‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveauxChapitre 4 sur 21 · AL · texte numérisé non relu

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Belles-Letlrcs , on 17 A9. s’exprimait ainsi : « I.os Égyptiens, selon les apparences, doivent l’idée de leurs momies aux corps (ju’ils trouvaient desséchés dans les sables brûlants qui se voient dans une partie de l’Kgyplc et qui, enlevés par les vents, ensevelissent les voyageurs et conservent leurs corps, en consumant les graisses et les chairs, sans altérer la peau. »

tendent, dans tous les sens, dans l’intérieur des montagnes; aucun bastelicf n’en orne les parois. De distance en distance, on y voit des saillies, des niches, de petites chambres sépulcrales, et quelquefois, des puits. Tous ces souterrains ont été remplis de momies du peuple qui ont été brûlées par les divers conquérants de l’Égypte. On n’y voit plus qu’un amas de fragments de corps et de cercueils brûlés, sans peintures, ni inscriptions. Ces' catacombes sont si vastes, qu’à Thébes on pounait faire circuler de 3 à 4,000 personnes dans chacune.

D. Enfin, les Égyptiens les plus pauvres, ceux qui n’avaient pas même les moyens de se faire déposer dans une catacombe publique, sont enterrés, avons-nous dit, dans le sable et les débris pierreux. Leur embaumement est tiés-peu soigné. Leurs squelettes se trouvent pourtant bien enveloppés de nattes et de branches de palmier qui, liées audessus de la tête tt au-dessous des pieds, leur tiennent lieu de cercueil. Quelquefois on rencontre des momies de gens riches, bien embaumées, enterrées hors des tombeaux taillés dans les montagnes. Ces cadavres nous paraissent être ceux des hommes que les Egyptiens avaient jugés indignes d’une tombe honorable; ce châtiment leur était souvent attiré par quelque manque constant de piété envers les ibis, les chats, ou autres animaux adorés par ce peuple, dont on pouvait les accuser et les convaincre au moment même de les déposer dans des souterrains.

(iSote communiquée par ftl, Julia de Fontenellc.)

Rouelle ne doute point non plus que les corps desséchés dans les sables n’aienl fait nailre chez les Égyptiens les premières idées de la dessiccation artificielle.

Dans notre histoire générale de la conservation des corps humains, la momie des sables et celles que des circonstances locales différentes ont préservées de la corruption auront donc la première place , et l’art d’embaumer les morts chez les Égyptiens et chez les Guanches occupera la seconde. Cet art, comme nous l’avons dit, présente chez ces peuples un caractère de généralité qui ne reparaît dans aucun autre pays. INulle part, non plus, 1 es procédés de conservation ne sont aussi efficaces., et ces deux peuples sont les seuls qui aient su donner à leurs momies la puissance de résister à la destruction.

Nous verrons ensuite cet usage se perpétuer chez les Juifs, chez les Grecs, chez les Romains et chez les peuples modernes; mais il n’a plus le caractère de généralité : ce n’est plus une loi, une institution sociale; les croyances religieuses, la superstition, l’intérêt personnel, les motifs de salubrité ne font plus une obligation d’y recourir. Les sentiments de vénération, de respect, d’attachement, suflisent pour conserver cette coutume,

et ils la conservent pendant une longue suite de siècles, depuis les Juifs jusqu’à nous. — Joseph commanda aux médecins qu’il avait à sou service d’embaumer le corps de son père; ce qu’ils exécutèrent, comme il le leur avait ordonné, et quarante jours s’y passèrent [Genèse). — Saint Jean nous apprend que INicodème apporta cent livres d’un mélange de myrrhe et d’aloès pour embaumer le corps de Jésus-Christ, qu’ils enveloppèrent en des linceuls avec des aromates , selon la manière d’ensevelir ordinaire aux Juifs. — Homère dit qu’on versa plusieurs fois de l’ambroisie et du nectar dans les narines de Patrocle , afin de le conserver en entier. — Des témoignages de même nature, transmis par les historiens , nous montrent cet usage en vigueur chez les Perses, les Arabes, les Éthiopiens, etc., pour les rois, les princes et grands , dont on n’aurait pas cru honorer convenablement la mémoire si l’on n’avait pas conservé précieusement ce qui restait d’eux.

Corippus, dans l’oraison funèbre de l'empereur Justinien, s’exprime ainsi sur l’embaumement de cet empereur :

Thura sabræa cremant, flagranlia mille locatis lnfundnnt pateris, et odoro balsama succo,

— hh

Onium ali;v species; unguentaque mira fct nn-tur Tcmpus in æternum sari uin servantia corpus (1).

