‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 23 sur 112 · LA GAGE · texte numérisé non relu

LA GAGE

Quelque singulière que puisse paraître ridée de prendre une prison pour enseigne

de cabaret, elle n'en fut pas moins mise à exécution.

Paris avait son enseigne de la BastillBi et, au commencement du siècle, Genève possédait encore son auberge de la Gage, située dans la rue du Rhône. L'enseigne, très-bien conservée, disparut après Tincendie du 8 décembre 1833 qui nécessita la reconstruction de la maison. Elle représentait, comme quelques vieilles enseignes françaises de la Gage qui sont conservées, une forte tour, la porte close et toutes les fenêtres munies de forts barreaux et d'énormes grilles de fer.

Nous avons déjà mentionné, sous la date de 1638, le cabaret de la Gage dans la capitale de la France; il est encore indiqué dans le Paris hwrlesque de 1652 :

Mademoiselle Lonison, Demeurante obez Alizou, Justement an cinquième étage, Près du cabaret de la Gaob, Dans une chambre à deux châssis, Proche Saint-Piene-deB-Aasis.

L'enseigne de la Poste de Fbb ou de rUis (huis) DE Feb était répétée au quinzième siècle.

Gelle de la Gbille, à Genève, existait déjà en 1707, peut-être bien avant, si la Gbiola, mentionnée en 1553, est la même et si la facétieuse Ghille aux Sots d^Henry Estienne y fait quelque allusion. L'enseigne de la Grille a persisté jusqu'à nos jours. Dans cette auberge, si-

tuée à la rue du Boule, aujourd'hui de la Fontaine, se constitua, à Tépoque de la RéYOlution, un club dont l'histoire serait celle de tous les excès auxquels se porte le torrent populaire venant de rompre ses entraves.

Au fond^ les Orillards joignaient la fortne^ une forme d'autant plus terrible qu'elle était l'accompagnement d'une force redoutable. La décoration de la salle de leurs séances était formée d'os, sements entrelacés; on dit que, pour boire, ils se servaient de crânes humains façonnés en guise de coupes. Devant la maison flottait un drapeau noir sur lequel on avait figuré une tête de mort, des os en sautoir et les mots :

LA UBSBXi ou LA MOBT

Il fut réduit en cendres à Plainpalais, sous la potence. Nous en avons rétabli le dessin (Armoriai genevois pi. XIV, fig. 3.) d'après la description, plusieurs fois répétée, de deux membres du Tribunal révolutionnaire.

Le Club de la Grille subsista de 1793 à 1798, époque oit l'autorité française le fit fermer. Une lettre du Commissaire Desportes, datée du 6 juin 1798 et adressée aux Syndics et Conseil, contient, au sujet du local de la Orille, quelques détails propres i compléter ceux qui précèdent.

c A l'instant même, où vous vous apprêtiez. Citoyens, à faire apposer votre

scellé sur l'entrée de ce Club, ses sectaires dérobaient les listes de proscriptions, les regttres de mort où leur rage s'était complue à entasser toutes les conceptions de la scélératesse en délire :

mais ils ne purent du moins soustraire i votre vigilance les signaux de révolte appendus aux voûtes de leur repaire. Je vous ai confié le dépôt de ces caisses (tambours) de rassemblement^ dont les sons sinistres portèrent tant de fois la désolation et la terreur dans le cœur de vos Concitoyens. J'ai fait dérouler à vos yeux ces affreux guidons, sous lesquels les tyrans de Qenève enrégimentaient leurs seldes, toutes les fois qu'ils avaient résolu de promener le massacre et le pillage dans leur malheureuse Patrie.

Votre indignation s'est accrue sans doute à l'aspect du bonnet auguste de la Liberté défiguré par l'exécrable emblème de ces Brigands, par une grille entée sur une tête de mort. Mais de quelle horreur n'avez-vous pas dû être pénétrés, Citoyens, lorsque la rigueur de vos fonctions vous obligea de soulever le voile qui ca^ chait ces crftnes, ces ossements humains, journellement souillés par les attouchements sacrilèges des adeptes de la Grille! Votre douleur vous a-t-elle permis de suivre, sur les vénérables restes de vos amis, de vos frères, les traces de la main du crime qui les façonna pour servir aux libations de ces cannibales dans leurs festins impies? Vous savez aujour-

mSTOmE DES ENSEIGNES

d*hui de quelles fêtes abominables ils étaient condamnés à faire le hideux ornement!

