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CHAPITRE III AINAY. — SAINT-MICHEL D AINAY

AR son antiquité, Ainay eût mérité la première place dans cet ouvrage. Il n'est pas une de nos églises lyonnaises qui puisse revendiquer, dans son ensemble tout au moins, une ancienneté égale à la sienne ; il n'en est pas non plus, à part la Primatiale, qui offre au visiteur une telle abondance de souvenirs historiques et de curiosités archéologiques. On ne s'étonnera donc pas que nous insistions plus que de coutume sur celte église aujourd'hui décorée du titre de basilique mineure. L'histoire de l'ancienne paroisse Saint-Michel d'Ainay constamment associée à celle de l'abbaye sa voisine, méritait de lui être unie, aussi les avons-nous toutes deux rassemblées dans ce même chapitre.

SAINT-MARTIN D'AINAY

A l'époque gallo-romaine, le territoire occupé aujourd'hui parle quartier d'Ainay formait une île dont l'existence se prolongea jusqu'au moyen âge. Les chartes du grand Cartulaire d'Ainay, au xii*' siècle, portent en effet « in insula Athamico ». Ce territoire était occupé par des négociants, surtout en vins ; il s'y trouvait de belles maisons de campagne dont on a retrouvé quelques débris, entr'autres de nombreuses mosaïques, et en particulier la mosaïque dite des jeux du cirque que l'on peut admirer au musée. Outre ces mosaïques, et des stèles avec inscriptions intéressantes pour l'histoire de Lyon, Colonia rapporte, en 1733, que dans la partie occupée actuellement par la place Bellecour, on

trouva, de son temps, un édicule dont la destination demeurée incertaine était pour lui un ustrinum ou four, dans lequel on aurait brûlé les corps des martyrs. C'est, en effet, à Ainay que l'historien Grégoire de Tours place le martyre de saint Pothin et de ses compagnons, dans un amphithéâtre dont il ne reste plus de trace parce qu'il aurait été édifié en bois.

Cette opinion soutenue surtout par de Boissieu, est abandonnée depuis la découverte, d'un amphithéâtre faite par M. Lafont dans sa propriété de Fourvière. D'autre part, Grégoire de Tours, neveu de saint Nizier, et venu plusieurs fois à Lyon, parle du culte qui aurait été rendu aux saints martyrs. Pour concilier ces opinions avec les découvertes modernes, il est bon de rappeler que la loi romaine interdisait formellement d'ensevelir et de brûler les corps dans l'intérieur de la ville : les martyrs auraient donc souffert à Fourvière et leurs corps, transportés à Ainay, y auraient été brûlés, enfin leurs cendres jetées dans le fleuve suivant les termes de la lettre adressée par les chrétiens de Lyon à leurs frères d'Asie : « Après avoir laissé, dit ce document, les corps durant six jours, exposés sur la terre à toutes sortes d'ignominie, les païens s'avisèrent de les brûler et ils en jetèrent les cendres dans le Rhône, s'imaginant par là pouvoir ôter à Dieu la puissance de ressusciter les saints martyrs et aux martyrs l'espérance de ressusciter un jour dans leur corps. » La légende, mais non l'histoire, ajoute que les chrétiens auraient recueilli sur les bords du fleuve une partie des cendres des martyrs et les auraient transportées à Saint-Nizier, enfin que, plus tard, Ainay aurait hérité d'une partie de ces reliques.

Abbés réguliers. — Au v® siècle, apparaît à Ainay un solitaire appelé Badulphe, qui se serait établi près de l'endroit où auraient été brûlés les corps et aurait ainsi commencé le culte aux saints martyrs. L'histoire de Badulphe est fortement mise en doute, et de fait, aucun document historique n'en parle avant le xiv^ siècle : La Gallia christiana^ très réservée à ce sujet, s'exprime ainsi : c On croit que saint Badulphe fut le premier abbé d'Ainay, mais on ne sait à quelle époque il a vécu; on célèbre sa fête le 19 août, d Son successeur aurait été Sabinus; il est mentionné comme vivant au siècle dans la vie de saint Romain, abbé de Joux (Ain), et y est appelé abbé Lugdunensis [nteramnus, c'est-àdire abbé d'une île qui se trouve à Lyon ; sa communauté est représentée comme florissante; quoique le nom d'Ainay ne se trouve point dans le texte, il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse d'Ainay, car il n'y avait aucune autre île à Lyon. A Sabinus succède Anselme vers 546 ; il est mentionné dans une chronique publiée par La Mure comme ayant fondé l'abbaye Saint-Pierre deLémencau diocèse de Genève. Après Anselme se trouve une lacune de trois cents ans, qu'on ne peut combler, et on arrive ainsi à l'année 859 oîi Aurélien restaura à Ainay et l'édifice et la vie monastique. Ce personnage, avec la permission de Gaucemar, abbé de Bonnevaux au diocèse de Chartres, amena douze religieux pour repeupler l'abbaye d'Ainay ; plus tard, il fonda le monastère de Cessieu en Dombes, devint abbé de Condat, aujourd'hui Saint-Claude, puis de Nantua, enfin archevêque de Lyon. Mentionnons encore au ix^ siècle Utubaldus, abbé d'Ainay, dont on ne sait que le nom.

