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CHAPITRE VII

Thibaut, deuxième du nom comme comte de Champagne, quatrième du Moin comme comte de H loin. — Seconde partie i depulM I avènement de Thibaut au comté de Champagne, dann le» premier» mol» de l'année fit», ju««.uà la mort de «on oncle Henri ■•«■, roi d An «le terre, en décembre If a».

Maître deTroyes, Vitry, Bar-sur-Aube, et du reste des états de son oncle Hugues, Thibaut pouvait devenir pour le roi d' Angleterre un allié beaucoup plus utile, pour le roi de France un ennemi beaucoup plus redoutable; mais nous n'avons connaissance d'aucun acte d'hostilité dirigé par lui contre Louis VI dans la période dont nous allons nous occuper. Suger nous dit bien que notre comte était en guerre avec le roi, mais cette guerre ne semble avoir eu dès-lors de la part de Thibaut qu'un caractère purement défensif. Suger, tout entier à la louange du roi de France, son héros, ne parle de cette guerre que pour faire ressortir la multiplicité des difficultés dont la vieillesse active, quoique prématurée de ce prince (1), triomphait pour sa gloire personnelle et pour l'honneur du pays. Ainsi, Charles le Bon,

(1) Louis VI serait né vers la fin de l'année 1081, d'après Hariulfe, Ftfa 5. Arnulfi Suessionensis episcopi, ap. D. Bouquet, XIV, 58 A. Suivant Brial, ibid., note, cette date pourrait s'entendre des premiers mois de l'année 1082 ; nnis ceci n'est pas rigoureusement prouvé, ce nous semble, et c'est d'ailleurs en contradic-

— 286 — [uî7.] comte de Flandre, ayant été assassiné le 2 mars 1127 (1), Louis alla en Flandre venger cette mort.

tion avec l'indiction IV donnée par Hariulfe : l'indiction IV est celle de l'année 1081. De là il se suit que Louis VI, mort le l#r août 1137, aurait eu, à son décès, 55 ans au lieu des 60 dont parle le texte, sans doute corrompu, de Suger, ap. D. Bouquet, XII, 63 À. On a prétendu qu'en cette matière le texte de Suger avait plus d'autorité que celui d'Hariulfe. Mais l'assertion d'Hariulfe est confirmée par la Chronique de Saint-Pierre de Châlons, qui fixe à 26 ans l'âge de Louis VI à la mort de son père (D. Bouquet, XII, 276 C). D'ailleurs, rien n'a été facile à un copiste comme de donner à Louis VI mourant LX ans au lieu de LV qu'avait sans doute écrit Suger. Ajoutons que le Suger manuscrit de Saint-Germain , cité par D. Bouquet, XII, 60, noie a, donne 50 ans à Louis lors d'événements qui appartiennent très-probablement à l'année 1132. Ce manuscrit concorde par conséquent avec le système que nous soutenons. Or, la leçon que fournit ce manuscrit est évidemment la bonne, car celte des autres manuscrits, sexagenarius au lieu de quinquagenarius, ne peut être admise par nos adversaires plus que par nous. En effet, au moment où Louis était quinquagénaire, suivant le manuscrit de Saint-Germain, sexagénaire suivant les autres, il faisait, dit Suger, la guerre au roi Henri d'Angleterre. Or, dans le système que nous combattons, il n aurait atteint 60 ans que deux ans après la mort d'Henri. Ainsi, en 1127, Louis n'avait que 45 ans, mais il s'était épuisé avant l'âge par des excès de table qui, entre autres résultats fâcheux, avaient produit chez lui un embonpoint exagéré (Henricus Huntindoniensis, De contemplu mundi, V, ap. D. Bouquet, XII, 761 n). Lors du concile de Beims. en 1119, Orderic remarquait déjà cet embonpoint, malgré la grande taille de Louis qui avait alors 37 à 38 ans (édit. Le Prévost, IV, 376). Dès l'année 1126, c'est-à-dire à 44 ou 45 ans, cet embonpoint rendait l'exercice du cheval très-pénible à ce prince (Suger, De vita Ludovici Grossi, ap. D. Bouquet, XII, 53 C). Quelques-uns expliquaient cet état malsain par le poison que Bertrade de Montfort lui avait, diton, fait prendre (Orderic, ap. D. Bouquet, XII, 693 DE; édit. Le Prévost, IV, 196-197..

(1) Chronicon S. Medardi Suessioaettsis, ap. D. Bouquet, XII,

« Ni la guerre du roi d'Angleterre, ni celle du comte » Thibaut ne purent arrêter sa courageuse ardeur, » fait observer Suger (1). Disons que le roi d'Angleterre et le comte Thibaut laissaient alors Louis assez tranquille.

Quelques mois après, nouvel embarras pour le roi de France : Etienne deGarlande, abusant de la faveur toule spéciale dont sa famille et lui (2) étaient l'objet depuis vingt ans, et non content d'avoir réuni sur sa tête les deux plus grandes charges du royaume, celles de sénéchal et de chancelier, croit pouvoir disposer de Tune d'elles comme d'un patrimoine, et, de son autorité privée, cède la sénéchaussée à son neveu Amaury de Montfort. Louis VI le dépouilla de ces deux charges (6), prit les armes contre Amaury, assiégea le château de Livry (3), et s'en empara.

278 G ; Chronicon Vizeliacense, ibitl., 344 D; Chronicon Turonense, ibid., 470 C; Orderic, ibid., 580 A, 744 Bn, et édit. Le Prévost, 1, 189 ; IV, 475 ; Chronicon M or lui Maris, ap. D. Bouquet, XII, 782; Anonymi Blandiniensis appendicula ad Sigeberlum, ap. D. Bouquet. XIV, 18B.

Il) D. Bouquet, XII, 55 B.

(2) Stephanus cancellarius, Ancelli dapiferi frater et privatissïmus régis consiliarius, cujus tune temporis arbiirio retjnum Francorum disponebatur [Chronicon Mauriniacense , ap. D. Bouquet, XII, 73 D).

(3) Livry, Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, cant. de Gonesse.

(4) Cet événement eut Heu en 1127 ou en 1128. Etienne était encore à la fois sénéchal ou chancelier en 1127 (Charte de Louis VI datée de 1127, l'an vingt de son règne, avec le seing d'Etienne sénéchal et par la main d'Etienne chancelier, Dibliotheca Prœmonstralensis, p. 447). Des chartes du même roi, données en 1128, 1129 et 1130, nous montrent Etienne remplacé comme chancelier,

Etienne et Amatiry furent obligés de se soumettre. Suger fait observer qu'ils avaient pour eux le suffrage du roi d'Angleterre et du comte Thibaut. C'est là, en temps de guerre, un genre d'hostilité peu ré-

el la charge de sénéchal vacante, parce qu'Etienne avait été suspendu de ses fonctions, et que son successeur n'était pas encore nommé. Nous citerons : trois chartes datées de 1128, et de l'an vingt du règne de Louis VI , contiennent la mention Dapifero nullo [Ordonnances, 1,5; Marrier, Histoire de Saint- Martin- des- Champs, 165; Martène, Amplissima collectio. 1, 191). On trouve la même mention dans une charte de la même année et de l'an vingt-unième du règne (Martène, Anecdota, 1, 371); dans une autre de l'année 1129, indiction VII. et de l'an vingt, lisez vingt-un du règne (6'o//. Christ., X, Instr., col. 428); dans une autre de l'année 1130, an vingt-deuxième du règne (Bibliotheca C luniacensis, p. 4392). C'est seulement en 1131 que nous trouvons un nouveau sénéchal en fonction (charte de l'année 1131, an vingttroisième du règne, S. Hadulphi comilis Viromandensis dapiferi nostri : G ail. Christ., XII, Instr., 30; Cart. de l'Yonne, I, 87).

