‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveauxChapitre 10 sur 21 · KH · texte numérisé non relu

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'Joules les pièces en cliair sont renfermées dans des caisses vitrées.

Parmi les pièces du cabinet dont parle M. de Rasière, les ]>lus remarquables sont : Dans la première caisse vitrée, la prepa ration du corp de Gotard. qui offre très-distincts les /| 5 6 muscles; deuxieme caisse: préparation partielle des yeux et de la langue, de la tête, du corps, des bras et des jambes; troisième caisse : préparation des muscles , artères , veines et nerfs du côté droit, et le squelette du côté gauche; la cinquième caisse est une préparation complète: on n’a fait qu’ôter la peau et la graisse, en soulevant et distinguant toutes les parties. On y observe, i° l’aorte ascendante, qui porte le sang à toutes les parties supérieures; 2° les artères carotides, qui le fournissent à la tête; 5° les artères temporales ; 4° l’artère radiale (pouls ) ; 5° l’artère crurale à la cuisse, et une infinité d’autres jusqu’aux rameaux les plus délicats. Les veines sont remplies d’une liqueur noire, ce qui les fait paraître d’une couleur gros-bleu; G0 on voit encore la préparation des veines du bras; y des veines jugulaires; 8° des veines du pied ; ()° la veine cave ascendante. Huitième caisse : pièce qui ressemble tout-à-fait à une de

— Di 7

res momies, ou corps embaumés, qu’on trouve encore aujourd’hui en Egypte. Toutes les chairs sont recouvertes de la peau , à travers laquelle on distingue fort bien les veines et les artères remplies de cire colorée et figée. Les cheveux , la barbe et tous les poils du corps aussi bien que les ongles y sont encore attachés. La onzième caisse vitrée renferme le corps du nommé Nicolas Lefort , âgé de quatre-vingttrois ans y natif de Douai en Flandre. Cette pièce est d’un goût particulier , tout y est en situation ; les muscles extérieurs en sont dégraissés, et l’on y a conservé toutes les artères, veines et nerfs qui se distribuent et se ramifient sur les muscles „ dans la graisse et à la peau, ce qui rend celle pièce aussi curieuse qu’elle est difficile à travailler. — Douzième caisse. — Préparation des nerfs.

Mais l’auteur ne dit pas un mot de la manière dont ces pièces ont été préparées. Cherchons si nous trouverons dans les écrits du temps la description de procédés capables de produire de tels résultats.

Pénicher , en son chapitre 5 ( de l’embaumement selon les modernes), J fait connaître la

composition cl les propriétés du baume. « 11 est composé, dit-il, de différentes mixtures, lanl liquides que solides, propres à empêcher la pourriture, soit par la vertu aromatique des soufres et des sels volalils des médicaments qui entrent dans sa composition, soit par une amertume considérable, qui consiste en des particules très-pénétrantes dont la propriété est de consumer et d’atténuer les matières crues qui disposent et précipitent le cadavre à la corruption ; soit par les remèdes ayant quantité de particules qui dissipent et absorbent toutes les humidités putréfiantes , soit par leur viscosité qui agglutine les parties qui se fermenteraient et se raréfieraient trop facilement ; soit enfin par leur astriclion , qui , fixant ces mêmes parties, empêche la résolution du tout.» 11 est facile de juger, par les explications qui précèdent, que les embaumeurs eux-mêmes ne se faisaient pas une idée bien nette des succès qu’ils obtenaient , toutefois s’ils les obtenaient. La nomenclature qu’on va lire justifiera le doute que nous exprimons. Les poudres qui faisaient la base du baume sont faites de toutes les parties des plantes qui remplissent les indications énoncées si confusément. — Telles

étaient les racines d'angélique , d ’impératoire, de galanga , d ’acorus, de car Une , de caryophyllata , de gentiane 3 d ’enula campana, de valériane, d'iris de Florence , de flambe , de calamus aromaticus, de gingembre 3 de pyrctre, d ecypérus, de dictante; le bois de roses 3 le sassafras 3 le gayac , le genièvre, le buis, les écorces de citron, d’orange, de cannelle, le cassia lignea, le tan , la noix muscade, le macis , le gérofle , les cubcbes , le spicanard , la coloquinte, les baies de laurier genièvre et de myrte , les noix de galle , de. cyprès ; les semences d’anis , de cumin , de fenouil, de coriandre , de cardamome ; le poivre long , blanc et noir ; les feuilles de rliue , de thym , d’absinthe , de sabine , de marrube , d’armoise, de laurier, de menthe, de myrte, de calamente , de baume , de mélisse , de marjolaine, de romarin, de sauge , de sarielte, de serpolet, d epouliot, d’origan, d ’hyssopc, de népéta, de basilic, de scordium, les fleurs de safran , de roses pâles et rouges , de stœchas , de centaurée , de mélilot , de camomille, d echamœdry’s, de chamœpitys, de romarin, d ’ hyper icum , de keyri, d ’anet, de lavande , etc.

Plusieurs gommes et résines fontjîartie de la matière du baume; telles sont la résine, la poix de Bourgogne , la poix navale, la gomme élémi ,

Vassa fetidn, Yaloés, \a myrrhe , le galbanum , l’acacia, la tacamahaca, le benjoin , le styrax calamite, le styrax liquide, la térébenthine , \ccamphre, le cèdrin , toutes les espèces de baume, le bois d’aloès, le tartre, les cendres gravelées, la civette , le castor, le musc, V ambre gris , le lalalanum , le bitume de Judée ou Y asphaltum , le pisasphallwn, la chaux éteinte, le plâtre, le soufre, le sel commun, lesel gemme, \c salpêtre, Y alun, Xcsuccin, etc. L’article des drogues composées n’est pas moins étendu: ce sont des teintures de musc, à' ambre gris, de civette, de benjoin, de styrax , d’ alors , de myrrhe, des huiles distillées ou essences des plantes que nous avons nommées. L’esprit-devin distillé avec la myrrhe, l’aloès et l’ambre est excellent pour la conservation des fœtus.

