LE BON-PASTEUR
La coquette église du Bon-Pasteur, dont la flèche élancée se profile sur la colline de la Croix-Rousse, est de construction récente. Ce fut en 1855 que Mgr de Ronald songea à créer une nouvelle paroisse pour mieux desservir le quartier ouvrier situé entre les Chartreux et Saint-Polycarpe : il confia cette tâche à M. Callot, missionnaire diocésain de Lyon. Celui-ci « préoccupé à la fois de la paroisse à fonder et de l'église à bâtir, commença par réunir autour de lui quelques bons paroissiens, capables de l'aider de leurs lumières et de leurs efforts; c'était le commencement de son conseil de fabrique. Le plus pressant était d'entreprendre la construction d'une église où les nouveaux paroissiens du Bon-Pasteur pourraient se réunir pour prier,
u En considération de M. Callot et du caractère de la nouvelle paroisse, entièrement composée d'ouvriers en soie, la Chambre de Commerce voulut bien disposer de la somme de 25.000 francs ; diverses souscriptions furent aussi ouvertes soit dans la paroisse, soit
LE BON-PASTEUli
dans la ville. Avec ces premières ressources, M. le curé put sans retard prendre ses mesures, et commença par acheter un emplacement pour construire l'église.
(( Il jeta les jeux sur la propriété de la famille Bavilliers, qui comprenait, outre une grande maison, actuellement n" 34 de la rue du Bon-Pasteur, un vaste clos y attenant et vme petite maison (n° 38) , qui devait servir de cure. C'est dans ce modeste édifice qu'avait habité l'abbé Rozier, célèbre botaniste lyonnais qui fut ensuite tué par une bombe dans son lit, rue Aaeille-Monnaie, pendant la nuit du 29 septembre 1793. C'est encore dans cette maison que naquit une femme illustre, M^'" Violette Roux, qui, épouse de Joseph Michaud, de l'Académie française, eut vm des salons les plus attrayants de la Restauration. Doublement historique, mais peu commode, cette maison ne servit de cure que troisans à peine. Après avoir été, pendant une trentaine d'années la propriété de la famille Palud, cette maison devint «l'ermitage » d'Auguste Vettard, poète lyonnais, mort en 1894.
On se mit à la construction de l'église provisoire, et « le dimanche 16 mars 1856, <;elle-ci fut solennellement ouverte aux fidèles de la nouvelle paroisse, placée sous le patronage de Saint- Vincent-de-Paul. La cérémonie se fit au milieu d'un concours extraordinaire et d'une satisfaction générale, pendant que le canon de nos forts annonçait à la France la naissance du prince impérial ». C'est alors que parut l'esprit ingénieux du nouveau curé. Le lendemain, M. Callot apprit « que leurs majestés impériales adoptaient, en qualité de parrain et de marraine, tous les enfants de la France, nés le 16 mars 1856. M. le curé, lui aussi, était père depuis la veille, et cet enfant, c'était sa paroisse. Pourquoi l'empereur ne l'adopterait-il pas »? Le digne curé s'empressa d'écrire à l'empereur, et revendiqua l'adoption solennelle de son enfant spirituel. Quinze jours à peine s'étaient écoulés, lorsqu'un décret impérial, du 29 mars 1856, établissait l'existence légale de la paroisse du Bon-Pasteur.
