MARISTES DE PL'YLATA ET DE SAINTE-FOY SŒURS MARISTES
du petit séminaire de Belley. Il n'y a guère de fondateurs d"ordre]à qui Ton n'ait fait faire ou qui n'aient fait d'eux-mêmes un faux pas, et qui n'aient failli passer à côté de leur but. Dieu semble ainsi lancer parfois ses œuvres bors du domaine qu'il leur a préparé. Il ne serait pas difficile d'en citer des exemples : saint Norbert ne faillit-il pas être cbanoine à jamais; saint François d'Assise ne voulut-il pas se contenter de mourir en Palestine; saint Ignace de Loyola de donner au monde l'exemple de la stricte vie érémitique ; mais ils faillirent seulement. Jean-Claude Colin, lui, dirigea effectivement le petit séminaire de Belley; il tripla le nombre des élèves, fît refleurir les études, la discipline et la piété. Dix années durant, et tandis que sa Société se formait, prenait corps et se développait, le saint égoïsme de Mgr Dévie faillit la confisquer pour son seul diocèse.
Faudrait-il donc, se disait le P. Colin, replier ou briser les branches de l'arbre dès sa première poussée? Parmi les anciens confrères qui avaient persévéré dans le grand dessein, le mieux doué pour l'action, l'abbé Marcellin Cbampagnat, qui fondait à Lavalla les Petits-Frères de Marie, était de plein cœur soumis au P. Colin avec les abbés Séon et Bonrdin. Que deviendraient ces trois premiers Maristes lyonnais si la Congrégation devait n'être que diocésaine? Jean-Claude Colin temporisa, assuré que Dieu le soutiendrait à son heure; il conseilla aux Maristes de Lyon de se réunir à l'Hermitage pour se donner un supérieur local, ce qu'ils firent, le 4 décembre 1830, assemblés en chapitre, en rédigeant un corps de règle provisoire et en élisant le P. Cbampagnat pour supérieur provincial. Cependant le P. Colin avait besoin de prouver que sa douceur n'était qu'une enveloppe préservatrice de son énergie. L'évêque de Belley, toujours par une estime singulière de son caractère et de son œuvre commencée, lui infligeait le supplice de ses faveurs et de ses instances de choix. Un jour il le voulait vicaire général et chanoine titulaire, le lendemain il lui offrait trois maisons pour une s'il consentait à ce que ses fils spirituels demeurassent à Belley. « Monseigneur, répondait le P. Colin, je me suis peut-être trompé une fois; c'est assez; ou ma Société comme je la vois, c'est-à-dire universelle, ou rien. » Mgr Dévie s'étonnait, se taisait même, mais ne pouvait se persuader qu'il se trompât. II pensa enfin désarmer son débonnaire et intraitable adversaire, dans ce combat d'un nouveau genre, en lui offrant son meilleur gîte, le couvent des Capucins de Belley, fondé par Mgr Camus, illustre ami de saint François de Sales. Le Père Colin ne déclina pas l'offre. Le couvent était vaste, pourvu d'une belle chapelle et d'un grand jardin. II s'y établit avec ses quatre compagnons, un frère coadjuteur et un jeune postulant, Jean Millot. Il s'était écrié en faisant connaissance avec les lieux : « Il y a de l'espace ici, ce château sera la source des Maristes! » Il prophétisait juste. Le Père Humbert rentra un jour d'une mission tenant par le bras un enfant en qui il avait discerné un grand désir du latin. Peu à peu, à côté du noviciat, du scolasticat, de la retraite, un collège se forma sous le toit des Capucins.
L'excellent Mgr Dévie s'était pris à son propre piège; en fournissant aux Maristes tant •de place, il leur avait donné ensemble les moyens de s'essayer dans plusieurs apostolats et de paraître dès lors à tous et à lui-même trop à l'étroit dans le diocèse de Belley : « Ah ! dit-il au P. Colin avec un soupir de regret, je voulais vous donner du champ mais non
pas la clef des champs. » Et ayant épuisé sa vengeance dans cette innocente épigramme^ il se résigna à reconnaître son erreur comme savent faire les grandes âmes, c'est-à-dire en tâchant de la réparer.
