‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveaux (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · A utre pour saupoudrer le corps · texte numérisé non relu

A utre pour saupoudrer le corps

% Styrax, benjoin, iris de Flor., âïi 4 livres.

Sommités de marjolaine, fleurs d’oranges, de lavande, taeamahaca, âa 2 livres.

Bois de roses, acorus, ââ 1 livre.

Labdanum, gérofle, âa livre.

io°. Poudre.

% Tan, 26 livres.

Alo ès, myrrhe, baume judaïque , âa 6 livres.

Racine de cypérus, iris de Flor., aristoloche r., valériane, gentiane, angélique, impératoire, gingembre , âa 4 livres.

Labdanum, poivre noir, cardamome, feuilles séchées de scordium, absinthe, thym, marrube, hyssopc, âa 5 livres.

1 1°. Autre.

% Benjoin, styrax, encens, myrrhe, aloès, labdanum, bitume de Judée, vernis, tacamahaca, iris de Flor., bois de roses , âa 2 livres.

Ecorces d’orange, marjolaine, thym, romarin, fleurs de lavande, pouliot, âa 1 livre.

Cassia lignea, gérofle, ^ livre [f. s. a.)

12°. Poudre et mixtion.

Prenez une bonne quantité de sel et autant d’alun que vous mêlerez avec la myrrhe , l’aloès , l’absinthe , la cannelle, le cumin, le gérofle, le silex des montagnes , le poivre et quelques aromates de même nature, que vous réduirez en poudre en les arrosant avec une petite quantité de vinaigre ; puis on emplira le corps, et avec de la cire fondue l’on frottera le cadavre , que l’on mettra après dans un cercueil de plomb.

( Formule de Pierre Beixon. )

Pénichcr, qui nous a fourni ces différentes formules, nous tracera dans les pages suivantes le moyen de les appliquer.

11 y a plusieurs manières d’embaumer.

La première , qui est tirée de l’Écriture sainte, n’empêchait pas que les corps ne fussent bientôt altérés, puisque l’on n otait point les viscères qui causent la corruption.

La seconde est celle où l’on se contente de vider et de nettoyer seulement les cavités qui contiennent les entrailles , le cerveau et les autres parties nobles , les remplissant ensuite de poudre aromatique , avec des étoupes et du coton.

La plus usitée et la plus parfaite qui se pratique est la troisième , qui consiste à faire des incisions à toutes les parties du corps , comme nous en parlerons dans la suite.

On en pourrait ajouter une quatrième qui n’a pas lieu à l’égard des corps , maigres et décharnés ; elle ordonne d oter les graisses et les chairs, en sorte qu’il ne reste que la peau et les os. Cette façon n’était pas inconnue aux Égyptiens, et je l’ai fait mettre plusieurs fois en usage ; mais ce travail est laborieux et demande un habile chirurgien.

Enfin il y a une dernière méthode d’embaumer les corps , laquelle s’exécute en faisant de petites ouvertures à certaines parties du cadavre , sous les aisselles, aux aînés et à l’anus, selon l’ancien usage des Egyptiens. Pour commencer celte importante opération, il faut, premièrement que le chirurgien qui a l’honneur detre employé à embaumer un roi ou quelque prince souverain, sous les ordres de son premier médecin , en présence des officiers de la couronne, fasse avec le bistouri quelque taillade à la plante des pieds , afin d’éprouver par cette opération si le sujet dont il veut ouvrir le corps est véritablement décédé : ce qui est un moyen plus sûr que les onctions que l’on pratiquait autrefois en pareille occasion pour réveiller les esprits animaux que l’on soupçonnait de n’êtrc qu’assoupis. Il fera ensuite une longue incision , depuis la partie supérieure du sternum , pour donner moyen d’examiner les parties de la poitrine et de chercher la cause de la maladie et de la mort , afin d’en faire un rapport fidèle qu’on donnera par écrit , étant fait de concert avec les médecins et chirurgiens du roi présents. Il ôtera toutes les parties qui sont contenues dans cette capa-

