XXVI. Bâtiments des étrangers
SAINT-MARTIN d'aINAY
Il va sans dire que l'abbaye cVAinay subit de grandes fluctuations dans sa prospérité. Sa plus belle époque s'étend du xii*^ au xiv^ siècle; une bulle d'Innocent IV, datée de 1250, donne la liste des biens du monastère; à cette époque, elle possédait 71 églises ou prieurés, non seulement dans le diocèse de Lyon, mais encore dans ceux de Vienne, du Puy, de Valence, Mâcon, Saint-Paul-Trois-Cbâteaux , Belley, Grenoble, et même de Genève, Lausanne, Sion, Aoste, Novare et Verceil.
Pour ne citer que quelques-unes de ces possessions, on trouve les églises de Béchevelin à la Guillotière, Champagneux, sur l'emplacement duquel a été construit l'hospice de Saint-Jean-de-Dieu, Cbasselay, Chàtillon-sur-Chalaronne, Cuire, près Lyon, Dommartin, Meyzieu, l'église de la Roche, aujourd'hui Saint-Pierre de Saint-Chamond, Saint-Michel à Lyon, Saint-Priest, Saint-Sébastien à Lyon, la Tour de Salvagny, la chapelle Saint-Ennemond à Saint-Chamond, Saint-Julien en Jarez, Saint-Symphorien d'Ozon, le prieuré de Vaise, Vaux-en-Velin, etc.
Après le xiii" siècle, Ainay acquit encore une vingtaine d'églises et de prieurés dans le diocèse de Lyon ou les diocèses voisins, parmi lesquels Charly, Yzeron, Lozanne et Thurins.
Pour se faire une idée complète de l'importance des possessions de l'abbaye, il est nécessaire de se reporter aux deux publications qui ont été faites des chartes du monastère, la première dite: Petil carliilaire cVAinny, édité par Auguste Bernard, à la suite de la publication du Cartulaire de Savigny ; la seconde .* Grand cartulaire d Ainay, par MM. de Charpin- FeugeroUes et Guigne, avec introduction de M. Vachez.
Les prieurs et curés des églises dépendant d'Ainay devaient chaque année verser à l'abbé un tribut en argent ou en nature, en signe de sujétion. Cet usage persévéra même après la sécularisation du monastère et prit le nom de : Droit du bâton de Saint-Martin, Ainsi en novembre 1717, ce droit consistait en deux cent quarante cierges d'un tiers de livre, neuf torches de chacune trois livres et quatre de six livres pour la messe et les vêpres, le dîner et le souper de la fête de Saint-Martin. Ce droit est payé successiveinen par les prieurs qui dépendent du chapitre; ils doivent tous assister à la fête patronale. En 1748, on estimait à trois cents livres la dépense du bâton de Saint-Martin.
Le nombre des moines varia avec les époques, mais sans cependant être très nombreux; on trouve à ce sujet les renseignements suivants donnés par Clapasson, en 1741 :
Ainay en 1S18, d'après une litliographie de Lefebvre.
après la sécularisation dWinay, en 1685, le chapitre était composé d'un abbé conimandataire, non astreint à la résidence, mais qui touchait les revenus; d'un prévôt curé, de dix-neuf chanoines en titre, de six chanoines d'honneur, de quatre habitués et de six enfants de chœur; pour être reçu chanoine, il fallait faire preuve de noblesse de deux degrés du côté paternel, sans compter le récipiendaire.
Abordons maintenant la description de l'église d'Ainay, et des bâtiments qui Tenlouraient. A quelle époque remonte la première chapelle? Il est impossible de le dire en l'absence de tout document. La crypte Sainte-Blandine, dans son état actuel, est classée par quelques auteurs, Revoil en particulier, comme antérieure au xi'' siècle. Il y avait sans doute jadis une grande église abbatiale, qui a disparu et dont peut-êti^e il resterait la base du clocher construite en blocs qui diffèrent des constructians subséquentes. Ce qui est certain, c'est que l'église actuelle commencée par l'abbé Gaucerand,
était assez avancée en 1107 pour que le pape Pascal II pût la consacrer à son passage à Lyon. Les matériaux qui servirent à la construction de l'édifice paraissent empruntés en partie à des constructions antérieures, soit qu'ils aient été amenés d'ailleurs, soit qu'ils aient été pris sur place : les quatre colonnes, par exemple, qui soutiennent la coupole, ont été amenés par les moines du tènement de la Varissonnière, au pied de la côte Saint-Sébastien, qui leur appartenait ; c'étaient les colonnes de l'autel dédié à Rome et à Auguste. Aux constructions primitives : chapelle Sainte- Blandine et église abbatiale, s'adjoignirent plus tard des additions successives : au xv" siècle, la chapelle Saint-Michel; et de nos jours, les chapelles de la Vierge, de Saint- Joseph et des fonts baptismaux.
En pénétrant dans l'intérieur de l'église Saint-Martin, on est frappé de la simplicité et de la majesté de l'édifice. Cette église romane, avec son plan basilical, ses trois nefs et transept, demeure comme un bon spécimen d'unité de style. La nef, jadis lambrissée en charpente, est aujourd'hui voûtée à plein cintre en briques. L'abside semi-circulaire, voûtée en cul-de-four, est éclairée par trois baies à plein cintre. Les intervalles des fenêtres sont occupés par des pilastres curieusement sculptés d'animaux, rinceaux, ornements géométriques d'une très grande variété, de la fin du xi*" siècle.
