I. LES TROIS PREMIÈRES DYNASTIES POSTDILUVIENNCS
Avant la prise de possession par les fils de Sem, probablement venus du midi de l'Arabie ou de la mer Erythrée, la Mésopotamie avait vu s'entrechoquer des Ariens, des Touraniens et des Chamites. Le Chamite Nimrod y avait fondé un empire, à une époque qui parut déjà légendaire au rédacteur de la table généalogique de la Bible ^.
La tradition babylonienne qui a une origine commune avec celle qui nous est transmise dans les livres saints, plaçait le temps de ce premier empire immédiatement après le grand déluge dont les Chaldéens admettaient également l'existence. L'historien babylonien Bérose^, contemporain des premiers Lagides, dont l'histoire chaldéen ne (XaXaaïxà,) en trois livres est malheureusement perdue, s'expliquait sur lé^ dynasties
I Plus tard, celte désignation est restée comme désignant exclusivement la partie méridionale de la Mésopotamie. Accad, seul, dans les intjcriptions d'Assyrie, équivaut à une désignation de l*Arménie, et les traditions juives et chrétiennes ont va dans l'Accad de la Bible (Gen., x, 10), la ville de Nisibl^, aujourd'hui Nisibin, qui prend une si grande place dans l'histoire ecclésiastique de rOrient. Mais pour nous, il est hors de doute que la ville d' Accad était dans le midi, dans la Cbaldée,
* Comparez Gm.^ x, 9.
' Voir Fragmenta historieorum grœcorum^ éd. Muller, t. n, p. 49C.
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antédiluviennes et sur les circonstances qui^ selon la légonde, préservèrent^ par Tintervention du dieu Saturne^ les do* cuihents relatifs à la prétendue histoire des Gbaldéens.
Noos ne discutons pas les temps fabuleux auxquels les données les plus modiques.cellesde Bérose, donnent 433^000 ans S ou selon notre système, dix années cosmiques. Nous passons au déluge, et nous mms occupons de suite de la première dynastie qui suivit le cataclysme. Cette dynastie semble être d'origine chamite; elle commence par Evéchoos, dans lequel les historiens anciens reconnaissent Nemrod. Ce roi a pour euccesseur Cbomasbelus. à qui succèdent 84 autres rois.
Certes, il ne faudrait pas nous arrêter au chiffre énorme de 33,091 ans que le texte de Bérose donne comme durée de cette première dynastie, si nous n'avions pas à nous expliquer sur une erreur chronologique que nous avons commise en complicité avec beaucoqp de savants de premier ordre. Nous avions cru ^ raccourcir le nombre de 33,09i en i09t et noua y avions été en général conduit par le trop fameux passage de rédition aldine du commentaire de Simplicîus sur le traité du Ciel y où il est dit que Calliattaène envoya de Babylone des observations astronomiques remontant, selon le témoignage de Porphyre, à 1903 ans avant Alexandre le Grande c'est-à-dire à Tannée 2234 av. J.C.
Mais aujourd'hui M. Th. Henri lifartin (de Rennes) a prouvé que ce chiffre de 1903 est apocryphe et Tœuvred'un faussaire moderne '. L'argumentation est de celles devant lesquelles on s'incline, les preuves sont irréfragables; dans le texte original de Simplicius, il se trouve le nombre de 31,000 ans. Nous n'avons pas à discuter la valeur historique de la donnée babylonienne en elle-même, mais nous devons nous rendre un compte exact de ce que les Chaldéens ont cru devoir admettre comme vrai, et nous devons, sous ce rapport, rejeter à tout jamais le nombre apocryphe de 1903.
* Voir Synœll., Chronographie, coofirmée par la tradactioo aiménieniie d'Ëusèbe.
' Rapport au ministre, dans les Annales de Philosophie chrétienne, t. xiv, p. 254 (V série).
* Voir Mémoire sur les observations astronomiques, etc., dans les Mémoires de VAmd. des inscriptions, t. vi, tS63, et les Annaies, t. v, p. SIS (5* «érie).
