ART DES EMBAUMEMENTS, DE NOS JOURS, AVANT MES DÉCOUVERTES
La chimie inorganique a fait de grands progrès depuis le commencement de ce siècle , et les faits qui la constituent ont été assez exactement étudiés et connus pour quelle ait pu s’élever au rang des sciences exactes. De nombreuses applications ont été faites avec un immense avantage aux arts et à l’industrie; mais les vives lumières qu’elle a jetées dans un si grand nombre de directions n’ont que faiblement éclairé l’art des embaumements , et nous dirons, avec M. Pelletan, qu’on ne saurait trop s’étonner de voir qu’on a continué de suivre jusqu’à nos jours des procédés qui ne sont calqués sur la description d’Hérodote que pour les points évidemment défectueux, et cela
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sans aucune espèce de discernement ni d’analyse, d’une façon toute routinière. On n’a pas eu égard à la différence énorme que la dissemblance des conditions extérieures devait établir entre nos pratiques et celles des Égyptiens. C’est pourtant un art, ainsi compris, que revendiquaient trois professions savantes. Ce fut, en clfct, un grave sujet de discussion que de savoir qui , du médecin , du chirurgien ou de l’apoticliaire , devait présider et avoir les honneurs dans cette opération. Un esprit conciliant intervint une fois dans une de ces querelles; après de longues considérations et un mûr examen, il conclut que les trois professions se rendaient de tels services dans cette circonstance , qu’elles marchaient de front et qu’elles devaient, en conséquence, s’accorder aide et secours dans une intention commune. Cependant, à la vue de ces grandes incisions, de ces perforations, de toute celte chair hachée et farcie de parfums, l’arbitre aurait été juste en reconnaissant que le charcutier avait plus de droits à faire valoir qu’aucun des compétiteurs pour pratiquer les embaumements. On se convaincra , en lisant la notice suivante, que les prétentions que nous
élevons en faveur d’un honnête industriel ne sont ni ridicules ni exagérées.
M. Boudet, chargé de l’embaumement des sénateurs, nous rend un compte fidèle de la méthode qu’il suivait pour conserver les grands de l’empire.
On prépare pour cette opération :
i°. Une poudrccomposéedetan, de sel décrépité, de kina, de cannelle et autres substances astringentes et aromatiques, de bitume de Judée, debenjoin, etc. ; le tout, mêlé et réduit en poudre fine , est arrosé d’huile essentielle : le tan forme la moitié du poids et le sel le quart.
2°. De l’alcool saturé de camphre.
3°. Du vinaigre camphré, avec l’alcool de camphre.
4°. Un vernis que l’on peut composer avec le baume du Pérou et celui de copahu , le styrax liquide , les huiles de muscade , de lavande et de thym , etc.
5°. De l’alcool saturé de muriate sur-oxigéné de mercure.
Tout étant préparé, on ouvre les cavités par de grandes incisions, et on en extrait les viscères; on incise crucialement les téguments du crâne, on en scie les os circulai rement,
et on enlève le cerveau; on ouvre le tube intestinal dans toute sa longueur, et on pratique aux viscères des incisions profondes et multipliées; on lave le tout à grande eau; on exprime, puis on lave encore avec le vinaigre camphré, et enfin avec l’alcool camphré. Toutes les parties internes ainsi préparées et roulées dans la poudre composée , sont prêtes à remettre en place. — On pratique alors des incisions multipliées aux surfaces internes des grandes cavités , et suivant la longueur de tous les muscles; on lave toutes les parties et on les exprime avec soin ; on fait succéder aux lotions simples celles de vinaigre et d’alcool camphré ; on applique alors avec un pinceau la dissolution alcoolique de sublimé dans toutes les incisions ; il se produit beaucoup de chaleur, les muscles blanchissent, et la surface est promptement sèche. Cela fait, on applique une couche de vernis dans toutes les incisions internes, et on les remplit avec la poudre; on vernit aussi toute la face interne des cavités, et on applique une couche de poudre qui adhère au vernis ; on replace alors chaque viscère dans son lieu, en ajoutant autant de poudre qu’il en faut pour combler les vides , et l’on recoud les téguments ,
avec la précaution de vernir et de saupoudrer la lace interne de ceux qui se réappliquent sur les os. Toutes les cavités étant refermées, on vernit les incisions extérieures et on les remplit de poudre ; on vernit aussi toute la surface de la peau , et on applique une couche de poudre qui adhère généralement. Le cadavre ainsi embaumé, on appose sur chaque partie , en y comprenant le visage , des bandages méthodiques qui compriment généralement et recouvrent tous les points ; on vernit le premier bandage , on applique une couche de poudre, et enfin un second bandage que Ton vernit aussi; quand le corps est déposé dans un cercueil de plomb , et tous les vides remplis par la poudre composée , on soude le couvercle , et l’opération est achevée (1).