Le transept, soutenu par les colonnes monolithes du temple de Rome et d'Auguste, est surmonté d'une coupole octogonale sur trompe; son tambour, percé de quatre fenêtres,
SAINT-MAHTIN D AINAY
est orné de colonnettes avec chapiteaux, dont quelques-unes ont peut-être appartenu à un édifice antérieur. La grande nef, à quatre travées, est séparée des nefs latérales par des arcades reposant sur huit colonnes à chapiteaux dérivés du corinthien. Les murs des nefs latérales sont percés de chaque côté de quatre fenêtres à plein ceintre destinées à éclairer l'église, et, dans les intervalles, décorés de pilastres, coiffés de chapiteaux ornementés de sculptures variées, dont les motifs décoratifs sont des feuilles d'acanthe, des palmiers, des animaux affrontés, tels que lions, biches, enfin l'Arbre de vie, trahissent une influence étrangère. Les nefs se terminent chacune par une absidiole semi-circulaire, voûtée en cul-de-four et ornée de pilastres plus simplement sculptés que ceux de l'abside principale. Les deux travées du chœur destinées à faire communiquer l'abside et les absidioles possèdent des pilastres surmontés de chapiteaux dont les sculptures sont importantes pour l'histoire de l'art. Du côté de l'épître : la tentation d'Adam et d'Eve; l'Annonciation; le Christ entouré des quatre animaux symboliques; du côté de l'évangile : Dieu bénissant l'offrande d'Abel et se détour-
Fresque de l'abside d'Ainay, par llippolyte Flandriu.
nant de Caïn ; saint Michel terrassant le dragon; le meurtre d'x\bel; saint Jean-Baptiste annonçant la venue du Sauveur.
Parmi les objets dignes d'attirer l'attention, il importe de signaler la fresque due au pinceau d'Hippolyle Flandrin exécutée en 1855, décorant l'abside. Au centre de la composition, le Christ est debout; à sa droite, la Vierge lui présente sainte Blandiue et sainte Clotilde ; à sa gauche, se trouvent saint Michel, saint Pothin et saint Martin. L'abside est éclairée par trois fenêtres ornées de vitraux récents, inspirés de ceux du xn" siècle; chacun d'eux est composé de petits sujets en médaillons, tels que Crucifiement, Mise au tombeau, etc. Au milieu de l'abside, le maître-autel commandé spécialement pour Ainay par M. le curé Doué, et exécuté par Poussielgue-Rusand, sur les dessins de Questel, architecte des monuments historiques ; cette œuvre d'art excita l'admiration des visiteurs de l'Exposition universelle de Paris en 1854. Ce maître-autel fut consacré le 8 décembre 1855. De cuivre doré, repoussé, et incrusté, sa facture a été inspirée par le célèbre maîtreautel de Bàle, actuellement au musée de Gluny : sous cinq arcades à plein cintre se trouvent le Christ et quatre patriarches : Aaron, Abel, Abraham et Melchisédech. En
HISTOIRE DES ÉGLISES Eï CHAPELLES DE LYON
avant de l'autel, au milieu d'une mosaïque récente, mais copiée sur des parties anciennes encore existantes, se voit la mosaïque dite du pape Pascal II : un personnage de grandeur naturelle, mitré, porte dans ses mains la reproduction de l'église d'Ainay. Au devant, une inscription, en partie refaite, contient ces mots : « Hanc œdem sacram Paschalis papa dicavit », c'est-à-dire : ce saint édifice a été consacré par le pape Paschal. A droite et à gauche, deux inscriptions du xii'' siècle, en vers léonins, également en mosaïque, contiennent une invocation à l'eucharistie.
L'absidiole de droite est sous le vocable de saint Badulphe, elle ne présente de remarquable que la fresque d'Hippolyte Flandrin : saint Badulphe bénissant l'abbaye qu'il a
fondée. L'absidiole de gauche, consacrée à saint Benoît, possède une fresque du même artiste : le patriarche des moines donnant sa règle aux religieux d'Ainay.
La coupole du transept a été récemment l'objet d'une somptueuse décoration, due au peintre Lamerre. La fresque représente, au centre, la Vierge immaculée, entourée de quatre anges, et au-dessous, sur les faces principales de la coupole, saint Joseph et les prophètes David, Ezéchiel et Daniel.
Les quatres trompes sont ornées des animaux symboliques. A la coupole est suspendu un lustre, réminiscence de celui d'Aix-la-Chapelle en cuivre doré et émaillé; il représente les murailles d'une ville flanquée de tours. Le long des murs, on a récemment placé un chemin de croix en cuivre émaillé dû à l'artiste si connu de Lyon, Armand-Caillat. Dans la grande nef, la chaire est à signaler ; c'est une œuvre du sculpteur lyonnais Fabisch : elle est de marbre blanc ; la cuve octogonale, ornée de panneaux sculptés, est supportée par six colonnes.
A droite de la grande église, du côté de l'épître, et communiquant avec le chœur par de grandes arcades, se trouve la chapelle Sainte Blandine. On ne saurait mieux faire pour donner une idée exacte de ce monument, que de transcrire en partie la description si exacte donnée par M. Thiollier, dans sesVesti(/es de Varl roman en Lyonnais (1893) :
Peintures de M. Lamerre, dans la coupole d'Ainay.
