LXXXU LES TROIS ROIS
Au quinzième siècle, cette enseigne se présente quelquefois sous la forme : aux Tbois Rois de Coulongnb ; les restes de ces personnages ayant été tranférés de Milan à Cologne au douzième siècle, ce fait explique l'épithète ; bien plus souvent, on rencontre la forme simplifiée :
aux Tbois Coubonnes.
L'enseigne qui nous occupe doit remonter très-haut. Trois royaux voyageurs, venant adorer le Christ dans les
étables du khan de Bethléem, formaient un sujet trop bien approprié pour ne pas avoir été mis en usage par les premiers hôteliers chrétiens. Aujourd'hui encore, il n'est pas une ville de quelque importance, en Europe, qui ne puisse offrir au moins un Tbois Rois.
Le plus ancien et le meilleur représentant de renseigne qui nous occupe est certainement l'hôtel des Tbois Rois à Bâle. Personne ne lui contestera d'être un des premiers hôtels, et comment lui refuser l'antiquité, puisqu'on 1027 déjà, il eut l'honneur d'héberger trois têtes couronnées : l'empereur Conrad II, son fils Henri III, roi des Romains, et Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne qui, dans cette entrevue, céda son sceptre et sa couronne à, Henri III. Par une coïncidence assez singlière, lors de la translation des reliques des Mages, en 1162, les députés chargés du précieux dépôt s'arrêtèrent aux Trois Rois de Bâle et sanctionnèrent ainsi le choix de l'enseigne de cet hôtel.
L'enseigne des Tbois Rois représente les effigies de Melchior, Gaspard et Balthasar, mais, en certains lieux^ les images de ces sages de l'Orient ont subi d'étranges métamorphoses.
La petite place de Notre-Dame du Pont à Genève possédait, depuis le commencement du quinzième siècle et peutêtre depuis une époque bien antérieure, UQe hôtellerie, des Tbois Rois. Advint
la réforme : la religion calvinienne , dont nous avons déjà mentionné les prouesses en fait d'enseignes de cabaret, jugea à propos de proscrire définitivement, en 1561, et comme offrant des signes évidents de sorcellerie et d'idolâtrie papistique, les noms de ceux qui avaient humblement déposé au pied de la crèche leur pourpre et leurs diadèmes ; cet arrêt, souvent renouvelé, fut confirmé par la Constitution du 24 août 1814, sans que, dès lors^ aucune loi Tait abrogé.
 partir de l'anathème prononcé sur leurs noms, les trois orientaux durent prendre un visage et un vêtement européens-, on en fit trois potentats modernes qui, suivant les temps et les phases politiques, ont souvent changé de noms et de costumes ; aujourd'hui, la maison des Tbois Rois, construite en 1675, n'a plus d'hôtellerie, mais elle offre aux ^eux une belle enseigne dorée, oîi, pour dernière métamorphose, on voit, se touchant la main, Charlemagne, Henri IV et l'ami de Voltaire, si tant est qu'un roi puisse être un ami ou en avoir un.
Quel est le jeune homme avec qui je
vous rencontrai hier? demande un patron à un de ses employés : « Monsieur
c'est le fils des Quatbb Saisons. » Cette
enseigne des Quatre Saisons est assez
fréquente dans certaines parties de la
France.
• Le vieux français offre des exemples
de cette contraction : Le Mercredy vingt
huitiesme Septembre 1582, raconte Pierre de TEtoile, un jeune homme nommé Claude Tonart, enfant de Phostellerie de TEscu de France d'Estampes, fut condamné à estre pendu et estranglé en la place de Grève à Paris. Dans Tusage ordinaire, le nom de famille de rhôte s'efface lui-même devant le nom de son enseigne. La plaisante histoire de la purée aux pois passés devant notaire, qui se lit dans le Moyen de parvenir^ se passe à la Rose rouge^ dont Thôte n'est jamais appelé autrement que : mùnsieur de la Rose.
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