CHAPITRE YIII
PROCÉDÉS GANNAL POUR lA CONSERVATION DES PIECES D*A- NATOMIE NORMALE^ D'ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET D'HIS- TOIRE NATURELLE. — EMBAUBIEMENTS.
Une partie de mes recherches a été soumise â Texamen de commissioiis prises au sein de l'Institut et de l'Académie de Médecine.
Après des expériences longues et répétées , MM. les membres des commissions ont été unanimes sur l'utilité des procédés de conservation que je proposais , et en particulier mon procédé pour la conservation des cadavres dans les amphithéâtres , le seul sur lequel il m'importât d'obtenir une sanction définitive, recommandé par l'Institut , est appliqué aux salles de dissection de Clamart avec un succès que tout le monde peut constater.
L'exposition fidèle et complète des nombreux essais que )'ai tentés me fournira , dans ce chapitre , l'occasion d'indiquer les moyens les plus
( «75 ) efficaces de conserTatiôn pour les pièces d'ariatomie pathologique et d'histoire naturelle. Et , comme il convient à un homme d'étude, désintéressé pouf tout ce qui concerne la science, je livrerai à la publicité le résultat de mon travail , la composition! des différents liquides et la manière de s'en servir. .^
Quant a mon procédé pour les embaumements, j'ai cru qu'il devait rester ma propriété, et que l'homme exclusivement adonné aux études chimiques était plus à même que le médecin de lui faire subir les modifications que réclame chaque cas particulier.
, J'ai pris un brevet d'invention; car ma méthode diffère assez essentiellement des préparations que j'indique pour les travaux d'anatomie.
Il fallait, en effet, conserver aux tissus, pour les embaumements , une fraîcheur et une sou* plesse que perdent par la dessiccation, au bout de quelques mois , les pièces injectées pour les besoins de l'anatomiste ; il fallait surtout assurer aux corps, dans ce dernier cas, une conservation plus prolongée : les faits que je puis montrer prouveront que j'ai atteint le but.
§ I**. Conservation des cadavres pour la dissection.
Mes expériences sur la gélatine m'afdent conduit a la connaissance de quelques-unes des jparties constituantes des divers animaux. J'a^ Tais étudié l'action des agens chimiques que Ton emploie habituellement dans les ^rts ; le travail du mégissier , du parcheminier , la fa^ brication delà colle-forte, que j'ai pratiquée eii grand depuis 1819 jusqu'en 1826, m'ont ^a-^ lement fourni des dotinées précieuses.
En 1 826, mon attention ayant été fixée par MM. Bégin et Serrulas sur la conservation des pièces d'anatomie pathologique, des essais ont été faits au Val-dc-Grâce.
En 1828, M. Alphonse Sanson , se disposent à préparer un cabinet d'anatomie pour des Anglais qui l'en avaient prié, me proposa de lu'occuper de la question relative à la conservation, ce qui m'obligea à faire quelques redierches ; mais ce ne fut qu'en i83i, et sur Ift sollicitation de M. Strauss, anatomiste d'un tuélite bien connu , que j'ai entrepris des travaux sérieux et soutenus sur la conservation dê« ci^ davres. Dès ce moment , j'employai toute mon
attention et mes soins à résoudre cette tjiiestion.
Les recherches sur la conservation des Cadavres nécessitaient la réunion de différentes circonstances , sans lesquelles il m'eût été im- {)ôssii3le d'arriver à une solution satisfaisante. On conçoit , en effet ,' là grande différence qtd doit exister entre l'action d'un liquide donné , sur quelques grammes de matière animale , éi son action sur des cadavres entiers ; aussi , je dois déclarer que , sans l'extrême obligeance dé M, Orfila, qiii mit à ma disposition, à l'École pratique de la faculté de Médecine, tous les objets dont je pouvais avoir besoin , il est probable qu'il m'eût été impossible d'arriver à des résultats positifs. J'ai rencontré des diâScultés^ de la résistance , et même quelque chose de plus , de la part de quelques notabilités scientifiques, et aussi de quelaues ambitieux subalternes ; j'ai tout surmonté.
Ce travail sur la conservation des cadavres ne doit être considéré que comme la suite de celui dans lequel je traiterai de la conservation des viandes alimentaires. Ce ne sont que les circonstances dont je viens de parler qui m'ont mis à même de terminer plutôt cêl«i-oi*
On sait que l'étude de la médecine doit être précédée de Fétude de l'anatomie, qui donne la connaissance de l'organisation du corps humain; mais cette étude est difficile et présente de nombreux dangers. L'étude des organes exige du temps ; leur dissection est longue , surtout quand elle est faite pour des démonstrations. Dans ce cas, il arrive presque toujours que la putréfaction s'empare du sujet avant que la préparation soit terminée ; car, à une température au-dessus de i5 degrés, il n'est pas possible de conserver un sujet plus de six jours; au-dessous de cette température, c'est-à-dire de o à lo degrés, le temps le plus long pendant lequel on puisse disséquer est de douze à quinze jours. Mais le cadavre exhale toujours des miasmes méphitiques avant que la totalité des organes soit putréfiée, et cette émanation de gaz est certainement la cause qui détermine le plus fréquemment les fièvres typhoïdes si funestes pour une partie de notre jeunesse studieuse ( i ) .
(i) Sur dix étudiants en médecine, logés ensemble et fréquentant le même amj^tthèrare , neuf ont été atteints d« cette grave maladie, dans le courant de Tannée dcrpi ère ; trois ont succombé.»
Avant d'exposer mes travaux sur la conservation des cadavres, j'ai dû examiner les travaux antérieurs aux miens; on a pu voir > par ce qui précède, qu'ils ne m'ont été d'aucun sç-t;ours.
Aussi , en considérant tout ce qur existe sur cette matière, jç ne pouvais trouver d'indicationque dans les procédés emplojrés pour les arts. Dans nos travaux de chimie appliquée, j'aisou*vent été à même de constater, en pratique, que la chair musculaire, parfaitement isolée , se dessèche facilement. Lorsqu'elle est mêlée a de là géline, elle éprouve, au contraire, facilement la fermentation putride. La géline (i) est la
(i) Od a désigné jusqu'ici, et considéré comme chimiquement identiques, certaines substances animales qui ne le sont pas : i* la matière propre des tissus gélatineux non décomposés; a* le produit qui résulte de leur décompo* sition par l'action de la chaleur et de l'eau ; 3** ce même produit* secondaire desséché. Ces trois composés étaient désignés par la dénomination de gélatine. Gomme j'ai prouvé qu'il n'y a pas entre eux de caractères d'identité , j'ai nommé géline la matière animale contenue dans les tissus gélhlineux; j'ai conservé le nom de gelée au produit de la décomposition de la géline , et j'ai laissé le nom de gélatine ^ la coUc-forte, quelle qu'en soit la ptircté.
matière aDÎmale qui , toutes piroonitances égales d'ailleurs, se putréfie la première; et qui, fprmant les organes d'un animal , éprouve unc^ siltéra^pu d'autant plus prompte que la quantité d'eau décomposition est plus considérable. Toutes les fois qu'on parviendra donc à préserver de putréfaction cette partie animale, on disposera les autres parties à la dessiccation. C'est à cette conclusion que j'ai été conduit pair mes recl^erches.
Pour trouver u\i moyen de conserver les. ca-; davres et ep générai les matières animales, i^ était essentiel d'exam.iper. l'action des substai^^^ ces chim^qHes auxquelles on peut siipppser des propriétés qui produisent sur les parties constituantes de ces matières une action immédiate ; il fallait aussi qu'on pût toujoiirs se les prpcurer facilement , et qu'eUos fussent d'un prix modique* 3e me siiis assuré qiie les acjdes ae conservent pas les tpatières animales; ils les désorganisent plus ou moins promptement et en raison directe de leur concentration. Plusieurs acides faibles , entre autres l'acide hydro-chlorique à 5 degrés, peuvent être em-r ployés pour enlever les sels calcaires aux os« L'acide nitrique , également à 5 degrés % peut
( ?79 ) ôtre mis f n usag^ dans quelques cas particu-^. liers; par exemple, quand on veut étudier le syrtètne nepreui; mais alors les os sont ramol- Us,' la géUne eM ^P partie désorganisée, l^s musclç^ sont décolorés , flasques , ainsi que les yiscère^; les nerfs seuls restept d'un I^leu nacré très^prônoncé.
L'acide arsénieuK a une action très-marquée^ mr les matières animales : je ia ferai connaître incessamment dans mon second mémoire sur la gélatine. Il conserve bien les cadavrçs , mais semblé favoriser la dessiccation. Dans les dé^ tails des expériences faites sous la surveillance deft commissaires des deux académies , je citerailes effets qu'aproduits l'emploi de cette substance.
• L'acide acétique conserve les viandes , mais eales desséchant» Cet acide affaiblit le vinaigre, natarde J[»|>^ut|(éfi»;tion, ramollit les os, ainsi que lesmusôles; qui sqnt décoloréa par son* action..
Les lessives concentrées dissolvent tputes les matiteeB animales ; les solutions alcalines fai-^ blés désoi^anisent plus. ou moins promptement ees Diémes substances. Uae très-petite quantité d'alcali suffit 9 à chaud, pour décomposer une grande masse de calh^naUère. Cet effet se pro«-
( 2So ) duit souvent pat ignorance danft leJ febriques de colle-forte.
Les sels ne conservent les viandes que lorsquils sont employés à sec, ou en dissolution très-concentrée ; il faut que leur affinité soit assez grande pour qu'ils puissent s'emparer do l'eau de combinaison des matières animales.
On peut donc affirmer que les sels ne conservent les viandes que parce qu'ils les dessèchent; aussi les sels plus solubles à chaud qu'à frcûd^ peuvent* quand ils sont injectés à chaud, en dissolution saturée, être considérés comme un bon moyen de conservation , mais qui ne pourrait être employé pour les travaux anatomiques , à cause des cristaux qui se déposent dans les organes lors du refroidissement du liquide injecté.
Les sels à base d'oxides métalliques ont en général peu d'affinité pour la gélioe, et ne conservent pas bien ; ceux qui sont vénéneux peuvent seuls être exceptés. Les sels de cuivre et surtout ceux de mercure empêchent la putréfaction ; mais plusieurs causes s'opposent à leur emploi : i* leur action n'est pas assez énergique pour leur accorder la préférence ; â* il y a toujours du danger à les employer en grand;
S" ils altèrent fortement les iostrutnents de dissection ; 4" enfin ils coûtent fort cher. *
Les sels alumtneux sont tés seuls que )'âie trouvés possédant la propriété de conserver, les: matières aninoales ; leurs bases se combinent» avec lagéiine pour former un composé partie' cttlier; l'acide est rendu libre.
Le r^ne végétal ne foumrt que peu de pro^^ duits ' capables d'èmpécher ou de retarder la*^ putréfaction; Taicool est à peu près la seule substance qui possède cette propriété. Il con<» serve de la même njianière que les sels j en s'emparànt d'une partfe de l'eau de composition; il blanchit; décolore et racornit les or*, ganes. L'alcool est la seule substance employée jusqu'à présent pour la conservation.; mais son action sur les tissus, son extrême volatilité , la difficulté de son transport et son prix élevé font désirer un autre procédé.
