HÔPITAL DES PASSANTS
L'espace nous manque pour redire l'historique des nombreux petits hôpitaux ou hospices fondés à Lyon au moyen âge ; ce travail a été fort bien fait par M. Drivon que nous citons en bibliographie. Gontentons-nous de quelques lignes sur l'hôpital du pont de la Guillotière, dit des Passants : « Les hospices civils de Lyon, raconte Grépet, augmentaient leur fortune par des dons successifs sur le territoire delà Guillotière. La maladrerie Saint-Lazare ne suffisant plus à la bienfaisance de ses donateurs, un hôpital, dit des Passants, fut créé non loin du pont de la Guillotière, dans une rue qui porte aujourd'hui ce nom. Il servait de succursale à la maladrerie Saint-Lazare, et recueillait gratuitement, pendant trois jours, les voyageurs arrêtés par les inondations du Rhône. Les fermes du Poirier-sans-Pareil, de la Tête-d'Or, de la Blanchisserie, devinrent plus tard la propriété des hospices de Lyon, qui occupaient ainsi le quart de la surface de la commune tout entière. »
HÔTEL-DIEU
HÔTEL-DIEU
Le principal hôpital de Lyon est l'Hôtel-Dieu, fondé, dit-on, au milieu du vi^ siècle, par saint Sacerdos, évêque de Lyon, sous le patronage de Nolre-Dame-de-Pitié ; il est dirigé par la puissante administration des hospices civils, et les malades sont soignés par les sœurs dites hospitalières de Lyon ou servantes des pauvres. Le caractère semi-religieux et semi-laïque de celles-ci en fait une congrégation unique en France. Leur but est de soigner les malades de l'un et de l'autre sexe, les femmes en couches, les enfants, les infirmes et les viedlards. Le nombre des malades secourus par an tend à dépasser le chiffre considérable de 30.000.
Les sœurs hospitalières de Lyon sont au nombre de 800 environ, réparties en sept résidences, dont quatre dans la ville : THotel-Dieu avec 240 sœurs, l'hospice de la Charité, celui de l'Antiquaille, celui de la Croix-Rousse avec 100 sœurs. En dehors de Lyon se trouvent trois résidences : l'hospice du Perron, à Pierre-Bénite, l'asile des convalescents à Saint-Genis-Laval, avec 26 sœurs; enfin le sanatorium Renée Sabran, créé à Gien- Hyères(Var), sur le littoral de la Méditerranée, en faveur des enfants pauvres et scrofuleux de Lyon qui ont besoin des bains de mer pour se guérir.
La congrégation des sœurs hospitalières de Lyon, si vénérable par son antiquité, n'a pas de constitutions religieuses proprement dites, mais seulement un règlement qui varie quelque peu avec les différentes maisons. Les sœurs sont divisées en prétendantes, novices et sœurs croisées. Les novices ne prennent l'habit qu'après douze mois d'épreuve ; au bout de quinze ans, temps qui permet d'éprouver leur vocation et de les former à la vie hospitalière, elles reçoivent la croix qui les fixe au service des malades pendant leur vie entière; néanmoins, elles sont toujours libres de rentrer dans le monde, l'administration n'ayant jamais regardé leurs promesses comme des vœux proprement dits.
Dans chaque emploi se trouve une sœur cheftaine ou maîtresse à laquelle les autres sont soumises pour le travail. Les prétendantes, novices et sœurs croisées n'ont d'autre supérieur spirituel que le premier aumônier de leur maison respective. Les sœurs hospitalières rendent seules aux malades qui leur sont confiés les soins que comporte leur étal, sans l'aide de servantes séculières comme cela se pratique dans d'autres communautés.
La chapelle de l'IIôtel-Dieu est de style Renaissance. Sur la façade, au-dessus de la porte, se trouve une Pietà, avec deux anges, dont l'un tient la couronne d'épine. La chapelle est composée d'une grande nef, avec huit chapelles latérales communiquant entre elles. Au fond du chœur, dominant l'autel, se trouvent trois tableaux représentant les vertus théologales. Dans celui de gauche, la foi est symbolisée par la résurrection de Lazare; dans celui du milieu, l'espérance, par le Christ en croix; dans celui de droite, la charité, par le bon Samaritain.