Il n'entre pas dans notre but de raconter l'histoire de la Congrégation des Père& Maristes ; disons seulement que l'Institut pourrait écrire un beau chapitre pour sa part prise en France à l'enseignement catholique et pour son dévouement à l'étranger dans les missions. Contentons-nous de citer les dates essentielles. Le pape Grégoire X^'I approuva solennellement la règle. Le 29 avril 1836, l'assemblée générale réunie à Belley et
Chapelle des sœurs Maristes, montée des Génovélains.
composée de dix membres de ce diocèse et de dix du diocèse de Lyon élut le P. Colin supérieur général et reçut la profession canonique des vingt premiers Maristes, parmi lesquels se trouvaient le P. Chanel, futur martyr de Futuna, aujourd'hui bienheureux; le P. Bataillon, futur vicaire apostolique de l'immense diocèse de l'Océanie Occidentale; enfin le vénérable Ghampagnat, fondateur des Petits-Frères de Marie.
Quelques mois après, le P. Colin décida que Lyon serait le centre de la Société et y envoya en éclaireurs son frère et le P. Forest qui n'eurent d'abord qu'un pied-à-terre à la montée Saint-Barthélemy ; on y improvisa un noviciat et une résidence de missionnaires. Les Frères des Ecoles chrétiennes qui avaient acheté, en 1831, l'ample propriété des Lazaristes, proposèrent de vendre leur première maison dite Puylata. Le P. Colin vint à
FRÈRES DES ÉCOLES CIUlÉTIENNES AU PETIT-COLLÈGE ET AUX LAZARISTES
Lyon traiter l'affaire qui n'alla pas sans encombre, favite d'argent comptant, et qui ne se conclut qu'en 1840. M. Perret, architecte et tertiaire dévoué, érigea au rez-de-chaussée une chapelle sans prétention.
Dès 1841 la Société acquit une autre propriété, celle de la Favorite, où bientôt s'installa un pensionnat de jeunes gens. M. Gholleton, devenu vicaire général de Mgr de Pins, avait gagné les faveurs de ce prélat en faveur des Maristes. Il serait trop long d'énumérer les résidences, collèges, maisons diverses dont les fondations se succédèrent rapidement à partir de cette période; rappelons seulement le pensionnat de Valbenoîte transféré à Saint- Chamond, les institutions Sainte-Marie à la Seyne-sur-Mer, Saint-Joseph à Montluçon, les maisons de Moulins, Toulon, Spitlifîeld à Londres, Notre-Dame de Montbel, Valenciennes et Riom.
Quant aux sœurs Maristes qui ne forment pas la moindre partie de l'œuvre du P. Colin, aprèsdes débuts difficiles de 1823 à 1836, elles s'égalèrent à leurs frères. Citons, pour cette même période de temps, leurs couvents de Lyon, de Sainte-Foy-lès-Lyon et de CoUonges. Le pape Léon XIII les confirma définitivement en 1884, faisant ainsi droit à l'un des vœux qui occupèrent le plus l'âme du digne fondateur durant la longue retraite qu'il s'imposa. Dès 1854, en effet, il donna sa démission au chapitre général et eut pour successeur le P. Favre. Le travail du soir de sa journée, un soir qui ne s'éteignit que le dimanche 14 novembre 1875, fut la rédaction des Constitutions pour ses religieux, durable monument de sa ferme intelligence et de sa prudence consommée ; il eut le bonheur de les voir approuvées par Rome en 1870.
Le but principal de la congrégation des sœurs Maristes est l'éducation des jeunes filles dans les pensionnats et externats, enfin les missions. Elles dirigent des providences pour les enfants pauvres. A la suite du dernier chapitre général, en septembre 1891, la maisonmère et le noviciat ont été transférés de Relley à Lyon. Le nombre des religieuses professes est de deux cent vingt. Elles sont réparties en seize établissements, dont neuf en France, six en Angleterre, un dans les îles Fidji.