Le sel de Clauderus a joui encore d’une grande réputation; voici comment on le compose: Faites dissoudre dans une cucurbite une livre de sel commun avec une livre d’esprit de vitriol, appliquez un chapiteau, les jointures étant bien lutées , distillez le tout au feu de sable par degrés , vous tirerez un esprit trèsexcellent pour servir de lotion ; dans le fond de la cucurbite vous trouverez une tête morte que vous dissoudrez selon l’art, cL vous aurez,

après l’évaporation , ce sel dont l'auteur fait tant d’estime. — On pourrait encore ajouter la saumure qui est décrite dans les collections de Charles de Maëts , cliap. 100 et iq4 > e.. celle du cliap. 20 du livre intitulé Chemin rationalis, et aussi celle de Blanchard; ils veulent qu’après qu’un corps aura été vidé et nettoyé de ses ordures , il soit placé dans un cercueil de plomb pour y être macéré dans une suffisante quantité d’huile claire de térébenthine , et qu’après quelques jours de macération , il soit lavé avec de l’esprit-de-vin pour en ôter l’odeur; qu’il soit arrosé d’une forte teinture de myrrhe et d’aloès , qu’ils appellent balsamum mortuorom, et qu’il soit enfin desséché au soleil.

Je ne rapporterai pas ici les discussions sans fin sur les différentes espèces de sels que les uns vantaient pour les embaumements , tandis que les autres les considéraient comme nuisibles à la conservation des cadavres. Je m’abstiendrai aussi de parler de la chaux , à laquelle on attribue pourtant des merveilles : ainsi c’est elle qui conserva le corps à' A fra ; et en l’année 1025, sous le pontificat d’Adrien VI, le corps de saint Thomas, apôtre, fut pareillement trouvé vers le golfe de Coromandel , en-

duit et couvert d’un ciment fait de chaux et d’urine, ayant les os d’une grande blancheur, et à côté de lui , le fer de sa lance , une partie du bâton qui lui avait servi pendant ses voyages , et un vase de la terre qui avait été arrosée de son sang. — Malgré ces exemples si remarquables, s’ils étaient vrais , les auteurs qui les rapportent ne donnent aucune importance aux procédés auxquels nous les devons; ils se plaignent même des vues sordides de ceux qui. pour augmenter la masse des matières, n’hésileul pas à y mêler du plâtre , des cendres, etc. Voici la description de quelques-unes de macédoines composées avec les substances que nous avons énumérées.

1°. Vin balsamiijuc.

% Bon vin rouge, 8 pintes.

Gérofle, roses, écorces de citron, coloquinte, aa 2 onces.

Styrax, benjoin, aa 1 once.

Réduire en poudre grossière les drogues susdites ; macérer pendant quelques heures dans le vin, que l’on fera un peu bouillir ensuite.

Usage. Lotion des parties intérieures du cadavre ; désinfection de la chambre pendant l’opération.

2°. Eau-de-vie composée.

% Feuilles d’absinthe, grande centaurée, rhuc, sauge, marjolaine, armoise, thym, na4 poignées.

Coloquinte, 2 onces.

Styrax calamite, benjoin, ;~i 3 onces.

Poivre, gingembre, ââ 2 drachmes.

Macérerait bain-marie 24 heures dansquinze’pintes d’excellente eau-de-vie, avec autant de vinaigre distillé.

3*. Vinaigre pour laver la tête, la poitrine, le ventre, et pour injections.

% Poivre blanc , noir, gingembre, Si { livre.

Coloquinte, 3 onces.

Absinthe, centaurée, hypericum, ja 4 onces.

Macérer réduits en poudre grossière dans 40 pintes de vinaigre rosat; puis passer pour l’usage.

L’embaumeur doit avoir plusieurs grosses éponges ; quatre livres environ d’étoupes pour essuyer le sang et embrasser les poudres; coton pour la bouche , le nez et les oreilles ; grosse brosse pour frotter extérieurement le corps avec le Uniment. L’artiste aura en outre deux aunes de toile cirée qu’il pourra préparer lui-même d’après une clés formules qui suivent:

— Mh,

l“r Toile cirée.

% Cire neuve, 12 livres.

Styrax liquide, huile de térébenthine, 1 livre.

Fondre et mélanger le tout à feu lent, puis tremper la toile pour l’imbiber des deux cotés.

2°. Autre.

% Térébenthine, 3 livres.

Cire, 15 livres.

Mêler avec q. s. d’huile pour faire un cérat.

Mixtion pour tremper tes toiles , ta chemise , la coiffure et

les bandes.

% Cire neuve, 20 livres.

Térébenthine de Venise, gomme élémi, âr, 2 livres. Poudre d’iris de Florence, 4 livres.

Styrax calamite, benjoin , ;ùi (3 onces.

Myrrhe, aloès, âa 3 onces.

Baume du Pérou , huile d’absinthe, q. s.

Fondre la cire et la gomme, ajouter le baume et ensuite les aromates en poudre pour l’usage.

Voici quelques formules do Uniment ou baume liquide propre à frotter le cadavre tant intérieurement qu’extérie virement.

1°. Liniment.

Faites fondre 2 onces véritable baume dans 2 pintes esprit-de-vin. '

2". Autre Uniment.

% Térébenthine, huile despica, 2 livres.

Gomme élémi, styrax liquide, & 2 livres.

Huile de laurier, o livres.

L’embaumeur doit se fournir de ruban de soie , de couleur noire , violette ou blanche , selon le sujet qu’il aura à embaumer, pour en lier le linceul par les deux extrémités , aussi bien que cl’un quartier de taffetas d’une des couleurs dites, pour envelopper la boîte du cœur. — Plus cinq toises de cordes pour lier le cadavre enveloppé de la toile cirée. — Cercueil de plomb dans un cercueil de bois. — Baril pour les intestins. — Bandes trempées dans le liniment pour bander le corps.

