‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 109 sur 174 · LA CIIANA ET SAINT-ÉLOI · texte numérisé non relu

LA CIIANA ET SAINT-ÉLOI

certainement étudier, car on trouve mention d'achat de plumes, encres, heures, etc., mais le magister est si souvent accusé de négliger son devoir qu'on peut supposer qu'il n'y a pas de surmenage. Bien plus tard, seulement, on installera des ateliers. En attendant, les dimanches et jours de fête on les distribue, deux par deux, dans chaque église, pour se tenir auprès des troncs de l'aumône ou des bassins des quêteurs afin d'exciter la charité. Comme distraction, ils ont encore l'assistance aux enterrements. Dès qu'ils ont l'âge et la force suffisante, on les met en apprentissage. »

La chapelle Saint-Éloi se trouvait paroisse Saint-Paul, sur la

place de l'ancienne Douane. Elle a disparu depuis longtemps, et tout ce quartier lui-même a été, il y a quelques années, complètement remanié. La chapelle était fréquentée surtout

La Ghana au xviii'' siècle (d'après une gravure du temps).

Saint-Éloi, en 1550 (d'après le plan scénographique)

par des étrangers qui habitaient cette région, en particulier des Suisses et des Italiens. Tout proche de là, en etîet, se trouvait la Douane, curieuse institution sur laquelle MM. Girau el Duplain vont nous renseigner.

(( Le nom de l'Ancienne- Douane ne présente à l'esprit de la plupart des Lyonnais que l'image de notre petite place irrégulière, entourée de vieilles maisons et placée au centre d'un dédale de ruelles étroites et malpropres. La Douane joua un grand rôle dans le passé de notre cité. Elle était une institution à peu près unique en France et n'avait de similaire que la douane de Valence, bien moins importante. On en connaît l'histoire depuis l'édil de François P'' de 1540 jusqu'au décret de 1790 qui la supprima. Des édits successifs des rois de France obligèrent de faire passer à Lyon et de soumettre à la douane les marchandises transportées sur le territoire français. Aussi les droits de la Douane de Lyon, vers le milieu du xyiii" siècle, rapportaient, par an, près de 1.200.000 livres au trésor public. Seuls les Suisses et les Allemands des villes libres impériales, par le traité de paix de PVibourg, avaient été exonérés de ce tribut. Ce privilège attira de nombreux Suisses à Lyon, et leur souvenir s'y est conservé avec les noms des rues de l'Arbalète et des Treize-Cantons. Là, étaient situés, au centre du quartier commerçant, leurs- comptoirs et leurs demeures. Pernetti ne compte pas moins de soixante-cinq familles suisses établies à Lyon, depuis 1543 jusqu'au xviii'' siècle. L'hôtel de la Douane occupait les maisons situées au fond de la place et qui, avant les dernières démolitions, portaient les numéros 3 et 4. »

PÉNITENTS DE LA MISÉRICORDE

Il reste peu de documents sur les confréries de Pénitents lyonnais qui s'employaient à des travaux de charité. Mais la société des Pénitents de la Miséricorde, dont nous sommes plus instruits et qui fut une des plus puissantes, peut donner une juste idée des autres dont elle se présente comme le résumé.

L'état des prisonniers et des criminels pauvres de Lyon était, au xvii" siècle, digne de pilié. Un projet de supplique au pape, conçu par les premières personnes qui s'appliquèrent au soulagement de cette détresse, montre tout le bien qu'une confrérie pouvait espérer. « Il faut, écrivent les rédacteurs de cette pièce, exposer en la supplique qu'on enverra à Sa Sainteté, que les pauvres prisonniers qui sont confinés en grand nombre dans diverses prisons, souffrent de grandes misères et nécessités, soit pour n'être pas nourris d'aliments ou pour n'avoir aucun linge pour blanchir et nettoyer, comme encore pour n'avoir pas seulement de paillasse à se coucher, et de plus, que les pauvres criminels qui étaient condamnés à la roue, n'étaient assistés que d'un seul religieux confesseur qui avait grand'peine à pouvoir satisfaire à ce devoir charitable d'ailleurs, qu'après l'exécution et mort des condamnés, leurs corps étaient délaissés, abandonnés et enterrés par l'exécuteur de justice en lieux profanes et publics où se faisaient mille saletés et avanies; même qu'il était arrivé que des corps avaient été déterrés et mangés par les chiens. Nous avons établi à Lyon la confrérie de la Miséricorde à l'honneur de Dieu et de la bienheu-