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. Nous avonsencore moins ledroit de retrancher de rhistoire, telle qae la présentaient les Cbaldéens, une époque de 32,000 anS; chiffre modique par rapport aux autres dont se raillent Gicéron et. d'autres auteurs anciens. La réduction du chiffre 33^091 en 1091 ayait été obtenue par la substitution de l'époque de 9 jours^ 2 heures, 8 minutes cosmiques à TéTahiatipn que donne le Syncelle de 9 sares^ 2 nères et 8 sosses» c'est-à-dire 9 mois, 3 jours^ 8 heures cosmiques. Mais le com* put du chronograpbe byzantin ne donne pas 33^094, mais 34,080 ans, puisqu'il compte les sares à 3^06, les nères à 600 et les sosses à GO ans.. Le calcul que nous fondons sur la valeur philologique des mots^ donnerait pour 9 mois à 3,600 ans, 2 jours à 120 ans, 8 heures à 5 ans, un total de 32,680 ans so* laires. Mais en substituant à la leçon première et à Terreur provenant, selon toute probabilité, de la confusion du mot heure sa'at [IXmoç) avec celui qui exprime minute swsu (S£>9- (kk), la nouvelle de 9 mois^ 9 jours, 2 heures et 8 minutes^ nous obtenons le chiffre de 33,490 ans et 8 mois, ou plus court, 33,491 ans. Voilà donc, très-probablement, l'intervalle que les Chaldéens supposaient entre le déluge et la seconde dynastie qui régna sur le pays de Mésopotamie*
Nous répétons que nous ne nous portons pas garant de la vérité des allégations chaldéennes ; nous recherchons simplement quelles ont été les hypothèses de ce peuple^ et l'examen de la question par le savant doyen de la faculté de Rennes a coulé à fond, il faut l'avouer, les idées chronologiques basées sur la fausse donnée propagée depuis un demi-siècle.
Cela nous porte à une autre rectification, ou plutôt à une modification de notre opinion sur un autre point chronologique. Nabuchodonosor, dans l'inscription dèBorsippa^ place entre lui et le roi qui jadis, après le temps du déluge, avait bâti la tour des langues, 42 périodes, et nous avions interprété ce terme par la vie humaine de 70 ans, égalant dans le comput babylonien 14 heures cosmiques ^ Nous serions aujourd'hui enclin à voir dans la période qu'exprime le signe cunéiforme la grande semaine cosmique, c'est-à-dire 840 ans, de sorte que Nabuchodonosor aurait admis^ entre lui et le déluge, la dis-
* Étude» astyrtenneSf p. 100.
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tance de 35,iao ans. Or^ le texte d'Easèbe qui rapporte le récit de Bérose, nons oblige à placer le commencement de la seconde dynastie au moins à 1800 ans avant la destruclion de Jérusalem^ ce qui^ ajouté aux 33^491 ans que nous croyons devoir admettre, donne^ en réalité^ 35,290 ans.
Cette seconde dynastie est qualifiée de dynastie mide par Ëusèbe, et Ënsèbe et le Syncelle prononcent à cette occasion le nom àeZoroastre. Evidemment Tauleu* des ctironographes chrétiensest Bérose. Nons avons, dans un autre écrite proclamé la haute antiquité du réformateur bactrien, et prouvé que de toutes lesdonnéesanciennes,à une seule exception près ^^ladonnée cbaldéenne est encore celle qui rapproche le plus de nous Faiitique prophète des Perses. Nous sommes profondément convaincu que nous n'avons aucun droit de rejeter Topinion qui se fonde sur le témoignage unanime de tant d'auteurs anciens, tels que Pline, Trogne-Pompée, Plutarque, Suidas, dont les œuvres sont parvenues jusqu'à nous,et tels qu'Hermîppus, le traducteur du Zendavesta» Hermodore, Eudoxus dont les écrits ne sont pas conservés. Ces notions sont confirmées par celles de Bérose, ainsi que parla vérité non contestable de Tantiquité de Vantagonisraedes Aryasetdes Touryas,des Iraniens et des Touraniens. Nous avons supposé et nous maintenons la supposition, que cette suprématie de 224 ans coïncide avec les migrations des Indo-européens vers l'Occident.
Mais le règne des Ariens dut bientôt finir. Comme cette migration ne put jamais s'établir d'une manière autre qu'éphémère dans FAsie en deçà du monlZagrus, elle prit fin en Assyrie ainsi qu'en Médie par la défaite de l'élément arien. La Médie n'était pas uniquement peuplée par les races indo-européennes ; au cohtraire, la principale partie de ses habitants, appartenait alors, comme aujourd'hui, à la grande famille de Touran. Le nom même du pays de la Médie, en la langue des Fils, (ou plutôt de FUs ainis^ de« chefs de famille, tur en casdoscythique et en susien^ sak en médo-sythique,) signifie pays, terre. Il prouve que le fond de la population a toujours, jusqu'à nos jours, appartenu à la race touranienne, quoique les no-
' Celle du chronographe Xanthus de Lydie, chez Dîog. Laerce, Procem. p. 2; ^ans Frag. hUt, graec.^ 1. 1", p. 44.
