j 1 • la neulralilé
la province, comme cela estoit avant la rupture de la paix, aiant esté, par une approbation universelle de tous, jugé le plus asseuré moien de conserver le comté de Bourgougne, la négociation en fut mise en termes avecq quelque apparence d'en réussir, fondée sur la disposition que l'on remarquoit aux treize cantons de Suisse. Lesquelz, par la considération de leurs propres intérests, doibvent, pour Tasseurance de leur estât, procurer la conservation dudict Comté; et Sadite Altesse aiant agréée la proposition que lui en fut faicte, envoie ordre à Don Diego de Savedra, pour, au nom de Sa Majesté, se retrouver en la diette qui se debvoit pour ce subject convocquer à Baden avecq toutes instructions nécessaires pour la conduite de ceste négociation. Et par son agréationledict marquis, conjointement avecq ledict parlement, y députèrent, au nom de ladite province, le comte de Sainct-Amour et le conseiller Bereur, auxquelz furent donnés amples mémoriauk tant des poinctz principaulx, qui avoient esté considérez aux traictez faictz précédemment pour ladicte neutralité, que des raisons et ^^^4^411,^ •. aultres fondements que la saison présente pouvoient faire gn^^JJ^Juc entrer en considération pour la restablir.
Ceste négociation n'aiant eu le succez que ces bonnes dispositions en faisoient espérer pour le restablissement du repos attendu des peuples avecq tant d'impatience, le désordre que ceste attente avoit faict quelquement cesser Dégoût
j • . * « r • .• 1 j • universel.
commença de rcnaistre et se faire sentir avecq plus de violance que du passé. Car les peuples et les soldatz, fatiguez par la continuation de leurs misères et frustrez de ceste espérance qui leur donnoit quelque soûlas, enfin perdoient courage et faisoient voir tout ouvertement leur dégoust. Ce qui mit ledict marquis en plus grande peine et perplexité
que onques auparavant il n'avoit esté , parce qu'en ce mesme temps il receut confirmation des advis que précédamment il avoit eu que le mareschal du Ilallier et le comte de Grancey s'advançoient en corps d'armée pour attaquer la province, laquelle, avecq l'inconvénient de ce dégoust universel, se retrouvoit pour lors en tel estât que toute Presque plus l'infanterie qui y estoit en pied, reparlagée aux villes et *^** 'ÎSS«!* *^ places de Salins, Dole, Gray, Noserois et Jonvelle, ne faisoit pas huict cens hommes en tout, et toute la cavalerie ne pouvoit fournir six vingtz chevaux (i).
Ledict marquis, en ceste perplexité, reçoit advis que l'ennemi avoit assiégé la ville de Jonvelle, et, n'aiant forces en mains pour la secourir, fist une prompte despesche i Son Altesse pour la resservir de ceste entrée desdictz ennemis au pais et une aultre aux treize cantons remplies de plainctes et doléances de ce que les François, lorsque par entremises desdictz cantons estoit mis en termes ung accommodement entre les deux Bourgougnes, entroient hostilement audict comté contre les asseurances que lui en avoient esté données. Et, ses debvoirs faicts, il se porte avecq quinze ou vingt chevaulx sur la frontière pour animer par sa présence les peuples et les madstratz estonnez
Irruption des ,,. .* . j • j . /«».
Français, par 1 irrupliou SI soudamc des ennemis (2) ; et, aianl
commandé ce qui se trouvoit de cavalerie au pais pour
le venir joindre, afin d'envoier toujours quelque partie du
coslé des ennemis pour en recognoistre la marche et les
s.-Mariin ne desscingz, il ne peiilt oncques mettre ensemble cent che-
wSb£*quS 100 vaulx tant ceste cavalerie se trouvoit affoiblie et di-
16U. Lesdicts ennemis avoient pris les chasteaux de Jonvelle,
Les «nncmis de St-Rcmy, et par après ceux de Scey et de Ray qui leur ffi""aux de asseuroient le passage de la Saulne. Ne pouvant, à cause
Jonvelle, St-
Rjmy, Scey et -^ — ^
Hay.
(i, 2, 3.) Détails extrêmement curieux, et qu'on ne retrouve ai
dans Girardot (Guerre de dix ans), ni dans aucun historien.
de nostre trop grande foiblesse, la campaigne estre deffenduCy il fut nécessaire de convertir toutes panssées à la conservation des villes, et de pourvoir, aultant que la nécessité lors présente le pouvoit souffrir, à la seuresté d'icelles et particulièrement de Besançon que l'occupation du passage de la Saulne rendoit plus voisine du péril. Et, s'y estant à cest effect transporté ledict marquis, là le vinst trouver ung député du parlement et quelques seigneurs,
avecq lesquelz aiant faict une conférence pour par leurs advis trouver moien d'arrester lesdictz ennemis, et d'as-
seurer les villes et particulièrement celle de Besançon, tous
les expédians qui en furent proposez se trouvèrent estre
accompagnez d'inconvéniens qui en rendoient impossible ^jjj^ïïfe^ge^®
l'exécution (1).
Car premièrement les troupes de cavalerie et infanterie estoient si foibles et si peu considérables en nombre qu'il estoit impossible de se mestre avecq icelles en campaigne pour faire teste auxditz ennemis (2).
Secondement, le peu qui en restoit estant repartagez aux places susdittes, elles ne pouvoient en tout ou en partie en estre tirées sans desgarnir lesdites places et les laisser comme abandonnées (3).
