‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 7 sur 112 · LE PREMIER QUI FUT ROI FUT UN SOLDAT Z'HEUBEUX · texte numérisé non relu

LE PREMIER QUI FUT ROI FUT UN SOLDAT Z'HEUBEUX

Un élément nouveau est venu prendre place sur l'enseigne depuis l'Exposition de Paris, en 185 L C'est la médaille. Peu d'enseignes d'industriels en sont privées aujourd'hui. Ni hôtels ni cabarets n'en possèdent, mais il y a telles maisons de comn^erce qui étalent une vingtaine de

ces ronds dorés , dont quelques-uns sont plus grands que les plus gros fromages de Gruyères ou de r£mmenthal.

«BESQUE partout, le riche élément que la décoration des villes empruntait aux enseignes a disparu sous les coups des édiles, amateurs du niveau et de l'alignement. Puisque nous arrivons sur ce terrain, disons un mot de la police des enseignes.

Les plus anciens Arrêts connus imposent aux hôteliers et tavemiers la nécessité d'en avoir une. A Genève, en 1522, nous voyons le Conseil interdire la vente du vin en détail sans enseigne ; pareille défense fut renouvelée, en 1536, par le Deux-Cents : « Que nul ne tienne taverne que premièrement ne soit receu par Messeigneurs les Syndicques; prenant enseigne. > L'article XL des Cries et ^its de la Cité de Genève, publiés c à Yoix de trompette > en 1560, porte:

• Que nul ne doive tenir hostellerie, taverne ne cabaret, ni cuire pain pour vendre, que premièrement n'aye été admis par nos Seigneurs avec droit d'enseigne ou autre licence, à peine d'être repris selon l'exigence du cas. • Le texte des Ordonnances promulguées le l*' janvier 1589 ne parle plus des boulangers :

c Que nul n'ait à tenir hostelerie, taverne, ni cabaret, qu'il n'ait esté premièrement à ce receu par nos Seigneurs, et que l'enseigne ou autre permission luy ait esté ottroyée, à peine de vingt cinq florins. >

L'esprit de cette disposition se retrouve dans toutes les lois genevoises, jusqu'à l'époque de la Révolution.

Une ordonnance française de 1567, prescrit à ceux qui veulent placer des enseignes, le dépôt au greffe de la justice de leurs noms, prénoms, demeurances, affectes et enseignes. Henri III, par un Édit rendu en mars 1577, ordonne aux aubergistes de placer une enseigne au lieu le plus apparent de leurs maisons.

La concession de l'enseigne, le droit de la lever, comme l'on disait autrefois, emportait avec lui une redevance fiscale qui, à Genève, sous l'ancien régime, était généralement fixée à 50 florins. U y avait souvent des aggravations à ce chiffre, ainsi l'hôte des Tbois Pebdbix payait 75 florins en 1724, et, dix ans après, on voit celui de I'Obakoe Couboknée taxé à 100 florins par an.

Dans l'absence de pièces écrites prouvant le contraire, la présence de l'enseigne emportait avec elle le droit de s'en servir gratuitement comme étant chose établie de temps immémorial. Une décision de ce genre fut prise en faveur de la TÊTE d'Ob le 17 juiUet 1752. L'hôte

de l'Écu DE Genèye prétendait à ce droit

immémorial; c'était en 1729, le fait resta longtemps doateux, mais, à force de recherches, les agents du fisc démontrèrent qu'il était faux, et, à partir du 27 septembre 1735, cette enseigne dut payer la cote annuelle de 50 florins.

En 1668, le tenancier du Bon RekooKTBE vendit son enseigne 400 florins; il est probable qu'il s'esquiva avec le prix de son marché, car le Conseil cassa la vente, remboursa la somme et reprit l'enseigne.

Il était de droit commun qu'une enseigne ne pouvait être reproduite ou répétée, mais il faut observer qu'à ce point de vue, on divisait Genève en trois parties : la Ville, Saint-Gervais et les faubourgs ou la banlieue, soit les Frunchises.

Aussi vit-on, au quinzième siècle, une Cboix Blanche à Longemalle, une autre à Coutance et une troisième dans le faubourg de la Corraterie. La plupart des enseignes de la ville proprement dite :

l'AiGLE d'Ob, I'Abbalète, le Cerf, le Cheval Blanc, la Cboex d'Ob, I'Oubs, le Mobe, la Pomhe d'Ob, la Sibène, le Soleil Levant, la Tête d'Ob, etc., se retrouvaient à Saint-Gervais.