La poudre cpii suit ainsi que celles qui viennent après sont des modèles qui serviront selon la prudence de l’embaumeur pour les cavités, pour les parties scarifiées et pour faire une croûte à l’entour du corps, ou pour être mêlées avec le sparadrap.

1°. Poudre balsamique.

% Racines d’angélique , calamus, iris de Florence, flambe, impératoire, carline, cyperus, gingembre, enula-campana, aristoloche, gentiane, valériane, bois de roses, spicanard, coloquinte, 5a ~ livre.

Semences d’anis, fenouil, cumin, coriandre, poivre blanc, noir, long, cardamum, noix de galle de cyprès, écorces de citron, d’orange, bois de genièvre, de laurier , fleurs de camomille, mélilot, centaurée, anet, lavande, roses, 5a 1 livre.

Feuilles de rhue , absinthe , menthe, calamtie, sabine, thym, marjolaine, baume , mélisse, romarin, sauge , marrube, pouliot, origan, hyssope, laurier, myrte, 5â 2 livres.

Tan passé au tamis, !\ livres.

Cannelle, styrax, muscade, aloès, myrrhe, benjoin, gérofle, dictame, 5â 4 onces.

Réduire en poudre ce qui doit être pulvérisé, puis passer au tamis; mais, pour la cannelle et les autres de sa classe , elles seront battues et employées séparément.

Baltazar Timæus fait entrer dans sa poudre le sel et l’encens.

2°. Autre poudre.

% Myrrhe choisie, l\ livres.

Safran bâtard, styrax calamite, gérofle. ;rr« 2 livres.

fl

Aloès cabalin, 5 livres.

Feuilles de romarin séchées, 2 livres.

Encens, 1 livre.

Feuilles de iaurier, roses ronges, ;tr» \ livre.

3°. Autre.

Absinthe vulgaire, abrotanum, lavande, romarin, laurier, âa 6 poignées.

Sauge, marjolaine, basilic, origan, thym, sariette, hyssope, camomille, ââ .3 poignées, llacine d’iris de Flor., 4 livres.

Calamus, angélique, cyperus, écorces d’oranges, de citrons , âa 1 livre.

Santal citrin , bois d’aloès, | livre.

Cannelle, gérofle, genièvre, sassafras, âa 1 livre. ^

Fleurs de roses, aloès, myrrhe, encens, styrax, benjoin , âa 2 livres.

Bois de roses, 3 livres.

Sel , 4 livres.

Faire une poudre et réserver l’huile de spica pour Fonction.

4°. Autre pour les entrailles.

% Sauge , romarin , camomille , melilot, marjolaine, absinthe, pouliot, centaurée, roses rouges, âa 8 poignées.

Cendres de sarments, 10 à 12 livres.

Le tout sera pulvérisé et mêlé pour saupoudrer les entrailles.

5°. Poudvc pour emplir les cavités.

% Myrrhe, aloès, âa 16 livres.

Sel de tartre, tamarin, asphalluru, sommités d’absinthe, scordium, petite centaurée, racine d’impéraloire, gentiane, angélique, carline, aristoloche 1. ou r., a~a 5 livres.

Cardamome, poivre noir, gingembre, âa 4 livres.

Cannelle, gérofle, labdanum, acorus, aa 2 livres.

G0. Autre pour saupoudrer le corps.

% Styrax, benjoin, iris de Flor., a'a 4 livres.

Sommités de marjolaine, fleurs d’-or anges, de lavande, tacamahaca > aa 2 liv res.

Bois de roses, acorus, sâ *- livre.

Labdanum, gérofle, âa - livre.

7°. Poudre.

% Tan , 2G livres.

Aloès, myrrhe, baume judaïque, a'a G livres.

Racine de cypcrus, iris de Flor., aristoloche r. , \alériane, gentiane, angélique, impératoire, gingembre, a'a 4 livres.

Labdanum, poivre noir, cardamome, feuilles séchées de scordium, absinthe, thym, marrube, hyssope, a'a 3 livres.

8°. Poudre tt mixtion.

Prenez une bonne quantité de sel et autant d’alun que vous mêlerez avec la myrrhe, l’aloès, l’absinthe.

la cannelle, le cumin, le gérofle, le silex des montagnes, le poivre et quelques aromates de môme nature , que vous réduirez en poudre en les arrosant avec une petite quantité de vinaigre; puis on emplira le corps, et avec de la cire fondue l’on frottera le cadavre, que l’ou mettra après dans un cercueil de plomb.

( Formule de Pierre Bellon.)

Joseph Lanzoni, médecin de Ferrare , va nous fournir quelques autres documents et diverses formules recommandées par les médecins les plus distingués de son temps.

Méthode de Rhasès.

Il faut d’abord administrer au cadavre qu’on veut embaumer, des lavements faits avec une décoction de coloquinte et beaucoup de sel ,, puis élever le corps verticalement , et lui presser le ventre pour en faire sortir tous les excréments. On lui administre ensuite un autre lavement fait d’aloès , de myrrhe , d’acacia, de noix muscade, déboulés de cyprès, de cannelle, de bois d’aloès et de santal, de safran , d’alun; le tout dissous dans le vinaigre et l’eau de roses. Après cette injection , on a soin de bien boucher ou mieux de lier l’anus, afin de ne

pas s’exposer à perdre la liqueur injectée. On enduit ensuite tout le corps avec de la poix noire ou goudron , et l’on injecte du mercure dans la bouche., le nez et les oreilles. Enfin l’on enveloppe tout le corps d’un sparadrap fait avec de la poix noire , de la résine , de la colophane , de X encens , du slorax, des go?nmes arabique et adragant , et la poudre dont il a été fait usage pour le second lavement.

Embaumement du pape Alexandre VI.