SAINT-MARTIN d'aINAY
(( La chapelle Sainte-Blandine est une conslruclion de dimensions restreintes de sept mètres de long surneuf de large, extérieurement. Elle se compose d'une seule nef voùtéedont les murs n'ont pour toute décoration que d'étroites et hautes arcades appliquées. Le sanctuaire, élevé de soixante-dix centimètres au-dessus de la nef, se termine par une abside carrée intérieurement et extérieurement, mais formant néanmoins à l'intérieur une demi-coupole reposant sur trois arcs soutenus par huit colonnettes, dont qualre sont accouplées deux à deux. L'arc triomphal repose lui-même sur deux colonnes. Cette partie de l'édifice n'est éclairée que par une seule fenêtre, mais, au-dessus, le mur de la nef est percé d'un oculus et de deux fenêtres ; deux autres sont ouvertes dans le flanc méridional de la nef. Celles qui ont dû exister sur le côté septentrional sont masquées par l'église du xi" siècle. Dans l'intérieur, à remarquer les dix colonnes à chapiteaux ornementés de feuillages et entrelacs.
<( Au-dessous, une crypte rectangulaire, voiitée en berceau, supportée aux quatre angles par des pilastres dont les chapiteaux sont représentés par des billettes. En face de la porte d'entrée, un oculus ; à droite et à gauche, deux ouvertures carrées donnant sur deux petits réduits. » Les baies de la chapelle sont ornées de vitraux représentant, l'un, sainte Blandine, l'autre une colombe avec palmier. A gauche de l'autel, un petit monument contient le cœur de M. Dutel, curé d'Ainay, de 1868 à 1887.
Du même côté, et s'étendant parallèlement à la nef, s'ouvre la chapelle de la Vierge^ construite au xix'' siècle. Elle est séparée de Sainte-Blandine, par un couloir qui fait communiquer la grande église à la sacristie, et de la nef de l'église par de Chapelle Sainte-Biandine (x= ou xi« siècle), grandes arcades. L'autel, de marbre blanc, est une
œuvi-e de Fabisch. Il est orné d'un bas-relief représentant le couronnement de la Vierge.
On a placé au-dessus de l'autel une belle statue, due au ciseau de Bonnassieux, représentant la Vierge immaculée. La chapelle, insuffisamment éclairée, ne permet pas d'apprécier cette œuvre remarquable, ce dont l'artiste se plaignait au moment de la mise en place. Le l*"'' mai 1851, la statue de la Vierge fut bénite, et le 8 décembre de la même année, l'autel consacré par Mgr de Bonald. La chapelle se termine au bas par une petite salle quadrangulaire, dans laquelle on remarque un confessionnal monumental en bois de noyer, dû aux artistes Tivi et Botton, et commandé, en 1853, par M. Boué, curé d'Ainay ; sur une face latérale, est scellé dans le mur, un petit édicule en marbre blanc, contenant le cœur de ce pasteur, monument exécuté, en 1869, par l'artiste lyonnais Fabisch :
Histoire des Églises el Chapelles de Lyon, II. 13
les fabriciens avaient tenu à conserver ainsi le souvenir de ce prêtre à qui est due une grande partie des constructions et embellissements de leur église.
Du côté de l'évangile, s'ouvrent successivement trois chapelles : Saint-Michel, Saint- Joseph et les fonts baptismaux.
La chapelle Saint-Michel fut construite, à la fin du xv*^ siècle, par Simon de Pavie ; elle est très élancée, et sa voûte est composée d'arcs multiples, s'entrecroisant et se perdant dans les colonnes des murs latéraux, ce qui indique la dernière période du gothique. Le mur d'ouest est percé de grandes baies ornées de verrières, œuvre de notre éminent collaborateur, M. L. Bégule ; elles ont été données par des paroissiens et notamment la famille de Longevialle. Les murs ont été décorés, par l'artiste Razuret, de fresques à ornements géométriques. Sur la paroi faisant retour du côté de la nef sont appliquées les
grandes orgues construites par Cavaillé-Coll en 1866. Elles furent remplacées en 1889 par des orgues plus considérables avec double buffet, construites par M. Michel de la maison Merklin. Au-dessous de la chapelle est un vaste caveau, aujourd'hui muré, dans lequel se trouvent des cercueils et des ossements sans aucune indication.
La chapelle Saint-Joseph fut construite, en 1831, par M. le curé Ferrand et par lui dédiée en premier lieu à saint Martin. L'abside est décorée de colonnettes avec chapiteaux du xn" siècle, provenant de l'église Saint-Pierre-le-Vieux, aujourd'hui démolie. L'autel est de marbre blanc, entouré de peintures et dessins géométriques qui décorent le chœur et les murs de la nef.
L'édifice où se trouvent les Fonts Baptismaux termine la chapelle Saint- Joseph et communique avec elle par un large Piscine du siècle porchc, dout Ics matériaux proviendraient, d'après Fleury
dans la chapelle Saint-Michel La Serve, de l'aucienne abbaye d'Ainay. En voici la des-
de 1 église d Amay. ^
cription.^ Le linteau supérieur est décoré d'une grecque de marbre, portant au centre la main de Dieu qui bénit. Les pilastres cannelés supportent un entablement très simple. Les chapiteaux sont intéressants; une partie est ancienne, une autre a été refaite : à gauche se trouvent des animaux fabuleux, griffons, serpents et un berger ; puis Noé dans l'arche; à droite, Jonas vomi par le monstre, puis la naissance de l'Enfant-Jésus ; enfin les bergers se rendant à l'étable. L'intérieur de l'édicule a ses quatre faces ornées d'arcades, soutenant une petite coupole à lanterne centrale ; les colonnes sont surmontées de chapiteaux du xii'' siècle, provenant de l'Ile-Barbe.