On voit que, dans cette méthode, on s’op-
(i) Il est étonnant que M. Boudet, chargé d’embaumer les sénateurs de l’empire, n’eut pas songé à profiler de la découverte de l’illustre Chaussier, pour simplifier une méthode ridiculement empirique : car, entre son procédé et les mille formules de Pénicher, la différence n’est pas encore bien grande ; c’est la même accumulation de poudres, de résines, de baumes, d’essences, etc. — ■ Il y avait pourtant un bon exemple à suivre, en attendant mieux, c’était l’embaumement du colonel Moriaud.
pose, autant que possible, à l’accès de l’air; mais cette précaution est illusoire , puisqu’on est loin d’avoir desséché le corps, et qu’on l’a même rempli de poudres qui sont de véritables hygromètres, et qui n’absorbent les humidités que pour s’en charger elles-mêmes : on manque donc à cette condition indispensable de toute conservation parfaite, dessécher complètement le corps , sauf à le préserver ensuite de toute humidité et de l’accès de l’air; ajoutez que plusieurs des substances se neutralisent. — M. Pelletan, qui nous fourni t les critiques qui précèdent, propose de rectifier la méthode , d’après les données que nous tirons de celles des Égyptiens, de Clauderus , et des recherches de Rouelle. En conséquence, on procéderait de la sorte : enlever tous les viscères , recoudre les téguments avec soin , plonger le corps, pendant quelques semaines, dans une légère dissolution de sous - carbonate de soude, après en avoir rempli toutes les cavités; laver le cadavre à grande eau, et le plonger pendant quelques jours dans un bain alumineux, pour enlever toutes les parties alcalines ; l’exposer ensuite à l’air ou dans une étuve pour en opérer la dessiccation, en prenant le soin de remplir toutes
les cavités de filasse et de matières résineuses et aromatiques, de manière à conserver les formes; la dessiccation une fois complète, vernir avec soin toute la surface du corps et l’envelopper d’un double bandage, imprégné et recouvert du même vernis. Cette méthode, qui approcherait beaucoup de celle des Égyptiens , déterminerait sans doute une conservation parfaite , pourvu que les corps fussent placés dans des lieux exempts de toute humidité , et dont la température fût peu variable.
Nous devons reconnaître la justesse de ces observations et savoir gré M. Pelletan d’avoir voulu substituer une marche raisonnée et raisonnable à des pratiques aveugles et irréfléchies. L’opération cependant , telle que la proposece professeur, exige toujours de nombreuses mutilations. Les inconvénients et l’inutilité de tant d’efforts pour conserver les corps de nos semblables étaient d’ailleurs sentis depuis longtemps par plusieurs bons esprits ; ce qui le prouve, c’est l’empressement avec lequel on s’empara des découvertes de Chaussier sur les propriétés du sublimé-corrosif, pour l’appliquer aux embaumements. D’après scs recherches, il fut constaté que ce sel conservait les matières
animales plongées dans sa dissolution aqueuse; qu’il produisait cet effet par une combinaison intime avec la matière animale; enfin que celle matière saturée de sublimé passait à une dessiccation si prompte , qu’elle avait besoin d’être modérée pour empêcher le racornissement des parties molles. Les pièces ainsi préparées sont rigides , dures , grisâtres et préservées tout à la fois de la putréfaction et de l’action des insectes. On se hâta donc de profiter de cette propriété du deuto- chlorure de mercure, pour l’appliquer à la conservation des corps entiers. C’est là enfin le dernier mode d’embaumement pratiqué avant nous, et donne comme bien supérieur à celui des anciens. Nous allons recueillir ici quelques observations citées comme des exemples remarquables, et comme des preuves de l’excellence du procédé. II nous restera ensuite à en apprécier le mérite. Voyons d’abord les faits.
Premier fait. (A) Préparation faite par Béclard.