Simon fut substitué à Etienne de Garlande dans les fonctions de chancelier pendant les années : H28, vingtième du règne, d'après deux chartes de Louis VI (1° Baluze, Miscellanea, VII, 292, et Ordonnances, XI, 187; 2' Amplissima collectio, I, 691); 1128, vingt-unième année de règne (Martène, Anecdota, 1, 371); 1129, vingtième, lisez vingt-unième année du règne, d'après deux chartes (FtMibien, Histoire de l'abbaye de Saint-Hetiis, preuv., p. 95; Gall. Christ., X, Instr., col. 428) : 1130, vingt-deuxième année du règne, d'après trois chartes (Bibliotheca Prœmotutratensis, p. 447, et Bibliotheca Cluniacensis, p. 1591-1592); 1131, vingttroisième année du règne (Gall. Christ., XII,/n*/r., 30-31 ; Cart. de l'Yonne, I, 287). En 1131, an vingt -quatrième du règne, Raoul I, comte de Vermandois, conservant les fonctions de sénéchal, Etienne de Garlande redevint chancelier (Marrier, Histoire de Saint- Martin- des- Champs, p. 167. Cet auteur, par une faute d'impression évidente, date celte pièce de m. c. xxix, au lieu de m. c. xxxi). A cette époque, Etienne de Garlande était rentré en

[lits.] — 289 —

doutable; Louis VI eut sans doute craint davantage, Etienne et Amaury eussent mieux aimé l'intervention d'une armée (1).

Ce qui prouve qu'il n'y avait pas entre Louis et Thibaut d'animosité bien vive, c'est ce qui se passa dans le môme temps au sujet de l'église Saint-Martinau-Val. Elle avait été donnée à l'abbaye de Marraoutier par Thibaut ou par sa mére Adèle (2). Geoflfroi, évêque de Chartres, réclamait (3). Louis VI, après quelque hésitation, prit le parti du comte de Blois contre l'évêque, comme l'établit la lettre suivante :

« A Honorius, par la grâce de Dieu, souverain

grâce, comme nous l'apprennent Suger, Vita Ludovici Grossi, ap. D. Bouquet, XII. 57 A, et le Chronicon Mauriniacense, ibid., 77 A B. Suivant le Chronicon Mauriniacense , Elienne , au moment de sa brouille avec le roi, aurait été déposé de son honneur, depositus ab honore; cet honneur est la charge de chancelier, dont il fut dépouillé au profit de Simon, à la fin de l'année 1127 ou au commencement de l'année 1128. Quant à la charge de sénéchal, Louis, avant d'en disposer en faveur de Raoul de Vermandois, attendit qu'Etienne et Amaury de Montfort eussent volontairement donné leur démission (Suger, ap. D. Bouquet, XII, 57 A, et Chronicon Mauriniacense, ibid. , 77 A), ce qui eut lieu en 1 1 31 . La raison pour laquelle Iitienne de Garlande avait cédé la charge de sénéchal à son neveu était l'incompatibilité de cette charge avec les fonctions ecclésiastiques et le caractère sacré dont il était revêtu (Chronicon Mauriniacense , ibid., 76 E, et S. Bernardi epistola 78). Ce fut aussi probablement le motif qui empêcha Louis VI, réconcilié avec lui, de lui rendre cette charge.

(1) Suger, De Vita Ludovici Grossi, ap. D. Bouquet, XII, 56DE.

(2) Voir à ce sujet une lettre d'Yves de Chartres à Adèle, ap. D* Bouquet, XV, 341 n, et Ann. Bened., VI, 652.

(3) Epis t. Hildeb. Turon. archiep., ap. D. Bouquet, XV,

— 290 — [aïs.]

» pontife, et son père très-chéri, Louis, par la même » grâce, roi des Français, salut et fidèle service.

» Nous faisons savoir à votre charité que, lorsque » nous vous avons écrit au sujet de l'affaire de Saint- » Martin-au-Val de Chartres, nous n'avions point » encore pénétré la vérité. Maintenant, l'ayant ap- » prise par notre vassal le comte Thibaut, nous nous » rendons aux prières de ce comte, et nous accordons » cette église aux moines de Marmoutier; comme » il nous parait juste qu'il en soit ainsi, nous prions » votre charité de faire la môme concession. Portez- » vous bien (1). »

Grâce à l'appui de Louis, Thibaut força l'évêque de Chartres à céder, et Saint-Martin-au-Val devint un prieuré de Marmoutier (2).

A quelque temps de là, les cartes se brouillèrent, mais l'agresseur ne fut pas Thibaut. Guillaume II, comte de Ncvers, que nous avons vu si longtemps prisonnier de Thibaut, était en querelle avec Tauleur de sa captivité, Hugues le Manceau. 11 s'agissait d'un fief qui relevait de Thibaut. Notre comte appela plusieurs fois les parties devant son tribunal. Mais Guillaume se défiait de l'impartialité de Thibaut, et, plus puissant que Hugues, il espérait obtenir par la

(1) D. Bouquet, XV, 341 D. Ann. Bcned., VI, 166.

(2) La prise de possession des moines eut lieu le 25 juin 1128 (D Bouquet, XV, 341 n). Ce qui explique l'opposition de l'évêque, c'est que l'église de Saint-Martin-au-Val avait appartenu originairement à l'évôehé de Chartres. Elle avait été détachée de la mense épiscopale par l'évêque Hardouin qui l'avait donnée au comte en 955 (De Lépinois, BUti. de Chartres, I, 43, 267). On pouvait contester la validité de cette première cession, et par conséquent la validité de la cession consentie par le comte.

force des armes ce que son adversaire lui contestait. De là, entre Guillaume et Hugues, une guerre qui fut longue. Hugues, quoique le plus faible, ne voulait pas céder. Enfin, Guillaume, fatigué, veut écraser son ennemi. Il appelle à son aide Louis VI et l'évôque d'Autun, rassemble lui-môme une cavalerie et une infanterie nombreuses : trois armées réunies viennent assiéger Hugues à Gosne (1). Elles entourent la ville d'un fossé : Hugues n'avait pas môme la ressource de s'échapper en abandonnant la forteresse aux mains de son adversaire. Dans cette extrémité, il parvient cependant à faire traverser les lignes ennemies par des envoyés qui vont prévenir Thibaut. Thibaut convoque ses vassaux, entre autre Geoffroi V, dit Plantagenet, comte d'Anjou, qui se joint à lui avec quatre cent quarante hommes, dont cent quarante chevaliers. A la première nouvelle de l'approche de Thibaut et de GeofTroi, Louis VI, qui n'avait pas d'intérôt direct dans cette affaire, commanda prudemment la retraite. Le comte de Nevers, s'il eût été sage, aurait imité le roi; mais pour s'y résigner facilement, il avait contre Hugues le Manceau une haine trop vive. Sur le point de venger enfin une captivité si longue, dont Hugues était l'auteur, au moment de voir par la loi du talion son ennemi tomber vivant entre ses mains, le laisser échapper peut-ôire pour toujours! Guillaume ne pouvait accepter celte idée; il resta donc devant la place. Enfin, Thibaut et GeofTroi arrivèrent, et il fut obligé d'ordonner la retraite ; GeofTroi le poursuivit.