En principe, il était défendu à un hôtelier de se servir de deux enseignes à la fois : en 1516, l'hôte de la Toub Pebce fut condamné par le Conseil à enlever l'enseigne de la Tête Noibe qu'il avait accolée à la sienne. Mais l'intérêt était

plus fort que les prescriptions : en achetant une enseigne, un hôtelier en acquérait

la clientèle ; aussi vit-on flotter simultanément la Rose et le Cboissant ; la Cboix Vebte et rËcn de Boubgogne, etc.

Sauf dans les moments de troubles et de révolutions politiques ou religieuses, ridée ne venait pas aux anciens hôteliers, assez différents des nôtres en cela, de quitter leur enseigne pour en prendre une autre. La vieille Genève offre cependant quelques exemples de ces mutations.

Ainsi le Lion Rouoe de Rive se changea en TÊTE NoiBE ; le Mebcieb devint le Faucon d'Ob; la Tbuib Filante se métamorphosa en Vigne, la Roche en Cheyal Blanc, etc., etc.

En France, les marchands de vin en gros et en détail formaient uiie corporation constituée par l'Edit de 1577. Ses armoiries, concédées en 1629, portaient, sur un Champ d'azury un Navire chargent à Bannière de France floUanty avec six petites Nefs autour ^ à une Orappe de Raisin en chef.

Vers le milieu du dix-septième siècle^ il fut question de créer une charge de grand inspecteur des enseignes de France, dans le but de les réformer au point de vue de leur composition littéraire qui laissait trop souvent à désirer. En 1661, Molière se moqua de cette mesure, en

d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets

plaçant dans les Fâcheux ce curieux placet :

• Sire,

• Votre très humble, très obéissant, très fidèle et très savant sujet et serviteur Garitidès^ François de nation, ayant consisidéré les grands et notables abus qui se commettent aux inscriptions des enseignes des maisons, boutiques, cabarets, jeux de boules et autres lieux de votre bonne ville de Paris, en ce que certains ignorants compositeurs des dites inscriptions, renversent, par une barbare , pernicieuse et détestable orthographe, toute sorte de sens et raison^ sans aucun égard d'étymologie, analogie, énergie, ni allégorie quelconque, au grand scandale de la république des lettres, et de la nation françoise, (}ui se décrie et déshonore par lesdits abus et fautes grossières, envers les étrangers, et notamment envers les Allemands, curieux lecteurs et inspectateurs desdites inscriptions.

Supplie humblement Votre Majesté de créer, pour le bien de son Etat et la gloire de soif empire^ une charge de contrôleur, intendant, correcteur, réviseur et restaurateur général desdites inscriptions, et d'icelle honorer le suppliant, tant en considération de son rare et éminent savoir, que des grands et signalés services qu'il a rendus à l'Etat et à Votre Majesté, en faisant l'anagramme de votre dite Majesté, en françois, latin, grec, hébreu, syriaque, chaldéen, arabe >

La critique du prince des comiques atteignit son but, on ne parla plus du grand inspecteur des enseignes. Cependant les observations recommencèrent plus tard ; Louis XIV les fit cesser par l'Ordonnance de 1693, qui laisse les hôteliers libres de placer, au devant de leurs établissements, telle enseigne que bon leur semblera.

Si, par la nature même de leur composition, les vieilles enseignes avaient, comme nous venons de le dire et comme nous aurons occasion de le répéter, donné lieu à des observations plus ou moins fondées, leur forme matérielle et leur multiplicité n'échappa pas davantage à la critique.

Dès 1612, Du Breuil, parlant de tous ces tableaux suspendus dans les rues longues et étroites de Paris, les compare, criant sur leurs gonds rouilles lorsqu'ils sont agités par le vent, à l'ouragan déchaîné à travers une forêt. D'autre part, soit par suite de vétusté, soit par mauvaise construction, la chute des enseignes, qui n'était pas chose rare, faisait naître des plaintes nombreuses.

Diverses propositions furent faites à M. de la Reynie alors à la tête de la police parisienne; la majorité voulait la suppression de toutes les enseignes pendantes, mais les six Corps des marchands s'opposèrent avec la plus grande vigueur à cette mesure qu'ils considéraient, avec assez de raison, comme évidemment contraire aux intérêts du négoce.