cité du corps; après il descendra ail bas-ventre, dont on examinera toutes les parties, qu’il tirera dehors pour cet effet , retirant tout ce qui est disposé à la pourriture. Les parties qui doivent être ôtées sont, entre autres, le gosier, qui comprend la trachée et l’œsophage; la langue, les yeux, les poumons, le cœur, qui sera tiré de son péricarde pour être embaumé séparément, ainsi qu’il se pratique d’ordinaire; l’estomac, le foie, la rate, les reins, les intestins, le cerveau, les membranes, les graisses, le sang , les sérosités , les éponges et autres matières qui auront servi durant le travail, mettant toutes ces choses dans un baril pour être portées au lieu destiné. Je sais qu’il y a des auteurs qui ordonnent d’extirper les parties génitales aux deux sexes ; mais, outre que ce serait défigurer le corps d’un homme , ces parties se peuvent conserver aussi bien que les autres, et d’ailleurs nous devons avoir du respect pour les instruments qui nous ont donné l’être. — Le chirurgien, ayant vidé ces cavités, doit travaillera la tête, de laquelle il sciera le crâne, ainsi qu’on a coutume de faire pour les démonstrations anatomiques ; et après qu’il aura examiné le cerveau et qu’il l’aura enlevé, l’apothicaire

lavera exactement et fortement les cavités du crâne avec du vin aromatisé et de l’esprit-devin; ensuite il les remplira avec de la poudre qu’il aura préparée , et avec du coton ou des étoupes imbibées de quelque baume liquide, de manière qu’il y ait plusieurs couches de < ette poudre et de ces étoupes alternativement appliquées les unes sur les autres , après quoi on rejoindra les os du crâne séparés, et on recoudra la peau. Il frottera ensuite toute la tète d’un des baumes liquides , et bassinera trèssouvent le visage avec les mêmes baumes; il couvrira la tête d’un bonnet ou d’une coiffe, qui sera cirée et profonde, après qu’il aura insinué dans les narines, dans la bouche, dans les orbites des yeux et dans les oreilles, du colon imbibé et chargé de baume en liqueur, des huiles de muscade ou de gérofle; il travaillera au bas-ventre, qui sera lavé avec le même vin aromatisé , puis avec de l’esprit-de-vin , et il le frottera de quelqu’un des baumes susdits, et enfin il le farcira abondamment de poudre ctd’étoupes, jusqu’à ce que toutes ces matières distribuées les unes entre les autres forment la grosseur naturelle du ventre que le chirurgien recoudra. Le chirurgien prendra garde que la

dissection soit faite dans les veines et dans les artères, afin d’en épuiser le sang et les humidités : ce qui sera observé aux bras, aux mains, aux cuisses, aux jambes, aux pieds, aux talons, aux bourses et aux autres parties, comme au dos, aux épaules, aux fesses, tournant pour cet effet le cadavre et lui appuyant le ventre et la face contre la table; dans ces endroits épais et charnus, les incisions seront longues, profondes et en grand nombre, en sorte qu’elles pénètrent jusqu’aux os, et lorsque les gros vaisseaux seront ouverts et purgés de leur sang, le pharmacien répandra quantité de poudre dans tous eps espaces , qu’on refermera ensuite avec le fil et l’aiguille , après qu’ils auront été arrosés et bassinés avec le vin aromatisé et avec l’esprit-de-vin; car il faut avoir le soin detuver incessamment ces parties, en absorber, s’il se peut , toutes les humidités, et les dessécher en quelque façon avec l’éponge, avant que de les frotter du baume liquide ou d’un des liniments, et de les remplir avec les étoupes et lesdites poudres. Enfin le tout sera recousu très-proprement , afin que le corps ne soit pas méconnaissable; c’est pour cela que l’on ne doit pas faire d’incision au visage, et on tâchera decon-

server tellement les traits qu’il puisse être facilement reconnu , ainsi que je l’ai observé depuis peu à une ouverture qui fut faite au cercueil d’un évêque, qui avait été embaumé il y avait plus de cinquante ans, et dont le visage n’était point du tout défiguré. Pour cette raison, l’artiste se servira de poudres fines, d’aloès, de myrrhe et d’autres; à l’égard du corps, il le frottera et oindra avec le Uniment qu’il aura préparé, y ajoutant de la poudre dont il fera comme une pâte. — Et il faut remarquer qu’à mesure qu’il achèvera d’embaumer chaque partie, le chirurgien doit la bander avec des bandes de linge trempées dans le Uniment, en sorte qu’elles soient comme une espèce de corset et en xiastre, qu’elles fassent plusieurs circonvolutions les unes sur les autres, pour tenir les parties du corps serrées, et empêcher les aromates de sortir des cavités qui en seront remplies ; ces bandes doivent commencer par le cou pour finir aux pieds et aux mains : elles seront longues et larges pour bander le corps, les cuisses , les jambes et les bras , mais étroites et courtes pour les doigts.

