‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveauxChapitre 3 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les Égyptiens embaumaient leurs mûris, et les procédés qu'ils employaient étaient assez parfaits pour en assurer la conservation indéfinie : voilà un fait dont les pyramides, les caveaux et toutes les sépultures de l’Égypte nous offrent des preuves irrécusables. Mais quelles furent la cause et l’origine de cette coutume? jNous n’avons, pour répondre à cette question , que des hypothèses et des conjectures. Eu l’absence de documents de quelque valeur, chacun a expliqué . selon la tournure de son

esprit, ou la nature de ses études, un usage dont le point de départ se perd dans la nuit des temps. Un ancien nous dit que les égyptiens prenaient ce soin de la conservation des corps, parce qu’ils croyaient que l’âme restait dans le corps tant qu’il subsistait. — Cassien , d’autre part, prétend qu’on avait inventé cette méthode, pareequ’on ne pouvait enterrer les morts tout le temps de l’inondation. Hérodote , dans son troisième livre , considèrerembaumementcommeun moyen desoustraire les cadavres à la voracité des animaux : Ils ne les enterraient pas, dit-il, (le peur qu’ils ne fussen t mangés des vers, et ils ne les bridaient pas , parce qu ’ ils considéraient le feu comme une bête feroce qui dévore tout ce qu’il peut saisir. — La piété fdiale et le respect pour les morts sont, scion Diodore de Sicile, les sentiments qui inspirèrent aux Égyptiens l’idée d’embaumer les corps. — Le Maillet, dans sa 10 lettre sur l’Egypte, rapporte seulement les motifs religieux de l’origine des embaumements : « Les prêtres et les sages de l’Egypte enseignèrent a leurs concitoyens qu’après uu certain nombre de siècles, qu’ils faisaient monter à trente ou quarante mille ans, et auquel ils fixaient l’époque de la grande révolution ou l'univers devait sc retrouver au point où il avait coin-

meiicé à sa naissance , leurs âmes retourneraient dans les mêmes corps qu’elles avaient d’abord habités. Mais , pour arriver, après la mort, à celte résurrection souhaitée, deux choses étaient absolument nécessaires : la première, que les corps lussent soigneusement préservés de la corruption et assez bien conservés pour que les âmes pussent y habiter de nouveau; la seconde, que des pénitences subies pendant ce long espace d’années, que de nombreux sacrifices fondés par les morts, ou offerts à leur intention par leurs parents et leurs amis, expiassent les fautes qu’elles auraient commises dans le temps de leur première habitation sur la terre. A ces conditions exactement observées, ces âmes, séparées de leurs corps, devaient y rentrer à l’arrivée de cette grande révolution qu’ils attendaient, se souvenir de tout ce qui s’était passé pendant le temps du premier séjour, et les rendre immortels comme elles-mêmes. Elles avaient encore le privilège de communiquer ce bonheur aux animaux qu’elles avaient chéris , pourvu que leurs corps, renfermés dans le même tombeau, s’y fussent également conservés. C’est en vertu de cette croyance que l’on trouve tant d’oiseaux , de chais et d’autres animaux embaumés presque avec autant de soin que les corps mêmes qui y avaient

été déposés. Telle était l’idée du bonheur parfait dont ils espéraient jouir dans cette nouvelle vie. Dans l’attente de cette résurrection, les âmes habitaient cependant les airs les plus voisins des demeures où reposaient les corps qu’elles avaient animés. — Mais la superstition seule n’a pas dû engager les hommes à garantir de la destruction la dépouille mortelle des personnes qu’ils avaient chéries vivantes. J’aime bien mieux chercher la source de cet usage dans le sentiment qui survit aux objets enlevés à notre alfectiou par le trépas. Puisque la mort moissonne indistinctement les humains, qu’elle ne respecte ni l’amour ni l’amitié, puisque les liens les plus chers et le plus sacrés sont impitoyablement brisés par elle , n’est-ii pas dans la nature des cœurs sensibles de chercher en quelque sorte à éluder une séparation douloureuse, en conservant les restes des personnes qu’ils aimèrent et dont ils furent aimés? L’amour, la tendresse et l’amitié ne finissent pas avec les objets qui les ont fait naître; ils leur survivent, ils les suivent jusque dans le tombeau et ne cessent qu’avec nous. > (Bory-de-Saint-Yincent , Essais sur les îles Fortunées. Embaumements des Guanches.) — Le même auteur ajoute : « L’usage de conserveries corps morts, qui ne fut national (pie

