‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 173 sur 174 · CONFALONS DE SAINT-BONAVENTURE · texte numérisé non relu

CONFALONS DE SAINT-BONAVENTURE

Les Associations pieuses qui, sous le nom de confréries, furent nombreuses à Lyon avant la Révolution, occupent une place importante dans l'histoire de la Cité. Parmi elles la royale Compagnie de Notre-Dame du Confalon était fameuse par le nombre et la qualité de ses membres et par la valeur des décorations artistiques et architecturales de la chapelle où se sont tenues ses assemblées, depuis l'année 1631 jusqu'en 1793. Les adhérents, gentilshommes, magistrats, gouverneurs de province, chanoines-comtes de Lyon, bourgeois notables, même un roi de France, s'étaient plu à doter cette chapelle de leurs offrandes. Et il est dit dans les anciens almanachs historiques de la ville de Lyon que l'or, les marbres précieux, les tableaux, les sculptures, la menuiserie et l'architecture y étalaient toutes leurs richesses.

La première confrérie de pénitents, érigée sous le titre de Notre-Dame du Confalon, ainsi nommée à cause de la riche bannière portée aux processions, le fut à Rome, en

1264, par saint Bonaventure. Le pape Clément IV l'honora d'une bulle l'année suivante. Grégoire XlIU'érigea en archiconfrérie, le 26 avril 1578, et lui confia, en 1582, le soin de délivrer les chrétiens esclaves des mains des infidèles.

C'était une tradition conservée par la compagnie des pénitents de Notre-Dame du Gonfalon de Lyon, qu'elle eut, elle aussi, pour fondateur saint Bonaventure, venu à Lyon, en 1274, pour assister au concile général convoqué par le pape Grégoire X, qui fut tenu dans l'église cathédrale Saint-Jean, avec un immense concours de cardinaux, de prélats, d'ambassadeurs, de souverains de l'univers entier. Saint Bonaventure aurait établi cette fondation dans le cloître des Cordeliers, où il devait mourir bientôt après, trois jours avant la fin du concile, le 14 juillet 1274.

La première chapelle des pénitents du Gonfalon de Lyon était dans les bâtiments des Cordeliers, du côté du Rhône, sous le dortoir des religieux. Détruite par les protestants, qui s'emparèrent de la ville le 30 avril 1562 et en restèrent les maîtres pendant seize mois, la confrérie du Gonfalon fut restaurée en 1577, par le zèle de deux gentilshommes lyonnais, Maurice du Peyrat et Justinien Pance, avec la protection des conseillers de la ville et du consentement de Pierre d'Epinac, archevêque de Lyon. Le pape Grégoire XIII approuva, par une bulle, ses statuts et règlements. Agrégé à l'archiconfrérie du Gonfalon de Rome, le 9 février 1578, elle fut érigée à Lyon, sous le titre de l'Assomption de la Sainte Vierge. Dès l'origine, elle s'était recrutée dans l'élite de la cité. En 1582, Henri III, roi de France, de passage à Lyon, voulut assister, en qualité de simple confrère, aux exercices de la Compagnie, d'oii elle prit le nom de Compagnie royale.