(1) Cosne, Nièvre, chef-lieu d'arrondissement.

— 292 — [Maa] Le comte d'Anjou marchait en tête de sa petite troupe : des lions peints sur son écu lui servaient de signe distinclif (1), et, dit un historien, sa valeur était au niveau de ce fier emblème. Il atteignit l'ennemi, et on le vit, donnant l'exemple à ses compagnons d'armes, trancher la tête à l'un, renverser l'autre de cheval par un coup de lance impétueux. Il termina en faisant prisonnier Guillaume, qu'il livra à Thibaut. Depuis deux générations les comtes de Nevers semblaient prédestinés à la captivité (2).

Quoique dans cette affaire Louis VI et Thibaut se soient trouvés dans deux partis différents, on remarquera qu'il n'y avait pas eu entre eux d'actes directs d'hostilité. Mais la situation parait s'être bientôt aggravée. Nous laissons parler Suger, c'est-àdire, le panégyriste de Louis VI :

a Dès-lors le seigneur roi Louis, accablé par le » poids d'un corps surchargé d'embompoint et par » la fatigue continue de travaux qui avaient natu-

(t) Ces lions sont l'origine des léopards d'Angleterre. La distinction héraldique entre le léopard et le lion n'existait pas encore. C'est à tort que nous avons soutenu le contraire contre .M. Henri Martin.

(2) Jean de Marmouticr, Historia Gaufredi ducis Normannor«ro, ap. D. Bouquet. XII, 522 D E, 525 ABC. Lcbeuf, Hist. d'Auxerre, 11, 70-71, confond colle affaire avec celle de l'année 1114 qui eut la même issue. Maison 1114, Geoflroi Plantagenet, qui naquit le 24 août 1115 (Chron. S. Albini, ap. D. Bouquet, XII, 480 A ; cf. Art de vérifier les dates, II, 852), ne put évidemment prendre les armes contre Guillaume. Il est probable qu'il fit celle expédition après son avènement au comté d'Anjou, qui eut lieu en 1129 {Art de vérifier les dates, II, 561, 852). Les continuateurs de D. Bouquet, XII, 958, la datent de 1150.

»> Tellement épuisé son tempérament, surmontait, à » force de vigueur morale, cet affaiblissement phy- » sique. Si, sur un point quelconque du royaume, il o se manifestait un acte blessant pour la majesté » royale, il ne le laissait jamais passer sans vengeance. » Arrivé à la cinquantaine (1), il avait tant d'habileté » et de connaissance des affaires, que, sans le per- » pétuel obstacle d'un corps trop pesant, à force de » graisse, il aurait par ses triomphes écrasé sans » exception tous ses ennemis. Aussi dans l'intimité » se plaignait-il souvent en gémissant : Hélas ! disait- » il, misérable condition de l'homme ! jamais, ou » presque jamais il n'est donné de savoir et de pou- » voir à la fois ! Si jeunesse savait, ou si vieillesse » pouvait, j'aurais certes dompté bien des royaumes ! » Trop faible pour supporter le poids énorme de son » corps, pouvant à peine se mouvoir dans son lit, » il résistait toujours au roi d'Angleterre, au comte » Thibaut et au reste de ses ennemis. Aussi tous ceux » qui le voyaient et qui entendaient le récit de ses » exploits éclatants admiraient la noblesse de son » âme et déploraient son épuisement corporel. Dans » cette situation si pénible, et quoique la blessure de » sa cuisse ne fût pas guérie (2) et lui rendit ainsi les dé- » placements plus difficiles encore, il marcha contre » le comte Thibaut, fit brûler Bonneval (3), excepté

(1) Quinquagenarius. Cest la leçon du manuscrit de Saint Germain. Nous la proférons, comme nous l'avons dit, à celle des autres manuscrits qui portent sexagenarius .

(2) 11 avait gagné cette blessure au siège de Livry. Suger, De Vila Ludovici Grossi, ap. D. Bouquet, XII, 57 A.

(3) Bonneval, Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun, chef-lieu de canton.

» le monastère qui fut épargné par son ordre (1); » une autre fois, une armée envoyée par lui détrui- » sit, en son absence, Château-Renard (2) qui était » tenu à hommage du comte Thibaut. Dans la der- » niére expédition qu'il fît, il conduisit une magni- >i fîque armée contre le château de Saint-Brisson-sur- » Loire (3) pour punir la rapacité du seigneur qui » avait pillé des marchands ; il ruina ce château par » le feu, et contraignit à se rendre et la tour et le » seigneur (6). »

Saint-Brisson était aussi, à ce que nous croyons, un fief mouvant de Thibaut. Nous ignorons en quoi Thibaut avait provoqué la colère du roi; nous doutons môme qu'il l'eût provoqué. La piété occupait alors dans son àme beaucoup plus de place que la politique.

Son extension territoriale en Champagne l'avait mis en relation avec saint Bernard, qu'il aidait de ses libéralités, qui, sûr de sa bienveillance,correspon dait souvent avec lui, et cela la plupart du temps pour lui demander, soit des œuvres de charité, soit des actes de miséricorde. Quelques-unes des lettres adressées à Thibaut par l'illustre abbé nous ont été conservées.

Un jour, Bernard envoyait au comte un religieux

(1) En 1132 ou environ, comme nous avons dit page 286, note.

(2) Château -Renard, Loiret, arr. de Montargis, chef-lieu de canton.

(3» Saint-Brisson, Loiret, arr. et cant. de Gien.

(4) Suger, De Vila Ludovici Grossi régis, ap. D. Bouquet, XII, 60 A B. Ceci aurait eu lieu on 1 132 ou 1133.

CiiiT.l — 295 -

d'un ordre qui nous est inconnu, porteur de l'épître

suivante :

« L'homme que vous voyez se recommande à » vous à deux titres : la pauvreté et la religion. Si » vous n'avez pas pitié de l'une, vous respecterez » l'autre en lui ; aussi ne pourrez-vous lui refuser la » marque de bienveillance qu'il est venu vous de- » mander avec tant de fatigue et de si loin. Si vous »> ne le secourez pas à cause de lui-môme, que ce » soit à cause de vous : autant il a besoin de vous à » cause de sa pauvreté, autant vous avez besoin de » lui à cause de son caractère religieux. Nous vous » avons déjà envoyé beaucoup de solliciteurs du >> même genre, mais vos bienfaits ne pouvaient, » pour plaire à Dieu, s'adressera aucun mieux qu'à » lui. Portez-vous bien (i) »

En voici une autre :

« Je crains de vous fatiguer en vous écrivant si » souvent, mais la charité du Christ et les besoins de » mes amis me contraignent à celte importunité. Ce » vieillard, vous le voyez ; et nous, nous savons que » c'est une maison religieuse qui vous l'envoie : ne le » laissez point partir les mains vides. De plus, nous » vous prions de lui donner une lettre de recom- » mandation pour le roi d'Angleterre, votre oncle. » Je voudrais, s'il était possible, voir tous les servi- » teurs de Dieu devenir vos débiteurs, afin qu'un » jour, en échange des trésors de l'iniquité, ils vous » reçoivent dans les tabernacles éternels (2). »

(1) Mabill., S. Bernardi opéra, Episl. XL. Edit. Gaume, 1839, 1, 187 CD. Cette lettre paraît avoir été écrite vers 1127. 1%) Epist. XLI, ibid., I, 188 A B. Vers rannéell27.