Imp , Ck.Wîttinami

SAINT-MARTIN D'AINAY

SAlNT-MAirriN D AINAY

Au siècle, les Hongrois détruisirent l'abbaye, incendièrent les bâtiments qu'Amblard restaura en 937, et d'abbé d'Ainay devint archevêque de Lyon. Les chartes et les chroniques signalent les abbés Egilbert ou Edelbert; Austérius ou Astérius qui vivait sous l'archevêque Burchard, vers 980 ; Durand ; Renaud qui fonda le monastère Saint- Romain le Puy, assista à l'élection de Durand, abbé de Savigny, et enfin abdiqua ; Arnould qui fut présent à l'élection de Itier, abbé de Savigny, en 1018, puis démissionna ; Gérard, qui fît un échange de possession avec saint Odilon, abbé de Gluny, en 1022, et hérita d'un terrain à Cleppé; Adalard, dont l'existence est incertaine ; Girard II, qui souscrit, vers 1055, aux lettres du légat Ilildebrand, en faveur du monastère de Saint- Pierre de Vienne, et peu après à une charte concernant Saint- André de Vienne ; Guichard I'^'' qui assiste au concile d'x'Vnse en 1070, et appuie l'élection de Hugues, abbé de Saint-Rigaud. La liste contient ensuite les noms de Garnier et Humbert P', sur lesquels on ne sait rien ; Artaud qui, dit la chronique, restaura le monastère ; Gaucerand ou Joscerand, à qui revient l'honneur d'avoir commencé, vers 1102, la construction de l église. Celle-ci fut consacrée, le 29 janvier 1107, par le pape Pascal II, de passage à Lyon. Peu après, cet abbé fut élevé à la dignité d'archevêque de Lyon.

].e cloîLre d'Aina}- en lôâO. (Restilution de M. H. Lenail. i

A partir de ce moment, la chronologie des abbés d'Ainay devient plus sûre et Ton marche sur un terrain documenté. Bernard de Talaru-Ghalmazel gouverna l'abbaye de 1107 à 1112. Ponce lui succéda; il est connu par une charte de Sibille, comtesse de Beaujeu, et par un échange de possession entre le chapitre de Saint-Jean et Etienne, abbé de la Chaise-Dieu. Ses successeurs furent Ogier 1131-1139 ; Bérard Augier ; Hugues I" Palatin 1135, dont il est peut-être question dans une lettre adressée par saint Bernard à l'arche vêque de Lyon, où le saint religieux se plaint que l'abbé d'Ainay ait été injustement condamné par ce prélat. Guichard II, qui obtient, en 1153, du pape Eugène III une bulle de protection ; Etienne qui transige avecl'évêque de Mâcon en 1186 ; Humbert II, dont on retrouve la signature dans une charte de Jean, archevêque de Lyon, en 1190 ; il éprouve des difficultés avec les Templiers, et construit, dit-on, la chapelle abbatiale ; Ermendric ou Aymendric qui, en 1200, échange des possessions avec Benaud de Forez, archevêque de Lyon; et en 1210, en qualité de légat apostolique, tranche le différend survenu entre l'église de Beaujeu et une nommée Pétronille ; plus tard, il abdique sa charge abbatiale, et se retire dans le prieuré de Saint-Julien en Jarez; Jean P"" le Boux, 1212-1215, né à Yzeron, a lui aussi des difficultés avec les Templiers, et construit le château de Vernaison ; Benaud III, 1217, et Jean, 1221, deux abbés omis par la Gallia christiana, et cités par M. Vachez, Guillaume de Sartines, 1225-1229; Girin de Clermont, 1230-1250, qui signe un traité avec le monastère de Saint-Oyend, aujourd'hui Saint-Claude, et en 1236, donne une maison aux Frères-Prêcheurs de Lyon; Ayglier, 1252-1268, d'abord abbé d'Ainay, puis chapelain du pape, enfin archevêque de Naples : c'est en cette dernière qualité qu'il fonda plusieurs anniversaires dans l'abbaye d'Ainay dont il avait gardé le meilleur souvenir; Gaudemar, 1268-1272, transige avec Thomas, abbé de Saint-Sulpice en Bugey ; Joscerand de Lavieu, 1274-1300, d'abord prieur de Saint-Julien en Jarez ; il assiste au concile de Lyon en 1274, reçoit l'hommage de Guichard de Marzé, fait une transaction avec Isoard de Bron, devient l'exécuteur testamentaire de Sibille, comtesse de Savoie, enfin passe un traité avec Briand, seigneur de Bochebaron.