Il est temps de présenter au lecteur une description de l'extérieur du monument ; conduisons-le d'abord dans le porche sur lequel s'élève le clocher. De style primitivement roman, ce porche a été transformé au xiii'' siècle en style ogival ; l'intérieur, de forme carrée, a des murs ornés d'arcades borgnes, avec voûtes à croisées d'ogives retombant sur les colonnettes des angles. A l'est et à l'ouest, deux portes donnent accès dans l'église et au dehors.
SAINT-MAKTIN d'aINAY
Golonnettes de la cliapelle Saint-Joseph à Ainay,
provenant de Sainl-Pici'i'c-Ie-A'ieux.
Le clocher est un spécimen intéressant de Tari roman en Lyonnais. Il se compose de trois étages ; Tinférieur est construit en blocs énormes, ce qui faisait penser à Steyert, que cette partie datait de la reine Bruneliaul, qui avait doté ricliemenl l'abbaye. La porte de la façade, qui donne accès dans le porche, est ornée d'une arcbivolle ricliemenl sculptée, reposant sur des pilastres récents, placés lors du nivellement de la rue vers 18r30 : le niveau de la rue s'était, en effet, tellement exhaussé, dans le cours des siècles, qu'il fallut enlever un mètre environ de déblais ; aussi descendait-on dans l'église par un escalier de huit marches. Les trois autres étages du clocher sont percés de fenêtres simples ou accouplées, cernées de colonnettes. Le haut est terminé par une pyramide quadrangulaire surmontée d'une croix, et accompagnée aux angles de quatre pyramidions.
Les faces du clocher présentent une décoration originale : des incrustations losangées de briques rouges, alternant avec des pierres blanches, forment des dessins variés, autour des archivoltes des fenêtres; de plus, au milieu du troisième étage, une grande croix est incrustée. On remarque aussi une frise
composée de rectangles de pierre, sur lesquels sont sculptés les signes du zodiaque, et autres scènes; cet ornement, assez fréquent dans notre région, se retrouve sur la façade du clocher de Sainte-Foy-lès-Lyon, et se voyait autrefois sur celui de Saint-Martin et Saint-Loup à l'Ile-Barbe, il existe encore à Saint-liamber!-en-Forez. (Abaque étage est séparé du suivant par un cordon de pierres sculptées : quadrifeuilles et ornements semblables, présentant une réelle analogie avec la décoration de l'ancienne manécanterie de la Primaliale.
Dans le clocher sb trouvent quatre cloches ; la plus ancienne existait avant la Révolution ; les trois autres ont été fondues par Burdin ; elles ont été bénies le 8 décembre 1854, par Mgr de Bonald et portent les noms de Benoît, Marie et Elisabeth. A droite et à gauche du clocher, l'architecte PoUet a fait construire, vers 1830, deux porches latéraux avec tribunes ; ils contrebuttent le clocher principal et leurs portes servent de dégagement à l'église, A la suite, à gauche, se voit la façade des fonts baptismaux sur le mur extérieur desquels on a encastré un tympan, qui pendant longtemps orna la porte du cloître. La sculpture de ce tympan, grossière et fort endommagée, représente des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste : le festin d'Hérode, la danse de Salomé, la décollation du Précur-
Colonnes et chapiteaux de la chapelle des Fonts Baptismaux à Ainay, provenant de I lle-Barbc (xii' siècle).
seur et son ensevelissement. Au-dessous on a scellé la dalle funéraire de Bonnet, chantre d'Ainay.
La façade latérale sud donne sur un petit jardin, dans lequel ont été heureusement conservés quelques urnes gallo-romaines, trouvées dans les fouilles, et des chapiteaux du moyen âge, dont plusieurs du xii" siècle ne sont pas sans intérêt. Sur cette même
façade sont ouvertes les fenêtres de la chapelle récente de la Vierge, et au-dessus, celles de la basse nef de la grande église : ces baies, actuellement à plein cintre, en ont remplacé d'autres de style ogival qu'on voit représentées dans les gravures de 1820 environ. En continuant vers Test, on trouve la nouvelle sacristie, puis le mur latéral de la chapelle Sainte-Blandiue.
A l'est, se trouve d'abord l'abside carrée de la chapelle Sainte-BIandine, abside percée d'une fenêtre à plein cintre, et, au-dessus, d'un oculus. Le mur est décoré d'incrustations en briques rouges et blanches, en forme d'épis et de damier. Le toit est à deux rampants ; la partie qui déborde le mur est soutenue par des modillons à corbeaux, analogues à ceux de Notre- Dame-du-Port, à Glermont.
Entre ces corbeaux, le dessotis du toit est décoré de soffîtes ou pierres sculptées d'ornements géométriques, avec cuvette centrale.
Nous voici à l'abside de l'église. Elle se compose de plusieurs parties : on remarque d'abord l'abside proprement dite, semi-circulaire, dans laquelle s'ouvrent trois fenêtres à plein cintre, cantonnées de colonnettes ; puis deux absidioles carrées, percées chacune d'une baie; enfin l'abside de la chapelle Saint-Michel. Tout à côté se trouve un petit bâtiment servant d'école, dont un mur appartient à la chapelle Saint-Pierre, aujourd'hui disparue.
Intérieur de l'église d'Ainay.
