HISTOIRE DE L' ANCIENNE PRINCIPAUTÉ DE GRIMBERGHE
Prolégomènes. — Le nom seul de Grimberghe rappelle des souvenirs de gloire et de loyauté que la poésie et la peinture se sont plu à célébrer. Dans ce mélange confus de guerres féodales, d'insurrections, de traités aussitôt rompus que signés, dont le douzième siècle est rempli, l'imagination se repose avec bonheur sur cette légende qui nous montre, sommeillant dans un berceau, le jeune duc Godefroid III, entouré d'une nation armée pour sa défense. Mais cette scène poétique n'est qu'une page fabuleuse, sortie du cerveau d'un trouvère, pendant la plus bell-» époque de la chevalerie. Le poète a esquissé ce qui existait de son temps ; il a chanté les familles influentes alors à la cour de nos ducs. Séparé par plus de deux siècles des événements qu'il voulait éterniserai en a ignoré le véritable caractère.Son œuvre n'est qu'un roman, auquel on a donne, trop longtemps, une valeur qu'il ne mérite pas.
Et cependant, en ne puisant qu'aux faits certains, les querelles des Berthout et de la maison de Louvain lui auraient fourni une longue suite de tableaux à la fois animés et variés. S'il renonçait h nous montrer, à la prétendue bataille de Ransbeke, le jeune Godefroid encore enfant, il pouvait nous le dépeindre, escaladant, au milieu d'une nuit d'octobre, les remparts en ruines de la forteresse de Grimberghe, et y allumant un vaste incendie dans des salles remplies de cadavres.
T. Il M
IIISTOinF.
Que l'on ne s'y trompe pns, si la postérité a accueilli avec tant d'avidité le récit dénaturé de la guerre de Grimberghe, c'est qu'elle avait la conscience des graves intérêts que celte guerre avait rais en jeu et de l'importance de ses résultats . Ces murs abattus par les machines de guerre brabançonnes formaient les étais d'une société que leur destruction sapa dans sa base; celte lutte que les Berlhout soutinrent pendant vingt années était, en réalité, la lutte de l'autorité ducale contre les prétentions des grands seigneurs du Brabant à l'indépendance; avec Godefroid ont triomphé et l'unité, et l'ordre et la liberté.
A l'époque de ces déchirements intérieurs, le Brabant comptait plusieurs familles qui étaient devenues redoutables par l'étendue de leurs possessions, le nombre de leurs vassaux, le caractère belliqueux de leurs chefs. La plupart habitaient près des frontières du pays et avaient des possessions dans différents étals, ce qui leur assurait de puissants appuis lorsqu'elles voulaient lever l'étendard de la révolte. Ainsi les Enghien, les Trazegnics, les Hèves étaient aussi sujets des comtes de Hainaut ; les Gosselies, sujets des comtes de Namur; les Jauche, sujets des comles de Hainaut et des évéques de Liège; les Berlhout, en qualité d'avoués dç Malines, dépendaient également de ces derniers *. En Brabant, une cause loute particulière contribua encore à affaiblir les prérogatives du souverain, et s'opposa à ce que la féodalité y reçût jamais une organisation aussi forte qu'en Flandre et en Hainaut; les comtes de Louvain, en devenant ducs de Lotharingie, réunirent à leurs domaines héréditaires des cantons dans lesquels le pouvoir de l'empereur ou de son lieutenant, le duc de Lotharingie, n'avait pas aussi complètement détruit les conditions d'existence des possesseurs d'alleux, des hommes libres, dénominations qui désignent, comme je l'ai dit ailleurs, de grands propriétaires. Lorsque les ducs voulurent imposer à leurs nouveaux vassaux de nouvelles obligations, et les associer à toutes leurs querelles, il dut s'élever entre eux des dissentiments sérieux. Il est peu étonnant que la résistance soit partie des Berlhout, les plus riches des nobles Brabançons, et qui, à leur lerre de Grimberghe, près de Bruxelles, joignaient d'immenses possessions dans le marquisat d'Anvers, lequel ne passa à la maison de Louvain qu'en 1106. Leurs efforts furent-ils encouragés par les autres barons du Brabant? On le croirait volontiers, lorsqu'on voit que ceux-ci paraissent à peine dans les diplômes de la première partie du règne de Godefroid III.