En 1730, les pénitents du Gonfalon de Lyon firent imprimer, en un volume, leurs statuts et règlements, qui révèlent l'esprit et le but de leur association. Le but était la sanctification des confrères agrégés, par l'observation stricte des devoirs du chrétien, l'exercice de la charité envers les pauvres, les malades et les prisonniers, la réconciliation des ennemis, la pratique de la pénitence, la fréquentation des sacrements, les prières pour les morts, l'assistance régulière aux exercices dans la chapelle et aux processions qui se faisaient au dehors, notamment dans la nuit du jeudi saint pour visiter les reposoirs, et le 29 août pour acquitter, à Saint-Roch, dans la chapelle de la Quarantaine, un vœu à l'occasion de la peste de 1577. L'assiduité des confrères aux offices de la chapelle était exigée et la régularité de leur vie dans le monde sanctionnée par la peine de l'exclusion. Il était de fondation au Gonfalon qu'en cas de grave maladie du roi, de la reine ou des princes de la maison royale, les pénitents se mettaient en prières dans la chapelle et se relevaient jour et nuit, tant que le danger était sérieux. En 1744, après la guérison du roi Louis XV, qui avait fait à Metz, au mois d'août, une très grave maladie, les corps et compagnies de la ville témoignèrent un grand empressement à rendre à Dieu des actions de grâces publiques. Les pénitents du Gonfalon célébrèrent à cette occasion, le 17 septembre, une fête dans leur chapelle, où les chants du Te Deum et de VExaudiat furent suivis d'une messe en musique, accompagnée du bruit des trompettes et des boîtes, et, le soir, d'une brillante illumination au portail, sur tout l'enclos de la chapelle et aux maisons des confrères.

CONFALONS DE SAINT-HONA VENTIRK

Les pénitents du Confalon porlaieni, dans les l'L'imions à la chapelle cL dans les j)i'ocessions au dehors, comme costume de cérémonie, une robe Iri'S ample surmontée d'un capuchon qui recouvrait la figure et où étaient ménagées seulement deux ouvertures pour les yeux. De la couleur de ce vêtement leur était venu le nom de pénilenls Iduncs.

En 1631, les pénitents du Confalon, qui jusque-là avaient reçu l'hospitalité des pères Cordeliers, résolurent de construire mie chapelle mieux en rapport avec l'importance que leur compagnie avait acquise. Par acte passé en 1631, avec les Cordeliers, ils se firent céder sur la rue Bon Rencontre, qui limitait au couchant l'enceinte du couvent, une parcelle de jardin entre l'abside de la grande église et la chapelle Notre-Dame de Bon- Rencontre, celle-ci située à l'angle formé par la rue de ce nom et la me du Port-Chai lel, aujourd'hui rue Ferrandière.

C'était l'emplacement de l'église primitive des Cordeliers, oii saint Bonaventure avait été inhumé et d'où ses restes furent transportés, en 1434, dans la nouvelle église consacrée par l'archevêque Pierre de Savoye en 1329. Il est occupé aujourd'hui par l'îlot de l'hôtel Bayard. Le chevet de l'église est séparé de la rue Ferrandière par un espace de 50 mètres, sur lequel avait été construite la chapelle du Confalon, à la suite de l'église et, comme elle, orientée au midi.

Le 29 décembre 1631 , Charles de Neuville, seigneur d'Halincourt, marquis de Villeroy, gouverneur pour le roi des provinces de i^orez, Lyonnais et Beaujolais, posa la première pierre de la nouvelle chapelle et prit à sa charge une partie de la dépense. Il fît construire entièrement à ses frais le grand portail qui donnait accès de la rue Bon-Rencontre dans une avant-cour. Deux médailles, œuvres de Clément Gendre, artiste lyonnais, conservent la mémoire de celte libéralité. L'une porte l'effigie de Charles de Neuville et au revers l'Assomption de la Vierge. L'autre représente le portail édifié par le donateur et au revers une dédicace en latin en l'honneur de la mère de Dieu.

Le portail sur la rue était formé de deux pilastres en marbre rouge et noir, couronnés de frises, d'architraves et corniches, avec un fronton de marbre noir portant une inscription et les armes des Villeroy.

De l'avant-cour on pénétrait par un vaste perron de quatre marches, dans la chapelle,

Le quartier des Cordeliers en 17 10, d'après le plan de Séraneiiur.

orientée au sud , et dont l'entrée faisait face à l'abside de la grande église. On trouvait d'abord un vestibule, dont la voûte était soutenue par deux colonnes de marbre de Seyssel. Trois inscriptions dédicatoires et sept grands tableaux en ornaient les murs, notamment un très beau portrait de Camille de Neuville, archevêque de Lyon. Les autres étaient des figures à mi-corps de différents saints, peintes par Vignon. Le buste du Sauveur en bronze, œuvre très vantée d'un auteur italien inconnu, dominait la porte donnant accès du vestibule dans la chapelle. Il y avait aussi, dans le vestibule, une Vierge en bas-relief, audessous de laquelle étaient représentés deux confrères à genoux, en costume de pénitents.

