‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 27 sur 174 · LA CITÉ DE L ENFANT-JÉSUS · texte numérisé non relu

LA CITÉ DE L ENFANT-JÉSUS

livre exquis intitulé : La Mère de famille ou la Maîtresse de maison, ouvrage réimprimé depuis et qui est peut-être le chef-d'œuvre de ce pédagogue populaire.

M. Rambaud était Thomme de son temps; il ne pouvait lui échapper que la ville de Lyon s'accroissant et s'étendant de plus en plus dans la plaine du Dauphiné, les populations suburbaines avaient besoin de secours religieux. Vers 1874, M. Renard, grand teinturier, avait transporté à la cité Lafayette son importante usine; M. Rambaud, muni des autorisations ecclésiastiques nécessaires, s'empressa de construire, sur un terrain cédé par ce généreux industriel, un asile de vieillards et une salle de catéchisme, enfin une chapelle ouverte le 25 août 1879. Un an plus tard, de concert avec M. Gillet père, un nom impérissable dans les annales de la charité lyonnaise, M. Rambaud élevait une autre chapelle dans le quartier de l'Industrie au nord de Vaise, et y ajoutait une maison abritant soixante-dix vieillards. Pour soutenir ces œuvres, il fallait de grandes ressources; le prêtre pauvre se trouva parfois dans de cruelles perplexités; mais des bienfaiteurs discrets tirèrent toujours d'embarras l'apôtre des ovivriers, qui donnait et construisait sans compter.

Ces œuvres matérielles ne l'empêchèrent pas de publier, en 1887, un nouvel ouvrage: Economie sociale et politique ou science de la vie. Ce livre, très ouvert à toutes les réformes légitimes, plein de pitié virile pour le pauvre, rempli de hauts et sages conseils pour le riche, est animé d'un admirable optimisme, fruit des connaissances profondes acquises par l'industriel rompu aux affaires, qu'était iM. Rambaud. C'est une a-uvre profondément originale par son inspiration spiritualiste, sa sympathie pour le monde moderne, et son intelligence des besoins sociaux. La composition de cet ouvrage n'absorba pas toute l'activité de M. Rambaud. A la demande de

^[me Morel, présidente de la Société d'encouragement à l'allaitement maternel, il ne cessa, depuis 1882 jusqu'à sa mort, de prêter son concours le plus actif à une œuvre qui répondait à ses plus constantes préoccupations.

L'Académie de Lyon, dès qu'elle fut en possession du legs Lombard de Ruffîères, tint à honneur de couronner non seulement la Méthode d'enseignement raisonné, publiée par M. Rambaud en 1869, mais surtout le zèle et le dévouement du créateur de cette école primaire fondée sur l'enseignement philosophique. Le rapporteur de l'Académie, M. Heinrich, faisait pourtant quelques réserves, en indiquant d'un trait la difficulté de l'entreprise : « La tentative de M. Rambaud me paraît une de ces œnivres individuelles qui valent ce que vaut l'homme et ne produisent leur fruit que sous sa direction absolument exceptionnelle. » M. Rambaud fut sensible à cette observation qui répondait à ses secrètes inquiétudes. La difficulté de trouver des maîtres rompus à cette méthode pédagogique, lui fit chercher à perfectionner sa méthode et à en publier les points principaux

M. l'alabé Rambaud.

pour les rendre plus accessibles. Ce fut un travail de douze années. Quand il crut avoir amené son système à l'unité et à la clarté nécessaire, il le publia sous ce titre : La Philosophie.

La réputation du prêtre lyonnais s'accentuait de plus en plus, à Paris plus encore peut être qu'à Lyon. Son livre : Économie sociale et polidc/ue fut couronné par l'Académie des sciences morales et politiques. Le rapport de M. Picot contenait un juste et caractéristique éloge de M. Rambaud, « maître admirable, qui a créé à Lyon, dans un quartier pauvre, des logements pour les misérables; qui a construit des écoles, et qui a créé des méthodes ».