M. VABDEnBiuKorn de RtEtii (dans sou mémoire intitulé : Recherches tur l origine de la famille de Berlhout, qui a été couronné par l'Académie en 18 VV) suppose, mais très-gratuitement, que les Rerttiout ne dcvimenl avout» de Malines qu .«près 1 an 12e0. Rien ne légitime cette hypothèse.
Ce duc n'y csl entouré, à peu d'exceptions près (et en ne tenant pas compte des châtelains de Bruxelles, des seigneurs d'An, des Rotsclaer, des Héverlé, qui étaient ou leurs parents ou leurs ofliciers principaux), que de chevaliers appartenant à la noblesse inférieure ou à l'aristocratie bourgeoise. Là, en effet, était la force qui lui permit de vaincre; et ce fut aussi la classe moyenne qui recueillit les avantages de la victoire Malheureusement l'histoire du Brabant présente des lacunes si considéra bles, que nos déductions ne peuvent s'élayer que de quelques documents. Ainsi, par exemple, on ne sait rien de l'origine d'une institution qui témoigne de l'habileté administrative des comtes de Louvain : je veux parler des Peetermannen ou hommes de saint- Pierre (homines sancti Pétri), nom sous lequel on comprenait une multitude de personnes de condition libre; assujetties à payer un cens à l'église de Louvain, elles avaient droit à la protection spéciale des ducs, à qui elles formaient en quelque sorte une milice dévouée.
Godefroid III protégea tes bourgeoisies, très-probablement en reconnaissance des secours d'hommes et d'argent qu'elles lui fournirent. Avant lui; elles n'interviennent officiellement dans aucune affaire importante; dans les dernières années de sa vie, leurs échevins commencent à participer aux transactions qui intéressent la dynastie ducale. Sous son règne, Louvain est entouré de murailles (en 4161), et voit fréquemment son prince siéger dans des assemblées publiques '; à Bruxelles, où se laissent entrevoir quelques traces d'agitation, de vie, les magistrats de la commune sont parfois appelés à ratifier des donations déjà solennellement confirmées par le duc '; une charte de l'année 11 08 assure aux habitants de Tirlemonl le maintien de leurs anciennes franchises *; un diplôme sans date donne de nouvelles garanties de sécurité au bourg de Mont-Saint-Wibert *; Lierre voit sanctionner les privilèges des sujets de son chapitre de Saint-Gomar s, et, dans la ville de Nivelles, livrée à des querelles interminables, les bourgeois notables appellent Godefroid comme un sauveur 6. En qualité de délégué de l'empereur, Godefroid était le protecteur obligé des monastères, des églises, de tout le
« Acium tit publica curia Lovanii, anno Dominica Incarnationit MCLVI1I {Optra dipl., t II. p. 8i8). — Acta tunt heee in publica curia Lotamae anno 1163 {Brabanttche Yeetten, t. 1", p. 610).
1 Potlea Bructelle in mta curia renient, condunata magna hominum mtorum multttudini, donationem prefatam, coram tcabinn Bructelltntibus, rtnovaci. Diplôme de l'année 1161, en faveur do l'abbaye de Forêt.
* Messager dt$ tcitncet et dtt arlt de la Belgique, t. V. p. 1i>9. « BcTttas, t. 1", p. 159.
» Charte de l'an 1171. dan» le mime. p. 126, et dans les Opéra dipt., t. 11, p. 710
• De S*iht-Ge«ois, Hittoire dtt avoueriet, p. Ï07.
clergé en un mot; il fui nécessairement soutenu par leurs vassaux, à l'exception de ceux des abbayes ayant pour avoues des seigneurs qui lui étaient hostiles, comme, entre autres, la communauté des Prémontrés de Grimberghe.