Là ne devaient pas se borner ces rapports si providentiellement commencés. On sait le voyage accompli, en 1860, à Lyon par l'empereur et l'impératrice. Ceux-ci traversèrent, le dimanche 10 août 1860, la paroisse qu'ils avaient prise sous leur protection, et passèrent devant la modeste église du Bon-Pasteur. « M. Goiran, maire du premier arrondissement, accompagné de ses adjoints, attendait devant la porte principale de l'église, avec M. le curé, son conseil de fabrique et l'élite de ses paroissiens. Leurs majestés firent arrêter leur voiture à quelques pas ; M. le maire et M. le curé purent alors présenter leurs hommages. L'empereur témoigna à M. le curé le plaisir qu'il éprouvait de la coïncidence de la naissance du prince impérial avec l'ouverture de son église. M. le curé fit des vœux pour le prince impérial et pour l'église née le même jour, et ajouta : « Ils grandiront tous deux ! »
Les circonstances vont permettre de faire mieux. En 1869, l'impératrice et le prince impérial manifestent le désir de poser la première pierre de l'église définitive. M. Callot, devenu évêque d'Oran, accourt de cette ville pour présider la cérémonie dont voici le procès-verbal officiel :
« A la gloire de Dieu, l'an du Seigneur 1869, le '25 août, sous le pon/i/lcaf de S. S. le pape Pie IX, sous Vépiscopat de S. E. Mgr le cardinal de Donald; Napoléon III, enipe-
reur ; S. E. M. Duvergier, ministre de h justice et des cultes; M. Henri Chevreau, sénateur, chargé de V administration du département du Rhône; a été posée par sa majesté V impératrice et son altesse le prince impérial, la première pierre de l'église qui
doit remplacer la chapelle provisoire, ouverte le 16 mars 18o6,jour de la naissance du prince impérial, Mgr Callot, évêque d'Oran, fondateur et premier curé de la paroisse, a présidé la cérémonie et héni cette première pierre e;; présence de M.
Vabbé Durand [François-Joseph), curé actuel de ladite paroisse, de MM. Béraud et Magand, ses vicaires, de M. Tisseur, architecte de la nouvelle église, de M. Lachaise, maire du arrondissement , de Messieurs ses adjoints et de Messieurs les membres du conseil de fabrique. »
M. Clair Tisseur, architecte — que les lettrés lyonnais connaissent sous le pseudonyme de Nizier de Puitspelu — avait dressé « le plan, qui plus tard, dans le courant de 1(S75, fut soumis à l'examen du Conseil municipal. Il en fui question dans plusieurs séances : on vola 400.000 francs pour la construction, payables en huit années, à partir de 1(S75. Pour la façade, il était convenu qu'on construirait un perron de 4"^ 50 de longueur avec une rampe d'escaliers droits de chaque côté. Sur le devant, on simulerait les portes de la crypte. Pour l'exécution entière du plan, on prometlait de dégager le devant de l'église en démolissant la caserne, tout en remettant l'exécvilion de ce dernier point à une époque ultérieure indéterminée. Y eut-il véritablement promesse ferme de faire disparaître la caserne, et quelle est la personne autorisée qui se fît le garant d'un tel engagement? Aucune pièce officielle ne l'indique.
« Celle démolition ne pouvait dépendre seulement de la municipalité, mais ressortissait du ministère de la guerre. M. Durand alléguait bien certaines paroles du général de
Le 13oii-l'iislcui' façade lalcrak' cL nin lu'.
LE BON-PASTl.U;t
Miribel, certaines promesses de la ville, mais de là à des engagements formels et décisifs il y a loin. M. Durand, tout rempli de Tespoir de voir un jour se réaliser son rêve, supposait déjà tous les obstacles renversés. » Ce n'est hélas qu'un rêve qui a abouti au triste résultat de rendre l'église inaccessible par la façade.
M. le curé Durand fit des efforts considérables pour la construction du monument, et c'est à lui que revient l'honneur d'avoir doté notre ville d'une nouvelle et belle église. On ne saurait pourtant passer sous silence trois sérieux griefs à lui reprocher. Il a placé son église à l'extrémité de la paroisse, escomptant pour plus tard une nouvelle délimitation qu'il n'a pas obtenue; il a, comme on l'a vu, privé son église d'accès par la façade, espérant, bien a tort, la démolition d'une caserne ; enfin il a voulu une flèche élevée, dominant la ville, et cela contre les règles de l'architecture romane. A oici quelques détails a ce sujet :
« Pour se conformer au style de l'époque à reproduire (xi'^-xii^ siècles), l'architecte voulait construire un clocher du genre de celui d'Ainaj, c'est-à-dire avec la forme d'un tombeau antique et flanqué à son sommet de quatre cornes tumulaires.