Nous n'avons pas i suivre plus loin cette lettre à laquelle les magistrats genevois, esclaves depuis le 15 avril, répondirent avec cette auguste dignité qui caractérise si profondément leurs derniers actes, et contraste si fort avec le style emphatique de leurs maîtres.

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LA GABPE BRIDÉE

Dans l'antiquité , le poisson était plus mêlé i la vie humaine que de nos jours.

Les Romains avaient des murènes apprivoisées, portant aux opercules des anneaux d'or semblables aux pendants d'oreilles des jeunes filles, et qui faisaient l'orgueil de leurs viviers. Que de charmantes histoires les Anciens ne nous ontils pas laissées au sujet du Dauphin, de cet ami de l'homme, si sensible aux accents de l'harmonie I Ne fut-ce pas un dauphin qui sauva Arion, le poète-musicien, de la fureur des flots? Mainte peinture antique figure des poissons montés par des Amours qui les conduisent bride en main. C'était le sujet de la Cabpb Bbidée de Strasbourg, enseigne détruite depuis quelques années, et qui existait

déjà au quinzième siècle. M. Piton, qui l'a mentionnée » y voit une allusion i un nom propre de famille. Sans nier la chose, rien ne saurait empêcher de voir dans ce s^jet la tradition, si ce n'est d'une enseigne, tout au moins d'une composition romaine très-souvent répétée sur les poteries les plus usuelles.

Suivant Grégoire de Tours, un pauvre pêcheur des bords de la Loire, dans la plus profonde misère, jeta son filet au nom de saint Martin et prit du premier coup un magnifique poisson qu'il porta au cabaret voisin pour le prix du repas dont il avait besoin ; c'était une belle occasion de prendre le Poisson comme enseigne d'hôtellerie; mais, nous le répétons, l'idée doit remonter plus haut.

Quoi qu'il en soit , les Dextz Poissons et les Tbois Poissons sont fréquemment répétés sur les enseignes. Elles nous offrent aussi le Roi des Poissons, des AnouiiiLb, des Bab, des Babbeau, des Basbeau coubonné (la couronne n'est pas plus rare sur la tête des poissons que sur celle des autres animaux), des Gabpe, des Dauphin, du Petit Dauphin et des Dauphin d'Ob; des Dobabs, des EsTUBGOEN, des Goubnaut (gournal), des Lampboie , des Raie et deb Tubbot , ainsi que certains objets relatifs i la pêche comme I'Hambqon, la Nasse et le Chabse-Mabéb.

La Pêche mibaculeube ou la Pêche

d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets

Ds SAINT PiEBBis 86 voyaît e& beaucoup de lieux. Bappelons le Chat qui pêche, enseigne du quinzième siècle , qui n'est peut-être pas aussi facétieuse qu'elle le parait au premier coup d'œil, car Frère Thiébert sait quelquefois satisfaire ses goûts ichthyopfaages par sa propre industrie.

L'enseigue de la Lampbote, à Chinons est fameuse pour avoir été établie dans la maison de Rabelais; quelques-uns des biographes du célèbre humoriste prétendent même que son père tenait déjà cette hôtellerie.

En Suisse, le Bbochet et la Tbuitb sont des enseignes répétées; la truite^ en i^rticulier , a été fort à la mode à Genève et dans les environs : la première hôtellerie que Voltaire fit construire i Femex prit l'enseigne de la Tbuitb qu'elle porte encore.

La propension pour cette image s'explique par la célébrité de la truite du Léman. Vers l'année 590; Grégoire de Tours écrit que l'on en péchait du poids de cent livres. C'était le cadeau d'honneur qu'offrait l'ancienne République aux têtes couronnées. L'empereur Frédéric Barberousse en 1168, Henry IV, Louis XIV et une foule d'autres souverains, furent régalés de truites par les magistrats de Genève.

La coutume de supprimer une lettre dure dans la prononciation de certains |

mots, coutume fort répandue au Moyen- Age, empêche, au premier coup d'œil, de reconnaître le brochet dans l'enseigne des Tbois Bequé , employée à Paris il y a tantôt quatre siècles et dans celle du BooHET, mentionné chez nous depuis 1551 au moins.

La Baleine, peut-être celle de Jonas, servait encore, au dix-septième siècle, d'enseigne à une vieille hôtellerie de Genève;, à la même époque on voyait, à .Angers, la Côte de la Balbinb.

Faute d'une place mieux appropriée, donnons ici un souvenir aux enseignes du Gbabe, de rScBEYiSBE, de I'Eobevisse Bouge et de I'Ecbbvisse D'ÂBasirr.

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