M. Béclard, chef des travaux anatomiques de l’École de Médecine , a été chargé de la conservation du corps d’up jeune homme de
trenle ans, mort d’une fièvre hectique. Les parents désiraient le placer dans une cage de verre, et demandaient surtout qu’il ne fût point ouvert. Malgré le désavantage de celte dernière circonstance, M. lîéclard a réussi dans cette opération par le procédé suivant : Les intestins ont etc tires, ouverts et nettoyés dans une partie de leur longueur, par une petite ouverture pratiquée à l’abdomen. On a pénétré dans la poitrine par deux incisions sous les aisselles , et on y a injecté de l’eau; on a fait aussi une petite ouverture au crâne ; on a exprimé autant que possible le sang des veines abdominales et cutanées , on a injecté une solution mercurielle dans ia trachée-artère, et introduit du sel en substance dans toutes les cavités; le cadavre a été ensuite plongé dans un bain saturé de sublimé. Dans le premier mois il a paru offrir quelques signes de putréfaction; on a cru alors devoir introduire dans l’abdomen un instrument à l’aide duquel on a incisé le péritoine en différents points. M. Béclard ayant déjà remarqué que les parties situées sous les membranes séreuses échappaient à l’action du sublimé, le corps a été retourné ; on a fait quelques scarifications sur des points de la peau qui parais-
saient verdâtres; l’épiderme de la plante des pieds protégeait aussi les parties sous-jacentes ; il a été enlevé; enfin, après deux mois de séjour dans le bain de sublimé , le corps en ayant été tiré par un temps sec et chaud , s’est desséché en peu de jours ; il se conserve depuis un an enfermé dans une boîte , sans exhaler aucune odeur et sans aucun signe d’altération. La peau est d’un gris -plombé, et les traits de la face sont déformés par l’amincissement des lèvres et des joues.
Second fait. (C) Conservation du corps du colonel Moriaud.
Dans une des campagnes d’Allemagne, M. le baron Larrey s’est chargé de diriger la conservation du corps du brave colonel Morland , atteint d’un coup mortel dans une charge des plus brillantes. M. Ribes l’aida dans cette préparation (1). — On enleva d’abord tous les
(i)Nous devons rendre hommage an zèle et au noble dévouement qui portèrent le célèbre Larrey à surmonter toutes les dilficultés de sa position pour conserver le corps d’un compagnon d’armes.
viscères par line incision pratiquée le long de la crête iliaque droite , et en coupant les attaches du diaphragme et les canaux qui passent dans l’ouverture supérieure de la poitrine ; une couronne de trépan, appliquée à la partie postérieure du crâne, permit de vider le cerveau par des injections réitérées ; on creva le globe de l’œil pour le vider aussi; après avoir introduit du sublimé en nature dans toutes les cavités, on tamponna celles de la face, pour en éviter l’affaissement , et on protégea les traits de la figure par des compresses graduées et des bandages méthodiques; tout le corps fut luimême enveloppé dans plusieurs draps et placé dans une tonne remplie d’une dissolution avec excès de sublimé corrosif ; en cet état , le tout fut expédié pour Paris. Au bout de quelques mois on ouvrit le tonneau , et on trouva le corps bien conservé ; on l'exposa à l’air, et il se dessécha promptement ; on eut le soin de remplir d’étoupes toutes les cavités ; les membranes de l’œil retirées au fond de l’orbite firent place à des yeux d’émail; les cheveux, les sourcils et les moustaches étaient conservés , les traits étaient reconnaissables , et le corps , verni avec soin et revêtu de scs habits, faisait une illusion
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douce et pénible pour ceux qui avaient connu cct excellent militaire. Maintenant encore que plusieurs années se sont écoulées , le corps du colonel Morland, placé dans une armoire vitrée de la bibliothèque de M. Larrey, n’offre aucun signe d’altération , n’exhale aucune odeur, et reste parfaitement reconnaissable , quoique la peau soit brune et comme tannée , et que tout le tissu cellulaire semble avoir disparu , en sorte que les corps charnus prononcent leurs formes à travers les téguments desséchés.