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bles^ les danses aristocratiques fussent de race arienne. Mais cette Médie touranienne n'a pas cessé de lutter^ avec des chances diverses^ contre le dualisme jusqu'à Tavéneinent des Perses.
La domination arienne prit fin^ à une époque qu'on ne peut plus préciser; le chrfiPre que Bérose attribua à la dynastie suivante est laissé en blanc dans la traduction armé^ nienne d'Eusèbe, unique dépositaire de cette prédeuse tradi* tion. Seulement on trouve en marge du manuscrit le nom^ bre 48. Ce nombre est-il authentique ou apocryphe? Nous n'avons pas d'éléments pour trancher la question. Il manque encore une donnée importante; celle de la situation ethno* graphique des onze rois qui, selon la note marginale^ n'ont régné en tout que 48 ans. Mais l'omission parait avoir une raison; la prépondérance sémitique bat déjà en brèche la domination touranienne qui avait refoulé les Ariens. Cest dans cette époque des onze rois que tombe le curieux récit du 14* chapitre de la Genèse. 11 y est question de quatre rois exer<çant leur puissance en même temps, Amrapbel^ roi de Sen-^ naar, Arioch^ roi d'Ëllassar^ Ghodorlaomer, roi d'Ëlam et Tidal, roi des peuples^ qui était du temps d'Abraham^ dans une dépendance temporaire du roi d'Elam. Ce monarque conduisit ses trois vassaux à une expédition contre l'occident de l'Asie ; l'invasion de ses armes a rendu illustre le nom de Mekhisédech. Il est probable que les peuples dont parle la Genèse n'étaient autres que ces populations touraniennes qui occupaient les pays à Test de la Mésopotamie. L'existence de ces quatre petits empires dénote en tout cas un temps de crise qui doit précéder la suprématie définitive desSémites^et ainsi il est possible que les onze rois qui les précédèrent à Baby* lone étaient selon les circonstances, tantôt de l'une, tantôt de l'autre origine. Ce qui est réel, c'est qu'aucun des noms cités n'eut sûrement assyrien : car Amraphel et Arioch sont au moins douteux. Ghodorlaomer est certainement Ëlamite, ainsi que non seulement la Bible le donne à entendre, mais ce que nous prouvent encore les inscriptions où l'élément Kadar figure, depuis le 20* jusqu'au V siècle, dans les noms propres
* J*ai dé' eloppé c&s idées longuement dans mon Expédition en Uésùpotamie*
DB GHÀLDÉE BT B'aS^TBIE. Il
élamites. Quant au quairième roi ée la Massora *?nn Tidal^ mais que les Septante ont lu ^n et qu'ils transcrivent par Thargaiy il représente un casdo-scythique Tourgat, grand chef, et constitue une des preuves les plus acceptables de notre opinion au sujet des Touraniens. Ces peuples de la Ge* nèse n'étaient autres^ sans doute^.que ceux que les Assyriens désignèrent plus tard sous le nom ies Soumirs et des Aecad$.
Nous devons d'autantmoins hésitera voir dans ce silencedu texte d'Ëusèbe sur la nationalité de la troisième dj^nastie, une explication de la précieuse donnée biblique^ que celle-ci nous enseigne en même temps pourquoi nous trouvons encore parmi les rois de la dynastie chaldéenne^ parmi les mo« narques quis'intitulent rois de Babyione, des personnages dont le nom est évidemment élamite^ tels que Koudourmapouk, Rourgalzou, Pournapouriyas, et d'autres. La prépondérance de la puissance élamite était établie au 21* siècle et d'autres influences la combattaient encore sans résultat à cette épo* que. Les Ghaldéo- Assyriens s'étant établis à Babyione, la domination passagère des rois d'Ëlam ne leur permit plus de prendre un autre titre que celui qu'assumaient les monarques assyriens.