Le tannin ne peut être employé , parce que l'eau n'en contient pas assez en dissolution pour qu'une injection puisse suffire à la conservation; un cadavre immergé, même dans une grande masse de tannée , ne se conserve pas mieux; la peau se tanne , mais les UseMécomposent
L'acide galliqûe agit de la méine maniète f ' mais plus faiblement encore que le tannSa^
Upe uibstanee huileuse, yolatile et tràs-odopanté^ ttouvelleanent découverte, et a laquelle^ on a donné le nom de «iAosotb , a été présentée ootnn^e une panacée universelle , qu^, entre autres propriétés, devait avoir celle de bien MDservef les cadavres. Pour m assurer de la vérité de cette assertion, j'ai, k 18 octobre iS35, infeolé un sujet avec cent granttnes de créosote dissous dans sept litres d'eau< Le â3 , Tab^^ domim était fortement balonné et d'un vert bleu trôs-jM^ononcé; le ^6^ la, hc^ gauche 9 lu bras droit et toute la jambe g4uche étaient vét^ \ le 3o octobre , la décomposition était ^i proaeneéer, qu'elle nécesaSta riabufl^tion* On. objecta qu'il eût fallu , de plus , plong^E l? 8Ut jefr dans up bain d'eau saturée de pettg siibr stance ; mais son prix élevé m'empêcha de rér peler eette expérienoe, D'aiUei^rs, je pense que rtMlsut' de la créosote serait touî^urs un gr^ud obatade à son emploi
L'talun, sulfate acide d'alumine tt d? potasse, m'a donné les premiers bons résultats % mais , peu solufale à froid , il ne suffit pas quand la température atmosphérique s'élève aunieasns
de lâd^réa op). Un mélange d'alun , de cbip-riire de sodium (sel cofldçaim) et de nitrate de p$tAS$9 {sçi de iiitre) ip a ipieux réussi. J'aiFais easayé raption du sulfate de soi|de, du chlorure de calcium (murîate ^ chaux), de l'hydro-r chlorate d'ammoniaque , ^tc» . . Elle était à pen pîè« nulle,
Le phosphate aeide de chaux est la première substance que j'aie employée en injection. Des reins ^ injectés a?eo une solution très^cpnoentrée de ce sel, puis plongés dans un lait de^ qhaui, B0 durcirent un peu à k surface, et se putréfièrent en peu de jours. * y
Le m^ange de deux parties d'alun, de d»u^ parties de sel et d'une partie de nitre en diss^-^ l^tiiDu dans une quantité d'eau suffisante pouir que le liquide marque i o degrés , injecté, QOUn serve hién les cadavres qui sont baignéa dana le même liquide, 'mais seulement quai»d là température est au r dessous, de lo degrés o{Q«> H-r.P^ur Une température plus élevée, il faut chauffer le liquide, et ajouter du mélange dea sels jusqu'à ce que l'aréomètre marque fi5 ou §o degrés.
De toutes les substances aalmes qui m't^nl des né des résultats -satisfaisants , les sels alun
mineUx déliquescents doivent âvoii^ la préférence. L'acétate d'alamine et le chlorure d'aluminium m^ont parfaitement réussi. Enfin le ibélange , à parties égales , de chlorure d'aluminium à 20 degrés , et d'acétate d'alumine à f o degrés, peut être considéré, employé en injection , comme un des bons moyens que nous possédons aujourd'hui pour la conservation des cadavres.
Maintenant que j'ai expliqué l'action des agents chimiques sur les matières animales, \e vais entrer dans les détails des expériences/
J'ai présenté mon travail à l'Institut le 4 mars i&33. L'Académie des Sciences nomma pbur l'examiner une commission composée de MM. Savart, Flourens, Chevreul, et Serre, rapporteur. Peu de jours après , M. Serre mit à ma disposition, à la Pitié et dans son cabinet particulier, un cadavre que j'iai baigné dans une ouye contenant une solution , à 1 o degrés , dé deui parties d'alun, de deux parties de sel eoinmun et d'une partie de nitré. Ce sujet, examiné à plusieurs reprises , parut bien conservé. Au bout de six semaines environ , on en fit l'ouverture ; les chairs et les viscères étaient dans un bon état de conservation; mais des
, circonstances particulières - s'opposèneif t ù la continuation de cet examen.
Le 1 2 novembre 1 834 » l'Administration dés Hospices m'accorda deux cadavres, que M. Orfila m'autorisa à placer dans un des grands pavillons de l'École pratique de la Faculté de Médecine, Ces deux sujets furent baigpés dans le liquide à lo degrés. Le 2 décembre , la commission de TÂcadémie des Sciences vint examiner ces deux sujets, qui furent livrés à la dissection. Ce même jour, un autre sujet me fut donné. Celui-ci fut injecté avec huit litres de la solution saline à lo degrés. A la fin de décembre, ces trois cadavres étaient dans un bon état de conservation ; on remarqua néan-^ moins que le derme, ainsi que les chairs, avaient pris un peu de consistance et une teinte blafarde ; les organes profonds , qui n*avajent pas été en contact immédiat avec le liquide , étaient presque comme nature. Depuis cette époque jusqu'à la fin d'avril, la Commission s'assembla plusieurs fois et constata ces résultats.
Une commission formée dans le sein de l'Académie de Médecine, dans les premiers jours de mars , examina ces mêmes sujets , et de-
manda de nouTellei expériences. Uil premiéf sujet fut injecté avec la graisse colorée, et bd<^ gnè ensuite. On injecta aussi, avec de la graisse colorée, le cadavre injecté le 2 décembre. Ici on put remarquei" qu'il fallut plus du double de matière grasse que pour un sujet frais, et qùë les filets artériels les plus déliés avaient été pénétrés par l'injection.
Ces expériences, qui ont duré jusqu'à Id moitié du mois de mai , m'ont prouvé qu'une injection de 10 à 12 degrés de densité, et l'immersion de ces cadavres dans iin bain de même liquide, peuvent suffire pour les conseirvations destinées aux travaut anatomlques ordinaires, et permettent une dissection de plusieurs mois.
A la fin de juillet i835, M. Orfilâ a miÈ é ma disposition, dans un des grands pavillons de l'École -j^ratiqûe, tous les instruments et ustensiles dont je pouvais avoir besoin ; lé 7 août, j'ai injecté 'Un sujet avec le liquidé à \2 degrés; puis je l'ai baigné dans un liquide au tnême degré. Le cadaVre, au bout de deux jours , commença à se gonfler. Huit jours après, il laissa dégager une si grande quantité de gaz, que je fus obligé de le retirer de la cuve, ail fond dé laquelle il il 'était plus possible de h
( 287 ) tûainteoir. Placé sttr une table, sa déoompositioil seiJibla arrêtée ; il ne se dégagea plus d^ gaz, mais il s'échappa une très-grande quantité de liquide rougi par le sang. Le sujet , qui avait pris une couleur brune prononcée, Se dessécha complètement. Pendant tout ce temps, on n'a pas remarqué d'odeur putride ; c'était celle du jambon fumé.
Un deuxième sujet fut injecté avec le ménde liquide , et abandonné sur une table ; SI se dé^
composa au bout de cinq jours. Mais on doit
Iremarquer que la température atmosphérique variait alors entre âo et 3o degrés o{o.
liC 8 août, un sujet ftit injecté avec le Ih' quide à 5o degrés de densité ^ ce qui nécessita l'élévation de la température jusqu'à 5o degrés Ofo» Ce cadavre s'est bien conservé , et fut disséqué jusqu'à la fin de décembre.
Ces diverses expériences me convainquirent que la solution saline employée avec succès pendant l'hiver était insuffisante pour les travaux qui seraient tentés durant Tété , c*est-*A^ dire à une température au-dessus de 1 5 degrés.
La réussite que j'obtenais par l'injection dli inéme liquide plus Cbnceutré m'^idiqua la majtché à solvM.
. J 'ai dit .que l'olup é|ait. déçooiposé , que., la matière animale , la géline , se cpmbinait avec l'alumine, et que Façide sulfiirique, rendu libre, produisait Taltération . des tissus. Je devais donc chercher un sel alumineu^ contenant plus de base.et un acide moins puissant..
Le 16. août, j'ai injecté un sujet avec huit litres d'acétate d'alumine à 20 d^[rés. Ce cadavre, placé sur une table sans aucune autre préparation, se conserva parfaitement bien pendant un mois; au bout de. ce temps, on put remarquer que les narines, les paupières et l'extrémité des oreilles commençaient à se des» sécher, ainsi que les maips et les pieds. Pour remédier. à cet inconvénient, j'ai recouvert la moitié du sujet d'une couche de vernis. Au J>out de deux mois , il fut facile de remarquer que la partie souipise à l'action de l'air avait considérablement diminué de volume, et se disséquait moins bien. Enfin, à la fin de jap-r .vier i836, les parties vernissées, non disse- .quées , étaient encore bien conservées , tandis que le reste était complètement desséché, momifié/
M. le docteur Piory avait indiqué a l'Académie de Médecine un moyen de cojiservf^r ks
(, «89 ) cadavres': il s'agissait, se^on lui^ dcles cnvcv lopper de lames d'étain , de toile , puis de ver* nis. Ce procédé m'a parfaitement réussi sur un sujet injecté avec Facétate d*alutnine.
Un autre sujet fut injecté avec le chlorure d'aluminium. Cette injection ne réussit pas bien, et sur trois cadavres j'ai rencontré les mêmes obstacles , c'est-à-dire que , le liquide contenu dans la seringue ayant été introduit, après l'espace écoulé pour la remplir de nouveau , le système circulatoire était tellement oblitéré que la force même de deux hommes ne suffisait plus pour en introduire une nou-* velle quantité. A vingt degrés , le chlorure d'aluminium a une si grande affinité pour l'eau , qu'il, s'empare de celle qui constitue les organes. Toutefois les parties du cadavre qui ont été pénétrées par le liquide ont été bien con* servées, les muscles surtout avaient gardé leur couleur.
J'ai injecté un autre sujet avec le chlorure à 8 degrés; mais» au bout d'un mois, il était dé-* composé. Enfin, j'ai introduit un litre de chlorure à 10 degrés, et six litres à 20 degrés; ce sujet s'est conservé, mais les parties non disséquées étaient sèches au bout de cinq mois.
( ag^)
Un mélange de trois litret d'acétate d'alu* mine à i o degrés , et de trois litres de ehlornre d'aluminium à âo degrés^ injecté par Taorte, ou mieux par Tartère carotide ^ m'a donné les ré« snltats les plus satisfaisantSi
J'ai déjà dit que toutes des expérienoes se sont faites sous la surveillance dé la commis^ sion de l'Académie des Sciences , de celle àê l'Académie de Médecine , et de la commission Monthyon , composée de MM. Duloûg, MageU'* die , Darcet et Dumas ^ rôpporteur» Le dompte que ces commissaires en ont rendtt âut demi Académies me dispense de présenter Ici le ré^ sumé de mes expériences.
Ces messieurs m'ont prié de répéter rexpérience du docteur Tranchina de Nâplei, qui Consiste à injecter une solution de deux litres d'arsenic dans vingt litres d'eait de fontaine ^ ou mieux d'esprit-de-vin (i).
Pendant huit jours , le cadavre est redté par* faitement bien; mâis^ après ce temps, il s'est
jit.
(i) L'arsenic est si peu solublci même à chaud, dans l'eau et surtout dans l'alcool, que j'ai dû introduire le liquide saturé , tenant en suspension plus de la moitié de la poudre qui ne pouvait étrêdi^sdUtti.
grâdlidlefficht dé&àéché, quoique placé dàtlé un lôdal fort humide et à côtô du robinet d'Uné fontaine qui ilef Vait toujours.
Injecté le 9 septembre y il fut examiné le â5 du même mois; mai^, ce même jour, Tàyànt proposé à plusieurs élèves pôur la dissectioil , âuËun d'eux ne voulut acceptei* îUa propôSi-« tiôû.
Le i 6 Octobre , il fut trouvé Itnpi'opre â âU-^ cune recherche anatomique ; le 3o , il était complètement desséché.