On s'arrêta à la proposition de réduction de grandeur et une Ordonnance, du mois de novembre 1669, obligea tous les industriels à avoir des enseignes de même dimension : « à treize pieds et demi, depuis le pavé de la rue jusqu'à la partie inférieure du tableau qui n'aurait que dix-huit pouces de largeur sur deux pieds

HISTOIRE DBS ENSEIGNES

de haut. > Les potences devaient être uniformes; une pièce du temps nous apprend qu'elles coûtaient 17 livres et qu'elles étaient fournies par Nicolas de Lobel, serrurier du roi. Leur dessin est conservé dans le Traité de la police de Delamarre. Cetter éduction des enseignés, universellement approuvée, fut imitée dans plusieurs villes importantes. Néanmoins, l'abus ne tarda pas à renaître :

l'enseigne reprit des proportions étranges, Mercier nous apprend qu'on voyait t des gardes d'épée de six pieds de haut, des bottes grosses comme des muids, des éperons larges comme des roues de ca-* rosse et des gants qui auraient logé un enfant de trois ans dans chaque doigt >

Les mêmes faits se reproduisaient dans toutes les grandes villes ; à Londres, ils attirèrent l'attention du Parlement qui, par un acte de 1760, supprima d'un coup toutes les enseignes saillantes. Cette mesure eut de l'écho en France. Le 17 septembre 1761, le lieutenant de police du royaume, M. de Sartines, ordonna à toutes personnes se servant d'enseignes, de les faire appliquer en forme de tableaux contre les murs, sans que la saillie des dits tableaux puisse excéder quatre pouces. Cette ordonnance rayonna successivement dans les principales localités du royaume.

Dans son Journal , l'avocat Barbier résume fort bien l'effet de la mesure im-

posée par M. de Sartines ; laissons-lui la parole : t Depuis un mois, dit-il, on ne voit que des échelles dans les rues à boutiques pour ôter les enseignes et les mettre en placard; et pour éviter les confusions, chaque corps et communauté fait faire à son tour cette opération ; cela ne sera plus si commode pour découvrir l'enseigne de la boutique que l'on cherchera, mais cela aura un coup d'œil plus uniforme dans toutes les rues. »

L'opération terminée, chaque tableau d'enseigne fut imposé à raison de quatre livres ; il est assez curieux de voir qu'aujourd'hui, i Paris, cet impôt est toujours fixé à quatre francs, somme qui paraît être la même, mais qui, en réalité, lui est considérablement inférieure; cet impôt se perçoit sur plus de dix mille enseignes, cadres, écussons, tableaux, etc.

La Révolution se traduisit par une foule d'Arrêtés dans le genre de celui que Fouché donna à Moulins, le 26 septembre 1793 : • Toutes les enseignes qui portent des signes de royalisme, féodalité et de superstition, seront renouvelées et remplacées par des signes républicains ; les enseignes ne seront plus saillantes, mais simplement peintes sur les mun des maisons. >

Les enseignes les plus excentriques, les inscriptions les plus singulières, avaient

d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets

couvert les mars duraDt Forage révolutionnaire. Il s'agissait de remédier à cet état de choses. Une Ordonnance du premier frimaire, an VIII (22 novembre 1799) obligea tous les boutiquiers à supprimer les enseignes pendantes qui avaient reparu un peu partout, à les remplacer par des tableaux incrustés dans les murs , et enfin : « à corriger dans les enseignes tout ce qui pouvait s'y rencontrer de contraire aux lois, aux mœurs et à la langue françoise. >

Durant l'administration française, la question des enseignes fut résolue, à Genève, suivant les principes de M. de Sartines, par l'article LXni du Règlement de Police, publié en 1809, et dont voici la teneur : • Toutes les enseignes faisant saillie sur la rue et dont la chute peut exposer les passans, seront supprimées après la publication du présent Règlement ; il en sera fait une revue générale pour l'exécution de cette mesure. >

Toutes les ordonnances postérieures sont unanimes pour la proscription des enseignes suspendues, dont on vit cependant quelques exemplaires se balancer librement jusqu'en 1850.

FoTJB enseigne spéciale, les cabaretiers ou tavemiers proprement dits, plaçaient,

au devant de leurs établissements, une touffe ou bouquet de rameaux pouvant conserver pendant un certain temps leur feuillage : lierre, houx, buis, sapin ou gui; \sl paille même fut employée à cet usage.

Ce Bouchon, dernier souvenir du lierre et des pampres consacrés à Bacchus, n'empêchait point d'ailleurs qu'une enseigne plus particulière ne fftt appendue devant chaque taverne.