SAINT-MARTIN d'aINAY
Tout au-dessus, se profilent les toitures de l'église ; entre le toit conique de l'ab- -side et celui à double rampant de la nef, s'élève le clocher lanterne, carré, trapu, recouvrant la croisée du transept et sa coupole. Il est surmonté d'une croix dorée. Les quatre faces sont percées, chacune de deux baies géminées, avec colonnettes et chapiteaux sculptés de feuilles grasses. La façade latérale nord ne présente aucune particularité :
elle se trouve sur l'emplacement de l'ancien cloître, dont il existe encore une arcade dissimulée sous le badigeon du mur, ainsi qu'une porte à arc surbaissé qui servait de communication entre l'ég-lise et le -cloître, avant la dévastation de ce dernier par le baron des Adrets. Le mur de clôture donnant sur la rue des Remparts-d'Ainay, est percé d'une porte à plein cintre, formée de débris antiques et notamment d'un linteau orné de rinceaux et soutenu par deux colonnettes avec chapiteaux romans.
Dans l'intérieur de l'église abbatiale, du cloître et des bâtiments claustraux, il existait jadis un certain nombre de chapelles, ou d'autels aujourd'hui disparus, signalés pourtant dans les documents, et dont, pour certains, l'emplacement est inconnu.
De plus, certaines chapelles ont plusieurs fois
changé de vocables, ce qui prête parfois à confusion : dans la grande église, par exemple, la chapelle Saint-Benoît, qui se trouvait jadis à droite en entrant, est actuellement placée dans l'absidiole de gauche ; la chapelle de la Vierge aurait été primitivement, d'après certains auteurs, la chapelle actuelle Saint-Michel ; transportée ensuite dans l'absidiole
Le transept gauche de l'église d'Ainay.
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de droite, elle occupe aujourd'hui le bas-côté de droite. Dans les documents on trouve également mentionnés les chapelles ou autels, Saint-Joachim, Notre-Dame du Cloître et Saint-Sébaslien.
Deux oratoires, disparus de nos jours, méritent une mention particulière : la chapelle de Saint-Pierre aurait été consacrée, en 1040, par Amédée, archevêque de Lyon; orientée comme la grande église, elle était placée sur son flanc gauche, parallèlement à Saint-Michel. Elle a été coupée par la rue Adilaïds-Perrin, anciennement rue du Puits d'Ainay; il n'en reste de nos jours, comme on Ta dit, que le mur du bâtiment servant d'école. Au nord de Saint-Martin, dans les bâtiments claustraux, existait au xviii' siècle une petite chapelle, appelée Notre-Dame-des-x\nges.
La sacristie occupait jadis la chapelle actuelle Sainte-Blandine, dont la crypte servait de dépôt de charbon. M. Dutel rendit à cette chapelle sa destination primitive et fit construire la sacristie actuelle, achevée en 1886.
L'abbaye d'Ainay possédait, avant les dévastations des Protestants, un riche trésor de reliques, dont il existe un inventaire détaillé dans un missel imprimé spécialement pour l'abbaye, en 1531, par les soins de Balthazar de TIniers, prieur claustr.d ; parmi ces reliques se trouvait un doigt de saint Jean-Baptiste, du sang de saint Etienne, des cheveux de la Vierge, le corps de saint Badulphe, etc. Le trésor, reconstitué plus tard, fut pillé de nouveau par la révolution. Actuellement il ne comporte que quelques pièces modernes.
La tentation d'Adam et d'Eve, chapiteiu du xw siècle.
(Dessin de M. R. Lenail).
SAINT-MICHEL
Une église restée ouverte pendant douze siècles et dont la fondation fut liée à des faits mémorables de l'histoire nationale mérite que son souvenir soit conservé. Une place du quartier d'Ainay qui rappelait naguère le nom de l'église Saint-Michel vient d'en recevoir
SAINÏ-MICIIKL
un autre. Il appartient à ceux qui savent et se souviennent de retracer les faits historiques que l'on n'efFace pas comme un nom sur une plaque municipale.
L'église Saint-Michel, fondée à la fin du v® siècle, et, pour se servir d'une expression qui n'a rien d'archaïque, désaffectée en 1690, était située entre l'ex-place Saint-Michel et la Saône. D'après Steyert, elle s'élevait sur l'emplacement des maisons qui bordent la rue Martin au nord, son bas-côté méridional débordant sur le sol qui est la chaussée actuelle de cette rue. Les anciens plans de Lyon nous la montrent au contraire un peu à gauche du prolongement de la rue Sainte-Hélène, par conséc[uent à la place des maisons bâties au sud de la rue Martin.
L'histoire de sa fondation est connue par une inscription latine de vingt-six vers, tirée d'un vieux manuscrit et insérée au recueil de Duchesne, Scripfores hisloriie Fraiicoruin, qui a sauvé de l'oubli tout ce que l'on sait de sa royale fondatrice. Carétène, femme d'un roi bourguignon, née vers l'année 453, morte en 506, fit bâtir une église qu'elle dédia à saint Michel Archange, avec un monastère, où elle-même se consacra à Dieu, mourut et fut enterrée, et où, suivant une croyance fondée sur de sérieuses données, elle avait formé, à l'ombre du cloître, l'esprit de la jeune Clotilde, qui devait épouser Glovis et exercer une si grande influence sur la conversion des Francs.