Je tTo)p que remploi dé ce moyëu })résèil^ ferait des dangers réels pôur les anatomisteâ. En voi^i la preuve : M. le docteur Poirson â déclaré â rAcadémiè de Médecine avoir été for^ tement incommodé , ainsi que deu% dd ses Col-^ lègues, pour avoir embaUmé deux géhérauit avec cette substance ; il attribue ce dérange^ tnent de santé â Tarsenic absorbé pendaùt lu t)réparâtion.
J'ai fait remarquer aux commissaires que I4 table sur laquelle était le cadàVre , qiie lêS croisées de la chambre , que le càdatre lui-même étaient couverts de mouches mortes $ on en Voyait une masse considérable sur ToUVeMUre pratiquée au sternum. Je crois pouvoir attri^
( ^92 ) buer cet clTet à un dégagement d*hydrogène arseniqué ; ce dégagement est au moins probable , et on conçoit Faction de ce gaz sur réco«* nomie animale.
Enfin, quand on songe qu'il y a toujours plus de quatre-vingts cadavres en dissection à FÉcole-Pratique , et que conséquemment il y aurait 1 60 livres d'arsenic à la disposition des élèves, on comprendra que ce procédé no serait pas applicable.
A cette époque de mon travail, j'avais déjà constaté que les moyens dont j'avais obtenu de bons résultats dans le principe devenaient insuffisants lorsque les circonstances extérieur.es changeaient; que le sel d'alumine , dont je faisais usage pour les injections , n'était pas. assez riche en alumine ; que la conservation n'était pas assurée au-dessus d'un certain degré de tehipérature ; en1in« j'avais trouvé dans l'acétate d'alumine une matière propre à former des injections éminemment conservatrices.
C'est alors que des rapports furent lus à l'In* stitut et à l'Académie de Médecine. Je les cite ici parce qu'ils constatent d'une manière authentique le point où. j'étais parvenu; déjà il 4était possible^' avec ces données / de disséquer
pendant toutes les saisons^ sans craindre dë^ sormais les dangers attachés à ce travail durant lés chaleurs^
INSTITUT DE FRANCE, —Académie des
Sciences. — Séance publique du lundi 28 dé"
, cembre i855. — Prix relatif aux moyens de
rendre un art ou un métier moins insalubre. — -
Sur la conservation des Qçulavres , par Mé Gan-
NAl. .
Votre commission a suivi avec intérêt les expériences de M. Gannal ; elle s'est éclairée des lumières de ceux de nos confrères que leurs études obligent à pratiquer des dissections journalières , et elle se croit fondée à déclarer à TAcademie que les .moyens indiqués en premier lieu par M. Gannal, et que, mieux encore, les sîmiples injections d'acétate d'alumine à dix degrés aréométriques , qu'il a pratiquées plus tard, suffisent pour conserver les cadavres pendant plusieurs mois, même en été. Elle s'est assurée qu'il n'en résulte aucun inconvénient pour la dissection.
Votre commission a cru devoir attendre que
ce procédé fût r^ulièreoient pratiqué dans quelque amphithéâtre un peu vaste avant de se prononcer d'une manière définitive. Elle sait combien les choses les plus simples sont difficiles à introduire dans le travail courant , parce qu*à l'emploi il surgit une foule d'obstacles imprévu s.
Elle demeure convaincue toutefois que ce procédé peut rendre , dès à présent , de véritables services dans tous les pays où la dissection rencontre des difficultés , soit par la rareté des cadavres, soit par les préjugés de la populatioxu
Prenant cette circonstance en considération » faisait d'ailleurs la part des obstacles que M. Gannal a rencontrés, des dégoûts qu'il a dû surmonter, pour exécuter les expériences qu'il a faites , votre commission a l'honneur de vous proposer de lui accorder, en attendant, un en-, couragement de 3,ooo francs*
RAPPORT d'une commission formée dans le sein de l'Académie de Médecine^ et composée de MM. Sanson, Roux, Dizé, Guéneau de Mussy^ Breschet,' rapporteur, pour examiner un pro' cédé de conservation des cadavres ^ découvert et proposé par VI. J.-N, Gannal, chimiste.
Messieurs ,
Si raaatomie est.la base de toutes les bonues études médicales , si presque tous les homoies qui ont le plus contribué aux progrès de la médecine et de la chirui^e ont été des anatomistes habiles , c'est rendre un grand service à ces mêmes sciences et à l'humanité que de découvrir un moyen qui facilite l'étude de l'a* natomie et obvie à son insalubrité. Eh bien ! messieurs y c'est une découverte de ce genre que M. Gannal prétend avoir faite.
Par une lettre, en date du lo mars i835, adressée à l'Académie de Médecine , par M. le ministre du commerce, cette compagnie savante est chargée de faire connaître à l'autorité supérieure son opinion sur le mérite réel du procédé de M. Gannal, pour la conservation des cadavres.
En conséquence , TAcadémie a formé dans son sein une commission composée de MM. Sanson, Roux, Dizé, Guéneau deMussy etBreschet; c'est au nom de cette commission que je viens aujourd'hui vous faire connaître les résultats de nos travaux.
Déjà deux commissions formées dans FAcadémie des Sciences s'occupent de l'examen de cette même découverte de M. Gannal : rujne, considérant le procédé comme utile à l'étude des sciences qui s'occupent de la composition des êtres organisés; l'autre, le considérant comme moyen de rendre moins insalubre un art ou une profession , un prix ayant été fondé dans ce but par M* de Monthyon , dont le nom restera éter« nellement cher aux sciences et à la philantropie.
Les raisons qui ont empêché les anciens de porter très-loin la connaissance de la structure de l'homme et des animaux n'étaient pas seulement l'idée d'une souillure attachée à la vuer et à la dissection des cadavres , ou la diflSculté de se procurer des moyens de dissection ; mais encore l'impossibilité presque absolue de conserver les cadavres , en totalité au en partie , a dû retarder les progrès de l'anatomie; Aristote ,
é qui Philippe de Macédoine avait donné toutes les facilités de disséquer des animaux ^ et qui devait avoir fait des collections, ne dit pas, dans les ouvrages qui sont restés de lui , com« ment il conservait les animaux qu'il n'exami«^ nait pas de suite , et Galien , dans ses administrations anatomiques , dit peu de mots sur ses moyens dé conserver dans les liqueurs.
Guvier, en faisant Thi^toire des progrès des sciences naturelles , nous apprend qu'une des circonstances qui ont le plus qpntribué à l'avancement de ces sciences a été la découverte de l'alcool. .
On est toutefois étonné de la nouveauté de nos moyens de conservation des animaux, pour les collections anatomiques et zoologiques, lorsqu'on se rappelle que du temps de Réaumur on liie connaissait pas encore l'art de conserver le corps des animaux avec leurs formes et leurs couleurs naturelles. Ainsi , dans le cabinet de ce célèbre naturaliste, on voyait les oiseaux écorchés et retenus par le bec avec un fil.
Les procédés taxidermiques ont presque tous pris naissance parmi nous , pour la formation des collections zoologiques ; mais nous manquonsencore de moyens peu dispendieux^ d'un
transport facile et mus un petit volume , pour conaenrer les animaux destinés à servir aux re« chwcbes d'anatomie comparée » ou à l'étude de Fanatomie de Thomme,
Pérou i dans la relation de son voyage aux terres australes, au commencement de ce siècle^ déplore l'embarras des zoologistes dans les voyages de long cours , pour conserver 1^ animaux, sans altérer aucun de leurs caractères xoologiques , et de manière à ce qu'ils puissent ultérieurement servir a des recherches anatomiques. Il dit qu'on rendrait un grand service à l'histoire naturelle et à la zoologie, si Ton pouvait résoudre le problème suivant : ,
c Un animal d'une espèce quelconque étant » donné , le conserver le plus sûrement , Iç plus * parfaitement, avec la plus petite quantité d'un » liquide alcoolique le moins fort possible. »
L'alcool est d'un prix très -élevé dans nos villes, QÛ Ton paie un droit d'octroi considé* rable, et encore ne peut- il convenir qu'à la conservation des corps d'un petit volume.
Dans les voyages, cette liqueur est d'un transport difficile , d'une évaporation rapide , sur-r tout dans les régions équatoriales , et souv^it alors elle fait éclater les vases qui la contien*
( 299 ) oeot ; elle altère , dissout les résiaes ou le ma^ tic résineux dont on se sert pour fermer les bocaux ou les autres vases qui contiennent les animaux.
Si Ton unit Talcool à un acide, les os sont altérés, ramollis; les couleurs sont détruites; les scalpels et les autres instruments de dissection sont promptement oxidés , lorsqu'on veut disséquer les animaux conservés dans ces li^ queurs.
Les mêmes inconvénients existent si l'alcool tient en dissolution de l'arsenic , du sublimé corrosif et plusieurs autres sels métalliques.
L'essence de térébenthine ne peut servir que pour de petites pièces ; elle est peu transportable; elle altère plusieurs tissus, devient épaisse et trouble.
Les huiles ne peuvent convenir que pour la conservation de quelques poissons ; leur acquisition est dispendieuse, et il est difficile de s'en procurer partout.
Les sirops qu'on a proposés pour la conservation de quelques parties animales , comme le cerveau , la moelle épinière , etc. , sont d'un prix trop élevé pour s'en servir en grand ; d'aile leurs, ils ne pénètrent pas profondément les
( 5oo )
tissus, ne préservent qae les surfaces ektë-' rieures, y déposent des cristaux ou une matière visqueuse qui altère les couleurs ; enfin , ilg entrent facilement en fermentation, surtout dans les pays chauds.
La créosote, conseillée dans ces <lernieri temps pour la conservation des nerfs et de Vencéphale, est d'un prix trop élevé; mais, comme nous n'en avons pas fait usage , nous ne pouvons signaler son mode d'action sur le^ tissus.
Le sel marin, employé seul et en solution „ a un mode d'action depuis long-temps connu , et son insuffisance ne peut être contestée ; nous ne parlons pas cependant des salaisons , parce que cette méthode ne peut convenir pour con* server des cadavres destinés aux dissections, ou pour préserver des animaux de la putréfac* tion , afin de pouvoir les disséquer plus tard i ou les placer dans des collections zoologiques.
Dans un journal anglais sur la médecine, on trouve, pour l'année 1818, qu'on propose de remplacer l'alcool pour la conservation des pièces d'anatomie et d'histoire naturelle par le $el solide j qui n'est, comme on sait, que du
( 30' ) lauriate de soude plus pur que celui du com^ ^ merce. Cette proposition est inadmissible.
Les chlorui'es d'oxidcs de calcium, de 80^ dium, de potassium, ont été recommandés pour la conservation de quelques pièces d'ana^ tomie pathologique; mais ils ne peuvent convenir pour préserver de la putréfaction des pièces un peu épaisses, et surtout des animaux entiers.
Le vin, nuquel on. a ajouté de la dissolution ; nitreuse de mercure , a été employé par quel* ques navigateurs, pour conserver de petites ' collections zoologiques; son usageme pourrait convenir en grand.
Les acides , plus ou moins affaiblis , at?* laquent les tissus et altèrent les instruments de dissection.
Les. solutions aqueuses ou alcooli^qu^a des sejis de mercure , la solution arsenicale , etc. • sont dangereuses, par leurs émanations, pour Tanatomiste qui toucherait constamment des pièces imprégnées de ces sels métalliques ; et de plus, elles durcissent les tissus, les resscr-rent, détruisent leur couleur et altèrent le» instruments d'anatomie.
INous dirons de l'acide pyro-ligneux et de
( 3oa )
Fieide ftcétique ce que nous àvotis dit Aéi âutreii acidéâ. Cependant où a proposé ^ il y a envirotl cfttiùase ans, Tacide pyro - ligneux , coihme l'août par excellence pour conservet les animâUX et leii pièces d'anatomie.