Un clocher de ce genre eût été évidemment bien adapté à l'église, mais qui l'eût vu d'un peu loin ? Il fallait
dominer la ville. M. Durand se refusa à laisser construire un tel clocher cause M. Mallevai, premier commis de M. Tisseur, et on commença un clocher octogonal. M. Tisseur envoya à M. le curé, par main d'huissier, l'ordre de démolir ce commencement de clocher : M. Durand s'y refusa, et, par sa ténacité, obtint enfin l'achèvement d'un clocher tel qu'il le voulait : octogonal, à deux étages de fenêtres et surmonté d'une flèche. »
Le 11 juin 1883, l'édifice étant terminé, on procéda à sa consécration. » Comme le
Inlérieiir du Bon-Pasteur.
il gagna à sa
cérémonial exige que le prélat consécrateur puisse entrer par la porte principale de Téclifice, M. le curé demanda à la municipalité la permission de construire un escalier provisoire pour ce jour-là. La permission ayant été refusée, M. Durand passa outre, et, pour la circonstance, un escalier de bois à deux j-ampes conduisit au portail. Mgr Gaverot procéda aux cérémonies liturgiques suivies d'une messe solennelle, dite par un des vicaires généraux, à l'autel majeur qui seul avait été consacré. »
Deux ans plus tard, nouvelle cérémonie imposante. Mgr Gonindard, sacré, le 10 mai 1885, évêque de Verdun, allait donner à l'église du Bon-Pasteur, les prémices de son ministère épiscopal. « Quinze jours après, le lundi de Pentecôte, 25 mai, le nouvel évêque vint procéder aux cérémonies de consécration de l'autel de la Sainte- Vierge. »
Au-dessus de la porte principale, dans un tympan, est représenté le Bon Pasteur enseignant tous les âges. Les portes latérales possèdent également des tympans, ornés des sujets suivants à droite : L'Adoration des Mages; et à gauche Saint Joseph^ patron de l'église universelle.
Pénétrons dans l'église et entrons dans le chœur; le maître-autel, de marbre blanc, est vaste et décoré par devant d'un basrelief représentant les disciples d'Emmaûs,^ la mise au tombeau et la résurrection ; au retable sont sculptés des ornements avec sujets tirés de la vie de Notre-Seigneur.
Dans la voûte de l'abside se déroule une magnifique fresque, sur fond or, œuvre de M. ToUet. Le Christ est assis et montre son
Mgr J.-B.caiiot, curé du Bon-Pasteur, ^^^^'^ eiitouré de saiuts et saintes,
puis évêque d'Oran (1867-73). savoir i à gauchc, la Vicrgc Marie, la
bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, sainte Catherine de Sienne, sainte Gertrude, sainte Mecthilde, enfin Jeanne d'Arc tenant l'étendard; à droite, saint Joseph, saint François de Sales, le P. de La Colombière, Jésuite, le P. Eudes, Pie IX et un zouave pontifical portant le drapeau du Sacré-Cœur. Sur les. murs du sanctuaire se détachent, en relief, les statues des quatre évangélisles avec leurs symboles ; ils encadrent deux peintures ; à droite, Moïse rendant grâce à Dieu, tandis (pie le peuple recueille la manne dans le désert; à gauche, le miracle de La multiplication des pains par Notre-Seigneur. Derrière l'autel on a placé les orgues, et, de chaque côté, les stalles en chêne sculpté. Le sanctuaire est fermé par une première table de communion, en marbre blanc, décorée de colonnettes et de colombes. Une seconde barrière sépare le chœur des trois nefs. Tout autour des murs de la grande nef, ainsi qu'au fond de l'église, s'ouvrent les tribunes. La chaire occupe le milieu de l'église ; elle est en
NOTRE-DAME DE LA RETRAITE AU CÉNACLE
pierre avec dossier orné d'une statue de Moïse ; les panneaux de la cuve sont décorés du Christ, des évangélistes et des docteurs de l'église. Au fond de la nef on a gravé, sur deux plaques de marbre, les noms des principaux bienfaiteurs de l'église.
A droite de la grande nef s'ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge. L'autel, de marbre blanc, est décoré d'un bas-relief représentant le couronnement de Marie avec retable où sont sculptés des anges. L'autel est surmonté d'une statue de pierre représentant la Vierge Mère, encadrée d'un haut retable de pierre sculptée avec scènes : d'un côté, Marie donnant le rosaire; de l'autre, elle remet le scapulaire. Contre les deux pilastres de la chapelle, on a placé les statues de saint Antoine de Padoue et de sainte Philomène. Au fond de la petite nef de droite se trouvent les fonts baptismaux ; ils sont en pierre et ornés d'un retable avec ange sculpté portant un enfant, ainsi que de bas-reliefs représentant le paradis terrestre et la chute originelle.
