‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 110 sur 174 · SŒURS SAINT-JOSEPH DE CLUNY · texte numérisé non relu

SŒURS SAINT-JOSEPH DE CLUNY

Parmi les communautés françaises épanouies au début du xix" siècle et qui prirent promptement une réelle extension, il faut mentionner la congrégation Saint-Joseph de Cluny qui possède aujourd'hui des établissements dans le monde entier. Elle dut son origine à une personne douée de qualités extraordinaires et dont il importe de rappeler, en quelques lignes, l'intéressante biographie.

Anne-Marie Javouhey naquit, le 10 novembre 1779, d'une famille de riches laboureurs. Nanette, comme on l'appelait, était la cinquième des dix enfants de la famille, mais, par l'influence, elle fut bientôt comme l'aînée. Elle apprit à lire, à écrire, un peu à calculer dans l'école de Chamblanc(Côte-d'Or) eten 1789, elle fit sa première communion. Quand la Révolution ferma les églises et condamna les prêtres à la déportation et à la mort, Anne-Marie

SCEURS SAINT-JOSKPII DE CLUNY

■se trouva prête à confesser sa foi avec rinlrépidilé de son caractère. Elle procura des asiles aux prêtres poursuivis ; les patriotes disaient d'elle : « Cette Nanetle nous berne et se joue de nous ; il n'y a pas moyen de mettre la main sur son curé. » Le dévouement d'Anne Javouhey fut récompensé de Dieu ; elle-même le dira plus tard : « Le Seigneur me fit connaître, d'une manière tout à fait extraordinaire mais sûre, qu'il m'appelait à l'état que j'ai embrassé, pour instruire les pauvres et élever des orpbelines. »

Même à l'époque de la persécution, elle instruisait des enfants et des adultes et prépara ainsi deux premières communions fort nombreuses qu'on célébra durant la nuit. Sous le Directoire, Anne se consacra à Dieu ; c'était le 1 1 novembre 1798, au dix-neuvième anniversaire de son baptême. Elle ouvrit ensuite une école dans la maison de son frère aîné, non sans l'opposition de son père. L'ancien curé de Chamblanc, émigré pendant la Révolution, obtint de M. Javoubey l'autorisation pour sa fille d'entrer à Besançon dans une communauté, mais une voix intérieure avertit Anne qu'elle n'était point dans sa voie. De Besançon elle se rendit, en 1802, chez les Trappistines de la Val-Sainte en Suisse. Le matin même du jour de la cérémonie de la prise d'habit, le Père abbé lui dit : « Vous ne prendrez pas le costume religieux ; allez simplement assister à la messe, vous y ferez la communion; puis, après, vous serez libre de suivre l'attrait de Dieu, et vous irez fonder votre congrégation. » Anne, sortie de la Trappe, se mit à faire l'école dans de petits villages.

En 1804, elle rentra dans la maison paternelle. M. Javouhey s'engageait à construire un bâtiment suffisant pour les classes. Ce père devintchrétien au point de consacrerau service de Dieu les quatre filles que la Providence lui avait données : Anne-Marie, Claudine, Pierrette et Marie.

Sur ces entrefaites le pape Pie VII revenant de Paris, où il avait sacré l'empereur Napoléon, passa à Chalon ; Anne et ses sœurs assistèrent à sa messe et communièrent de sa main ; il les bénit avec tendresse. Anne fonda, peu de temps après, deux écoles à Chalon sur l'invitation du curé de Saint-Pierre. La ville les reconnut pour ses écoles primaires officielles, et même, à la demande de la municipalité, Napoléon L' signa à Posen (Pologne), le 12 décembre 1806, un décret d'autorisation de la petite communauté. Le 20 août 1806 eut lieu la bénédiction de l'association qui prit le nom de Saint- Joseph. Quelques années plus tard le noviciat fut établi à Cluny ; de là le vocable : Saint-Joseph de Cluny. Le 12 mai 1807 on fit la cérémonie des vœux et de vêture des premières sœurs. Les religieuses, novices et postulantes étaient au nombre de neuf; c'était bien le petit troupeau de l'Évangile. L'évêque les réunit en chapitre pour procéder à l'élection de la supérieure générale : Anne-Marie Javouhey obtint tous les suffrages.

