‹ Histoire des ducs et des comtes de Champagne (volume 2)Chapitre 15 sur 42 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Monnaie.

Quand, dans ce volume, nous avons traduit en monnaies modernes des indications données en monnaies de Provins, nous avons pris pour base de nos évaluations l'identité de la valeur de la monnaie forte de Provins avec celle de la monnaie tournois contemporaine; l'identité est trop bien établie pour avoir besoin de démonstration. Laissant donc de côté la discussion de ce principe, nous allons nous occuper de l'histoire monétaire à un autre point de vue : ce sera des types que nous parlerons, ou plutôt que parlera ici pour nous un savant plus autorisé. Nous avons, dans le chapitre correspondant de notre précédent volume, annoncé un travail trèscomplet de notre ami et confrère M. Anatole de Barthélémy sur la monnaie de Champagne. M. de Barthélémy s'est empressé de détacher de ce travail, qui n'est point encore terminé, une intéressante notice dont nous sommes heureux d'offrir la primeur aux lecteurs de notre ouvrage :

Bien que la ville de Troyes fût la capitale féodale du comté de Champagne, la véritable monnaie champenoise a été le denier et l'obole qui, pendant quatre siècles, furent forgés à Provins. Nous com-

mencerons donc par nous occuper de l'atelier de Provins, nous réservant de nous occuper ensuite de l'atelier de Troyes.

I Ier. — Atelier de Provins.

Plus hardi que ceux de nos devanciers qui ont étudié la numismatique champenoise, nous croyons pouvoir déterminer l'influence qu'exercèrent sur le monnoyage de notre province les comtes de la maison de Vermandois et les comtes de la maison de Blois.

Maison de Vermandois. — Si nous examinons les plus anciennes monnaies qui. portent le nom de Provins, nous sommes obligé de reconnaître l'origine sénonaisede leur type, type qui, sauf quelques légères modifications , persista jusqu'à la fin du treizième siècle.

Sens possédait un atelier, mentionné dans l'édit de Pitres, qui existait officiellement depuis les premiers rois carolingiens : cet atelier ne pouvait manquer d'exercer une grande influence sur les monnaies frappées dansla circonscriptionde la IVe Lyonnaise : rien de plus naturel, par conséquent, que de voir les comtes de Champagne, lorsqu'ils avaient un atelier à Provins, imiter les deniers émis à Sens. Jadis ces sortes d'imitations étaient multipliées : les types alors étaient de véritables trompe-l'œil; les légendes, presque toujours en désordre, étaient disposées avec calcul, de façon à ce que l'agencement des lettres pût faire confondre la copie avec le prototype. C'est ce que nous constatons à Provins. Le type de la monnaie provinoise n'a pas varié,

sauf quelques légères modifications de détails secondaires depuis son origine, jusqu'au milieu du xme siècle. Ce type immobilisé a donné lieu à de /^ombreuses interprétations. Lelewel y vit l'imitation informe d'une tête de face; M. Hiver, un peigne, image du travail delà laine; d'autres, une sorte de rébus signifiant cliamp paigne ; Duchalais, une dégénérescence du monogramme du roi Eudes; M. Fiilon, une dégénérescence du monogramme du roi Raoul (a). Cette dernière opinion paraît incontestable.

Les plus anciennes monnaies féodales de Provins ne portent pas de nom de souverain ou de seigneur (b). La cité de Sens et le caslrum de Provins sont simultanément désignés dans les légendes : M. Ph. Saîmon attribue au commencement du •xi6 siècle ces pièces qui, si on admet son opinion, auraient été contemporaines du comte Eudes de Champagne. Avant de discuter ce point important du sujet que nous traitons ici, nous allons décrire celte série monétaire, en renvoyant aux planches de l'ouvrage de M. Poey-d'Avant (c).

(a) Lelewel, Num. du moyen-âge, I, 171; Hiver, Rev. Num., 1859, p. 50; Pocy d'Avant, Descript. d'une coll. demonn. seigneur, fr., p. 524; Journal des Débats, du 10 avril 1846 ; B. Fiilon.

{b) Avant l époque féodale, dans la seconde moitié du ixe siècle, il y eut des deniers frappes à Provins, avec le monogramme du roi Louis III; nous devons dire que jusqu'à présent nous avons inutilement cherché les monnaies de Provins au monogramme de Charles le Chauve.

(c) Monnaies féodales de France, par F. Poey d'Avant, t. III, pl. cxxxvi à cxxxix.

4. *}* prvins casto. Monogramme du roi Raoul. y. *j- senones crviTs. Croix.

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