DES EMBAUMEMENTS DEPUIS UES EGYPTIENS JUSQU’A NOS JOURS
Ici les faits nous manquent presque entièrement, et l’histoire de l’art que nous étudions ne peut être poursuivie que dans les récits des historiens; nous n’avons plus , pour contrôle de leur véracité, ces monuments que l’Égypte nous offre en si grand nombre. Chez les Juifs, les Grecs, les Romains et tous les peuples modernes, nous voyons accorder les honneurs de l’embaumement aux rois , aux princes cl aux hommes de haute distinction; mais aucune tombe ouverte n’a rendu une seule de ces mo-
mies que nous admirons chez les Egyptiens; et si quelques exemples rares et éloignés de nous, transmettent l’observation d’une conservation durable, les détails merveilleux et extraordi-
naircs qui l’accompagnent nous (ont douter du fait même.
Ainsi, au dire de Gabriel Glander, on voyait, du temps de saint Augustin, Se corps d’Alexandre avec celui de Ptolémée ; leur tombeau a ête visité pendant plusieurs siècles, et l’on a pu remarquer la peau conservée avec les membres. Aiais . ajoute-t-on tous les corps ne. ressemblent pas à celui d’Âlexandre-le-Grand, qui était pendant sa vie . au rapport de Plutarque et do Quinte-Curce , d’une composition si rare et si admirable, que sa peau , sa bouche et toute sa personne rendaient une odeur très-agréable et parfumaient ses habits. On dit que son cadavre , par la négligence de ses amis et de ses capitaines, resta plusieurs jours sans être embaumé, et que cependant, lorsqu’on vint à le visiter , il fut trouvé sain, sans aucune tache, et même ayant le teint aussi frais et aussi vermeil que s’il eut été vivant , quoiqu’il fût mort d une lièvre continue : c’est au point que les Égyptiens et les Chaldéens, qui avaient charge de l’embaumer à leur façon, n’osèrent d abord en approcher, croyant qu’il n’était pas mort.
De telles merveilles ne sont pas assez en
harmonie avec la marche rigoureuse que nous avons suivie jusqu’ici pour que nous pensions sérieusement à les mettre en discussion; nous nous bornerons à reproduire le dire de chacun, jusqu’aux temps modernes , où les faits bien constatés offriront une ample matière aux réflexions.
Le peuple juif, qui témoigna, comme les autres, son respect pour les morts, n’admit jamais comme usage le soin d’embaumer les corps. Ainsi, Abraham achète le champ où Sara est inhumée ; Joseph fait embaumer magnifiquement le corps de son père; Moïse emporte seulement les ossements de Joseph; David loue les peuples de Galaad d’avoir enterré avec pompe Saul et ses enfants, etc, Dans la plupart de ces exemples, il n’est fait aucune mention d’embaumement; pourtant le corps de Jésus-Christ fut embaumé.
Voici la méthode des juifs : chaque sexe prenait soin de ses morts ; on fermait d’abord la bouche et les yeux de la personne expirée, ensuite on la rasait , on la lavait et on la frottait de parfums ; on la liait avec des bandes pour l’ensevelir dans plusieurs draps de toile ou de laine très-fine, et enfin on la met-
tait dans lo sépulcre. Cornélius Jansénius pense que la myrrhe et l’aloès qu’on y employait avaient la vertu de résister puissamment à la pourriture. 11 est inutile de dire que cette opinion est sans fondement; que la grande quantité d aromates qui se consommaient était plutôt pour la pompe que pour conserver long-temps le sujet. Ils ne prenaient aucun soin du dessèchement des corps; ils ne les débarrassaient pas de leurs entrailles, et, malgré toutes ces drogues odoriférantes, dit avec raison Pénicher, la pourriture devait bientôt s’y développer.
Les 1 erses ne se proposaient probablement non plus, dans leurs embaumements , qu’une conservation très-limitée; le passage que nous avons cité au premier chapitre en offre la pieu\e. En outre, cette coutume ne présente chez eux aucun caractère de généralité. Cyrus, roi des Perses, dit à ses enfants : « Quand j’aurai cessé de vivre, ne mettez mon corps ni dans l’or , ni dans l’argent , ni en aucun autre cercueil, mais rendez-le incontinent à la terre; car que peut-il avoir de plus heureux et de plus désirable que de retourner à celle qui produit et qui entretient les plus excellentes choses?» On voit que Cyrus, dans la défense qu’il fait de
prendre soin de son corps , ne parle point de l’embaumement, qui, de tous les moyens, aurait été le plus efficace pour l’empêcher de rendre ses éléments à la mère commune. Les Grecs et les Romains , chez qui nous avons signalé quelques exemples d’embaumement, les pratiquaient d’une manière grossière et imparfaite. L’examen de leur méthode serait ici sans intérêt.
Pour retrouver quelques traces de cet art, il faut venir jusqu’à de B ils, Ruysch, Swammerdam , Clauderus , etc. On nous vante seulement leurs étonnants succès , sans nous donner les moyens d’étudier leurs méthodes. Ce que nous en savons suffit seulement pour nous faire douter, comme nous l’avons vu , de la perfection de leurs procédés. De Bils , dont nous n’avons pas encore parlé, avait un cabinet qui faisait l’admiration des visiteurs; mais il ne disait pas son secret , et même , dans les salles où il conservait ses pièces anatomiques, il répandait une odeur de substances aromatiques pour tromper les observateurs. Clauderus, qui se douta de la supercherie, appliqua son doigt mouillé sur l’un des cadavres, et, l’ayant porté à sa bouche, il reconnut la saveur des sels. 11
partit de ce lait pour tenter de nombreuses recherches, et parvint à former différents composés dont on exagéra sans doute la puissance conservatrice: nous en verrons plus loin l’analyse.
De Rasière, écuyer, sieur Déscnclosses, publia, en 1727 , une description d’un cabinet dans lequel il conservait une centaine de sujets ; l’extrait suivant de sa brochure présente plusieurs descriptions de sujets savamment préparés; elle est précédée d’une gravure qui représente le cabinet dont elle donne l’explication.
Extrait de la description du cabinet anatomique de.
M. de Rasière , écuyer, sieur Déscnclosses ;
Ce cabinet est de 80 pieds de long sur 16 de large; les vitres en sont doubles et exposées au midi; bien plafonné et planchéyé , ce qui le rend très-propre à y conserver cette quantité de pièces curieuses qui y sont renfermées, et qui sont au nombre de plus de 100, travaillées différemment, et arrangées de manière que les hommes parfaits sont placés dans les loges inérieurcs , et lesuifants dans les supérieures*