Cela fait, on mettra la chemise lavée comme il a été dit; on ornera le sujet des marques

extérieures des dignités qu’il aura possédées durant sa vie, et on l’ensevelira dans un drap de linge imbibé de liniment qui servira de sparadrap, que l’on nouera par les deux extrémités avec du ruban , par - dessus quoi on l’enveloppera delà toile cirée, qui sera liée trésétroitement avec de la corde. Enfin on le déposera dans le cercueil , dont on remplira tous les intervalles vides avec ce qui sera resté de la poudre, s’il y en a, ou avec des paquets d’herbes aromatiques séchées ; on le fermera et on le soudera avec toute l’exactitude possible. On appliquera par dehors une plaque de cuivre, ou d’un autre métal durable, sur laquelle on aura fait graver une inscription convenable pour servir de mémoire à la postérité. Le cercueil sera mis dans un autre de bois, que l’on couvrira si l’on veut d’un drap mortuaire.

Ce travail étant achevé, on viendra au cœtir, qui, comme j’ai déjà dit, est embaumé séparément. On supjiose donc qu’ayant été tiré de sa place , détaché du péricarde et ouvert par ses deux ventricules, lavé plusieurs fois d’esprit-de-vin et bien nettoyé du sang caillé et des autres impuretés qui pourraient y être alta-

chocs , on l’aura fait tremper durant les opérations précédentes dans d’autre esprit-de-vin , ou dans de l’huile de térébenthine distillée. L’apothicaire reprend donc ce viscère ainsi préparé ; il remplit ses ventricules avec les poudres d’aloès, de myrrhe, de benjoin, de styrax; il peut même le frotter d’huile ou essence de muscade, de gérolle, de cannelle, comme aussi de teintures d’ambre gris , de musc , de civette, puis après il l’ajustera dans du colon parfumé, pour contenir les poudres qui feront, avec les huiles, comme une pâte , et on le mettra dans un petit sac de toile cirée et aromatisée de quelqu’une des susdites essences , dont on frottera aussi la boîte où il doit être enfermé * tant intérieurement qu’extérieurement , et on la soudera comme il faut, pour être enveloppée dans un taffetas d’une certaine couleur, lequel sera pareillement imbibé et frotté des essences ou teintures , et noué de rubans de la même couleur : la couleur violette est celle qui est convenable pour les ecclésiastiques.

Je me souviens d’avoir embaumé le cœur d’un abbé de qualité, qui était d’une vie exemplaire : l’odeur qui en exhalait était si suave et si agréable , quelle parfuma pendant plusieurs mois

le chœur du courent des Dames-Religieuses où il avait été porté.

Le corps et le cœur étant ainsi embaumés, il ne nous reste plus qu'à parler des entrailles, des poumons et du cerveau, etc. Blancardus nous enseigne des manières d’embaumer à part toutes ces parties; mais, pour moi, je ne m’y attache pas ; quand on les embaume et qu’on les veut mettre dans le baril en cet état , il faut encore avoir recours à l’esprit-de-vin, qui doit être excellent : notre eau-de-vie et notre vin aromatique n’ont pas assez de force. Pour nettoyer plus aisément ces viscères , on coupera les intestins en long, on fera des incisions aux poumons , à la rate , à la matrice et aux autres parties qui étaient contenues dans le corps ; on les nettoiera du sang , des sérosités et des autres saletés qui les pourriraient en peu de temps ; puis on les lavera avec d’excellent esprit-de-vin, étant auparavant lavés avec d’autres liqueurs ; on les arrangera après dans le baril , en sorte que la poudre couvre premièrement le fond , mettant une partie des viscères sur cette première couche, et ensuite un second lit de poudre , et l’on continuera ainsi à mettre les viscères et les poudres alternativement et

par lits, jusqu’à ce que le baril soil presque plein , observant que le dernier lit soit de cette poudre préparée, qu’on ne doit pas épargner en cette rencontre. Ce baril, qui doit être de plomb , sera enfermé dans un second qui sera de bois, que l’on enfoncera et poissera exactement ( on ne se servit que d’un baril de bois pour Henri III, roi de France).

Cependant, avec toutes les précautions que l’on pourrait prendre pour conserver ces parties, en employant beaucoup d’esprit-de-vin, de poudres aromatiques et d’autres drogues propres, je doute fort quelles ne soient bientôt corrompues, et peut-être même avant que d’arriver au lieu destiné pour leur sépulture.