Les inscriptions placées dans le vestibule rappelaient trois dates de l'histoire de la chapelle du Confalon de Lyon. La première était la dédicace à la Vierge mère de Dieu, sous le titre de l'Assomption, en novembre 1577, de la chapelle primitive, dans l'enceinte du couvent des Cordeliers, sous le règne de Henri III et le pontificat de Grégoire XIII. Il y était dit que la confrérie des pénitents du Confalon de Lyon fit un vœu pour obtenir que la ville fut délivrée du fléau de la peste qui avait sévi du mois de mars au mois de juin, et qu'elle fut agrégée, cette même année, à l'archiconfrérie du Confalon de Rome. C'était l'année de la restauration de la confrérie, dissoute depuis 1562 par les protestants. La seconde inscription de 1634 était une dédicace à la reine du ciel, sous le titre de l'Assomption, de la nouvelle chapelle, dont le gros œuvre était achevé, avec les noms des recteurs et vice-recteurs qui, depuis 1G31 , date delà fondation, avaient dirigé la construction. Enfin, la troisième inscription de 1637 était encore une dédicace de la nouvelle chapelle, dont la décoration fut achevée, cette année-là, avec les noms du recteur et du vice-recteur de la compagnie qui y avaient contribué par leurs générosités.

La chapelle proprement dite avait une longueur de quatre-vingt-quatre pieds et une largeur de trente-trois. On y voyait trois tribunes, une dans le fond de la nef et deux autres, chacune au milieu de l'un des murs latéraux; celle du côté de l'épître, occupée par l'orgue ; celle du côté de l'évangile réservée aux symphonistes. Les arêtes de la voûte à ogives étaient couvertes de dorures.

Un lambris de menuiserie revêtant les murs sur tout le pourtour, portait dix grands tableaux et quatre bas-reliefs représentant quatorze mystères de la vie de la Vierge et, en outre, dans les panneaux, des ornements sculptés dont les sujets étaient tirés de ses litanies. Ferdinand Delamonce avait fourni, dans sa jeunesse, le dessin de cette riche composition; au dire de Clapasson, l'idée générale en était belle, quoique la décoration fût un peu chargée.

Voici la description des dix tableaux de la nef de la chapelle, telle que la donnent Clapasson et le livre des Statuts et Règlements : premier tableau du côté de l'épître : La Conception, de Lebeau; puis, La Nativité de la Sainte-Vierge, de Bernard : ces deux tableaux de valeur médiocre ; L'Annonciation, de Jean-Baptiste Corneille dit le Jeune ; La Visitation, jugée par Clapasson un des chefs-d'œuvre de Charles Delafosse; La Crèche et V Adoration des bergers, de Thomas Blanchet. Du côté de l'évangile : L Adoration des rois mages, de Charles Delafosse, ouvrage aussi estimé que celui du même auteur placé <le l'autre côté; La Circoncision de Notre-Seigneur, de Daniel Sarrabat; La fuite en

CONFALONS DE SAINT-BONA VKNTURK i8 i

^gypfe, de Michel Corneille dit l'Aîné; L Assomplion, allrihuée par (llapasson à La Tremollière et, dans le livre des Statuts et Règlements h Delamonce ; enlin Le Couronnement de la Vierge, par Lebeau.