chez les Lgyplieus et les (iuanches, c’est-à-dire chez les hommes les moins instruits et chez la nation la plus savante, est, comme nous l’avons dit plus haut, la preuve d’une sensibilité profonde chez les nations dans lesquelles il se généralisa. Sans doute une police éclairée ne contribua pas peu à l’introduire, à l’étendre et à l’affermir ; il prouve un gouvernement intelligent et plein de sollicitude pour le bonheur des sujets. »

L’opinion de Yolney, reproduite et admise par M. Pariset dans son Mémoire sur les causes de la peste , a beaucoup de rapports avec celle qui précède. « Dans une population nombreuse , sous un climat ardent et sur un sol profondément humecté pendant quelques mois chaque année, la rapide putréfaction des cadavres est un levain de peste et de maladies. Frappée de ces fléaux meurtriers, l’Égypte a travaillé de bonne heure à les détruire; et de là sont venus, d’un côté, l’usage d’inhumer les corps loin de la terre habitée ; et de l’autre, l’art si ingénieux et si simple de prévenir la pu 'réfaction par l’embaumement : seconde précaution, plus importante, plus efficace, dont la première ne dispensait pas, et qui , supposant des essais, des tâtonnements, des expériences, n'a pu se présenter que la dernière :

art peu dispendieux, d’une simplicité, d’une facilite qui en rendit sur-le-champ l’application populaire, générale et probablement uniforme pour tous les cadavres. La recherche et le luxe vinrent plus tard. »

Dans le passage qui suit, x\L Julia résume et discute avec clarté les opinions précédemment émises.

« Les motifs tirés de la religion étaient divers » et même, j’ose le dire, contradictoires. Bien » que la mythologie égyptienne n’ait jamais été » parfaitement éclaircie, cependant il est à peu » près démontré que l’Égypte croyait à l’immor- « talité de l’âme , et qu’à ce dogme admirable elle >> joignait celui de la métempsycose. Selon ce der- » nier dogme, les âmes étaient assujetties à un » double genre de transmigration. Si elles avaient » respecté la justice, elles voyageaient dans les » sphères célestes; elles passaient de l’une à l’au- » tre , jusqu’à ce qu’elles fussent reçues dans le » soleil, d’où elles étaient renvoyées dans un astre » plus ou moins éloigné pour y exercer l’autorité » royale. Si l’âme soumise à cette dernière » épreuve, la plus périlleuse de toutes, en sortait » avec gloire, après avoir fait régner les lois, elle » avait atteint le degré suprême de la perfection

» et, désormais, e!le n était plus séparée de la di-

* vinité. Si , au contraire , dans le cours de ees stations successives, lïune s’oubliait et devenait

» coupable; si elle s’avilissait par le mensonge, » la cruauté, la débauche, elle déclarait par là » qu’elle n’était plus laite que pour un corps de » brute; et, comme elle avait prononcé ainsi sa » propre condamnation , eu quittant la forme lm- » maine, elle prenait celle d’un animal.

» On ne peut nier, il est vrai, qu’à certains » égards, ces idées ne fussent favorables à la