PÉNITENTS DE LA MISERICORDE

reuse Vierge sous les vocable et protection du bienheureux Jean-Baptiste ». Il avait manqué jusque-là plusieurs choses à la canonicité de l'établissement : les règles n'étaient pas assez nettes pour qu'on pût les observer en commun. La suite de ce texte précieux montre qu'on vint enfin à bout de cette difficulté; c'est pourquoi nous le citons à défaut des statuts primitifs qui ont été perdus, mais qu'ils reproduisent sans doute du moins quant à la substance. On ne possède pas la réponse que fit le pape Urbain VIII à la supplique : on sait toutefois par une délibération plus récente de la compagnie qu'elle fut très favorable et que Sa Sainteté accorda aux pénitents les privilèges et indulgences demandés, avec des encouragements paternels. Voici la suite du document en question : « Pour cet effet, nous avons fait bâtir et construire une chapelle avec une grande cave et tombeau pour les corps des suppliciés et nous avons reçu quelques confrères, lesquels se sont obligés aux choses suivantes pour leurs règles de réception : 1'^ donner l'aumône de pain et vin deux fois la semaine à tous les pauvres prisonniers en quelque nombre qu'ils soient, savoir, le lundi et jeudi; ce qu'ils ont fait et font encore ponctuellement; ils ont fourni des paillasses et chemises aux plus nécessiteux et retiré plusieurs de ceux qui étaient détenus en prison pour dettes en les rachetant et payant pour eux. De plus, ils se sont obligés par leurs règles d'assister les criminels qui sont condamnés à la mort, depuis la prononciation de l'arrêt jusqu'à ce qu'ils soient morts, y ayant toujours deux d'iceux avec le patient pour le consoler en Dieu et assister spirituellement ; tous les autres confrères venant avec le crucifix en procession et accompagnant le condamné depuis la prison jusqu'au lieu du supplice, chantant et priant pour lui. Après l'exécution, le condamné est par eux pris et emporté solennellement avec lumière, disant les suffrages et prières accoutumées pour les trépassés, jusque dans la chapelle où il est conservé, après quoi est chanté l'office des trépassés ; le lendemain la messe est célébrée dans ladite chapelle, puis plusieurs grandes messes aux autels privilégiés des églises de Lyon. En outre, les confrères sont obligés de se rassembler les lundis de chaque semaine dans leur chapelle pour réciter l'office des morts et entendre la sainte messe pour le remède des âmes tant des confrères que des suppliciés, comme aussi tous les quatrièmes dimanches du mois et fêtes solennelles de l'année, avec autres exercices et actes de piété et charité qui se doivent par eux exercer comme on peut voir par les règles et ordonnances de la dite confrérie. » A la suite, on a noté en quatorze articles le détail des indvdgences sollicitées par les confrères.

Mgr de Richelieu, cardinal archevêque de Lyon, qui se trouvait alors à Rome, s'empressa, le 2 mars 1636, de satisfaire le juste désir des confrères : « Nous déclarons, dit-il, que nous avons institué et érigé une confrérie sous le vocable de la décollation de Saint- Jean-Baptiste, dans la chapelle ou oratoire que César Laure, seigneur de Crussol, a déjà fait construire par notre permission, et ce à l'exemple de celle qui est établie dans la ville de Rome, qui sera soumise en tout à notre autorité, correction, visite et juridiction. Nous permettons à tous ceux qui s'associeront dans la suite à la confrérie, de faire les mêmes offices et fonctions, d'exercer la même charité que celle qui est exercée et pratiquée par la confrérie érigée en la ville de Rome. Nous consentons aussi qu'ils se règlent

