NOTICE
fit en son nom, il était déjà cloué sur le lit de la douleur et de Tagonie.
Nous pourrions citer encore parmi les entreprises auxquelles il contribua pour la gloire de sa province, la Revue des deux Bourgognes et les Annales franc-comtoises ^ dont il fut l'un des collaborateurs, les Documents inédits sur r histoire de la Franche- Comté publiés par l'académie, le Musée archéologique de Besançon, cet autre document de pierre, de marbre, de bois, recueilli avec tant de soin, auquel il apporta le tribut précieux de son temps, et qui sera pour M. J. Vuilleret et pour lui un de leurs meilleurs titres à la reconnaissance publique.
Tous ses livres seront recherchés à leur tour et lus avec un vif intérêt, tant qu'il existera un Comtois curieux et jaloux de l'honneur de sa province. Mais son Essai sur Fhistoirede la Franche-Comté le met au-dessus des autres érudits. Il sera cité d'âge en âge, comme Gollut l'est depuis le XVI® siècle et Dunod depuis le XVIIIe. Le second volume de VEssai s'arrête en 1467. Il reste deux autres tomes à publier. Le troisième pourrait être rais sous presse dès aujourd'hui. Faisons des vœux pour qu'une main pieuse et savante rassemble toutes ces pages et en fasse jouir la postérité. Le président Clerc avait presque achevé, si je ne me trompe, une histoire de nos Franches-Montagnes et une Étude sur les états généraux de Franche-Comté, autres récits dont l'utilité égalera l'intérêt, et qui trouveront, si j'augure bien de mon pays, autant de lecteurs que de vrais Comtois.
Ce n'est pas encore là tout le président Clerc» Quelque digne que fût le magistrat, quelque érudit que fut l'historien, chez lui le chrétien était meilleur encore que tout le reste. Il aida son siècle et son pays à la pratique du christianisme, comme il avait aidé à la bonne administration de la justice et au réveil des études historiques. Plus heureux que la plupart de ses contemporains, il n'avait pas
SUR M. LE PRÉSIDENT CLERC. Adi
oublié un seul jour le chemin de Téglise. S'apercevail-il qu'il y était presque seul parmi ceux de son âge ? On les vit peu à peu revenir et se grouper autour de lui comme autour d*un chef ou d'un ami. Nombre de jeunes gens à qui leurs mères montraient le président Clerc comme un modèle à suivre ont donné à leurs mères la consolation de les voir comprendre comme lui les devoirs de la vie chrétienne.
La société de Saint-Vincent de Paul commença à Besançon sous ses auspices. Il en fut longtemps l'âme et la vie. Il la recrutait, il la disciplinait, il la présidait, il la menait aux œuvres vivantes et à la pratique, sans affectation, mais sans respect humain, le front haut, mais le regard modeste, se félicitant des progrès que la religion faisait autour de lui, mais se gardant bien de faire marcher devant ses œuvres les trompettes de la renommée ; homme d'action et de persévéïance, mille fois préférable aux hommes de bruit dont le zèle se dissipe aussi vite qu'il éclale et qui excitent la haine des méchants au lieu de l'apaiser. Le président Clerc forma M. Belamy pour la direction de l'œuvre de Sainl-François-Régis, M. Belamy, néophyte de la foi et de la charité, qui devint bientôt un maître à son tour, et qui fit réhabiliter plus de quinze cents mariages. Il contribua à la fondation des écoles du soir et des écoles militaires, les honorant par sa présence, les soutenant par ses bienfaits, les animant par sa parole. Il se délassa jusqu'à la fin de sa vie dans les soins affectueux et paternels qu'il donna aux œuvres de patronage ; c'était sa dernière fonction publique. Le conseil municipal, le bureau de bienfaisance, toutes les autres administrations s'étaient, sous l'empire des idées nouvelles, peu à peu privées de ses services comme pour se soustraire à la haute et légitime influence de cet homme de bien.
Je voudrais parler de ses derniers moments. Sa famille seule en a été le témoin attristé par la douleur, mais con-
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soie par la foi. Cette noble famille avait été pour lui depuis cinquante ans le sujet d'un légitime orgueil et d'une joie chrétienne. Son cœur tendre s'y trouvait à l'aise et il en avait fait, après Dieu, toutes ses délices. Les objets de ses afTections avaient de quoi charmer et remplir sa grande âme : une épouse digne de lui et associée à toutes ses bonnes œuvres ; un fils à qui la cour de Besançon avait fait le plus flatteur accueil ; quatre fdies d'une instruction rare et d'une haute piété ; Iroîs gendres qui l'aimaient comme un père, qui partageaient sa foi et ses pratiques chrétiennes et dont deux apparlenaient comme son fils à la magistrature fi'anc-com toise. Une de ses filles mourut il y a quatre ans bientôt, il en prit le deuil au fond de sou âme et ne le quitta plus, en s'eiforçanl d*élever un front serein au milieu des douleurs domestiques aggravées par les tribulations de rÉglise et de la France. Mais sa blessure saignait toujours, et l'étude ne faisait plus a sa peine qu'une diversion imparfaite^ Il partit au mois de mai dernier pour sa maison des champs* Il y arriva à demi-renversé sur la route par une attaque d'apoplexie qui ne lui laissa plus que six mois à vivre. Ce furent six moiis de souffrance et de langueur, mêlés de toutes les consolations de l'espérance chrétienne. Deux livres lui restaient dans les mains, quand il se vil liors d'état d'achever ses propres ouvrages. C'étaient YSislûire universelle de Bossuei et V Imitation de Jésus-ChrùL Réduit à ne plus quitter sa demeure, il se sentait plus parlicuhérement afïligé quand la cloche du village annonçait les offices du dimanche. Combien Dieu m'éprouve ! s'écriait-iL Quelques jours après, il est hors ■ d'étal de quitter son lit, mais la pensée qui le dominr est toujours la même. Il se résigne, il fait son sacrifice, il le renotivelle à chaque crise qui semble le rapprocher de sa fin. Sa principale invocation était un soupir de fiii et d'amour. nimi Père, ô Jésus, je vmis aime de (oui mofi €(£ur.
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SUR M. LB PRÉSIDEN1
A mesure que la fin approchait, il vantage, demandant au prêtre de nouvelant ses sentiments de résignal plet à la volonté de Dieu. Il avait a dévoué qui servait de précepteur i prêtre fut comme Tange de son agoi douloureuses angoisses le vénérab!
avec un scrupule extrême les moi passée, la parole sacerdotale le ra 11 s'écriait en baisant le crucifix : J
Aux longues heures d'angoisse et cédèrent des heures de lucidité ps paix. Dans son testament daté du ; exprimé la pensée que la religion plus grand bonheur de sa vie. Celte lèvres jusqu'à la fin dans toutes les fit à sa famille, dans tous les adiei porter à ses amis absents. Il leur se fidèles aux devoirs du christianisn mieux encore qu'il ne l'avait aimée 1
Le dimanche 16 octobre, entouré reçut en pleine connaissance le sa onction. La cérémonie achevée^ il s de son confesseur et lui dit : c Que , tenant d'avoir cherché toute ma vi meurs dans la foi catholique. Je cro a tous mes amis, dites-le à mes enfai cément le mardi 18^ à onze heures matin même, interrogeant son coi demi éteinte : c Répétez-moi donc, 1 Christ soutient son Église. Je le s dites-le moi encore. » 11 s'endori prêtre, qui lui renouvela en ce mom fait de l'absolution et lui donna Fine
Ainsi mourut le président Clerc
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