L'Académie confond, sous le mot bou^ chon,* le Bouquet et la Couronne; mais, dans rhistoire des enseignes, ces deux mots ont un sens différent, car, ensuite d'une Ordonnance du roi de France , du mois de février 1415, la Couronr^ ou Cerceau ne devait être employée que par les cabaretiers qui vendaient du vin parfumé de sauge ou de romarin. Ces bois»

sons qui nous paraissent un peu étranges aujourd'hui, bien que chacun boive du mn de Vermouth, remontent à une haute antiquité : les Anciens en faisaient une grande consommation. On pourrait suivre la trace de leur emploi i travers tous les siècles du moyen- âge; elles étaient encore en usage dans nos contrées à une époque peu ancienne. Montaigne fait observer, en passant en Italie, que : < les vins d'Allemaigne se faisoient regretter, quoiqu'ils soient pour la plupart aromatisés, et ayant diverses sauteurs que les Allemands prennent à friandise, mesmes de la sauge, et l'apelent vin de sauge, qui

mSTOIRR DES KNSEIGNER

n'est pas mauvais, quand on y est accoutume ; car il est au demùrant bon et généreus. > En 1724, on vendait toujours à Yverdon du vin aromatisé d'absinthe; ce vin coûtait deux batz le pot, c'est-àdire, deux sous de plus que le vin ordinaire.

Le vieux proverbe romain : Vino vendibili suspensa hedera non opus est, « A vin vendable il n'est pas besoin de guirlande de lierre, » proverbe que le Moyenâge traduisit par le calembour : • A bon vin il ne faut point de bouchon, > prouve l'antiquité de la couronne de verdure comme enseigne de taverne. Ce Cerceau est encore en usage dans beaucoup de lieux de la France ; chez nous, on ne voit que le Bouchon ou Feuiliardy insigne qui, d'ailleurs, devient de jour en jour moins commun.

Le mot bouchon se dit, par extension, d'une enseigne quelconque indiquant un débit de vin et du cabaret lui-même; dans le Pays de Vaud, on le donnait aussi aux chambres oti les bourgeois de certains lieux avaient le droit de servir à boire et i manger aux étrangers ; enfin : servir de Bouchon à la Justice, était une expression figurée, équivalant autrefois à être pendu par la main du bourreau.

Le souvenir mythologique des couronnes, des thyrses et des rameaux bachiques s'est conservé, non-seulement dans le genre d'enseignes dont nous par-

lons, mais dans cette foule de tableaux, empruntant leurs sujets à la végétation,

comme rAcACiA, I'Abbbs Vebt, I'Ab- BBissEL (arbrisseau), le Chènis, le Cob- MiEB, le Fbêne, le Genétbieb, le Lau- BiEB, le Mabbonnieb , le Mubieb, le NoYEB, I'Olivieb, I'Obmeait, la Palme, le PmxL (pin), le Platane, le Tilleul, le Sapin, etc.; il va sans dire que la VioNE, la Vignette, le Cep, la Souche, la Tbeille, la Gbappe et le Raisin, n'ont pas été oubliés.

Le Cerceau fut quelquefois pris pour enseigne de maison particulière; c'est ensuite de cette circonstance que le célèbre architecte Jacques Androuet est plus connu sous le nom de Du Cerceau que sous son propre nom de famille. Figuré d'une manière ou d'une autre, le cerceau devint encore une enseigne assez répandue sous les noms de Cbbceau Rouge, Cebceau d'Ob, etc.

Il existe, dans la rêveuse Germanie, une modification assez étrange du Cer* ceau verdoyant, delà Couronne bachique.

Une Etoile a six pointes, composée de deux triangles enchâssés, en tient lieu, indiquant la brasserie ou le cabaret privé d'autre enseigne. Cette mystérieuse figure peut dire beaucoup. Pantacle universel formé de la réunion du triangle lumineux et du triangle obscur, cette étoile, le sceau salomonique de la kabbale, est une image

d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets

de la vie si mélangée ; image aussi vraie de l'ivresse, exaltant les facultés lumineuses de rame en même temps qu'elle augmente les faiblesses et les misères du corps, elle est employée très à propos comme indicateur des lieux spécialement destinés au culte moderne de Bacchus.

Ayant que l'usage fut venu de les numéroter comme des ballots de marchandises, les* maisons étaient différenciées entre elles par les désignations les plus variées et les plus pittoresques.

Les dimensions, la forme et la couleur donnèrent les Maison LoNauE, Maison Haute, Gbande Maison, Maison de LA TouB, Palais des Toubnelles; Genève avait une Maison Noiee en 1477, et, bien antérieurement à notre époque, la dénomination de Maison d'Ob ou Dosée fut en honneur. L'usage 'les fresques extérieures donna les Maison Peinte, celui de la brique apparente les Maison Bouge ; les Maison Blanche et les Maison Jaune, désignations encore si employées, n'avaient le plus souvent d'autre cause qu'une uniforme et vigoureuse détrempe. La présence d'inscriptions commémoratives ou pieuses, quelquefois d'une interminable longueur, donna lieu à la désignation de Maison

Ecsitb; celle de Maison a Quatbe pages est aussi vieille que l'usage de construire des habitations isolées de leurs voisines.

