DE LA CONVENTION
Nous n'avons pas voulu interrompre l'analyse des papiers des commissairesinspecteurs, et c'est pour ce motif que nous n'avons rien dit des graves événements dont la salle du Manège avait été le théâtre, du ai septembre 1792 au 9 mai 1793. Il nous faut donc remonter, pour notre récit, à quelques semaines en arrière.
Un fait digne de remarque, c'est que, dans les procès-verbaux et papiers du Comité des inspecteurs de la salle, il n'est question, à aucun moment, du plus
LA SALLE DU MANÈGE
grave et du plus important de ces événements, nous voulons dire le jugement et la condamnation de Louis XVI. Ce silence justifierait le nôtre, car il indique, à la vérité, qu'aucune modification ne fut faite à l'installation ordinaire de la Convention, abstention qui contraste singulièrement avec les bouleversements apportés dans les assemblées politiques, lorsque, depuis lors et dans d'autres circonstances, elles furent appelées à faire œuvre de Cour de justice. Encore est-il que ce point méritait au moins d'être noté.
Louis XVI comparut deux fois à la barre de la Convention. L'Assemblée nationale, après avoir décidé , le 3 décembre i 79a , que « Louis serait jugé par elle », décréta, le 6 décembre, qu'il serait «traduit à la barres. Cette première comparution eut lieu le 1 1 décembre pour son interrogatoire (l) et la communication des pièces de l'accusation. Aucune mesure spéciale touchant l'installation de l'Assemblée ne semble avoir été prise, sauf l'augmentation de la garde et des mesures de sûreté M'.
Jamais Paris ne fui plus calme, lit-on dans une noie du Moniteur du \h décembre, jamais les citoyen» armé* 11e montrèrent pins de xèle que le jour où Louis XVI a comparu à la barre de la Contention. Le» établissements publics axaient uni? garde de deux cent» hommes; de nombreuses et fréquentes patrouilles circulaient dans les mes et les places; des corps de réserve étaient établis dans chaque section; une garde puissante ceignait la salle de la Convention nationale, et une petite armée, rangée dans le meilleur ordre, accompagnait la voiture, sur lis passage de laquelle on ne souffrait aucun groupe. . . Le cortège suivit les boulevards, la rue Neuve-des-Capuciucs, la place Vendôme et la cour des Fouillants.
La seconde comparution de Louis XVI à la barre de la Convention eut lieu le a6 décembre 1 793, jour où il fut appelé à se défendre.
La Convention avait décrété , le ao décembre, irque Louis Capet serait entendu dans la séance de demain a6 au matin, à 9 heures*. Santerre, commandant général, écrivit le joui* môme à la Convention pour l'assurer que «demain étant le jour désigné pour entendre Louis Capet, conformément aux ordres donnés par le Pouvoir exécutif, toutes les mesures ont été prises pour le traduire sans incon-
!'> Une gravure des RhcUtvm dt Pari*, intitulée : "Mardi xi décembre 179a. Louis XVI i la Convention- , montre lu déposition intérieure de la salle du Manège. Os gravures des Rieobttmt de Purit, très curieuses comme documents et intéressantes même pour l'histoire de la gravure , puisqu'elles furent les premières du genre, sont malheureusement d'une exécution trop grossière pour être reproduite» ici. A consulter, sous ce» réserve*, les gravures intitulées : »Lc roy prêt a partir pour Saint-CInud , le »8 avril- [1791] (collection Hennin, vol. ni, p. 64); » Acceptation de la Constitution , 1 & septembre 1 70, 1 * (Carnavalet . Estampes
11 HT. »H ÙINCK. I.
historiques, ix); t Séance du 7 juillet 179a", baiser LainonreUe (même source); »Le roi a paru vers midi», 4 février 1790 (même source); -Événement du a 1 juillet 1 79^ » (Carnavalet, Estampes historique», v). Les collections complètes du journal sont rare*.
1,1 U Convention nationale avait seulement décrété, le 10 décembre, 'que son président et les coinm tsairra- inspecteurs de la salle demeurent chargés de tout ce qui est relatif a la police de la Convention et au dehors pendant que durera la discussion relative au jugement du ci-devant roi-. (/Wés-eerAW.)
vénients-. la fête de Noël préoccupe seule Santene qui ajoute : t il n'y a que la nuit qui pourrait nuire " t..