Remarques sur l'observation du colonel Morland. Nous avons vu le corps du colonel Morland, et nous comprenons que les personnes qui le connaissaient et qui l’ont vu revêtu de ses habits aient pu se faire illusion au point de trouver ses traits reconnaissables. Mais, pour nous, il nous paraît impossible qu’un cadavre dont la peau blanche est devenue brune et tannée , dont tout le tissu cellulaire aMisparu, et dont l’aspect général est celui d’une membrane rigide collée sur des os et quelques faisceaux charnus desséchés, conserve une grande ressemblance avec le sujet dont il ne donne que quelques débris. — Nous nous bornons à signaler ici l’exagération relative à ce fait parti-
culier ; nous y reviendrons dans nos remarques générales.
Troisième fait. (C) Conservation d'une jeune (die de dix ans.
M. Boudet, pharmacien, a été chargé par une mère de préparer le corps de sa fille morte à lage de dix ans, de manière à ce qu’elle pût jouir sans cesse de sa vue. On avait fait faire un buste de l’enfant, et on eut le soin de choisir, au moment delà mort, des yeux d’émail parfaitement semblables aux siens. M. Boudet, libre dans son opération, qui s’exécutait chez lui, a commencé par enlever tous les viscères, à l’aide d’incisions habilement ménagées. Il a extrait le cerveau par l’occiput; les yeux ont été enlevés et remplacés par un tamponnement ; on a immédiatement rempli toutes les cavités avec de l’étoupe sèche, et fermé les ouvertures par des sutures très-soignées. Pendant ces diverses préparations, on avait plongé le corps dans un bain d’alcool pur, puis dans un bain d’alcool contenant un peu de sublimé. — Tout étant ainsi disposé , on a placé le corps dans un bain d’eau distillée, saturée de sublimé, et dans laquelle trempaient encore plusieurs nouets rem-
plis de ce sel. Le corps a séjourne trois mois dans cette dissolution ; on a consommé quarantc livres de sublimé; il s’est précipité beaucoup de muriate doux; une portion du mercure a même été revivifiée; mais il faut observer que le vase clans lequel on opérait était de plomb ; ce qui a dû déterminer la décomposition et augmenter la consommation du sublimé.
Au bout de trois mois , le corps a été tiré du bain pour procéder à la dessiccation ; on l’a suspendu sur des bandes pour éviter de le déformer et pour le laisser égoutter; on a pris le soin de relever les parois des cavités avec de nouvelles étoupes , quand elles paraissaient se déformer; on a tenu les paupières et les lèvres fermées avec des taffetas d’Angleterre. Quand la dessiccation a été parfaite, on a placé les yeux; quelques traits de la figure étaient altérés , et surtout la lèvre supérieure. Un habile artiste les a relevés en cire, en imitant le buste qui lui servait de modèle; la peau se trouvant d’une couleur grise, on l’a colorée avec du fard ; les cheveux , parfaitement conservés , étaient très-naturels; enfin, celte enfant, revêtue de ses habits ordinaires et renfermée dans une cage de verre, présente une
ressemblance parfaite et cause une illusion extraordinaire.
Remarques sur ces trois observations. Reconnaissons d’abord que la substitution de ce procédé à tous ceux qui ont été employés antérieurement est un grand progrès. En ell'et, à la place d’une multitude de drogues, douées de propriétés contraires ou même inconnues , une seule substance étudiée avec soin , et de propriétés déterminées, est mise en contact avec des tissus qu’elle modifie selon le vœu de l’embaumeur. Une jonglerie devient ainsi une opérai ion du domaine de la science, puisqu’une méthode qui conserve les cadavres, tant bien que mal , vient en remplacer une qui, loin de les préserver de la corruption , l’accélère souvent. Pourtant, nous devons le dire, l’embaumement par le sublimé est encore loin de la perfection; et, pour ne parler ici que des inconvénients qui ressortent des trois observations citées, on voit que les incisions et les mutilations existent encore dans ce procédé; quelles y sont nécessaires, puisque, malgré le vœu delà famille , le professeur Béclard est obligé de les multiplier pour arrêter les progrès de la décomposition. — Plusieurs mois
sonl indispensables à l’achèvement complet du travail, ce qui met dans l’impossibilité d’y recourir en beaucoup de circonstances. — L’action du sublimé, qui se combine avec la géline et donne lieu à lin composé imputrescible à l’abri du ravage des insectes , déforme pourtant les organes à tel point, que la couleur et l’aspect général du corps sont changés. Cette déformation est si grande dans la troisième observation, qu’on est obligé de refaire plusieurs organes : la lèvre supérieure était tellement endommagée , quun habile artiste a été obligé de la relever en cire , ainsi que plusieurs traits de la figure , en imitant le buste qui lui servait de modèle; la peau étant d’ une couleur grise, on l’a colorée avec le fard j etc.