Dans une troisième lettre il lui recommande les chanoines réguliers de Larsicourt (1), puis, passant à d'autres sujets, il ajoute :

« Dernièrement, en traversant Bar-sur-Aube, j'ai » rencontré une femme bien digne de compassion. » Son âme était dans l'amertume ; par le récit de ses » douleurs, elle m'a ému jusqu'aux entrailles. Ses » prières et ses larmes ont fait sur moi tant d'im- » pression que je ne puis me dispenser d'intercé- » der pour elle auprès de vous. C'est la femme de ce » Belin, votre vassal, qui autrefois a été coupable, et » que vous avez puni sévèrement. Faites miséricorde » à cette femme pour trouver vous-même miséri- » corde auprès de Dieu. »

« El, puisque j'ai commencé, je parlerai encore à » monseigneur. 11 y a un certain temps, qu'à la » suite d'un duel fait en présence du prévôt de Bar- » sur-Aube, le vaincu, sur votre ordre immédiat, a » eu les yeux crevés. Ce n'est pas tout : comme si » c'était un petit mal pour lui d'avoir succombé et » perdu la vue, vos agents lui ont enlevé tous ses » biens, comme il le dit tristement. 11 est juste? s'il » vous plaît, que votre bonté lui rende de quoi sou- » tenir d'une manière telle qu'elle sa misérable vie. » De plus, l'iniquité du père ne doit pas être impu- » tée à des fils innocents, ni les empêcher d'hériter » de la pauvre maison paternelle. »

Cette lettre fut écrite pendant le concile de Troyes, de l'année 1128; saint Bernard termine en recommandant à Thibaut de traiter dignement

(1) Larsicourt, Marne, arr. de Vilry, cant. de Thiéblemont.

[il».] ~ 297 —

les prélats qui s'y étaient rendus. « Le légat, » dit-il, « a voulu honorer vous et votre cité par la célébra- » tion d'un si grand concile; donnez-lui, en toutes » choses et autant qu'il est en vous un concours dé- » vôt et soumis: avez soin de confirmer et de faire » exécuter toutes ses bonnes décisions et institu- » tions (1). »

Deux autres lettres adressées par saint Bernard à Thibaut ont pour objet de demander la grâce d'un certain Humbert, que le comte avait fait jeter en prison, et dont il avait confisqué les biens, parce que, accusé d'un crime, Humbert s'était fait acquitter par un autre tribunal que celui de Thibaut, son suzerain. Notre comte ne voulait pas reconnaître la sentence d'un juge incompétent, et, dans sa colère, refusait même d'entendre dans sa cour la justification offerte par l'accusé, qui proposait d'y plaider une seconde fois son procès (2). Ce refus était d'une injustice évidente, mais Thibaut ne voulait pas céder. Bernard insistait vivement.

c Si je vous demandais de l'or, » disait-il, « de » l'argent ou toute autre faveur analogue, certes, » j'ai assez de confiance en vous pour être sûr que

(1) Episl. XXXIX; Mabillon, S. Bemardi opp., édit. Gaume, 1839, I, 186-187. Bernard finit en recommandant à Thibaut de faire hommage à 1 évêque do Langres. De casamento, quod tettetis, hominium quod debetis reverenler et et humiliter offeratis. C'est le plus ancien texte, à notre connaissance, qui parle de l'hommage dû par les comtes de Champagne aux évêques de Langres. ( Sur ce concile, voir plus bas, p. 312.)

(2) Mabillon le croît le môme que cet homme de Bar-sur-Aube, dont Thibaut avait fait crever les yeux. C'est une erreur évidente.

— 298 — [nés ]

» je l'obtiendrais : mais pourquoi dire, si je deman- » dais! Déjà, sans vous rien demander, j'ai reçu de » votre libéralité de nombreux bienfaits. Et voilà » une prière que je vous adresse, non à cause de » moi, mais à cause de Dieu; non dans mon intérêt, » mais dans le vôtre. Quelle raison empêche qu'elle

» ne soit agréée ?

» . . . . Ignorez-vous qui a prononcé cette » menace : Quand le temps sera venu, je jugerai les » justices? Si les justices doivent être jugées, com- » bien plus les injustices! Ne craignez-vous pas ce » qui a été encore écrit : La mesure où vous aurez me- »> sure les autres sera celle où l'on vous mesurera vous- » même? Autant il vous a été facile de confisquer les » biens de Humbert, autant il est facile, que dis-je, » il est incomparablement plus facile à Dieu de con- » fisquer les vôtres, ce que hélas! puisse-t-il ne faire » jamais ! Quand le crime est évident et inexcusable, » quand on ne peut exercer de miséricorde sans » blesser la justice, alors, tremblant et affligé, vous »> devez vous montrer vengeur, non pour le plai- » sir de punir, mais par une nécessité inhérente à » votre charge. Mais quand le crime imputé, ou n'est » pas certain, ou peut être excusé, loin de repousser »> les conseils de la miséricorde, vous devez les ac- » cueillir avec joie, heureux de pouvoir, en respec- » tant les droits de la justice, laisser le champ libre » à l'indulgence (i). »

Thibaut, touché, promit d'entendre la défense de

(1 ) Mabillon, S. Bernardi opp.%ep. XXXVll, éd. Gaumc, 1839, I. 183-184.

fim.) — 299 —

Humbert, et déclara en outre à saint Norbert et à saint Bernard qu'il reviendrait sur la sentence de confiscation déjà prononcée. Cette dernière parole ne fut pas tenue; l'arrêt rendu contre Humbert, tout en déclarant l'accusation, au moins en partie mal fondée, maintint la confiscation, et y joignit une condamnation au banissement(l). Cette double peine était sans doute motivée sur le refus momentanément fait par Humbert de se soumettre à la justice du suzerain. Bernard se fit de nouveau l'avocat de l'infortuné.

« Que votre bonté, » dit-il à Thibaut, « me par- » donne, si je ne puis m'empêcher d'avoir pitié de » ce malheureux en faveur duquel je vous ai déjà » apporté mes sollicitations importunes; je parle de » Humbert, mendiant et pauvre après avoir été >> riche, ce qui le rend encore plus à plaindre. Je ne » puis m'empêcher d'avoir compassion d'une veuve » et d'orphelins dont le père, quoique vivant, hélas! » n'existe plus pour eux. Je suis bien reconnaissant » d'avoir pu, dans cette affaire, trouver grâce devant » vos yeux, et de ce que vous avez consenti, d'a- » bord, à écouter la défense si justement fondée de » Humbert, ensuite à repousser la fausse accusation » dirigée contre lui. Mais, pour consommer cette » œuvre de miséricorde, vous aviez décidé avec une » bienveillance extrême que ses biens seraient ren- » dus à sa femme et à ses enfants; je me demande » avec étonnement quel obstacle a pu vous empô- » cher de tenir cette bonne parole. Si, chez les autres

(1) C'est ce qui nous semble résulter des lettres XXXVI11 et LVI de saint Bernard. Dans cette dernière, édil. Gaume, 1839,1, 202 A, Humbert est dit exul.