Les deux bas-reliefs de quatre pieds et demi de hauteur sur cinq de largeur, placés audessous de la tribune de Torgue, œuvres de Simon, élève de Coustou l'aîné, figuraient, en sculpture sur bois, La L^résentation de la Vierge au temple el Le Mariage de la Vierge. Les deux bas-reliefs de même dimension au-dessous de la Irihime des symphonistes, sculptés par Lamoureux, aussi élève de Couslou, étaient : Jésus prêchant dans le lemple à l'âge de douze ans et La Mort de la Vierge assistée des onze apôtres. On estimait ces deux ouvrages comme étant parmi les meilleurs de cet artiste lyonnais.

Le sanctuaire de la chapelle avait la forme d'une coupole de quarante-quatre pieds de hauteur sur vingt-cinq de diamètre, à ogives et arêtes soutenues, à leur naissance, par des termes ailés de grandeur naturelle, tenant chacun un instrument de musique différent. De grands carreaux de marbres rouge et noir entourés d'une bordure de marljres de couleui's variées couvraient le sol.

L'autel, auquel on accédait par quatre degrés de marbre rouge, était de marbre vert d'Egypte, avec un bas-relief de marbre blanc attribué à Michel Perrache, représentant L'Ensevelissement de la Vierge par les Apôtres et les disciples.

Le sanctuaire, l'autel et les gradins étaient ornés, sur les coins et arêtes, de chérubins, festons, feuillages, moulures et autres ornements en bronze doré au feu, œuvre de Michel Perrache. Le même artiste avait sculpté, pour le fond du sanctuaire, un groupe de V Assomption de la Vierge, de grande dimension, soutenu par des anges dont les dessins étaient de Daniel Sarrabat, qui fut également l'auteur de fort belles grisailles placées audessous du groupe sculpté, figurant les apôtres autour du tombeau de la Vierge.

La décoration du sanctuaire se complétait de quatre grands et magnifiques tableaux ; deux de Crétet : Jésus-Christ au tribunal de Pilate el la Fraction du pain aux disciples d'Emmaiis; et deux attribués à Rubens dans la description de la chapelle qui fait suite aux Statuts et Règlements : Jésus-Christ crucifié et L/i descente de croix. D'autres tableaux, dont cinq de Blanchet, décoraient la grande tribune du fond.

La chapelle était éclairée par vingt-deux vitraux, dont cinq dans le sanctuaire, celui de l'œil-de-bœ^uf du fond, six dans les tribunes et les autres dans la nef. On y voyait peintes les armes de la confrérie et la représentation de seize mystères de la vie de la Vierge.

On se demande ce que sont devenues tant de richesses. La Révolution a fait là son œuvre destructive. Cependant il subsiste quelques épaves de ces œuvres d'art qui étaient accumulées dans la chapelle du Confalon comme dans un musée. L'église Saint-Pierre, à Lyon, posséderait trois tableaux et deux bas-reliefs de cette provenance :

1° Contre la deuxième travée de la paroi de droite de l'église Saint-Pierre : Les disciples d'Emmaiis, de Crétet, anciennement dans le sanctuaire de la chapelle du Confalon. Cette toile, qui était presque carrée, a été augmentée en haut et en bas, pour lui donner les dimensions du tableau delà Circoncision placé en face (3 m. 05 X 2 m. 77). Le tableau des disciples d'Emmaûs de l'église Saint-Pierre figure, attribué à Crétet, dans l'Inventaire

Histoire des Églises el Chapelles de Lyon, II. fil

des tableaux mis en réserve dans le muséum de Vécole de dessin, par Cogell et Fayet, du 14 nivôse an V (13 janvier 1797). Cet inventaire est aux archives municipales.

2" Au fond du sanctuaire de l'église Saint-Pierre, à gauche : L'Assomption de la Sainte- Vierge (2 m. 70 X 1 m. 93), signé en bas et au milieu verticalement : TremoUière, 1736.

3" Dans la même église au fond du sanctuaire, à droite : La Visitation de la Sainte- Vierge, de Charles Dehifosse.

