SAINTE- ELISABETH
Premier monastère : Bellecoiir et la Croix-Rousse.
Rameau détaché du couvent de Salins, en Franche-Comté, le monastère Sainte-Elisabeth fut fondé à Bellecour, en 1617, avec sept religieuses, sur l'emplacement occupé actuellement en partie par la Charité et en partie l'hôpital Desgenettes. Il dut en grande partie sa prospérité à une personne de mérite, M^^® Marie Mathieu, en religion somr Madeleine du Sauveur. Née à Lyon, le 23 juillet 1605, d'un père noble, écrivain distingué et fixé à la cour du roi, elle fut dotée des rares dons de la nature et des principales faveurs de la fortune, fat prévenue, dès sa jeunesse, des grâces divines auxquelles elle sut correspondre avec un mérite évident, même au milieu des dangers d'une brillante société. Son père se retira à Lyon après la mort d'Henri IV, son protecteur et ami ; lorsqu'elle le perdit, elle résolut d'entrer en religion et se consacra effectivement à Dieu dans le monastère Sainte-Elisabeth de Bellecour, selon la règle du Tiers- Ordre de saint François. Le noviciat achevé, elle prit le nom de Madeleine du Sauveur. Elle eut bientôt la consolation, en récompense de ses hautes vertus, de voir sa propre mère et sa sœur cadette entrer en religion et faire profession dans un monastère de la Visitation.
Etablie maîtresse des novices, elle apporta dans celte charge l'exactitude et la perfection requises. Ses vertus l'appelèrent bientôt à un office plus haut; elle fut élue supérieure du ■couvent le 19 mars 1642. Là encore elle fit briller les qualités de gouvernement qui la distinguaient. Sa siq^ériorité finie, elle fut nommée vicaire, le 28 avril 1648, et demeura pourvue de cet office jusqu'en 1654. Rendue au simple rang de religieuse, elle se montra parfaite comme dans le passé. Si elle fut favorisée d'extases et de ravissements, elle se fit
surtout remarquer dans le commerce habituel de sa vie par une incomparable douceur ; d'autre part ses entretiens édifiaient et instruisaient tellement la communauté que les religieuses en étaient aussi touchées que d'une efficace prédication. Ses pénitences étaient extraordinaires : elle prenait la discipline jusqu'à cinq fois par jour. Réélue une seconde fois supérieure, elle établit heureusement au faubourg de Vaise, maison des Deux-Amants, un second monastère de son ordre. Sa deuxième supériorité terminée, elle redevint vicaire; puis, malgré son désir d'obscurité et de vie humble, elle fut élevée une troisième fois à la charge de supérieure. Depuis la sortie de ce dernier office jusqu'à la fin de sa vie, elle ne cessa de vaquer au jeûne et à l'oraison, ses deux exercices préférés. Elle affligeait son goût en mâchant de l'absinthe, en poudrant ses aliments de cendre, et surtout souffrant de violentes soifs durant les ardeurs de l'été. Elle appliquait sur sa chair nue des manipules d'ortie, et demeurait à
genoux pendant de longues oraisons, sans s'appuyer nulle part. Sa vie, un martyre perpétuel, s'acheva le 3 septembre 1680. x\u x\if siècle, le couvent de Sainte-Elisabeth avait pris un tel développement, qu'en 1617 on y comptait soixante religieuses et cent vingt-cinq ans plus tard, en 1742, il s'en trouvait quatre-vingts.
Bellecour exista jusqu'en 1745. A cette époque les religieuses cédèrent à l'hospice de la Charité une partie de l'emplacement qu'elles occupaient et se retirèrent, soit aux Deux-Amants, soit aux Colinettes. A la Révolution les monastères devinrent biens nationaux. Quant aux religieuses, parfois sans asile et même sans pain, elles pratiquaient une vie de travail et de charité par l'enseignement religieux ; quelques-unes furent incarcérées^ et périrent même sur l'échafaud ; le nombre des victimes eût été plus considérable sans la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794. L'épreuve de la séparation dura vingt-trois ans ; mais le 19 octobre 1815, douze sœurs survivantes des couvents disparus voulurent rétablir un monastère de religieuses Sainte- Elisabeth. Elles s'installèrent aux Chartreux, dans une maison qui fut jadis le cellier des moines, et devint, plus tard, un des bâtiments du pensionnat actuel; elles y restèrent jusqu'en 1831. Cette année, elles se fixèrent, au nombre de trente-deux, dans une propriété qu'elles avaient achetée, rue Saint-Pothin, où la persécution sectaire est allée les chercher pour les dissoudre et les disperser. Désireuses avant tout de conserver la vie commune, les sœurs se sont transportées en Italie, près de-
Sainte-Élisabeth de Bellecour, au xvii" siècle (d'après le plan de Simon Maupin).
SAINTE-ÉLISAHFTII
Turin, et là mènent une vie de pauvreté, gagnant à peine de quoi sub\enir aux plus modestes besoins, mais espérant, malgré tout, rentrer plus tard dans leur patrie.