Les ressources ne manquaient donc pas aux héritiers de Lambert de Louvain. Avec autant d'ardeur que celui-ci eu mil, pendant près d'un demi-siècle (970-101 D), à s'élever sur les ruines de la puissance impériale, ils entreprirent une œuvre nouvelle, la constitution de leur pouvoir princier. Pendant la première période de la révolution communale, Godefroid l*r s'était constamment montré l'adversaire des bourgeoisies : en Flandre en 1119 et en 1128, dans le pays de Liège en 1119. Ses successeurs changèrent complètement de politique; presque toujours ils s'unirent aux grandes communes des pays limitrophes : à Liège, & Aixla-Chapelle, à Cologne. Dans leur pays, les villes prospérèrent; leurs domaines ruraux leur durent un don magniûque : l'abolition de la mortemaiu, abolition qui fut complète et qui ne se réduisit pas, comme en Flandre et en Ilainaut, à la substitution à la mortemain du droit inique de meilleur catel. Plus tard, la charte de Corlenberg, la Joyeuse entrée vinrent accroître le trésor des libertés politiques de leurs sujets. Aussi, lorsque leur race glorieuse s'éteignit (1355),elle laissa le Brabant florissant, puissant, uni. Si la maison de Bourgogne, ce don funeste que la France nous légua, avait compris ses intérêts comme l'avaient fait les Henri et les Jean de Brabant, la Belgique n'eût pas été, au quinzième siècle, le théâtre de luttes interminables; les tendances à l'unité, qui s'y manifestaient déjà à l'époque d'Artevelde, s'y seraient développées avec plus d'énergie, et des lois équitables y auraient réconcilié des prétentions rivales, que le despotisme ne sut qu'entretenir et qu'envenimer.
Les premiers Berthout, 1096-1137. — Dans la légende de sainte Berlende, Humberch, endroit que l'on croit identique à Grimberghe «, est cité comme une des deux forteresses d'Odelard, père de cette sainte ; la légende ajoute que, grâce à ses fortifications et aux marécages qui l'entouraient, Humberch se défendit avec succès contre les Huns. Un autre document, mais apocryphe, mentionne un Bertold, damoisel de Grimberghe, mari d'Ermengarde, sœur de l'archevêque de Cologne, et contemporain de Charlemngne, au nom de qui il commandait à Santen*. Le premier des Berlhout qui soit connu est Walter de Grimberghe, qui signa en 1096 un diplôme d'Ide de Boulogne, mère de Godefroid de Bouillon, et en 1107 une charte de Godefroid le Barbu, duc de Lotha-
« Ghesqciêre voit dans Humberch Oombergcn , dans le pays d'Alost ; d'autres l'ont considéré comme identique a Humbeek.
1 Barosios, in canonisatione SU Suiberti, ad ann. 80*. — Gniiure, Bruxelta, p. 3».
ringie et comte de Brabant. Il mourut en 14 20 Une communauté de chanoines réguliers de Tordre de Saint-Augustin s'étanl établie à Grimberghe, il lui donna l'église de ce village, qui était comprise dans ses possessions allodiales *, celte fondation ne réussit pas et les chanoines se dispersèrent. Une seconde communauté se forma du temps de TévéqueOdon (par conséquent antérieurement à Tannée 1113); mais, bien que ce prélat lui eût cédé le patronat de plusieurs églises, elle ne prospéra pas davantage; les attaques de quelques personnes malveillantes et le manque de ressources entraînèrent de nouveau sa ruine. Un acte de Tan 1147 donne à Walter le surnom de Grand, qu'il devait sans doute à la reconnaissance des moines, à qui il céda 15 manses ou 180 bonniers * ; on l'appelait aussi Draekenbaerl ou Barbe de dragon *. On lui connaît quatre eufants : Gérard, Arnoul, Alveric et Lutgarde, qui n'eut de Baudouin d'Alosl qu'une fille, Béatrix, à qui son oncle Iwain enleva la seigneurie d'Alost, et qui épousa Henri, châtelain de Bourbourg.