et se conduisent sur les mêmes statuts et règlements, et qu'ils s'y fassent agréger, à la condition néanmoins qu'ils ne 'pourront sortir de leur chapelle et oratoire pour aller en procession qu'après en avoir obtenu la permission de nous ou de nos successeurs archevêques. En cas qu'elle soit accordée pour accompagner les condamnés, ils se comporteront avec modestie et ne marcheront que la tête couverte et voilée. Le 22 août 1636, les registres du secrétariat de l'archevêché de Lyon insérèrent la permission donnée aux recteurs et vice-recteurs de la confrérie de la Miséricorde de donner l'habit aux confrères et pubhèrentles statuts de la compagnie avec le consentement du vicaire général. Quatre jours plus tard, M. d'IIalincourt, gouverneur, accordait permission sur supplique du sieur Laure, marchand bourgeois qui fut le premier recteur.

La confrérie ne tarda pas à prospérer ; elle se recrutait en nombre, montrait beaucoup de zèle, et les personnes de qualité faisaient volontiers des fondations pour elle. En 1639, on rédigea le second règlement empreint d'une réelle piété : il y est notamment question

de la récitation de l'office des trépassés le lundi de chaque semaine, de l'office de la décollation de saint Jean-Baptiste le quatrième dimanche de chaque mois, des jours d'assemblées, prières et suffrages pour les confrères malades absents ou voyageurs ; au vestiaire, on doit observer une modestie parfaite, s'agenouiller devant l'image du saint patron ; on y traite des assemblées familières dans le chœur, de la psalmodie régulière, de la défense expresse de se montrer dans le chœur sans le sac et le voile ; on donne avis au recteur et vice-recteur de conclure en tout à la pluralité des voix ; l'accès de ia confrérie est défendu à tout homme déjà agrégé à une autre confrérie voilée ; on fera lecture de la règle dans la sacristie et la tribune de la chapelle deux fois l'année, savoir à la première assemblée après l'élection des officiers, puis six mois après.. Parmi les signataires de ce règlement, auquel s'ajoutent des dispositions particulières pour les officiers et pour le trésorier, citons, avec Laure recteur, les noms de Pierre Bernard, lloUet, Bergier, Roussier, Bergerèle.

Ce qui nous est parvenu des registres des délibérations et des aumônes montre que les confrères de la Miséricorde se soutinrent dans leur ferveur, allèrent même au-delà de leurs obligations rigoureuses, chaque fois qu'ils le purent. Ils étaient scrupuleux à se rappeler la lettre de leurs règles ; peut-être même croyaient-ils un peu trop à la vertu des règlements, puisque trois fois au moins en vingt années ils prirent soin de remanier la devixième formule et d'y ajouter la prévision des moindres cas. En 1639, par exemple, ils spécifient que les aumônes des confrères seront retirées du tronc ou de la grande boîte placée dans la tribune par le confrère trésorier, que toutes les quêtes à la chapelle ou à la tribune seront pour le soulagement des pauvres prisonniers et que le bassin avec les fers sera exposé à la chapelle les lundis seulement.

Chapelle des Pénitents de la Miséricorde (d'après un fusain du xix" siècle).

PÉNITENTS DE LA MISÉRICORDE

Entre temps, leur tranquillité avait été troublée par de menues contestations avec leurs propriétaires, les Carmes du grand couvent, vulgairement appelés Grands-Carmes. Propriétaires est une façon de parler ; dès 1625, tandis qu'ils n'étaient encore qu'en période de formation, ces religieux, sur la demande du sieur Laure, avaient obtenu du consulat et de la sénéchaussée l'autorisation de construire, dans la cour de leur couvent, une chapelle et nn tombeau sous le vocable de Notre-Dame de la Miséricorde, à l'usage de la future compagnie qui allait devenir ainsi sa locataire, mais qui avait dû acheter l'emplacement nécessaire à cette construction. Or, posséder une chapelle dans l'enceinte d'un monastère n'était pas une mince affaire, malgré qu'elle fût d'espace réduit, puisque le sanctuaire n'avait que trente-six pieds de longueur sur autant de largeur.