Une opinion assez répandue est que Carétène fut la femme de Gondioc, roi de Bourgogne, père de Gondebaud et de Chilpéric et par conséquent l'aïeule de Clotilde, fille de ce dernier. D'autres historiens et parmi eux MM. AUmer et Dissard, auteurs des Inscriptions antiques du Musée de Li/on^ rejettent cette opinion parce que Carétène n'avait que huit ans à la mort de Gondioc et croient que Carétène fut la femme de Gondebaud ; ils s'appuyent sur le récit de Grégoire de Tours et sur diverses considérations historiques. Suivant eux, Carétène aurait été la tante de Clotilde. Alphonse de Boissieu a consacré dans son livre, Les Inscriptions antiques de Lyon., une dissertation à l'épitaphe de Carétène. Opposant le témoignage de saint Avit, contemporain de cette princesse, à celui de Grégoire de Tours, il a refait l'histoire de Gondebaud et de Clotilde et montré que parmi les fils de Gondioc, Chilpéric est le seul dont elle ait pu devenir la femme. Elle ne fut donc ni l'aïeule, ni la tante de Clotilde ; elle fut sa mère. Du reste, les diverses hypothèses permettent de lui attribuer le rôle d'éducatrice de la future reine des Francs. Il est dit dans son épitaphe : prœclarani sobolem dulcesque gavisa nepotes ad veram doctos sollicitare fidem. Ces mots peuvent laisser entendre que ce ne fut pas seulement à sa descendance directe qu'elle s'appliqua à enseigner la vraie foi. Le souvenir de sainte Clotilde s'est conservé à Lyon par le culte qui lui est rendu à Ainay dont elle est une des patronnes secondaires, où elle a eu une statue, où elle figure dans la fresque d'Hippolyte Flandrin, enfin par la fondation que son fils Childebert fit, en 542, du plus ancien hôpital lyonnais, un des premiers créés en France.
Le quartier d' Ainay, à l'époque où Carétène y fondait une église et un monastère, n'était pas un lieu désert, comme pourrait le faire croire sa situation dans une île séparée de la presqu'île par un canal qui mettait les deux fleuves en communication avant le confluent. Ce territoire était traversé par une voie romaine devenue la rue Sainte-Hélène, bordée
SAINT-MICHEL
d'habitations et de monuments dont les ruines exhumées à diverses époques sont aujourd'hui déposées au musée du palais Saint-Pierre, ou bien sont restées enfouies dans le sol après avoir été vues par les témoins des fouilles. Substructions d'édifices, débris de statues, mosaïques, inscriptions trouvées le long de la rue Sainte-Hélène, sous les maisons de la rue Martin ou dans le lit de la Saône, tels sont les restes de l'ancien quartier in Canahis mentionné dans l'inscription du négociant Minthatius Vitalis trouvée dans les fondations de la maison Martin, avec celle de G. Apronius Raptor, décurion de la cité de Trêves, patron des Nantes de la Saône et des marchands de vin établis à Lugdunum.
A croire la légende, l'église Saint-Michel ne fut pas le premier monument chrétien élevé à Ainay, où l'on dit que le culte des martyrs lyonnais fut en honneur dès le iii^ siècle. De tout temps, du reste, ce fut la prétention des moines d'Ainay que leur abbaye était plus ancienne que Saint-Michel. Dans un mémoire dressé par les chanoines qui succédèrent aux religieux d'Ainay, pour faire valoir un droit de propriété sur l'église Saint-Michel et ses dépendances, ils établissent qu'elles furent toujours dans leur domaine et dans leur juridiction.
Suivant Ménestrier, il y a quelque apparence que ce fut de l'église de Saint-Michel qu'Avit, archevêque de Vienne, célébra la dédicace dans une de ses homélies dont il ne reste qu'un fragment et qui, si nous l'avions complète, donnerait de précieux renseignements sur l'histoire de Saint- Michel et de sa fondatrice. L'anniversaire de cette dédicace se célébrait chaque année le 3 février.
Les religieuses du monastère Saint-Michel que l'on voit qualifiées dans les vieux titres « nonnains de Saint-Michel ou moinesses d'Ainay », embrassèrent la règle de saint Benoît qui était celle des moines d'Ainay. Leur maison fut supprimée par le quatrième concile de Latran qui prit une pareille mesure contre tous les couvents de filles trop voisins des religieux du même ordre. Ménestrier rapporte, dans Vllistoire civile et consulaire de la ville de Lyon, que le souvenir des religieuses d'Ainay était conservé dans les anciens obituaires de l'abbaye par la mention de plusieurs abbesses au jour de leur mort, et que, vers la fin du xvi" siècle, on démolit, pour l'établissement de l'arsenal, une chambre où, sur les murs, étaient peintes des religieuses.
Autour de la fondation de Carétène, il se forma de bonne heure un groupe d'habita-
IlisLoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. ^■^
Saint-Michel d'Ainay au xvi° siècle (d'après le plan scénographique).
lions, le bourg ou village Saint-Michel, qui, en 1388, n'était pas encore compris dans l'enceinte de la ville. Lorsque les religieuses de Saint-Michel furent supprimées, l'église devint paroissiale. Elle est ainsi qualifiée dans la bulle d'Innocent IV de 1250, et resta paroissiale jusqu'à la fin du xvii^ siècle. L'abbé d'Ainay était curé primitif de Saint-Michel, et nommait le curé ou vicaire perpétuel tenu de payer une redevance annuelle de quarante sols viennois et deux livres de cire. Le curé de Saint-Michel était Jacques Manlia en 1382, Jean Degrangier en 1470, Thomas Daillères en 1509, François Gayffier en 1567, François Thomazet en 1670, Constant en 1692, Pierre Mey en 1712. François Gayffier fut le premier à tenir des registres paroissiaux à dater de 1566. Chaque année, le dimanche des Rameaux et le jour de la féle patronale, les religieux d'Ainay ofiîciaient eux-mêmes à Saint-Michel.