Ces imperfections seraient as sûrement moindres pour la préparation des pièces anatomiques; mais, pour conserver le corps d’une personne qui nous fut chère, elles sont graves et produisent une impression douloureuse.
Reprenons notre exposé.
Quatrième fait. (D) Procès- verbal de C embaumement de Louis XV III , roi de France.
Extrait des procès-verbaux de l’ouverture et de l’embaumement du feu roi Lotis xvni.
( Répertoire génér. d’Anat. et de Physiol. Patliotog,, vol. 8 , pag. 3G , in-û% Paris, 1829. )
Proces-verbal de l' embaumement , p. /jo.
Aujourd’hui, 17 septembre 1824, immédiatement après l’ouverture du corps du feu roi Louis XYI1I , et conformément aux instructions qui nous ont été données par M. le marquis de Brëzé , grand-maître des cérémonies de France, nous, soussignés, avons procédé à l’embaumement de la manière suivante:
i°. Le cœur du feu roi, après avoir été lavé et macéré pendant quatre à cinq heures dans une solution alcoolique de deuto-chlorure de mercure ou sublimé corrosif, et avoir été rempli et environné d’aromates choisis , a été renfermé dans une boîte en plomb, portant une inscription indicative de l’objet précieux qu’elle renferme.
2°. Les viscères des trois grandes cavités du corps , après avoir été incisés, lavés et macérés pendant six heures dans la solution susdite, ont été pénétrés, remplis et environnés d’aromates, et enfermés dans un baril en plomb, portant une inscription indicative des parties qu’il renferme.
5°. La totalité de la surface du corps et celle des grandes cavités a été lavée successivement avec une solution de chlorure d’oxide de sodium , et avec une dissolution alcoolique de deuto-chlorure de mercure.
U°. Les parties charnues, tant du tronc que des membres, ont été incisées largement et profondément ; elles ont été lavées ensuite avec les solutions susdites.
5°. Les surfaces du corps, celles de ses cavités et des incisions ont été enduites à plusieurs reprises d’un vernis à l’alcool.
6°. Toutes les cavités ont été remplies de poudres formées d’espèces aromatiques et résineuses variées.
7°. Ces cavités ont été fermées par l’application de leurs parois, soutenues au moyen de sutures nombreuses.
8°. Les membres, le bassin, le ventre, la
poitrine, le col et la tête ont été successivement entourés de plusieurs bandes méthodiquement appliquées.
90. Toute la surface du corps ainsi enveloppée a été couverte de plusieurs couches de vernis.
io°. Sur ce vernis ont été appliquées des bandes de diachilon gommé.
il0. Sur les bandes de diachilon d’autres bandes de taffetas vernissé ont été appliquées.
1 20. Enfin , une dernière couche de bandes a été appliquée sur le taffetas vernissé.
i5°. L’embaumement terminé, la tête du feu roi a été couverte d’un bonnet, son corps d’une chemise , ses bras et sa poitrine d’un gilet à manches en soie blanche; tout le corps d’un linceul de batiste.
C’est dans cet état que le corps du roi a été remis à M. de Brézè , pour être déposé dans le cercueil qui doit renfermer ses restes mortels à Saint-Denis.
Signé : Portai , Alibcrt , Dupuylren, Fabre, Distel , Thévenot , Portai (pour Ribes) , Auvity ; Brescliel, Mura, Moreau , Barde nat, V esejue , O aimas, Dclagenerraye.
Jci le procédé suivi, quoique nalogue sous plusieurs rapports aux précédents , en diffère pourtant par l’addition d’une foule de drogues et par la rapidité de la préparation ; le fait suivant , à peu près , en tout semblable fournira matière aux réflexions.
Cinquième cl dernier fait (E). Notice sur le procède d'embaumement suivi pour le corps de L. D. C. D.
