LA CITÉ DE L'ENFANT JÉSUS DITE CITÉ-RAMBAUD
Le fondateur de cette œuvresi populaire, Camille Rambaud, naquit à Lyon, rue Lafont, le 17 mars 1822. Son père, tulliste à Lyon, était originaire de Sigoyer (Hautes-Alpes), et sa mère Catherine Cécile Geoffray venait de la Bresse. Ses débuts au lycée de Lyon ne furent pas brillants ; le dessin, la mécanique, les sciences physiques eurent plus d'attrait pour sa nature positive que les belles-lettres : c'est pourquoi son père le retira et en fit un commis en soieries. Cette nouvelle situation l'intéressa ; il prit goiit au commerce, et, en peu de temps devint l'associé de M. Potton son patron. L'activité déployée par Camille Rambaud, son intelligence des affaires placèrent bientôt la maison Potton-Rambaud dans un des premiers rangs. La Révolution de 1848 et surtout l'insurrection des tisseurs de la Croix-Rousse apprirent au futur prêtre les misères insoupçonnées qui régnent dans un ménage d'ouvriers sans travail. C'est à la suite de ces événements qu'il conçut le projet d'établir une société de secours mutuels et une caisse de retraite pour les ouvriers en soie. Le gouvernement du prince Napoléon-Bonaparte, qui avait projeté tout un pian de réformes ouvrières à son profit, fit avorter ce projet, et, par l'intermédiaire de M. de Colmont attaché au ministère des finances, réduisit celte généreuse conception à une simple société mutuelle.
A cette époque, Rambaud, plein de jeunesse et d'esprit, s'était lancé dans la société brillante de Lyon ; lacrise de 1848 vint l'orienter vers de nouvellespensées. Le problème de la pauvreté avec toutes ses horreurs et ses souffrances réveilla le sentiment chrétien qui sommeillait en lui. Il commença l'apprentissage de l'apostolat en entrant avec ses amis Louis et Ferdinand Potton dans la Conférence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Pierre. A quelque temps de là, la Providence lui fit rencontrer un enfant de douze ans, qui n'avait jamais fréquenté l'école ; M. Rambaud eut l'idée, après s'être concerté avec ses amis, de réunir quelques-uns de ces malheureux le dimanche, de les instruire de la religion et de leur donner quelques leçons élémentaires. Le succès couronna leurs efforts. Il fallut promptement agrandir le local où se tenait les réunions hebdomadaires: en automne 1850, M. Rambaud fit construire, derrière l'église Saint-Pothin, une maison avec petite chapelle. Chaque dimanche matin une soupe de choux au lard attendait les enfants ; puis, on les conduisait à la messe, et le reste de la matinée était employé à rempHr le programme indiqué. Cette œuvre charitable ne pouvait satisfaire le zèle de l'apôtre laïc. Ayant eu l'occasion de visiter l'œuvre des Dames du Calvaire, il lui sembla qu'aidé de ses amis, il devait tenter la même œuvre pour les hommes : on commença à la réaliser en installant dans la maison des Brotteaux deux enfants infirmes couverts de plaies. C'était, dans une touchante émulation, à qui panserait ces hideuses infirmités.
Dieu ne laissa pas sans récompense tant de dévouement, et donna à ces apôtres la voca-
LA CITÉ DE l'kN'FANT-JÉSUS
lion sacerdotale. Louis Polton entra, en 1850, chez les Dominicains, Mathevon l'y suivit peu de temps après ; puis ce fut le tour de Brosse ; trois ans plus Lard, Ferdinand Potion quittait le commerce de la soierie pour revêtir à Marseille la robe de capucin. M. Rambaud était prêt depuis longtemps à quitter le monde, la mort de sa mère vint hâter sa résolution et, en mai 1854, après avoir résilié son contrat d'association avec M. Potion, il loua à la commission des hospices de Lyon, remplacement qui devait porter plus tard le nom si connu de Cité de l'Enfanl Jésus, ou Gité- Rambaud. Il y bâtit une maison pour loger les enfants retirés de la rue et vint habiter avec eux.
Ce changement de vie, l'habit d'ouvrier qu'il revêtit furent cause que la plupart de ses amis l'abandonnèrent. Mais la Providence le récompensa de sa persévérance en lui envoyant un aide dans M. Paul du Bourg, jeune homme de grande famille, qui sacrifia son avenir pour se dévouer à l'œuvre commune. Ce dernier ne craignait pas d'aller à travers Lyon recueillir les aumônes nécessaires pour faire vivre la colonie qui augmentait sans cesse. Une catastrophe, l'inondation de Lyon en 1856, faillit compromettre l'œuvre. L'eau envahit la maison de refuge jusqu'au premier étage. A la hâte les malades furent dirigés sur Chasselay où ^]yjmes Lacour leur donnèrent une généreuse hospitalité. De son côté, M. Bambaud offrit la Cité aux malheureux ouvriers victimes du fléau, et en peu de jours, elle se peupla de plus de cent personnes. Emu de voir tant de familles entassées pêlemêle, M. Bambaud conçut le projet de bâtir une vaste maison pour y hospitaliser les malheureux qu'il logeait provisoirement. Encouragé par le cardinal de Bonald, il recueillit en peu de temps plus de 30.000 fr.
