‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveaux (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · DK L’EMBAUMEMENT EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DK L’EMBAUMEMENT EN GÉNÉRAL

Aussitôt que la vie cesse clans la matière animale, la désorganisation commence; les éléments constituants sc dissocicnL pour se combiner diversement et donner naissance à des composés nouveaux.

L élévation de la température atmosphérique, dans certaines limites déterminées d’hygrométrie, et l’action de l’oxigène, sont les circonstances qui amènent nécessairement cetle décomposition. Mais, à une température donnée, les progrès de la fermentation putride ne sont pas les mêmes pour tous les animaux; ils varient d’une espèce à l’autre, cl’un individu à

un individu du la mémo espèce, selon des lois trop peu étudiées. Ces lois pourtant sont d’une si grande importanccpour l’embaumement des corps humains que tel procédé suffisant pour la conservation d’un individu peut être insuffisant pour celle d’un autre.

Les anciens avaient bien vu, il est vrai, que la diversité des climats contribuebeaucoup à la diversité des momies et à la bonté de l’embaumement; car, selon Camcrarius , il y a une grande différence entre les corps des Européens et ceux des Orientaux : ceux-ci, d’un tempérament plus sec, ne sont pas exposés à une décomposition si prompte.

L’exemple que rapporte Atnmian Marcellin en est une preuve convaincante. Quatre jours, dit-il, après un combat qui fut livré entre les Perses et les Romains, le visage de ceux-ci ne pouvait qu’à peine être reconnu , au lieu que les corps des Perses étaient secs, sans humidité, sans sanie et sans aucune altération.

Si l’on donne à ce fait une attention suffisante, et que l’on veuille considérer que les conditions hygrométriques et thermométriques de l’air étaient telles en Egypte que les corps abandonnés à eux- mêmes, se dessc-

chaienl cl formaient, des momies naturelles, on verra combien ont été vaincs et peu réfléchies les tentatives de ceux qui, pendant un grand nombre de siècles, ont voulu en Europe, dans les contrées du centre et du nord, embaumer les corps humains par des procédés qui ne sont qu’une imitation imparfaite de ceux de l’Egypte , même dans ce qu’ils ont de défectueux. Enfin, on comprend comment il arrive que, des sépultures des Guanches et des Égyptiens, sortent des corps si bien conservés, tandis que les nôtres n’offrent plus que quelques ossements ou de la poussière.

Tout en accordant aux Egyptiens le juste tribut d’admiration que méritent leur sagesse profonde et leurs vastes connaissances, nous devons, dans une question scientifique, noüs défendre de l’engoûment qui a fait errer nos devanciers, et apprécier à leur juste valeur des faits mal observés.

On lit dans les Lettres de M. de Maillet : Le terrain sec et nitreux de l’Égypte a la propriété de conserver naturellement les corps en leur entier , sans le secours d’aucun art , surtout dans les contrées éloignées du Nil. C’est un fait dont l’expérience ne me permet

pas de douter. Ou enterra de mon temps quelques Français dans un cimetière de l’église copte qui est au vieux Caire , et ceux qui descendirent dans le caveau trouvèrent tous les corps des marchands qui y avaient été auparavant inhumés, aussi entiers que le jour même qu’ on les avait mis dans le cercueil; les habits même d’un consul vénitien, dont le corps avait été déposé dans ce lieu , s’étaient parfaitement conservés. J’ai visité de même plusieurs anciennes mosquées, autrefois célèbres et aujourd’hui abandonnées et tombant en ruines, qu’on trouve sur le chemin du Caire à Suez. Ces édifices ont servi de tombeaux à quelques rois mahométans, dont les corps furent déposés en ce lieu du temps que l'Egypte était soumise à la domination des Arabes. Je suis entré dans quelques caveaux qui servaient de sépultures à ces princes, et je puis assurer que j’y ai trouvé plusieurs corps desséchés et si légers que d’une seule main , en les prenant par le pied , je pouvais les élever en l’air aussi facilement que j’aurais fait un bâton. Parmi ces cadavres, il y en avait un surtout qui ne pesait pas quatre livres. J’y vis aussi une cuisse qui, quoiqu’elle parût fort entière et pleine de chair, avec la

jambe el le pied, 11e pesait pas une livre. Enfin la même chose s’observe encore tous les jours dans les caravanes qui vont à la Mecque. Il n’y a aucun des pèlerins qui ont fait ce voyage qui ne soit en état d’attester que les corps de ceux qui meurent en faisant cette roule se dessèchent au point de devenir aussi légers que s’ils étaient de paille. »