* vertu , et que l’espoir d’une immortelle récom- » pense et la crainte du plus vil châtiment ne » fussent un puissant aiguillon pour le bien et un » frein salutaire contre le mal. On comprend , » d’un autre côté, que les animaux étant des » hommes métamorphosés, la peur de maltraiter » quelque grand personnage sous la fourrure » d’un chat, dut inspirer beaucoup de ménage- » meut pour cet animal et même pour tous les » autres animaux sans exception. Entre ces con- » séquences morales et le soin d'embaumer les » corps, il n’y a point cependant de connexion né- « cessaire, car, si l’âme est distincte du corps, » et si, à la sortie de ce corps, elle doit voyager » dans les astres ou se cacher dans l’organisation

d’un anima!, qu importe pour Je corps quelle vient d’abandonner? (le corps n’est plus qu’un simulacre, qui n’a de prix que par les souvenirs tendres et douloureux que sa vue seule nourrit dans notre âme; cl l’on conçoit qu’en cherchant les moyens de conserver ces débris et d’en perpétuer la durée, les Égyptiens avaient plutôt obéi à des sentiments qu’à des opinions. 11 y a plus encore, les Egyptiens avaient un autre principe qui n’est pas moins singulier. Ils pensaient (jitc tant que le corps subsistait dans son entier , l’âme n’en était point séparée, et l’on a conclu de là que c’était pour maintenir cette intégrité du corps qu’ils avaient inventé l’art d’embaumer, 'dais cette induction est démentie par la pratique même des embaumements, puisque le premier effet de cette pratique est de détruire l’intégrité du corps. Par une inconséquence si manifeste , les Egyptiens auraient fait précisément le contraire de ce qu’ils voulaient faire, et les supposer, à ce point, contraires à eux-mêmes me paraît une imputation toute gratuite. Enfin, si l’âme était destinée à se déplacer , comme nous venons de le dire , pourquoi la retenir captive? pourquoi prolonger indéfiniment un temps d’épreuves qui n einbras-

. sait qu’une période de trois miile années, sur- » tout quand celle âme était emprisonnée dans une » prison subalterne, dans celle d’un chat ou d’un » animal quelconque?.. Disons doue que, dans les « motifs que nous connaissons, et qui sont avoués » par les écrivains, il n’y a pas de liaison , il y au- « rait même des contradictions palpables; au lieu » que dans ceux que je vais exposer, et qui sont » suggérés par des dispositions locales propres à » l’Égypte, et par la marche qu’y suivent certains » événements naturels , tout se tient , tout s’en- ■> chaîne, tout est dans une dépendance réci- » proque.

« L’origine des embaumements remonte aux » temps les plus reculés; les causes qui paraissent » y avoir déterminé les égyptiens peuvent se ré- « duire : i" en nécessité physique, 2" en idées » religieuses.

» INous allons développer la première idée, » en suivant les mêmes documents qui servirent » de base, en 182(3, au discours que nous pro- « nonçâmes à la Sorbonne. Les historiens anciens » et modernes s’accordent à regarder l’Égypte « comme le berceau des sciences et des arts, qu’ils » transmirent aux Grecs , les Grecs aux Romains, » et les Romains à ions les peuples civilisés qu’il, s

» subjuguèrent. Des diverses branches de la mé- » decine, l’hygiène était celle qui avait fait le plus » de progrès, comme nous l’apprend Prosper Al- » pin dans son ouvrage sur la médecine des Égyp- » tiens. Or, les inondations du Nil , couvrant an- » nuellement et presque en entier, pendant plu- » sieurs mois, toute la partie de l’Egypte cultivée, » il est évident qu’ou dut placer les villes , les » bourgs et les villages sur des lieux élevés; c’est, i> en effet, ce que l’on remarque en Égypte. Si nous » examinons cette contrée à l’époque où elle était » dans sa plus grande prospérité . c’est-à-dire sous » le règne de Sésostris. nous verrons que, sur un » sol de deux mille deux cent cinquante-deux .» lieues carrées (d’après d’Anville), on y comptait, » terme moyeu, quatorze millions d’habitants, ou » bien six mille deux cent vingt-deux personnes » par lieue, ce qui donnait trois cent cinquante » mille cadavres par an, en supposant un mort sur » quarante vivants , calcul qui est conforme à » l’observation. Il fallait donc se débarrasser de >» ces cadavres en les enterrant ou en les brûlant. » Ces deux moyens étaient impraticables; le pre- » mier, parce qu’il aurait fallu les placer au- » tour des lieux habités ou bien dans les parties » inondées par le Nil ; dès lors, il est évident que

» la décomposition de ces cadavres, en altérant la .» pureté de l’air, eût été pour cos peuples un » germe de destruction. Quant au second, la di- .» selle du bois le rendait impossible. Un moyen » plus commode dut s’offrir à eux. Le sol de celte » belle contrée se trouve parsemé de lacs d’où l’on » extrait une grande quantité de natron (sous-car- » bonate de soude). Ce nation jouit de la pro- ,, priété de préserver les substances animales de » la putéfraction , et c’est à cette connaissance » qu’on doit attribuer l’origine de la salaison des » cadavres en Égypte, à laquelle on a donné le » nom d’embaumements.