L'étendue de cette paroisse était considérable et embrassait tout le terrain compris entre les Jacobins et le confluent, puis l'île Mognat au delà du confluent, enfin sur la rive gauche du Rhône, le quartier de la Guillotière où s'élevait la chapelle de la Madeleine, contiguë au cimetière de ce nom; Sainte-Madeleine, annexe de Saint-Michel, avait été érigée en remplacement de l'église paroissiale Saint-Jean-de-Béchevelin détruite par les Protestants en 1562.
Mais si la paroisse Saint-Michel avait un grand territoire, elle fut longtemps peu peuplée et ses ressources étaient minimes. En 1512, à l'occasion d'une contribution du clergé aux dépenses des fortifications de la ville, tandis que l'abbé d'Ainay était taxé à 300 livres, Saint-Michel n'avait à payer que 3 livres seulement. Lorsque saint François de Sales mourut, le 28 décembre 1622, dans la maison du jardinier de la Visitation de Bellecour, on crut que ce ne serait pas faire assez d'honneur à l'illustre défunt, de célébrer ses obsèques dans la modeste église paroissiale Saint-Michel située tout auprès. Son corps fut exposé d'abord à la Visitation, puis porté à Saint-Nizier et de là, accompagné par le Chapitre de cette église jusqu'aux portes de la Croix-Rousse, où se forma le convoi qui l'emmena à Annecy. Il n'est pas trace dans les souvenirs de la Visitation d'un prétendu dépôt qui aurait été fait du corps de saint François de Sales à Saint- Michel, rapporté par quelques historiens. Par contre, soixante-dix ans plus tard, mourait à la Visitation de Bellecour une religieuse, la princesse Marie-Anne de Wurtemberg, fille du prince Ulrich de Wurtemberg et de la princesse Isabelle d'Aremberg. Elle avait demandé à être enterrée dans l'église paroissiale Saint-Michel, en une chapelle dédiée à la Vierge : son désir fut respecté.
Saint-Michel dut au zèle de ses paroissiens quelques œuvres intéressantes. Des dames charitables, fondèrent, en 1681, avec le concours des Filles de la Charité, l'Œuvre de la Marmite, dans le but d'assister les pauvres honteux et malades, sous la présidence du curé de Saint-Michel. Le 10 septembre 1681, M"^" la comtesse de la Liègue donne une pension annuelle de cinquante livres. Le 5 mars suivant, Pierre Perrachon, marquis de Saint-Maurice, lui cède trois rentes annuelles faisant ensemble quarante-sept livres. De nos jours les paroisses Saint-François-de-Sales et Sainte-Croix participent aux secours distribués par l'Œuvre de la Marmite, parce qu'elles sont des démembrements de l'an-
SAINT-MICIIEL
cienne paroisse Saint-Michel, devenue, au xvii'' siècle, la parpoiase d'Ainay. Vers le même temps, Françoise de la Pérouse, femme de Claude Pécoil, lègue une somme de 40 livres pour donner le pain aux pauvres des petites écoles de la paroisse Saint-Michel. En 1688 est érigée à Saint-Michel, puis transférée plus tard à Ainay, une pieuse confrérie enrichie d'indulgences par le pape Innocent XI, sous le titre de Rénovation des promesses du Saint-Baptême et sous l'invocation de saint Jean-Baptiste.
Au mois de septembre 1404, saint Vincent Ferrier vint à Lyon, et donna à la Madeleine, annexe de Saint- Michel, une série de prédications qui durèrent seize jours, devant un auditoire si nombreux qu'il dut prêcher en plein air dans un pré appartenant à Jean Maignet, recteur de la chapelle de la Madeleine, qui reçut de la ville, à cette occasion, une indemnité de 10 livres pour réparation des dégâts causés chez lui par la foule.
L'église Saint-Michel était petite, très simple et fut longtemps sans clocher. L'abside seule était voûtée, la nef et les bas côtés ne l'étaient pas et mesuraient ensemble seulement vingt mètres en largeur sur vingt-cinq mètres en longueur. Sur le plan scénographique de la ville de Lyon au xvi" siècle, l'église se termine à l'est par une abside et a sou entrée au midi du côté de la Saône.
Le plan de Simon
Maupin de 1625 montre au contraire la façade, percée d'une rosace et de deux baies latérales et tournée du côté du levant. Y avait-il eu, dans l'intervalle, une transformation de l'édifice ? Quelques mots du mémoire écrit, en 1715, par les soins du Chapitre d' Ainay, à l'appui de sa prétention à la propriété de Saint-Michel, donneraient lieu de le croire. 11 y est dit, en effet, que l'église avait été agrandie par la construction d'un nouveau chœur du côté ouest, à la place où était autrefois l'entrée principale. A la voûte du choeur on sculpta en relief les armes de l'archevêque Camille de Neuville. A la fin du xvi^ siècle, on éleva le clocher.
En 1666, l'église et la maison curiale étaient dans un imminent péril de ruine. L'archevêque, les échevins, l'abbé d'Ainay et les paroissiens contribuèrent à la restauration; la ville donna 3.000 livres ; l'intendant Dugué et sa femme, paroissiens de Saint-Michel, firent une donation. La nef et les bas-côtés reçurent des voûtes ; on reconstruisit le chœur. Les vieux murs du temps de Carétène subsistèrent.
Ces restaurations ne devaient guère prolonger l'existence de Saint-Michel. Sa destruction, que le temps n'avait pu achever, ne devait pas larder à devenir
Ainay et Saint-Michel en 1625 (d'après le plan de Simon Maupin)
l'œuvre de ceux-là mêmes qui payaient de leurs deniers ces travaux de conservation.