— 300 — [HJ8.]

» princes, nous surprenons quelquefois une parole » dite à la légère ou contrairement à la vérité, ce » n'est pour nous, ni une nouveauté, ni une mer- » veille. Mais dans la bouche du comte Thibaut, le » oui et le non ne sonnent pas à nos oreilles comme »> des choses indifférentes, car, si nous croyons la re- » nommée, une simple affirmation venant de lui o équivaut à un serment, et un mensonge léger est » tenu pour un grave parjure... Qui donc, par des » exhortations ou des conseils, a tenté d'énerver la » force puissante d'un cœur si ferme?... Je vous en » supplie, par cette miséricorde de Dieu, dont vous » avez si grand besoin vous-même, empêchez l'im- » pie de s'enorgueillir de l'incendie du pauvre. Son- » gez plutôt à montrer, par l'accomplissement de » voire promesse, que vous étiez sincère en annon- » çant, d'abord à Dom Norbert, ensuite à nous, la » restitution prochaine de l'héritage de Humbert à sa » femme et à ses fils. Portez-vous bien (1). »

Nous ignorons l'issue de cette affaire (2), mais on peut croire qu'elle fut conforme aux désirs de saint Bernard, dont les relations avec Thibaut devinrent de plus en plus intimes. Ce prince lui fut d'un grand secours dans une des plus grandes entreprises temporelles où le saint abbé ait été personnellement intéressé. Nous voulons parler du déplacement de l'abbaye de Clairvaux. Bernard l'avait construite au-dessus

(1) Mabillon, S. Bernardi opp. ep. XXXVlll, édit. Gaume. 1839, 1, 184-185.

(2) Saint Bernard pria Hugues Farsit et Geoffroi, éveque de Chartres, de se joindre à lui près de Thibaut pour intercéder en faveur de Humbert. Epist. XXXVI et LV!t ibid., 182 D, 202 A.

[nz&.) — 301 —

de l'enclos actuel, dans un endroit aride, impropre à la plupart des cultures, et où la vallée était trop étroite pour permettre de donner commodément au monastère l'étendue qu'exigeait le nombre des religieux. Bernard, qui « semblait toujours vivre dans le ciel, » ne s'apercevait pas de ces inconvénients terrestres. Mais un jour, les moines, le prieur en tête, lui déclarèrent que le monastère était trop petit, que les novices arrivant tous les jours en foule ne pouvaient plus y être reçus ; c'était à peine si l'église était suffisante pour les religieux profés. Ils lui indiquèrent plus bas un emplacement qui forme aujourd'hui la portion occidentale de l'enclos, terrain plat, rapproché de l'Aube, près duquel on pouvait créer des prés, des vergers, des vignes. Bernard eut bien de la peine à se rendre. « Voyez, » disait-il, « à force de dépense et de fatigues, nous » avons achevé un monastère de pierre ; des aqué- » ducs, construits à grands frais, amènent partout » l'eau nécessaire aux différents services. Si nous » jetons bas tout cela, les hommes du siècle pour- » ront avoir de nous une mauvaise opinion. Ils » diront que nous sommes légers et changeants, et » qu'à force d'être riches (et cependant nous ne le » sommes guère) nous perdons l'esprit. Vous sa- » vez fort bien que nous n'avons pas d'argent : or, » comme le dit l'Evangile, quand on veut bâtir une » tour, il faut calculer la dépense de cette entre- » prise ; autrement, après avoir commencé, on ne » finit pas, et les gens disent : voyez ce fou, il a com- » mencé de bâtir, et il n'a pu terminer son œuvre. » Cependant, l'insistance des moines et leurs bonnes raisons le firent céder, et la construction du nou-

— 302 — [m5.] veau monastère fut résolue. « Cette nouvelle, » dit un contemporain, « arriva aux oreilles du très-noble » prince Thibaut, de sainte mémoire; il donna im- » médiatemenl une somme considérable, et en pro- » mit davantage encore. » Les évêques, les barons, les marchands du voisinage, joignirent leurs offrandes aux siennes ; les moines purent louer des ouvriers, et, se mettant à leur tête, élevèrent en trèspeu de temps le nouveau monastère, et creusèrent le canal qui y conduit les eaux de l'Aube (i). Le puissant concours donné par Thibaut à cette translation l'a fait considérer, par quelques-uns, comme le fondateur de cette abbaye; mais c'est à tort, le fondateur réel est Hugues, son prédécesseur (2).

La libérale bienveillance de Thibaut s'étendit dans la période qui nous occupe à bien d'autres établissements religieux. Aussi, un moine contemporain, qui écrivait en ce moment-là môme, parle-t-il de lui en termes emphatiques : « Thibaut, comte de Blois » ou de Chartres, » dit-il, « s'élève en France au- » dessus de tous les princes de la Gaule par le grand » poids de sa justice. Bon et familier avec les re- » ligieux, les moines et les clercs, défenseur de l'E- » glise, ressource des pauvres, consolateur des aflli- » gés, il est prudent et discret dans le commerce » des affaires, il venge la justice contre les cou-

(1) S. Bemardi vita prima, lib. II; auct. Ernaldo, cap. V, § 29-31, ap. Mabillon, 5. Bemardi opp., éd., 1690; II, 1103- 1104. Cet événement eut lieu en 1135.

(2) Voir plus haut, p. 119. Cf. Mabillon, S. Bern. opp., I, note sur \'Ep. XXXI.

[!U5-iiî7.] — 303 —

» pables et contre ceux qui s'écartent de la voie » droite (i). »

Voici une énumération certainement bien incomplète.

En 1125, Thibaut renonce aux redevances auxquelles il avait droit sur une terre située à Villeneuve-les-Rouiïy (2), et donnée par Ponciard de Reims à l'abbaye de Toussaints-en l'Isle de Chàlonssur-Marne (3).

En 1126, il donne à Ingubran, abbé d'Hautvilliers, une autre terre dite en latin Alteranus Fons, et située aussi dans le village de Villeneuve-les- Rouffy. Elle avait appartenu précédemment à l'abbaye d'Hautvilliers. L'abbé avait le projet d'y établir un village : Thibaut renonce à lever aucune redevance sur les habitants de ce village, et à y exercer aucun droit de justice (6).

En 1127, il abandonne une partie de ses droits sur l'abbaye d'Epernay. On se rappelle que cette abbaye avait été fondée, en 4032 (5), par Eudes Ier. Sa situation était celle de la plus grande partie des abbayes françaises depuis le concordat de 1516 jusqu'à la Révolution. Le comte donnait le titre d'abbé à un ecclésiastique de son choix, sans consulter ni

(1) Anselmi Gcmblacensis appendix ad Sigcbcrtum, anno 1134, ap. Mabillon, S. Bernardi opp., note sur YEpist. XXXVH, édit. Gaume, 1839, I, 838; D. Bouquet, XM, 270 E.

(2) Manie, air. de Châlons, cant. de Vertus.

(3) Archives de la Marne, Cari, de Toussaint* -en- l'Isle, p. 46-47.

(4) Martène, Anecdota. 1, 367. Cf. Gall. Christ., IX, 254 E.

(5) Voir notre tome I". p. 315-316, 468-470.