Les Romains, toutefois, se contentaient souvent (le laver les cadavres et de les frotter de quelques parfums :

Tarquinii corpus bona femina lavit el unxit (2).

Les momies des Égyptiens, qui se distinguent de celles des autres peuples par l’état admirable de conservation dans lequel nous les voyons encore aujourd’hui, ont été pour les savants un sujet d’études et de recherches intéressantes, pour les ignorants une cause d’étonnement et de crainte superstitieuse; pour les médecins un remède, une panacée long-temps en vogue. L’histoire du Polonais llazevil prouve tout ce qu’on leur attribuait d’influence maléficiante . II avait acheté à Alexandrie deux momies d’Egypte, l’une d’homme, l’autre de femme, pour les emporter en Europe, et il les avait mises en six pièces qu’il avait enfermées séparément eu autant de collées faits d’écor-

(1) On fait brûler l’encens de l’Arabie ; les baumes et les parfums de toute espèce remplissent mille coupes, et le corps est à jamais préservé de la corruption par les essences d’une propriété admirable.

(2) Une femme bienfaisante lava le corps de Tarquin el le frotta de parfums.

ces d’arbres séchées, et dans un septième collïe il avait mis les idoles qui s’étalent trouvées dans les corps de ces deux momies. Mais comme les Turcs défendent la vente et le transport de ces cadavres, s’imaginant (pic les chrétiens en pourraient composer quelque sortilège qui causerait du malheur à leur nation, ce seigneur polonais s’avisa de gagner par le vin et par l’argent un Juif qui avait la commission de visiter les ballots et les marchandises: ce qui réussit, puisque ce commissionnaire fit charger dans le vaisseau tous ces coffres , disant que c’était des coquillages que l’on portait en Europe. Avant que de monter en mer, je trouvai, ditil , un prêtre qui revenait de Jérusalem, et qui ne pouvait achever son voyage sans le secours que je lui donnai en celle occasion , en le faisant entrer dans notre navire. Un jour que ce bon homme disait son bréviaire, une furieuse tempête s’éleva, et il nous avertit qu’outre le danger il voyait de grands obstacles à notre voyage par deux spectres qui le fatiguaient continuellement. La tempête finie, je le traitai de visionnaire, parce que je ne me serais jamais imaginé que mes momies en pouvaient être la cause. Mais je fus obligé dans la suite de changer de sentiment, quand il s’excita une nouvelle bourrasque plus rude et plus dange-

reuse que la première, et quand les spectres apparurent derechef à notre prêtre pendant qu’il faisait scs prières, sous la figure d’un homme et d’une femme vêtus comme étaient mes momies. Quand la tempête fut un peu apaisée, je fis jeter secrètement en mer les sept coffres; ce qui ne put néanmoins s’exécuter assez adroitement pour que le maître n’en fût pas averti. Alors , tout joyeux, il nous promit que nous n’aurions plus de tempête : ce qui arriva effectivement , et le bon prêtre n’eut plus de visions. Les théologieus de l’île de Crète, où nous mouillâmes, justifièrent ma conduite, reconnaissant qu’il était permis aux chrétiens de transporter de ces cadavres mummiés pour le soulagement des infirmes, et que l’Église n’en défendait pas l’usage.

Le jugement des théologiens de l’île de Crète prouve que l’emploi de la momie comme médicament était universellement admis. D’après Dioscoride., elle échauffe et dessèche au second degré; elle soulage la douleur de tête , guérit la migraine, la paralysie, l’épilepsie. Merveilleuse contre le vertige, les assoupissements, antidote contre les poisons de toute espèce, les morsures des bêtes venimeuses, elle convient, selon Rhasis, pour les crachements de sang, ruptures de vaisseaux,

plaies, etc.; en un mot, pas de remèdes plus efficace pour le corps humain , que le corps humain pris en médicament. Une drachme de l’huile mumiale de Paracelse préservait de l’atteinte de tout poison pour vingt-quatre heures; les formules de Crollius , de F cruel, de Chauleras avaient des effets tout aussi mirifiques. — L'eau divine de Scroder était la pierre de louche à l’aide de laquelle on connaissait à l’avance l’issue d’une maladie : une drachme de cette liqueurétait mêlée avec neuf gouttes de sang du malade ou avec une double quantité de son urine; si ces liqueurs ne se pouvaient mêler, c’était une marque infaillible d’une mort prochaine , au lieu que si elles s’unissaient sans répugnance, on pouvait attendre dans les vingt-quatre heures la santé et la guérison du malade. — Le grand roi François 1er portait au cou un morceau de momie comme préservatif de tous maux : préservatif impuissant !