Si donc nous voulons juger à priori de la valeur relative des procédés d’embaumement suivis chez les peuples de l’Asie et de l’Afrique, et de ceux employés chez les peuples de l’Europe , nous devons partir de ce double fait , que chez les premiers , les corps abandonnés à euxmêmes tendent à se dessécher, à se momifier, et à cause de la petite quantité de fluides qu’ils renferment, et à cause des influences atmosphériques; tandis que chez les seconds, ils se pourrissent el se dissolvent sous l’influence de causes contraires.

Nous pensons donc, avec M. Rouyer, membre de la commission d’Égypte, que ce qui pouvait contribuer de la manière la plus efficace à la perfection de l’embaumement des Égyptiens, et à la conservation merveilleuse des momies, c’était le climat de l’Égypte , et principalement cette

température élevée et toujours égale ( 20 degrés), qui règne clans l’intérieur des chambres sépulcrales et dans tous les lieux souterrains spécialement consacrés aux sépultures.

Un fait qui mérite d’être rapproché de ce dernier a été constaté par MM. les docteurs Boucherie, Bermont et Gaubert, dans le cours d’une visite aux caveaux de Saint-Michel à Bordeaux. Ces caveaux, qui renferment soixantedix cadavres extraits de sépultures voisines depuis quarante ans, et momifiés par des influences que nous étudierons plus tard, sont à une température de 18 degrés.

Pour terminer cette discussion par un fait connu de tous, les momies conservées intactes pendant plusieurs milliers d’années dans les caveaux de l’Égypte s’altèrent et se détruisent assez rapidement, lorsque, transportées en Europe et dépouillées de leurs bandes , elles subissent l’influence de notre atmosphère. Ces différentes observations me firent penser qu’une connaissance précise de l’art des embaumements chez les anciens pourrait ne pas suffire pour conserver les corps dans notre pays, et ce que nous en savons me décida il pousser ïnes recherches dans une autre direction.

D’ailleurs, les méthodes mises en usage pour l’embaumement ont varié comme les temps , les lieux et les circonstances. Les Éthiopiens, habitants d’une contrée qui fournit à elle seule plus de gomme que le reste du globe, avaient imaginé d’enfermer les corps dans une masse fondue de cette matière transparente, et de les conserver ainsi à la manière des insectes emprisonnés dans le succin liquide , et qu’on retrouve intacts et très-visibles au milieu de cette substance solidifiée. Ce mode de préparation a fait dire à quelques-uns que les Éthiopiens conservaient leurs cadavres dans du verre.

Le miel servait autrefois pour les embaumements; lecorps d’Alexandre-lc-Grand fut frotté de miel , comme le prouvent ces vers de Stacc:

Duc et ad æmathios mânes, ubi belliger urbis

Conditor hiblæo perfusus nectare durât.

Cet usage du miel nous est en outre confirmé par J. B. Baricel, André Rivin, et le R. P. Ménestrier. Pline, livre XXII, chap. xxiv, dit que le miel est d’une telle nature qu’il ne soufFre point que les corps se corrompent.

On se servait aussi de la cire pour embau-

mer, comme nous lisons dans Emilius Probus, à la fin de la vie d’Agésilas : « Étant tombé ma-

Jade, il mourut, et afin que ses amis le portassent plus commodément à Sparte, au défaut de miel ils enveloppèrent son corps de cire. » Les Perses, au rapport de Cicéron, employaient la même matière : Persce jeun cerci circumlitns condiunt , ut quant maxime permaneanl diulurna cor p or a.