En 1685, l'abbaye d'Ainay fut sécularisée. Ce que ne pouvaient pas faire des religieux bénédictins, s'occuper du service paroissial, devenait possible pour les nouveaux chanoines qui n'avaient pas les mêmes raisons pour entretenir hors du chapitre un curé chargé d'un service dont ils pouvaient s'acquitter eux-mêmes ; d'autant plus que la paroisse Saint-Michel, longtemps peu peuplée et seulement de pauvres gens, avait vu sa population s'accroître et des familles notables abandonner les vieux quartiers de la rive droite de la Saône, pour se fixer à Bellecour et aux environs, depuis que les améliorations opérées dans la presqu'île Tavaient rendue plus habitable.
Le Consulat, consulté au sujet de la sécularisation d'Ainay, émit un avis favorable fondé sur la nécessité d'en faire une église paroissiale, afin de soulager l'église Saint-Nizier seule, dit la délibération, au service d'une population supérieure des deux tiers à la population habitant du côté de Fourvière.
Le motif donné par le Consulat à l'appui du projet de translation de la paroisse à Ainay peut paraître étrange, car, au nord de Saint-Nizier, se trouvaient Notre-Dame de la Platière, Saint-Saturnin et Saint- Vincent, et au sud, Saint-Michel. Mais il s'agissait moins de soulager Saint-Nizier que de supprimer Saint-Michel. Cette suppression était si bien dans la pensée de ceux qui faisaient, en 1685, la sécularisation d'Ainay, qu'en 1688, Camille de Neuville, abbé d'Ainay et archevêque de Lyon, fit procéder à ime enquête sur le projet d'établir à Saint-Michel une communauté de Lazaristes s'adonnant à la prédication.
Enfin, le 17 octobre 1690, l'archevêque rend une ordonnance qui prononce la déchéance de Saint-Michel, et décide que l'église d'Ainay sera désormais paroissiale. En même temps, il prononce que la chapelle du Saint-Esprit, joignant le pont du Rhône, est érigée en succursale de la nouvelle paroisse et que le curé de Saint-Michel, obligé de quitter sa cure, sera logé dans une maison de l'enclos d'Ainay, en avancement sur le rempart. Du reste, si le curé de Saint-Michel était désormais sans paroisse, le titre et la dignité subsistaient, et l'on retrouve, même après 1690, plusieurs personnages ainsi qualifiés.
Le curé de Saint-Michel, au moment de la suppression de la paroisse, était François Thomazet, dont le nom mérite d'être recueilli, car une note manuscrite de Spon, sur un exemplaire de l'un de ses ouvrages, rapporte que François Thomazet eut soin de conserver l'épitaphe en vers latins de Carétène, précieux document sans lequel on ne saurait rien de la fondatrice de Saint-Michel.
Le curé Thomazet eut gravement à souffrir de la suppression de sa paroisse. En le privant de ses revenus, on laissait à sa charge les dettes qu'il avait dû contracter, en 1666, pour la réparation de l'église et la construction d'une nouvelle maison curiale. Il s'en suivit plusieurs différends. Les paroissiens de Saint-Michel ne voulurent payer que les dépenses relatives à l'église. Une procédure, engagée par le maître-maçon Lacombe, contre le curé Thomazet, et continuée après leur mort entre les ayants droit de l'un et de l'autre, n'était pas terminée en 1712. Il y eut, à la requête des créanciers, le 6 novembre 1694, saisie de la maison curiale et même, plus tard, de l'église qui avait été transformée en magasin à poudre pour le service de l'arsenal.
SAINT-MICHEL
Pour empêcher l'adjudication des immeubles saisis, et prévenir un procès avec les héritiers Lacombe au sujet de la propriété de ces biens, le Consulat, par acte du 9 mai 1712, acquit de ces héritiers leurs droits contre le curé et les paroissiens de Saint-Michel, pour la somme de 3.198 livres 8 sols 6 deniers, montant de leur créance en capital et intérêts. Le 18 mai 1731, l'emplacement de Saint-Michel, la maison curiale, le cimetière et autres dépendances étaient adjugés, par sentence de la sénéchaussée, au prévôt des marchands et échevins, pour le compte de la commune, moyennant une rente foncière perpétuelle de 600 livres, à payer à la paroisse d'Ainay.
Le Consulat fit cession de ces mêmes immeubles aux recteurs de l'hôpital de la Charité pour la somme de 14.620 livres, dont 12.000 livres formant le capital de la rente de 600 livres due par la ville à la paroisse d'Ainay, et 2.620 livres pour droits, frais et loyaux coûts. Cette cession était consentie sous la condition que les acquéreurs établiraient sur le terrain cédé une boucherie publique. Mais la ville ayant fait construire, vers le même temps, la boucherie des Terreaux, par un accord intervenu entre le Consulat et les recteurs de la Charité, et sur la proposition de la compagnie des fermiers-généraux, il fut convenu que la boucherie serait remplacée par un grenier à sel.
Finalement, par contrat passé en 1785, les recteurs de la Charité vendirent au roi Louis XVI le sol et les bâtiments de l'ancienne église Saint-Michel et ses dépendances et de plus une maison acquise par eux des héritiers Bossu, le tout destiné à agrandir l'arsenal et pour la somme de 45.000 livres.
Dans la nuit du 24 août 1793, les canons de Dubois-Crancé incendièrent l'arsenal et les maisons du quartier. Ce qui restait des bâtiments de Saint-Michel fut détruit par le feu. L'église elle-même avait été démolie un demi-siècle avant la Révolution.
Le Christ et les quatre évangélistes.
Cliapiteau du xii" siècle, à Ainay.
Dessin de M. R. Lenail.
IJO