PRÉFACE
nèdé Heidement les i)iateriam;doid Terris fe?ice m’est connue, mais qui ne sont pas arrhes jusqu’à moi, j’aurais été conduit, il est vrai, à dmner à mon livre mie étendue probablement démesurée; de sorte que je puis me consoler de ses lacunes et de ses imperfections, en songeant qui ily aura, avantage à reprendre en sous-œuvre certaines parties de mon travail et à. leur donner ailleurs les développements désirables.
A côté de la traduction du Ni-hon gi, et avant le commentaire en français que fai joint à chaque chapitre, fai pensé qu’il n’était pas inutile d’ajouter une glose spécialement philologique; mais, comme les explications souvent minutieuses que f avais à y insérer ne m’ont pas paru de nature à intéresser encore les savants européens, fai rédigé cette glose en langue ch inoise, qui est l’idiome scientifique commun à tous les érudits de l’extrême Orient auxquels je désirais soumettre les résultats de mes investigations. J’espère que mon essai sera accueilU avec bienveillance, et qxéon voudra bien me tenir compte de la difficxdté que présente, pour un étranger habitant loin de la Chine, la tentative d’écrire daxis l’idiome littéraire dxi Céleste-JEmpire.
Lorsque l’impression de mon travail sera terminée, je me propose de dominer, dans xme Introduction sxifjUamment étendxie, xme étude historique etphilologiqxie sur le livre dont fai rédigé la première traduction qxd
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ait été faite dans nne langue européennes et je soumettrai alors à f appréciation des juges compétents la méthode que j’ cd adoptée pour traduire, et le système qui a présidé aux remarques de mes commentaires.
En attendant, je dois remercier dès aujourd’hui les persomies qui ont augmenté mes moyens d’investigations : M. François Sarazin, un de mes anciens élèves, aujourd’hui professeur à Tô-hyau, qtd m’a procuré deux études critiques d’une haute importance pour T intelligence du Syo-ki; M. B. IlallGhamherlain, duquel j’ai reçu un spécimen photographique de ï édition princeps d;u Ko- zi ki dont l’ orientalisme lui doit la con- 7iaissance;M. Ernest Leroux, mon éditeur, pour les sacrifices qui il a bien voulu s’imposer dans l’intérêt de ma publication; et tout paxticuUèrement M. Adolf IIolzliausen, imprimeur de la, Cour, à Yieime, qui a fait preuve, en reproduisaiit mo7i manuscrit, d’mi talent typographique absolument exceptionnel et digne des jjlus grands éloges.
Manoir de Mo.uneville, le 17 septembre 1884.
LÉON DE ROJSNY E Æ-
INTRODUCTION
DU
VOT^TJMP:
L'archipel japonais est resté pendant bien des années une sorte de terra incognita pour les orientalistes; et alors que les textes anciens et modernes de la Chine et des autres pays de l’Orient trouvaient d’habiles et laborieux interprètes, les livres du Japon demeuraient, pour les savants occidentaux, à l’état d’énigme à peu près complètement indéchiffrable. Seuls, quelques voyageurs, parmi lesquels il convient de citer surtout Engelbert Kampfer, Thunberg et Philip Franz von Siebold, recueillirent sur ce pays mystérieux juste assez pour exciter la curiosité des Européens mais trop peu pour la satisfaire. On voulait savoir si ce peuple inconnu, emprisonné pendant des siècles au milieu des mers inclémentes du Pacifique, en dehors de tout
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contact réel avec la terre ferme, possédait une véritable littérature, et ce que pouvait être cette littérature. Les relations publiées sur l’areliipel du Nippon nous racontaient quelques traits de mœurs; elles nous fournissaient de curieuses descriptions de sites, d’habitudes et de coutumes; elles nous parlaient bien un peu de riiistoire du pays, de ses institutions, de sa faune et de sa flore; mais toutes étaient muettes au sujet des livres que les indigènes avaient pu composer tant dans le domaine des sciences que dans celui de riiistoire et de rimagination.
L’existence d’une grande littérature japonaise ne fut donc pendant longtemps qu’une simple supposition, et son mérite une hypothèse que rien ne venait démontrer. On peut même dire que, dans ces derniers temps encore, on n’avait réuni à son égard que les indications les plus vagues et les plus insufflsaiflcs.
Dès les débuts des études sinologiques, on avaitajipris que les Cliinois possédaient des livres canoniques, d’antiques ouvrages de philosophie et d’histoire. Le nom de Koumj-tse, sous la forme latinée de «Confucius», avait obtmiu bien vite une immense célébi-ité au-delà des mers, et on n’ignorait pas (pi’au nom de ce moraliste s’attachait tout un corps <le doctrines éci’ites, et à cecoi’psde docti’ines um; foule d’ouvrag(‘s
INTHODUCTION.