Il ne sera pas inutile de dire ici que le cœur de cet apôtre généreux fut déchiré par l'apparition de La France Juive de M. Drumont ; comme prêtre et comme économiste, il protesta contre la thèse qui mettait les Juifs hors la loi, dans une lettre publique qu'il répandit abondamment. Toute générosité de cœur le ravissait, surtout chez ceux qui n'avaient pas le bonheur de posséder sa foi. Il était lié d'amitié avec le pasteur Monod, et un jour que le pasteur iEschimann venait le visiter, M. Rambaud dit aux personnes présentes : « Il appartient à l'âme de l'Eglise. »

Depuis longtemps, M. Rambaud se proposait d'écrire une exposition raisonnée de la foi chrétienne. Poussé par ses amis et par le cardinal Foulon, il se décida, en 1892, à faire imprimer ce nouvel ouvrage. On a appelé avec raison cette œuvre : la théologie du cœur. Ce livre, écrit avec tant d'amour, fut le tourment de ses dernières années. Certains professeurs ne concevaient pas que l'on pût facilement allier la ^théologie affective aux austères et strictes définitions de la scolastique. Et pourtant que de conquêtes lui valut cette méthode : pour ne citer que deux noms, n'est-ce pas sur ce terrain qu'il se lia d'amitié avec MM. Lucien et Félix Mangini. Ces deux grands personnages animés l'un et l'autre d'un invincible optimisme et d'une haute générosité, étaient en communication constante avec M. Rambaud, dont ils admiraient la religion large, pure, élevée.

Le 19 décembre 1893 fut un véritable triomphe. Tout ce que Lyon compte d'hommes remarquables se pressait dans la vaste salle du Palais des Arts. L'Académie venait d'attribuer à M. Rambaud le prix Livet. Mgr Coullié tint à jhonneur de remettre lui-même au créateur de la Cité de l'Enfant-Jésus, la médaille d'honneur. Presque au lendemain de cette séance, une congestion de la rétine priva de la vue M. Rambaud. Après quelques jours de tristesse causée par la pensée d'être livré à une main étrangère pour le conduire, il se reprit, et adressa au pasteur Monod cette belle parole : « Je sai& ce que c'est que servir Dieu en y voyant clair, il m'apprendra ce que c'est que le servir en aveugle. » Dès ce moment, il reprit plus fortement sa tâche d'éducateur, de consolateur, d'ami des pauvres, de promoteur d'œuvres et d'idées. Son infirmité ne l'empêcha pas de publier : L Histoire des idées philosophiques, ouvrage qui forme le complément de sa Psychologie.

Au miUeu de ce travail, qui, en occupant sa pensée lui conservait la vie, il lui arriva,, à peu d'intervalle, une joie et bientôt une cruelle douleur. L'Académie des sciences morales et politiques lui décerna, en 1895, pour son Économie sociale et politique, le prix

LA CITÉ DE l'eNFANT-JÉSUS

AudifTred, de 15.000 francs, sa plus haute récompense. Mais peu de temps après, Tabbé P. du Bourg perdait un œil par accident et mourait le 1er janvier 1898. Ce fut un coup terrible pour M. Uambaud, privé ainsi du compagnon de sa vie, de celui à qui il était attaché par des liens plus forts que le sang, les liens de la charité et du dévouement. Luimême ne devait pas survivre de longues années. Une chute, survenue dans l'escalier de la Cité de l'Industrie, donna une secousse fatale à l'organisme débilité de M. Rambaud. Brusquement il sentit ses forces défaillir. Le 9 février 1902, il se fit conduire à l'église, au milieu des vieillards qu'il avait tant aimés, leur fit ses dernières recommandations, et, le 13 février, il rendait sa belle âme à Dieu. M. Augagneur, maire socialiste de Lyon, accorda de suite l'autorisation d'ensevelir M. Rambaud dans la chapelle delà Cité : « pour un tel prêtre, dit-il, on ne refuse inen. » C'est là qu'il repose à côté du Père du Bourg, au milieu des vieillards et des enfants auxquels ils ont consacré leur vie.

