‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveauxChapitre 16 sur 21 · SOS · texte numérisé non relu

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Les résines dissoutes dans l'esprit-de-vin se vendent aussi à la pinte et toutes préparées, sous le nom de vernis, qui en général sont peu coûteux. Ceux que l'anatomiste peut détourner de l’usage des arts ordinaires au profit du sien sont employés principalement dans les pièces qu’on veut conserver desséchées. On réussit parfaitement avec les vernis qu’on nomme dans les boutiques gras, roux-à-bois, à la copule, et avec quelques autres qui restent long-temps flexibles. Ces liqueurs sont difficiles à colorer ; il faut, pour la première, faire broyer la substance colorante avec l'essence, et pour les autres avec de l’alcool , et les incorporer de suite aux vernis après les avoir fait légèrement chauffer. Les laques carminées, ainsi suspendues dans le vernis gras, font absolument l’effet du sang artériel : cette couleur se conserve très-bien, et avec de semblables injections il est absolument inutile de peindre la surface des artères.

Le mélange dégraissé de mouton ou de suif, de cire blanche ou jaune, et d’huiles fixes d’olives, de noix ou de lin, font la matière des injections les plus ordinaires, même de celles qui sont destinées aux corrosions. Les différents

degrés de solidité ou de mollesse sont déterminés par les proportions ealculées de la cire et de l’huile, et par l’amalgame des matières résineuses et colorantes.

En général, dans ces sortes d’injections, on introduit auparavant, avec beaucoup de succès, une petite quantité d’huile volatile étendue dans la matière grasse qui doit servir à remplir les vaisseaux ; par ce procédé préliminaire on chasse en avant et dans les plus petites ramifications une liqueur plus fluide, plus pénétrante, plus colorée, et susceptible de se refroidir beaucoup plus lentement.

Je transcrirais bien ici plusieurs recettes propres à indiquer la proportion des matières grasses entre elles ; mais la saison dans laquelle on prépare les pièces, la nature des ingrédients qu’on employé, font varier lesquantités proportionnelles, de manière à ne pouvoir donner que des aperçus pour obtenir une matière qu’on rend plus solide ou plus fluide après l’avoir essayée par quelques gouttes qu’on fait refroidir à part. Voici cependant une de ces recettes :

% De suif en branche, 5 parties.

De poix de Bourgogne, 2.

D’huile d’olives ou de noix , 2.

De térébenthine liquide et de matière colorante dissoute dans l’huile volatile , 1.

On ne doit mêler colle dernière partie que lorsque la liqueur est bien fondue et prête à mettre dans la seringue; car la chaleur fait volatiliser les huiles volatiles, qui se dégagent sous forme de gaz, et font occuper à la masse un trèsgrand volume.

On peut aussi employer comme matière d’injection le caoutchouc ou gomme élastique dissoute, mais susceptible de se prendre en gelée en perdant un peu de son véhicule par la dessiccation. Après avoir laissé cette matière dans un lieu humide, et l’avoir bien lavée pour la débarrasser de la matière argileuse qui l’imprègne ordinairement, on la dissout dans les huiles volatiles en la faisant chauffer au bainmarie, et sur un feu très-doux, dans un matras à long col. On ajoute petit à petit la quantité d’huile nécessaire pour donner à la masse beaucoup de fluidité, et on y incorpore les matières colorantes, mais que l’on a broyées d’avance avec une huile volatile. On pourrait aussi dissoudre la gomme élastique dans lether, mais

ce procédé est trop dispendieux; et comme

matière d’injection, celte liqueur n’est point préférable à l’autre. Les injections élastiques ne sont avantageuses que dans la préparation de parties sur lesquelles on ne doit pas porter d’instruments tranchants, et auxquelles on désire faire conserver une certaine souplesse, comme dans l’injection des cotylédons ou du placenta dans la femme. Celte liqueur, il faut l’avouer, a le grand inconvénient de porter long-temps de l’odeur, de prendre très-difficilement de la solidité, et de rendre les pièces poissantes et rebelles au vernis, quelles font charger de poussière.

11 est certains organes qu’on peut injecter avec des matières solides, pour obtenir en un relief résistant, mais grossier, les formes des cavités intérieures. Telle est l’injection avec la matière qui forme la pâle des stucs ou du plâtre fin délayé dans une eau gélatineuse, qui donne à ce sel une plus grande solidité quand il a pris sa consistance. On employé avec avantage cette matière grossière pour rendre plus solides les membranes de certaines cavités dans l’épaisseur desquelles on veut rechercher les nerfs. La cire pure ne présente pas le même avantage, parce qu’elle exige plus de chaleur,

et qu’elle éprouve un plus grand retrait parle refroidissement, quoiqu’elle convienne davantage dans le cas où l’on se propose de faire corroder par les acides toutes les parties charnues ou osseuses, afin de connaître la véritable forme de leur capacité intérieure ; enlin l’alliage fusible de Darcet est employé dans des circonstances différentes, mais il n’est pas plus utile (1 ).

Les injections conservatrices dont on peut aussi faire l’application aux vaisseaux et aux organes creux se composent des matières auxquelles on suppose des propriétés propres à conserver les tissus : telles sont les solutions salines mercurielles, arsenicales, ferrugineuses, etc., et différentes liqueurs aromatiques et spi ri tueuses.

(d) Lavages. Ils varient selon le but qu’on se propose : acides, ils servent à donner de la blancheur à certains tissus et de la résistance cà d’autres; alcalins, ils nettoyent les pièces, leur enlèvent le mucilage et les débarrassent de la graisse diffluente qui les recouvre. En un mot, l’action des liquides aqueux, huileux, alcalins,

(1) M. Duméril (ouvrage cité).

salins, acides, alcooliques, est nécessaire, avant la dissection comme après, pour conserver des pièces.

Lorsqu’on laisse ces pièces plus ou moins long-temps dans de l’eau, elles subissent ce qu’on appelle le dégorgement : le bain doit être renouvelé jusqu’à ce qu’il ne se charge plus d’aucune matière colorante.

Le dégraissage rentre dans la dissection , dans la macération et le lavage.

(e) Ligature des vaisseaux. Elle se pratique avec une soie piale ou très-peu tordue, pendant la dissection ou immédiatement après, à l’extrémité des vaisseaux qui contiennent l'injection : elie est nécessaire pour empêcher la matière injectée de sortir des vaisseaux.

(f) Séparation et distension des parties. Elles off rent toutes les laces des pièces préparées aux agents de conservation qui doivent leur être appliqués, elles les soutiennent et les préservent de toute déformation. D’ailleurs on sent bien que les moyens de séparation et de distension doivent varier selon la forme des organes ; l’air atmosphérique insufflé suffit pour les organes creux et peu épais, l’estomac, les intestins, la vessie, etc. Dans d’autres circonstances la

laine, le crin, le coton, le plâtre , etc., conviennent mieux.

§11. Moyens de conservation.

Les moyens de conservation peuvent se ranger sous deux chefs principaux, comme nous l’avons dit. suivant rpic l’anatomiste veut abandonner à l’air libre les pièces préparées, ou selon qu’il veut les préserver des insectes et les rendre pins transparentes à l’aide de certaines liqueurs dans lesquelles il les tient continuellement plongées.

Conservation par la dessiccation. Lorsqu’elle s’applique aux parties molles, elle n’est utile que pour l’anatomie proprement dite et l’histoire naturelle ; car elle ne peut être employée pour les pièces d’anatomie pathologique.

La dessiccation est précédée d’une immersion plus ou moins prolongée, selon l’épaisseur des organes, dans des dissolutions acides ou salines, etc.; celle qui présente le plus d’avantages pour les nerfs, selon M. Duméril, est l’acide nitrique étendu.

Les sels qu’on employé ordinairement présentent quelques inconvénients. Le muriate

sur-oxigéné de mercure (sublimé corrosif) racornit trop, et fait resserrer les parties sur elles-mêmes; le sulfate d’alumine triple ( l’alun) se cristallise souvent dans la dessiccation, et produit dans l’intérieur de la pièce, qui devrait être pellucide, des végétations salines, qui non-seulement soulèvent les lames organiques et rendent souvent sa surface comme tuberculeuse, mais encore qui privent la partie de la transparence nécessaire pour en faire voir la texture; le mu ri a te de soude (sel de cuisine blanc) attire l’humidité de l’air, et lait aussi écailler le vernis, qui ne peut avoir de prise sur la pièce. L’acide nitrique (eau-forte) étendu d’eau, dont on lave les parties, ne les expose point à ces inconvénients : la pièce conserve à la vérité un certain état de souplesse; elle jaunit un peu, mais elle n’est jamais humide.