Les anciens se servaient encore d’une sorte de saumure dont la composition ne nous est pas connue. Cœlius Rodîginiis, en son livre des Antiquités, a remarqué que, durant lcpontificat de Sixte IV, on trouva en la voie Appienne le corps d’une fille , ayant encore toute la beauté de son visage, les cheveux d’un blond doré, et noués avec des bandes aussi dorées; il s’était ainsi conservé dans une saumure où il trempait entièrement, et on a cru que c’était le corps de Tulliola, fille de Cicéron. Et Valateron prétend que, par une préparation de sel inconnue, le corps d’une autre femme fut semblablement trouvé tout entier dans un mausolée près d’Albane, du temps du pape Alexandre YI. Ce pape donna ordre qu’on le jetât secrètement dans le Tibre , afin d’empêcher la superstition du peuple, qui y accourait de toutes parts , parce que le corps était encore

très-beau, quoiqu’il y eût treize siècles qu’il y fût déposé.

Les Juifs, après avoir fermé la bouche et les yeux du mort, le rasaient, le lavaient elle frottaient de parfums, puis ils renfermaient, dans le cercueil, de la myrrhe, de l’aloès et d’autres aromates en grande quantité. Les Egyptiens avaient un grand nombre de procédés pour

l’embaumement. Le beau travail de M. Rouyer

a mis ce fait hors de doute : le natrum, le cédria , le bitume , l’ asphalte , le pisalphate , différentes substances aromatiques propres à écarter les insectes, des vernis plus ou moins précieux, servaient dans les différentes préparations; enfin des bandes multipliées et enduites de gomme arabique fermaient tout accès à l’air et à l’humidité. Les momies des Guanchcs, qui ont tant d’analogie avec quelques-unes de celles

des Egyptiens, étaient cousues dans des peaux, après avoir été farcies de substances aromatiques et desséchées au soleil.

Les modernes ont employé pour la conservation des cadavres une foule de substances ou liquides ou solides : l’esprit-de-vin , les huiles, les teintures , les liniments composés, les saumures, etc. , forment la première classe; les poudres faites de toutes les parties des

plantes balsamiques et aromatiques forment la seconde.

INous aurons à examiner plus tard avec détail ces divers systèmes de conservation ; toutefois ce qui nous en reste prouve qu’ils ont été peu efficaces. Et même les méthodes tant vantées de Clauderus, de Derasières , etc. , et les secrets admirables de Debils, de lluysh , de Swammerdam, ne nous paraissent avoir été propres qu’à retarder peu de temps les progrès de la décomposition.

Yoicice que nous enlisons dans l’article Préparations anatomiques du Dictionnaire des Sciences médicales :

« On dit que Ituysh possédait des moyens de conserver à nos tissus la mollesse et la plupart des propriétés qui sont l’apanage de la vie. Lorsque l’anatomiste hollandais vendit son cabinet au Czar Pierre Ier, il donna un manuscrit dans lequel il faisait connaître la composition de la liqueur conservatrice dont il se servait, et il déclarait expressément que celte liqueur n’était autre chose que de l’esprit-de-vin , de l’espritde drèclie, auquel on ajoutait seulement dans la distillatiou une poignée de poivre blanc. Mais il paraît que lluysh n’avait pas donné la véritable composition de sa liqueur, ou bien

on en a exagéré les vertus., car elle est loin de produire les clfets qu’on lui a attribués.

Après la mort de lluysch on crut avoir trouvé son moyen de conservation. En îySi, Geoffroy fut chargé de faire des expériences; mais les résultats ne répondirent pas aux espérances qu’on avait conçues. »

On trouve dans une note ajoutée par Strader, à la fin de son édition des œuvres d’Harvéc, une autre version relative au procédé de Swammerdam , et que voici :

« C’est avec raison, dit-il, qu’on a préféré à la méthode égyptienne l’art qui endurcit tellement les cadavres et leurs parties qu’ils ne perdent rien de leur substance, qu’ils ne changent ni de couleur ni de forme, qu’ils laissent à l’anatomiste tout le loisir désirable d’examen, sans présenter l’elfusion du sang, ni la malpropreté dégoûtante qui répugnent aux praticiens trop délicats et qui empêchent ordinairement d’observer les entrailles des sujets.