Arnoul, dit de Grimberghe {Arnulphus de Grentberghis , Gerardus frater e/'us), dans un acte du duc Godefroid 1er, de Tannée 1125, mourut en 1137, ou, selon d'autres, en 1134 5. Lui et son frère Gérard sont cités, en 1129, dans le diplôme de fondation de l'abbaye de Parcq. « Voulant honorer la mémoire de leurs parents, qui étaient enterrés, < ainsi que leurs ancêtres, dans l'église de Grimberghe, > ils donnèrent celle-ci à saint Norbert, à la condition d'y envoyer des religieux de son ordre de Prémontré. Ce fut leur frère Alveric qui fut chargé d'aller porter leur offrande au saint prélat; celui-ci la reçut avec gratitude, et, par ses soins, l'abbaye de Grimberghe fut définitivement fondée, dès l'année 1 127, bien que Tévéque Liéthard n'ait sanctionné son établissement qu'en 1132.
Arnoul doit être mort sans laisser de postérité, puisque son héritage passa aux enfants de son frère Gérard, qui était décédé en Tannée 1131 ; ils élaientdeux,Walter,lepremierqui prit lenomdeBertoldou Berthout,
« 1 1*0. Sterff Wouttr, toecht ran Grimberym. Chronycke van Nederlant van dm jaere 1017 tôt dm jaere 15-25.
* Cura mim prefalam teelesiam. Gualterut quidam nobtlis. quia in alodio tuo $ita erat, teneret. Diplôme de l'an 11W; Opéra dipl., 1. 1". p. 96.
• H alterus. qui dicebatur magnut, quindecim mantoi Grimbergmti rccletie de ht. Ibidem, p. 16.— Dans un diplôme de Tan 1155 environ, on lit : Preterea predinu* pie memorit Wallcnu dédit antmominate iccltue extra eamdem villam allodii $ui non modicam quantitatem. Ibid., t. IV, p. 380.
* Dominut autem Walterue Draekenbatrt, fundator eccluie Grimbergmtit. Ibid., I. c.
• 1137. Doen tierff Arnout die voecht van Grimbergm. Chronique citée. — Ànno 1134. Arnoldu» advocatu» ercleua Grimbergemis obiit. Vetut chronicon apud Gravats, Uittona
cl Gérard II Un premier partage démembra a cette époque la fortune territoriale des Berlhout. Gérard hérita de la seigneurie de Grimberghe, qui comprenait, à peu d'exceptions près, tout le territoire situé entre la Dendre et la Senne, au delà de Merchten, de Wemmel et de Laeken, jusqu'au Rupel; Walter régna sur la ville de Malines, qui appartenait à la cathédrale de Liège, et où ses fonctions d'avoué lui assuraient une prépondérance incontestée, et sur ce qui forma depuis le pays de Malines, la seigneurie de Duffel et la terre de Gheel *.Ces domaines constituaient en quelque sorte toute une province s'étendant des portes de Bruxelles, de Termonde et d'Anvers jusqu'au cœur de la Campine. Ils ne se composaient en grande partie, il est vrai, que de bruyères et de bois; mais leur situation près du confluent de l'Escaut cl du Rupel, et à l'endroit où ce dernier se forme des deux Nèthes, de la Dyle et de la Senne, livrait a leurs maîtres tout le commerce que les villes du Hrabant et Malines faisaient par eau. La population y était peu nombreuse, mais habituée aux combats et attachée à des chefs qui ne lui demandaient que des services, parce que les travaux des serfs attachés à leurs villas, les redevances en nature de leurs tenanciers, la chasse dans les bois de Buggenhout, de Grimberghe et de Wavre, la pèche dans les grands cours d'eau que nous venons de citer, alimentaient largement leur table hospitalière, la principale de leurs dépenses. A cette époque, on étalait de la profusion; de la recherche, point.