» Il est bien démontré que les Égyptiens avaient » porté cet art à un point de perfection qu’aucun » autre peuple n’a pu atteindre. La conservation » de leurs cadavres embaumés est telle que le » docteur Granville, en disséquant „ à Londres, « une de leurs momies, reconnut que c’était celle » d’une femme, morte à l’âge d’environ cinquantc- » sept ans des suites d’une maladie de l’utérus. » M. Geoffroy-Saint-Hilaire a reconnu aussi, » parmi les petits singes embaumés de la collec- » lion de M. Passalacqua, un fœtus humain ap- » partenant à ce genre de monstruosités qu’il a » nommé an encéphale. La nécessité physique des

» embaumements, pour la salubrité do relie oon- » trée , fit de celle pratique l'accomplissement » d’un devoir religieux qui leur présentait, dans «celle conservation de l’espèce humaine, un » tribut payé à la tendresse , aux vertus , aux » talents, à la piété ou à la reconnaissance. Ainsi » la conservation des cadavres était basée, chez » les Egyptiens, sur des vues hygiéniques cou- » vertes, dès le principe, d’un mol if religieux qui >» finit par être considéré comme le seul but de » celte pratique, rendant une longue période qui » embrasse plus de trois mille ans, l’Egypte libre,

- soussesrois, sous les Cirées et sous les Romains, « fui, suivant Hérodote, une des contrées les plus » saines de la terre; elle ne connaissait pas la » peste, qui la décime de 110s jours.

» Aous avons déjà dit que les Egyptiens con- » servaient un grand attachement pour les ani- » maux en général; nous devons ajouter que, » dans l’ancienne Egypte, on leur rendait un culte « aveugle, imbu de celle superstition de la mé- » tempsycose. Ecoutons, à ce sujet , M. Parisel; » nous allons le laisser parler :

« Plus les prêtres d’Egypte multipliaient leurs » services, plus leur crédit s'affermissait dans « l’esprit des peuples; et lorsqu'une raison plus

éclairée leur ouvrit les yeux sur l’ignominie île » leurs superstitions, n’osant ou ne voulant pas » les combattre après les avoir autorisées, ils es- » sayèrent du moins d’v porter quelque ordre, et » de les ennoblir, en les rattachant, par des allé- « gories, au culte des divinités supérieures. Ils » prirent soin surtout de consacrer les animaux » utiles, afin de nourrir de plus en plus dans le. » cœur des Egyptiens ce sentiment vil' et pro » tond de reconnaissance qui a été une de leurs » vertus favorites, et qui est le ciment de l’union » parmi les hommes. Ainsi , les animaux sacrés » étant considérés comme des instruments, ou » comme des symboles de la sagesse , de la puis- » sauce et de la bonté divine , ils furent placés » dans le ciel parmi les signes du zodiaque, et •> sur ia terre, des villes ^ des provinces furent » mises sous leur protection. L’ibis, figure du » dieu Tliotli, était le seigneur d’IIermopolis ; le » bélier, figure du grand Dieu Arnmoun, était le » seigneur de Tlièbes. Il y eut tels d’entre eux, les » plus beaux sans doute et les plus dociles, que » l’on traitait en pensionnaires de l’Etat. Ils » avaient leur prylanée, leurs maîtres d’hùtel, » leurs gardes-du-corps , j’ai presque dit leur » cour; et fiualemenl, ce que l’iiomme faisait

» pour lui-même, il le lit à plus forte raison pour » ces animaux devenus ses dieux. Il recueillit » leurs dépouilles pour les honorer des mêmes » funérailles; il les embauma; il les déposa, selon » leur rang, ou dans le sable , ou dans des vases » de terre cuite , ou dans des tombeaux de picr- » re artistement travaillés. Selon leur rang , ai-je » dit; car, même parmi les morts de cette espèce,

» il y avait des distinctions. C’est que les animaux » les plus semblables en apparence diffèrent pro- » digieusement par leurs qualités intérieures ; et » que la gratitude des Égyptiens se plaisait sur- » tout à honorer ceux qui en avaient eu d’émi- » nentes.

