LE VAISSEAU
jLe Nayise et I'Akcbe sont des enseignes dont on a retrouvé des exemplaires i Pompéi et qu'offrent toutes les époques dans les lieux maritimes. Venise pouvait à bon droit montrer avec orgueil son Na- YiBE d'Ob, enseigne du seizième siècle ; la Galèbe a eu sa réputation à Paris, ainsi que sur les rives du Léman et les Vaisseau sont aussi fréquents à Londres qu'à Amsterdam.
Au quinzième siècle, Paris avait l'enseigne de la Nep d' Argent, allusion aux armoiries de la ville qui porte : de OuEULBs, au Vaisseau d'Abqent, symbole du commerce par eau employé dès l'époque romaine par les habitants de
Lutèce. Notons qu'en 1629, la communauté des marchands de vin obtint par concession royale des armoiries où se retrouve la nef d'argent, car cet écusson se composait d'un navire d^argent à bannière de France flottant^ avec six petites nefs autour et une grappe de raisin en chef sur un champ d^aeur. Cette communauté avait été instituée par Henri III au mois de mars 1577; elle ne fut constituée en corporation qu'en 1779, lorsque Louis XVI, reconnaissant sa précipitation au sujet de l'abolition des jurandes, rétablit l'organisation du commerce et des métiers en créant, par un édit enregistré le 23 août, six corps de marchands et quarante-quatre communautés d'arts et métiers. Les statuts de la communauté des Rôtisseurs sont antérieurs à 1509. Celle des Traiteurs, d'oii sortirent les Restaurateurs, en 1767, fut constituée en 1599 et celle des Limonadiers en 1676.
La communauté des brasseurs est plus ancienne que toutes les précédentes ; ses statuts datent de 1268 ; elle reconnaissait pour patron la Sainte- Vierge mais, elle prenait Cérès pour devise avec les mots : Bacchi gères jsmuIiA : Cirés rivale de Sacchus^ suivant l'opinion qui attribuait l'invention de la bière à la déesse des moissons. Les enseignes des brasseries, nous entendons celles qui sont spéciales à ce genre d'établissements, sont très-nombreuses; nous avons déjà cité le Rot bb IiA Bièbe, ajoutons-y
ceDe de la Bbithe bt pb la Blakohb SoïiBBBB, qui se voit àAugsbourg. M.
Riehl qni la cite dans rintéressante étude qu'il a intitulée : Une cité aXlemandCf ajoute en commentaire que Scherer est le nom de deux familles qui, il y a cent ans, fabriquaient Tune de la bière blanche, l'autre de la bière brune.
Retournons à notre sujet. Les idées nautiques ont jeté un vif reflet sur l'enseigne qui nous donne des Mabdœ, des Navigation, des Bateaux, des Batjsaux d'Ob et des Bateaux a Vapeub, des Babge ou Babqub, des Navette et des Petite Nef, ce qui est la même chose ; des Galion et des Galiote et des Flott?^ ; des Aviron, des Voile, des Bonne Voile et des Sional ; des Bate- LiEBS, des Mabins, des Navioateubs, des Pilote, des Amibauté, des Gband Amibal, enfin des Abobdaoe, des Hable ou Havbe, des Poet, des Heubeux Pobt et des Dêbabgadèbe.
N'oublions pas la Meb, la Haxtte Meb, la Vaste Meb et citons, en fait de vaisseau, l'enseigne d'un aubergiste de Lyon, qui, après avoir vu son établissement détruit par la terrible inondation de 1840, eut assez d'esprit pour intituler sa nouvelle enseigne : Au Vaisseau Naufbagé.
On est quelquefois assez étonné de rencontrer des Vaisseau et des Navibe <^n pleine terre ferme. On dirait qu'un cyclone aussi violent que celui qui a ruiné Calcutta en 1732 et en 1864 les
ait lancés dans ces régions, plancher des vaches par excellence. En nous promenant dernièrement autour du Salève, montagne que les géologues disent avoir été une île des mers primitives, nous avons rencontré, au milieu des sapins, dans le petit village de la Muraz, une auberge à l'enseigne du Navibe ; un navire dans ce lieu, quel beau thème pour les archéologues! quelle preuve à l'appui des boucles d'amarre que tous les paysans
ont vues aux flancs de nos montagnes!
n y a là, comme tradition d'une haute antiquité, de quoi rajeunir et de beaucoup^ le rocher du Niton et toutes nos habitations lacustres, fussent-elles bien et dûment reconnues pour être de Vâge de pierre.