Des difficultés étaient à prévoir parce que la convention relative aux engagements que pi^ennent les confrères en retour de la permission canonique de s'établir, flotte dans une vague rédaction qu'on s'étonne de trouver dans un acte dressé par M. Gajan, notaire, le mai 1632. Les confrères s'engagent à donner une pension et à faire du bien au couvent. Sur la première chapelle et le tombeau indiqués dans l'acte notarié comme dans le projet de supplique et dans la lettre de fondation archiépiscopale déjà cités, on ne possède que de maigres renseignements, par exemple ces lignes du mémoire d'un tabellion rojal : « La chapelle construite aux frais des confrères de la Miséricorde est percée d'un portail à la muraille du malin. » Elle ne tarda pas à être insuffisante ; un acte du 31 janvier 1642, conclu entre les mêmes contractants, constate que l'on ne peut plus différer de la reconstruire parce qu'elle est devenue trop petite pour le nombre sans cesse croissant des confrères et des personnes qui j vont par dévotion ; les Carmes accordent donc aux confrères la permission de l'agrandir à leurs risques, et leur rappellent qu'ils ont une clef pour y rentrer par le clos du monastère. Neuf ans après, le 9 avril 1651, le notaire Roger enregistre un traité par lequel les moines acceptent le projet que leur a proposé la Compagnie de faire avancer la chapelle du côté nord, et de commencer à reconstruire la muraille ; l'acte est signé des profès « personnellement constitués et capitulairement réunis », savoir: Régnant Devaux, docteur de Sorbonne et prieur ; Etienne Moulins aussi docteur de Sorbonne ; Claude Perier, docteur ; Guillaume Poiniot, sous-prieur ; Louis Queron ; Antoine Marot; François Régnant; Antoine Verdier ; Pierre Aubernier ; Pierre Rousselle ; Louis Jacques de Saint-Charles et Anselme de l'Assomption. Tous promettent de faire ratifier la présente convention au chapitre provincial. Les pénitents qui signent l'engagement sont Antoine Margat, docteur ès droit, chantre de la collégiale Saint-Nizier ; Claude Laure, recteur de la confrérie, pour la présente année et les confrères Pierre-Eustache-François Voinet, François Juge, François Lard, députés et commis par l'assemblée générale tenue dans la chapelle de la Miséricorde. Les points principaux de l'accord sont les suivants : « Les Pères Carmes permettent aux confrères d'avancer leur chapelle de vingt pieds de longueur du côté de l'est et autant en largeur, près la muraille de la porte située au nord jusque aux maisons voisines du côté du midi ; les religieux remettent aux confrères tous les droits soit pour boucher les jours qui ont vue de ce côté, sans néanmoins être tenus à aucune maintenue ou restitution de deniers, attendu que ce qu'ils en font n'est qu'à la

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prière et sollieilation des confrères, lesquels n'entendent pas déroger aux pactes qu'ils ont faits avec les religieux pour la porte qu'ils peuvent faire. De plus les religieux seront tenus de fournir un de leurs prêtres pour célébrer une messe basse en la chapelle à l'issue de leurs offices, tous les lundis de l'année, chaque quatrième dimanche du mois, les cinq fêtes principales de Notre-Dame, le dimanche de Pentecôte, la fête de Toussaint, trois messes la veille de Noël à minuit, une grand' messe à diacre et sous-diacre le jour de la décollation de saint Jean-Baptiste et le jour de la fête des trépassés, le lendemain de la fête de Toussaint, auxquelles fêtes les religieux seront obligés fournir un ou deux de leurs prêtres pour confesser les confrères et communier à la messe qui se dira après l'office. » Les moines s'engagent en outre à fournir deux de leurs prêtres pour accompagner les confrères le Jeudi-Saint et la fête de saint Jean-Baptiste dans des endroits où ils feront leurs stations et aller dire les oraisons à la fin des prières ; à célébrer une grand'messe pour chaque confrère, le jour de son décès et de même pour chacun deë pauvres suppliciés ; enfin de fournir un prêtre pour réciter les prières lorsque les pénitents enterreront les suppliciés. Ces divers services seront rétribués par une pension annuelle, perpétuelle et foncière de cent livres tournois, payable par les confrères au couvent, à chaque fête de la décollation de saint Jean-Baptiste. Les autres conditions ne sont jDas moins nettes. Si quelque confrère fonde une messe ou un service pour les trépassés, cette messe ou ce service ne pourra être célébré que par les Carmes ; pour les exhortations, les confrères choisiront tel ecclésiastique qu'il leur plaira, mais ils n'en pourront avoir que du couvent povir les sermons publics ou solennels comme aussi pendant le carême