Le ventre fut d’abord ouvert jusqu’à la poitrine , en ayant bien soin de ne pas percer les intestins ; on les sortit du corps, ainsi que le foie, la rate, le cœur, les poumons, les reins, la langue ; on les lava et après les avoir incisés, on les plaça dans un vase. On épongea ensuite soigneusement le corps pour le sécher; on lava ensuite l’intérieur avec de l’eau-de-vie; on épongea de nouveau et l’on répéta jusqu’à quatre fois cette opération ; on remplit ensuite le ventre d’une poudre composée :

de myrrhe, d’aloès succotrin, d’aloès caballin , de suc d’acacia , de macis,

de santal , de bois d’aloès , de cumin , d’alun calciné , de sang dragon ,

do noi\ do yalles , de musc.

de bol d’Arménie, de terre sigillée.

Du tout parties égales. On mit successivement dans le ventre une couche de cette poudre et une couche de coton, jusqu’à ce que cette cavité frtt remplie. Après l’avoir cousu , ils remplirent la bouche de cette poudre. Ils trempèrent ensuite du coton dans un mélange fait avec du baume et du blanc d’œuf, et en bouchèrent l’anus, les oreilles, la bouche et le nez; ils enveloppèrent ensuite tout le corps d’un sparadrap fait avec de la cire et de la térébenthine.

Procédé de Thom. Burneltis 3 ( Thcsaur. Med.

practicæ.)

Ce médecin a décrit la formule de Solenandre , en avertissant qu’en Italie, les pharmaciens ont grand soin de nettoyer les simples qui entrent dans sa composition ; la voici;

lloses rouges,

Absinthe ,

Lavande ,

Boules de cyprès ,

Sauge ,

Calamus aromalicus,

Spica nardi ,

Myrrhe ,

Mastic ,

Aloès,

3 poignées.

;ra 1 once p

Caunelle,

Macis,

Noix muscades,

âs 1 once.

Girofles, Safrau ,

Alun de roche, Suc d’acacia ,

Sel commun ,

onces.

Cumin, Froment brûlé

1 livre, aa 1 livre.

Réduisez le tout en poudre.

y Eau-de-vie Vinaigre,

10 livres.

15 livres.

Etoupes de chanvre, 8 livres.

Eponges grosses, n° h.

On pratique l’incision cruciale, on brise le sternum et l’on scie le crâne, pour enlever les intestins, les viscères et le cerveau ; alors on lave le corps avec de l’eau froide ; on le sèche avec les éponges ; ou le lave ensuite avec du vinaigre bien fort, et, en troisième lieu, avec de l’eau-de-vie; on le sèche de nouveau avec une éponge et on le saupoudre avec la poudre ci-dessus; on trempe ensuite des étoupes dans de l’eau-de-vie, on les roule dans celle même poudre et l’on en remplit toutes les cavités; on replace le crâne ; on coud la peau partout ; on couvre le cadavre d’une toile chaude enduite de cérat, en ayant soin de séparer les doigts les uns des autres; on re-

couvre ensuite cette toile avec un onguent fait avec la colophane et le goudron.

Cette méthode garantit le corps de la putréfaction pendant plus de douze ans; si l’on veut que le cadavre reste intact un très-long temps , il faut inciser tous les muscles dans leur longueur, les laver comme nous l’avons prescrit, les saupoudrer et les lier.

Procédé communiqué par A Idrovande , ( liv , 6. de

Insectis.)

Nos rois européens, dit-il, ainsi que tous les grands personnages , donnent aux médecins et aux chirurgiens le soin d’embaumer leurs cadavres. On enlève d’abord les entrailles, et l’on sépare le cœur qu’on embaume à part. On retire le cerveau , en sciant horizontalement le crâne ; on fait de longues et profondes coupures aux bras, aux jambes, aux cuisses, au dos, aux reins; on incise surtout aux points où sont les veines elles artères principales, afin d’en faire écouler le sang qui, sans cela, serait un germe de putréfaction; alors, on lave le corps avec des éponges trempées dans de l’eau-de-vie ou de bon vinaigre , qui tiennenten dissolution de Yaloès, de la coloquinte , àeVabsinthe,de\’alun et du sel commun; on bourre

ensuile les trois cavités avec la poudre aromatique suivante :

Cyprès ,

Calainus aronial.

Genliane ,

Iris de Florence , Assa fœlida.

Girolle,

Noix muscades , Cannelle ,

Styrax .

Myrrhe,

Aloès,

Santal.

Il oses ,

Camomille

Melilot,

Baume,

Menthe,

Anis,

Sauge,

Lavande ,

Romarin ,

Marjolaine

Thym ,

Absynthe,

On saupoudre toutes les incisions ou coupures avec cette poudre , et l’on enduit ie corps avec de l’essence de térébenthine associée à de l’huile de camomille, de roses et à d’autres essences aromatiques ; on le saupoudre avec la composition ci-dessus décrite, on le recouvre ensuite d’un linge fin, et finalement, d’une toile cirée. Quand on n’a pas assez d’aromates, on se sert de chaux éteinte, de cendres de chêne et on lave le corps avec de bon vinaigre ou avec une lessive très-forte. Cette méthode est également indiquée par Ambroise Paré, qui dit avoir embaumé ainsi le cadavre d’un patient; il le conserva plus de vingt-cinq ans dans son cabinet. Sa prépara-

non était telle qu’on pouvait compter chaque muscle du côte droit, car il les avait coupés tout près de la tele et pouvait les séparer afin de les montrer et les toucher. Du côté gauche, on voyait les poumons entiers, le cœur, le diaphragme, le ventricule, la rate, les reins, la barbe, les cheveux, les ongles même, qu’il coupait à mesure qu’ils croissaient.

Amin* Mathiole et Simon Pauli vantent beaucoup les pi opi iélés ou scordium pour les embaumements.

Nous nous abstiendrons de reproduire ici les procédés de Donzellus, de Daniel Geierus , de Georges Durrius, de Forestus, de Charus, qui dirent, d une part, une multitude d’incisions poin préparer les corps à recevoir les drogues, et d’autre part, une accumulation insignifiante de sel, de plantes aromatiques et d’essences.

1 oui en finir avec toutes ces opérations empiriques dont l’insuffisance est le moindre défaut, nous donnerons le procédé si vanté de Louis de Bils.

Procédé de Louis de Bils.