Les nombreux moyens dont on use pour disposer les pièces à la dessiccation peuvent être rapportés à quatre séries:

L’alcool rectifié , si l’on n’a pas égard à la dépense, est préférable à tous les autres; son affinité pour l’eau lui donne la propriété d’absorber l’humidité des pièces d’anatomie.

Le deulo-chlorure de mercure, le proto-ni-

traie de la même base , les dissolutions d’acétate de plomb et de proto-nitrate méritent la préférence parmi les substances métalliques.

Le sel marinet l’alun sontà peu près les seuls, parmi les sels terreux, qui aient été employés pour cet objet. M. Breschet veut que, selon la méthode suivie par les hongroyeurs , ou fasse séjourner la pièce pendant plusieurs jours dans le sel marin en poudre, pour l’immerger ensuite dans une forte dissolution d’alun, où elle demeure une quinzaine de jours : on l’en extrait pour la faire sécher.

Enfin le tannage est encore un moyen préparatoire pour la dessiccation.

Dessiccation . On peut, dit iVI. le docteur Pâtissier, dessécher les pièces à l’air libre, dans une étuve, dans le vide , et en employant des substances très-avides d’eau , et dans un bain de sable ou de poudres absorbantes ; mais la dessiccation au moyen de l’étuve est le meilleur procédé. La chaleur de l’étuve ne doit être ni trop faible ni trop forte: la température convenable est celle de 4 5° à 55° centigrades.

Lorsque les pièces ont été desséchées par l’im des procédés que nous venons de faire connaître, si elles étaient abandonnées à elles-

memes, elles seraient altérées en peu de temps par l’humidité et les insectes. — 11 reste donc un soin à prendre avant de les déposer dans la collection, c’est de les laver avec un liquide qui contienne une préparation arsenicale ou du sublimé, ou mieux de leur appliquer un vernis renfermant Tune ou l’autre de ces substances. Nous ne reviendrons pas ici sur la composition des vernis; nous en avons donné plusieurs formules en parlant de la méthode de Swan , etnous aurons occasion d’en parler de nouveau en passant en revue les différents modes de préparation des naturalistes.

Conservation dans les liquides. On conserveaussi, et avec beaucoup plus d’avantage, les pièces d’anatomie dans les liquides. Nous allons considérer ici les acides ou les eaux acidulées, les alcalis, les sels, les huiles et les liqueurs spiritueuses ou alcooliques; nous exposerons leurs avantages dans certaines circonstances , leurs inconvénients dans d'autres.

Quand on employé les acides pour conserver les pièces d’anatomie dans leur état naturel de souplesse, on a la précaution de les étendre dans une assez grande quantité d’eau , afin qu’ils ne puissent pas corroder les parties ni

les racornir. En général , il esl avantageux de les faire séjourner dans un acide très-faible pendant les premiers jours, et de ne les placer dans la liqueur préparée que lorsqu’elles ne font plus de dépôt. Les inconvénients de l’acide muriatique sont de rendre la surface des pièces comme gélatineuse, gluante et transparente ; de l’acide nitrique , de les jaunir et de les resserrer; de l’acide sùlfurique, de les blanchir. Tous ces acides décomposent les parties lorsqu’ils ne sont pas assez étendus d’eau ; ils laissent pourrir ou laissent geler la liqueur , et font casser les vases quand ils sont trop faibles.

Lesproportionssont dictées par l’expérience, et dépendent de la nature delà pièce qu’on se propose de conserver. Ce sont particulièrement les pièces qui sont chargées de graisse qui se conservent le mieux dans les liqueurs acides.

On fait, en général, peu d’usage des liqueurs qui tiennent les alcalis en dissolution ; on préfère les carbonates du commerce , et on s’en sert avec avantage dans les circonstances où l’on est forcé de conserver encore plusieurs jours, avant de les disséquer, des parties animales qui commencent à se corrompre.

Les sels qui proviennent de la combinaison des acides avec les terres, les alcalis ou les métaux, peuvent être employés comme les acides purs étendus d’eau. Ils ne sont pas sujets aux mêmes inconvénients. Le nitrate de potasse, le muriate d’ammoniaque, ceux de chaux et de soude sont très-propres à conserver des pièces de myologie; ils semblent même relever la couleur rouge des musclçs, lorsque les dissolutions de ces sels sont très-saturées : mais alors elles song sujettes, les unes h se liquéfier, les autres à s’efileurir ou à se cristalliser sur les parois des bocaux et à la surface même des parties ; ce qui est un grand inconvénient pour les pièces que l’on veut mettre en exposition.

La dissolution de sulfate d'alumine triple (alun du commerce) est employée avec les mêmes avantages; elle est cependant , il faut l’avouer, plus propre à la conservation des parties membraneuses qu’on a eu d’abord l’attention de faire long-temps macérer. En général, celte liqueur décolore les parties et laisse déposer , à la longue , sur les parois des bocaux et à la surface des pièces qu’elle blanchit, la matière terreuse blanche dont elle est chargée; ce qui est un grand inconvénient et ce qui

exige beaucoup d(‘ soin clans les temps où l'atmosphère se refroidit tout-à-coup.

Chaussier a proposé , dans ces derniers temps , la dissolution du muriate sur-oxigéné de mercure (deuto-chlorure de mercure) dans l’eau distillée. Cette liqueur est très-avantageuse, mais elle blanchit la surface des pièces, surtout les muscles; elles les racornit et attaque les instruments qu’on y plonge lorsqu’on veut faire de nouvelles recherches sur des parties déjà préparées. Cette découverte est cependant très-précieuse pour obtenir des momifications de certaines parties qu’on veut conserver ensuite à l’air libre. Pour obtenir une solution toujours également saturée , Chaussier (1) a conseillé de tenir au fond de la liqueur deux ou trois nouets de linge fin, qui contiennent une certaine quantité de ce sel métallique, afin que la saturation soit toujours complète.

En général , nous le répétons , ces liqueurs conservatrices ont le grand inconvénient de laisser suspendues, après les gelées, les matières albumineuses que le refroidissement a fait précipiter; de sorte que le fluide du vase qui

(1) Voyez Bulletin des Sciences, par la Société Philomathique , tome 111, sixième année, n. 3.

contient les préparations devient trouble et ne laisse plus apercevoir les objets. En outre , la liqueur se gèle et fait casser les bocaux lorsque la température est très-basse.

Les huiles volatiles, quel que soit le végétal dont on les ait extraites ^ sont très-propres à conserver les pièces d’anatomie. Elles perdent à la longue , il est vrai , leur transparence ; elles s’épaississent, laissent tomber au fond du vase qui les contient les fluides animaux qui suintent des pièces , ce qui les expose à se corrompre. Mais tous ces changements sont sensibles à l’œil, et le défaut est facile à réparer lorsqu’on s’en aperçoit à temps pour renouveler la liqueur, qu’on peut ensuite faire distiller de nouveau.

11 ne faut jamais employer ces liquides pour conserver les parties chargées de graisse, car elles les dissolvent à la longue et les pénètrent entièrement en changeant leur forme, leur couleur.

On employé les huiles volatiles , et surtout celle de térébenthine , qui est à meilleur compte, pour conserver avec le plus grand succès certaines injections dont les véhicules seraient solubles dans l’alccol, et toutes les

pièces dont les vaisseaux ont été pénétrés par une gélatine colorée ; enfin, on se sert de ces huiles dans tons les cas où l’on veut conserver la transparence de certaines membranes qu’on a fait dessécher auparavant.

Les liqueurs alcooliques sont celles qu’on employé le plus ordinairement dans la conservation des substances animales. Si elles coûtent davantage, elles sont sujettes à de moindres inconvénients. Les eaux-de-vie, le rhum, le tafia , sont colorés par une partie résineuse qui trouble leur transparence, et qui est sujette à former des dépôts. On préfère aujourd’hui l’alcool de cerises, de grain, de cidre ou de vin, qu’on se procure bien rectifié et transparent, et qu’on affaiblit ensuite en l’allongeant avec de l’eau distillée, de manière à obtenir de l’alcool bien limpide, marquant de vingt-deux à trente degrés à l’aréomètre de Baumé.