L'enseigne, soit de l'hôtellerie, soit d'un autre négoce, caractérisait une foule d'immeubles. Très-souvent la maison étrangère à un commerce extérieur à une . industrie réclamant l'exhibition d'un signe visible, avait une enseigne propre. En 1712, huit maisons, bâties à Valenciennes, reçurent les enseignes du Castob, du Chameau, du Cheval Mabin, du Dbomadaibe, de I'Elêphant, de la SiBÈNE, du Taubeau Mabin et du Tbiton.

t La ville de Bailleul, dit un voyageur de notre siècle, est la première du département du Nord où le flamand soit l'idiome habituel; le dessus des portes des maisons y est décoré de sculptures à jour qui servent d'enseignes aux maisons et qui sont généralement empruntées à l'histoire sainte : Adam et Èye YEBS l'Abbbe de yie, Elie bayi aux CiEux, Nembod le Chasseub, la Nativité, les Bois Mages, etc. >

On retrouve encore, dans différentes villes, quelques exemples de ces enseignes spéciales de maisons ; citons la Botte d'Ails à Strasbourg, allusion au nom du propriétaire Knobloch; le Cebceau, dont nous parlions tout à l'heure ; la Cité de Jébusalem et la Fobtune, à Bouen; les

Trois Cloches, sur la porte de Tancien palais épiscopal de Pragae, etc.

Genève ne possède pas d'exemples anciens du genre d'enseignes qui nous occupe, la Gebbe, de la rue Verdaine, n'a guère plus d'un siècle de date. Le bas-relief des Teois-Eois, à Bel-Air, fut, si nous ne nous trompons, placé vers 1825, c'est un souvenir de l'antique hôtellerie de ce nom. Aujourd'hui , le vent semble être pour la transformation des vieilles enseignes en véritables Hausmarken, témoin la Rose b'Ob, sculpture dorée sur la clef de porte de la maison qui a remplacé la vieille auberge. Les Tbois Cou- BONKES ont été gravées et dorées de la même manière, Tannée suivante, c'est-àdire en 1873, sur la maison de la rue Rousseau où il n'y a plus d'hôtel. Nous espérons bien que la belle maison qui s'est élevée sur les ruines de l'hôtellerie de la Coupe, cette auberge si fréquentée par nos excellents combourgeois de Fribourg, et dont la démolition a enrichi notre musée de la plus ancienne Oef et V Aigle sculptée sur la pierre, ne tardera pas à recevoir la marque de la Coupe d'Ob.

Plusieurs de nos vieilles maisons portent, comme marque y l'écusson de leur premier propriétaire. Un des plus curieux exemples se voit sur la place Saint- Gervais, N*» 17. C'est un immeuble qui, en 1477, appartenait à Pierre, fils de

Mérod Saultier; ils y firent sculpter des armes parlantes dont la principale pièce, répétée en chef et en cimier, est un bouc issant, c'est k dire qui s'élance et sauUe. Cet écusson remarquable ne figure pas dans V Armoriai Genevois de M. Galiffe.

Les marques de commerce devaient abonder sur les maisons de la vieille Genève. On n'en trouve plus guère. L'un des plus beaux exemples se voit sur une maison de la rue du Rhône, qui se trouvait autrefois sur la grève, mais que les empiétements faits sur le fleuve depuis trois siècles ont, pour ainsi dire, reculée dans la cour du N^ 52. La pièce principale est une sorte de fer de cheval accompagné du millésime 1551 et des bustes probables du propriétaire et de sa femme assez joliment taillés. Ce signet est celui de la famille Favre ; il est connu par plusieurs actes du seizième siècle présentant toujours le fer de cheval, sommé de la croix, et flanqué des six ou huit clous que le maréchal-ferrant emploie pour sa pose; mais l'exemplaire sculpté olfre un parfum d'épithalame tout particulier : la croix,, ornée de gracieuses banderoUes flottant dans les airs, a les proportions d'un mai de réjouissance; elle sort d'un cœur placé au centre du fer dont les bases pétillent des flammes de l'amour. Tout cela, comme les portraits, pourrait bien se rapporter au noble conseiller Guillaume Favre, le

d'hoteixkrie«, d'aubkrgks kt dk cabarets

méprïsaat et implacable ennemi de la ' faction calviniste qui parvint à s'emparer da gouvernement de Genève ensuite de la révolution de 1555. Favre se maria, le 19 juillet 1552, avec Louise Mestrezat; il mourut en 1556.