Avant d’exposer les détails de cet embaumement, nous devons dire que des raisons diverses nous ont forcé de modifier, sur différents points, le plan que nous nous étions tracé d’après la lecture des auteurs qui ont écrit sur ce sujet; ainsi, la famille avait demandé instamment qu’aucune partie du corps ne fût enlevée, désirant que le cercueil renfermât les restes tout entiers de L. D. C. D. , leur parent. D’un autre côté, il fallait laissera laface ses traits etsa physionomie, pour quele corpspût être reconnu à son arrivée dans la famille, qui habite l’Angleterre. Enfin, ce qui surtout empêcha de suivre un mode d’opérer plus sûr et plus rationnel, c’est que, par des circonstances particulières,
il ne nous était donné qu’une séance pour accomplir cet embaumement.
Quoi qu’il en soit, nous allons décrire la marche qui a été suivie, laissant pour un autre article, qui paraîtra incessamment, les modifications qu’on peut y apporter pour diminuer les difficultés et les dépenses , et rendre, s’il est possible, le résultat plus certain.
i°. Nécroscopie. Il n’est pas indifférent de suivre , dans ce premier temps de l’opération , un procédé quelconque ; toutes les parties extérieures devant conserver leur forme naturelle, il importe beaucoup de les respecter dans l’ablation des viscères.
Pour arriver à ce but, sans négliger pourtant l’examen des organes , on suivit la marche suivante :
a. Une incision partant de la symphyse du menton , suivant la ligne médiane , divisa tous les téguments et les muscles jusqu’à la symphyse du pubis.
b. Un trait de scie sur le milieu du sternum permit, sans rien enlever des parois thoraciques, d’introduire la main dans cette cavité.
c. Tous les organes, depuis la langue jusqu’à
la vessie et le rectum, détachés avec soin, furent retirés par celte ouverture. (Le résultat de la nécroscopic a été publié dans la 5e livraison du Bulletin Clinique, p. 79.)
d. Les yeux furent extraits avec précaution.
e. Les téguments épicraniens furent divisés transversalement d’une apophyse mastoïde à l’autre, et décollés en avant et en arrière dans une étendue de trois pouces ; c’est dans cet espace qu’à l’aide de deux traits de scie , l’un vertical, l’autre horizontal d’arrière en avant, il nous fut possible d’enlever un segment du crâne qui nous permit de retirer le cerveau , la moelle allongée étant coupée le plus bas possible.
2°. Dessiccation du. cadavre. Cette première opération terminée, le cadavre fut , autant que possible, débarrassé des liquides qu’il contenait, soit dans ses grandes cavités, soit dans le canal céphalo-rachidien. Puis à l’aide d’aromates précieux et de poudres absorbantes renouvelées plusieurs fois, on priva les tissus de leur humidité.
5°. Macération des viscères. Après l’examen qui en fut fait, on les lava à grande eau dans une dissolution saline , puis 011 les plongea peu-
dont deux heures dans une dissolution concentrée d’alun, d’hydrochlorate de soude et de chlorure de sodium (liqueur de M. Gannal),et enfin on les soumit pendant plusieurs heures encore à l’action d’une dissolution concentrée de deuto-chlorure de mercure.
4 Macération du cadavre. Toutes les parties ayant été convenablement détachées, on injecta de l’alcool dans les artères des membres et dans le canal rachidien ; et immédiatement après chacune de ces injections partielles, on en fit d’autres de deuto-chlorure de mercure, qui furent retenues dans les artères par des ligatures et dans le canal rachidien par un bouchon.
Dépareillés injections furent pratiquées dans les diverses régions qui sont abondamment pourvues de tissu cellulaire.
Les membres et le tronc , à l’extérieur et cà l’intérieur, furent arrosés d’une dissolution alcoolique concentrée de deuto-chlorure de mercure et enveloppés pendant plusieurs heures d’étoupe et de compresses trempées dans ce liquide.
Enfin , pour qu’aucune partie ne fût privée de l’action conservatrice du sublimé corrosif.
on remplit la bouche,, les fosses nasales , les orbites et les conduits auditifs, de petits sachets de cette substance en poudre ; et par le moyen de profondes et nombreuses incisions on en introduisit dans les muscles des membres et du dos , etc. (Ces incisions , étroites à la superficie , s’étendaient dans diverses directions et profondément dans les tissus sous-jacents.)
5°. Tous les viscères sont replacés dans la vaste cavité que formaient le thorax et l’abdomen réunis.
Cette partie de l’opération a été faite avec une extrême minutie; les organes, coupés par morceaux du volume du poing à peu près, étaient séparément desséchés dans des poudres balsamiques, puis saupoudrés abondamment de chlorure de chaux et entourés d’étoupe trempée dans la dissolution alcoolique de sublimé; chaque paquet, ainsi constitué, était revêtu de deux lames de plomb et placé dans la cavité thorachique; des poudres aromatiques , du chlorure de chaux et des étoupes trempées dans le sublimé en séparaient les différentes couches.