Enfin, lorsqu’on doit exposer le corps en public dans le lit où il est décédé, l’on lave le visage avec de l’esprit-de-vin , et avec du véritable baume on le rafraîchit très-souvent; mais quand il faut qu’il soit exposé sur un lit de parade pour y rester plusieurs jours, on se contente d’ordinaire de le faire mouler en cire, et de montrer seulement sa figure,... pendant que le corps est sous le lit, embaumé dans un cercueil. Mais, lorsque le corps même du défunt ou de la défunte est exposé, il faut premièrement pei-

gner et poudrer les cheveux ou la perruque avec une poudre fine et de bonne odeur ; on rasera la barbe, s’il en a; on remplira la bouche de poudre et de coton pour relever et grossir les joues, auxquelles on appliquera un peu de rouge, aussi bien qu’aux lèvres; on lui mettra des yeux artificiels, si on lui a ôté les naturels; on fourrera du coton parfumé dans les narines , et le nez sera rafraîchi d’un linge grassement imbibé de véritable baume aux heures que le sujet ne paraîtra point; ainsi, la bouche et généralement toutes les parties qui doivent être vues seront dans leur état naturel, afin qu’on les puisse plus facilement reconnaître. C’est pourquoi l’on n’y doit faire aucune scarification, comme il est expressément remarqué dans la Bibliothèque d’Hérodote. « Chaque partie, dit-il, y est tellement en son entier, que les poils des paupières et des sourcils, et même toute la forme du corps, conservent si bien les apparences, que l’on en reconnaît avec facilité la figure et la disposition naturelle.» — Mais, pour tous les autres sujets, ceux qui doivent être transportés, on s’écartera le moins possible des prescriptions suivantes. Après avoir vidé le cerveau par un large trépan fait

au derrière de la tête , avoir oté les viscères , le gosier, les membranes, scarifié les parties charnues et les avoir purgées du sang et des autres sérosités, on doit mettre le cadavre dans une des lotions ou dans une des saumures décrites au chapitre V, dont on choisira les matières selon le lieu et la saison où on se trouvera; et, au bout de quelques jours de macération, le sujet étant bien égoutté, on insinuera dans le vide du crâne de la cire neuve fondue , après quoi on remettra la pièce du crâne enlevée; on recoudra la peau, on emplira pareillement la poitrine et le bas-ventre de cire fondue, et on les recoudra; ensuite on appliquera dans les scarifications des poudres, des aromates ou des herbes que le pays pourra fournir; l’on bandera le corps exactement avec des bandes de toile imbibées dans un des liniments susdits, et, au défaut, dans delà térébenthine, ou dans une teinture de myrrhe et d’alocs , dont on le frottera avec de grosses brosses ; ensuite de quoi on placera le cadavre ( ainsi qu’on l’a fait à ceux d’Alexandre et d’Agésilaüs) dans un cercueil rempli de bon miel , de sorte qu’il en soit partout pénétré et environné tant par dedans que par dehors; et après qu’on aura mis ce

cercueil bien soudé dans un autre de bois qui sera bien poissé , on le transportera au lieu destiné. Là, on le lavera avec de l’esprit-de-vin avant de le montrer au public.

Nous ne pouvons choisir un plus beau modèle d’embaumement que celui qui fut fait pour madame la dajiphine par M. Riqueur , apothicaire du roi et de cette princesse, accompagné de NI. son fds aîné, reçu en survivance en la charge d’apothicaire du roi. Cet embaumement s’est exécuté avec tout le désintéressement, l’habileté et la prudence qu’on a pu désirer, en présence de M. d’Aquin, alors premier médecin du roi; de M. Fagon, premier médecin de la feue reine, et qui l’est présentement du roi ; de M. Petit, premier médecin de monseigneur le dauphin; de M. Moreau, premier médecin de feu madame la dauphine; de M. Félix, premier chirurgien du roi; de M. Clément, maître chirurgien de Paris et accoucheur de ladite princesse. M. Dionis , son premier chirurgien, opérait, étant aidé de M. Baillet, chirurgien ordinaire, et d’un autre chirurgien du commun : madame la duchesse d’Arpajon , sa dame d’honneur, madame la maréchale de Rochefort , dame d’alour, et plu-

sieurs femmes présentes. — M. Riquctir a bien voulu, sachant que je travaillais sur cette matière, me communiquer sa méthode.