Cette conception de cité ouvrière reposait hélas sur une erreur financière et une erreur morale. Les
ouvriers considéraient les dons reçus par leurs bienfaiteurs comme destinés à payer les dettes, et refusaient d'acquitter leur terme; or on avait emprunté 400.000 fr., et on construisit pour plus de 600.000.
L'échec moral s'ajouta à la gêne financière : la cité contenait non des hospitalisés, mais des locataires libres de pratiquer ou non leur religion, et la maison fondée pour instaurer le règne de Dieu fut parfois témoin de scènes de désordres. Au milieu de ces ennuis financiers, l'appui que les Pères Capucins avaient donné à la cité naissante vint à manquer.
Chapelle de la Cité de l'Enfant-Jésus.
Heureusement un vicaire de Saint-André, Tabbé Chevrier, s'offrit à partager une vie qui répondait à ses secrets désirs. Pour mener l'œuvre à bien, M. Chevrier conseilla à M. Rambaud de recevoir l'ordination. Celui-ci se rendit à ce conseil, et, en décembre 1860, reçut le diaconat à Rome, où il était ailé faire ses études théologiques, et, à la Trinité suivante, il fut ordonné prêtre. Dès le lendemain, il déclara que c'était au tour de M. du Bourg de partir pour faire ses études. Après avoir hésité, Paul du Bourg se rendit au séminaire de Romans, dirigé par les Jésuites, et dont il connaissait le supérieur; il fut ordonné à Lyon en 1864. Pendant les études de M. du Bourg, l'abbé Rambaud fit terminer la chapelle de la Cité. La situation financière n'était pas brillante; or, cette détresse eut une conséquence inattendue : les négociants lyonnais, qui soutenaient l'œuvre, abandonnèrent l'argent qu'ils avaient confié à M. Rambaud, et l'engagèrent à transformer les immeubles en asile gratuit pour les vieillards.
Pendant l'exécution de tous ces travaux, l'instruction des enfants fut confiée aux Frères des Ecoles Chrétiennes. Mais le système pédagogique rêvé par le fondateur étant incompatible avec la méthode des Frères, ceux-ci se retirèrent. M"*^ Picolet et M^'^Godin, mises au courant de la méthode de M. Rambaud, et formées par lui, se chargèrent de l'éducation des enfants. Les idées pédagogiques du fondateur, perfectionnées par la pratique, se trouvent développées dans le livre qu'il publia, en 1869, sous le titre de : Méthode d'enseignement raisonné. Cette publication fut approuvée par Pie IX comme capable « de former l'âme des enfants et des adolescents à l'amour de la religion, de l'honneur, de la famille et de la patrie, ainsi qu'au goût du travail et de l'industrie ». M. Rambaud employait avec succès la méthode socratique pour enseigner la philosophie à l'école primaire.
Lorsque la guerre de 1870 éclata, l'abbé Rambaud suivit en Allemagne nos soldats prisonniers, en qualité d'aumônier militaire. Il eut alors l'occasion de montrer son activité et son zèle en se faisant, tour à tour, professeur, fournisseur de vivres et de vêtements. Les soldats manquaient de chaussures : il acheta des basanes, des bottes et des souliers mis au rebut, et créa un atelier de galoches; il installa ensuite un atelier de reliure; enfin, pour connaître plus sûrement les besoins, et soulager plus efficacement les misères des soldats, il fonda une société Saint-Vincent-de-Paul. Pour avoir une idée de son activité, il faut lire ses deux ouvrages pubHés à l'époque de la guerre, et intitulés l'un : Le siège de Metz ; l'autre : Six mois de captivité à Kd-nigsberg .
La mauvaise nourriture et les grandes fatigues qu'il avait supportées pendant la guerre, lui causèrent une inflammation d'entrailles qui faillit le conduire à la mort. A peine revenu à la santé, il construisit une école sur le modèle de celles qu'il avait visitées en Prusse et de nouveaux bâtiments pour ses vieillards. Bien plus, il osa rompre avec nos habitudes pédagogiques routinières, et voulut donner aux jeunes filles un enseignement philosophique, dont leurs frères tiraient déjà un profit si évident. La réussite dépassa les espérances. Par sa nature propre, la jeune fille, outre la culture générale, a besoin d'une formation particulière, puisqu'elle doit être épouse et mère. Pour elle, M. Rambaud dicta aux sœurs chargées de l'école et leur fit enseigner un corps de doctrine résumé dans un