On employait encore, il y a quelques années, de l’alcool dans lequel on avait lait dissoudre certaines résines transparentes ou incolores , comme le camphre ; mais on a reconnu depuis que les substances animales qui ont séjourné dans ces liqueurs y ont contracté une odeur si désagréable et si nauséabonde, qu’il est très-

pénible de les tenir long-temps à nu pour les travailler : c’est pourquoi on préfère l’alcool pur.

Cependant , quand on veut conserver des préparations de nerfs , il est bon de verser quelques gouttes d’acide muriatique dans le bocal qui renferme l’esprit-de-vin. Ce mélange blanchit et rend beaucoup plus sensibles les fibres nerveuses, sur lesquelles l’acide semble agir plus spécialement. On a réussi aussi quelquefois à enlever la teinte jaune que les pièces prennent à la longue dans l’alcool , en versant quelques gouttes d’acide muriatique dans le bocal qui les contient. Cette précaution change quelquefois tout-à-fait l’aspect des pièces. »

A ou s avons choisi ce passage de la brochure de M. Duméril , parce qu’il donne assez exactement tous les liquides employés par les préparateurs , et qu’il signale une partie des inconvénients que nous leur avons reconnus.

Nous verrons jusqu’à quel point les additions plus récentes faites à l’alcool du sublimé, de l’hydrochlorate de soude ( chlorure de sodium ) , de l’hydrochlorate d’ammoniaque, du muriate et du nitrate d’alumine, peuvent satisfaire aux besoins du collecteur de pièces d’anatomie pathologique.

Avant do nous livrer à cet examen critique, il nous reste encore à faire connaître les procédés recommandés par quelques anatomistes.

Procédé de il/. Ilenry lira connût , tant pour la conservation des cadavres que pour celle des pièces anatomiques. — Le nouveau préservatif que je propose, dit ce cliimiste(Jo^r?««/rfc Chimie Médicale, tome Ier), est le persulfate de fer, sel de peu de valeur, qui possède au plus haut degré la propriété astringente et antiseptique. 11 se combine avec la plus grande facilité, avec toutes les humeurs et avec le tissu mou des animaux, et les préserve de la putréfaction et des insectes destructeurs. Al. Braconnot avait déjà reconnu que ce sel avait la propriété de former un magma très-abondant dans une solution de gélatine; il en avait donc conçu l’espoir de pouvoir remplacer ainsi, dans quelques circonstances , d’autres astringents dans le tannage ( Annales de Chimie et de Physique , tome YIII ). En effet, une peau disposée à cette opération, et qui commençait à répandre une odeur putride , fut tannée, pour avoir séjourné pendant quelques heures dans une solution de persulfate de fer. Celle peau, desséchée et abandonnée ensuite pendant plusieurs mois dans

l’eau, n’y a pas éprouvé la moindre altération.

Un cerveau qui avait été plongé pendant trois mois dans la même solution , étant placé dans une serre , exigea un temps considérable pour se dessécher , mais sans donner le plus léger signe de putréfaction. Plongé ensuite dans l’eau , il s’y est conservé long-temps , mais sans reprendre sa consistance molle, primitive. Au commencement de l’été de 1824 , ce chimiste mit dans une solution de ce sel , marquant trois degrés à l’aréomètre de Beaumé, des muscles , du poumon, du foie et de la rate; cinq mois après, il trouva tous ces organes dans le meilleur état et avec une partie de leurs couleurs naturelles, quoiquela liqueur surnageante ne contînt que de légères traces de sulfate de fer. Il n’est donc pas douteux, ajoute-t-il, que ce sel ne puisse servir avec le plus grand avantage pour les embaumements et pour la conservation des pièces anatomiques. Sa solution, plus ou moins concentrée , appliquée avec une brosse sur la peau des animaux que l’on destine à être empaillés, la rend aussi très-précieuse dans l’art de la taxidermie.

M. Braconnot conseille de préparer ce sel en

chauffant dans une marmite de fonte, remplie au tiers ou au quart de sa capacité, du protosulfate de fer jusqu’au rouge sombre , parce qu à une plus haute température , on décomposerait une partie du sulfate rouge ; il arriverait aussi que son tritoxide, se trouvant en comtact avec la fonte , déterminerait la formation

d’un deutoxide fusible qui percerait infailliblement le vase.

Nous avons dit notre opinion sur les sels de fer à l’occasion du livre de Darçonville ; nous n y reviendrons pas ici.

Nous pourrions rapporter encore le procédé de conservation par l’arsenic et les expériences du docteur Tranchina; mais, comme nous avons expérimenté cette substancesous les yeux des commissaires de l’Académie des Sciences, nous renvoyons à l’avant-dernier chapitre, où ces expériences sont consignées.

Procédé de conservation par l'arsenic et le deutochlorure de mercure, par le docteur BugliarellL — On place le cadavre sur une table, couché sur le ventre, etl on facilite l’évacuation de l’urine, b on coupe ensuite l’artère carotide primitive et la veine jugulaire droite, afin d’en faire sor-

tir tout le sang. On lie la veine el l’on injecte ensuite dans l’artère vers la tête environ une livre d’alcool tenant en solution une once et demie d’acide arsénieux et autant de deutochlorure de mercure que l’on a coloré avec un peu de cinabre. Après cela on lie 1 artère au-dessus de la section , et 1 on injecte vers le bas, dans la même carotide , une quantité double d’alcool contenant une double quaniilé d’arsenic et de sublimé, et Ion coud soigneusement le tégument. On ouvre ensuite l’artère iliaque externe du côté droit, et 1 on in jecte par celte artère dans l’abdomen un litre d’alcool contenant trois onces d’acide arsénieux et trois onces de deuto-clilorure de mercure. On lie également l’artère au-dessus de l’ouverture par laquelle a été faite l’injection ; on porte alors la seringue au-dessous, et l’on y injecle le. même liquide; l’artère étant liée, on coud la peau. Pour plus de sûreté, cette injection doit être faite aussi de l’autre côté. Lorsque cela est terminé, on pénètre, au moyen d’un trois-quarts, dans 1 hypoeondre gauche, et l’on injecte par la canule dans celte cavité de vingt à vingt -cinq livres d’alcool contenant deux livres et demie de sublimé et autant d’ar-

senic; on coud aussitôt l’ouverlure. Pour plus do précaution onpeut pratiquer cette opération do chaque côté entre la première et la seconde côte , afin de pouvoir injecter dans le thorax une quantité de solution alcoolique ; mais colle injection nous paraît inutile, parce que le liquide injecté dans la carotide pénètre tous les viscères situes dans Ja poitrine.

Conservation par l'hydrodUorate d'étain. — M. T aufllieb, chimiste à Strasbourg, a étudié les propriétés anti-septiques de trente-deux substances salines ; l’hydrocldorated etainluiaparu seul réunir toutes les conditions qui doivent lui faire donner la préférence sur l'alcool, dans la conservation des substances animales. Au mois de juin 1 85i , il plongea de la chair musculaire avec du tissu cellulaire rempli dégraissé, dans une solution étendue de ce sel métallique. Ces parties six mois après avaient encore toute leur fraîcheur. Celles qui avaient été colorées en rouge de sang avaient pris une teinte rembrunie, sans avoir subi la moindre altération dans leur consistance ni dans leur aspect. M. T au fllieb a soumis à des essais du même genre différentes espèces de tissus animaux,

Iris que des membranes muqueuses ou séreuses, du poumon, du foie, de la rate; et toutes ces substances se sont conservées, sans aucune altération, pendant deux mois dans une solution d’une partie d’hydrochloratc d’étain dans trente parties d’eau. Une autre pièce, principalement composée départies musculaires, qui avait été plongée depuis quelque temps dans un bain de sel d’étain, fut abandonnée dans une terrine, après avoir été passée dans l’eau. Au bout de dix jours, elle n’avait pas donné le moindre signe d’altération, quoiqu’elle fût encore toute imprégnée d’humidité. On la suspendit ensuite à l’air, où elle se dessécha sans subir aucune espèce de décomposition.