Ces deux toiles, de dimensions semblables et découpées dans le haut de la même forme, figurent, attribuées, l'une à La TremoUière, l'autre à Charles Delafosse, dans l'inventaire de 1797. Comme il y avait dans la chapelle du Confalon deux grands tableaux représentant les mêmes sujets et attribués aux mêmes auteurs, Léon Charvet est bien fondé à conclure, dans son volume sur les de Royer de la Valfenière, que les deux toiles de l'église Saint-Pierre proviennent de la chapelle du Confalon. Il y a toutefois à observer que si Clapasson attribue à La TremoUière L' Assomption du Confalon, il est dit, dans le livre des Statuts et Règlements, que ce tableau était de Delamonce.

4" Le maître-autel de l'église Saint-Pierre porte, sur la face antérieure, en bas-relief de marbre de un mètre soixante centimètres sur soixante-cinq centimètres, un Ensevelissement de la Vierge. L'autel du sanctuaire du Confalon était orné du même sujet en basrelief de marbre de six pieds de large sur deux pieds quatre pouces de haut. Ces dimensions sont sensiblement les mêmes et permettent de croire que c'est bien l'œuvre de Michel Perrache qui est conservée à l'église Saint-Pierre, ainsi, du reste, que le rapporte la tradition. C'est un superbe morceau de sculpture. Les apôtres et les disciples au nombre de treize, forment le convoi de la Vierge morte. Les uns portent le brancard, les autres des cierges ou bien vénèrent à genoux le corps de la Défunte. L'œuvre est achevée dans ses moindres détails. Le ciseau de l'artiste a su varier, par l'attitude des personnages et les traits de leurs visages, l'expression de tristesse répandue sur toute la scène, et imprimer à l'ensemble du cortège un mouvement en avant rendu avec une rare habileté.

5° Léon Charvet signale comme provenant de la chapelle du Confalon un bas-relief en marbre blanc, La Visitation (0 m. 61 X 1 mètre), attribuée à Bidau et que l'on peut voir aujourd'hui plaqué contre la paroi de la troisième travée du bas-côté gauche de l'église Saint-Pierre. Mais cet objet n'est mentionné ni par Clapasson, ni dans le volume des Statuts et Règlements.

6'^ Il n'est pas question non plus, dans les ouvrages qui nous ont conservé la description du mobilier de la chapelle du Confalon, d'un autre bas-relief de marbre blanc qui décore actuellement le devant de l'autel de la chapelle de la Sainte- Vierge, dans l'église Saint-Nizier et qui, suivant la tradition, aurait la même provenance. Il représente les onze apôtres autour du tombeau vide de la Vierge, après son Assomption. Il y avait bien un sujet semblable au fond du sanctuaire de la chapelle du Confalon, au-dessous du groupe de V Assomption de Michel Perrache, mais il était rendu en peinture à grisailles et était l'œuvre de Daniel Sarrabat. La représentation des scènes se rapportant à la mort de la Vierge et à son couronnement dans le ciel revient souvent dans l'énumération des tableaux et sculptures du Confalon, parce que la chapelle avait été érigée sous le titre de

CONFALONS OK SAINT-BONAYENT UKE

l'AssompLiuii de la Sainle-A'itM'j^e. Le has-reliel" de Téolise Saiiil-Xizier n'a sùrenieiil pas été fait avec la deslinaLion d'être placé là où il esl ucUiellenieiil. La \'ier^e de (^oysevox, qui domine raiilel, n'esl pas une Assomption, el le i^roupe des onze apôtres autour du tombeau vide, dont plusieurs regardent au ciel et accompagnent d'un geste la vision de Celle cpii les a quilles, n'est que la partie inférieure d'une composition complète dont le reste nuuKjue. Il n est pas impossible, comme la croyance s'en est conservée, (pie le basrelief de Saint-Ni/ier ])r()vieune du Confalon. Toutefois, cette origine est douteuse, parce qu'on ne retrouve le bas-relief de Saint-Nizier dans aucune des descriptions des objets d'art qui décoraient la cbapelle du Confalon.