J’ai placé à dessein, après un exemple de superstition, les faits qui constatent l’ineptie ou le charlatanisme des gens de l’art, parce qu’il me semble instructif de conserver la progression ascendante, la marche du moins au plus, dans le ridicule et l’absurde, comme en toute autre chose.

La difliculté de se procurer assez de momies

pour la consommation lut l'occasion d’un (ralic abominable, contre lequel s’élevèrent beaucoup de médecins. « La cruelle avidité du gain croissant tous les jours, on en est venu à embaumer avec le sel et l’alun les corps de ceux qui étaient morts ou de ladrerie ou de peste , ou de vérole , afin d’en tirer, quelques mois après, la pourriture cadavéreuse qui en distillait , et la vendre pour vraie et légitime momie; et môme on ne fait pas difficulté, aujourd’hui, pour donner le nom de momie aux. cadavres qui se trouvent dans les déserts de l’Arabie, et d’en faire prendre intérieurement aux malades » (. Durenou ). Les caractères de la momie de bonne qualité avaient été cependant bien déterminés. « Ne sont pas momies, dit Penicher, les corps desséchés dans les sables de la Lybie , ni ceux ensevelis et conservés sous les neiges, ni les corps submergés dans la mer et desséchés sur les côtes jusqu’à la dernière noirceur, ni les pendus desséchés au soleil; car ceux-là ne sont d’aucun usage » (Jnt. Santorcl ). Le Pissaphallum, qui est la momie des Arabes et des anciens, ainsi que l’ont cru Sérapion et Avicenne, n’est point celle que nous désirons; car l’odeur en est désagréable, et elle ne peut avoir d’autre vertu qu’un mélange de poix et d 'asphaltum. La momie n’est pas non plus une

certaine liqueur qui découle des cercueils des corps embaumés , dont Dioscoride et Matliiole font mention, et qui n’est, à proprement parler, qu’une dissolution des humeurs, mêlées, abreuvées et pénétrées des aromates qui composent l’embaumement. André Gryphius nous enseigne que la bonne momie doit être rougeâtre, légère , grasse , et avec quelque odeur. Mais comme les matières des embaumements varient beaucoup, ainsi que leur qualité , que les corps peuvent être plus ou moins bien conservés, que même il se peut faire qu’ils soient empoisonnés, il a paru convenable de composer une momie méthodiquement digérée. Parmi les nombreuses formules de momies officinales , nous nous contenterons de citer ici celle de Crollius.

Momie de Crollius. Choisissez le cadavre d’un pendu , préférant ceux qui ont le poil roux , parce que, dans cette sorte de tempérament, le sang est plus ténu; la chair imprégnée des aromates est meilleure, étant remplie d’un soufre et d’un sel balsamique ; il doit être âgé environ de vingt-quatre ans , sain , entier et de bonne constitution. Vous prendrez des morceaux de la chair de ce cadavre; ils seraient meilleurs s’ils étaient d’un homme vivant, comme des cuisses, des fesses, nettoyés de

leurs vaisseaux, veines, artères, nerfs et graisse, et vous les laverez fortement avec l’esprit-de-vin, puis vous les exposerez au soleil et à la lune pendant deux .jours., dans un temps sec et serein , afin que l’action des rayons de la lumière de ces deux astres , surtout du soleil, exalte et débarrasse les principes concentrés dans ces chairs; vous les saupoudrerez de myrrhe, de styrax-calamite, d’aloès, de safran, qui font la base de l'élixir de propriété de Paracelse; les ayant auparavant frottés avec du vrai baume, vous les mettrez en macération pendant douze ou quinze jours dans un vaisseau bien bouché , avec d’excellent espritde-vin et de sel , qui font par eux-mêmes une espèce de baume; au bout de ce temps, vous les retirerez et les ferez égoutter et sécher au soleil , et les mettrez derechef pendant un même espace de temps, et de la même manière, macérer dans d’autres esprits de la même nature , pour les exposer ensuite au soleil ou au feu , comme on fait pour les jambons : de la chair ainsi préparée serait une excellente momie. » Tout en reconnaissant que l’usage de la momie en médecine est un des abus les plus étranges et les plus extravagants de l’ernpirisme, la momie officinale de Crollius doit être considérée comme un progrès , puisqu’elle n’olfre

point les dangers attachés à l’emploi des autres momies; elle fut même un bienfait, car ce médicament, dépouillé de ce qu’il avait de merveilleux, ramené aux proportions d’une drogue ordinaire , fut apprécié à sa juste valeur, et bientôt oublié.