Le deuto-hydrochlorate d’étain peut donc être employé, avec un égal succès, soit pour la conservation des pièces anatomiques, soit pour faciliter leur dessiccation. Pour cela, il faut se servir d’une partie de ce sel dans vingt parties d’eau acidulée par l’acide hydrochlorique. Le sel d’étain des manufactures ne convient point à cet usage; car sa solution se trouble à Pair, et dépose du sous-deuto-hydrochlorate, qui recouvrirait les parties. Il faut se servir d’un deuto-hydrochlorate qui ne con-

lionne pas de proto , el que l’on peut se procurer aisément en traitant l’étain grenaille par Venu régale.

Comme les substances calcaires qui entrent dans la composition des os ont beaucoup d’action sur l’hydrochlorale d’étain, il faut laisser séjourner pendant quelque temps dans de l’eau acidulée par l’acide hydrochloriquc, les pièces anatomiques auxquelles on aurait conservé des parties osseuses, afin d’en dissoudre les sels calcaires; on peut ensuite les plonger sans inconvénient dans ce sel métallique. La conservation d’un cadavre par ce procédé nous parait impossible. ( Journal de Chimie Médicale , tom. V J II. )

Conservation par le charbon et l’alun. — M. Robin, fabricant de produits chimiques, présenta en 1817, à la Société d’bncouragement pour l’Industrie nationale, des morceaux de viande d’un demi -kilogramme , dépouillés de leur graisse et saupoudrés d’un mélange de quatre parties de charbon et d’une de sulfate d’alumine, qui, suspendus ainsi dans l’air, se sont complètement desséchés en quinze jours. Ces échantillons ont paru tels à la commission nommée pour leur examen : leur sur-

face était d’une couleur brune très- foncée, l’intérieur d’un jaune terne, parsemé de quelques points rougeâtres. Cette viande, immergée pendant un jour dans l’eau froide, n’a presque pas augmenté de volume, bouillie dans le liquide le même espace de temps qu’un potau-feu, elle donna un bouillon très-léger, sans aucun goût désagréable; la viande n’avait repris que la moitié de son volume ordinaire; sa surface était encore brune et dure à mâcher; l’intérieur l’était moins. Quoi qu’en disent MM. les commissaires, j’ai répété cette expérience deux fois, et j’ai toujours trouvé à ce bouillon une saveur peu agréable , et à la viande le racornissement et cette dureté qui caractérisent la réaction du sur-sulfate d’alumine sur la fibre musculaire. ( Observation de M. Julia.)

Procédé de M. B o gros.

M. Bogros, prosecteur de la Faculté de Médecine de Paris, a donné, en 1818, pour la conservation des pièces anatomiques, le procédé suivant :

2 parties.

Essence de térébenthine. .

Alcool à 3Gg

On doit avoir soin d’agiter fortement le mélange et de changer la position des parties qui y sont plongées, afin qu’elles puissent en être pénétrées sur tous les points. Cette liqueur préserve les parties de la putréfaction, et leur conserve leur souplesse première après la dessiccation. C’est en prenant les précautions précitées qu’il est parvenu à conserver le cerveau, le foie, le poumon , les muscles, etc., par leur seule immersion continuée dans cette liqueur; il a préparé de la même manière des squelettes dont les ligaments conservent leur souplesse.

Depuis, M. Àdone Palmieri a proposé, pour conserver les cadavres et les insectes, de plonger ces derniers vivants dans l’essence de térébenthine; en quelques instants ils meurent, alors on les retire de ce bain et, avec une épingle, on les lixe dans une boîte, parce qu’en se desséchant ils deviennent friables; par ce moyen il les conserve très-Iong-temps sans altération, présentant un très-beau luisant. M. Palmieri engage les naturalistes à se servir de ce moyen pour les préparations anatomiques.

Procédé du Dr. Esperon.

Lorsque le cadavre est vidé, et que des incisions ont été pratiquées sur les diverses parties du corps, on le plonge, ou les pièces anato-

iniques, si ce n’est point un cadavre, dans un bain composé de :

Essence de térébenthine. . . 1 partie.

Alcool à 36» 8 parties.

On agite de temps en temps et on y tient immergées les pièces pendant dix ou vingt jours , suivant leur grosseur, en ayant soin d’ajouter de cette huile volatile, si l’on voit diminuer celle qui n’est pas dissoute. Après ces dix ou vingt jours, on les retire de ce bain et on les tient exposées à l’air de deux à cinq jours, suivant leur volume; après cela, on les replonge dans cette même liqueur , à laquelle on ajoute du deuto-chlorure de mercure dans des proportions relatives au volume des pièces ; au bout de vingtquatre heures, on les retire et on les laisse exposées à l’air, où elles se dessèchent sans éprouver aucune altération.

Il est bien évident que lorsqu’il s’agit d’un cadavre entier, le temps de l’immersion doit varier suivant l’état et le volume du corps.

On a parlé, il y a quelques années, dans le monde savant, d’un Italien qui avait trouvé un procédé de conservation pour les cadavres; les voyageurs en contaient des merveilles. Je voulus avoir des renseignements plus exacts , et

j’appris que cc savant, né à Florence, s’appelait Segato; qu’il avait trouvé un moyen de litliifier les cadavres; qu’il avait présenté des échantillons au grand-duc de Toscane; qu’enfin, abandonné à lui-même , il était mort dans la misère. J’ai rencontré à Paris le prêtre qui l’avait assisté dans ses derniers moments , et avait été contraint par lui à brûler en sa présence tous les documents relatifs à sa découverte : cefait a eu lieu trois heures avant la mort de Segato. C’est donc à tort que l’on a publié plusieurs procédés sous le nom de ce savant.

11 nous reste à produire les moyens de conservation employés par les naturalistes , avant de résumer les faits qui précèdent; l’excellent Manuel de M. Boitard nous les fournira.

Moyens de préservation et de conservation employés par les naturalistes. Le savon de Bécœur jouit d’une grande réputation comme préservatif; en voici la composition :

Arsenic pulvérisé, 2 livres. — Sel de tartre, 12 onces. — Camphre, 5 onces. — Savon blanc, 2 livres. — Chaux en poudre, S onces.

M. Simon compose ainsi le préservatif, mais

il y ajoute une certaine quantité de sublimé corrosif et de camphre dissous dans de l’esprit-de-vin. Le camphre, ainsi incorporé au préservatif, ne se volatilise pas aussi aisément que lorsqu’on l’y met en poudre.

Lorsqu’on veut s’en servir, on en met la quantité suffisante dans un petit vase, et, à l’aide d’un pinceau de crin, on le délaye dans l’eau; puis, avec le même pinceau , on l’étend sur la partie que l’on veut préserver.

Quelques naturalistes, effrayés du danger que présente l’usage journalier de l’arsenic, ont essayé de remplacer ce préservatif par une autre composition; mais ils n’ont jamais pu réussir à en obtenir lin résultat aussi avantageux.

Dans mon Cabinet d’Histoire naturelle , j’indique, sous le nom de pommade savonneuse , la composition suivante :

Savon blanc, 1 livre.

Potasse, | livre.

Alun en poudre, 4 onces.

Eau commune, 2 livres.

Huile de pétrole, 4 onces.

Camphre, 4 onces.

Un auteur a recommandé , sous le nom de

poudre antiseptique , une poudre composée comme il suil :

Arsenic, 1 livre.

Alun calciné, 1 livre

Sel marin purifié, i livre.

le tout réduit en poudre fine et bien mélangé.

Nous ne conseillons jamais de se servir d’arsenic en poudre, parce qu’en se volatilisant il peut pénétrer dans les poumons et y causer des ravages mortels.

D’autres préparateurs, sans passer aucun préservatif sur la peau , se contentaient de la saupoudrer avec une poudre ainsi préparée :

Alun calciné, 3 onces.

Fleur de soufre, 1 once.

Poivre noir, | once.

Tabac en poudre, { once.

Sabine en poudre, \ once.

Camphre en poudre, 3 gros.

le tout pulvérisé très- fin , et parfaitement mélangé.