Louis de Lils, gentilhomme hollandais, se 'antait de posséder un secret pour préserver les cadavres de la putréfaction , ce qui donna

lieu à différentes recherches pour le découvrir. 11 en résulta que plusieurs des expérimentateurs , parmi lesquels nous nous bornerons a citer Jean Van Ilorne, J liomas Bartholin, Pauli, Claudcr, tout en louant l’efficacité de la méthode de Bils, annonçaient que celle qu’ils avaient trouvée lui était supérieure encore. Bils n’ayant pu vendre sa découverte , la laissa à ses héritiers, dans un manuscrit légalisé et scellé par les magistrats hollandais. Après sa mort (1669), cette pièce fut remise au docteur Corradi de Leyde, qui le remit à M. Pallas, avec toutes les pièces justificatives. Celui-ci s’empressa de la publier. Mous allons offrir une analyse de ce procédé, qu’on trouve inséré dans le tom. L11I , de l’ancien Journal de Médecine , Chirurgie et Pharmacie , etc.

L’auteur conseille d’avoir une caisse d’étain sans couvercle, ayant huit pieds de longueur, deux de largeur, et trois de hauteur; celte caisse est renfermée dans une autre de bois de chêne très-sain , dont les jointures sont maintenues solidement par des bandes de fer ; elle doit fermer exactement et être munie d’un fort couvercle. On met dans la caisse d étain soixante livres de tan en poudre grossière, cinquante livres d’alun de Rome , autant de poivre et cent livres de

sel gemme. On verse sur ce mélange seize cents livres d’excellente eau-de-vie, avec environ huit cents livres de bon vinaigre. Après avoir bien agité ce mélange avec une spatule en bois, on le couvre avec le couvercle et on le laisse macérer pendant une ou deux heures. Pendant ce temps, on fait l’incision cruciale assez grande pour que la liqueur puisse imprégner toutes les cavités. On pratique une autre incision cruciale à l’occiput et on enlève une pièce de l’os, sans rien enlever de l’intérieur du crâne. Pour augmenter l’effet antiseptique de la liqueur, on peut injecter de l’eau-de-vie dans les intestins et les nettoyer ainsi. Après cela on enveloppe le cadavre dans une toile line qu’on lie avec un cordon de soie, au-dessus de la tète et des pieds. Alors on suspend le cadavre dans la liqueur, au moyen d’un cordon de soie, des pieds et de la tète, qu’on lixe sur un cadre de bois, de manière à ce que le corps soit recouvert d’environ deux pieds de liqueur. On étend ensuite sur la caisse d’étain des couvertures de laine bien épaisses , on y baisse le couvercle en bois et on lute les jointures avec de la cire. Le troisième jour de l’immersion on en sort le cadavre et on l’y remet pendant vingt-sept autres jours. On le renverse alors sur le ventre pour en faire écouler la liqueur et on lave les cavités avec l’eau-devie. Après avoir remué le mélange, on y replace le corps, en ayant soin de n’en point détacher les cheveux, l’épiderme ni les ongles qui tiennent alors fort

peu. Après les trente jours, on pince le cadavre dans une autre caisse remplie de la même composition et on y immerge le cadavre pendant trente autres jours; alors il est beaucoup plus ferme; on peut le manier plus facilement, peigner les cheveux, etc. ; après avoir lavé la peau avec une éponge douce, on peut l’exposer à l’air plusieurs jours et l’habiller si on le désire.

Après qu’on a bien nettoyé la première caisse, on y verse la même quantité de vinaigre et d’eau-de-vic avec :

Aloès,

Myrrhe

44 livres ,

Le tout en poudre.

Le cadavre reste en macération dans ce mélange pendant deux mois. Au bout de ce temps, on le lave avec la partie liquide de cette teinture alcoolique ; on replace dans le ventre tout ce qui a pu en sortir et on fait sécher le corps. Au moyen d’un feu doux on fait sécher les matières du bain ; on les fait servir de première couche pour le cercueil où le cadavre doit être conservé. Si l’on veut obtenir une momie incorruptible , on le fait sécher dans un petit local bien fermé qu’on chauffe fortement. Dans cette sorte d’é-

tu ve on brûle aussi tous les jours deux livres d'encens et de mastic; de temps en temps on doit retourner le corps et en essuyer l’humidité. La dessiccation qui ne fait que rendre la momie plus parfaite étant terminée, on la frotte avec un Uniment composé de :

Ambre gris, 6 onces.

Baume du Pérou, S onces.

Huile de cannelle, 4 onces.

On le place alors dans une caisse d’étain renfermée dans une autre de plomb. Ce procédé est aussi long que dispendieux; il ne saurait maintenant être mis en usage. Nous ne doutons point de son efficacité ; mais, nous ne craignons pas de dire que l’action de l’alcool, du vinaigre, du tanin, etc., produisent le racornissement des parties, et nous regardons comme impossible que les tissus puissent , comme l’ont affirmé plusieurs des partisans de Bils, conserver leur flexibilité naturelle après quelques mois.

( Noie communiquée par M. J utia.)

Pénicher , qui nous a fourni les premières formules, nous tracera clans les pages suivantes le moyen de les appliquer.

11 y a plusieurs manières d’embaumer.

La première, qui est tirée de l’Écriture

sainte, n’empêchait pas que les corps ne fussent bientôt altérés, puisque l’on n’ôtait point les viscères qui causent la corruption.

La seconde est celle où l’on se contente de vider et de nettoyer seulement les cavités qui contiennent les entrailles, le cerveau et les autres parties nobles, les remplissant ensuite de poudre aromatique, avec des étoupes et du coton.

La plus usitée et la plus parfaite qui se pratique est la troisième , qui consiste à faire des incisions à toutes les parties du corps, comme nous en parlerons dans la suite.

On en pourrait ajouter une quatrième, qui n’a pas lieu à l’égard des corps maigres et décharnés ; elle ordonne d’ôter les graisses et les chairs , en sorte qu’il ne reste que la peau et les os. Cette façon n’était pas inconnue aux Egyptiens, et je l’ai fait mettre plusieurs lois en usage ; mais ce travail est laborieux et demande un habile chirurgien.