IIÔTFI -Diru
La première chapelle de droite est dédiée à Notre-Dame-de-Gràce ; elle est décorée d'une statue en marbre provenant, dit-on, de l'ancien édicule du pont du Change et sculptée par Mimerel ; l'enfant Jésus que porte la Merge ayant été brisé, on en a moulé un autre en plâtre.
La chapelle suivante est celle de Saint-Joseph. Un beau groupe de marbre domine l'autel. Saint Joseph, sur le point de mourir, est étendu la tête appuyée sur l'épaule de Jésus, tandis que Marie en pleurs contemple celte scène. L'autel est décoré d'un bas-relief: la Sainte Famille dans l'atelier de Nazareth.
Pietà. par DulVaisne, à l'Hôlel-Dieu.
La troisième chapelle est sous le vocable du Sacré-Cœur; à l'autel, dans un groupe saisissant, la bienheureuse Marguerite-Marie est représentée à genoux aux pieds de Notre- Seigneur. Dans un bas-relief, Jésus tient sur sa poitrine l'apôtre bien-aimé, et au-dessus de leurs têtes, le calice paraît entouré d'une auréole ; de chaque côté du groupe, saint François d'Assise et saint François de Sales.
Dans la quatrième chapelle se trouvent les fonts baptismaux dominés par un groupe : Notre-Seigneur recevant le baptême de saint Jean.
La nef de gauche possède d'abord la chapelle Notre-Dame-de-Pilié avec groupe en marbre ; la porte du tabernacle, en cuivre repoussé, représente le Sauveur chez Simon le Pharisien. On pénètre de là dans la chapelle Sainte-Madeleine; le groupe au-dessus de
l'autel est une œuvre de Fabisch; le bas de l'autel représente la résurrection de Lazare. La troisième cbapelle est réservée aux reliques, parmi lesquelles se trouve le corps de sainte Florentine. Le chemin de croix de l'église est en métal repoussé. La chaire proviendrait d'une communauté dévastée à la Révolution.
HÔPITAL SAINT-JOSEPH
L'œuvre de l'hôpital Saint-Joseph est une nouvelle preuve de la fécondité de la foi chrétienne et de l'initiative du bien dans notre ville.
La fondation en fut entreprise vers 1888. Le 12 novembre 1890, le cardinal Foulon bénissait le terrain où devait s'élever ce nouvel asile de la souffrance. L'intention des fondateurs était double : ils désiraient d'abord voir cette œuvre servir de base à l'établissement de l'enseignement libre et catholique de la médecine; ainsi que le disait avec à-propos, au jour de la bénédiction du terrain, le président de la société civile, « la charité est chargée de préparer les voies à la science ». Maison voulait aussi fonder un hôpital catholique, pour que le pauvre puisse y guérir, et que, si Dieu ne lui rend pas la santé, il puisse y bien mourir.
Cet hôpital, situé à la Guillotière, entre les rues de la Lône, Parmentier, de Béarn et Cavenne, occupe un terrain de près de cinq mille mètres carrés. L'ensemble des constructions se compose d'un vaste bâtiment avec galerie et de deux petits bâtiments annexes reliés au bâtiment principal par des abris. L'édifice présente en plan la figure d'un U, dont le vide s'ouvre au levant, formant une vaste cour. Une large galerie règne sur les trois côtés de la cour donnant accès dans les divers services et offrant un promenoir aux malades.
