‹ Histoire des Etats généraux et des libertés publiques en Franche-Comté (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · SUR M. LE PRÉSIDENT CLERC · texte numérisé non relu

SUR M. LE PRÉSIDENT CLERC

tiques. Vers sa vingtième année, il hésita une fois à se confesser ; l'hésitation ne dura que quelques jours : il la surmonta et fut comme confirmé en grâce pour le reste de sa vie.

Jeune avocat, il porta dans les salons une dignité précoce et une modestie touchante. Son succès fut de plaire à force de vertus jusque dans un monde où l'on n'accorde guère de sympathies qu'à une légèreté brillante et à des élourderies finement étudiées.

Nommé conseiller auditeur en 1825, il fut accueilli à la cour royale de Besançon avec toute la faveur que son nom méritait, avec toute la confiance qu'il commandait déjà par son caractère. Son père, devenu procureur général en 1828, fut destitué par le gouvernement de juillet ; mais ce gouvernement répara son injustice en la commettant : il nomma le fils avocat général. Cette nomination est du 12 octobre 1830. Deux mois après, Edouard Clerc quittait le parquet et rentrait avec le titre de conseiller dans la magistrature inamovible. Il fut nommé président de chambre en 1852. Quand la retraite lui fut imposée par l'âge et qu'il ne lui resta plus avec la cour que le lien de l'hono rariat, il y comptait quarante-six ans de service et il en était le doyen. Il avait vu passer trois générations de magistrats, ayant siégé sous la Restauration, le gouvernement de juillet, le second empire et les deux républiques de 1848 et de 1870. Aucun de ces régimes ne demanda à sa conscience le moindre sacrifice, tant on le savait honnête, équitable et profondément religieux. Les magistrats éminents qui ont été dans ce siècle la gloire de la cour de Besançon, les Chiflet, les Bourqueney, les Monnot, les Golbéry, les Loiseau, les Blanc, les Bourgon, les Alvisetet les Jobard, se tenaient pour singulièrement honorés d'être ses collègues. Il était leur égal par la connaissance du droit, l'application aux affaires, l'étude scrupuleuse des dossiers, l'attention qu'il apportait aux audiences, l'autorité avec

laquelle u donnait son avis, la lumineuse précision qu u mettait dans ses arrêts. Un d'eux disait de lui : c On peut ne pas aimer- le président Clerc, c'est affaire de sympathie personnelle, mais il n'est pas permis de l'estimer médiocrement : la haute estime qu'il mérite est un devoir imposé à la conscience publique. » C'était le sentiment de toute la province. Sa taille élevée, sa noble contenance, son grand air, sa parole solennelle, tout révélait en lui le magistrat pénétré de l'importance de sa tâche, et qui se dit chaque matin qu'il sera jugé au dernier jour autant de fois qu'il aura jugé les autres. Il élail né pour marcher à la tête de sa compagnie. Quand il fut nommé président de chambre, Montalembert ne cacha point qu'il l'estimait capable de monter plus haut. « Si le garde des sceaux m'avait écouté, nous dit-il alors, on aurait fait d'Edouard Clerc le premier président de la cour de Besançon. »

Je viens de citer Montalembert. Les relations qu'il entretint avec notre président furent encore une des gloires de cette vie écoulée tout entière à Besançon et où venait le chercher l'amitié de l'illustre orateur. Ce fut l'étude de la Franche-Comté qui commença leur liaison. A peine Montalembert eut-il épousé notre province qu'elle l'attacha par ses sites, par ses annales, par ses habitudes chrétiennes. On lui signala le jeune érudit qui avait entrepris de doter son pays d'une histoire puisée aux sources, longuement méditée, et écrite avec toute la dignité qu'un magistrat peut donner à son style, Edouard Clerc avait été couronné par l'académie de Besançon en 1836 pour son étude sur les ouvrages historiques de Dunod. Quatre ans après, cette étude était devenue un livre, et le livre paraissait sous le titre d'Essai sur l'histoire de Franche-Comté. L'Institut le couronna et l'auteur prit rang parmi les historiens de Fraticf!. l^v m'cuimI \uliiiiie tic YEi^sai, public va i845^ ajouta fincorea la renommée d'Edouard Clerc et fît souhaiter plus que jamais l'achèvement de l'ouvrage. Mais le pré-

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