Dans la petite nef de gauche s'ouvre la chapelle Saint-Joseph ; l'autel est de marbre blanc avec bas-relief : la mort du bienheureux patriarche, et des anges sculptés. L'autel est surmonté de la statue de saint Joseph entourée d'un retable élevé dans lequel sont sculptés deux scènes : le mariage de saint Joseph avec la Vierge Marie et le songe du saint patriarche. Contre les pilastres sont placés la statue du Sacré-Cœur et le tableau de la Sainte Face. Au fond de cette nef, adossé au mur, se trouve un petit autel dédié à Notre-Dame de Pitié ; il est surmonté d'un groupe représentant Jésus mort dans les bras de sa mère assise au pied de la croix.
L'église est éclairée par de nombreux vitraux ; les cinq verrières du chœur sont l'œuvre de M. Laurent, de Tours ; elles représentent le Bon Pasteur portant la brebis et entouré, à gauche des saints Pierre et François de Sales, à droite, des saints Paul et Vincent de Paul. Dans la grande nef six vitraux, de chaque côté, œuvre de notre collaborateur, L. Bégule, offrent la représentation, à droite, des saints Jean l'évangéliste, Poljcarpe, Pothin, Irénée, Just et Bonaventure ; et à gauche, des saintes Blandine, Cécile, Clotilde, Catherine, Claire et Elisabeth. Dans la tribune on a placé les trois vitraux : la Foi, l'Espérance et la Charité. Enfin les petites nefs sont éclairées par des verrières géminées, imitant l'art ancien, et dont les sujets sont les enseignements de Notre-Seigneur et ses paraboles.
NOTRE-DAME DE LA RETRAITE AU CÉNACLE
La congrégation dite Notre-Dame au Cénacle prit naissance dans ces montagnes du Vivarais que saint François Régis avait évangélisées au xvi^ siècle, et où, par ses prédications incessantes et ses héroïques pénitences, il avait converti nombre de protestants et de pécheurs. L'institut fut fondé par le père Jean-Pierre-Etienne Terme, mort en 1834 à l'âge de 43 ans. Ce prêtre, qui remplissait dans le diocèse de Viviers les fonctions de mis-
Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. 23
HISTOIHE Di;S ÉGLISES ET CHAPELLES DE LYON
sionnaire diocésain fut secondé, dans cet élablissemenl, par une de ses premières recrues Marie-Vicloire Conderc, plus tard en religion sœur Thérèse. Le but était de procurer une retraite aux personnes qui venaient passer quelques jours près du tombeau de samt François Régis pour s'y sanctifier ; on pourrait aussi établir des maisons d'enseignement; la maison-mère et le noviciat de La Louvesc devaient rester le noyau de la congrégation. La fondation connut, dès son début, le dénuement de Bethléem, et, en 1830, quatre ans avant la mort du fondateur, un Jésuite le P. Deslages, donnant la retraite annuelle aux religieuses, jugea la pauvreté trop absolue. Les sœurs n'avaient point de cellules et leur lit ne se composait que de deux tréteaux avec une paillasse de maïs ; on mangeait du pain de seigle, et la nourriture, des plus communes, était servie dans une faïence brune très grossière. En 1838, la supérieure générale sœur Thérèse Conderc dut céder sa charge à une autre religieuse, et vécut dès lors dans l'effacement le plus complet jusqu'au seuil de l'extrême vieillesse ; retirée à trente-trois ans, elle mourut octogénaire en 1885, et ne vit que bien tardivement la société tout entière, que des mains imprudentes avaient trop longtemps dirigée, se retourner vers elle dans un mouvement de vénération unanime. Sa démission inaugura pour le Cénacle une période pleine de souffrances et de périls ; elle prit fin avec l'épiscopat
de Mgr (iuibert, futur archevêque de Paris, qui la sauva du schisme, de la mort peut-être, en la ramenant d'autorité à son organisation antérieure et légitime. L'ère des difficultés intérieures close, le Cénacle pacifié s'étendit, après que ses constitutions eurent reçu de l'église une première approbation canonique. Le 10 mars 1857, Mgr Guibert transférait à l'archevêque de Paris son titre et ses droits de supérieur du Cénacle ; dès lors l'institut transporta sa maison-mère et son noviciat dans la rue du Regard à Paris. A dater de cette époque on peut appliquer à la communauté ce mot prononcé à propos d une supérieure générale : elle fut extraordinaire à force d'être ordinaire. A partir de 1877 le mouvement de propagation s'accéléra et s'étendit en Italie, en Angleterre, en Belgique, en Suisse et jusqu'en Amérique, où quelqu'un disait à l'une des religieuses nouvellement débarquées de France : « Nous autres, Américains, nous connaissons une neuvième béatitude, qui est de rendre service. » On fit mieux que le dire, on le prouva.