Nous avons rencontré plusieurs fois, ilans les villages de l'ancien évéché de Genève, des portes de maisons rurales, datant, un peu plus ou un peu moins, du quinzième siècle et qui portaient, sous l'accolade, I'Etoile a six poibtes, produit de triangles enlacée. 11 nous serait bien difficile d'indiquer le sens ou la valeur de cette marque que l'on trouve, avec quelques adjonctions, parmi celles des négociants. Faudrait-il y voir quelque chose de mystérieux ? Nous ne savons que répondre.Ily a une quinzaine d'années que, nous trouvant dans un hameau du Genevois dont il serait superflu de dire le nom, nous j remarqu&mes un ptmtaele sculpté avec recherche ; pendant que nous en faisions la copie, un notable, homme sensé, père de famille, et dont les cheveux grisonnants annonçaient le calme et la maturité, nous aborda pour dire un mot.

Un peu éloignés de la chaumière, qui avait été une assez belle maison, avec une tour et viret dont on ne voyait plus que les ruines, il nous apprit que cette demeure était maudite : que, de père en fils, aussi loin que le souvenir traditionnel pouvait remonter, la famille qui la possédait avait été constamment dé- 1

cimée par le suicide; que son dernier représentant, un jeune homme de vingtcinq ans, y vivait encore dans la plus absolue solitude et que sa mort tragique était attendue pour tout le monde. Il conclut en nous affirmant que ces sombres et fatidiques destinées ne paraissaient avoir d'autre cause que l'infernal signet marqué snr la porte. D'ailleurs, on trouve, rarement à la vérité, de véritables formulés magiques écrites sur le linteau de l'entrée de certaines vieilles demeures.

Il en existe un curieux spécimen à Chesne, nous l'avons publié, avec la plus rigoureuse exactitude, dans notre Histoire de V Architecture sacrée ; on j voit un millésime dont quelques chiffres sont étranges, mais que nous croyons pouvoir lire 1557.

^en de plus fréquent autrefois que de voir, sculptées sur les maisons, les trois lettres IHS, contraction du nom sacré IHESU8. Il en existe encore plusieurs exemples, tant dans la ville que dans la campagne. Les plus anciens de ces trigrammes offrent des lettres tellement enchevêtrées qu'il faut quelque habitude pour les déchiffrer. Plus tard, ce sont des lettres romaines, plus rarement des lettres grecques, nettement séparées, et qu'entoure un rayonnement lumineux, suivant ce type, diversifié de mille manières.

Dans notre jeunesse, on disait que toutes les maisons ainsi marquées avaient été des couvents, ou avaient appartenu à des maisons religieuses, c'était encore l'opinion du savant Chaponnière en 1851 ; aucun document historique n'est venu appuyer cette présomption. Sur la maison qui fait l'angle nord-est de la FusteriOi existe un de ces signets remarquable par sa grandeur et par les vingt -quatre flammes qui l'entourent; aiijourd'hui il est masqué par une boiserie, mais on voit le pareil i l'entrée de l'allée du Four, au-dessous de l'enseigne moderne : A la ViOLBTTB PB Pabhb. Or, Ic cadastre de 1477 fait voir que la maison dont nous parlons appartenait à AngeUn de Vellis, personnage qui n'avait rien de commun avec les établissements conventuels de l'époque.

On peut affirmer que les plus anciens des chiffres qui nous occupent, ceux qui offirent des formes gothiques, ne sont autre chose que des amulettes destinées à préserver de tout malheur les habitants des demeures où elles se trouvent. C'est probablement à ce titre que, par un Mandement du 27 avril 147 1^ le Prince-Evêque Jean-Louis de Savoie ordonna d'en placer sur toutes les portes de la ville. En 1542, le gouvernement calviniste rénova cette ordonnance sur le considérant « qu'il en avait été ainsi de toute ancienneté sur les vieilles portes. >

A partir de la Réforme, les trois lettres

qui formèrent le cimier des armoiries de la République, devinrent l'indice de la propriété publique, la marqtêe de la Seigneurie ; c'est i ce titre qu'on les sculpta tant sur les Halles du Molard que sur les voûtes de l'Hôtel de Ville qui en conservent de beaux exemples; on les imprima également sur les monnaies depuis le seizième siècle jusqu'à la fin du dix* huitième.