Claude de Saint-Georges,

archevêque de Lyon. et l'octavc à moius d'y être autoosés par le prieur.

Entre temps, des procès avaient surgi entre confrères et Carmes sur le droit de passage par la cour derrière les bâtiments et par l'allée de la maison faisant face sur la place de la Boucherie des Terreaux. Une reconnaissance par le prieur, en 1653, de l'alignement des nouveaux bâtiments de la compagnie arrêta cette fâcheuse discussion.

Les pénitents d'ailleurs s'augmentaient d'année en année, par leurs propres ressources ou par des dons, enfin par la protection [des autorités ecclésiastiques, en particulier de Mgr de Saint-Georges, archevêque de Lyon. En 1704 ils étaient à leur apogée au spirituel comme au temporel, après avoir été déchargés des impôts d'amortissement pour reconnaître le bien qu'ils accomplissaient. D'autre part, ils se voyaient accorder de riches indulgences et des privilèges par les papes Innocent X, le 23 juin 1652 ; Alexandre VII, le 1" octobre 1658, le 12 juillet 1661, le 31 mars et le 5 avril 1666; Clément X, le 2 juin 1673 et le 13 septembre 1676; Innocent XI, le 11 avril 1680; enfin Clément XI, le 12 décembre 1701. Le plus intéressant de ces brefs pontificaux est celui de Clément X qui, le 13 septembre 1676, donne aux pénitents le droit de délivrer un prisonnier condamné à mort, chaque année, le jour de la décollation de saint Jean-Baptiste; Clément XI,

PÉNITENTS DE LA MISÉRICORDE

le 20 avril 1716 et le 23 avril 1723, confirma ce droit et ajouta de nouvelles indulgences. D'autre part, la chapelle fut réparée et même augmentée d'une aile dont malheureusement nulle description n'accompagne la mention sur le registre.

On reprocha aux pénitents d'être intolérants, parce qu'ils avaient remis en vigueur une délibération prise en conseil le 28 mars 1(588, dont l'extrait suivant fut affiché le même jour dans les prisons :

« La compagnie de la Miséricorde ayant été informée par MM. les custodes de la paroisse de Sainte-Croix qu'il y a très souvent dans les prisons de cette ville des prisonniers qui passent des années entières sans s'approcher des sacrements, et voulant remédier à cet abus en ce qui dépend d'elle, a résolu d'arrêter qu'à l'avenir l'aumône de pain et de vin qu'elle a coutume de distribuer trois fois la semaine, ne sera donnée qu'à ceux qui auront satisfait au commandement de l'Église qui enjoint à tous les fidèles de se confesser au moins une fois l'an, ce qu'ils seront tenus de faire dans la quinzaine de Pâques, et d'en rapporter une attestation ou certificat à la première distribution après le dimanche de Quasimodo. »