» Je vais publier, tel qu’il m’a été communiqué, ce procédé admirable auquel a bien voulu m’initier autrefois Cl. Du. Swammerdam, qu’on ne saurait assez louer. Or, il faut qu’on

prépare un vase d’étain d’une grandeur su disante pour contenir le corps qu’on veut embaumer ; qu’on y mette, à une distance environ de deux doigts du fond, une petite claie de bois percée de petites ouvertures; que sur celte claie on place le cadavre, et qu’ensuitc on verse de l’huile de térébenthine à une hauteur tic trois doigts ; qu’on tienne en repos le vase, légèrement et de moins en moins hermétiquement couvert, pendant un espace de temps déterminé; de cette manière, cette huile, d’une nature pénétrante, s’infiltrera peu à peu dans les pores du cadavre sur lequel on l’a jetée, et expulsera la partie aqueuse, cause principale de la fermentation qui tend à corrompre. Cette partie aqueuse, descendant par la propriété de gravité, et se distillant à travers la chair, occupera avec le temps l’espace entre celle-ci et le fond, et pendant ce temps la partie la plus subtile du baume s’exhalera à cause de l’herméticité moins grande du vase; plus elle s’évaporera, plus le corps s’endurcira et s’imbibera du marc épais de l’huile , dont l’effet pourrait se comparer à celui d’une moelle gommeuse; il pourra, par conséquent, demeurer hors du liquide et en plein air sans se cor-

rompre, sans qu’on ait à craindre la putréfaction ni les vers. — Quant au temps qu’il faut conserver le cadavre dans le baume, il varie selon la différence des choses à conserver; tel est l’espace plus ou moins long qu’on doit observer :

» L’embaumement d’un embryon de six mois s’accomplit presque en autant de mois.

» Le squelette de ce même embryon n’a besoin que de deux mois environ.

« Les membranes du cœur, trois mois.

» Les vaisseaux du foie et du placenta dégagés de leur chair, un mois.

«Les vaisseaux de la raie, dix jours.

«Les intestins, un mois.

«On assignera ainsi de suite pour les autres vaisseaux un certain temps, qu’il ne sera pas difficile de trouver ni de déterminer par l’expérience.

» Il faut toutefois faire attention à ce que , pendant cette opération, les parties soient un peu serrées et comprimées dans une proportion égale et convenable; la coction du corps mpêche que la peau ne contracte des rides, soit qu’on la fasse avant la déposition dans l’huile, soit après que le cadavre y est resté

plongé pendant deux mois. Pour que le sujet conserve toute sa beauté et sa blancheur naturelle, il le macère dans une préparation d’alun pendant quelques jours avant qu’on ne l’embaume. Pour que les membres conservent une forme et un étal convenables, on doit les plonger dans le baume au commencement de l’hiver, vers le mois de novembre, pour les exposer ensuite à la rigueur du froid, non pour les geler, mais pour les endurcir légèrement.

» En suivant ce procédé avec soin, on détruit entièrement tous les germes de putréfaction cachés dans le corps, à tel point que les entrailles se pénètrent profondément de ce baume, et qu’elles peuvent résister aux atteintes éternelles de l’air.

» Que si l’on veut conserver une partie sans le procédé ci-dessus mentionné, il faut d’abord en extraire le sang par une saumure, en tirer le sel au moyen d’eau pluviale, et, après l’avoir mis dans l’ombre pour qu’elle ne se pourrisse pas, l’enduire d’un mélange composé de trois quarts d’huile de térébenthine et d’un quart de mastic, de manière qu’elle acquerra une brillante apparence, et même une sorte de croule légère, surtout si l’on introduit dans la

préparation une plusgrando quanti téde mastic.

» Quant à la préparation des membres et de toutes les parties qui en dépendent, on doit observer un procédé particulier : il faut bien sécher les vases, quelle que soit leur matière, et y placer ensuite des baguettes bien appropriées à la cavité, et préalablement enduites de suif, qu’on retire avec soin quelques jours après. Ainsi les membres , grands et petits , doivent être placés dans du coton bien imbibé de suif, être étendus dans toute leur longueur, comme, par exemple, on étend les toiles de vaisseaux capillaires sur des bâtons enduits de suif, d’où on les retire facilement à l’aide d’un peu de feu qu’on place au-dessous, et qui fait ainsi fondre le suif.

