LA MARMITE
Sons avons signalé la présence du chaudron et de la chaudière sur l'enseigne ; on y trouve aussi la Marmite, voire la Mabmite aux Saucisses.
Depuis celle oii Jacob apprête le potage aux lentilles qu'il vendit si cher à
son frère Esaii, il y a eu bien des marmites célèbres et le pied de marmite est devenu un terme de comparaison peu flatteur pour les nez de forme analogue.
Au Musée de Strasbourg, on voit une marmite en airain ; on les faisait autrefois de ce métal. C'est un souvenir. En 1576, une députation zurichoise arriva à Strasbourg pour prencire part à un grand tir à l'arbalète ; le voyage se fit par eau et en peu d^eures ; une bouillie de millet, préparée à Zurich, était encore chaude au moment de l'arrivée ; c'est la marmite dans laquelle était ce potage qu'on a conservée.
Dans l'arsenal de Genève, on voyait une marmite en fer. C'était aussi un souvenir. Lors de l'escalade, tentée par les Savoyards, le 12 décembre 1602, un des leurs, un chevalier bardé de fer, tenait ferme vers la porte de la Monnaie, tuant impunément les bourgeois à demi-vêtus qui accouraient au lieu du danger. De sa fenêtre, une femme aperçut le guerrier en embuscade et lui lançant à propos son pot de fer, lui brisa la tête. Toutes les chansons composées à l'occasion de l'Escalade de Genève rappellent ce fait. Voici un couplet contemporain :
On savoyard npré de la Monnia
Y £a tua d'on ffrand cou de mannita, Qn'onna fena li arrosa dessn,
Y tomba moor, frai et rai étendu.
Ne confondez pas arrosser avec d'autres mots qui pourraient lui ressembler :
D'HOTELLERIES, D'aUBKRGES ET DE CABARETS
c^est un yienx terme patois qu'en français on écrivait arracher et qui signifie ; assaillir de haut en bas avec des pierres, avec des rocs.
L'Académie dit qu'il y a des marmites d'argent, il faut le croire, certain parvenu disait bien : c toute ma vaisselle est en argent, tout, jusqu'à mes marmites de
fer. »
OÎL avons nous vu l'enseigne de la
Mabmitb aux Saucisses (WurstkesseT) ^ le souvenir nous fait défaut, mais elle existait, elle existe peut-être encore.
C'était celle d'un joyeux cabaret tenu par un enfant d'Israël.
 notre époque, beaucoup de chrétiens font fi de l'enseigne , les successeurs des trafiquants de l'ancien monde ne sont pas si sots. Sachant tout le parti qu'on en peut tirer dans les rues populeuses > au milieu de ces ballots numérotés que nous appellerons des maisons, ils l'exploitent sous toutes ses faces : les actualités, l'a propos, la flatterie, l'ironie, la religion même, sont employés pour leurrer les chalands. Citons, à l'appui de notre dire, la Magicienne, le Pauybe Jacques, le Coin de Rue, I'Eneant Pbodigue, le Pauvbe Diable , la Belle Jabbinièbe, la Gbanbe Teagêbienne, le Pbophète9 etc. Puis le nom d'une célébrité individuelle locale, ici J.-J. Rousseau, là Jeanne d'Abc ou Montesquieu ; le nom de la localité n'est pas oublié à Genève, la Ville de Genève , à Lyon , la Ville
de Lyon ; la Ville de Pabis partout Nous avons cité la Marmite aux sau' cisseSf c'est une enseigne qui se rapporte à des tendances qui ne sont pas d'aujourd'hui car, en 1394, Où s'abritaient, à Paris , les cahiers de la Bible et du Tal« mud. C'était, Piganiol de la Force nous l'apprend, c'était dans une maison du faubourg Saint-Denis portant l'raseignè du PoBCBLBT ou dU peiit pore.
Plusieurs aventures sinistres pôHr-^ raient être racontées au sujet des hôtelleries qui portaient le Poboblet pour enseigne, nous n'en citerons qu'une : en 1540, les barons de Seneçay, de Corberon et de Sarcy, venus à Lyon pour faire deer emplettes de noces logèrent au Foreeleé; couchés dans la même salle, tous les trois furent écrasés par la chute du plafond qui s'écroula pendant la nuit
Nous venons d'aborder des enseignes qui sortent de la spécialité auberges et caba/rets^ qu'on nous permette de citer, comme exemples modernes remarquablement appropriés à leur sujet, les Abghitectes Canadiens, enseigne d'un chapelier; les Deux Mandabins, enseigne d'un marchand de thés ; le Gband Jaoquabd, enseigne d'un magasin de produits des métiers si célèbres de la seconde ville de France ; le Débabque-
MENT DES ChÈYBES DU ThIBET, la Toi-
SON DE Cachemibe et les Tbois Sultanes^ enseignes parisiennes de magasins de châles et de nouveautés.
Un fait digne de remarque c'est que, &i dans certaines spécialités commerciales, l'enseigne fut, il y a une trentaine d'annéesy détrônée par l'étalage, par les jets de gaz y les fleurs, les étoffes disposées de la manière la plus habile; c'est dans ce même milieu que l'enseigne a fait la réapparition dont nous venons de citer quelques exemples.
Au moment oh les perruques commencèrent à passer de mode, deux coiffeurs voulurent exploiter la situation. C'était à Troyes en Champagne. Le partisan de rAncicn Régime fit peindre Absolon suspendu par les cheveux au milieu d'une forêt, et transpercé par la lance de Joad. Au bas de l'enseigne on lisait :