— 304 — fii37.] la convenance des moines, ni les intérêts de la religion : l'abbé, étranger aux traditions et indépendant des régies de la vie monastique, ne voyait dans sa fonction qu'un avantage pécuniaire, abandonnait les moines à la conduite du prieur, sans s'occuper de leur direction ; et les liens de la règle s'étaient si fort relâchés que les religieux n'étaient plus, en fait, autre chose que des chanoines séculiers. Thibaut avait donc nommé abbé Galeran, fils d'André de Baudement, son sénéchal. Or, Galeran, « enflammé » par la grâce du Saint-Esprit, et fortifié par les sa- » lutaires conseils de Dom Bernard, abbé de Clair- » vaux, » vint trouver Thibaut, lui annonça le projet de renoncer au siècle et de se faire moine à Clairvaux, et en môme temps le supplia de consentir à la réforme de l'abbaye d'Epernay. Thibaut accueillit cette demande, et en conséquence renonça au droit de nommer l'abbé. L'abbé, élu par les moines, dut à l'avenir être présenté à l'archévêque de Reims, recevoir de lui la consécration, tous les pouvoirs, et dépendre de lui à l'exclusion du comte : enfin, il fut décidé que les religieux vivraient sous la règle de saint Augustin. Restait à choisir l'abbé qui les initierait à ce nouveau genre de vie. Thibaut fît usage de son droit pour la dernière fois, et de concert avec saint Bernard, avec Gui, frère de ce dernier, Ursion, abbé de Saint-Denis de Reims, ordre de Saint-Augustin, Eustache, abbé de Toussaints-en-I'Isle de Chàlons-sur Marne, même ordre, il choisit, de l'aveu des religieux d'Epernay, Foulques, religieux à l'abbaye de Saint-Léon de Toul, aussi de l'ordre de Saint-Augustin, et écrivit à l'abbé et au chapitre de Saint-Léon pour leur demander leur consentement,

[USMISO.] — 305 —

qui fut accordé. Foulques vint à Epernay à la Pentecôte, et là, en présence de Thibaut, des religieux d'Epernay, de plusieurs abbés étrangers et de chanoines de la cathédrale de Reims, venus pour assister à la cérémonie, l'archevêque lui donna la bénédiction abbatiale et l'installa (i).

Vers le même temps, Thibaut renonça à un droit exercé jusque-là par ses prédécesseurs et par luimôme sur l'évéché deMeaux, et qui lui attribuait, au décès de chaque évôque, tous les biens meubles existant dans les domaines de cet évêché. Déjà son père, Etienne-Henri, s'était volontairement dépouillé du môme droit sur l'évêché de Chartres (2). En effet, un canon du concile de Clermont, de Tannée 4095, avait interdit, sous la peine comminatoire de 1 excommunication, le maintien de cette coutume (3). Thibaut consentit à ce que ce canon fût exécuté à Meaux, toutefois à une condition : c'était que, si Tévôque défunt n'avait pas fait de testament, les biens meubles laissés par lui appartiendraient, non pas à l'église de Meaux, comme le

(1) Charte de Thibaut, datée de 1127, ap. DAchery, Spicilège, in-4°, XIII, 305-306, et confirmée par Rainaud II, archevêque de Reims en 1128, ibid., 307. Cf. Marlot, 1M édition, II, 296.

(2) Le diplôme d'Etienne-Henri se trouve dans le Gall. Christ. , VIII, 308-310; dans Martène, Amplits. collectio, I, 621, et dans Brusse), 313-314. D Achery (Spicilège, in-4°, XIII) a donné deux confirmations, l'une par le pape Pascal II, le 26 mars 1102 (p, 297), l'autre par le roi Philippe I" en 1105 (p. 296-297). Cf. D. Bouquet, XIV, 23D, 24AB*.

(3) Canon 31, ap. Labbe, Conàl.t X, 509; Gratien, Décret. 2e partie, cause xii, quest. 2, can. 46.

voulait le droit commun (1), mais aux religieuses de Fontaine (2) et, à leur défaut, à la léproserie de Meaux (3). A Troyes, les comtes disposèrent du mobilier de l'évêque décédé jusqu'en 1167, année où celte coutume fut abrogée dans cette ville, comme nous le verrons plus loin.

En 1130, Thibaut fait, àChàteaudun, comme précédemment à Epernay, le sacrifice de ses intérêts à la cause de la religion, et transforme le chapitre séculier de Sainte-Madeleine en une abbaye régulière de Saint-Augustin (6).

En H 31, il apporte à l'abbaye naissante d'Audecy (5) le concours de son autorité et de ses largesses. Cette abbaye, d'abord prieuré dépendant de Molesme, avait été ramenée à la stricte observance par les soins de Simon, seigneur de Broyés, qui y avait fait entrer des religieuses du prieuré de Jully, diocèse de Langres. Elle avait été enrichie de divers domaines par la libéralité de Simon et de plusieurs sei-

(1) Concilium Agathense, an. 506, can. 33, ap. Giatien, Décret, 2* partie, cause xu, quest. 2, can. 34.

(2) Fontaine était un prieuré de l'ordre de Fontevrault. Aujourd'hui Fontaine-les-Nonnains, Seine-et-Marne, arr de Meaux, cant. de Lizy, corn, de Douy-la-Ramé>\

(3) La charte de Thibaut a clé publiée avec des coupures et sans date par Toussaint Duplessis, Hist. de l'église de Meaux, II, 24, ainsi qu'une confirmation par Honorius II, sans date, 1124-1130. Cf. JalTé, Regesta Pontificum liomanorum, p. 558 et Gall. Christ., VIII, 1612 B.

(4) Gall. Christ. VIII, 1518 D.

(5) Andecy, Marne, arr. d'Epernay, cant. de Montmort, corn, de Baye.

gneurs du voisinage, tels que Hugues de Montmort, Manassès de Pleurs, Hélie de Monlmirail, Anseau de Traînel. Thibaut confirma ces donations, en joignit d'autres, dispensa pour l'avenir celte abbaye de tout droit d'amortissement, et ne se réserva sur elle qu'un simple droit de garde (i).

La même année Thibaut renonce, en faveur des moines de Marmoutier, à un droit de justice exercé jusque-là par lui sur les hommes de cette abbaye, à Chamart (2). Les habitants de ce lieu devaient accompagner le comte à Yost et à la chevauchée, fermer son château de pieux et de fascines, et y former la garde du comte; et, dans le cas où quelqu'un n'aurait pas rempli une de ces obligations, le comte levait sur lui une amende arbitraire. Thibaut consentit à ce que cette amende fût 6xée à vingt sous, savoir cinq sous pour lui, et les quinze autres pour le prieur de l'abbaye, à Chamart ; c'était une perte sensible pour le trésor du comte (S).

En 1132, il confirme les libéralités faites par sa mère au prieuré de Sainte-Foy de Coulommiers, et y en joint d'autres, notamment le don des aubains, c'est-à-dire des étrangers qui viendront s'établir sur les terres du prieuré, et que la coutume rendait serfs du comte (4).

La même année, il abandonne à l'abbaye de Bourg

(1) Charte de Thibaut, 1131, ap. Duchesne, Hist. des maisons de Dreux, etc., pr., p. 12 ; Gall. Christ. , X, Insir., 165-169, et texte, môme tome, col. 941 CD E.

