FRANGISCALNES DE LA MOTHE
Au fond de la Guillotière, près du cimetière, se trouve le château de la Mothe qui sert aujourd'hui de caserne avec de vastes bâtiments construits tout autour. Quelle est l'origine de ce château placé autrefois sur la route du Dauphiné? « On ne connaît pas, dit Meifred, la date précise de sa construction, on sait seulement qu'il était déjà décoré du titre de fief au commencement du xvi*^ siècle, et qu'il appartenait à la maison de Villeneuve, l'une des plus considérées de la province. Charles de Villeneuve, seigneur et baron de Joux, le vendit, par acte du 22 octobre 1530, au prix de 7.800 livres à M" Hugues Dupuy, procureur général de l'archevêché de Lyon, ensuite lieutenant particulier en la sénéchaussée de la même ville, et conseiller échevin en 1537 et 1538. Ce magistrat, qui
IIlSTOIIîF DES ÉGLISES ET CHAPELLES DE LYON
s'était plu à embellir le château, se qualifiait, en 1554, de seigneiu' de la Mothe. De son mariage avec Catherine Rarbin, il n'eut qu'une fille, Marie Dupuy, qui épousa Jean de Lucarnier, et lui porta en dot le fief de la Mothe. » De ce mariage naquirent deux filles, Marie, femme de François de Plalel, seigneur et baron de Vaux, et Françoise, épouse de Christophe de Bourdon, sieur de Malleval et de Chazottes. « Les deux sœurs partagèrent entre elles le fief de la Mothe, par acte du 18 août 1602 ; les enfants de Françoise, qui étaient au nombre de neuf, vendirent le 26 mai 1626, la moitié dévolue à leur mère, moyennant 9.000 fr. à noble Henri Cabon, siem^ de la Griffonière, bourgeois de Lyon, et éclievin de celte ville en 1616 et 1617. Après la mort de François de Platel, le fief de la Mothe, déjà divisé en deux lots, fut encore subdivisé d'une telle façon qu'il l'était en vingt parties vers le milieu (hi xvu" siècle. Deux petites-filles de François de Platel ayant
ChâLeau de la Mollic.
pris le voile dans le monastère Sainte-Elisabeth de Bellecour, cédèrent à leur communauté les droits qu'elles avaient sur le tènement de la Mothe ; Marguerite Chauvet, veuve de noble Claude de Plalel, leur abandonna aussi les siens; enfin les rehgieuses étant parvenues à réunir dans leurs mains quatorze portions de cette propriété, résolurent d'acheter les six qui restaient. Jacques de Laube, seigneur de Bron, les leur vendit, par acte du 2 mai 1687, au prix de 15.000 fr. et vingt louis d'or d'étrennes. » Les sœurs possédèrent ainsi en entier le fief de la Mothe. On verra plus loin que leur maison de Bellecour fut supprimée en 1745, et réunie au couvent [dit des Deux-Amants, du même ordre; dès lors, le château appartint à ce nouveau monastère, jusqu'à la Révolution, où il fut vendu comme bien national.
Voici quels furent les hôtes illustres du château. « Le cardinal Caraffa, neveu et légat du pape Paul lY, vint en France en 1556, pour porter au roi Henri H une épée bénite. Ce prélat séjourna plusieurs jours au château de la Mothe pour y attendre les préparatifs
de sa réception. Celle cérémonie eut lieu avec beaucoup d éclal le (i juin. On peignit à la fresque, dans la galerie du château, les honneurs rendus à ce prélat. Le 2 décembre 1600, Marie de Médicis arriva à la Guillotière. Elle ne voulut pas habiler le château de la Mothe où elle n'aurait pu s'entourer de sa suite ; elle passa la nuit dans une maison près du pont. Le lendemain, la reine vint entendre la messe dans la chapelle de La Mothe et dîna au château. Un vaste théâtre, couvert et paré de riches tentures, avait été construit devant la façade; un trône s'élevait au milieu. C'est sur ce trône que Marie de Médicis reçut les hommages des corps de la ville ; le clergé seul lui parla debout. Elle fit son entrée solennelle le même jour à Lyon, et vint loger au palais de l'archeyêché. C'est là (pie fut célébré son mariage avec Henri IV, et non à La Mothe, ainsi que l'ont prétendu plusieurs historiens. » Plusieurs harangues furent prononcées à l'occasion de cette entrée solennelle ; et en particulier par le sieur Thomé.