(riiistoire, d’oxégose et de critique. ÏMo-tse, le eoiiteinporain de Confucius, ne tarda j)as à jouir à son tour d’une certaine réputation en Eiiro})e, l»ien avant inéino (pie le Tao-teh king de ce philosophe eut trouvé en Occident son [)reini('r interpride. Peu à [leu d’autn's noms d’écrivains chinois, C(hix du moraliste et économiste Meng-tse ou Mencius, de l’histoi’iop'raplK; Sse-ma Tsie)i, Tlhirodote de la Chine, de l’encyclopédiste Ma Touan-Un, des poètes Tou-foa et U Taipeh, pour ne citer (pie les plus fameux, vinrent hientôt occuper une place dans l’histoire p’éiiérale de la littérature et dans nos biographies universelles.
Le Ja[>on, au contraire, ne fournissait aucun nom à l’Europe qui ait ac(piis, chez nous, la moindre notoriété. C’est tout au plus si l’on avait entendu parler de rétonnante figure de Tdi-kau sawa, surnommé le Napoléon japonais. Quant à un philosophe, un poète, un historien, un romancier, les orientalistes eux-mêmes, il y a vingt ans, eussent été fort embarrassés d’en désigner un seul à notre curiosité. Je n’oserais même soutenir que quelques écrivains éminents du Japon, désormais appréciés des spécialistes, soient déjà sortis, pour le grand public, de l’obscurité dans laquelle ils seraient sans doute restés plongés bien longtemps encore, sans quelques cir-
constances que j’aurai roecasion de faire connaître tout à l’heure.
Lorsque j’ai abordé sans aide, en 1852, l’étude de la langue jajionaise — et cette étude avait alors le caractère d’un véritable déchiffrement — j’ai essayé de composer pour mon usage nue sorte de bibliographie japonaise. Seul, le catalogue de la collection réunie par Siebold et déposée en Hollande au Musée de Leide pouvait me fournir un certain contingent d’indications : ces indications, je dois l’avouer, étaient peu encourageantes. Je savais que l’illustre vo3^ageur, pendant un séjour de sept années au Japon, s’était trouvé, en sa qualité de médecin et de professeur de sciences naturelles, dans des conditions exceptionnellement avantageuses pour se former une riche bibliothèque indigène; que ses élèves avaient tout fait pour lui procurer les documents écrits qu’il désirait j)osséder, et qu’il avait fait jireuve, (;n plusieurs circonstances, d’un véritable talent de collectionneur. Les livres et manuscrits recueillis par Siebold ne nous donnaient ce|)endant l’idée que d’une assez maigre littérature, dans laquelle aucun ouvragi' ne semblaitdigne d’une somme quelque j)eu exceptionnelle de sollicitude.
Un auti’c voyageur néerlandais, Isaac Titsingh, qui arriva au Japon en 1779, uvait tenté lui aussi, non
INTHODUrnuN.
sculciiuMit clc so foriiier imi* petite )>il)liotliè(iue, imiis il setait tait expliquer plusieurs livres de sa eollectioii par les interprètes indigènes du comptoir hollandais de Dé-sima. Deux des traductions recueillies de la sorte par Titsingli, furent publiées à I^lris par les soins de Klaproth qui savait le chinois d’une façon reinarquahle, mais qui lit de vains efforts pour se rendre maître des textes japonais. L'un de ces deux ouvrages renfermait une descri[)tion d’ailleurs fort maigre de la Corée, de Yéso et des îles Lieou-kieou; l’autre nous offrait une histoire des mikados depuis l'origine de la monarchie dans les îles de rExtrême Orient. L’apparition de ce dernier livre n’eut pas lieu sans succès dans l’orientalisme qui attendait avec une légitime impatience un aperçu des annales du Nippon; mais, en somme, nous ne prenions connaissance que d’une compilation très médiocrement estimée des indigènes, et en tout cas tout à fait insuftisante pour nous faire apprécier le mérite des compositions littéraires des Japonais.
Dans le but de donner un peu plus d’extension à ma Bibliographie, j’ai successivement visité les principales collections publiques et particulières dont je connaissais l’existence dans les differentes contrées de l’Europe. La Bibliothèque Nationale de Paris, si
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rielie eu livres orientaux et tout particulièrement eu livres chinois, était d’une incroyable pauvreté en fait de livres japonais. Le Musée Britannique à Londres ne se montrait guère mieux fourni. J’avais bien trouvé quelques livres curieux à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Florence et à Eome, mais encore n’y en avait -il aucun qui me semblât de nature à fra[q)er l’attention de l’Europe et à l’intéresser aux premiers travaux des Japonistes.
Je résolus alors de former moi-même une collection de livres et de manuscrits; mais mes premiers efforts furent loin d’être couronnés de succès. Le hasard me ht bien rencontrer dans les librairies et dans des ventes publiques plusieurs ouvi’ages imprimés en japonais; mais il me fallait dépenser pour les obtenir des sommes excessives et la plupart du temps leur mérite ne répondait nullement au prix qu’ils m’avaient coûtés.