Disons un mot des règles de l'institut qui fut approuvé solennellement parle Saint-Siège
Chapelle des religieuses de la Ketraitc.
NOTRE-DAME DE LA RETRAITE AU CÉNACLE
le 17 mars 1891. Rallachées à la règle primitive de saint Augustin, les constitutions du Cénacle tiennent de près à celles de la Compagnie de Jésus ; elles ont une double tin commune : recherche de la perfection, exercice du dévouement apostolique, union à Dieu et service du prochain. Malgré le transfert de la maison mère à Paris, La Louvesc demeura le berceau de l'œuvre et le centre qui rayonnait au loin ; il est toujours le Cénacle embaumé par les vertus qui s'épanouirent à l'origine.
A côté de La Louvesc et des autres fondations de l'institut à travers le monde, Lyon figure au premier plan. L'année 1841 vit les laborieux préliminaires de cette fondation. Lîi montée Saint-Barthélemy où le Cénacle lyonnais s'établit, ne fut d'abord qu'un poste avancé. La vie des religieuses y était une sorte d'exil ou de captivité : peu ou point d'œuvres possibles; point d'aumônier; il fallait aller chercher au dehors l'absolution et la sainte messe ; la journée se passait à travailler pour gagner le pain quotidien et le loyer de la maison qui était à la cliarge des religieuses. La Providence fit bientôt cesser cette épreuve. Une vaste maison toute voisine de la chapelle de Fourvière fut acquise grâce à mère Thérèse qui sut déjouer les menées dont l'objet était d'écarter le Cénacle de cette précieuse acquisition. De nos jours la persécution a momentanément dispersé les religieuses ; mais aucune loi humaine ne saurait prévaloir contre l'esprit de cet institut que le fondateur voulut humble et caché au point de dire à ces fdles ces paroles mémorables : « Soyez si petites que tout le monde puisse marcher sur vous. »
La chapelle de la Retraite au Cénacle, est l'œuvre de M. Franchet, architecte, sous la direction de M. Bossan ; elle est aujourd'hui fermée au public. Le saint sacrifice n'y est plus célébré et les voûtes ne retentissent phis des offices et des chants liturgiques; mais l'oratoire a conservé son cachet architectural et ses ornements.
Il est de style roman et se compose d'une abside, d'un chœur et de cinq travées. Le maître-autel est de pierre blanche, la table d'autel est supportée par trois piliers de marbre d'un gracieux effet. Au-dessous, un bas-relief représente la scène de la mort de saint Joseph, groupe d'une belle expression. Au-dessus de l'autel le retable est décoré de fleurons sculptés, et le tabernacle de pierre est incrusté d'ornements en cuivre doré. Une niche pour le Saint-Sacrement surmonte le tout. Dans le chœur, à droite et à gauche, on a placé les statues de saint Joseph et de saint François Régis. La chapelle est éclairée par cinq vitraux décorés de grisailles. Au bas de la nef, nef unique, se trouve une grande statue du Sacré-Cœur ainsi qu'une peinture sur toile, représentant le même sujet. Dans le fond de la nef s'ouvre une tribune : une seconde tribune se trouve près de l'autel majeur. Vis-à-vis du chœur, mais perpendiculairement à celui-ci est placé le chœur des religieuses, séparé de la nef par une grille de bois ouvragé. Cette partie réservée aux sœurs est éclairée par six petites fenêtres. Au dehors, la chapelle ne présente pas de caractère particulier.