‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 57 sur 112 · LE LION D'OR · texte numérisé non relu

LE LION D'OR

Répêteb tout ce que disent du Lion les auteurs de Bestiaires, les théologiens et les héraldistes, nous paraît inutile ; tout le monde admet que le titre de Roi des animaux lui appartient de plein droit.

On comprendra facilement que pour écrire les articles offerts à nos lecteurs, nous avons dû commencer par dresser un répertoire comprenant les enseignes vieilles et nouvelles dont la connaissance nous est parvenue. De ce répertoire, travail fastidieux comprenant plus de trente mille articles, résultent quelques données statistiques. De toutes les enseignes, celle qui représente le Lion d'Ob est la plus répandue en Europe ; le Lion d'AbaENT, le Lion Blano, le Lion Nom, le Lion bouge et le Lion Vebt sont au con-

traire fort rares. Une seule fois, nous avons rencontré le Lton Puonatb ou combattant (pugnans); cette enseigne se voyait i Paris, i la fin du quinzième siècle.

Nous avons déjà parlé de la fréquente présence du Lion d'Ob en Suisse; ce n'est pourtant pas l'enseigne la plus répandue dans cette contrée, cet honneur appartient à la CSoubonne. L'Oubs, l'Ai- GLE et la Gboix Blanche y passent même avant le Lion d'Ob qui partage le cinquième rang avec le Soleil, le Cheval Blanc et le Cebf.

Sur cent enseignes européennes, sept figurent le Lion d'Ob et quatre la Coubonne, les autres enseignes fréquentes sont, dans l'ordre décroissant : le Cebf, le CoMHEBCE, le Soleil, 1' Aigle, la Cboix Blanche, le Cheval Blanc, l'Otras, le NoBD, le Bœu7, I'Ange, le Cygne, I'Egu DE Fbance, l'EuBOFE, I'Etoile, I'Union, la Cboix d'Ob, le Sauvage, les Vota- GBUBS, TEpêe, les Tbois Rois, la Boule d'Ob, le Faucon et la Balance qui se rencontre à peine une fois sar cent enseignes.

Si on prenait la Poste pour une véritable enseigne, il est évident qu'en en plaçant à tous les relais, c'est-à-dire à toutes les deux lieues, et qu'en ajoutant tous les cafés et restaurants de la Poste on arriverait à un chiffre considérablement supérieur à celui de toute autre enseigne, mais ce mot étant une espèce de

générique, ne sauraiC;^'par cette raison, entrer dans une table statistique.

Relativement à leur ancienneté, les enseignes peuvent se diviser en quatre groupes. Les enseignes antiques comme

TÂNCBE, le DaMIBB, rÂMPHOEB AUX ES- CLAVES ; celles qui paraissent remonter i l'origine du christianisme comme la Cboix BiiAKCHB, I'Ange, les Tbois Bois; les innombrables enseignes du moyen-âge parmi lesquelles dominent les couronnes et les objets couronnés ; enfin les ensei* gnes modernes dont les plus répandues sont le CoMMEBGE, le Nobd, VEubope, IUnion, les VoTAGBUBs, etc.

Quoique le plus souvent les dates ne disent rien pour l'origine absolue d'une enseigne, nous en citerons quelques-unes :

le Lapin Blanc, 752 ; le Cobbeau, 83 1 .

les Tbois Rois, 1027 ; les Salles; 1192 ; la Mouche, 1247; le Soupib, 1247; le Pot de CxnvBB, 1250; les Tbois Piliebs, 1256; la Licobne, 1272; TObme Saint- Gebyais, 1272 ; le Puits d'Amoub, 1272 ; (si la rédaction du Mariage des quatre fia Aymon remonte, comme le pensent quelques savants, aux dernières années de Philippe-le-Bel, nous aurions près de 150 enseignes à placer vers Tan 1300); le Puits qui pable, 1308; le Lion, 1309; le Lion d'Ob, 1339 ; le Pbêcheub, 1351 ; les Tbois Chandeliebs, 1366; TOubs, 1377; le Cboissant, 1380; TYmaoe Saint -Màbtin, 1391 ; les Mebceebs,

J392 ; le Pobcelet, 1394 ; les Tbois Db- GBÊs, 1399; rAiGhLE, 1400.

A partir du quinzième siècle, les dates deviennent aussi nombreuses qu'elles sont rares aux époques précédentes.

Les enseignes du Lapin Blanc, à Paris ; du Cobbeau, à Zurich, offrant plus de mille ans d'antiquité, et celle des Tbois Bois à Bâle plus de huit cents ans, sont de beaux exemples de transmission , on peut constater un fait analogue à une époque plus moderne ; ainsi la plupart des enseignes mentionnées par Montaigne dans les voyages qu'il fit en 1580 et 1581, se retrouvent encore dans les mêmes villes oii il les vit : il en est ainsi pour le Bbochet, à Constance, la Coubonne, à SchaShouse et à Lindau, la Rose à Trente et rOuBs à Rome.

Notre époque ne donnera pas lieu à des observations^ de ce genre. La première chose que fait le plus souvent un hôtelier, c'est d'enlever l'enseigne de son prédécesseur et de la remplacer par une autre, s'il ne la supprime tout-à-fait.

Nous citerons plus loin quelques-uns de ces changements qui ne contribuent pas peu au discrédit de l'enseigne, en lui enlevant la plus grande partie de sa valeur indicative.

Dans la seule ville de Carouge, on a vu, et cela en bien peu de temps, les Tbois Pigeons se transformer en Tbois Pots Fédêbâl {sic) et ceux-ci en Canton de Genève. A l'autre extrémité de la même

ville, renseigne de la Cloche a été remplacée par le FaisaK; puis par TEspé- BA27CE qui vient de faire place au Cebf.

Teminons cet article par un mot sur te LioK b'Ob de Lausanne. Il n'y à pas vingt ans que cette batellerie existait encore, un titre de 1526 la mentionne déjà aous Ja désignation : « Hospitio Lbonib in Bnrgo. »

Dans sea Souvenirs â^ émigration j BriBat-Savarin a célébré le Lion d'or^ qn-il appelle, par erreur de mémoire, le lÀon d^oârgent. C'était en 1791 ou 92.

f. Quels bons dîners nous faisions en ce temps à Lausanne, au Lion d'argent.

Moyennant quinze batz, nous passions en revue trois services complets, oïl Ton voyait, entre autres, le bon gibier des montagnes voisines, l'excellent poisson du lac de Genève, et nous humections tout cela, à volonté et à discrétion avec un petit vin blanc limpide comme eau de roche, qui aurait fait boire un enragé. >

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