» L’origine de ce dernier genre d’embaume- » ment ne remonte certainement pas plus haut » que celle de l’embaumement humain : elle sup- » pose les mêmes recherches, les mêmes tenta- » tives, les mêmes progrès. Peut-être même serai t- » elle un peu postérieure; car tout ayant commencé » dans les hauteurs du Nil, il arrive qu’en descendant ce (leuve depuis les cataractes, on » rencontre des momies d’hommes avant de ren- » contrer des momies d’animaux. Quant aux mo- » tifs, n’ont-ils été que religieux ? L’embaumement » des animaux n’a-l-il été qu’un acte de dévo-

» lion? Nous ne le pensons pas. Nous sommes » porté à croire, au contraire, qu’il s’y rattachait » de grandes vues hygiéniques, l’Kgypte conle- » nant alors des légions innombrables d’animaux,

» des serpents surtout, qui eu étaient une des » plaies, il fallait cependant allier aux principes » de salubrité la vénération qu’ils portaient aux » animaux sacrés, en veillant à la conservation de » leurs débris; on ne pouvait point les brûler,

» c’eût été la plus sacrilège des impiétés. Or, con- » cilianl les principes religieux avec le soin de sa » conservation, ceux de ses dieux qui viennent » d’éclore, l’ Égyptien, ajoute-t-il, les prend et les » plonge dans les Ilots d’une pâle résineuse qu’il a » préparée; ceux à qui l’âge a donné de plus » grandes dimensions , depuis quelques pouces » jusqu’à vingt pieds de longueur, il les embaume, » les recouvre de tissus et les dépose par myriades » dans des lieux choisis de sépulture. A Eléphan- » Une, Edfou, Thcbes, etc., des milliers de ser- » pents, de crocodiles et de singes dorment à côté » des rois; Abydos, Syoutet Samoun semblent être * la patrie des hommes, des chiens et des croco- » diles momifiés; à Tounet et Gebel , au-delà » d’IIermopolis, aux pieds de la chaîne Lybique, » si l’on descend sous ce sable caillouteux et que ,

» muni d’un flambeau, l’on en parcoure les rues » souterraines, aussi hautes que larges et taillées » au ciseau, d’une longueur inconnue,, on les » verra bordées de niches et de chambres laté- » raies. Chacune de ces niches porte un tombeau » en pierre où reposent des singes, tandis que -> chaque chambre est remplie d’espèce de jarres » en terre cuite, scellées en plâtre, où sont renfer- » més des millions d’ibis et d’œufs d’ibis; à Auti- » noé, des myriades d’ibis se trouvent sous le » sable à fleur de terre; à béni Haçon, M. Cliam- » pollion a vu plusieurs milliers de toises de chats » embaumés, un grand nombre avec magnificen- » ce; à Achniin, il existe une montagne remplie » d’oiseaux; ù Syout, sont des chiens, des » ours, des chacals, etc. ÏS’ous ne pousserons » pas plus loin cet aperçu, nous nous bornerons » à dire que, si l’on monte sur ic sommet de la » grande pyramide d’Egypte, et que l’on porte les » yeux sur la plaine qui s’étend de toutes parts, » au nord, au midi et à l’occident, l’Arabe vous .» montre cette plaine d’une surface d’environ cin- » quante lieues carrées, et vous dit: tout cela est » momie. » (Pariset.)