Quelques amateurs se sont contentés de passer sur l’intérieur des peaux qu’ils voulaient conserver , une bonne couche de suif fondu et mélangé à une petite quantité de sublimé corrosif; il paraît qu’ils en ont obtenu des résul-

lais assez, avantageux, qui devraient déterminer à faire quelques nouvelles expériences. On a sans doute remarqué que le suif n’est jamais attaqué par les insectes ; peut-être que , si on le combinait avec quelque matière minérale moins dangereuse que le sublimé , on en obtiendrait un résultat aussi satisfaisant que du savon arsenical de M. Bécœur.

Tels sont les préservatifs le plus employés en France ; mais ils n’ont pas , à beaucoup près, 1 efficacité du savon arsenical de Bécœur. 11 paraît que les Allemands en employent d’autres auxquels ils attribuent les mêmes qualités, ce qui nous paraît fort douteux. Dans tous les cas, nous allons les mentionner.

ISaumann , d’abord, donne une méthode qui nous paraît vicieuse, quoiqu’il invoque en sa faveur sa propre expérience. Après avoir dit que le meilleur moyen de conservation est de renfermer hermétiquement les animaux empaillés dans des boîtes , il ajoute : « Je ne fais, pour toutes les peaux qui doivent voyager dans des caisses , autre chose que de les saupoudrer avec la composition suivante :

2 parties de chaux décomposée à l’air et tamisée lin ;

1 partie de tabac de Saxe aussi tamisé.

Holfmann approuve et conseille la poudre suivante :

Sel amoniac, 1 once.

Alun calciné, | once.

Tabac de Saxe, 3 onces.

Aloès, 1 drachme.

Le bibliothécaire de Jéna, M. Théodore Thon, propose la poudre suivante comme meilleure pour préserver les animaux à l’air.

Cobalt, 1 once.

Alun, 2 onces.

On pulvérise ces deux matières et on les mêle bien. Avant d’employer cette poudre , on donne une couche d’huile de pin (essence de térébenthine) , afin qu’elle prenne mieux sur l’intérieur des peaux. Si ces dernières sont trèsgrasses, on ajoute à la poudre une once et demie de chaux décomposée au grand air et tamisée.

Parmi les préservatifs que ce naturaliste a cherchés, s’en trouve un fort simple, et qu’il dit très-bon pour les mammifères. En voici la composition :

Cobalt en poudre très-fine, 4 onces.

Alun, 4 onces.

Le même naturaliste enseigne une autre composition, qu’il donne aussi pour fortbonne, et dont je crois qu’il serait utile de faire l’essai pour les grands animaux qui exigent unegrande dépense en savon arsenical. On fait fondre du bitume , le plus gras possible, dans une forte solution d’eau et de savon , jusqu’à ce que le tout forme une sorte de bouillon clair. On enduit l’intérieur des peaux de ce mélange, qui coûte très-peu.

Des préservatifs en liqueur.

Les liqueurs s’employent en bains, en lavage, en frictions, en injections, et enfin en bain permanent dans lequel de certains objets doivent toujours rester. Nous allons traiter de ces quatre méthodes de conservation.

Du bain.

Dans beaucoup d’animaux, et particulièrement dans les mammifères, la peau a une telle épaisseur, un tel degré de densité, que le savon arsenical ne pourrait la pénétrer assez pour la préserver parfaitement; c’est alors que le bain devient une opération indispensable. En pénétrant la peau qu’on y laisse macérer plus ou

moins long-temps, il introduit dans tous ses porcs les molécules du préservatif dont il est saturé, et la garantit pour toujours de l’attaque des insectes.

Voici la composition du bain employé par les naturalistes-préparateurs de Paris :

Eau commune, 5 pintes.

Alun, 1 livre.

Sel marin, {livre.

On fait bouillir ce mélange jusqu’à ce que tout soit entièrement dissous , et lorsque la liqueur est refroidie, on y plonge les peaux. Celles de la grandeur d’un lièvre, ou à peu près, n’ont besoin d’y séjourner que vingt-quatre heures ; celles des grands animaux y macéreront plus ou moins long-temps, selon leur grosseur : huit ou quinze jours ne seraient pas trop pour un bulïle ou un zèbre.

Au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, on se sert très-rarement de cette composition; on se contente de faire macérer les peaux dans de l’espri-t-de-vin, que l’on conserve dans des tonneaux faits exprès. Sans chercher à critiquer cette méthode, cpii peut avoir ses avantages, nous pensons que l’on pourrait peut-être, sous

cc rapport, imiter les préparateurs anglais, et ajouter, comme eux, une petite quantité de sublimé corrosif en dissoluliou dans l’espritde-vin.

Cependant, comme nous devons faire preuve d’impartialité, nous pensons que nous devons montrer ici le danger qu’offre l’emploi de ce terrible minéral , tant vanté par sir Smith, président de la Société Linnéenne de Londres. Lorsque l’on veut remonter une pièce préparée au sublimé, soit qu’il ait été employé en poudre ou en dissolution, en débourrant l’animal, il s’élève une poussière qui pénètre dans les narines, et peut causer des accidents graves. L’arsenic, quoique beaucoup moins énergique, n’est pas même à l’abri de cet inconvénient. Aussi n’est-ce jamais qu’avec beaucoup de précaution que les préparateurs doivent débourrer les objets en peaux qu’ils reçoivent des pays étrangers, et dont ils ignorent la préparation.

Des liqueurs employées en lavage à. l'extérieur.

Lorsqu’un animal quelconque est monté, si on craignait que les insectes ne l’attaquassent, on l’en préserverait en imbibant ses plumes,

ses poils ou sa peau nue, avec une des liqueurs (pie nous allons indiquer. Les animaux exposes à 1 air libre ont surtout besoin d’être ainsi traités , et cependant , par une négligence que nous ne pouvons concevoir, beaucoup d’amateurs laissent dévorer leurs collections , faute d’employer ce moyen , aussi simple que facile.

i°. L essence de serpolet est depuis peu trèsavantageusement employée. Pour s’en servir, on soulève de distance en distance les poils ou les plumes d’un animal , au moyen d’une longue aiguille ; avec un pinceau , on dépose, toutà-fait à leur naissance , c’est-à-dire sur la peau, une goutte ou deux d’essence; et, lorsqu’elle est bien imbibée, on laisse retomber les poils ou les plumes; leur extrémité , ne se trouvant jamais en contact avec la liqueur , ne peut être ternie.

2°. L essence de térébenthine a été préconisée par presque tous les auteurs, et cependant, lorsqu on veut s en servir, on s’aperçoit avec étonnement que de son usage résultent de grands inconvénients ; elle ne sèche jamaisbien sur les plumes , qu’elle graisse et salit malgré toutes les précautions , en s’imbibant et élargissant ses taches à la manière de l’huile : outre

cela , clic forme une espece de glu qui arrête et fixe la poussière de manière à ne plus pouvoir l’enlever par la suite.

5°. La liqueur de sir Smith. Cet habile naturaliste anglais, président der la Société Linnéenne de Londres, ayant tourné scs vues du côté de la conservation des objets préparés et déjà classés dans les collections , a pensé qu’on ne pouvait employer un moyen plus efficace que la liqueur suivante:

Sublimé corrosif, 2 gros.

Camphre, 2 gros.

Esprit-de-vin, 1 pinte.

Sur les grands animaux , on l’employe au moyen d’une éponge qui en est imbibée , et que l’on passe à différentes reprises sur toutes les parties extérieures de l’animal jusqu’à ce qu'elles en soient parfaitement imprégnées et que la liqueur ait pénétré jusque sur la peau. Pour les petits animaux , on se sert d’un pinceau plus ou moins gros, et l’on agit de la même manière. Soit que l’individu soumis à cette pratique sorte à l’instant d’être préparé et monté , soit qu’il ait déjà séjourné depuis long-temps dans une collection, on le laisse

bien sécher avant de le placer dans une armoire.

hn ( rance , on remplace cette composition dangereuse par du préservatif délayé en trèspetite quantité dans de l’eau.

4°. Le vernis ne s’ employé que sur la peau nue des reptiles et des poissons, à laquelle il restitue une partie de son éclat; il faut qu’il soit absolument sans couleur et d’une transparence pai faite. Pour 1 obtenir ainsi , on le prépare en faisant dissoudre dans l’esprit-de-vin de la téî ebenlhine fine et nouvelle , qui ait elle- même les qualités que nous venons d’indiquer. On l’applique avec un pinceau de poils d’écureuil ou de martre, et on laisse l’objet exposé à l’air, mais à l’abri de la poussière, si l’on veut hâter sa dessiccation.