' Tous les acides, et le vinaigre lui-même, attaquent la couleur des tissus organiques , les eorrodent, s'emparent des sels terreux des os^ les rendent flexibles, transparents, et couvrent les parties molles d'une couche de majHère gluante qui cache les fibres et la structure de^ patties.
On sait que Talun , que le nitre sont employés séparément en solution aqueuse pouiF conserver les pièces d'anatomié, pendant le temps de leur confection. On sait que les ânatomistes emploient le nitre , ou simplement lé Salpêtre du commerce, non -seulement pour conserver les tissus charnus, mais encore pouf donnei* une vive couleur rouge â la chair.
Voilà, messieurs, d'une manière rapide, Pexposé des moyens les plus communs , pro^ posés ou employés pour là conservation des animaux entiers , qn pour celle des pièces d'anatomic normale ou pathologique.
Pouf répondre à l'Académie sur lé mérite de
( 3oS )
la déaôuvc«rte de M. Gannal , nous dirons que son procédé consiste dans une solution dans Feau , de trois sels que déjà on employait sé« parement dans les laboratoires d'anatomie » le niirê , le iel commun et Yalun*
Nous avons fait faire sous nos yeux des expé^ dences par M. GaniiaL Dans le courant du mois de mars dernier , deux cadavres furent placés dans une cuve à bain de deux mèCroift de longueur sur quatre décimètres de largeur et cinq décimètres de hauteur. On versa sur cei sujets une liqueur composée de sulfate acide » d'alumine et de potasse , de chlorure de so^ dium^ de chaque deux parties , et une partie de nitrate de potasse* .
' L'eau qui tenait ces sels en solution était M^ quantité suffisante pour que le liquide mar^ quât i5 degrés à Taréomètre (pèse-sels)^ c'est** à^dire^ et selon Tindication de M. Oannal^ que le liquide devait marquer 738 degrés pendant Vhiver, eii2à i5 degrés pendant Tété^
La cuve était placée dans l'un des pavillon^ de l'École -> Pratique} et, dans cette salle, il y avait un grand nombre de tables couvertes de cadavres qui servaient à l'étude pratique dd Tanatomie. Au bout de deux mois, ces cadavreë
furent retirés de la baignoire où ils étaient plongés, et on les disséqua. Us n'avaient pas changé d'aspect extérieur, et Ton reconnut que les tissus et les organes intérieurs étaient bien conservés, et pouvaient servir aux démon^tra^ tiens anatomiques.
D'autres sujets avaient été examinés par la commission de. l'Académie des Sciences; ils avaient été mis dans cette même liqueur depuis le 2 décembre 1834, et servaient encore à la fin d'avril 1 835.
Nous avons cru devoir demander à M. Gannal quelques autres expériences. Ainsi , nous avons désiré qu'on fit des injections avec la liqueur conservatrice, portée dans le système aptériel : nous flmes injecter un autre sujet avec la matière grasse ordinaire , et plus tard nous fîmes injecter, dans les vaisseaux du sujet qui avait reçu la liqueur conservatrice, une matière composée de suif, de galipot, à parties égales, et colorée avec le cinabre (sulfate de mercure).
Cette dernière injection a été heureuse. La première injection du liquide salin a exigé huit litres de ce liquide, qu'on a poussés par le ven* tricule gauche du cœur.
( So5 )
Le sujet, examiné au bout de deux mois, était bien ccrnservé, n'exhalait aucune odeur fétide , et pouvait senrir aux dissections ordinaires des élèves.
' La commission avait désiré savoir si la pu* tréfaction s'emparerait rapidement d'un cadavre après l'avoir retiré de la cuve , en le laissant , sur une table de l'amphithéâtre , exposé à l'air et à l'influence des émanations putrides provenant des autres cadavres. Un sujet fut donc retiré de la liqueur saline conservatrice , et'resta quinze jours exposé à l'air. La putréfaction ne s'en est pas sensiblement emparée durant ce temps. C'était pendant la dernière quinzaine d'avril. On a vu les muscles du cadavre se dessécher, et, pour ainsi dire, se momifier, tandis que les tissus qui n'avaient pas été mis en contact avec le liquide salin, ou qui n'avaient pas été découverts et exposés à l'air, restaient dans un état qui permettait encore nne analyse anatomique.
- Nous devons dire que- les tissus qui sont baignés par le liquide perdent leur couleur natutdlie; mais les organes profondément placés n'éprouvent pas le même changement; il n'y a pas d'emphysème dans le tissu cellulaire. Ce-
pendant nous croyons avoir i^marqiul qu^U y avait moins de résistance d^ns lea fibres dos oi^anes que chez un sujet mort depuis vpigt* quatre ou quarante-huit heures.
Nous ferons remarquer que, dans aucune circonstance, il n'a été pratiqué sur los mom-^ brês et le tronc de scarifications longues ç( profondes pour faire pénétrer le Uquide dans l'épaisseur des tissus.
Le crâne lui-même n'était pas ouvert, e| ai|.^ cune couronne de trépan n'avait été appliqittéo sur la surface pour permettre a^ liquido do parvenir plus facilement jusqu'aups: niéwng^S et jusqu'à Tencéphale lui-même. Cepen4ant, après plus de deux mois d'iiutoiersion dans la liqueur, le cerveau, eiitrait do la cavité crâ^ nienne , s'il ne pouvait pas servk à de nouvelles recherches sur sa sbrucUi|*e , pouvait $tro employé aux déiii^nstrations.
Mais pendant combien de ton:^^ peut sa prof longer cette conservation ? à quidile tea)pé«ar ture peut-elle résister ? et quelles sont ks dépenses qu'elle nécessite? enfin peut-dle éiro faite en grand? c'est-à-dire pourrai t-on, pw oo procédé, conserver \m grand nombre deia^^ts pendant l'été pouc les livvec p^ tard au&^è^ Tes pendant la saison des dissections? et si
(3^7) c^fr âU}ie(s^ ainsi coaservés, n'exhalent aueuoe abolir > a^ dovienaçat en aucmie façon une çaiise^ ^'ips^lnbtité ou de danger pour l^s élèn xe^ y pour ks auittoaiîstés oux^mémeâ , ou pour leiporsounes qui habilent les n^ai^ufi voisiner dç^ amphithéâtres d'ikOatoiBie , ne powraît-an p%9 prolottf^r indéfinimei^t laduréqr des disfteo' tîous, avk lieu de ne les p0r«aeltïe que pendant les rigueurs de l'hiver ?
Enfin,, cette liqueur saline de M* Gannal art-elle des propiriétjés conseryatrices assez pronQqeées p^Utr être eitipl0yée dah% le$ Toya|^f de )fiog eours et les c^maU tes {dus eluiuds^ poiiv reporter en BArope dea aaim«ux noifih* hreusi et degr4nde stature pour servir a Fétide àà l'^atomie comparée ?
La peu de vt^lume offert par les si^stancw salines , et l'eau de mer, qui pourrait servir à opécei? la i^olution des sels au fur et à mesure ^'on aurait besoin de la liqueur, seraient des circonstances très4avwablba à Vempl(û de ce procédé.
Pour répondre à toutes ces questions, il aurait fallu varier, multiplier les expériences , les prolonger pendant un temps beaucoup plus k»ig, et sur cm très^graitd n«im]N^ de sujets.
Ces entpéfienccs , dÀvïgàm daiis cet esprit ,
exigeraient des dépenses que nous n avons pas cru devoir imposer à l'auteur du procédé dé conservation des cadavres , qui déjà a fait des frais multipliés, pour le remboursement désquels nous croyons devoir proposer à FAcadér mie de demander une indemnité , sans porter préjudice à la récompense à laquelle pourra avoir droit M. Gannal , lorsque les expérience auront reçu l'extension que nous aurions désiré pouvoir leur donner.
Quoi qu'il en soit, nous croyons, dans ce rapport provisoire , devoir appeler l'intérêt de l'Académie et de l'autorité supérieure sur le procédé de conservation découvert par M. Gannal, et nous manifestons le désir qu'il lui soit accordé une somme pour l'indemniser dés frais déjà faits et pour lui faciliter les moyens de continuer en grand ses expériences.
Nous ajouterions que ce procédé de consefvation peut être appliqué très-avantageusement à divers cas de médecine légale.
Paris, le i6 juin 1 835.
Ont signé : MM. Gdéneâu dis Musst, Di;rf, Roux, Sanson, 'Bfit.scHj&T , rapporteur.
Certifié conforme^ Le secrétaire, perpétuel de TAcadémie de Médecine^ Signé Parisbt.
Le premier rapport de MM. les membres de la commission. nommée au sein de l'Académie de Médecine n'était que provisoire; de nouveaux Ëiits devaient venir éclairer la conscience des juges : ces faits furent présentés , et voici le rapport que M. Dizé lut à l'Académie.
RAVPORT définitif de la commission nommée dans le sein de C Académie de Hédecine, pour examiner le procédé de conservation des cadavres j présenté par i.-'^. Gannal.
Messieurs ,
L'Académie avait formé une commission composée de MM. Sanson, Guéneau de Mussy, Breschet , Roux et Dizé , pour lui faire connalnattre les résultats d'un procédé présenté par M. Gannal , ayant pour but la conservation des cadavres destinés à la dissection.
Notre honorable collègue 9 M. Breschet, présenta dans un rapport provisoire les expériences qui furent faites et les succès obtenus par M. Gannal.
Mais la copiniiission ayant exprimé le désir
de donner plus de suite à des essais ^cA , diaprés les résultats importants déjà obtetius ^ mén ritaient de fixer Tattentioti de TAcadémle , elle lui proposa de multiplier ^ de Tarier les éxpé^ riences , de les prolonger plus long-temps sur un plus grand nombre de sujets.
Mais les essais dirigés dans cet esprit exigeaient des dépenses : la commission n'avait pas cru devoir les imposer à lauteUr du procédé, qui déjà avait fait des frais multipliés; en Conséquence, elle proposa à TAcadétille de demander au gouvernement utie Indemnité pour les dépenses déjà faites, et pour continuer les expériences , sans porter préjudice à la récompense à laquelle M. Gannal pourrait 'avoir droit.
L'Académie seconda les vœux de la coamm^ sion £ elle fit obtemr du nlinistre dis TinUruo^ tioa publique la somme nécessaire ^ur tùw* vrir tous les frais faits et ctox à faire pour continuer les expériences.
AI- Gannal a fait une série d'expériences préliminaires , /qui lui ont servi comm« autant de jalons pour arriver à la conservation des sûb« stances animales ; ces travaux l'ont ensuite di«* rigé à k recherche d'un antiseptique £^e<pitis-
seaÉAf q« réunk à sa pro^nriété consenratrice des cadavres. celle de ne pas en altérer les tissus argailpûques, de ne pas trop affaiblir leur couleur naturelle > si importante à la démonstration onatomiquei.
Nous citerons les expériences les plus importantes, afin que vous puissiez apprécier le procédé qui est proposé.
Premièreinent , les acides en général modifient la consistance des matières animales : ils ks désorganiseÉit en raisop de leur degré de concentration ; quelques acides faibles , l'acide nitrique à 5 degrés , par exemple , peut servir quand on veut étudier le système nerveux; alors les o8 perdent leur substance saline et sont réduits à leur trame organique , les muscles sont décolorés , flasques « ainsi que les viscères ; les nerfs seuls restent d'un blanc mat nacré fort remarquable»
L'acide arsénieux conserve bkn les cadavres^ mais c'est de l'arseiiic ! il en faut un kilogramme pour un st^et! Cependant les journaux de mé- 426cine ayant parlé d'un procédé découvert par le] docteur Tranchina de Naples , la commission )i^a convenable d'inviter M. Gannal à r^ter cette expérien^ce; un sujet fut injecté
(3ia)
avec uÀ kilof^amme d*acide arsénkox et idUbc litres d'eau ; ce sujet , examiné par votre com* mission, présentait tous les caractères d'une bonne conservation ; mais , d'une part, ce pro* cédé était connu depuis long^temps, et, soui .un autre rapport , il présente tant de dangers â l'emploi, que dans le cas où il fût jugé bon, votre commission se verrait forcée d'en proscrire l'usage : en eflfet, lorsqu'il y aurait vingt cada-* vres en dissection , vingt kilogrammes de cette substance vénéneuse Seraient à la disposition du public.