Les sentiments auxquels les auteurs cités rapportent l’origine cl la cause des embaumements,

chez les Egyptiens, existent tous et dans l'homme isolé et dans les associations humaines. Tel individu a pu faire embaumer les corps de ses parents ou de ses amis par des motifs de superstition ; tel autre, par des motifs d’égoïsme, d’intérêt personnel; tel autre, par des motifs de salubrité, d’intérêt commun ; tel autre, enfin, a reçu de son cœur, de ses sentiments affectueux la mission sainte de conserver les restes des personnes qui lui furent chères. Mais aucun de ces mobiles n’a le caractère de généralité, de perpétuité, qui consacre un usage et le rend populaire; le gouvernement a donc dû intervenir pour lui donner force de loi.

Les sentiments nobles d’affection, de respect, de vénération furent sans doute invoqués par les législateurs. La nature d’ailleurs , sur ce sol brûlant, donna l’idée première de ce mode de conservation pour les restes de l’homme et des animaux : la momie (1) des sables, phénomène naturel , fut

(1) Momie ou mumie : l’étymologie de ce mot n’est pas bien connue. Le jésuite Kircher veut que mum soit un mot persan , et le père Martini un nom arabe qui signifie un corps desséche. Quelques savants font venir momie , d'ammomum, nom d’une plante aromatique. Rhazès, Avicenne , Dioscoride, etc., disent que le mot momie vient de l’arabe et du persan. Serapion , dans le Lexique de Brunon , nous assure que ce nom veut dire pisasphalte, mélange de poix et de bitume. Scahgcr, Bcloniusel Agricola partagent ce sentiment. Isaac, au con-

une révélation pour ce peuple si sage et si industrieux.

traire , croit que ce mot indique un certain liquide dont on se servait pour les sépultures et dans lequel on conserva des cadavres déjà embaumés. Le père Bernard Cœsius, jésuite, assure que le nom de momie est d’origine maure, et qu’il signifie un suc très utile aux médecins.

En parcourant les anciens auteurs , on trouve six espèces de momies. La première espèce est naturelle et porte le nom de momie de Serapion; elle est préparée nu moyen du pisasphalte. La deuxième espèce est la momie de l'Arabie; c’est celle des nobles Egyptiens ; elle est préparée avec l’aloès , le safran, la myrrhe et les aromates. {Voyez Wormius, dans son Musée, liv. 3.) Cette espèce ne se trouvait autrefois que dans les tombeaux des rois et des héros de l’Egypte. La troisième espèce est la momie des plébéiens égyptiens; eile était faite avec du bitume de bas prix ; c’est cette espèce que l’on importe dans diverses contrées. La quatrième espèce l’est au moyen de pisasphalte. La cinquième se faisait avec les cadavres des jeunes personnes mortes de mort violente. On exposait ces corps au soleil, et quand la dessiccation était avancée , on les saupoudrait avec de la myrrhe et de l’aloés, on les arrosait ensuite d’une liqueur alcoolique et on les faisait sécher à l’ombre. La sixième espèce consistait à ensevelir les corps dans le sable , et à les laisser ainsi exposés à l’action d’un soleil hrfilant pour en opérer la dessiccation. Le célèbre Charles Patin a pailé de ces momies qu’on trouve ensevelies sous des montagnes de sable.

M. Passalacqua a fait sur les momies des remarques dont aucun auteur ancien n’a parlé. Cet habile archéologue a reconnu que les momies, lors de l’embaumement, étaient toujours disposées, même quant à l’attitude de la tète, du corps et des jambes, en ligne droite ; il n’en est plus de même des bras et des mains. Quoique les attitudes suivantes ne fussent pas toujours rigoureusement suivies . elles étaient, cependant, assez générales :

1". Les hommes et Ks nouveau -nés ont les bras étendus le long du corps;

La suite de notre travail montrera, nous l’espérons, la liaison simple de ces faits : elle avait été

2°. Les femmes d’un certain âge ont les deux bras croisés sur la poitrine, ou bien un seul bras ainsi placé et l’autre étendu le long du corps.

3°. Les jeunes filles ont les deux bras étendus le long du corps, mais l’avant-bras replié et les deux mains réunies au-dessous du pubis: c’était le symbole de leur chasteté.