La guerre de Grimberghe. — En l'an 1141 environ, éclata la guerre que l'on a ornée de tant de détails poétiques, et dont un historien contemporain a donné un précis ûdèle, sauf une particularité, dans les termes suivants :
• H3I. Dotn Hirff Geeraert (Coûter ùerthoutt rader. Chronique citée. — Dans une bullo du pape Eugène III, de l'année 1 1*7, après Walter le Graud, Gérard, son Ris, et la vénérable veuve Adelola ou Adèle, qui fut sans doute la femme do ce dernier, on mentionne la donation d'une terre a Steilo (?) et d'une pêcherie, faite à l'abbaye do Grimberghe par Gualter Hertold et ses héritiers Gérard et Walter de Eme. Outre Walter et Gérard ( Walter ut BerthûU Gerardut frater eju$,adtocati ejui. scïlicet Grimbergensii eceletitr. d:|<lomc de l'année 1H9. dans les Opéra dipl., t. IV, p. 380). la tradition donne encore à Gérard un troisième (Ils, Arnou; celui-ci fut, dit-on, la tige des seigneurs de Ransl.
* Le pays de Malines, outre Keerberghen et Berlaer, qui constituèrent par la suite dos apanages particuliers, comprenait, au quatorzième siècle : R y mena m, Bonheydcn, Putte, Schrieck.Grootloo, Becrse), Itegera. Contich, Waerloos, Reeth, Niel. Schelle, Aertselaer, etc. (Juant à la terre de Gheel, elle se divisait en deux parties designées sous le nom de franchue et de payi : dans la première so trouvaient Gbcel, Zammcl et Belle; dans la seconde, Eyndthout, Veerle, Oevel, Soerle, Nechelpoel et Millingcn ; en outre, Vorsselaer, Relby et Thieleo formaient des fiefs de Gheel. Tous les villages que nous venons de citer reconnaissaient pour tribunal suprême, dans les causes féodales, la cour féodale de Malines. Lorsquo le premier Walter Berlhout fonda le monastère de Grimberghe, il lui donna dos terres a Gheel, à Schelle, à Berlaer, a Hove. a VarenJunc (Vaerendonck près de Westerloo), etc.
DES ENVIRONS DE BlU'XF.LLES.
« Une guerre sanglante avait commencé, il y a près de vingt ans, entre « le duc de Loovain, Godefroid le Jeune, et Walter dit Bertold ; l'enfant t Godefroid était encore au berceau. Une multitude de séditieux, appar- « tenant à l'un et à l'autre parti, troublaient la tranquilité publique. « De là des maux graves, et en quelque sorte une contagion qui ravagea « les domaines de tous deux. Les cultivateurs, dépouillés de leurs biens a et réduits à la misère, abandonnèrent le pays, et la terre, déserte, « demeura inculte. On ne voyait que désolation, incendies, homicides. « Ce fut un pillage général qui dura près de vingt années. Enfin, • en 11 59, pendant la quatrième guerre, Grimberghe succomba:
« Celte antique cité, si longtemps souveraine, « Tomba sous leurs efforts.
t Celte forteresse grande et fameuse, qui paraissait pouvoir résister « à toute puissance humaine, fut, par un juste jugement de Dieu, livrée « aux flammes et détruite de fond en comble. Cet événement eut lieu à « la Saint-Remy. Abandonne par le comte de Flandre, son seul appui, « le seigneur demanda, mais tardivement, la paix au duc
Essayons de préciser quelques circonstances de ce récit. La rupture de Walter et du duc ne peut être antérieure ù l'année 4140, puisqu'on celle année le seigneur de Malines Ogure encore, parmi les hommes ou vassaux de Godefroid 11, dans une charte accordée au chapitre de Saint- Pierre à Louvain ». Mais, à partir de celte époque jusqu'en 1170, lui et les siens ne reparaissent plus à la cour de Godefroid III, d'où l'on peut hardiment conjecturer que l'année 1159 ne vil pas la cessation complète des hostilités. L'incendie du cloître de Grimberghe, en 1142, incendie que les anciennes chroniques mentionnent sans en rapporter la cause, fut sans doute un des épisodes de la première lutte des Brabançons fidèles et des Berlhout s. La mort de Godefroid II et le jeune âge de son fils amenèrent probablement une trêve, qui aura cessé, vers l'année H 48, lorsque Godefroid III construisit la forteresse de Nedelaer *. Celle-ci s'élevait au sommet d'un tumuhis romain, dans les prairies entre Vilvorde et Eppeghem 5, que l'on fortifia sans doute afin d'empêcher
1 SictDERTi, Auctarivm Af]ligtmen*e. ad ann. 1159, dans Pcmz, Uonumenla Germanica, t. VI. p. 404. — Voyez De S«lt, p. 16. — Le chroniqueur cite ici le vers si connu de Virgile :
L'rbi anliqtta ruif multot dominata ptr annos.