L'acide acétique concentré conserve les viaii-* des, mais en les desséchant; ce même acide af« faibli retarde la putréfaction , ramollit les os ^ ainsi que les muscles, qui sont décolorés par son action.
Les sels alcalins ne conservent les viandes que lorsqu'ils sont employés à sec ou en disse* lution très-concentrée : il faut dans ce cas que les sels conservent de l'affinité pour l'eau de composition , en sorte qu'on peut dire que les sels conservent les viandes parce qu'ils les de^ s^hent; aussi, d'après ces principes, les sels plus solubles à chaud qu'à froid peuvent , in«- |ectés à chaud en disMlutioq concentrée^ étirô
eomidérés cooime moyen de conservation; le mtrate de potasse est surtout dans ce cas.
On a ^gnalé la créosote , substance t^étale nouyellement découverte, comme pouvant ser* vîr à la conservation des chairs, ce qui était à iFérifier : un cadavre , que nous avons fait injecter le 1 8 octobre , avec cent grammes de créosote et sept litres d'eau, était décomposé le 3o du même mois. Mais , pour répondre à Fobjection qui fut faite , qu'il eût fallu le plonger dans un bain saturé de créosote , il suflSt de dire que ce bain -aurait coûté âoo francs; d'ailleurs, on aurait eu à combattre encore l'odeur 4e la créosote, qui pouvait devenir un obstacle dans les travaux anatomiques.
Une dissolution d'alun à huit degrés a mieux réussi ; mais la chair s'est racornie , elle est detenue 1)lafarde et très-cassante.
Le mélange d'alun ( sulfate acide d'alumine et de potasse ) , deux parties , de chlorure de sodium deux parties ^t de nitrate de potasse une partie, dissout dans l'eau, employé comme bain, a donné les premiers bons résultats.
Le phosphate acide de chaux est la première mbstf^npe c|ui ait été employée en injeç^oo
pbVLt les cadavres ; ce sel ne s'oj^se pas «â mouvement de là putréfaction.
Des reins, injectés aveft ce sel et plongés dans un lait de chaux, se sont durcis A la surfaee «k putréfiés à l'intérieur.
D'iàprès cette première partie des expérieÉH# oès de M. Gannal, il résulte' que tes sels alu^ mkamx Mat les seuls ijui consisrTeKit bien tes matières animales et qui offrent un usage avàiH tagtiux.
L'alun , employé seul , consente bien , mais pMt peu dé temps ; œ sel peu sdable à froid (fuiuto degrés) ne suffit pas comme injection piEKur la conservation d'un cadavre; il est indi^ pensable de plonger le sujet dans un baih coa^ tenant le même seL
Le mélange d'alun, de sel et de nitre, qui aété indiqué dans le rapport provisoire, n'a pas le même inconvénient; un sujet injecté avec ce liquide, à dix ou douze degrés de densité, peut se conserver pendant plus d'un mois ; mais 11 est indispensable de le plonger ^ au mpins de temps à autre, quand on veut prolonger sa conservation, c'est-à-dire pendant l'hiver entier; iûaîs, â une température au-dessus de quinze degrés , il est nécessaire d'injecter le li*
qiMe à là densité de vingt-cinq A trente de^ gré»-, et pour Tobtenir on est fôreé de chatifftr jâsqu*à quànante degrés au moins.
Plnsiturs oadartes injectés {atec le lii^ide é 10 d^és, le s décembl^ i654, ont été bien côiiMrfés jusqu'à la fin d'avril ; d'autres sujets » iiqeètés le 7 août, mais avec le liquide à û&ùê^ gté^ de deûèlté et 10 degrés thelmùinétriqùes» étââettt encore, le ib décembre, en bon état, tan^s que ceux qui furent injectés avec un li«quidè d^tifte densité inférieure n'ont pu rési9^ ter â une température de ao à 2S degrés , quoi** qu'ils fussent plongés dans un bain marquant IS degrés.
Lé bain de liquide salé a , indépëndaminent de rinconténient de la dépense des sels nécès«* sàires et de l'embarras des cuves , qui exigent un grand emplacement , le défaut de mégir h peau , et par conséquent de la dureir consi<léràblement
G*e8t pour ces motifs qpe de nouvelles tea»
tâtivës ont été faites , qui ont conduit aux vë* Sultats suivants : à démontrer que tous les sels à base alumineùse , soluble , sont décomposéis ; ijtie ceux qui sont très-solubles offrent tous les atûtttages de l'alun employé en séliltldn trètH*
concentrée , et n'en ont pas les inconvénients.
Far exemple , une solution d'acétate d'alumine à 20 degrés, injectée le 16 août i855, a parfaitement bien conservé jusqu'à ce jour un sujet abandonné sur une table sans aucune autre préparation; seulement, au bout d'un mois, on remarqua qu'il commençait à se dessécher.
Alors on en couvrit une partie d'une couche de vernis, ce qui l'a préservée de l'évaporation. Aujourd'hui , â5 janvier i836 , la partie vernis* sée se dissèque encore facilement et comme un sujet frais , tandis que l'autre partie offre-de la résistance à la dissection.
Dans les premiers jours de septembre, un autre sujet fut injecté avec l'acétate d'alumine ai 5 degrés; quoique ce fût le cadavre d*une femme morte des suites de couches, il se conserva très-bien.
Le 12 septembre, un sujet fut injecté avec le chlorure d'alumine à 20 degrés. Cette injection ne réussit pas bien , et on ne put en introduire que trois litres. Cependant le cadavre se conserva parfaitement. Cet insuccès dans l'intro-^ duction du liquide conduisit à l'observation suivante : que le chlorure d aluminium à 2û degfés agit si puissamment sur les tube^ artf«
(3i7) riels, qu^il les oblitère tellement, que le liquide iie passe plus; mais, pour remédier à cet inconvéoient, il suffit d'injecter un premier litre de liquide à lO degrés , et le reste à 20. Le chlorure d'aluminium^ a tous les avantages de l'acétate d'alumine , et a , de plus , celui de conserver la couleur des muscles d'un rouge plus prononcé.
Un mélange d'acétate d'alumine à 10 degrés et de chlorure de même base à 20 degrés, injecté, est un bon conservateur.
L'emploi de l'un de ces sels , ou le mélange que nous venons d'indiquer, offre l'avantagé de conserver les cadavres, sans qu'il soit nécessaire de leur faire subir d'autres préparations.
La densité* des solutions d'acétate et de chlo* rure d'aluminium doit être graduée suivant Fétat atmosphérique. Quand on veut prolonger indéfiniment la conservation du sujet, il est essentiel de remployer à 20 degrés; il est également nécessaire , dans ce cas , de recouvrir le sujet d'une couche de vernis, dont la seule propriété est de s'opposer à une dessiccation trop prompte, qui deviendrait nuisible â la dissection.
Les premières in)ections furent faites par
1 aorte. Plus tard,, pour éTiterle déekiremeut des parties pectorales» on les fit par Tartère ca^ rotide , ce qui réussit touîour& très-bieu quau^ 01%. pousse le liquide de haut en bas.
Après rinjectîon saline , on peut , au boiit de quarante-huit heures , injecter de la graissa colorée; on peut même injecter après, d^ux mois avec le même succès.
De la série des expérience que nous yenQns d'exposer, il résulte :
1*. Qu'une solution d'alun ji de se} etde nir» trate de potasse, injectée a lO degrés » s^t pour conserver les cadavres aune températun; au-dessous ^e i o degrés thermométriques; que, pour une température plus élevée , il faut por^ ter la densité à 25 ou 3o degrés , et imiuerger les sujets dans un liquide à lo ou i:ai degrés*
^*« Qu'il est préférable d'employer Vacétate d^alumine, parce qu'il conserve mieux;; que le dciryne n'éprouve p^s d'altération , et que hfk G^ntrçs des organes restent comme nature , aauC la couleur desmuscles, qui devient blanchâtre^
5\ Que le chlorure d'alununium o/Sre kt mdicnes avautages..
4^ Que, pour la conservation des parljkM d# 4;a4avros qui vH^/ùt pat^étéiuîiectéesî. ilest néc^s^
(5ifl)
9aire de \es imm^rgei: daas un mél^ngQ d'oau et d'acétate ou de çjilorure nmrquapt 5 è 6 4^ grés.
Mais cette partie du travail est renvoyée^ aux expériences qui vont être entreprises Wis kl conservation des pièces d'anatomi^ pa(|io|o-«
«que*
Messieurs , telle est la suite de» e^périeiieet faites par M. Gannal , depuis le preipier. np^ port provisoire qui vous fut présenté*
La commission a suivi avec atteatioo le4 nouvelles expériences ; les résultats obtenus lui ont démontré qu'on peut , au moyen des pro^ cédés indiqués par M. Gannal, conserver lei cadavres destinés à la dissiQCtipn^ et prolonger leur conservation bien au delà du terme que pourrait exiger le trav^l le plus minutieux^
Comme nous Favona indiqué, les sels so^ lubies à base d'alumine offrent ce moyea ooa^ servateur sans aucun danger dans leur enogploi ; on peut aussi se les procurer à bas prix.
Leur propriété antiseptique est fondée sur leur action chimique , qui modifie les substances animales, soit en leur enlevant Teau de compoflittpu qui en détermine h piUt réfection» aoit.eu »'o{^9aut 4 son aefjoAi iimuédifite^
C'est donc une justice à rendre à M. Gannal que de considérer son travail comme un service important rendu à la science , à Thumanit^, et qui pourra être d'une grande utilité pour les explorations anatomiques de la médecine légale.
En conséquence , votre commission a Thon-^ neur de vous proposer Tenvoi du présent rapport : i"" au ministre de l'instruction publique, \:omme objet de perfectionnement pour les travaux anatomiques , et pour réclamer la continuation de ses bonnes dispositions à donner de la suite aux expériences de conservation des pièces d'anatomie pathologique ;
s* Au ministre du commerce et des travaux publics , comme objet de salubrité publique.
Sur la demande d'un membre de TAcadémie, le renvoi du présent rapport à la commission de publication est décidé à l'unanimité.
Ont signé : MM. Guéneau deMussy, Sanson, Breschetf Roux, Dizéj rapporteur.
Cer/^(/?^can/i;nnf. Le secrétaire perpétuelde l'Académie de Médecine, ^îgnéParUet.
Réflexions. Le mélange de sulfate acide d'alumine et de potasse ) de nitrate de potasse et
de chlorure de sodium m'avait fourni d'abord quelques bons résultats. Mais lorsque denou^ telles expériences furent tentées à une tempé-rature au-dessus de i o"" centigrades, ce liquide^ que )e n'employais qu'en bain, ne répondit pas à mon attente. Alors j'essayai d'injecter ayee cette dissolution concentrée les cadavres plongés ensuite dans un bain de même nature. La conservation fut a^nsi rendue plus durable; mais elle ne put encore balancer les influences d'une atmosphère très-chaude et très-humide, long-temps prolongées. '
J'observai qu'après vingt--quatre heures d'im-> mersion des cadavres dans le bain , toute l'alutnine avait été absorbée : ce fait, bien constaté , fut pour moi un trait de lumière.