Enfin il y a une dernière méthode d’embaumer les corps , laquelle s’exécute en faisant de petites ouvertures à certaines parties du cadavre, sous les aissel/es , aux aines et à l’anus,

selon l’ancien usage des Egyptiens. Pour com-

mencer celle importante opération , il faut premièrement que le chirurgien qui a l’honneur d’être employé à embaumer un roi ou quelque prince souverain , sous les ordres de son premier médecin, en présence des officiers de la couronne, fasse avec le bistouri quelque taillade à la plante des pieds, afin d’éprouver par cette operation si le sujet dont il veut ouvrir le corps est véritablement décédé : ce qui est un moyen plus sûr que les onctions que l’on pratiquait autrefois en pareille occasion pour réveiller les esprits animaux que l’on soupçonnait de n’être qu’assoupis. Il fera ensuite une longue incision, depuis la partie supérieure du sternum , pour donner moyen d’examiner les parties de la poitrine et de chercher la cause de la maladie et de la mort , afin d’en faire un rapport fidèle qu’on donnera par écrit, étant fait de concert avec les médecins et chirurgiens du roi présents. Il ôtera toutes les parties qui sont contenues dans cette capacité du corps ; après il descendra au bas-ventre, dont on examinera toutes les parties, qu’il tirera dehors pour cet effet, retirant tout ce qui est disposé à la pourriture. Les parties qui doivent être ôtées sont, entre autres , le gosier,

qui comprend la trachée et l’œsophage; la langue, les yeux, les poumons, le cœur, qui sera tiré de son péricarde pour être embaumé séparément, ainsi qu’il se pratique d’ordinaire; l’estomac, le foie, la rate, les reins, les intestins, le cerveau, les membranes, les graisses, le sang, les sérosités, les éponges et autres matières qui auront servi durant le travail, mettant toutes ces choses dans un baril pour être portées au lieu destiné. Je sais qu’il y a des auteurs qui ordonnent d’extirper les parties génitales aux deux sexes; mais, outre que ce serait défigurer le corps d’un homme, ces parties se peuvent conserver aussi bien que les autres, et d’ailleurs nous devons avoir du respect pour les instruments qui nous ont donné l’être. — Le chirurgien, ayant vidé ces cavités, doit travailler à la tête, de laquelle il sciera ie crâne, ainsi qu’on a coutume de faire pour les démonstrations anatomiques; et après qu’il aura examiné ie cerveau et qu’il l’aura enlevé, l’apothicaire lavera exactement et fortement les cavités du crâne avec du vin aromatisé et de l'esprit-devin ; ensuite il les remplira avec de la poudre qu’il aura préparée , et avec du coton ou des étoupes imbibées de quelque baume liquide,

de manière qu’il y ail plusieurs couches de cette poudre et de ces étoupes alternativement appliquées les unes sur les autres , après quoi on rejoindra les os du crâne séparés, et on recoudra la peau. 11 frottera ensuite toute la tête d’un des baumes liquides , et bassinera trèssouvent le visage avec les mêmes baumes ; il couvrira la tête d’un bonnet ou d’une coilfe , qui sera cirée et profonde, après qu’il aura insinué dans les narines , dans la bouche , dans les orbites des yeux et dans les oreilles, du coton imbibé et chargé de baume en liqueur, des huiles de muscade ou de gérolle; il travaillera au bas-ventre, qui sera lavé avec le même vin aromatisé , puis avec de l’esprit-de-vin , et il le frottera de quelqu’un des baumes susdits , et enfin il le farcira abondamment de poudre et d’éloupes, jusqu’à ce que toutes ces matières distribuées les unes entre ies autres forment la grosseur naturelle du ventre que le chirurgien recoudra. Le chirurgien prendra garde que la dissection soit faite dans les veines et dans les artères, afin d’en épuiser le sang et les humidités: ce qui sera observé aux bras, aux mains, aux cuisses, aux jambes, aux pieds, aux talons, aux bourses et aux autres parties , comme au

dos, aux épaules, aux fesses, tournant pour cet effet le cadavre et lui appuyant le ventre et la face contre la table ; dans ces endroits épais et charnus, les incisions seront longues , profondes et en grand nombre, en sorte qu’elles pénètrent jusqu’aux os, et lorsque les gros vaisseaux seront ouverts et purgés de leur sang, le pharmacien répandra quantité de poudre dans tous ces espaces , qu’on refermera ensuite avec le fil et l’aiguille, après qu’ils auront été arrosés et bassinés avec le vin aromatisé et avec l’esprit-de-vin; car il faut avoir le soin detuver incessamment ces parties, en absorber, s’il se peut , toutes les humidités, et les dessécher en quelque façon avec l’éponge , avant que de les frotter du baume liquide ou d’un desliniments, et de les remplir avec les étoupes et lesdites poudres. Enfin le tout sera recousu très-proprement, afin que le corps ne soit pas méconnaissable ; c’est pour cela que l’on ne doit pas faire d’incision au visage, et on tâchera de conserver tellement les traits qu’il puisse être facilement reconnu, ainsi que je l’ai observé depuis peu à une ouverture qui fut faite au cercueil d’un évêque, qui avait été embaumé il y avait plus de cinquante ans, et dont le visage n était

point du tout défiguré. Pour cette raison, l’artiste se servira de poudres fines , d’aloès , de myrrhe et d’autres ; à l’égard du corps , il le frottera et oindra avec le limaient qu’il aura préparé , y ajoutant de la poudre dont il fera comme une pâte. — Et il faut remarquer qu’à mesure qu’il achèvera d’embaumer chaque partie, le chirurgien doit la bander avec des bandes de linge trempées dans le liniment , en sorte qu’elles soient comme une espèce de corset et en xiastre., qu’elles hissent plusieurs circonvolutions les unes sur les autres , pour tenir les parties du corps serrées, et empêcher les aromates de sortir des cavités qui en seront remplies; ces bandes doivent commencer par le cou , pour finir aux pieds et aux mains : elles seront longues et larges pour bander le corps, les cuisses, les jambes et les bras , mais étroites et courtes pour les doigts.