L'église de Neuville possède un groupe sculpté en bois représentant LAssomplion. On croit que c'est une copie du groupe, sinon l'œuvre originale de Micbel Perrache, qui se voyait autrefois dans le sanctuaire de la cbapelle du Confalon.

M. Camille Yadon, banquier à Charlieu, possède une tapisserie achetée à Lyon, il y a une vingtaine d'années, qui figura à l'exposition universelle de Lyon en 1893, et qui est, à n'en pas douter, une précieuse épave du riche mobilier de la chapelle du Confalon.

Cette tapisserie du xviii*^ siècle, de 1 mètre 20 centimètres de largeur sur 0,90 centimètres de hauteur, représente, dans un paysage à verdures, deux personnages à genoux, revêtus du costume de cérémonie des pénitents, pieds nus, en adoration de chaque côté d'un Christ crucifié. Le dessin est d'une grande tînesse. La douleur sur les traits du crucifié est merveilleusement rendue; l'académie du corps du Christ et des pieds et des mains des pénitents, très étudiée.

Dans la bordure est tissée la légende : en haut Societas^ en bas Confalonis, qui est la devise du sceau du Confalon de Lyon.

Dans la description de la chapelle du volume des Sliifuls el Règlements, p. 146, il est dit qu'il y avait, en 1730, dans le vestibvile, au-dessous d une vierge en bas-relief, la représentation de deux confrères à genoux en costume de pénitents. S'agit-il là de la tapisserie retrouvée à Lyon, 150 ans plus tard, chez un revendeur du quartier du Tonkin ? La chose n'est pas impossible.

M. Léon Galle possède, dans sa belle collection lyonnaise, ime peinture sur toile de

Tapisserie ancienne, représentant deux pénitents du Conlalon. avec leur costume de cérémonie.

47 centimètres de liauteur sur 40 de largeur, représentant le Mystère de V Annonciation. La Vierge agenouillée sous une tenture en forme de baldaquin drapé, écoute l'ange Gabriel qui se présente, tenant à la main une tige de lis. La peinture est encadrée dans un ovale qui porte la même légende que celle de la tapisserie : Confalonis Societas. Elle n'a aucune valeur artistique : la toile est collée sur un panneau de bois garni lui-même, comme entourage, d'une mince lame de fer de un centimètre de largeur, fixée sur le panneau avec de gros clous à tête plate. Cette disposition paraît indiquer que le tableau n'était pas destiné à rester à une place fixe, mais à être transporté. C'était peut-être un objet remis à cbaque confrère lors de son entrée dans la confrérie, en souvenir de son agrégation.

Aucun des auteurs qui ont écrit sur la chapelle du Confalon n'a omis de parler du fameux Christ en croix attribué à Rubens, placé dans le sanctuaire. Les Statuts et Règlements mentionnent même un autre tableau de Rubens, une Descente de Croix placée visà-vis. Pour ce dernier, Glapasson et l'auteur de la notice sur Daniel Sarrabat se contentent de l'attribuer à un des élèves du chef de l'école flamande, Théodore de Thulben

Quant au Christ crucifié^ tous en parlent en des termes qui ne peuvent qu'exciter des regrets pour la perte d'une si belle œuvre. Le réalisme de cette peinture avait fait naître une légende. On racontait que le peintre, après avoir attaché le modèle à une croix, l'avait poignardé pour saisir, avec toute la vérité possible, l'état d'un crucifié qui rend le dernier soupir. C'eût été vraiment saisir l'expression de la mort sur le vif. Mais rien n'autorise à charger la mémoire de ce grand homme d'avoir voulu faire un chef-d'œuvre au prix d'un assassinat.