Puisque la conservation s'opère par la com-?
binaison de la géline avec l'alumine , me dis-je alors , et que l'alumine fournie par le sulfate aeide ne donne pas assez de l'élément conservateur, recourons à des sek d'alun plus riches en alumine et plus solubles dans l'eaul
Voici les données dans lesquelles je me ven^ fermai : Trouver un sel d'alumine qui conserve bien les cadavres^ et qui puisse^ par la modicité de wn prix^ être employé en grand dans les amphi*
théâiru. J'£^i|n4P¥in^ mas fi^saift mt \^. nltnit^ d'a)|imiae^ p^tr^ qu'il sortait de m^^ ^Piwée^ par wn prix élevé. Le cblcirure 4'^lu|iiipiop^ que j^expérimentai 4ut étrp abaiidopoé #e même : i"" parpe que , tu égar4 ^ sQfi exciesslf^ affinité poiir l'eau , il 4ps8èç|ie iQstaatanémeqt la membrpne interne d^s artères , y produit ainsî une ob}itépatioB , eit reqd ipipesMblo I9 fin 4o rinjeption ; j^"" parce qup, si Top est pçuh- Tenu à pratiquer ripjpctÎQu , eu l^ faisdPt prér céder d'un peu d'essence de tér.ébeulbiue , l'£^7 cide hydrochlorique cofitanu d^U9 le» pb^il^l altè|?e le^ instruwpnt^ et pippécbe Ig di.$spption. D'ailleurs le chlorure d'^luniinium t comnie tous le^ chlorures sqlubles, e3t uu mauvais ageut de da^siaçatiop 1 car il e^t by? grométrique.
L'acétate d'alumine cpuserve bien le^ mur tières animales ;^ comme on a pu le voir daus l'observation que j'ai citée à la fin du cbapilfP précédent. Mais il coûte cber, et pour co.iaor tif il ne peut être employé dans les ampbiït tbéâtres.
J'ai donc du recbercber un moyeu plus éooi uomique ; je l'ai trouv^ d^ns le mtfMf ^imftk d'alumine. Ce sel pei| eon^ii, nnqiiel pctV99i|«a
ne penfiaijt avant nîoi, est d^une ppéparatiôn simple et d'ui^ prix modique.
Un kilogramfne de ce set coûtant un franc au plus^ dissous dans deux litres d'eau , suffit en hi" ver pour conserver par injêeiion un cadavre frais pendant trois mois. Il n'est même pas néces* sàire , pOHP oonservep an cadavre pendant un mois ou slic semaines , de fairo pénétrer Tinjection par les système$ artériel eu veineux i tm lavement d\in titre p0p Panu$ 9 un autre par la bouché , suffisent pour cette conservation limitée. Ce procédé est appliqué à Glamart pour la to-t talité des cadavres destinés à la dissection. La pulssancip coiiservatriee de ce sel sera facile à comprendre, si Ton rapproche son analyse, de celle du sulfate double donnée précédemment :
ipo parties de sulfata simple d^ alumine sont formées d'a/umtW So ; diacide sulfurique'jo. Ce sel biep préparé, exempt de fer, contient ordi*nairement de 36 à 4o pour 0(0 d'eau.
Voici une table des différentes densités de ce sel, selon la quantité d'eau dans laquelle il est mis en dissolution.
Un kilogramme dissout dans 5qo grammes d'eau donne un litre de liquide qui marque ( Sa* à raréomètve de Baupoié.
. Cette même quantité dans un litre d'eau marque so*.
Dans deux litres 17% Dans trois litres 1 1^ Dans quatre litreë 8*.
Dans cinq litres 6*. ,
Cette table est importante, parce qu'elle donne la composition de différents liquider dont nous verrons Tappli cation. x
Le liquide d'injection, dontnous avons iodi* que la préparation et la quantité, est suffisant pour l'hiver et les températures moyennes; mais lorsque la chaleur dépasse ao"", elle doit être plus abondante , ou la solution plus concentrée.
Il est aussi nécessaire, lorsquil s'agit de conserver un cadavre pendant un temps plus long, de neutraliser l'acide sulfurique; on l'enlève par une addition d'acétate de plomb* 260 grammes de ce sel pour un kilogramme de sulfate sec produisent l'effet désiré. : — Si la conservation devait être indéfiniment prolon» gée, l'emploi de l'acétate de. plomb finirait à la longue par teindre l'épiderme en noir. En effet, comme'il est impossible de f^iré disparaître la totalité du plomb , là faibte quantité
4e ce Èel restée dans le liquide se trouve alori^ décomposée par l'acide hydro-sulfurique que dégage le cadavre , ou même par le soufre qu'il contient , et le sel de plomb est changé en un sulfure, poudre noire, insoluble, donnant aux cadavres tout Taspect extérieur des nègres.
Je conserve dans ma collection un enfant traité d'après cette méthode : sa peau , après un an , s'est noircie, non de cette couleur qu'on observe sur, les matières animales en dessicca*tion , mais de la plus belle couleur de nègre qo'il soit possible de voir.
Je m'arrête à ces détails ; car les faits de con* servation prolongée dont nous venons de par* 1er sortent déjà des besoins de l'anatomiste ; et, avant de passer à d'autres considérations , jl est bon d'épuiser tout ce que nous avons à faire connaître sur mes procédés de conservation appliqués dans les amphithéâtres aux sujets qui doivent être disséqués : la conservation de CCS sujets , on le sait , serait prolongée saûs aucun avantage au delà de deux à trois mois dans toutes les saisons.
. Je terminerai donc ce qui est relatif à cette première partie de mon travail , par le rapport de la commission des membres de l'Institut.
( 3fl6 )
Us ont jiig€ que ie réMiUat de m^ ftch^rdiei était do hante utilité» et qu'il Biéfitak Ten^ oouragemont du grand ppi« Manthyon « fondé:
pour la découverte qui porterait tfemède à Wn^ salubrité d'un art ou d'une profession.
Voici ce rapport.
Sur la canêervatibn du cadavre » par Mi GAifiiAi*
L'Académie sait fort bien , car elle a touIci qta'un encouragement fût accordé à l'auteur ^ que M. Gannal a fait de aoïkibf dlix essais peur la conservation des cadavres » soit dan^ le but d'assainir les amphithéAtros de dissection ^ soit dans celui d'obtenir un moyen d'embaumer ment à la fols économique et assurée
£û ce qui concerne l'embâumemént des ca«.
davres^ chacun conçoit qu'avant d'émettre un avia» il serait indispensable de prolonger les épreuves pendant plusieurs années , ce qui n'a pas encore eu lieu pour le procédé dont il s'a^ git. D'ailleurs , comme cette industrie demeu-^ rerait en dehors des attributions de votre oom-. mission des arts insalubres ^ lors même qu'dle serait parvenue à se perfectionner, nous n'avons voulu l'examiner qu a titre de ranseigtie»-
( 3^7 ) niettt^ Lé jugeiDént que notts allons potlet doit àont être cônôîdété comme s'appliquant exclusivement au^ procédés concernant les amphi-»* théâtres de dissection.
Dans ce dernier cas > les expériences étant bien moiils longues , on a pu les varier et les ibuldplier suffisamment pour qu'il soit bien démontré que Ton possède actuellement un procédé' bâpâble de conserver les cadavres pendant tdut te tenlps que les dissections les plus minutieuses peuvent exiger.
Ce pî*6cédé est d'une exécution facile ; il est économique; il repose sur Feniploî de matières qui n'ôM rien de vénéneux. En effet , après divers essriiè et tâtonnements, l'auteur s'est arrêté à la méthode suivante : il injecte un sel alumi-» ndnx, dissous dansl'eau, par l'une des carotides; quelque^ litres de liqueur suffisent , et le ca-^ dâVre abandonné à l'air libre s'y conserve long^ temps sans putréfaction ; quelquefois même il finirait jtar S'y dessécher et par s'y momifier.
L'aUtettr s'est servi d'acétate d'alumine préparé ptkt l'acétate de plomb et le sulfate d'alu^ mine et dé potasse. Cet acétate d'alumine, em« |>Iôyé au titre de 1 8* de l'aréomètre de Baume , 6t â la dose de cinq & sii litres, suffit pour con-'
( 5.^8 ) server un cadavre pendant cinq ou six mois* . Il a feit également usage de sulfate simple d'alumine pour se procurer Tacétate de cette base. Avec i kilogramme, de sulfate simple d'a«lumine en masse, 35o grains d'acétate de plomb et 2 litres d'eau, on obtient. la dose de mélange nécessaire pour conserver un cadaivre pendant quatre mois.
L'auteur indique mémo l'emploi du sulfate simple d'alumine tout seul , qui , à la dose d'an kilcigramme de sel concret pour quatre litres d'eau, suffirait pour conserver un cadavre pendant deux mois.
Par l'emploi de ces procédés, oa peut çomp* ter que les cadavres se conserveront sans odeur pendant vingt jours , un mois, six semaines, plus ou moins , selon les circonstances de teafi* pérature , l'état du cadavre , et la quantité de liqueur que l'injection a réellement fait péné» trer dans les vaisseaux.
Votre commission s'en est assurée par ellemême en examinant des cadavres préparés par M. Gannal ; mais elle n'a pas voulu s'en rap-^ porter, à sa propre expérience, et afin d'obtenir une pleine conviction sur l'utilité pratique du procédé , elle a voulu consulter les personnes
( 3^9 ) qoi s'occupent habif ucllcment de dissection. Leur opinion a été unanime.
. Parmi les expériences ou les applications dont le procédé de M. Gannal a été l'objet, nous placerons au premier rang la série de faits observés parnotrehonorableconfrèreM. Serres.
Yoici les détails qu'il nous a transmis à ce sujet. «Au mois de juin 1 836, on a injecté dans » Tamphithéâtre des hôpitaux le cadavre d'un > homme âgé de vingt-deux ans. Abandonné à 1 l'air libre dans un cabinet exposé au midi ,'et
• sur une table de bois, il s'est conservé jus- » qu'au mois de septembre, et il a fini par se .momifier.
» Au mois de juillet , on a injecté huit cada- 9 vres qui ont pu servir aux dissections, chacun
• pendant quinze jours.
1 Aux mois d'août et de septembre , on.a in* 1 jecté soixante cadavres , qui , l'un dans l'au^ 9 fre , se sont conservés pendant vingt joui^r
• De ces expériences, ajoute M. Serres, il ré*
• suite que le liquide fourni par M. Gannal cpn*
• serve' les cadavres de manière :
» i*" A permettre leur dissection pendant
• l'été, chose que l'on n'avait pu faire jusqu'à
• présenta l'école anatomique des hôpitaux;
» !î* A pei*mettre de donner à rénseigneiïiétit* » delà médecine opératoire un développement » ^ue jùsqu^alors elle n*avait point eu nulle part; «dar, auî moiâ d'août et de septembre ^ nous' > avons pu consôrver, comme au milieu de f hi- »yé]^, trente cadavreô a la fois sur les tables, et » faire répéter à sôîxante-dlx élèves toutes \ei » opérations 9 eti suivant une marche régulière » et ju8cju*alors Impossible. »
A cette série d'observations déjà si décisive^, lidils ajouterons les renseigùéments qui nous oiit été fournis par divérâ anatomlstèô bïeù connus dans la Science, '
Ainsi, M. Dubreuil , l'honorable dôyén delà' faculté de médecine de Montpellier, s^est eûiprésâ^j'danà rititérêt des études ânàtoitilquèâ , de fafre les essais convenables pôUr s'assurer de l'efficacité du procédé doUt il s'agît. Au prlntèttïps de f année dernière , le premier cadavre sur lequel îl a opéré s'est conservé pendant quarante et un jours, et l'on a mii^ fin â l'essa! sans que rien n'annonçât la putréfaction. Snr un second cadavre, le résultat fût le mêtae, bîèlr qu'on l'eût; choisi dans lés conditions tes plus défavorables,
M.'^ftourgery, qut s'occupe , comme on sait,
( 331 ) 4è k pobUoâtioki d'un grand ouvrage d'anâto*^ mie, dédare qtte ce procédé a fort bien réussi «ntre té» màlnsf ût 4(|a'il lui a été fort utile. Eti été^ il a iâjeeté deux cadavres qui de sont con* scnrvéa pendant trois semaines ; en hifetr , il en a injecté dn troisième ^ et cêlui-*€i ^ bien qu'il fut plâôé dans un cabinet chauffé à i5 degt^s, s'jf est GOAsenré durant sept semaines.