Il est d'ailleurs difQcile de savoir à quelle race devait appartenir cette population don| le pays porte à la fois des noms assyriens^ sémitiques et touraniens. Le pays est nommé par les Perses Uvaja (dutochthone). Cette dénomination a fourni les O^lm des Grecs et le nom moderne de Chuzistan. Les Se* mites le désignent par Elam, qui est le nom biblique, et par Elamat qui traduit dans les versionr^ assyriennes le perse Uvaja; c'est de cette appellation sémitique que provient le grec £Xu(fa'tc. Les Touraniens cuvent revendiquer comme leur appartenant tes noms de Susiane, car les hhs de ce pays s'intitulent roi de Smanak^ei les Médo-Scythes affectent au bassin du Choaipes et de VEuléus la dénomination d*Upparti. Toutes ces dé> nominations se trouvent réunies dans un seul passage de l'antiquité, dans le liyve à' Esdras (iv,9) K Ce texte prouve que toutes ces populations diiférentes avaient conservé leur natio* oalité distincte, qu'ils existaient l'un à côté de l'autre, et que
* Ce passage est curieux à plus d'on titre; U elle les Susiena, les Élamites, à côté des Apharsatachéens, Apharséens.
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les peuples des pays ciroonvoisins^ donnaient an pays qui^ géographiquement^ appartient au bassin du Tigre, le nom de la peuplade offrant le plus d'affinité et de parenté avec euxmêmes. Cette étroite parcelle du territoire asiatique^ située à la fois à la limite du sémitisme^ du monde arien^ et de l'influence touranienne^ fournit un curieux mélange de races, qui est encore compliqué par des populations Couchites venues d'Arabie, et peut-être d'Ethiopie même. Car les noms des Cosséens rappelleraient déjà le père deNemrod, quand même les antiques légendes de Memnon, ainsi que des noms comme celui de Tarhak, ne nous feraient pas entrevoir Talliance perpétuelle qui a subsisté entre le pays d'Elam et les contrées désignées dans la haute antiquité par le nom de l'Ethiopie*
Retenons à notre sujet.
Nous devons donc regarder la période qui immédiatement précéda l'établissement de l'empire chaldéen, comme une de ces époques de transition où prévalut tantôt l'une, tantôt l'autre des races qui se disputaient l'empire. L'élément prépondérant était encore le Touranim, de cette branche que nous avons nommée casdo-scylhique, d'une population d'origine étrangèreausémitisme, qui a imposé aux Assyriens sémites son écriture anarienne. Nous savons que cette écriture hiéroglyphique, transportée d'abord chez les rois sémites, ne fut pas immédiatement transformée et adaptée aux usages de la langue assyrienne. Non-seulement l'élément essentiellement idéographique prévalut, mais pendant longtemps encore, des locutions phonétiques entières, tirées de la langue touranienne, furent, par les monarques qui parlaient une langue sémitique, acceptées dans leur forme graphique, et prononcées en assyrien. Ce fait étrange, mais avéré de la manière la plus absolue par despreuves irrécusables, trouve une analogie chez les Japonais? qui se servent des livres chinois, enles prononçant en japonais*. La substitution d'une prononciation sémitique, non pas à des groupes idéographiques, mais à des mots, expliqhés phonétiquement dans une langue étrangère et que nous nommons allophones, démontre la puissance à Babylone de la science des Touraniens, influence à laquelle peu de documents de la période sémitique n'ont pu se soustraire.
* Voir M. de Rosny, Revue oriml4ile, t. ix, p. 269.
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Des considérations qui n'existent plus aujourd'hui, grâce à la démonstration de Tinanité complète du nombre chronologique de 1903, nous avaient fait substituer au chiffre 48, qui indique la durée de cette dynastie, celui de 208. et admettre le changement de MH en 2H. En effet, ce chiffre est peu considérable pour une suite de onze rois dont chacun n'aurait régné ,qu'à peine 4 ans, mais nous n'avons pas de raison pour lui préférer tel autre. Il est possible qu'une ou deux centaines soient tombées, et qu'au lieu de 48, le chiffre originaire était 148. En maintenant le chiffre de 48, d'après notre calcul, la limite supérieure de la troisième dynastie tombe en 2065 av. J.-C, et le commencement delà dynastie médique en 2289 av. J.-C. Pourtant, d'après un passage de George le Syncelle, la durée de la dynastie mède n'aurait été quede 194 ans ^ Nous n'avons également aucun moyen pour contrôler ces chiffres.
Quoi qu'il en soit, et quelle qu'ait été la durée des trois premières dynasties d'après les Chaldéens, nous commençons notre histoire avec l'année 2017 av. J.-C. Nous fixons donc la première dynastie chaldéenne de 2017 à 1559 av. J.-C. Elle régna, selon Bérose, 458^ns et eut 49 rois.