L'enseigne du Nom db Jisirs, auberge existant i Saint-Gervais, en 1534, représentait probablement les trois lettres lumineuses comme on les voit sur les enseignes analogues des libraires de différentes époques. Il est assez piquant de voir la figure qui nous occupe adoptée comme sceau, tant par la Soeiété de Jéeos que par la Compagnie des Paiteuis de Oenève. Les Jésuites traduisent le trigramme par : Jssxts Hoionum Salvatob, et les Ministres l'entourent de la légende :

BOL ET SCVTVM BCCLE8IX OENEVBN8I8.

Un mot pour en finir avec les marques empreintes sur les portes. Elles sont toujours en usage dans les pays catholiques ; leur plus simple expression est une petite image pieuse collée sur l'entrée et considérée comme un préservatif contre les voleurs et les incendies. L'origine de ces marques remonte à plus de trentetrois siècles, car on voit dans V Exode {Ch. XI, xn) les enfants d'Israël imprimer le signum tau sanglant sur leurs portes,

pour empdcher Tange de la mort de frapper sur leurs familles dans la nuit terrible qui vit Textermination de tous les premiers nés de l'Egypte, depuis le fils du pharaon Mérenphtah jusqu'à celui du dernier des esclaves.

Le premier essai de numérotation des immeubles eut lieu à Paris en 1512, pour les maisons bâties sur le Petit-Pont ou Pont Notre-Dame. En parlant de ces constructions dans ses Mémoires, Philippe de VigneuUes dit que « chaque maison a une escripture sur son huis, faite en or et en azur, 1& où est escript le nombre de ycelle maison, c'est à savoir en comptant une, ij, i^ jusqu'à Ixvig. >

La mesure dont nous venons de parler resta sans écho pendant des années, même pendant des siècles.

Genève fut peut-être la première ville qui l'adopta sérieusement; les Registres du Sénat portent, sous la date du 17 septembre 1782 : « Le Magnifique Conseil, vu le désir de M. de Jaucourt, arrête de faire numéroter les maisons de la ville. > Le Marquis de Jaucourt était un plénipotentiaire que la France venait d'envoyer, à la tête de six mille honunes, pour calmer les troubles de la République.

Cet arrêté fut immédiatement mis à exécution ; la ville fut divisée en quatre quartiers qui eurent chacun une numéro-

tation spéciale. Le résultat de l'opération mérite d'être conservé; c'est un document statistique que nul autre ne remplace. Le quartier de la Xaison-de-Tille donna 271 numéros; celui du Bouig-de- Four, 292; celui des Buet-Basaet, 187 et celui de Saint-Oervais , 252. En tout, 1002 numéros représentant autant d'immeubles distincts, car trois ou quatre maisons contiguës, appartenant au même propriétaire, reçurent chacune un chiffre spécial, ce qui fait de ce dénombrement un véritable cadastre et non un simple inventaire fiscal.

L'ordonnance pour la numérotation des maisons de Strasbourg date de 1785 et celle qui concerne Rouen est de 1788, mais ces ordonnances n'entrèrent en vigueur que beaucoup plus tard.

L'ordre de numéroter toutes les maisons de Paris remonte à 1768 ; cette mesure ne put aboutir par suite d'une opposition systématique dont Mercier, dans son Tableau de Paris^ publié en 1782, indique les causes avec sa verve accoutumée : • On avoit commencé à numéroter les maisons des rues; on a interrompu, je ne sais pourquoi, cette utile opération. Quel en serait l'inconvénient? n serait plus facile et plus commode d'aller tout de suite chercher M. un tel, N^ 87, que de trouver M. un tel au CoBDON Blbu ou à la Babbb

d'Aboent, la quinzième porte cochère à droite ou à gauche après la telle me; mais les portes cochères n'ont pas voulu, dit-on, que les inscripteurs les numérotassent. En effet comment soumettre l'hôtel de M. le Conseiller, de M. le fermier général, de M. l'évéque à un vil numéro, et i quoi servirait son marbre orgueilleux ? — Tous ressemblent i César : aucun ne veut être le second dans Rome ; puis une noble porte cochère se trouverait inscrite, après la boutique d'un roturier, cela imprimerait un air d'égalité qu^l faut bien se garder d'établir. »

Toutefois, bien des maisons avaient été numérotées, mais véritablement, le numéro n'apparatt que comme un embarras de plus dans la désignation des localités, témoin l'adresse suivante que nous copions sur les Petites Affiches de 1793:

c Le sieur Coulon, maître d'écriture, rue Saint-Honoré, près Saint-Boch, vis-àvis des anciennes Grandes-Ecuries, entre un rôtisseur et un marchand d'indiennes, i la voie de Londres, n^" 1430, à l'entresol. »

La véritable numérotation des rues de Paris ne date que du commencement de notre siècle. Elle se fit ensuite d'un Décret du 15 Pluviôse, an XUI (4 février 1805).