La chapelle de l'hôpital est un monument de bon goût oii on a surtout visé à l'utilité pratique, tout en ne sacrifiant pas le côté esthétique. Elle est placée au milieu des bâtiments de l'hospice, montrant ainsi qu'elle en est une des parties principales. La façade est décorée d'une statue de la Vierge Immaculée. On accède à l'intérieur par une large porte ouvrant sur la galerie ; sur le linteau, on lit ces mots : Venez à moi et je vous soulagerai. La réfection spirituelle et corporelle des hospitalisés, tel est le but des fondateurs de l'hôpital Saint-Joseph. Deux petites portes, à droite et à gauche, donnent aussi accès à la chapelle et à ses dépendances ; entre ces portes et la porte principale, des tables de marbre contiennent les noms des bienfaiteurs. La chapelle présente, en plan, la figure d'une croix grecque.
L'église est de style roman à une seule nef et à une seule travée. L'autel est élégant, et l'artiste Dufraisne l'a décoré d'un magnifique bas-relief représentant l'ensevelissement du Christ : la Vierge, le visage empreint de la plus profonde douleur, reçoit sur ses genoux le corps de son Fils bien-aimé, dont saint Jean l'évangéliste soutient doucement la tête,
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tandis que les pieds sont supportés par Madeleine. L'inscription : « Voyez s il est une douleur sembbihle à la mienne », ajoule encore à l'impression en disant à tous ceux qui pleurent que l'amertume de leurs peines n'égalera jamais celle des larmes que la Mère de douleur a versées pour nous au Calvaire. De chaque côté sont sculptés saint Pierre tenant les clefs et saint Paul s'appuyant sur son glaive. L'autel et la chapelle entière sont éclairés par un vitrail de grande dimension, œuvre de notre collaborateur L. Bégule. C'est une grisaille sur laquelle se détache les écussons de Léon XIII, du cardinal Foulon qui a béni la première pierre de l'hôpital, et de Mgr Coullié, qui a présidé à son achèvement. De chaque côté de l'autel, on a placé les statues du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Lourdes. Cinq tribunes s'ouvrent dans la chapelle, trois au premier étage et deux au second, afin
Jésus guérissant un aveuyle.
(Peinture de P. lîorel à l'hôpital Saint-Joseph.)
que, de toutes les salles, les malades, hommes et femmes, puissent facilement se rendre aux offices sans avoir à monter ou descendre. Arrêtons-nous près des tribunes latérales : elles sont fermées sur la nef par une élégante barrière de bois sculpté. Pour décorer la muraille, on s'est adressé à un artiste de renom, notre compatriote, M. Pierre Borel, qui y a mis tout son talent. D'un côté, il a peint la guérison de l'aveugle de Jéricho, de l'autre, la mort de saint Joseph assisté par Jésus adolescent et la Vierge Marie, tandis qu'un ange présente la couronne destinée au juste. (Inné saurait dire ce qu'on admire le plus dans ces peintures, ou de l'ordonnance et de la simplicité des sujets, ou de la sobriété et de la vivacité des couleurs. Ces peintures sont de vrais symboles : ce sont bien, en elfet, les deux manières dont il est bon de sortir d'un hôpital, ou rendre le dernier soupir entre les bras de Jésus et de Marie, ou être guéri par Dieu de l'infirmité physique et de la
Cécile morale. La décoration de la chapelle est sobre, mais elle ne manque pas de distinction : elle est Toeuvre du peintre Razuret.
A droite se trouve la chapelle Saint- Joseph. Le mai Ire-autel, de marbre blanc, est orné d'un bas-relief représentant le saint patriarche dont la statue se trouve placée au-dessus de Lautel. Un élève du peintre Sublet a décorî la voûte de celte chapelle; il y a représenté
La mort de Saint Joseph, (Peinture de M. P. Borel à l'hôpital Saint-Joseph.)
la mort de saint Joseph ; près du patriarche se tient la Vierge Marie et Notre-Seigneur qui montre le ciel à son père adoptif. A gauche se trouve la chapelle de la Sainte-Vierge; l'autel, de marbre blanc, est également orné d'un bas-relief.
Le centre du bâtiment se termine par un pignon sur lequel un grand Christ, imitation d'une œuvre de Jean de Bologne, étend ses bras ; plus haut encore, un campanile abrite la cloche.
lininTAL SAINT-LUC