Cela fait, on mettra la chemise lavée comme il a été dit; on ornera le sujet des marques extérieures des dignités qu’il aura possédées durant sa vie , et on l’ensevelira dans un drap de linge imbibé de liniment qui servira de sparadrap, que l’on nouera parles deux extrémités avec du ruban , par-dessus quoi on

l'enveloppera de la toile cirée, qui sera liée trèsétroitement avec de la corde. Enfin on le déposera dans le cercueil, dont on remplira tous les intervalles vides avec ce qui sera resté de la poudre , s’il y en a , ou avec des paquets d’herbes aromatiques séchées ; on le fermera et on le soudera avec toute l’exactitude possible. On appliquera par dehors une plaque de cuivre , ou d’un autre métal durable, sur laquelle on aura fait graver une inscription convenable pour servir de mémoire à la postérité. Le cercueil sera mis dans un autre de bois, que l’on couvrira si l’on veut d’un drap mortuaire.

Ce travail étant achevé, on viendra au cœur, qui , comme j’ai déjà dit , est embaumé séparément. On suppose donc qu’ayant été tiré de sa place, détaché du péricarde et ouvert par ses deux ventricules , lavé plusieurs fois d’esprit-dc-vin et bien nettoyé du sang caillé et des autres impuretés qui pourraient y être attachées, on l’aura fait tremper durant les opérations précédentes dans d’autre esprit-de-vin , ou dans de l’huile de térébenthine distillée. L’apothicaire reprend donc ce viscère ainsi préparé; il remplit ses ventricules avec les poudres

d’aloès , de myrrhe, de benjoin, de styrax ; ■! peut même le frotter d’huile ou essence de muscade, de gérofle, de cannelle, comme aussi de teintures d’ambre gris, de musc, de civette; puis après il l’ajustera dans du coton parfumé, pour contenir les poudres qui feront, avec les huiles, comme une pâle, et on le mettra dans un petit sac de toile cirée et aromatisée de quelqu’une des susdites essences, dont on frottera aussi la boîte où il doit être enfermé, tant intérieurement qu’extérieu rement , et on la soudera comme il faut , pour être enveloppée, dans un taffetas d’une certaine couleur, lequel sera pareillement imbibé et frotté des essences ou teintures , et noué de rubans de la même couleur : la couleur violette est celle qui est convenable pour les ecclésiastiques.

Je me souviens d’avoir embaumé le cœur d’un abbé de qualité, qui était d’une vie exemplaire : l’odeur qui en exhalait était si suave et si agréable, qu’elle parfuma pendant plusieurs mois le chœur du couvent des Dames-lieligieuses où il avait etc porte .

Le corps et le cœur étant ainsi embaumés, il ne nous reste joins qu’à parler des entrailles, des poumons, du cerveau, etc. Pour nettoyer

plus aisément ces viscères, on coupera les intestins en iong, on fera des incisions aux poumons, à la rate, à la matrice et aux autres parties qui étaient contenues dans le corps; on les nettoyera du sang , des sérosités et des autres saletés qui les pourriraient en peu de temps; puis on les lavera avec d’excellent esprit-de-vin, étant auparavant lavés avec d’autres liqueurs ; on les arrangera après dans le baril , en sorte que la poudre couvre premièrement le fond, mettant une partie des viscères sur cette première couche , et ensuite un second lit de poudre, et l’on continuera ainsi à mettre les viscères et les poudres alternativement et par lits , jusqu’à ce que le baril soit presque plein , observant que le dernier lit soit de cette poudre préparée, qu’on ne doit pas épargner en celte rencontre. Ce baril, qui doit être de plomb , sera enfermé dans un second qui sera de bois, que l’on enfoncera et poissera exactement (on ne se servit que d’un baril de bois pour Henri 111 , roi de Frauce).

Cependant , avec toutes ces précautions que l’on pourrait prendre pour conserver ces parties, en employant beaucoup d’esprit-de-vin, de poudres aromatiques et d’autres drogues

propres , je doute fort quelles ne soient bientôt corrompues, et peut-être même avant que d’arriver au lieu destine pour leur sépulture.

Enfin, lorsqu’on doit exposer le corps en public dans le lit où il est décédé , l’on lave le visage avec de l’esprit-de-vin, et avec du véritable baume on le rafraîchit très-souvent; mais quandil faut qu’il soitexposé sur un lit de parade pour y rester plusieurs jours, on se contente d’ordinaire de le faire mouler en cire, et de montrer seulement sa figure,... pendant que le corps est sous le lit, embaumé dans un cercueil.

Mais, pour tous les autres sujets, ceux qui doivent être transportés, on s’écartera le moins possible des prescriptions suivantes. Apres avoir vidé le cerveau par un large trépan fait au derrière de la tête, avoir ôté les viscères, le gosier, les membranes, scarifié les parties charnues et les avoir purgées du sang et des autres sérosités, on doit mettre le cadavre dans une des lotions ou dans une des saumures décrites au chapitre Y, dont on choisira les matières selon le lieu et la saison où on se trouvera ; et, au bout de quelques jours de macération, le sujet étant bien égoutté, on insinuera dans le vide du crâne de la cire neuve fondue, après

quoi on remettra la pièce du crâne enlevée; on recoudra la peau, on emplira pareillement la poitrine et le bas-ventre de cire fondue, et on les recoudra; ensuite on appliquera dans les scarifications des poudres, des aromates ou des herbes que le pays pourra fournir; l’on bandera le corps exactement avec des bandes de toile imbibées dans un des liniments susdits, et, au défaut, dans de la térébenthine, ou dans une teinture de myrrhe et d’aloès, dont on le frottera avec de grosses brosses ; ensuite de quoi on placera le cadavre (ainsi qu’on l’a fait à ceux d’Alexandre et d’Agésilaüs) dans un cercueil rempli de bon miel, de sorte qu’il en soit partout pénétré et environné tant par dedans que par dehors ; et après qu’on aura mis ce cercueil bien soudé dans un autre de bois qui sera bien poissé, on le transportera au lieu destiné. Là, on le lavera avec de l’esprit-de-vin avant de le montrer au public.