Le cœur (pour la satisfaction des parents) fut laissé entier et placé dans le lieu qu’il oc-
eupc naturellement, après avoir élé soumis aux mêmes préparations.
Le crâne fut rempli des mêmes substances employées pour la conservation de chaque organe.
6°. Le segment enlevé au niveau de la suture lambdoïde étant replacé , on réunit les téguments par une suture méthodique, et l’on en fit autant pour l’abdomen et le thorax.
La suture du crâne n’était pas visible parce qu’elle était recouverte par les cheveux, dont la tête était encore abondamment garnie.
Le tronc n’était pas déformé.
70. Application des bandelettes. Avant d’appliquer les bandages, on étendit un vernis sur tout le corps, la face exceptée, et immédiatement sur ce vernis on plaça des lames de plomb ; c’est alors seulement que des bandages méthodiques recouvrirent toutes les parties depuis les orteils et les doigts jusqu’à la tète ; tous les tours de bande furent fixés par des points de suture; puis recouverts d’une nouvelle couche de vernis , de nouvelles lames de plomb , et enfin d’un nouveau bandage appliqué avec les mêmes soins que le premier.
La face , restée libre jusqu’alors , fut soumise
aux mêmes applications, de manière toutefois qu’on pouvait la découvrir ultérieurement sans altérer le reste du bandage.
Le corps fut ensuite enveloppé d’un drap , entouré d’un manteau de satin et déposé dans un cercueil de plomb; on le laissa exposé à l’air pendant plus de vingt - quatre heures , sans qu’il exhalât d’autre odeur que celle des aromates employés.
Cette opération , commencée à dix heures du matin, ne fut terminée qu’à deux heures après minuit.
Elle fut très-pénible , à cause des gaz et surtout du chlore, qui, s’exhalant abondamment dans les derniers temps de l’opération , fatiguait beaucoup les assistants , qui tous étaient tourmentés par une toux quinteuse très-violente.
Tels sont les détails de cet embaumement, qui avait été annoncé comme devant faire le complément de la nécropsie intéressante décrite dans un des derniers numéros du Bulletin Clinique.
A. Loreau, E. Chanut.
Quelle étrange naïveté de la part de l’embaumeur! 11 vient nous raconter que l’opération
fut très-pénible, à cause des gaz et surtout du chlore , qui , s’exhalant abondamment dans les derniers temps de l’opération , fatiguait beaucoup les assistants. — IN auriez-vous pas du le prévoir, vous qui vous chargez de telles préparations? n’auriez -vous même pas dû connaître l’inutilité d’un mélange de substances aussi incohérent?
11 n’est pas permis, en effet , d’ignorer que le chlorure de chaux ( chlorure d'oxide de calcium) , mêlé au deuto-chlorure de mercure , produit , avec le dégagement du chlore , deux nouveaux composés , d’abord du chlorure de calcium ( mu riate de chaux), et du deutoxide clc mercure (précipité rouge), substance insoluble, à laquelle personne n’a jamais supposé de propriétés conservatrices. Sur quel principe encore, sur quelle connaissance positive peut-on s’appuyer pour faire, dans les embaumements, un usage si fréquent du chlorure de chaux? Aucune donnée scientifique ne justifie cette pratique. Est-ce parce qu’il est désinfectant? mais celle raison devrait le faire rejeter, car enfin comment agit-il sur les miasmes putrides? — IS’est-ce pas en les décomposant? Personne n’en doute, excepté les embaumeurs toutefois;
ils ignorent probablement aussi qu'il possède au plus haut degré la propriété de décomposer les matières animales et végétales. J’ai constaté, dans le cours de mes recherches, qu’un cadavre frais, injecté avec l'un des chlorures d’oxide de sodium , calcium , potassium , est eu dissolution complété au bout de quarante-huit heures.
Ces recherches, que j’ai poussées dans une foule de directions, se sont surtout appesanties sur la substance que l’on vantait comme excellente et bien supérieure à tout ce qu’employaient les anciens pour les embaumements ; je me suis appliqué à préciser, autant que possible , le degré de confiance que méritait le deuto-chlorure de mercure dans celte circonstance. Il est bien vrai qu’il est apte à conserver les matières animales plongées dans sa dissolution; mais dans quelles limites et d’après quelles règles?