Les mains gauches des momies sont ordinairement serrées et les droites étendues. Si quelque bague ou quelque amulette orne cette partie du corps, c’est toujours à la main gauche qu’on la trouve placée et jamais à la droite.

Les cercueils de ces différentes momies différent parleur construction. Ceux des momies égyptiennes sont sculptés et faits avec deux morceaux de bois ; la partie inférieure a beaucoup plus de profondeur que le couvercle ; l’inverse a lieu pour les cercueils grecs, qui sont en outre formés par une quantité de petites planches réunies.

Les momies égyptiennes (vraies) ont quelquefois, au-dessus de leur enveloppe en toile, un réseau en verroterie. Les plus riches et les plus difficiles à trouver sont entourées d’un cartonnage en toile, lacé par derrière. Les Egyptiens ne plaçaient rien parmi les bandelettes qui entourent les momies, si ce n’est quelques tuniques ou quelques morceaux de toile ornés de franges, qu’on y remarque de temps en temps. Les amuleties, les colliers , les bagues, les ceintures, les bracelets, etc., se trou vent à leur cou et aux autres places respectives, audessous des bandes et sur la chair. Les manuscrits en papyrus sont ordinairement placés sur la poitrine, au-dessous des bras, entre les jambes, etc. Si l’on y trouve un gros scarabé orné d’inscriptions, c’est le plus s ouvent sur la poitrine ; les petits sont enfilés dans un cordon et liés avec d’autres amulettes au coude la momie ou bien dans le poing fermé de la main gauche. Les plus gros scarabés, sans inscriptions, se rencontrent dans le ventre des momies, où l’on trouve aussi, de t emps en temps, les quatre génies de l’enfer égyptien, aux tètes humaine, de cynocéphale, de chacal et d’épervier, modelés en cire, avec l’œil d’osiris, etc.

s;usie déjà par M. le coin le de Caylus, qui, dans im mémoire lu à l’Académie des Inscriptions et

Ta vanité égyptienne voulut établir une distinction dans le dernier asile des mortels, auquel on avait donné le nom de Nécropolis ou vilic des morts. Son aspect sauvage formait un contraste frappant avec les vastes et riches souterrains qu’on y trouvait. Les entrées des tombeaux étaient soigneusement cachées aux vivants et distribuées sans aucun ordre. On peut diviser ces tombeaux en quatre classes : A" tombeaux des rois ; 2“ tombeaux particuliers des familles; 3° catacombes publiques; 4° tombes très-simples qui étaient creusées dans la terre, le sable ou les débris de pierres.

A. Les seuls tombeaux connus des Pharaons sont ceux de Biban et Meloak à Thébes, et les Pyramides à Memphis. Les tombeaux des rois à Thébes sont de vastes palais souterrains. On y remarque de vastes galeries, des chambres et de magnifiques salons taillés dans la montagne, à des profondeurs considérables. Leurs parois sont couvertes de bas-reliefs peints, d’une exécution et d’une conservation admirables. Aucun tombeau royal n’a été découvert de nos jours, dans un état d’intégrité. Le plus remarquable qu’on ait trouvé dans ces temps modernes, quoiqu’il eût déjà été spolié, est celui qui fut découvert, en 1817, par l’infortuné Belzoni.

B. Les tombeaux particuliers des familles consistent ordinairement en une espèce de puits ou canal parallèlement tracé dans la montagne, aux deux extrémités opposées et les plus étroites, et cela à différentes profondeurs. G’est dans ces chambres que les Egyptiens déposaient les momies de leurs proches avec tous les objets qui servaient à rappeler le rang du défunt, ses qualités, et les témoignages d’une piété et d’un respect sans exemple. Dés qu’on y avait placé tous les objets destinés à orner sa tombe , la porte en était murée à jamais et le puits rempli et caciié par le sable et les débris de pierres. Le tombeau le plus curieux en ce genre est celui d’un grand-prêtre, trouvé par M. Passalacqua, qui est d’une intégrité parfaite.

C. Les tombeaux publics sont des catacombes ou galeries souterraines de huit à dix pieds de largeur et autant de hauteur; elles s’é-

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