LA POULE AU POT
Tout le monde connaît le vœu d'Henri IV. En 1774, la France épuisée salua avec enthousiasme l'avènement de Louis XVL Les premiers actes du nouveau monarque : Tabolition de la torture, la création du Mont-de-Piété et de la Caisse d'Escompte, le rétablissement des Parlements, etc., justifièrent les espérances qu'on avait conçues; cependant, le feu couvait sous la cendre, et au moment même oîi le roi venait d'être sacré, en 1775, apparut à Paris l'enseigne de la Poule au Pot, au-dessous de laquelle se lisaient ces vers pleins d'amertume et de sarcasme :
« Enfin la poule an pot sera donc bientôt mise, On doit au moins le présumer Car depuis deux cents ans qn*on noub l^avait promise, On n*a cessé de la plumer. >
A partir de ce moment, l'enseigne se charge de nous apprendre la plupart des
événements qui vont se succéder avec
une épouvantable rapidité.
Laissons un instant la plume à M. Amédée Berger qui, dans un article sur les enseignes de Paris, publié dans VAlma^ ncLch encyclopédique de 1859, donne d'excellents détails sur celles de l'époque ré^ volutionnaire.
« En 1789, tout est à la BastiliiB; l'image de la vieille prison est reproduite de cent façons diverses ; on la voit sur tous les murs; les hommes portent sur leurs habits des boutons représentant les divers épisodes de la journée du 14 juillet et les femmes se coiffent avec des bonnets garnis de deux rangs de créneaux en dentelle noire; pendant l'année 1790, tout devient i la FÊBÊiUTioiir, et en 1792^ c'est le tour de M. Veto. Un hôtel de la rue Richelieu prend l'enseigne des Etats G£n£bax7x, d'autres celle de I'Assemblêb Nationale et du Graio) Nbokeb ; enfin, plusieurs cabarets adoptent le Bonnet
DE LA LiBEBTÊ et lo BONNET ROUOE.
< Bientôt les images des saints disparais, sent, et elles sont remplacées par les héros de la Grèce et de Rome ; le Gbanb Monab- QUE devient le Gband Vainquettb; on supprime le mot rùyal sur tous les emblèmes, et le sieur Bernard, relieur, me Saint-Jacques, annonce dans les Petites affiches « qu'il se charge d'oter des reliures les signes féodaux. «
d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets
c Jusqu'ici cependant la Révolution n'apparaît que par des chansons, des estampes et des caricatures, en apparence comiques, mais qui cachent au fond les pensées sérieuses et les graves préoccupations du moment. A partir de 1793, tout change ; le rire a cessé et de sinistres emblèmes décorent les façades parisiennes. Un libraire prend l'enseigne de Notee-Dahe de la Guillotine, et le buste de Marat remplace la statue de la Vierge, rue aux Ours ; enfin, un restaurant s'ouvre rue Saint-Honoré, à l'enseigne du Grand Maaat avec cette double inscription, d'un côté :
IL FUT l'ami du peuple ET OBSERVATEUR PROFOND
Et de l'autre :