La séance «In 06 décembre s'ouvrit à 9 heures sous Ih présidence de I)efermon'*'; après un court incident sur lequel nous reviendrons, le président annonce à l'Assemblée rque Louis et ses défenseurs sont prêts à paraître à la barre-. «Louis entre a lu barre accomplie de Maleslicrbes, de Tronclict, de de Sèze, du maire de Paris et du commandant de la garde nationale. - Il n'y eut alors que peu de mois d'échangés. Le président dit : it Louis, la Convention a décrété que vous seriez entendu définitivement aujourd'hui?. Louis répondit: «Mon conseil va vous lire nia défense*. Le Moniteur, que nous suivons ici, donne le Priât de la défense de Louis Caj>et par Desize. Le roi prit ensuite la parole pour prolester "contre le reproche d'avoir voulu répandre le sang du peuple*'.
C'est exactement après cette scène que l'on peut placer le moment choisi par l'auteur de la gravure anglaise, que nous reproduisons, pour montrer Louis XVI à la barre de la Convention-9 : lu constatation est évidente, grâce à l'incident sui-
"; Il y avait eu des trouble* » Pari*, dan» quelques égli*ee, la uuil précédente, à propos dp la messe de minuit. «On avait enfoncé le» porte* il« celle de *viint-.\léry . . . Dans la plupart des églises, il s'est forme" de» attroupement* de dévotes on peu ardeiilea et do dévote un peu bruyante, qui ont été chercher de* ■irr'tres et le* ont forcés de faire l'office. » (Moniteur du s8 décembre 179.1.)
|!| Jacques-Joseph Detertnou, ancien membre •te l'Assemblée constituante, «Tait été éln député ii la Contention nationale par le département d'llle-et-\ ilainc.
" Cette gravure fut publiée a Ijondrw , d'aprè* une indicalioii qui ligure sur l'original, le i5 sejktembre 1796, par .Colnaghi Sala and C {laie terre), n' iSa, Paît Mail* ; elle contient une légende, en anglais et en français, qui n'a pu être reproduite et qui est ai nui conçue : - Lorsque deSèxe eut terminé son discours plein de sensibilité et d'éloquence en faveur dn roi. le président demanda à Louis »'il n'avait rien a. ajouter a re que venait de «lire son conseil. Louis se leva et , d'un ton calme et plein de fermeté, il paria ainsi : -Citoyens, mes
* moyen* de défense viennent de von* être pré- »*enté*. je n'ai rim à y ajouter. Eu vou* parlant ♦jienWlre pour la dernière fois, je dédare qu'in-
• noceot des crimes qu'on m'impute, je n'ai rien h «me reprocher- , rte On lui présenta alors les eJe.fr trouvée* an I Jante-Meuble en lui demandant s'il le* reconnaissait : -Je ne srais pas, dit-il. si ee sont les «même» que j'ai donnée» a Cler; [rie, de même ilans
-le texte augtai»], je ne peux point m'en rappeller «à cause dn long intervalle qui «'est écoulé depuis «cette époque». Il *e relira alors avec le même calme qu'il avait moonlré (tic) lorsqu'H avait été conduit à la barre; mai* en sortant, vivement ému. quelques larmes s'échappèrent de ses yeux». L'auteur de celle légende a confondu Cléry avocThiern (ci-devant de Vîlle-d'Avrai). Thierry de Vîlled'Avrai avait, avec plusieurs autres charge*, celle de -quatrième (en partage ) des premiers vaiete de chambre du roi» (cf. Almmmch <U Vtrunlln,
Ma
du
Clé
qui s'honora alors par «on généreux dévouement, élait bien valet de chambre du roi. mais il appartenait a la domesticité et n'était pa*. comme Thierry. | d'office. Son nom ne figure iihW pas. à ce litre, dans le personne) de la maison du roi. Jean-Haptiste-Antoine Ifanet, dît Ûféry, était né prè* de Versailles en 17S9 (ou, d'après quelques biographes, en 1761); il mourut a Heliiiig ( Autriche ) , le «7 mai 1809 (le 10 juin 1809 d'après quelques biographes). Une décision du ConseU général de la commune de Paris, du ta brumaire an 11, témoigne que «le citoyen Cléry ( ci-devant valet de cJiambre de Capet) a tonjours rempli ses devoirs avec une scrupuleuse fidélité à la République (cf. Grande Eneyhpédit, au mot Clety). Le volume île la collection Hennin , n* 1 s 9 . d'où cette gravure est tirée, en contient d'autres relatives à la comparution de Louis XVI à la Convention , les 1 1 et 16 rtV- 170,1; voir, en particulier, pages 9 et 1».
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