Des liqueurs employées en injections.

Le plus grand emploi des injections se fait pour la préparation des œufs d’oiseaux auxquels on veut assurer une longue conservation: cependant , par une très-mauvaise méthode , on s’en est aussi servi pour dessécher de trèspetits animaux.

Pour décomposer les chairs d’un fœtus qui se trouverait déjà formé dans un œuf, on em-

ployera une forte dissolution d’alcali fixe de soude ou tartre, ou de l’éther.

Des liqueurs dans lesquelles on conserve les objets qui ne peuvent se dessécher.

Les qualités que doit avoir une liqueur dans laquelle on plonge les objets d’histoire naturelle sont , indépendamment de celle de les préserver de la décomposition: i° d’être sans couleur, afin de n’en pas communiquer à l’objet qu’elle baigne; 2° de ne pas attaquer par son mordant les propres couleurs de l’objet ; 5° d elle parfaitement transparente, afin de le laisser apercevoir à travers le vase qui le renferme ; U° de pouvoir résister à la gelée, afin de ne pas briser les bocaux dans lesquels on la mettra.

i°. L’esprit-de-vin , de i/j à 18 degrés de l'aréomètre de lîaumé, paraît être la liqueur qui remplit le mieux toutes ces conditions ; les autres alcools , tels que ceux de pomme de terre, de grains, de sucre, etc., ont les mêmes qualités , mais un inconvénient grave , c’est que tous sont d’un prix assez élevé, et cette raison seule a pu déterminer à chercher d’autres li-

fjiKMM-s composées, capables de les remplacer a'ec plus ou moins d'avantage.

2°. iNicoIas recommande la composition suivante :

Eau très- pure, 2 pintes.

Alcool, 1 pinte.

Sulfate d’alumine, 6 onces.

3 . Le naturaliste anglais Georges Graves , dans un ouvrage publié à Londres il y a sept ans, indique une liqueur qui a beaucoup d’analogie avec la précédente :

Alun, 8 onces.

Eau commune, 1 pinte.

Alcool, ’ pinte.

Voici comment on prépare ce mélange: on pulvérise l’alun et on le met dans un vase capable de résister à la chaleur; on fait chauffer l’eau, et, lorsqu’elle est en ébullition , on la verse sut 1 alun; on laisse refroidir, et on passe dans un filtre de papier gris , après quoi on mêle l’alcool.

Le même auteur recommande encore une autre liqueur, composée ainsi qu’il suit, mais dont le mélange se fait à froid :

Eau commune, 1 pinte.

Alcool, 1 pinte.

Alun, 12 onces.

Après avoir faitce long inventaire des moyens de conservation connus, où nous nous sommes appliqué à présenter en leur entier les dires de chacun des auteurs , il nous reste à les juger , à déterminer leur mérite et le degré de confiance cpii doit leur être accordé , sous le point de vue de la conservation des pièces d‘ anatomie normale , d’ anatomie pathologique et d’histoire naturelle.

i°. Procédés de dessiccation. Ils ne peuvent être d’aucune utilité pour l’anatomie pathologique , car ils changeraient entièrement l’aspect et la texture des parties, et , dans la plupart des cas, ils ne laisseraient exister aucune trace des altérations qu’il importe de connaître. Pour l’anatomie normale, ces pièces sont et seront toujours, par le fait seul de la dessiccation, d’un faible secours, et réellement de beaucoup inférieures aux sujets artificiels de M. Auzoux; car cette préparation ingénieuse, si elle a plusieurs des défauts de l’anatomie sèche, n’offre pas au moins la déformation qui rend les organes méconnaissables — De plus , cha-

.VjS —

cune des préparations qui tendent à amener la dessiccation a des inconvénients particuliers : ainsi ceux du deuto-chlorure sont nombreux, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent. et comme l’ont fait remarquer dans celui-ci les auteurs que nous avons cités. Ajoutons que les sels de mercure, de cuivre et de plomb , qui , en se combinant avec la géline , forment, il est vrai, un composé inaltérable, ont une grande affinité pour l’acide hydrosulfurique, et qu’il résulte de cette affinité une détérioration nécessaire des pièces, la coloration en noir. — Le sel marin n’a pas de propriétés conservatrices durables, et même son affinité pour l’eau facilite la décomposition des pièces sèches qui en contiennent. — L’alcool rectifié est un bon moyen , sans doute ; mais il doit être plusieurs fois renouvelé, jusqu’à ce que, par son affinité pour l’humidité, il se soit emparé de toute celle que contiennent les organes; mais l’alcool coûte 2 francs le litre et perd toujours par l'évaporation. D’ailleurs , les pièces préparées de la sorte ne sont pas moins déformées que les autres pièces sèches lorsqu’elles ont subi la dessiccation.

Le naturaliste trouve dans lp savon de Bé-

cœur, dans d’autres préparations où entrent l’arsenic , le deuto-chlorure de mercure , l’alun, etc., d’assez bons moyens de tanner ou de dessécher la peau et d’autres tissus des animaux; mais, comme nous l’a fait remarquer M. Boitard , ces préparations ne sont pas sans inconvénient.

Qu’ai-je à offrir à l’anatomiste qui croit à l’utilité des pièces desséchées , au naturaliste qu’un besoin réel force souvent d’y recourir? Mon liquide, employé en bain ou en injection, sans aucun danger, sans aucun inconvénient, est du prix de 1 o à 20 centimes le titre.

Je donnerai ici un exemple d’injection ; un cadavre est injecté par la carotide avec cinq à sept litres d’acétate d’alumine à 20°, et contenant en dissolution cinquante grammes d’acide arsenique. Quatre jours après cette injection, si l’on veut préparer l’angéiologie fine et grosse, on injecte par l’aorte un demi-litre d’un mélange,, à parties égales, d’essence de térébenthine et de vernis à l’essence; enfin on pratique d’un seul jet une injection chaude d’un mélange de suif et de galipot, à parties égales, coloré par le cinabre pour les artères, par une couleur noire ou bleue pour les veines. Alors

— 3Zi5 —

le cadavre, ou la partie du cadavre, que l’on veut conserver, est préparée et disséquée à loisir, selon le vœu de l’opérateur.

Lorsque le cadavre a été injecté, comme nous venons de le dire, la préparation qui en est faite se dessèche facilement à l’air libre depuis le mois de mai jusqu’au mois d’octobre; pendant l’hiver, il faut qu’elle soit déposée dans une étuve ou dans une chambre chaude. — Lorsque la dessiccation est lente, que l’humidité est grande, il peut se développer des byssus à la surface de la pièce; mais un lavage l’en débarrasse et une couche de vernis la préserve de nouvelles végétations. Cette pièce sera certainement supérieure à toutes celles que renferment les cabinets d’anatomie.

A l’appui de cette assertion, je citerai un fait authentique , celui de la femme dont le corps fut soumis à l’examen des commissaires de l’Institut et de l’Académie royale de Médecine, nommés pour constater la valeur de mon procédé.

Le 10 mai i854, une femme mourut dans le service de M. Magendie, à l’IIôtel-Dieu ; son corps fut injecté le lendemain avec l’acétate d’alumine; à la suite de celte opération, il resta

frais jusqu’au i5 janvier 1 835, puis il se dessécha, sans offrir aucune altération. Les commissaires des deux académies firent des expériences sur ce corps, à différentes reprises. Le i5 janvier 1 856, M. Guéneau de Mussy, pour s’assurer de l’état dans lequel était la substance cérébrale, demanda que la tète fût ouverte. Je profitai de cette occasion pour enlever le cuir chevelu. Le môme jour, M. Breschet, désirant savoir ce qui résulterait de l’exposition de ce cadavre à l’air libre, on le fit suspendre sous la remise à l’École pratique. Dix mois après, au mois de novembre de la même année, il n’avait subi aucune altération. A cette époque, M. Gaucherant, inspecteur surveillant de l’École pratique, voulut que, les expériences finies, le corps fût enlevé pour être porté au cimetière. La main et i avant-bras droits, seules parties restées intactes après les travaux de MM. les commissaires, furent amputés par moi.