Description du baume qui a été fait pour madame la dauphine.

% Racines d’iris de Florence, 3 livres.

Souchct, i livre -£• #

Angélique de Bohême, gingembre, calamus nromaticus, aristoloche, 5a i livre.

Impéraloire, gentiane, valériane, 5a -j livre.

Feuilles de mélisse, basilic, 5a î livre Sauge, sariette, thym, 5a i livre.

Ilyssopc, laurier, myrrhe, marjolaine, origan, rhue, 5a ~ livre.

Auronne, absinthe, menthe, calament, serpolet, jonc odorant, scordium, 5a 4 onces.

Fleurs d’oranger, 1 livre Lavande, l\ onces.

Romarin, i livre.

Semences de coriandre, i livres .

Cardamome, î livre.

Cumin, caris, 5a 4 onces.

Fruits et haies de genièvre, î livre.

Gérofle, î livre Muscade, î livre.

Poivre blanc, 4 onces.

Oranges séchées, 5 livres.

Bois de cèdre, 3 livres.

Santal citrin, roses, 5a 2 livres.

Écorces île citron, d’orange, tic cannelle, ^ ~ livre.

Styrax, calamite, benjoin, oliban, âu i livre

Myrrhe , 2 livres

Sandarac, ~ livre.

Aloès, 4 livres.

Esprit-de-vin, 4 pintes; — de sel, 4 onces.

Térébenthine de Venise, 3 livres.

Styrax liquide, 2 livres.

Baume de copahu, — livre.

Baume du Pérou, 2 onces.

Toile cirée.

Le cœur, après avoir été vicié , lavé avec de l’esprit-de-vin et desséché, fut mis dans un vaisseau de verre avec cette liqueur; et ce même viscère, ayant été ensuite rempli d’un baume fait de cannelle , de géroflc , de myrrhe, de styrax et de benjoin , fut enfermé dans un sac de toile cirée de sa figure , lequel fut mis dans un cœur ou boîte de plomb , qu’on souda aussitôt pour être donné à madame la duchesse d ’Arpajon , qui le mit entre les mains de monseigneur l’évêque de Meaux, premier aumônier de feu madame la Dauphine, qui le porta après au Val-de-Grâce. L’ouverture du corps fut faite le plus exactement qui se puisse par M. Dionis, son premier chirurgien : M. Liqueur remplit toutes les capacités d’étoupes et

de baume en poudre. Les incisions furent faites le long des bras jusque dans les mains, lesquelles furent munies de cette poudre aromatique, après qu’on eut exprimé tout le sang et qu’on les eût lavées avec de l’esprit-de-vin; on en fit autant aux cuisses , qui furent incisées de part et d’autre depuis les reins jusque sous les pieds, et le tout fut proprement recousu. — On se servit d’une grosse brosse pour frotter le corps d’un baume liquide et chaud, fait avec de la térébenthine, du styrax et des baumes de copahu et du Pérou, comme il est dosé ci-devant. Chaque partie fut enveloppée avec des bandelettes trempées dans l’esprit-devin; l’on mit autant que l’on put de ladite poudre aromatique entre le corps et les bandelettes. Le corps fut revêtu d’une chemise et d’une tunique religieuse et environné d’autres marques de dévotion particulière , comme d’une petite chaînette de fer, au bout de laquelle il y avait une croix, que cette princesse gardait dans un coffre qu’elle avait fait apporter avec elle de Bavière. On l’enveloppa ensuite dans une toile cirée et on le lia fort étroitement pour être posé dans un cercueil de plomb, au fond et autour duquel il y avait quatre doigts

dudit baume en poudre. Ce cercueil, étant bien soudé, fut enchâssé en un autre de bois, tous les espaces vides ayant été remplis d’herbes aromatiques séchées. Les entrailles, bien préparées, furent mises dans un baril de plomb avec une grande quantité des mêmes poudres aromatiques ; on le souda bien et on l’enferma dans un baril de bois. »

Nous aurons occasion de revenir plus tard sur ce mode de préparation; observons seulement qu’un sujet ainsi tailladé, morcelé et farci ressemble plus à des viandes préparées qu’à un embaumement ; que le sentiment qui porte à recourir aux embaumeurs doit faire naître une profonde horreur pour la mutilation d’un corps qu’on veut avoir tout entier ; qu’enfin l’opération de l’embaumement ainsi pratiquée est plus cruelle pour le cœur que la destruction et la dissolution naturelle des parties.

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