PRÉFACE
Autres temps, antres mœurs.
Si Ton entend par mœurs les règles immuables de la morale, ce proverbe manquerait d'exactitude ; mais, si on l'applique aux coutumes, aux modes, à la manière de vivre, aux conséquences des milieux physiques et chronologiques, il reprend toute sa valeur.
On ne manquera pas, au sujet des conclusions de l'ouvrage que nous
présentons au public, conclusions qui sont généralement favorables à un
ordre de choses que l'on peut considérer comme tombé en désuétude, de
nous opposer le vieux dicton que nous venons de citer^ de nous dire que les milieux sont changés, que le progrès s'est accompli; choses dont nous
sommes parfaitement persuadé.
Seulement, nous croyons qu'il est bon de connaître la voie par laquelle on a cheminé pour arriver à l'état perfectionné dans lequel nous avons le bonheur de vivre.
Nous croyons aussi qu'on peut user d'indulgence envers ceux qui, tant pour le plaisir des yeux que pour la satisfaction de l'intelligence, regrettent que telle maison qu'ils ont connue sous le nom de la Pomme d'or ait dû échanger son enseigne contre un numéro 9, 19, 29, 39 ou autre, et que leur vieille Pomme d'Eve se soit métamorphosée en un chiffre qui ne rappelle aucune pensée.
Les préfaces sont généralement des requêtes au public; mais, sans traiter ce dernier aussi mal que le comte Rostopchine dans sa fameuse épître
dédicatoire, nous estimons, avec le spirituel M. de Jouy, que ses arrêts ne pouvant être confondus avec les jugements de la postérité, toute requête serait déplacée ici.
Quelques fragments de notre travail ont été lus dans des sociétés savantes et publiées dans plusieurs revues, et journaux ; sans autre préambule, nous avons cru bon de les réunir, de les revoir et d'en former le volume que nous présentons à nos lecteurs.
KMM