IL Auzotix , qui a formé loin de Paris uil éta'v Missement pour TexécUtion de ses }rfèoes d'a-^ Aaloftiie artifidelle, emploie le procédé de Mi Gaùnfli poiir mettre sdus les yeux de ses ouvriers les préparations qu'ils doivent reprcK duiref Ce procédé lui tk rendu de grands sei^** vieès.
MM. Yelpôau , Amussat $ qui ont eu l'ooca^ sion de le mettre à l'épreuve , s'en sont égalée liEiént bien trouvés.
' Votre Gdknmission était éclairée d'aiUeilrS par un rapport fait à l'Académie de Médecine » qui renferme des détails circonstanciés Sttr les essais suGcesHfs par lesquels M. Gannal a dû pas-? ser aVanI d'arriver a la méthode dmple et facila qu'il emploie aujourd'hui.
D'après l'ensemble des renseignemetits qu'Ole a recueillis, votre commission se croit fondéet
à dire que le procédé de M. Gahnal, tel (pi^il est, peut rendre de très^grands services aiHL études anatomiques ; qu'il les dépouille, en grande partie , de ce qu'elles ont de repous-* sant, et qu'il leur ôte presque entièrement , peut-*étre, ce qu'elles peuvent avoir d'insalubre.
On vient de voir que M. Bourgery, M. Au-* zoux, et,, en général les personnes qui se livrent à des recherches suivies d'ànatomie., emploient ce procédé , et qu'elles s'en trouvent bien. Nous aurions désiré qu'il eût été adopté dans quelque grand amphithéâtre d'anatotnie, et que son emploi y eût subi toutes les chances d'une grande pratique. Il parait que la dépense nouvelle que son application occasionerait s'est opposée jusqu'ici a son adoption dans ce. genre d'établissement.
Cependant il est incontestable que l'emploi des injections de M. Gannal dépouille les ca* davres de toute odeur putride , et l'oi^ peut es-» pérer qu'il diminuerait ou ferait cesser les accidents funestes qui surviennent assez souvent aux anatomisteis qui ont le malheur de se blesser en disséquant. Ceci n'est cTncore qu'une présomption; une expérience en grand peut seule prononcer.
Votre commii^ion pense donc qu'il y a lieii àé recommander l'adoption de ce procédé dans les amphithéâtres de dissection, encore bien qu'il doive occasioner un très-léger accroisse-^ ment de dépense. Combien cette considéra-* tîoQ est faible, quant il s'agit, en effet, de.ren-* dre les études anatomiques plus faciles, plus saines ; quand il s'agit de les rendre plus fructucAiies , puisque chaque cadavre pourra servir à un bien plus grand nombre d'élèves, et que ceux-ci, travaillant sans dégoût ni répugnance, conserveront bien mieux le libre exercice de leurs facultés !
Tout bien compté, la dépense, déjà trés^ faible, et qui le deviendra bien plus encore par la suite , cette dépense se convertit donc en une véritable économie, si l'on veut calculer,* par exeiUple, ce que coûte l'éducation anatomiquc d'un élève. A l'aide du nouveau procédé, il faudra moins de suj^ets pour le même nombre d'élèves, nubien, avec le même nombre deçà* davres, on fera l'éducation d'uii beaucoup plus grand nombre d'élèves.
Ces considérations ont frappé votre comtT^ission ; elle a pensé que le procédé qui nous occupe était suffisamment éprouvé; qu'il pouvait
être mis, dèy à présent, en pratique d'une manière habituelle dans les amphithéâtres de dis^ section; que, s'il n'en est pas déjà ainqi, cda tient éTidemment à des circonstaneés admir nistratives.
' En conséquenee , elle a Thonneup de voua proposer d'accorder à M. Gannal un prix de 8,000 irancs. «
Les membres de la commission avafeptpenrt qu'il convenait de recommander mqù procédé dans les aniphithéâtres de dissection ! leur vœu est en partie accompli, puisque, par décision de l'administration centrale des hospiees', les cadavres seront désarmais soumis , dans les vastes salles de Clamart, à l'une des injections dontj^ai donné la composition.
Cette décision n'étonnera point ceux de nos lecteurs qui savent que M. Serrer est ehai^ de la direction des travaux anatomiques à Glamart : ce savant , en effet , auquel ses travaux assurent un rang si distingué , est depuis longtemps connu par le 2èle él le noble désintéressement qu'il met à propager toute découverte utile.
§ 2. Conservation des piècesi d' anatomi^ ffÇrniqlf^ d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle^ i
Gomme j'ai l'intention d^ publie^: uUérie^?jemept un travail complet sur la conservation des pièces d anatomie pathologique, et des phjets d'histoire naturelle , que 4'aiU^urs li^s 4^r (ails dans lesquels je pourrais entrer m'entraiperaient au-dela des limites qul^ me conyiefit de donner à mon travail, je me contenterai ^e consigner ici quelques résultats obtepus de?puis trois ans , et la composition des liquides qui les ont donnés.
1*. En i833, je pris Ift cuisse et toupies organes contenus dans la cavité ahdoinin^le d'un enfant venu à terme ; je les traitai d'après les ipdications qui vont suivre , et aujourd'hui y 8 dér cembre iSâ^, je conserve ce^ pièces d^ns d^V^ bocaux. On peut s'assurer qu 'elles u'on t subi au- . cune altération , et qu'elles sont aussi propre^ à rétude que lors de leur séparatipn du sujet.
â"". En i835, M. le docteur ^^éniquet avaif; à faire des travaux sur le cerveau ; il se servie de mon liquide pour conserver Içs téte^ eor tîères, 4<>i^^il4yf^Ul|6(9^P?^<s^pénençe8fiiiieS|
il me remit une tête qui lui restait ; je la cbnserre dans mon cabinet. Il est impossible d'y reconnaître la trace la plus légère de décomposition putride , ni aucune altération produite par l'action de mon Hquide.
Z\ J'ai conservéintacte pendant trois mois une tète debarre (poisson du genre Silure} pesa nt plusieurs livres ; cette tête a été livrée à la dissection» ^
4** ^*^ conservé des sangsues et d'autres vers pendant plusieurs années, sans m'aperccvoir qu'ils eussent rien perdu des propriétés que le naturaliste a besoin de connaître.
5*. Même observation sur les différents organes des oiseaux et des mammifères : des têtes de faisans; plongées avec leurs plumes dans la liqueur conservatrice, après quinze jours de macération dans ce liquide , présentent la couleur rouge qui environne l'œil d'une nuancé aussi vive qu'à l'instant de l'immersion.
Je pourrais multiplier ces exemples et reproduire ici plusieurs centaines d'esdais aussi concluants, tentés dans le cours de mes expérien->> tes ; mais , comme il n'en pourrait résiilter faucun avantage pour le lecteur, )e m'arrête. « D'ailleurs, l'emploi que le capitaine Durville fait de ma liqueur dans son voyage scientifique,
qt Im vfiilk ^pr^uv^r ai^quellçA elle lie ti^ouve chaque jour ^Quipisci de la part des bmamea que rétudçi de» ^qieiice» natiiretlei porte è y recourlrn seront 1a çoQi|rin$ition la plqs fidèle et h p]u9 si^re.
S«fin , je §çral toujours heureux d« Fecetoîr
les observaiions , les remarques et les critiques
d(« pçriQiines qui , daus un intérêt scientifique , auraient à me signaler une de« cireon-< ^t9nces qui. peuvent qnodifier les applications. Pluflieqrf ssiug dout^ me lont échappées, et çQn^me je d^nir^ pfir dessus tontes choses QOiener in^ prf^cédéa au plu« haut degré de perfection , jç serais recanpaissant des secours qui pourr^iept me fuire. atteindre le but. Yoîci la çojinposition dos liquides ( i ) que j'enoiploie pilUT la GonionatÎQU dos différentes pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et
d'histoire natureUo*
\\ Vne tplutloo do inlfato pipplo d'alumine
(i]| Ces liquides^ c|u'on peut employer pour la conser- Tation limitée des poissons destinés aux dissections^ ne suffisent pas pour leur conseryation indéfinie; mais j'aurai l'occasion, dans mon travail sur la conservation des pièces d^aatomie jM(hologiqiie, ^'indiquer ua autre procédé.
a 6 degrés , c'est-à-dire la dissolution d'Un kilogramme de ce sel dans six litres d'eau.
2^ La dissolution du sulfate simple dans de Teau saturée d'acide arsénieux : — 5oo grammes d'arsenic pour 4o litres d'eau ; — - 6 litres de cette dissolution pour un kilogramme de sulfate simple.
3*. De l'acétate d'alumine à 5 degrés saturé d'acide arsénieux.
Usage, Je fais dégorger pendant quinze jours les pièces dans le premier liquide ; au bout de ce temps, je les extraits pour les mettre dans un bain du second liquide. Elles peuvent y rester de trois à cinq mois; enfin , retirées, elles sont placées dans le troisième liquide. C'est ainsi que je conserve depuis trois ou quatre ans des pièces que tout le monde peut venir visiter.
Il est inutile que je revienne ici sur là pré*paration des pièces sèches, j'en ai donné un exemple dans le chapitre septième; cependant» comme je n'ai indiqué alors que l'injection d'acétate d'alumine, sans ajouter aucune obseiv vation^ un des résultats que j'ai obtenus par le ^sulfate simple , rapporté maintenant , sera une confirmation utile des préceptes que j'ai don-
nés plus haut. Des savants distingués ont fait l'examen des vaisseaux et des grands viscères d'un sujet injecté depuis six mois, et nous verrons combien était satisfaisant l'état des prga*nes après un temps si long.
, M. le professeur Dumas , traitant de l'acétate d'alumine dans le cours qu'il fait à TÉcole Polytechnique , fut amené à parler de l'application que j'avais tentée avec succès, de ce sel à la conservation des cadavres : il me pria de lui confier quelque» pièces qu'il pût montrer aux élèves de l'école. Je m'empressai de lui en remettre plusieurs; j'y ajoutai le premier cadavre que j'eusse injecté avec la dissolution de sulfate simple à 3o degrés} c'était le corpa d'un fœtus qui n'avait vécu que quinze jours. Injecté depuis six mois et abandonné à l'air dans mon laboratoire , ce cadavre avait perdu environ la moitié de son eau de combinaison ; — « les pieds , les mains , les oreilles , étaient desséchés; — - la face était couverte de byssus (i),
MMta
(i) Ces productions à la surface des pièces sèches, non recouvertes d*un Ternis» n'amènent pas, il est vrai, la décomposition putride; mais elles les altèrent et tendent à les détruire. J'avais senti toute la gravité de ce fait pour
mais aucune trace de décp^ppsitiQq qe faif ^it croire à une dissolution prochaipq ^es Qi^g^me^.