L’art des embaumements fut porté, chez les Égyptiens et chez les Guanches, à un degré de perfection que ne purent atteindre aucun des peuples qui s’y livrèrent à leur exemple. Que sont cependant les momies de ces pays? Ce sont, selon la définition de R. P. Kircher, des corps farcis et remplis de drogues odoriférantes, aromatiques et balsamiques, propres à arrêter le travail de décomposition putride: au rapport d’Hérodote, de Diodore de Sicile cl de Porphyre, le crâne était vidé ou par les narines , ou par une ouverture pratiquée dans l’un des orbites; les organes contenus dans la poitrine et dans l’abdomen en étaient retirés ou mis dans un coffre. « Les Egyptiens, dit Plutarque, tirent les intestins des cadavres , et après les avoir montrés au soleil , ils les jettent comme la cause de toutes les fautes que l’homme a commises. »

Les modernes ont adopté un mode de préparation analogue, et de nos jours, avant mes recherches sur la conservation des matières animales, les

procédés de l’embaumement étaient longs et compliqués.

Dans le Dictionnaire de Médecine en 25 volumes (Paris, 1835), M. Murat trace en ces termes les règles de l’embaumement :

<î De grandes incisions mettent à découvert les organes de la poitrine et du ventre , dont on fait V extraction. On enlève le cerveau après avoir incisé les téguments et scié circulairement les os du crâne ; on pratique des incisions profondes et multipliées sur les viscères. Si. on veut conserver le tube intestinal , il faut le fendre dans toute sa longueur, laver le tout à grande eau et l'exprimer , laver une seconde fois avec du vinaigre camphré, et enfin avec de l’alcool également camphré. Les viscères , ainsi lotionnés , sont roulés dans la poudre aromatique. On pratique ensuite des incisions multipliées sur les surfaces internes des grandes cavités et sur le trajet des extrémités. . . » Je m’arrête à ces détails, parce qu’ils suffisent pour prouver que l’art des embaumements a eu pour objet jusqu’à nos jours, non la conservation d’un sujet entier et intact, mais la préparation de matières animales bourrées , farcies d’aromates et ée sels; préparation toujours longue, incomplète et dispendieuse.

Voilà le point oii j’ai pris la conservation des matières animales et l’art des embaumements. Ai-je eu le bonheur de faire faire un pas à la science?

Mes lecteurs en jugeront.

L’Académie des Sciences et l’Académie royale

de Médecine ont constaté que, par l’un de mes procédés, on peut conserver les sujets destinés anx travaux anatomiques. Des cadavres gardés pendant plusieurs mois, et livrés ensuite à l’ amphithéâtre, ont été trouvés aussi frais, aussi propres à la dissection que les individus morts depuis deux jours.

Ces premiers succès et les encouragements honorables qu’ils ont reçus m’ont donné l’idée de perfectionner l’art d’embaumer les corps , et je suis parvenu à pouvoir les conserver, avec toutes leurs parties, tant intérieures ipi extérieures, sans aucune mutilation ni extraction, et de manière à permettre de contempler la personne embaumée , sous les traits et l’image du sommeil.

Cette découverte a été confirmée par une commission de l’Académie des Sciences , qui , dans sa séance publique du 21 août 1837, m’a décerné le grand prix.

Toutefois j’ai cru que ma tâche ne se terminait pas là, et que c’etail un devoir pour moi de mettre a la disposition de mes concitoyens les moyens

do rapprocher d’eux Jcs restes des personnes qui leur ont été chères. Comme les sentiments qui conservent en nos cœurs le souvenir de nos parents et de nos amis ne sont point le partage exclusif des personnes riches, il m’a paru convenable, tout d’abord, d’abaisser le prix de cette opération à la portée du plus grand nombre, et d’offrir ainsi, à la plupart des personnes qui gémissent d’une perte cruelle, le moyeu de préserver tout ce que la mort leur laisse. Cette bonne pensée a été comprise et appréciée pendant les trois années qui vienneut de s’écouler depuis la première édition de ce travail ; des témoignages d’une vive re connaissance l’ont souvent récompensée mieux qu e n’aurait su faire le salaire le plus riche.

Pour les hommes sans aucune ressource , qui se sont rendus dignes, par leurs vertus ou leurs talents, du souvenir de leurs semblables, la famille peut réclamer de moi leur embaumement gratuit. Je serai heureux de conserver à la société la dépouille mortelle de ceux qui l’honorenl et lui sont utiles.

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