/Eneid., L. Il, v. 363.
* Buts» v, 1. 1", preuves, p. 45.
» 1143. Dotn ttrbtrnde 't clootter van Grtmbergen. Chroniqut citée. — Anno 114S, Godtfridu* Il dux obtit et clatulrum Grtmbergenne concremalum ett. G «ABATS, I. c.
* Chronique citée. — Anno 1148, Godtfridut III Sedelanum wdtficavit. Gramats.
* Nous reviendrons plus loin sur Nedelaer, p 169.
UISTOIBE
que les ennemis ne l'entourassent de fortifications et ne s'en servissent pour ravager plus facilement le pays à l'est de la Senne. Ceux-ci cependant furent, vers cette époque, livrés à un affreux brigandage, comme nous l'apprend un récit que nous ferons connaître en parlant du village d'Evere, et la lutte était plus acharnée encore dans les campagnes entre Bruxelles et Grimberghe; elle y amena, parait-il, la destruction et la suppression temporaire du monastère de Jette.
En 1152, les prodiges opérés dans l'église Saint-Nicolas à Bruxelles, eurent, dit-on, pour résultat immédiat, une réconciliation complète entre tous les habitants du Brabant; si la plus terrible des querelles qui les divisaient avait continué, les contemporains n'auraient certainement pas exalté aussi haut la pacification attribuée aux miracles de la Vierge de Wavre La tranquillité se maintenait encore en 1154, puisque, eu cette année, Gérard de Grimberghe y souscrivit, comme témoin, un diplôme par lequel l'empereur Frédéric Barberousse confirma à Godefroid III l'avouerie de l'abbaye de Parcq, le 17 juin 1154 *, tandis que son frère Walter Berthout apposait sa signature, également en l'année 1 154, à une charte du duc Godefroid en faveur des religieux de Parcq 5. Cinq années plus tard, le 1er octobre, le duc prit d'assaut et détruisit par le feu le château de Grimberghe, comme il s'en glorifie dans un diplôme donné en faveur de l'abbaye de Forêt, et qui ne porte d'autre date que la mention de cet exploit *; une chronique dont nous avons fait dans ce chapitre un fréquent usage, et dont les données coïncident parfaitement avec celles puisées dans les diplômes, semble insinuer que Godefroid mit à profit dans cette circonstance l'absence de Walter Berthout, qui était parti l'année précédente pour la Palestine, et elle ajoute deux lignes , où l'on voit que l'audacieux Gérard échappa à la prise de son manoir et ne perdit pas courage. « Alors, dit-elle, vint Gérard, le sire de Grimberghe, t et il prit et détruisit Nedelaer et Vilvorde 5. » Gramaye a connu ces détails et il convient que s'ils
» Relia multa, quar jam, instigante diabolo, conritata fuerant, et seditiones snpitw quitrerunt. Auctarium, ad annum I ISS. C'ost bien a tort qu'on a considéré la procession de Notre-Dame de la Paix comme ayant été instituée, en 1 152. par les tuteurs et les nobles de Brabant, en mémoire de la soumission des Berthout ( Wicunns, Rrabantia Mariana, p. 363), celle-ci ne datant que de l'année 1159 au plus tôt. L'église Saint-Nicolas a Bruxelles a célébré, a tort, en 1843, l'anniversaire de la procession solennelle de l'an 115i.