Le Christ du Confalon était-il vraiment de Rubens? Lors de la formation du musée de Lyon, en 1804, le conservateur Artaud, dans la description des objets qui en faisaient partie, avait présenté, comme provenant de la chapelle du Confalon, un Christ crucifié qu'il niait être de Rubens et qu'il attribuait à son élève de Thulben. Il n'y a pas de doute que le Christ du musée n'était pas de Rubens, mais il est probable qu'il n'était pas non plus celui de la chapelle du Confalon. Celui-ci avait été détruit à l'époque de la Révolution. Guillon de Montléon racontant dans son livre, Lyon tel qu'il est et tel qu'il était, édition de 1797, le pillage de la chapelle du Confalon en 1793, rapporte que le Christ mourant, de Rubens, fut haché à coups de sabre. Cet auteur ayant eu à rappeler le fait dans une lettre adressée aux rédacteurs des Archives du Rhône, le 6 août 1827, l'affirma de nouveau à cette occasion, disant qu'il l'avait noté étant lui-même à Lyon, dès les premiers mois de 1795, un an après la dévastation de la chapelle du Confalon, et d'après le récit de témoins oculaires, alors que cet événement était encore présent à tous les esprits. Guillon de Montléon ajoute qu'il avait vu ce tableau maintes fois et recueilli à son sujet l'opinion d'artistes distingués, et que nul ne contestait alors l'attribution qui en était faite à Rubens.

Avant de disparaître, dans la tourmente révolutionnaire, la chapelle Notre-Dame du Confalon devait être le siège d'un épisode mémorable de l'histoire delà cité. En 1789, le couvent des Cordeliers fut choisi pour le lieu de réunion des trois ordres, convoqués pour la nomination de leurs députés aux États Généraux et la rédaction de leurs cahiers de

UIBLIOGUAI'IIIK DU CIlAl'ITHE XII

doléances. Les grandes assemblées générales eureiiL lieu dans l'église, mais chaque ordre avait des séances particulières dans une salle spéciale. Le clergé tenait les siennes dans la chapelle du Confalon, sous la présidence de M. de Castellas, doyen de l'église, comte de Lyon.

Lorsque vinrent les jours de violence, les ricliesses accumulées dans la chapelle du Confalon devaient exciter la rage des démolisseurs. C'était un dimanche, 10 décembre 1793. Le cloître et l'église des Cordeliers furent envahis : tout y fut renversé et brisé. Dans la chapelle du Confalon, la plupart des boiseries, tableaux et sculptures furent mis en pièces.

Le 16 fructidor an IV, les propriétés des Cordeliers sont vendues, puis démolies et, sur leur emplacement, de nouvelles rues sont ouvertes. La chapelle du Confalon et celle voisine Notre-Dame de Bon-Rencontre, sont transformées en greniers. Sous le premier Empire, ce qui en reste est abattu pour faire place à la construction d'une halle aux blés, affectée, en 1835, au Mont-de-piété démoli de nos jours, lors de la transformation du quartier Grôlée.

COiNFALONS DE LA GUILLOÏIÈIŒ

On lit dans les « Remontrances » rédigées par le censeur de la chapelle et conseiller de la confrérie pour l'année 1685, que la dite confrérie avait été érigée trente-trois ans auparavant au bourg de la Guillotière, à la prière et sollicitation de quelques paroissiens qui tâchèrent de la maintenir par tous les soins possibles et de subvenir tant à son entretien matériel qu'aux exigences du culte. Mais par la suite et peut-être à cause de l'augmentation du nombre de ses membres, la confrérie du Confalon prit des délibérations non conformes aux statuts établis par les fondateurs, et elle ne tarda pas à péricliter. Elle se releva cependant, et environ cent ans plus tard, en 179U, nous la voyons bien pourvue de ses cadres, qui se composaient, témoignage de sa bonne ordonnance et de sa vitalité, de deux recteurs, dont l'un était simplement honoraire, d'un vice-recteur, d'un censeur, de deux conseillers, d'un trésorier, d'un secrétaire, de deux maîtres de cérémonies et de deux sacristains. Elle fut dissoute à l'époque de la Révolution.

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