Notons que les administrateurs des prisons ne se prétendirent pas scandalisés de cet acte; ils préféraient veiller à ce que les guichetiers et geôliers ne rançonnent pas les prisonniers par force, ainsi que le prouve le règlement de 1751, réédité trois fois jusqu'en 1780, et qui n'est que la répétition de ceux du 12 janvier 1667 et du 30 mars 1685, conforme également aux règles royales promulguées quelques années auparavant par le parlement et dont le second fut publié par M. de Sève, lieutenant en la sénéchaussée de Lyon et juge de police des prisons. Il y aurait profit, même de nos joiirs, à citer des articles comme ceux-ci : « Il est fait défense aux geôliers et guichetiers du ressort de la sénéchaussée de Lyon, de rien recevoir des prisonniers pour leur entrée et sortie ; ils ne pourront recevoir non plus aucune avance de deniers pour les gîtes et geôlages, même des prisonniers qui coucheront au lit dans la grande salle. Ceux qui seront au petit Dambe, aux chambres noires des Anges et du cachot, coucheront sur des paillasses et payeront un sol par jour. Le geôlier ne pourra rien retenir des prisonniers qui sont à sa table ; il sera tenu de donner quittance de ce qu'il recevra en argent.

Les confrères de la Miséricorde étaient les auteurs de plusieurs de ces adoucissements ; ils les obtinrent dès le début, y ajoutèrent beaucoup durant un siècle et demi ; ils s'appliquèrent principalement à tempérer, selon la justice, la condition des prisonniers les plus pauvres, ceux pour qui, d'après une requête du xvii" siècle au contrôleur des finances, il n'y avait pas même, comme en d'autres villes, des ressources pour leur procurer du pain. Les pénitents renchérirent même sur ce programme : ils ne se contentèrent pas de visiter les condamnés, de les préparer aux sacrements de pénitence et de communion, de les assister dans les châtiments, d'ensevelir chrétiennement leurs corps; une délibération de 1730 montre qu'ils avaient institué aux prisons des conférences pieuses, des catéchismes et des exhortations que présidaient tour à tour le recteur et les officiers ; ce pieux usage se maintint jusqu'aux extrêmes limites de la confrérie en 1789 et ne périt qu'avec elle. Il n'y a que peu à dire de la fin de la compagnie de la Miséricorde qui ne cessa

d'être digne de son nom. Elle vivait à peine en mai 1790, et est nommée une dernière fois dans Facte de vente du couvent des Grands-Carmes, le 7 juin 1793.

Avant de terminer, défendons sa mémoire d'un reproche ridicule que les historiens fantaisistes lui ont adressé ainsi qu'à d'autres confréries de l'ancien régime : celui d'avoir vendu des cervelles d'exécutés à des médecins ou à des empiriques accusés de magie et de sorcellerie, qui en faisaient des remèdes propres à guérir les épileptiques, les lunatiques, les gigoteux de la danse de Saint-Guy, en les leur appliquant, et même en les leur donnant à manger. Il est à peine besoin de réfuter une pareille fable à l'égard d'une association aussi respectueuse de l'âme et du corps que l'était celle-ci. Les pénitents de la Miséricorde ne vendaient ni cervelle, ni crâne, ni aucun membre des prisonniers exécutés, par la simple raison qu'ils n'en possédaient rien. Le corps du supplicié ne pouvait être abandonné ou prêté aux chirurgiens que par les autorités criminelles, sur l'avis des confrères que l'homme de l'art méritait confiance, qu'il n'était suspect d'aucune vélléité de profanation et qu'il ne cédait dans sa demande qu'au désir de disséquer, de découper, comme on disait alors, pour se perfectionner dans son art. De même, quand la charitable compagnie avait été invitée par la justice à relever les cadavres des soldats exécutés, ces cadavres restaient sous sa sauvegarde. On possède quelques-uns de ces billets d'invitation, et, de 1676 à 1692, plusieurs demandes de livraison de corps à étudier, adressées soit au contrôleur général de la sénéchaussée, soit au lieutenant-criminel : elles sont signées J.-B. Gaultier, aspirant à la maistrance de chirurgie, Jean-Aimé Monderot, Simon-Pierre Chastagner, Michel Sales, Honoré Cadout, J.-B. Lermittème, maîtres chirurgiens jurés, Pierre Briant, lieutenant du premier chirurgien du roi à Lyon. La demande d'Honoré Cadout nomme le supplicié Fleuri Allier, un bandit célèbre du temps et que l'habile opérateur sovdiaite d'étudier; celle de Pierre Briant, du 12 janvier 1692, convoite un cadavre non moins fameux, celui de Latour, le rival de Cartouche.

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