Je conserve cette pièce ainsi que le cuir chevelu; je puis les montrer aux anatomistes et les mettre en comparaison avec toutes les préparations obtenues par d’autres procédés; aucune, j’en suis convaincu, ne sera jugée

comparable aux miennes. Les cheveux restent adhérents à la peau qui recouvrait la tête, sans qu’une traction forte puisse les en détacher. Je me suis assuré que l’injection avait pénétré jusque dans les tubes capillaires de ces organes: mes expériences sur des chats, des chiens et des oiseaux m’ont démontré la pénétration de mon liquide dans les organes cornés, poils ou plumes, qui revêtent la peau de ces animaux, ('.es faits mettent à même de comprendre tous les services qu’il doit rendre au naturaliste. Enfin, aucun procédé de tannage ne peut donner à la partie interne de la peau un aspect plus satisfaisant que celui qu’offrent d’autres pièces déposées dans mon cabinet.

2°. Conservation dans les liquides. Les différents liquides conservateurs usités produisent des résultats bien autres que les procédés de dessiccation ; pourtant tous ceux employés jusqu’à ce jour ont de graves inconvénients, comme on a pu s’en convaincre en lisant les passages si recommandables que nous avons extraits de la brochure de M. Duméril. Nous en signalerons quelques autres, qu’il a omis.

(a) L 'acide nitrique, le seul de tous les acides

qui puisse être de quelque utilité pour l’analoiuiste, conserve bien, il est vrai, les préparations des nerfs, dont il durcit la structure et dont il augmente la couleur d’un beau blanc nacré; mais il détériore tous les autres tissus, il dissout la géline. ramollit les muscles, et enlève aux os leurs sels calcaires. — Il ne pourrait que nuire aux pièces d’anatomie pathologique et d’histoire naturelle.

(b) L’alcool convient mieux qu’aucun des autres liquides en usage, mais son prix élevé rend son emploi à peu près impossible pour les pièces d’anatomie normale; il racornit et altère sensiblement les pièces d’anatomie pathologique : et ces altérations, quelque légères qu’elles soient, sans importance pour l’anatomie normale, sont graves pour le médecin qui ne peut se faire une idée trop exacte des progrès de la désorganisation dans les tissus vivants. Si l’alcool est éminemment utile pour l’histoire naturelle, sa cherté empêche d’en étendre l’emploi autant que l’exigerait l’intérêt de la science.

(c) L’ alcool affaibli , auquel on ajoute le deutochlorure de mercure, est une liqueur d’un prix moins élevé, qui conserve assez exactement les

travaux du naturaliste et de l’anatomiste; mais elle n’est pas assez fidèle pour l’anatomie pathologique. — Mêmes réflexions sur l’hydrochlorate de soude, l’hydrochlorate d’ammoniaque, le muriate et le nitrate d’alumine ajoutés à l’alcool.

(d) L 'alun, que nous avons vu figurer dans plusieurs des formules adoptées , est pourtant un moyen de conservation impuissant. Trèsrépandu dans le commerce et employé de temps immémorial pour la teinture, il a fixé, dans ces derniers temps seulement, l’attention des préparateurs. Ce sel, auquel la nouvelle nomenclature chimique a assigné successivement les noms de sulfate double , sulfate triple > sulfate acide d'alumine et de potasse , a été expérimenté par moi et n’a pas répondu à mes espérances^ J’ai recherché la cause de ce mécompte, et je crois l’avoir trouvée; j’ai fait l’analyse de ce composé, et pour cent parties j’ai obtenu :

Sulfate d’alumine. . . 36,85.

Sulfate de potasse. . . 18,15.

Eau 45, » .

100, ÜO.

îoo parties de ce sel contiennent îo, 86 d’alu-

mine. — A la température do 120 centigrades, 5oo grammes d’eau dissolvent 3o grammes de sel; d’où il résulte qu’une livre d’eau ne tient en dissolution que 1 8 grains d’alumine. — Dès lors j’ai soupçonné que le peu d’efficacité de l’alun pour la conservation des matières animales dépendait de la quantité trop faible d’alumine dans la dissolution. — Un fait m’a prouvé que j’avais raison : vingt-quatre heures après l’immersion des cadavres dans le bain qui contenait du sulfate acide d’alumine, j’ai observé que toute l’alumine avait été absorbée par la matière animale. Enfin, les expériences que j’ai tentées avec des sels d’alun plus riches en alumine et plus solubles dans l’eau, et les heureux résultats que j’en ai obtenus, me permettent de dire : L’alun est un mauvais moyen de conservation, parce qu’il est trop peu soluble et qu’il ne contient pas assez cT alumine.

Le lecteur sera naturellement ramené sur ce fait, lorsque viendra l’exposition de mes recherches.

§ 5. Moyens de conservation appliqués à chaque

tissu.

Dans notre premier paragraphe , nous avons

passé on revue les différentes préparations qui doivent précéder l’application des moyens de conservation; dans le second, nous avons vu ces moyens nombreux , et nous nous sommes elForcé de porter un jugement impartial. Il nous reste à faire connaître ici comment les anatomistes les ont appliqués aux tissus pris isolément. JNous nous abstiendrons de relater les préparations qui précèdent l’application des moyens de conservation , parce quelles sont étrangères au sujet qui nous occupe et qu’elles prolongeraient inutilement une discussion bien longue déjà.

iu. Tissu fibreux. — Articulations , aponévroses, tendons ni ligaments. Le procédé généralement approuvé est dû à M. J. Cloquet ; en suivant à peu près les méthodes employées par l’hongroyeur, il est parvenu à conserver la souplesse à ces tissus.

« Voici , dit-il , le procédé auquel je me suis arrêté :

» Faites dissoudre quatre livres de muriate de soude et une livre d’alun dans dix pintes d’eau ; laissez macérer pendant quinze à vingt jours dans cette lessive l’articulation que vous avez disséquée avec soin; ayez l’attention de la mou-

voir souvent dans la dissolution, de presser ses ligaments, de les tordre, et surtout de les frapper légèrement avec une petite masse de bois léger. Ces manœuvres sont destinées à les assouplir, à écarter leurs fibres, qui se laissent pénétrer plus facilement par les sels. Retirez l’articulation de la dissolution saline : faites-la sécher pendant quatre ou cinq jours, en ayant soin de la mouvoir de temps à autre et de la frapper encore avec la petite masse ; plongez alors votre articulation dans une dissolution très-concentrée de savon (une livre pour trois pintes d’eau) , remuez , frappez-la de nouveau pendant sept à huit jours, temps nécessaire pour la dessaler et permettre au savon de pénétrer entre les fibres ligamenteuses, de prendre la place des sels. Au bout de ce temps , c’est-àdire trente-six à quarante jours après le commencement de l’opération , lavez l’articulation dans une lessive peu concentrée de carbonate de soude i^une once pour deux livres d’eau), après quoi vous la laites sécher.

»Par ce procédé, que l’on peut modifier de plusieurs manières, on obtient des ligaments parfaitement souples, d’une couleur terne, grisâtre, assez semblables à de la peau chamoi-

séc, très-résistants et permettant de faire exécuter aux articulations leurs mouvements ordinaires.

» J’ai préparé de cetle manière les articulations de l’épaule , du genou , des doigts , de la colonne vertébrale. J’ai repris mes expériences, dans l’intention d’obtenir un procédé plus expéditif.

»On peut encore conserver les articulations parfaitement souples, en les tenant plongées dans un mélange de parties égales d’huile d’olive et d’essence de térébenthine.

2°. Tissu osseux. Les différentes préparations qu’on fait subir aux os pour les conserver sont la macération ou l’ébullition , puis le blanchiment.