» Mais j’en ai assez dit pour cette fois; peutêtre plus lard aurai-je une occasion plus favorable de rapporter d’autres faits semblables et même plus admirables; car j’ai vu chez Swammerdam , dont j’ai parlé plus haut , diverses pièces embaumées avec tant de talent, qu’outre toutes leurs propriétés naturelles, elles avaient aussi celle d’être continuellement molles et flexibles ; je dois m’en tenir à la transmission de ce procédé, pour ne point diminuer l’éclat delà

belle oeuvre que je viens de décrire en en introduisant une encore plus belle sur la scène, etc.»

Une description si précise m’avait fait espérer de trouver quelque chose dans ce procédé, et pourtant, je dois le dire, après avoir répété ces expériences avec le plus grand soin, je n’ai pas été plus heureux dans mes essais que ne le fut Geoffroy en 17.M; seulement , j’ai constaté que les corps préparés d’après mon procédé 3 et plongés ensuite dans la térébenthine, conservent une souplesse et une fraîcheur remarquables. Après avoir mûrement réfléchi sur cette matière, je crois pouvoir affirmer que Ruysch et Swammerdam n’ont jamais fait connaître qu’une partie de leur système de conservation, et qu’avant l’immersion du corps dans l’une des deux liqueurs dont nous avons parlé, ils lui faisaient subir une préparation.

Enfin, les auteurs qui nous vantent la perfection admirable des procédés qu’ils n’ont pu apprécier, n’ont pas un exemple de conservation à présenter pour justifier leurs éloges, et nous avons, pour les croire exagérés, le témoignage d’un auteur ( 1 ) profondément versé dans

(t) Pénichcr.

celte matière. « Les auteurs, dit-il, qui se vantent d’avoir embaumé sans vider les grandes cavités, et en se contentant d’injections par la bouche, par l’anus, ou par des trous pratiqués sous les aisselles , seraient embarrassés de montrer dos résultats satisfaisants d’embaumements aussi superficiels; car, tôt ou tard, ces cloaques surmonteront tout ce que l’embaumeur aura eu d’industrie, et tout ce qu’il aura fait de dépenses pour vaincre la mauvaise impression. »

En peut-on souhaiter une preuve plus singulière que ce qui arriva dans l’église des RR.. PP., il y a quelques années, à l’égard du corps d’une dame de première qualité ? Il avait été mis dans un cercueil de plomb, enfermé dans un autre de bois de noyer, et placé dans un mausolée de marbre bien cimenté ; après que, pour l’exécution du testament, on l’eut embaumé et enveloppé avec deux cents livres de parfums et d’aromates, on avait fait une ouverture par laquelle on avait insinué jusqu’à deux barils d’esprit de vin aromatisé, en sorte que le corps était entièrement submergé. Néanmoins, au bout de douze ans ou environ, il rendit une si dangereuse et si maligne odeur

au travers des crevasses qui se firent au cercueil, par la force de ces drogues, qu’un des rcli gicux , qui disait alors la messe dans sa chapelle, en tomba malade jusqu a l’extrémité, et que les assistants furent contraints de se retirer, ne pouvant en supporter la puanteur.

Les religieux furent obligés d’exhumer le cadavre , après en avoir obtenu la permission de monseigneur l’archevêque et de la famille; ils le placèrent dans leur jardin, et le couvrirent avec quantité de chaux vive dans une fosse; et parce qu elle ne consumait pas les chairs, qui étaient composées de parties huileuses, sulfurées et résineuses, il fut nécessaire de décliarner le corps pour remettre le squelette dans le mausolée, tant la mauvaise qualité des entrailles et des viscères, qui s’étaient corrompus pendant la maladie , avait surmonté la bonté du baume.

L’imperfection de telles méthodes ressort d’elle -même. A côté de ces embaumements pratiqués d’une manière empirique , sans qu’on se fût rendu compte des qualités plus ou moins efficaces des substances aromatiques et balsamiques, je puis placer des enfants de quelques mois, sujets les plus suscep-

tildes de céder à la dissolution, et qui , après une simple injection , sont restés déposés à l’air dans une chambre humide. Au bout de deux années de cette exposition, ils offrent une grande souplesse des tissus, sans la moindre trace de décomposition. Ceux qui ont été renfermés par moi dans des caisses, au milieu d’une atmosphère composée d’apres mes découvertes, ont conservé exactement l’expression et la couleur du visage qu’ils avaient à l’instant de la mort.

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