(2) Chamart, Eure-et-Loir. Voir plus haut p. 207-210.

(3) D. Bouquet, XIV, 242 BC.

(4) Doc. ext. de la biblioth. royale, II, 14-17.

— 308 — [ii35.j

moyen de Blois ses droits sur les prébendes canoniales de Saint-Solemne de la même ville (i).

En 1185, il prend part à la fondation de l'abbaye de Signy (2), ordre de Cîteaux. Le terrain nécessaire avait été fourni par les barons du voisinage : par Arnoul, comte de Ribemont (3); par Henri, comte de Château-Porcien (6) ; par Clarembaud, seigneur deRozoy-sur-Serre(5), etc. Saint Bernard leur avait, dit-on, assuré que Dieu leur donnerait dans le ciel autant d'espace qu'ils auraient eux-mêmes donné de terrain à ses moines. Les religieux, venant d'Igny(6), prirent possession de cet emplacement le 18 mars 1135; mais les fonds manquaient pour bâtir, et Thibaut les leur fournit (7).

La même année, son intervention à l'abbaye de Saint-Loup de Troyes, sans exiger aucun sacrifice

(1) Bernier, Hitt. de Blois t pr.» p. vm, a publié la charte de Thibaut.

(2) Signy -l'Abbaye, Ardennes, arr. de Mézières, chef-lieu de canton.

(3) Ribemont, Aisne, arr. de Saint- Quentin, chef-lieu de canton.

(4) Château-Porcien, Ardennes, arr. de Réthcl, chef-lieu de canton.

(5) Rozoy-sur-Serre, Aisne, arr. de Laon, chef-lieu de canton.

(6) L'abbaye d'Igny était située sur la limite des deux départements de la Marne et de l'Aisne, entre Lagery, Marne, arr. de Reims, cant. de Ville-en-Tardenois, et Cohan, Aisne, arr. de Château-Thierry, cant. de Fère-en-Tardenois. 11 ne faut pas confondre cette localité avec Igny-le-Jard, Marne, arr. d'Epernay, cant. de Dormans.

(7) Signiacensis cœnobii primordia, ap. Marlot, II, 875. Cf. Gall. Christ., IX, 504 E.

fiii5-H35.] — 309 —

pécuniaire, ou l'abandon d'aucun droit féodal, témoigne encore son zèle pour les intérêts religieux. Les religieux de Saint-Loup vivaient d'une manière fort relâchée, et d'après le conseil des évôques d'Auxerre et de Troyes, de saint Bernard, de Guillaume, abbé de Saint-Martin-ès-Aires de Troyes, il leur fit adopter la règle de saint Augustin. Des chanoines réguliers de Saint-Martin-ès-Aires, chargés de les former à ce nouveau genre de vie, entrèrent à Saint-Loup le 29 novembre 4135 (1).

Passons à d'autres actes de Thibaut qui, sans avoir un caractère aussi tranché, compléteront le tableau de ses relations avec le clergé.

En 1125, il prit sous sa garde, moyennant une redevance annuelle d'un muid d'avoine mesure de Troyes, le village de Montsaon (2), qui appartenait à l'abbaye de Molesme (3).

En 1126, l'abbé de Saint-Remy désirait affranchir son village d'Aisencelle(6)d'un droit d'avouerieque possédait, sur ce village, André de Baudemenl, sénéchal de Thibaut. André avait acheté ce droit de Manassés de Possesse, moyennant la somme de quarante livres. L'abbé remboursa cette somme à André

(1) Desguerrois, Saincteté Chrétienne, f^lr0; Gall.Christiana, XII, 584 D; Bulle d'Innocent II, 1136, ap. Camuzat Promptuarium, 305-306.

(2) Montsaon, Haute-Marne, arr. et cant. de Ghaumont-en- Bassigny.

(3| Arch. de la Côte-dOr, * Cart. de Molesme, f» 68 r«; Carnandet. Géographie de la Haute-Marne, p. 303 ; Joliboîs, la Haute- Marne, p. 376. Voir aussi plus haut, p. 140.

(4) Nous ignorons où était située cette localité.

qui abandonna son droit, et Thibaut suzerain approuva (1).

La môme année, la charge de sénéchal de l'abbaye de Lagny, onéreuse aux moines, dans l'intérêt desquels elle avait été établie, est supprimée, selon leur désir, du consentement des ayants droit, de l'aveu et en présence de Thibaut (2).

En 1127, les moines de Montiérender portent, devant le tribunal de Thibaut , une plainte contre Arnoul, comte de Reynel. Ils disent que ce baron abuse de son droit d'avouerie à Sommevoire (3), à Thilleux (4), et dans d'autres localités, que notamment, quand il y passe, il se fait servir des repas qui ne lui sont pas dus. Thibaut commue le droit d'Arnoul en une rente de dix livres (5).

Vers Tannée 1130, une donation à l'abbaye de Preuilly est, sur la demande de Thibaut, confirmée par le suzerain du donateur (6).

Vers l'année 1131 , en présence et du consentement de Thibaut, Geoffroi, éveque de Chartres, confirme une transaction entre l'abbaye de Saint-Pére

(1) Biblioth. de la ville de Reims, Cart. de Saint-Remy, f° 63 v°; Duchesnc, Hist. de la maison de Châlillon, pr., p. 22.

(2) GalL Christ., VIII, 495 A B.

(3) Sommevoire, Haute-Marne, arr. de Vassy, cant. de Montiérender.

(4) Thilleux, Haute-Marne, arr. de Vassy, cant. de Montiérender.

(5) Archives de la Haute-Marne, Cart. de Montiérender, M 18 i o-l 19 r°. Cf. Gall. Christ., X, 533 B.

(6) Cart. de l'Yonne, I, 280-281.

de Chartres, celle de Marmoutier et les lépreux de Saint Martin-au-Val (1).

En 1133, le beau-frère et la sœur d'une religieuse du Paraciet font une donation à cette abbaye; Thibaut, présent avec sa femme, remplit lui-môme la cérémonie de la tradition (2).

En 1134, il rend un jugement contre l'abbé de Montiéramey, en faveur de celui de Saint-Martin-ès- Aires deTroyes, au sujet de moulins situés à Troyes, et dont les deux parties se disputaient la propriété (3).

La môme année, au plus tard, Thibaut sert de médiateur entre Burchard, évôque de Meaux (à), et Hugues et Eudes, fils de Grimaud, qui prétendaient tenir de l'évôque la monnaie de Meaux en fief héréditaire. Leur père en avait joui avant eux. On convient qu'ils en jouiront encore pendant leur vie, et qu'après leur mort l'évôque en aura la libre disposition (5).

La môme année, Thibaut de Crespy approuve, comme suzerain, en présence de notre comte, une donation faite au prieuré de Fonlaine (6).

(1) Gall. Christ., VIII, Instr., 327.

|2) Duchesne, Pétri Abœlardi opéra, p. 1185.

(3) Vallet do Viriville, Archives historiques de l'Aube, p. 395-

i4) Mort le 3 ou le 4 janvier 1134. T. Du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, 1, 141.

(5) Martene, Ampliss. coll., I, 686; Brussel, 1,193. La charte est émanée de Burchard et sans date. Elle remonte, au plus tôt, a l'année 1120, où commença l'épiscopat de Burchard.