Ce décret^ cette fois mis à exécution, obligeait tous les propriétaires i numé-

roter leurs maisons dans un délai de trois mois; la ville paya les frais de l'opération, Pentretien resta i la charge des habitants. Les rues, divisées en longitudinales et transversales, par rapport au cours de la Seine, reçurent, les premières des numéros rouges et les secondes des numéros noirs.

Nous avons vu que les numéros de 1512 étaients peints en or et en azur. Depuis 1805, mille innovations furent tentées; quant aux modes successivement adoptés pour exécuter les numéros, ce que nous allons dire des écriteaux de rue s'applique simultanément aux deux objets.

CBBTAUis noms de voies urbaines sont fort anciens. Gband'Rub, Rue db la Cité, Rivb, sont des génériques aussi vieux que les villes où l'on en fait usage.

Tous nos anciens bourgs ont une Orand'- RuSf une Rue ou Chemin du Château^ et, s'ils sont baignés par les eaux, ils ont un Quartier^ une Rue ou un Port de Rive.

Il est rare qu'une ville d'origine antique n'ait pas conservé quelque trace des voci^bles imposés par les Romains i ses rues. Notre Rue du Pebbok est un bon exemple du fait ; c'était la Rue du Pk6toibb ou tribunalf édifice antique existant encore en 1246 ; quant i la con-

D*HOT£LLERIES, D'AUBERGES ET DE CAliARETS

traction de prœiariufn en perrofiy et à la valeur dç ce dernier mot, nous avons donné les détails nécessaires dans nos Études sur Genève (II, 25 26).

L'indication du nom des mes par des espèces d'enseignes appartient à la période moderne. Malgré son incontestable utilité, cet usage est loin d'être généralisé. Plusieurs capitales de cantons suisses paraissent encore ignorer son existence.

Dès la fin du quinzième siècle, on trouve la mention d'indicateurs placés au coin des rues de certaines villes d'Italie. En France, cette coutume n'ap* parut qu'au siècle suivant Lyon possède probablement le plus ancien monument de ce genre. Au milieu du seizième siècle' la rue Quatherets en Terraille fut presque miraculeusement préservée de la peste ; à cette occasion, on changea son nom, lui imposant celui de Rub Désibêb que l'on voit encore, gravé dans la pierre, en caractères gothiques, avec la date de

L'innovation lyonnaise passa inaperçue. En 1728 seulement, l'on commença, ensuite d'une Ordonnance de M. Hérault, lieutenant de police de la ville de Paris, i mettre dans chaque rue de la capitale deux feuilles de ferblanc avec le nom de la rue peint en noir. Ce travail, commencé le 16 janvier, fut terminé dans le mois de mars. Avant cette époque, dit Piganiol

dans sa Description de Paris, la mémoire seule était chargée de conserver les innombrables noms des mes de la capitale. Notre auteur ajoute : < ces feuilles de ferblanc étant susceptibles de la rouille, qui a effacé la plupart des noms , on les grave aujourd'hui (1765) sur la pierre, en caractères noirs. >

Il y a une cinquantaine d'années qu'à Lyon, le nom des rues longeant les rivières était peint sur une plaque de cuivre à fond jaune et de forme ovale; la forme carrée était réservée pour les rues aboutissant aux cours d'eau.

Depuis ce temps, on essaya de faire des indicateurs sur des plaques en porcelaine, qui ont fait place aux écriteaux en fer fondu, à lettres en relief. Si les plaques de fer émaillé pouvaient résister aux variations de température, le dernier mot serait peut-être dit ; mais, quand on vit reparaître sous ces écriteaux tout écaillés quelques spécimens de leurs premiers représentants, simplement peints en noir sur la pierre et toujours très-visibljs, on se demanda si le véritable progrès ne s'était pas trouvé au point de départ, et l'on a recommencé à peindre , tantôt sur une lame de fer, tantôt sur la pierre crue, les indicateurs de rues, qui, pour le moment, sont en lettres blanches se détachant sur un fond bleu. A Genève, au moment où nous traçons ces lignes (septembre 1875), on vient de peindre, comme

HISTOUtK UKS eNSËIGNliS

exemple de ce que l'on peut faire de plas élégant, l'indicatear de la Rui dbs MocuHB en lettres noires sur fond blanc.

Graver le nom dans la pierre et le relever par la petntare, serut le procédé

le pins sûr et le plus durable, mais il ne vaudrait rien & notre époque oil le nom de la rue, essentiellement éphémère, est sujet i mille mutations , la génération présente brûlant si volontiers ce qu'elle a adoré la veille.

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