INous ne pouvons choisir un plus beau modèle d’embaumement que celui qui fut fait pour madame la dauphine par M. Riqueur, apothicaire du roi et de cette princesse, accompagné de M. son fils aîné, reçu en survivance en la charge d’apothicaire du roi. Cet embau-

moment s’esl exécuté avec tout le désintéressement, l’habileté et la prudence qu’on a pu désirer, en présence de M. d’Aquin, alors premier médecin du roi ; de M. Fagon , premier médecin de la feue reine, et qui l’est présentement du roi; de M. Petit, premier médecin de monseigneur le dauphin; de M. Moreau, premier médecin de feu madame la dauphine ; de M. Félix, premier chirurgien du roi; de M. Clément, maître chirurgien de Paris et accoucheur de ladite princesse. M. Dionis, son premier chirurgien, opérait, étant aidé de M. Baillet, chirurgien ordinaire, et d’un autre chirurgien du commun : madame la duchesse d’Arpajon , sa dame d honneur , madame la maréchale de Iîochefort, dame d’atour, et plusieurs femmes présentes. — M. Riqueur a bien voulu, sachant que je travaillais sur cette matière, me communiquer sa méthode.

Description du baume qui a etc fait pour Mmc ta dauphine,

% Racines d’iris de Florence, 3 livres.

Souchet, 1 livre \ .

Angélique de Bohème, gingembre, calamus aromaticus, aristoloche, âa 1 livre.

lmpératoire, gentiane, valériane, àr, è livre.

Feuilles de mélisse, basilic, a~, 1 livre -j.

Sauge, sarielle, thym, aTi 1 livre.

Hyssope, laurier, myrrhe, marjolaine, origan, rhue, a"a 7 livre.

/Vuronne, absinthe, menthe, calament, serpolet, jonc odorant, scordium, da 4 onces.

Fleurs d’oranger, 1 livre 7.

Lavande, 4 onces, ltomarin, 1 livre.

Semences de coriandre, 2 livres 7.

Cardamome, 1 livre.

Cumin, caris, âa 4 onces.

Fruits et baies de genièvre, 1 livre.

Gérofle, 1 livre 7.

Muscade, 1 livre.

Poivre blanc, 4 onces.

Oranges séchées, 3 livres.

Rois de cèdre, 3 livres.

Santal citrin, roses, ;ùi 2 livres.

Écorces de citron, d’orange, de cannelle, ;râ ' livre. Styrax calamite, benjoin, oliban, du 1 livre '.

Myrrhe, 2 livres j.

Aloès, 4 livres.

Sandarac, j livre.

Esprit-de-vin, 4 pintes; ■ — de sel, 4 onces. Térébenthine de Venise, 3 livres.

Styrax liquide, 2 livres.

Baume de copahu, 7 livre.

Baume du Pérou, 2 onces.

Toile cirée

Le cœur, après avoir été vidé, lavé avec de l’esprit-de-vin et desséché, fut mis dans un vaisseau de verre avec cette liqueur; et ce même viscère, ayant été ensuite rempli d’un baume fait de cannelle, de gérofle, de myrrhe, de styrax et de benjoin, fut enfermé dans un sac de toile, cirée de sa figure, lequel fut mis dans un cœur ou boîte de plomb, qu’on souda aussitôt pour être donné à madame la duchesse d’Arpajon, qui le mit entre les mains de monseigneur l’évêque de Meaux, premier aumônier de feu madame la dauphine, qui le porta après au Val-de-Grâce. L’ouverture du corps fut faite le plus exactement qui se puisse par M. Dionis, son premier chirurgien: M. Liqueur remplit toutes les capacités d’étoupeset de baume en poudre. Les incisions furent faites le long des bras jusque dans les mains, lesquelles furent munies de celte poudre aromatique, après qu’on eut exprimé tout le sang et qu’on les eut lavées avec de l’esprit-de-vin ; on en fit autant aux cuisses, qui furent incisées de part et d’autre depuis les reins jusque sous les pieds, et le tout fut proprement recousu.— On se servit d’une grosse brosse pour frotter le corps d’un baume liquide et chaud,

fait avec de la térébenthine, du styrax et des baumes de copahu et du Pérou, comme il est dosé ci-devant. Chaque partie fut enveloppée avec des bandelettes trempées dans l’esprit-devin; l’on mit autant que l’on put de ladite poudre aromatique entre le corps et les bandelettes. Le corps fut revêtu d’une chemise et d’une tunique religieuse* et environné d’autres marques de dévotion particulière , comme d’une petite chaînette de fer, au bout de laquelle il y avait une croix, que cette princesse gardait dans un coffre qu’elle avait fait apporter avec elle de Bavière. On l’enveloppa ensuite dans une toile cirée et on le lia fort étroitement pour être posé dans un cercueil de plomb, au fond et autour duquel il y avait quatre doigts dudit baume en poudre. Ce cercueil, étant bien soudé, fut enchâssé en un autre de bois, tous les espaces vides ayant été remplis d’herbes aromatiques séchées. Les entrailles, bien préparées, furent mises dans un baril de plomb avec une grande quantité des mêmes poudres aromatiques ; on le souda bien et on l’enferma dans un baril de bois. »

Nous aurons occasion de revenir plus tard sur ce mode de préparation ; observons seule-

ment qu'un sujet ainsi tailladé , morcelé et farci ressemble plus à des viandes préparées qua un embaumement ; que le sentiment qui porte à recourir aux embaumeurs doit faire naître une profonde horreur pour la mutilation d’un corps qu’on veut avoir tout entier; qu enfin l’opération de l’embaumement ainsi pratiquée est plus cruelle pour le cœur que la destruction et la dissolution naturelle des parties.

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