Le lendemain du cour^ , M. le docteur Car zalis me demanda dans quel état fleyaient 0trp les vaisseaux à cette époc^ue de la cpnserT^tipn. —Le sujet, lui dis-je, eat à votre dispoçitiqp et TQUs pouvez vou^ en a^suyer yous-mpfl^ç. — r Alors }l fit Fouyerture de la poitrine^ p)f^Çf( l^ siphon dan^ l'aortp, et une injeçtioii grai)^ d'environ 5oo grammes fut ppqssiée dans \f système artériel.
L'injection refroidie ^ le sujet fi|t puveift \ \^ intestins étaient dans un état de cpqseryâLt|Q]|i remarquable , et l'injection ]es avait pénétrés , ainsi que le cerveau, qui fut trouvé à, Fét^t normal. Enfin , l'artère j^^raçhjale, suivie daua ses divisions et ses subdivisions ju^qii'àlfip^ume de la main , a été vue injectée. Ççp^is ç^sAt» époque, j'ai souvent montf'é ce sujet aux pçurr sonnes qui visitent mon laboj^toire; il est ploqg^ dans le liquide conservateur, et je puis le sa\imettre à l'examen des anatomistes , pour le^ quels les faits seuls ont de l'importance.
les embaumements; après de noml)reux essais, je suis enfin parvenu à trouver le /moyen d'en empêcher le dé« feloppement.
Ses observations de la nature de celle-ci prdUyéiit que )'ai donné aux anàtomistes des moyens de conservation qui répondent largement à tbiis les bésoinâ de la Science; et de plus, on doit remarquer que j'ai fait mes expérietyes dans le^ circonstances' les moins favorables. En effet, pour Tessai de tous les moyens que je supposais doués de propriétés préservatrices , j'ai choisi, cotnme dans le cas précédent, des fœtus, sujets les jplus disposés à tomber en dissolution, puisque ché2 eUl la matière animale n'est pas encore entièremeUt formée , qu'ils renferment ttue quantité considétable d'eau de combinaison , beaucoup) de gélinë et fort peu de chair mûsdtilairë. Cette idaùièt'e de procéder m'a dispensé d'une foule de tâtonnements et m'a mis à f abri de toute déception. L'aspect des fœtus et la constitutioii intime de leurs tissus Varie peu de l'un â l'autre ; mais la différence , bien faible pour ces sujets, est immense pour les hommes d'un âge avancé : le tempérament , l'idiosyncrasie , qui se de^^nent plus tard , établissent mille degrés, mille nuances dansla tendaùce â la décotiipôsîtion , et le sujet dont les fiàsus tèdent le plus rapidement aux causes âJsSdlvatiteë est à peine sdr la ligne des enfants
( 342 ) nouveau-nés. — - Cette opiaion, que je pourrais établir sur des faits si elle était contestée, me donne la conviction , indépendamment de mes expériences , que tout moyen propre à conser? ver les fœtus peut , à priori^ être jugé un excellent procédé pour la conservation de tous les cadavres.
J'ai dans mon cabinet une douzaine de fœtus injectés à différentes époques avec Tacétate d*alumine ou le sulfate simple, les uns conservés dans le liquide , les autres abandonnés à l'air : on peut voir sur ces pièces les différentes phases, les transformations variées que le temps et les agents chimiques font subir aux matières animales. Quelques-uns de ces sujets préparés depuis plus d'un an sont aussi favorables aux études anatomiques que le lendemain de leur mort; d^autres, soumis à l'action de l'air, se sont desséchés et offrent l'aspect de la momie . des sables.
§ 3. Embaumements.
J'ai présenté une histoire des embaumements aussi complète que j'ai pu ; historien , j'ai recherché les sources les plus dignes de foi , je
me suis entouré de tous les-docutnents de quel-' que intérêt , )e les ai fait entrer dans mon ca--' dre selon les besoins du récit; les observations, les critiques sont venues à leur place , ou pour éclairer ou pour redresser les connaissances et les opinions admises; j'ai surtout fait tous mes efforts pour ne pas sortir de la donnée scientifique. Depuis la momie des sables jusqu'à celle obtenue par le deuto-chlorure de mercure, ces , deu^ points extrêmes de ma tâche, c'est là l'idée qui a dirigé , qui a dominé l'exposition de mon sujet. Je ne m'en départirai pas pour faire connaître mon œuvre; je m'abstiendrai de toute conjecture sur la durée des corps embaumés par mes procédés : ici encore je n'aurai recours qu'aux faits et aux déductions qui s'en peuvent tirer naturellement.
Je renvoie à la fin du sixième chapitre pour l'appréciation des avantages qui ressortent de mon procédé coniparé à tous les autres, et je > reprends les faits où je les ai laissés dans le chapitre précédent.
L'acétate d'alumine et le sulfate simple doivent être choisis de préférence à toutes les substances éprouvées pour opérer la conservation des cadavres ^ et ces deux 8«ls peuvent rendre
atli adâtomistet) toUd le» services désirables; ni;^s l'étude dé leur âctiob doit être poussée pl^a loin pour le besoin de reinbaumeur.
iju'A:rîve-l-il dtfnc lorsque ddS corps oui été injectés avec Tua dô ce^ dëut sels? Ilsresteiit ei-^ posés atit Yàrîatiotis thermômétriques et hygTô^ métriques de l'air ,^^t doivent subir Une des itàh^ formatious suivantes : ou bien, soumis à l'actldrï tfunair sec et Vif, ils se deiâèchëht rapidement, ou bien, conservés dans un endroit clol^ et hu-mlde, ils s'affaissent, se noircissent et se Coii-' vrent de moisissure, sans d'ailleurs éproilvef de fermentation putride ; ils se décomposent , comme il arrive aul peatil et au cutr fanué renfermés dans un lieu humide ou éouè là terre. Ces transformations éprouvées par le* cadavres ainsi préparés étaient tin dbstâcle  Tapplication de mon procédé dàfls h» embaumements.
ri me restait donc Une dernière feérîé d'opérations à tenter pour prévenir ces résultats fâcheux.
Il fallait trouver le fnoyen de conserver déêXadapr es toujours frais, avec l'apparence du somrûëil, dans l'état ou ils se trouvent immédiatement après.
Il fallait (fuâ la conservation fût indéfiniment pNtàhgée^ c^est-ànlire ifue l'embaumement fût tel qu'il permît de conserver wi mort danè toute soh^ ihfégtité, sans inutilûtiori , sans incisions, et du-^ topslahie à toiôntéj à toateê les époqUesi possibles.
AJ-jë templi ces conditions? consultdiis les faits polir répondre. ' v
Première obseHûtion. Au inols de février 1 836 ^ sut* là demande de M. le docteur Petitgârd , j'ai eitlbttiimé le fils de M. Dupré , architecte 5 de^ meurant rtie dé la Cerisaie, n? i5.
det etifaiit, â^ d'une douzaine d'âhdées, fut eiltërré ail cimetière du Père Lachàise. Durant là coufttructiou du monumetit que le père fài^ ssât ëletrer, quelques àitiis lui inspirèrent des dâUfceS sur Feificacité de mes mbyeUs de cou- ^rtâtion. Blessé dans ses affections, M. Dupré " céUëUt des soupçons ; il en fît part â VL. lé dôc^ . teUr Fètitgard, en lui témoignant le désir d'db-^ tenir Tëxhumàtion du corps, pour s'àssurér par Ses propres yeux de l'état dU cadavre. Il aie fit prévenir, mais de nombreuses Occupa-* tîOUs m'ayant éUipéché de me rendre immédiatement à son invitation, il attribua mon rétard à de l'hésitation , à la crainte que j'âVaib de voir déiUenties les promesses qUe l'âVâis
faites aux parents , et même , il me Ta avoué depuis, il s'emporta , et s'exprima avec peu de réserve sur mon compte.
Enfin l'ouverture du cercueil ne fut faite* qu'au mois de juillet 1837. Alors ce malheu-reux père, sentant toute sa douleur renaître à la vue de son fils qu'il retrouvait exactement dans l'état où il était à, l'instant de l'inhumation , fâché d'ailleurs de m'avoir méconnu , m'embrassa avec effusion et me donna tous les témoignages d'une vive reconnaissance.
Votre hésitation, me dit -il, m'avait fait craindre d'avoir été trompé; dans cette persuasion , je suis certain de vous avoir nui dans l'esprit de plusieurs personnes ; mais )e réparerai le mal en disant la vérité ! Voilà un premier fait qui sans doute paraîtra de quelque valeur. Celui qui suit n'est pas moins concluant.
Deuxième observation. M. le docteur Oudet , chirurgien-dentiste , décédé à Paris , rue Dauphine, fut embaumé le 6 mars 1837, d'après mon procédé; son corps fut déposé dans un cercueil de chêne, sans garniture de plomb, et placé,ainsirenfermé9 dans un terrain argileux et humide : trois mois après l'exhumation fut faite en présence de M. Prunier, commissaire
(347) de police du quartier de TObservatoire, et de M. le docteur Petit Le corps fut trouvé dans un état aï parfait de conservation , qu'il fut un sujet d'étonnement pour une vingtaine de personnes présentes à l'exhumation ; toutes avouèrent que l'aspect du défunt était exactement celui d'un homme endormi. Procès-verbal fut dressé sur le lieu pour constater l'état du corps. Voici la copie de ce procès-verbal.
• Je, soussigné, docteur en médecine de la Faculté de ^Paris , certifie que le 6 mars 1 837 , M. Gannal a embaumé , par son procédé , le corps de M. le docteur en médecine Oudet père, qui demeurait rue Dauphine, n* a^.
Cette opération a été faite en ma présence, n'a exigé d'autre ouverture que celle de l'artère carotide, et a été terminée en moins d'une demi-heure.
'Le J18 mai suivant, l'exhumation du cadavre a été faite en ma présence, celle de M. Prunier, commissaire de police du quartier du Luxembourg, des employés du cimetière et de quelques curieux. Le cadavre , qui avait séjourné trois mois dans la terre et dans une bière non garnie de plomb , était dans un état si parfait de conservation^ que toutes les
pëlrsonned prééenteii bat dit (|tte Tbii poufàit . croire qu'il dormait^
Signé, Hippotyte^Petit. »
ïë ne rappellerai tiôint icianembauitieideiit 4Uë )*ai fait sur la dettiaiide de M. le docteur Bus^ou i j^àvàis â codserver le bbtpb dû itevëu dhgéiiéralGuillemitiofc, dêcëdé hôterdëBadé, rue du Helder. La inère demanda que Bon fila fût èoiivert de séâ habita , et placé sur un lit de fepôâ, côlnme sll dormait, tl resta qtlluzé jOur^ dans éelte pdâitioti, avaut d^ètfë enFef'mè danâ le cercueil qui devait le transporter dans là âépUltUré de sa famille.
3ë m'abstiendrai de mentionner pltiéieùrS obsèrVàtibhs d^ëxlitiinàtiohs ^ùe j'ai demandées môi-ihémë , parce qu'elles ii'biit point le caractère d'authenticité nécessaire aui faits dôht on veut tirer dès conséquences Sciëntiâquês. D'ailleurs il sera toujours facile , lorsqu'un corps savant où l'autorité voudrôilt S'aâsiirer de l'efficacité du nidyen qtlé Remploie, d'dl>tënir une exhumation et de Constater l'état dés sujets ainsi préparés. ^
Je conserve dans mon cabinet lé corpd d'uâ enfant de dii ans , embaumé depuis plUs dé
( ,349 ) huit mois ; la figure de ce sujet , qui reste à découvert , n'a subi aucune altération ; ses yeux ouverts donnent à sa physionomie Texpression de Tétonnement qu'on observe souvent au réveil.
Si de tels résultats peuvent offrir quelques consolations aux familles qui gémissent d'une perte douloureuse j'aurai reçu marécompense.