La révérende mère multiplia rapidement les maisons et les œuvres du nouvel institut : elle réussit à s'établir à Paris en 1814 : la ville lui confia une de ses écoles. M. Desbassyns, intendant de l'île de la Réunion, demanda à la digne supérieure des sœurs pour son île ; quatre religieuses y débarquèrent le 28 juin 1817.

Vers la même époque, Lainé, ministre de l'Intérieur, proposa à mère Javouhey la direction des hôpitaux et des écoles de toutes les colonies françaises. Bientôt le Sénégal, les

Aiiliiles, la (iuyane, Madagascar et Pondichéry réclamèrent le zèle de la digne fondatrice. Elle-même, au commencement de 1822, débarqua au Sénégal, organisa les écoles et les hôpitaux de Saint-Louis et de Corée, et établit des sœurs à Sainte-Marie de Gambie et à Sierra-Leone. Mais ses forces succombèrent, les fièvres la saisirent , on la ramena à Saint- Louis d'où on la dirigea vers la France.

Mère Javouhey avait déjà soixante-quinze de ses filles dans les colonies, et en France les œuvres se développaient merveilleusement.

On lui proposa l'hospice d'aliénés de Saint-Yon, puis celui d'Alençon. Le gouvernement pour reconnaître les services de la congfrég'ation Saint-Joseph accorda l'autorisation définitive, le 17 janvier 1827, et les évêques d'Autun et de Beauvais approuvèrent les nouveaux statuts qui remplaçaient ceux de 1806. Le gouvernement fit encore appel à son dévouement pour la colonisation de la Guyane, puis il lui confia la libération de 500 nègres esclaves. Mère Javouhey n'était cependant pas sans épreuve ; elle en eut à subir de la part des évêques d'Autun et de Paris ; enfin tout s'aplanit, et elle expira le 15 juillet 1851 dans sa 72" année. A la mort de la fondatrice, la congrégation Saint-Joseph de Ciuny comprenait 900 religieuses ; elle en compte aujourd'hui près de 4000, réparties dans 129 maisons en France et 187 à l'étranger.

Dom Babin, biographe de la mère Javouhey, résume ainsi son caractère : u Cette sainte femme a été une des premières fondatrices qui ont mis au service de l'apostolat catholique des légions de vierges consacrées à Dieu. Aucune de ses imitatrices ne l'a surpassée ni peut-être égalée dans la générosité du sacrilice, l'éclat et la variété des œuvres, la force et l'originalité de l'esprit, et, pour tout dire, la sainteté. »

La congrégation Saint-Joseph de Cluny jpossédait à Lyon, en 1900, deux communautés.

Chapelle des sœurs Sainl-.Ioseph de Cluny.

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Tune pour l'éducation de la jeunesse, Taulre vouée au soin des malades. La première, établie à la Croix-Rousse, datait de 1869 : elle comprenait, en 1900, vingt-trois sœurs. La seconde est une maison chirurgicale fondée à la Guillotière en 1889, et compte sept religieuses. Les élèves sorties du pensionnat Saint-Joseph de Cluny se distinguent par leur zèle pour l'enseignement chrétien et, dans ce quartier populeux, remplissent volontiers le rôle de catéchistes. La communauté de la Croix-Rousse a disparu depuis quelcpies années et a été remplacée par l'œuvre Saint- Augustin, dirigée avec dévouement par M"'® Payen pour le bien moral des jeunes filles sortant de prison ou en danger d'y entrer.

La chapelle de la communauté de Lyon est de bon style, l'autel de marbre blanc est décoré au-devant du monogramme du Christ et le tabernacle est fermé d'une belle porte dorée. Tout autour du chœur se rangent les statues du Sacré-Cœur, entre deux anges, de sainte Philomène et de saint Louis deOonzague; par côté, dans deux niches sculptées, se trouvent les statues à gauche de la Sainte Vierge et adroite de saint Joseph. Au bas de la chapelle, au-dessus de deux colonnettes, on voit la représentation de la sainte face et les instruments de la passion, et de l'autre côté le saint enfant Jésus de Prague ; au bas de la chapelle on a placé la statue de saint Augustin. La tribune est ornée d'un grand christ, et au-dessous un groupe représente sainte Anne enseignant la Vierge Marie. Huit verrières, formées de grisailles, deux dans le chœur et six dans la nef, éclairent la chapelle. Le long du mur se trouve un chemin de croix, en relief et peint.

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