point de le déclarer lorsque M. de Barbezieux vint lui faire part de son mariage avec elle, ce qui fit que le roi n'y songea pas davantage. « Tout est conjoncture dans cette vie, disait le maréchal Clérambault et la destinée de Mademoiselle d'Usés en est une preuve Ci). »

Cette même année 1692 et le 1er juillet, le duc d'Uzès mourut. Il avait été fait chevalier des ordres du roi, gouverneur de Saintonge et Angoulême, et s'était signalé dans les armes ainsi que nous l'avons vu. Il eut de son mariage avec la fille du duc de Montausier :

1° Louas de Crussol duc d'Uzès qui suit, tué à la bataille de Nerwinde ;

2° Jean -€Eia ries qui suit ;

3° Julie-Françoise de Crussol, mariée le 11 août 1686 à Louis-Antoine de Gondrin de Pardaillan ducd'Antin, morte à Paris le 6 juillet 1742, âgée de soixante- treize ans ;

4° Louis, abbé, mort le 9 juin 1694;

5° François comte d'Uzès, lieutenant-général des années du roi et mestre de camp de cavalerie. Dans sa

(I) Mémoires de Saint-Simon, tome t, page 35. (Z) Souvenirs de Mmc de Gaijlus, page 7i.

jeunesse, ayant pour second le comte d'Albert, il eut un duel avec les comtes de Rantzau et de Schwartzembert, autrichien. Mm0 de Luxembourg fut la cause de ce duel dont on parla beaucoup (1); 6° Félix-Louis, chanoine de Strasbourg : 7° Catherine-Louise, mariée le 12 novembre 1691 au marquis de Barbezieux, et que Louis XÏV voulait marier au duc du Maine, ainsi que nous l'avons vu plus haut. La duchesse d'Uzès, peu après son veuvage, se retira à l'abbaye de Sept-Fonds, où elle mourut de la petite vérole à l'âge de quatre-vingt-trois ans (2).

(\) Mémoires de Saint-Simon, tome n, pag<' (2) Journal de la Régence, tome i, page I

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