(6) Duchesne, Hist. de la maison de Châtillon, pr., p. 23-24

En li85, notre comte constate, par une charte, une donation faite par Lethéric de Pleurs au prieuré de Mont-Bauchet (1), qui dépendait de Molesme (2).

Dans la môme période, Thibaut assista à deux conciles.

L'un se tint à Troyes, en 4128, et s'ouvrit le 16 avril, jour de la fête de saint Hilaire, sous la présidence de Mathieu, évéque d'Albano, légat du pape. Les autres pères du concile étaient : les archevêques de Reims et de Sens, les évôques de Chartres, Soissons, Paris, Troyes, Orléans, Auxerre, Meaux, Chàlons-sur-Marne, Laon, Beauvais. Parmi les abbés présents, on peut citer ceux deVézelay et deCîteaux; saint Bernard, abbé de Clairvaux ; Foucher, historien de la première croisade et abbé de Saint-Père de Chartres. En fait de laïcs, d'hommes non lettrés, comme dit l'auteur contemporain à qui nous empruntons ces détails, on pouvait signaler le comte Thibaut, le comte de Nevers (3) et André de Baudement. Il paraît qu'ils donnaient leur avis, « scru- » tant ce qui était le meilleur, tempérant ce qui » était absurde. » 11 s'agissait, en effet, d'une question peu littéraire , et au moins aussi militaire que religieuse. Hugues de Payns, premier maître de l'ordre du Temple, exposa verbalement la règle non encore écrite de cette corporation naissante, et

(1) Mont-Bauchet, près d'Amillis, Seine-et-Marne, arr. de Coulommicrs, cant. de la Ferté-Gauchcr.

(2) Archives de la Côte-dOr, & Cart. de Molesme, P 102 v* et T. Du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, II, 31.

(3) Guillaume II. Celui dont il a été déjà question.

depuis si célèbre. Le concile l'examina, l'approuva et la fit écrire (1).

L'autre concile où se trouva Thibaut fut celui de Jouarre, en 4133 (2). Guillaume, comte de Nevers, y assistait avec lui. L'objet de ce concile était de punir les assassins de Thomas, prieur de Saint-Victor, tué dans un guet-à-pens, au retour d'une visite pastorale faite à Chelles, par l'évôque de Paris, qu'il accompagnait (3).

De 1125 à 1135, Thibaut fit de fréquentes visites à ses domaines de Champagne; on pourrait môme croire qu'il y a résidé de préférence. Nous l'y rencontrons déjà antérieurement. Il est à Sézanne, le 30 septembre 1121 (6); à Provins, en 1122 (5); à Château-Thierry (6), à Vertus, en 1123 (7). Vers le

(1) Labbe, Concil. X, 923 et suiv. ; D. Bouquet, XIV, 231.

(2) Labbe, Concil., X, 973-978, date ce concile de l'année 1130. Mais il est évident qu'il se trompe. Ce concile fut postérieur à la mort de Thomas, prieur de Saint-Victor, assassiné le 20 août 1135, comme il est prouvé dans D. Bouquet, XII, 751 n; Cf. Le Prévost, édit. d'Orderic, V, 28.

(3) Labbe, lococitato ; Mabill., 5. Bernardi opp., epist. CLVIII et notes, édit. Gaume, 1839, I, 370,371, 886-889; D. Bouquet, XV, 337 DE, 338 A B.

(4) Charte notice en date de ce jour, en faveur du prieuré de Saint-Julien de Sézanne, traduite par Desguerrois. Saincteté chrétienne, 275 r» et V; cf. Gall. Christ., XII, 562 D.

(5) Voir plus haut, p. 258.

(6) In claustro juxta ecclesiam S. Mariœ Castri Theodorici. Gall. Christ., X, Instr., p. 110.

(7) Varin, Archives administratives de lieims, I, 273.

môme temps, on le voit à Damery (1), et son frère Etienne vient lui rendre visite à Provins (2). A partir de Tannée 1125, nous le trouvons :

En 1125, à Troyes(3), à Vertus (6);

En 1126, à Epernay (5), à Vitry (6), à Coulommiers (7) ;

En 1127, à Sézanne (8), à Epernay (9);

En 1128, à Troyes, (10);

Vers 1130, à Bray-sur Seine (11) ;

En 1133, à Provins (12), à Jouarre (13);

11) Damery, Marne, arr. < l eant. d'Epernay.

(2) Varin, ibid.

(3) Archives de la Cùle-d'Or, 2e Cart. de Moiesme, 1* 68 v°. Charte datée de 1124, vieux style.

(4) Le jour de la sainte Luce, Archives de la Marne, Car/, de Toussaints-en-l'hle, p. 46-47.

(5) Martène, Anecdota, l, 367.

(6) Inceclesia S. Crucis; Duchesne, Hist. de la maison de Châtillon, pr., p. 22.

(7) Gall. Christ., Vil, 495 A B.

(8) Archives de la Haute-Marne, 19r Cart. de Montièrender \ f° 118 i°-H9r».

(9) Le jour de la Pentecôte, D'Achery, Spicilège, in-4°, XIII, 305-306.

(10) Au concile. Voir plus haut, p. 312.

(11) Quantin. Cart de l'Yonne, t. I, p. 281.

(12) Duehesne, Pétri Abœlardi opp., 1185.

(13) Au concile. Voir plus haut, p. 313.

En 1134, à Troyes, (1), à Meaux (2); En 1435, à Coulommiers (3).

Nous ne devons pas conclure de ces faits que, de 4425 à 1435, Thibaut ait habité exclusivement en Champagne. II visitait aussi ses autres domaines. Ainsi ii était à Blois en 1132 (4) : il s'éloigna môme davantage dans cette direction, car il alla, en 1130, voir le comte Henri, son oncle, à Vernon. Eudes, moine de l'abbaye de Saint-Evroult, vint l'y trouver au nom de la communauté, nous raconte Orderic Vital, pour le prier de donner aux moines de Rebais l'ordre de remettre à l'abbaye de Saint-Evroult une portion des reliques du saint de ce nom, conservées a l'abbaye de Rebais. Eudes commença par s'adresser au roi d'Angleterre, auquel il communiqua secrètement sa mission, en le priant d'intercéder auprès de Thibaut. Le roi se rendit à cette demande, et obtint de Thibaut ce que désiraient les moines de Saint- Evroult. Thibaut envoya à son sénéchal André de Baudement, qui sans doute administrait la Champagne en l'absence du comte, Tordre d'inviter les moines de Rebais à remettre aux solliciteurs une portion des reliques de saint Evroul. L'abbé de Saint-Evroult, accompagné de deux de ses religieux, alla trouver André au château de Coulommiers, où ce grand -officier résidait, reçut de lui communica-

(1) Vallet de Virville, Arch. hist. de l'Aube, 395.

(2) Duchesne, Hist. de la maison de CMtillon, pr., p. 23-24.

(3) T. Du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, pr., p. 31.

(4) Bernier, Hist. de Blois, pr., p. VIII.

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tion officielle de la décision du comte, et se rendit de là à Rebais, où les moines du lieu lui firent remise du bras droit du saint, et d'un vase rempli de fragments de ses os (i).

Cinq ans plus tard, la mort du roi d'Angleterre brisait le lien qui unissait Thibaut à l'ennemi naturel du roi de France. Nous entrons dans la troisième période de la vie de notre comte.

(1) Orderic, édit. Le Prévost, III, 118-119.

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