La chapelle est un beau monument de style gothique, comportant une grande nef et deux petites. Le chœur est éclairé par cinq verrières avec chacune deux sujets, savoir : la sainte Vierge portant l'Enfant Jésus et saint Joseph ; les saints apôtres Pierre et Paul ; saint Thomas et saint Barthélémy; saint André et saint Jacques ; enfin saint Jean Baptiste et saint Jean l'Evangéliste complètent la couronne des apôtres qui entourent la sainte Famille. Au-dessous des vitraux, un grand Christ et un reliquaire renfermant des par- Eglise Saint-CamiUe de rindusine.

celles de la vraie croix, dominent l'autel.

Celui-ci est en pierre, vaste, et entouré d'une barrière de pierre gracieusement sculptée. Sur les murs de l'abside, deux plaques de marbre portent les noms des bienfaiteurs.

A droite et à gauche de l'abside, s'ouvrent deux chapelles dédiées l'une à Notre-Dame de la Salette, l'autre à saint Joseph.

Dans la première, sur le mur, on lit l'inscription suivante : « Vœu rendu à N.-D. de la Salette ; le P. Camille Rambaud, aumônier libre dans le IV® corps de l'armée du Rhin et des prisonniers à Kœnigsberg (Prusse), a été rendu aux vieillards de la Cité de l'Enfant- Jésus le XVII mai M. DCCC LXXI. Reconnaissance à Marie, notre protectrice. » Vis-àvis s'ouvre la petite nef de droite ; elle est éclairée par le vitrail de la descente du Saint- Esprit sur les apôtres ; au-dessous une vaste plaque de marbre contient les noms des bienfaiteurs de l'œuvre. Au fond de cette petite nef la verrière du couronnement d'épines éclaire un Christ au tombeau de pierre blanche.

La chapelle de gauche est dédiée à saint Joseph ; elle renferme les corps des deux fon-

Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. 24

dateurs : sur la pierre sont gravées les inscriptions suivantes : a Ici reposent les fondateurs de la Cité de l'Enfant-Jésus, Camille Rambaud, né à Lyon le 17 mars 1822, ordonné prêtre le 25 mai 1861, décédé à la Cité le 13 février 1902. Paul Du Bourg, né à Lyon le 25 juin 1827, ordonné prêtre le 21 mai 1864, décédé à la Cité le 2 janvier 1898. In morte quoque non sunt divisi. »

La basse nef de gauche est éclairée par les vitraux de la Flagellation et de la Visitation.

Le transept de droite contient un autel dédié à saint Benoît-Joseph Labre, surmonté d'un portrait du célèbre mendiant, vis-à-vis se trouve une autre peinture représentant ce même saint partageant son repas avec les pauvres. Une statue du Sacré-Cœur complète la décoration de ce transept éclairé par le vitrail de saint François d'Assise et de sainte Claire. Le transept de gauche renferme un autel dédié à sainte Anne et les statues de l'Ecce Homo et de saint Antoine de Padoue ; il est éclairé par le vitrail de sainte Elisabeth et de saint Louis, roi de France.

Au fond de l'église, se trouve une vaste tribune, au-dessus de laquelle est un vitrail décoré de l'image des trois archanges : saint Michel, portant le glaive, saint Gabriel, le lis de l'Annonciation, et saint Raphaël, le bâton de voyageur.

Au-dessus de la tribune s'élève un élégant clocher surmonté d'une flèche élancée, une des plus élevées de Lyon ; elle est l'oeuvre de M. Gaillard, architecte. Sur la façade de l'église on a récemment placé une belle œuvre de M. Vermare, le buste de M. Rambaud, aveugle, mais reflétant sur son visage la joie surnaturelle dont il jouissait à l'intérieur.

Page 1