Nous voici au xiv® siècle, époque où l'abbaye jette un lustre particulier ; les abbés sont : Antelme Bigaud, 1300-1307; Humbert III de Varey ou de Vergy, 1307-1313, qui reçut l'hommage de Jean de Fontanelle de Chazay, assiste à la reconnaissance des reliques de saint Ennemond, etabdique avant sa mort; Jean II de la Palud, 1314-1324, qui échange des possessions avec Catherine, abbesse de Notre-Dame de Brienne, près d'Anse ; Guillaume de Laire, 1 328-1330 ; Barthélémy de Civins, 1 332-1361 , personnage important, docteur en droit, auparavant prieur de Tence ; il demande au pape d'être exempté de certains points de la règle monastique, conclut un traité avec Henri de Villars, archevêque de Lyon, au sujet de certaines possessions de l'abbaye que réclamait ce prélat, enfin transige avec Hugues de Genève, seigneur d'Anthon, il fut enseveli à l'entrée du cloître, près de la salle capitulaire; Guillaume d'Oncieux, 1363-1370, qui prête serment de fidélité à l'église Saint-Jean de Lyon, cède la chapelle Notre-Dame de Châtillon-les-Dombes, et conclut un traité avec Pierre, abbé d'Ambronay; Adam du Mont, 1380; Barthélémy, 1394; Antoine de Bron, 1400-1411, qui transige avec Guillaume, abbé de Bèze (Côte-d'Or), et assiste à la* transla-

SAINT-MARTIN d'aINAY

Façade de l'église abbatiale d'Ainay au xvi' siècle. (Reslitution de M. li. Lenail].

Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II.

tion des corps de saint Irénée el de ses compagnons martyrs; Guillaume de la Grange, et Jean de Barjac, 1418, ajoutés sur la liste par M. Vachez Antoine ; du Terrail, 1438-1454, fils de Pierre du Terrail, seigneur de Bayart, qui mourut à la bataille d'Azincourt ;

d'abord prieur d'Alancon, puis vicaire général de Lyon, il obtient une bulle de protection du pape (]alixte III et dote la chapelle Saint-Sébaslien à Ainay, où il est inhumé eu 1457 ; Théodore du Terrail, neveu du précédent et oncle du chevalier Hayart, 1461-1505; élevé dans les belles-lettres, il construit plusieurs édifices dans l'abbaye ainsi que la chapelle du prieuré, puis celle de Chazayd'Azergues, le château et la chapelle de Pollieu, meurt à soixante-dix ans et est enterré dans la chapelle Saint-Sébastien ; on peut lire son éloge dans le Royaume des Allobroges, ouvrage composé par son neveu Symphorien Champier. A sa mort, l'abbaye tombe en commande.

Depuis quelque temps, la lutte entre le pouvoir royal et l'Église s'accentuait, la cour s'emparait des revenus des riches monastères et les livrait à des abbés commendataires.

Quelques années plus tard, le Concordat conclu, en 1518, entre Léon X et François L'", ratifiera cet état de choses.

Abbés commendat aires. — Le premier qu'on rencontre est PhilibertNaturel, 1507-1529; d'origine italienne, ce personnage cumule sa dignité avec de nombreuses autres : il est prévôt

Abside de l'église abbatiale d'Ainay au xvi" siècle. Au premier plan, le Rhône près de son confluent avec la Saône. (Restitution de M. R. Lenail).

SAINT-MARTIN D AINAY

d'Ulreclît en Hollande, abbé de Villard, chancelier de Tordre de la Toison d'or, ambassadeur de France auprès de l'empereur Gharles-Quinl. Son successeur est Louis P' de Bourbon-Vendôme, cardinal de Luxembourg, évêque de Laon, puis abbé d'Ainaj en 1532. Viennent ensuite Antoine III de Talaru, archidiacre de Lyon, mort en 1.540 ; Nicolas de Gaddi, né à Florence, cardinal, évêque de Sarlat, abbé commendataire de Jouy, enfin abbé d'Aiuay de 1543 à 1532 ; François I'"' de Tournon, archevêque de Lyon et abbé d'Ainay de 1554 à 1562 ; Ilippolyte d'Esté, archevêque de Lyou, abbé d'Aiuay de 1362 à 1567 ; Vespasien Gribaldi, archevêque de Vienue, abbé d'Ainay de 1568 à 1379; Louis de la Chambre, vicaire général de \ ienne, abbé d'Aiuay de 1382 à 1587 ; Pierre II d'Epinac, 1588-1396, en même temps archevêque de Lyon ; Michel Chevalier, 1399 ; Guillaume V Fouquet de la Varenne, évêque d'Angers, mort eu 1620 ; Camille de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon et abbé d'Ainay, 1621-1693. En 1685, il obtint du Saint- Siège la sécularisation de l'abbaye ; les moines furent ainsi transformés en chanoines.