» Macération. Lorsqu’on veut obtenir des os bien blancs, il faut choisir, autant que possible, un cadavre maigre ou infiltré, provenant d’un individu de trente à quarante-cinq ans, ou environ, mort d’une maladie chronique qui n’a point altéré la structure des os. Les cadavres des phthisiques sont les plus propres à ce genre de préparation. Le sujet étant choisi, on le décharné grossièrement, en prenant garde d’enlever le périoste ; on détache le

sternum en coupant les cartilages de prolongement des côtes, précisément à l’endroit où ils s’insèrent à ces os ; on sépare les membres du tronc, afin que ces diverses parties puissent être placées plus commodément dans un grand baquet, qu’on remplit d’eau de fontaine , et qu’on dispose dans un lieu où les émanations putrides qui doivent s’échapper ne puissent avoir aucun inconvénient ; il faut avoir soin de tenir les os constamment immergés; changer l’eau tous les quatre ou cinq jours dans le commencement, et à des intervalles plus éloignés vers la fin de la macération.

» L’anatomiste doilsurveillcrsesmacérations; et ce n’est qu’à l’époque où toutes les parties fibreuses se séparent facilement des os, ou les fibro-cartilages inter- vertébraux, les ligaments jaunes , s’isolent aisément des vertèbres, qu’il doit retirer le squelette du baquet et le nettoyer. Pour cela , il rassemble avec soin toutes les pièces et les met dans de l’eau propre; il les nettoyé en enlevant avec un fort scalpel les parties fibreuses qui peuvent encore y adhérer, et en les frottant sous l’eau avec une brosse trèsrude; il les place sur une grosse toile pour les faire sécher.

» Ebullition. Assez souvent l’on fait usage de l’eau bouillante pour préparer les os du squelette. Après les avoir grossièrement séparés des parties molles, on les place dans une chaudière remplie d’eau , et on les soumet à l’ébullition pendant six ou dix heures, suivant les sujets. On active l’action de l’eau et on dépouille plus exactement les os de leurs parties fibreuses et de leur graisse , en mettant dans la chaudière, une heure avant la fin de l’opération, de la potasse ou de la soude du commerce (souscarbonate de potasse et de soude), une livre pour quatre-vingts à cent pintes de liquide. Après avoir enlevé avec soin la graisse qui nage à la surface de l’eau , on retire les os , on les plonge dans une nouvelle lessive alcaline, tiède et très-légère; on les nettoye avec soin, comme dans le cas précédent ; on sépare exactement des surfaces articulaires les cartilages gonflés et ramollis qui leur restent assez adhérents : les os étant propres , on les lave à plusieurs eaux avant de les faire sécher.

» En employant l’ébullition, on a l’avantage de pr éparer plus promptement les os , et d’une manière moins insalubre que par la macération. Cependant ce mode de préparation a des

inconvénients: r les os qui ont bouilli deviennent en général moins blancs que ceux qui ont macéré ; le sang coagulé dans leurs pores leur laisse une teinte brune qu’il est souvent impossible de faire disparaître; e°ils retiennent ordinairement une plus grande quantité de suc médullaire, qui ne tarde pas à leur donner, en rancissant , une couleur jaune et une odeur fort désagréable ; 5° l’ébullition n’est point applicable aux os des jeunes sujets, dont les épiphyses ne sont point encore soudées; elle agit sur leur tissu gélatineux , et dépouille en partie les os courts et les extrémités des os longs de la lame compacte qui les enveloppe. Ce dernier inconvénient se manifeste même sur les os des adultes.

» De la déalbation ou blanchiment des os. Pour obtenir parfaitement blancs des os qu’on a fait macérer , on peut employer plusieurs procédés : i° le meilleur consiste à les soumettre sur un pré à l’action réunie de l’air, du soleil et de la rosée , comme cela se pratique pour la déalbation de la toile, de la cire, etc.; on a soin de les retourner tous les quinze jours, afin qu’ils blanchissent d’une manière égale ; deux ou trois mois d’une semblable exposition suffisent, sur-

tout au printemps, pour leur donner une blancheur éclatante; on expose encore les os à l’action du chlore, soit liquide, soit gazeux. Dans le premier cas , on les plonge deux ou trois fois par jour dans une lessive qui tient du chlore en dissolution , et on répète ces manœuvres pendant dix ou douze jours; dans le second , il faut les tremper dans l’eau , les placer sur une claie, et les couvrir avec une toile serrée ou du taffetas gommé; on les expose alors audessus d’une terrine dans laquelle on a mis, en proportions convenables, du muriate de soude, de l’oxide de manganèse et de l’acide sulfurique: on chauffe légèrement ce mélange de temps à autre; 5° au lieu du chlore gazeux, on peut employer avec avantage l’acide sulfureux en vapeur, comme on le fait dans les arts pour le blanchiment de la laine, delà soie, etc.; on fait brûler lentement du soufre au-dessous de la claie sur laquelle on a placé les os humectés; 4° lessives alcalines peuvent encore être mises en usage pour la déalbation des os; cependant elles ne m’ont pas paru aussi avantageuses que les moyens précédents.

» 5°. Tissu cutané. Dépouillé de la graisse, du tissu cellulaire sous-jacent et exposé à l’air, ce

tissu tend à se dessécher. La peau humaine peut se préparer à l’aide de plusieurs procédés qui ont de l’analogie avec ceux des tanneurs et des hongroyeurs. On recommande donc une lessive composée de deux livres de sel commun , de quatre onces de sulfate de fer et de huit onces d’alun fondues dans trois pintes d’eau, presque bouillante; la peau , dépouillée de sa graisse , est plongée dans cette dissolution, agitée pendant une demi- heure et macérée pendant un jour ou deux dans ce liquide ; on renouvelle plusieurs fois la lessive , puis la peau est retirée du bain et séchée à l’ombre.

»4°. T issu cellulaire. Les auteurs ont employé successivement la dessiccation , l'insufflation , les liqueurs tannantes et l’alcool, pour préparer le tissu cellulaire; cependant la môthode donnée par eux comme préférable est la conservation dans une solution aqueuse de nitrate d’alumine , dans laquelle on ajoute une petite quantité d’esprit-de-vin.

» 5°. Tissu synovial et tissu séreux. Le premier est d’une conservation beaucoup plus facile que l’autre; une dissection exacte, l’expulsion de la liqueur synoviale, le tamponnement et la dessiccation sont les moyens usités ; l’opéra-

tion sc termine par l’application d’un vernis conservateur. La même pratique est appliquée au tissu séreux, mais avec moins de succès: son voisinage d’organes éminemment putrescibles , tels que le cerveau , les poumons , le foie, rendent pour lui la dissolution plus imminente, plus difficile à prévenir.

»6°. Encéphale , moelle épinière, nerfs. Nous avons déjà parlé de la propriété que possède l’acide nitrique de donner de la consistance aux nerfs , sans leur faire rien perdre de leur blancheur nacrée. Les anatomistes se servent ordinairement, pour la conservation de tout le système nerveux, d’une solution alcoolique de sublimé corrosif. Après vingt ou trente jours d’immersion dans le bain, ces organes sont retirés et mis à sécher. On vante encore, comme donnant une densité remarquable à la masse encéphalique, une dissolution de sucre dans l’eau-de-vie : c’est une méthode recommandée par Lobstein, chef des travaux anatomiques à la faculté de Strasbourg.

» 'j0. Vaisseaux artériels , veineux et lymphatiques. Les détails si intéressants que nous a fournis la brochure de M. Duméril à l’occasion des injections, nous dispensent d’entrer ici dans

de grands développements. Les vaisseaux, préparés et injectés comme nous l’avons vu, sont desséchés ou conservés dans des liqueurs alcooliques.

Lorsqu’il s’agit de préparer les vaisseaux des os, il est quelques soins que l’on doit prendre pour rendre leur trajet visible à travers la trame osseuse. Après avoir rempli les vaisseaux d’une injection colorée , on plonge la pièce dans un acide minéral alFaildi , qui , en dissolvant le phosphate calcaire, laisse les vaisseaux en position et facilement visibles à travers la partie gélatineuse de l’os.

En faisant dessécher lentement et à l’ombre ce corps muqueux, il acquerra la transparence nécessaire pour manifester dans scs tranches imbibées d’huile volatile et vernies , la distribution des vaisseaux qui les pénètrent. On peut conserver ces pièces dans une collection , soit à l’air libre , après les avoir plongées dans une dissolution alcoolique d’un savon arsénieux, qui sèche promptement sans blanchir, et sur lequel le vernis à l’essence prend très-bien ; ou, si la pièce est d’un petit volume, onia suspend dans une huile volatile que contient un bocal qu’on lute avec soin : dans ce dernier cas, il

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