* Opéra dtpt., t. Il, p. 970. — « Archires de I abbaye de Parcq.
« Un fac-itmtle de ce diplôme, auquel le sceau manque, a été publié par M. Piuchart. dans le Messager de» Sciences et des Arts.
* 1158. Doen tcas Wouler Berthout te Jerunalem — 1159, np dat selvejaer won Goderaert. hertoge ran Lotryrke, Grimbergen, ende rerbernde den clootler np sintt Raefsnacht, endr doen quant Geraerdt, heer ran Grimbergen, ende destrueerde ende rinck Nedlaer ende Vtltoerden. Chronique citée. — Anno 1 159, idem dux Grimbergi» répit et cattrum in nocte sanctl Bawmis
étaient admis, ils renverseraient tout le récit ordinaire, mais il préfère celui-ci par la seule raison qu'il était généralement adupté. Ce n'est pas là notre manière de voir : les faits que nous avons empruntés à la Clironycke van Nederlant et que Gramaye rappelle d'après une vieille ehroniquequ'il ne nomme pas, nous paraissent provenir d'une source respectable. Le compilateur de la chronique les puisa dans un manuscrit plus ancien qui fut sans doute rédigé, au treizième siècle, dans l'abbaye de Grimberghe; ce qui le prouve, c'est le soin avec lequel il rapporte la date de la mort de chacun des possesseurs de celte seigneurie antérieurs à Godefroid de Vianden; son exactitude, pour les passages que l'on peut contrôler, donne une grande force à son témoignage.
Les Berlhout ne s'empressèrent point, parait-il, de relever les ruines de leur manoir, et longtemps encore des murailles à demi renversées par les machines de guerre des Brabançons, et dont le temps achevait lentement la destruction, perpétuèrent le souvenir de la terrible nuit de la Saint-Rcmy. On ne connaît en effet aucun acte du treizième siècle qui ait été signé au château de Grimberghe, tandis que l'on peut constater le séjour «les possesseurs de la seigneurie à Humpst , a Uuysbroeck, à Ninove «. Gérard adopta de préférence le séjour de ce dernier endroit, dont il devint le maître par son mariage avec Mathilde, lit le de Gérard de Ninove. Là, il traita la communauté de Prémontrés, que Gérard avait fondée, avec une dureté incroyable. Aussitôt après la mort de son beau-père, il enleva les ornements dont celui-ci avait fait don à l'abbaye; puis, au temps de la moisson, il fît saisir et conduire à sou chôteau plusieurs chariots chargés de grains récoltés sur les terres du monastère. Dans la suite, ses violences recommencèrent avec plus d'acharnement, et ne purent cire arrêtées, ni par les prières de l'èvéque de Cambrai, ni par les instances de Thierri d'Alosl et d'autres personnes nobles, ni par les larmes de l'abbé et des plus vieux religieux, qui vinrent se jeter aux pieds de Gérard cl de Mathilde. Ceux-ci se montrèrent impitoyables et communiquèrent leur haine à leurs vassaux et aux habitants de Ninove. L'histoire a conservé le souvenir d'une attaque dirigée contre Ninove par les trois frères de Sotleghem,qui brûlèrent quelques chaumières éloignées des autres habitations; le vent ayant chassé les flammes jusqu'à la ville, celle-ci fut presque
combu**it et dntruxit. Anno 1100, Gerardus Bertolt Xtdl>itrct Vihorl ttpU, </rWruxityuc GlASéVB.
1 l'our Ninove, vowz De Shct, Corpu* Chron. Flandr., t. Il, panim. — Pour Humpst, qui était déjà, vers l'an 1100, une localité Importante, puisqu'elle avait une mesure particulière (wemura Humeslemix, Opéra dipl., t. IV, p. :iH0), on possède plusieurs diplômes des l'erwcz. — Une charte d Arnoul deUrimberglie.» lilsdedjua Sophie,» du mois de mai IV.II.cst datée de Ruvsbroeck (actwn apud Ruuiiehroc).