Ahhés séculiers. — Les abbés commendalaires devinrent séculiers, mais sans résider davantage; en voici la liste complète : François-Henri de Nettancourt d'Haussonville de A aubecour, nommé abbé le 8 septembre 1693; puis plus lard, évêque de Montauban; il meurt à Paris le 17 avril 1736. C'est à lui que l'on doit l'ouverture de la rue qui porte son nom, rue prise sur les terrains de l'abbaye; Henri Oswal de la Tour d'Auvergne, archevêque de Tours et de Vienne, enfin cardinal, mort à Paris le Louis ciun i u i ,i. la Roche 23 avril 1747: l'rédéric-Jérôme de la Rochefoucaud, archevêque cU-niicr prcvôi d'Ainay,

^ . , - , 1- 1 1' - • I''"* lar-d, évêque constitu-

de Bourges, abbe d Ainay le / mai 1/4/, cardinal tannée sui- tionnei de Rouen,

vante, mort à Paris le 29 avril 1737; Pierre de Guérin de Tenciu, p"''^ '^'^êque concordataire

de Versailles.

cardinal archevêque de Lyon, mort le 2 mars 1/38; Lazare Victor

de Jarente de la Bruyère, abbé d'Ainay en 1758, il l'était encore à la Révolution et avait sa résidence à Marseille dans l'abbaye Saint- Victor dont il était aussi titulaire.

Les abbés ne résidant pas, le chapitre était gouverné par un prévôt, nous dirions aujourd'hui curé; il paraît superflu d'établir la liste des prévôts; contentons-nous de mentionner le dernier dont le nom est bien connu : Louis Charrier de La Roche, naquit à Lyon, le 17 mai 1738, fut nommé prévôt en 1771, évêque constitutionnel de Rouen le 20 mars 1791, évêque concordataire de Versailles en 1801 et mourut le 17 mars 1827.

A la Révolution, les chanoines se séparèrent, le palais abbatial passa entre les mains de locataires laïques et fut rasé, les maisons canonicales vendues ou renversées pour faire place à des rues, l'église elle-même dévastée et fermée. Au retour de la paix religieuse, Ainay fut de nouveau érigé en paroisse et administré, pendant le xix'' siècle, par des curés qui tous ont laissé bon renom de leur passage ; ce furent successivement : M. Régnier, 1825; M. Ferrand, 1825-1844, qui, avec l'architecte PoUet, fit dans l'église les modifications et additions signalées ci-dessous ; M. Boué, 1844-1868, archéologue distingué, auteur de notices sur les anciennes églises et les cryptes de Lyon, qui s'occupa aussi des restaurations

l'église L'église est accom

de l'église ; M. Dutel, 1868-1887; M. Delaroche, curé actuel, à qui est due la restauration de la chapelle Sainte- Blandine et les fresques de la coupole.

Jetons maintenant un coup d'œil sur l'ensemble des bâtiments de l'abbaje, avant la Révolution ; la chose ne sera pas difficile si l'on s'aide du plan scénographique de 1550 et de celui dressé par Simon Maupin en 1625. L'abbaye est entourée de murailles fortifiées ; au centre, se trouvent et les bâtiments.

gnée au

flanc nord, du cloître détruit par les Protestants ; la chapelle Saint-Pierre lui fait suite. Les bâtiments claustraux sont distribués au nord et à l'est et entourés de superbes jardins ; à l'ouest se voit le palais abbatial dont la porte est aujourd'hui conservée au n° 15 de la rue Vaubecour. L'entrée principale de l'abbaye est du côté de la Saône, sur la place Saint-Michel actuelle; au sud, et toujours du côté de la Saône, se trouve la porte de Neuville qui donne également accès dans l'abbaye. A l'extrémité du confluent, se trouve le pré d'Ainay : là, dit-on, eut lieu le tournoi où Bayard fut vainqueur ; il est vrai que d'autres auteurs placent ce fait d'armes dans le pré avoisinant le cimetière de la Madeleine aujourd'hui désaffecté; le pré d'Ainay servit également, lors de la peste du xvi*^ siècle, à loger les malades, sous des baraquements édifiés à la hâte.

(Restitution de M. K. Lenail, architecte).

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