Le voici :
i°. Des pièces anatomiques grossièrcs( préparation des muscles du bras, par exemple), plongées et maintenues dans une dissolution concentrée de deuto-chlorure de mercure et desséchées ensuite, sont «à l’abri de la corruption, mais elles deviennent brunes, raides et tel-
lement déformées, qu’on les reconnaît à peine.
2°. L’injection est impuissante pour arrêter les progrès de la décomposition : ce sel n’est pas assez soluble.
3°. L’immersion seule d’un cadavre durcit la peau , mais les muscles et tous les viscères se décomposent.
4°. L’injection suivie de l’immersion conserve assez bien pendant deux ou trois mois, mais la décomposition putride s’empare des viscères thoraciques et abdominaux , ainsi que du cerveau et des muscles épais, au bout de cet espace de temps.
5°. Un sujet injecté au sublimé alcoolique puis ouvert, vidé et macéré, exposé ensuite à l’air, se dessèche facilement (î); mais il prend une couleur gris-foncé , et ses tissus sont à tel point racornis, qu’à peine il conserve la forme humaine.
Voilà les résultats rigoureux de l’expérience.
(i) Le deuto-chlorure de mercure, comme les sels de cuivre, d’arsenic, de fer, elc. , est décomposé par la géline, et forme un nouveau composé imputrescible. La conservation est d’autant plus sûre, qu’une quantité plus grande d’alcool a servi à dessécher le cadavre.
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Dans la conservation à l’aide du deuto-chlorure, une partie (lu sujet est sacrifiée pour conserver quelques débris ; le plus noble de tous les organes, le cerveau, siège de la pensée, le cède en importance à quelques os revêtus de muscles desséchés et d’une peau transformée et méconnaissable.
Ce sont là de bien faibles avantages et payés beaucoup trop cher; car les inconvénients et les dangers de ce mode de préparation nous paraissent suffisants pour le faire abandonner.
Il est d’un prix fort élevé, dangereux pour les opérateurs, il altère les instruments et les corps qui reçoivent l’influence de ses émanations. — Naguère , lors de l’embaumement d’un grand personnage , toutes les dorures d’une vaste salle où l’opération avait été pratiquée furent détruites par l’action du deutochlorure.
Cependant les embaumements faits avec cette substance, et dont les trois premières observations citées dans ce chapitre sont les exemples les plus remarquables à notre connaissance , donnent l’expression la plus avancée de l’art.
Quelles améliorations résultent de nos dé-*
couvertes? lo voici : i° une substance facile à manier sans danger pour l’opérateur, sans nul inconvénient pour les instruments et autres métaux, est substituée au sublimé; 20 l’opération peut être entièrement terminée en une demi-heure; 5° les nombreuses incisions, les mutilations, la soustraction des viscères, etc., la macération prolongée, sont remplacés par une injection à travers une petite ouverture de quelques lignes ; 4° au lieu d’une substance grise', coriace et desséchée, gardant tout au plus la forme humaine , mes procédés conservent lo sujet tel qu’il est à l’instant de la mort, avec la couleur et la souplesse propres à chaque tissu; 5° enfin, les dépenses, qui, par la méthode précédente, montaient de 2,000 à 10,000 francs, peuvent maintenant ne pas s’élever au-dessus de 5oo francs. Ainsi un corps peut être indéfiniment conservé pour une somme moindre que le prix du cercueil de plomb fourni par le service des pompes funèbres , cercueil qui aceëlère la décomposition putride, au lieu de l’empêcher.
Je me borne à énoncer ici quelques résultats en regard de ceux obtenus par mes devanciers; car, avant d’entrer dans le détail des
expériences que j’ai tentées, il me reste à tracer le tableau des moyens employés jusqu’à notre époque pour la préparation et la conservation des pièces d’anatomie normale, d’anatomie pathologique et d’histoire naturelle. Ce sera le sujet du chapitre VH.
Lorsque j’aurai fait connaître J’ensemble des ressources pour cette autre branche de la conservation des matières animales, chacun pourra se faire une opinion exacte, après une connaissance complète des faits, sur la part qui revient à mes travaux, et la place qu’ils doivent occuper dans le cadre des sciences naturelles.
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