Mes relations avec l’ambassade extraordinaire envoyée en Europe par le syaugoun de Yédo en 1862, me permirent de donner à ma bibliothèque une certaine extension, mais elle ne renfermait encore qu’un bien ])ctit nomljre d’écrits d’une valeur réelle.
Autorisé à ouvrir un cours de langue japonaise à l'Ecole spéciale des Jiaiigues orientales vivantes au mois de mai 1863, je ne tardai pas à préparer un
INTRODUCTION
c*ortaiii iioiiilav d élovos (]iii allèroiit succ-c'ssivoiiKMit sotahlir au Japon c‘t (pii voulurent )»ieii me procurer ([uelipies livres dont je leur avais tbnrni le titre et cpii me senililaient de nature à servir à mes (itudes.
A cette (ipoque, il commentait à y avoir à Yokohama et à Nagasaki cpiekpies Euro[K3ens en citât de parler le japonais avec facilité: mais c’est à peine si l’on en citait deux ou trois cpii fussent à même de déchitfrer le moindre texte écrit ou imprimé dans la langue du pays. Les bibliojiliiles n’avaient pas encore tourné leurs regards vers ces îles lointaines, longtemps abandonnées, et dont les trésors littéraires étaient à peu près complètement inconnus. La situation semblait favorable pour des trouvailles : j’eus l’avantage d'en tirer qiielc]ue protit. Il m’arriva successivement plusieurs livres d’im intérêt supérieur à ceux c^ue je jiossédais jusqu’alors, et parmi ces livres des manuscrits et des éditions anciennes dont je ne sus pas apprécier tout d’abord la valem*, mais qui attendirent sur mes rayons le jour où nos connaissances bibliographiques seraient plus considérables pour juger de leur mérite et de leur rareté.
En adressant des demandes à mes amis japonais et à mes élèves, je n’avais malheureusement aucune idée bien arrêtée sur la nature des recherches qui
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devaient un jour me préoccuper. Lorsque je résolus d’aborder l’étude des anciens temps du Yamato, de sa langue, de sa doctrine religieuse, de ses traditions et de son histoire, je me trouvai dépourvu des instruments de travail les plus indispensables; et, comme je l’ai dit, je dus commencer la présente publication avec un seul exemplaii-e du texte original du Syo-ki, sans ouvrages de critique et d’exégèse, sans le moindre commentaire pour m’eu faciliter l’intelligence. Il s’eu faut beaucoup que j’aie compulsé dès à présent tous les écrits dont j’aurais eu besoin pour aboutir à des résultats satisfaisants; cependant ma collection s’est enrichie peu à peu de documents d’un mérite inappréciable, et au fur et à mesure que j’avance dans l’impression de mon livre, je vois mes séries se compléter au grand avantage de mes recherches. Mes acquisitions journalières ne sont pas sans me causer un vif regret de ne les avoir pas obtenues plus tôt, mais elles me donnent la satisfaction de constater combien était importante la tâche qui m’est dévolue. J’ambitionne seulement l’honneur d’avoir défriché un teiTain fécoml. Ceux qui savent combien ce terrain était hérissé de difficultés, accueilleront certainement mon travail avec})ienveillance et se montreront indulgents pour les ei-reurs((ue j’aurai nécessairement commises.
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Lorsque j’ai entrepris mes premières investigations dans le but de composer une Bibliographie Yamatologiqne, j’espérais découvrir un catalogne indigène des livres analogue à celui que les Chinois nous ont donné pour la grande bibliothèipie de l’emperenr ^les recherches ont été infrnctnenses. J’ai hni cependant par me former une intéressante série de catalogues de libraires dn Japon, on j'ai découvert quelques indications de nature à servir à mes études. Ce n’est toutefois qu’à une date tonte récente que j’ai pn me [)rocnrer nu véritable traité de bibliographie japonaise.
On me permettra de dire quelques mots de cette publication auxquels les japonistes auront certainement pins d’une fois le ))esoin de recoiirm. Il s’agit d'nn manuel intitulé (rini-syo iti-r(ur, c’est-à-dire
1. Ce catalogue, intitulé Kin-ting Sse-kou tsiouen-chou tsoung mok-loh, se compose de 128 pèn ou volumes in-4°, rédigés par un comité de 360 lettrés. Il renferme l’énumération de 10,202 ouvrages, avec des notices descriptives et analytiques. Ces ouvrages sont répartis en quatre classes principales {sse-kou «qiiatre magasins»), savoir : 1° Les livres canoniques; 2° Les livres historiques ; 3° La philosophie et la morale ; 4° Les belleslettres. Les romans, les pièces de théâtre, et, en général, tous les livres de littérature légère n’ont pas été admis à figurer dans cette collection. — Un abrégé de ce grand catalogue a été publié sous le titre de Kin-ting Sse-kou tsiien-chou kien-ming moh-loh, en 20 volumes in-S”.