LA SEMAISSE A DEUX HOMMES
JuA. Semaisse a Deux Hommes est certainement une des plus curieuses enseignes. Les Registres mortuaires de Genève mentionnent, sous la date du 27 avril 1555, et comme demeurant en la rue de la Maison de ville : Janton Regout, pâtissier et hoste de la Semesse a
Deux Hommes ». Mais nous demanderat-on, que signifie le mot semaisse ? Nous répondrons avec Pierre Roger, lexicographe du quinzième siècle, s'il n'est plus ancien, qu'une semaisse est une amphore, c'est-à-dire un de ces grands vases dont les Romains se servaient pour conserver le vin ; ajoutons que ce mot ou ses congénères ne fut probablement point vu son origine grecque, ignoré des maîtres du monde, mais laissons les questions étymologiques ; le côté piquant de notre enseigne est le fait qu'elle s'est retrouvée sur un cabaret antique de Pompéï, où une peinture grossière figure deux esclaves de cabaret, vêtus d'un simple caleçon et portant une amphore suspendue à un long bâton dont chaque extrémité repose sur l'épaule de l'un d'eux, c'est bien là une représentation de la Semaisse à deux hommes. Or, comme la ville de Pompéï, enfouie dès l'an 79, ne fut rendue à la lumière qu'au milieu du dix-huitième siècle, nous sommes forcés de voir, dans la vieille enseigne genevoise, antérieure de deux cents ans à cette exhumation, une tradition non interrompue d'une enseigne d'auberge romaine ; sa position dans la partie antique de la ville appuie le fait et il n'est point impossible que César ne se soit assis à la table de cette hôtellerie comme plus d'un empereur prit place dans les popines de Rome.
Les faits que nous venons d'énoncer
mSTOIRE DES ENSEIGNES
prouvent que l'enseigne en général est «n document qui peut être important et dont la durée est parfois aussi persistante que les dénominations appliquées à nos terres et à nos courants d'eau ; dénominations qui, nous aurons l'occasion de le prouver ailleurs, franchissent souvent l'époque latine elle-même et placent leur berceau aux époques les plus ténébreuses de notre histoire.
Les cas de transmission non interrompue, depuis l'époque romaine, d'une coutume, d'un usage ou d'une idée se manifestant publiquement sont rares, car il ne faut point confondre les réintroductions d'usages amenés par la Renaissance avec la transmission continue dont nous voulons donner encore un exemple que nous emprunterons, non plas à la joyeuse taverne, mais au silencieux asile du repos éternel.
Un tombeau antique de Genève portait :