LA CAVE
laA langue française possède une riche synonymie touchant les lieux où l'on donne à boire ; nous pourrions citer plus de cent mots, dénominations d'établissements publics depuis la Gargotte jusqu'à VHôiélj depuis la Buvette volante jusqu'au Café. Toutefois la classification du seizième siècle en Hôtellerie j Cabaret et Taverne demeure. Bien des nuances séparent ces trois mots. La Cave est une des formes de la taverne. L'usage de servir à boire dans de véritables caves a été général dans toute l'Europe; à Berne,
mSTOmE DES ENSEIGNES
elle est restée dans les mœurs. Dans quelques cantons de la Suisse française, la taverne est montée au premier étage; mais, en général, elle se trouve au rezde-chaussée y les libations et les escaliers s'accordant peu.
Le nom de cave est resté à quelques établissements publics de Genève : Càye DU Mandement, Gave bu Soleil Levant, etc. Un acte de 1443 qualifie de Maison de la Gave celle qui forme Tangle entre le Perron et la place de la Magdeleine. Depuis une vingtaine d'années les négociants de vins en gros mettent des enseignes sur leurs magasins, employant presque toujours le mot qui nous occupe : Gave du Beaujolais, Gave des Familles, Gave de la Réoipbocitê.
Rabelais mentionne la Gave peinte de Gfainon. La Cave de la Mobellièsb et la Gave du Vin muscat étaient bien connues i Paris au commencement du siècle dernier.
Des Caves du vieux temps naquit le Caveau, cette taverne littéraire du dixhuitième siècle dont Piron fut Tàme et qui compte au nombre de ses fondateurs :
Duclos, Fuselier, Crébillon fils, Boucher^ Rameau, Bernard, Gallet et GoUé. < Jamais, dit l'auteur de VHermite de la Chaussée â^Antin, la gatté, l'esprit et le goût n'érigèrent à la critique un plus singulier tribunal ; ses arrôts se rendaient en chansons et portaient, le plus souvent,
sur les productions de ses propres mem* bres. Le besoin de rire, l'absence de tou.
tes prétentions, l'alliance assez difficile d'une extrême malice avec une sûreté de commerce inaltérable, accrurent en peu de tems la célébrité du Caveau : des gens de la plus haute distinction, M. le comte de Maurepas lui-même, alors premier ministre, sollicitèrent la faveur d'y être admis. •
Dès lors, le Caveau devint une enseigne; bien des cafés furent ouverts, dans les principales villes de France , sous les noms de Café du Gavbau, C(rfé du Caveau DU Palais Botal, Café du Gavbau DE LA Rotonde, etc.
Le Gaveau Modbhne, auquel se relient les noms immortels de Désaugiers et de Déranger, date de 1806 ; il fut i l'apogée de sa gloire aux derniers jours de l'Empire, et finit sans dégénérer : 1814 fut le terme de son existence. Le Rochsb i»
Gancalb doit être considéré comme son successeur. Lors de sa réception, Désaugiers y chanta :
Des frelons bravant la piqûre, Qne j*aime à voir dans oe s^onr Le joyeux tronpean d'Epionro Se roomter de jonr en jour!
Francs ba/enrs qne Bacchns attire Dans ces retraites qn'il chérit, Avec nons venez boire et rire . . .
Fins on est de fons , pins on rît
Entre les deux Gaveau, il faut placer la Société des Dinebs du VAnoEyiLLB
d'hôtelleries, D*AUfiER6£S ET DE CABARETS
fondée vers 1800 , pois les sociétés chantantes de MoMus, des Bebgbbs de StsacusB, des Lapins, des Oisbaux, etc.
Avant le premier Gayeau^ dont la création remonte à 1729 ou 1730, nous devons mœtionn» la Société du Texple, précédée elle-même par les soupers hebdomadaires de la Pomme pe Pik, le plus célèbre des cabarets.
N'oublions ni les Soupers de MomtÂS ni YOrdre de la Boisson, dont le grandmattre exprima la philosophie dans le quatrain si connu :
Je donne à Tonbli le paase, Le présent à rindifféienoe ; Et, pour vivre débarrassé, L'avenir à la Providence.