La chapelle que les sœurs ont quittée provisoirement est placée le long de la rue Saint- Pothin. L'autel de marbre blanc est décoré d'un bas relief représentant l'Agneau de Dieu immolé sur la croix; au-dessus de l'autel se trouve une peinture : le Christ. Le chœur tout entier a été revêtu d'une belle boiserie. Dans la nef, on a placé deux statues, à gauche la Vierge-Mère et à droite saint Joseph tenant l'enfant Jésus. A droite de l'autel et perpendiculairement, se trouve la grille et le chœur des religieuses. Au fond de la chapelle s'ouvre une vaste tribune en bois sculpté. L'oratoire est éclairé de trois vitraux décorés des sujets suivants : le Sacré-Cœur de Jésus, le Saint-Cœur de Marie, enfin sainte Cécile entourée d'anges.
Dans le chœur se voyaient autrefois deux peintures : la communion dans les catacombes et les stigmates de saint François. Ces tableaux ont été emportés par les religieuses dans leur exil en Italie.
Deuxième monastère : Sainl-Jiisl et. les Deux-Amants.
Deux rejetons sortirent du tronc vigoureux du monastère de Bellecour : le couvent dit des Deux-Amants, fondé en 1657, et celui des Colinettes en 1660; sans mentionner la fondation plus humble de Roanne, qui ne subsista pas longtemps.
La supérieure de Bellecour, femme d'un rare mérite, jouissait d'un grand crédit auprès de l'archevêque, Camille de Neuville, et auprès de la reine-mère Anne d'Autriche, (jràce à ces hautes protections, elle obtint la permission de fonder un second monastère, pour suppléer à l'insuffisance de celui de Bellecour, qui ne pouvait plus recevoir les nombreuses personnes aspirant à la vie religieuse dans le Tiers-Ordre de saint François. Elle installa la communauté à Saint-Just dans un immeuble sur lequel voici quelques détails historiques.
Par contrat du 5 février 1654, Jean Duchier, greffier en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon, acquit de noble Méricq François Desirodes, fils de Denis Desirodes et de Marie Oyssel, mère de François Desirodes, une maison, un jardin, une vigne et une terre, le tout de la contenance de dix bicherées, situés à Lyon, paroisse Saint-Just; les limites en étaient : à l'est, la rue ou chemin tendant de cette église à l'Antiquaille ; au sud et à l'ouest, le jardin et la vigne des Minimes; à l'ouest et au nord, la vigne de la veuve Seguin; au nord, la vigne du sieur Coindre, chanoine de Fourvière ; au nord et à l'est, la maison et le jardin des Visitandines, provenant de l'héritage Leroux. Le prix de l'acquisition fut fixé à 10.300 livres tournois ; de plus, au cas oii Duchier ferait cette acquisition au nom de quelque communauté de religieux ou de religieuses, ceux-ci seraient tenus de célébrer annuellement une messe pour le repos de l'âme des vendeurs.
M. Duchier, quelques jours après, révéla que l'acquisition était faite au profit des reli-
gieuses Sainle-ElisabeLh de Bellecour. Celles-ci obtinrent la permission de l'archevêque el du prévôt des marchands. Mais les Pères Minimes, qui étaient mur mitoyen, se pourvurent en cour du parlement de Paris, et obtinreut un arrêt, le 21 novembre 1654, en vertu duquel ils assignèrent les religieuses en vue de l'opposition qu'ils formaient à l'établissement. Sur cette assignation les parties se présentèrent, plaidèr-ent longuement, et eniin intervint, le 21 août 1655, un arrêt contradictoire, par lequel la cour permit aux religieuses de construire, en leur enjoignant pourtant de laisser quatre pieds de séparation entre le mur qui serait édifié du côté des Minimes. Les sœurs firent procéder, le 6 septembre suivant, par devant le lieutenant général en la sénéchaussée, à l'aliguement par les experts pris d'office, et en présence des Pères Minimes. Sœur Françoise de la Trinité et douze autres religieuses s'installèrent le même jour dans la maison, firent célébrer la messe dans la chapelle, puis on travailla activement à la construction du mur de séparation du couvent des Minimes avec le clos des sœurs. Les révérends pères ne désarmèrent pas et menacèrent d'un nouveau procès. C'est pourquoi on songea à une transaction. Les religieuses s'as-
maam
semblèrent : elles se nommaient Françoise de la Trinité, supérieure ; Angélique de la Mère de Dieu, vicaire; Agnès-Marguerite du Saint-Esprit et Marguerite du Saint- Sacrement, discrètes. Pendant ce temps les Minimes tenaient également conseil; on y voyait : André Henry, correcteur du couvent, Laurent Pianello et Gaspard Seve, procureur.
Les sœurs s'engagèrent à céder aux Pères la maison et le fonds acquis par Duchier à Emeric François de Sirodes et demoiselle Oyssel sa mère, par le contrat du 5 février 1654 et remis par Duchier aux religieuses de Bellecour, par acte du 12 mars 1654, enfin cédé par les sœurs de Bellecour à celles de Saint-Just par contrat du 12 octobre 1655. La