En troisième lieu, les villages de la montagne, desquelz on proposoit tirer quelques mousquetiers pour en faire gros, estoient tellement appauvris et despeuplez qu'ils n'avoient moyen quelconques d*en fournir ung nombre tant soit peu considérable ni la dépense nécessaire à leur entretien (4).
En quatriesme lieu, quand Ton pourroit tirer desdites places partie des troupes y logées en garnison, et de la monlaigne des mousquetiers en bon nombre pour les grossir, il n'y avoit moien quelconque de leur fournir subsis-
(1, 2, 3, 4.) Même observation sur cette [prodigieuse extrémité où 86 trouva réduite la province.
i6ll. 408 GUERRE DE DIX ANS
tance en la campaigne. Car dans les villages ne se retrouvoit aulcuns grains ; les villes, auxquelles il y en avoit quelque peu de provision, ne vouldroient en souffrir la distraction : aussi ne seroit-il pas expédient en ceste saison, et la caisse royalle se retrouvoit pour lors encore plus qu'auparavant tellement espuisée et desgarnie qu'il n'en falloit espérer aulcun secours pour la subsistance desdites troupes. La rareté et pauvreté des deniers y estoient telle,qu'au rapport d'un des officiers du solde présent à ladite conférence ne se trouvoit en icelle huict cens ou mil francs au plus monnoie de Bourgougne, si que par ce manquement il y eust^ en mesme conjoncture, grande difficulté de fournir les ordonnez à Don André de Monnot et à Don Gabriel de Toledo pour les fraictz de leur retour à Bruxelles (1). Par la faiblesse Si bien que la foiblesse des troupes et la disette des de-
des troupes et . i«.w 'ii^ii • i
la disette des uiers ne laissaut aultre espoir de salut a la province que la resté pour la fidélité dcs bourgeois et habitans des villes, ledict marbabîtanuTdes quis tascha de les encourager et de maintenir et fomenter par bonnes espérances la constance de leur zèle et affection au service de Sa Majesté et deffence de leur patrie ; mais, en mesme temps qu'il meit en pratique le remède,il reçoit ddvis que ceulx de la ville de Vesoul, intimidez par l'avoisinement de l'armée ennemie campée à trois heures de leur ville, avoient, pour se redimer d'un sac qu'ils apréhendoient et jugcoient inesvitable, traitté pour une somme oo craint pour d'argent avec eulx. Il conjectura que lesdictz ennemis, se vesouf. saisissant de ce poste, ne manqueroient pas de faire quelques entreprises sur Besançon, et de courir le reste de la province, le passage de la Saulne estant libre. u.îi?a!ie d^ï' Néantmoins, sans passer oultrc, après avoir desmoli les Français, ^jjj^ ^^ chastcau de Jouvellc, ilz se retirèrent sur la fin du
mois d'octobre, laissant en ceulx de Saint-Remy, Scey et Ray garnison suffisante, ceste retraitte aiant esté vraysem-
(1) Même observation.
blablement ordonnée en considération de quelques debvoirs qne les treize cantons, sur plainctes et doléances dudict marquis, avoient peu faire pour la procurer.
Ladite retraite laissa quelque peu de repos en la province, pendant lequel y arriva Don Gavera Ozorio pour, en la place de Don Andréa de Marmoly, faire l'office de Veedor général, et lettres de Don Miguel de Salamanca portant asseurance de la remise de cent milz escus qui, par sa diversion se debvoient (ensuitte des ordres de Sa Majesté), remettre en la caisse de Bourgougne des provisions de Flandres, et aultres cent milz escus qui, par la voie du gou- ^"ÎL^® ^^
* ' i o iOOtOOO écuf*
verneur de Milan, debvoient estre remis en ladite caisse des provisions d'Italie, tellement que, la remise de ceste somme estant asseurée, les banquiers ensuitte de l'accord qui en fut faict avecq eulx s'obligèrent d'en fournir les deniers sy tost que les lettres de change, qui tost après arrivèrent, pour le moins celles de Flandres, leur seroient mises en mains.
Ledict marquis, auquel estoient deus plusieurs mois de son solde et notable somme de deniers par luy fournis, sur les ordres de Son Altesse Royale, à la princesse Anne de Mautoue retirée par mesmes ordres en Bourgougne, ne voulut de ces provisions s'en procurer 'aulcun paiement, comme il pouvoit le faire, ains les destina toutes au reslablissement et nourriture de la gendarmerye et à l'achapt de grains pour le munilionnement des places, le manquement de l'un et l'aultre aiant mis tout récemment ladite province en si périlleux descrime.
Pendant ce calme, les pratiques mises à terme pour la réduction des places occupées par les ennemis conlinuantz avec assez de bonheur, le chasteau de Saint-Laurent de la Roche, selon le project qu'il en avoit faict dresser, fust surpris et réduict heureusement sous l'obéissance de Sa Ma- Reprise de jeste. Lt, quelque proposition lui aiant esti^faicte d une en- "o«he. treprise sur le chasteau de Ray, il donna commission de
• rexécuter,roccasion s'en présentant favorable, pendant que lui formoit un aultre desseing pour la réduction du cbasteau de Grimont, sur quelques mémoriaulx que lui en furent envoiez et de celui de Courlaou, le commandant duquel, moiennant Taccomplissement de quelques conditions qu'il avoit demandées pour Tasseurance de sa personne et de sa fortune en ce party, avoit promis de le remettre entre les mains dudict marquis, qui, par ce moien, se facilitoit le recouvrement de plusieurs aultres places scituées en mesme fronctiére, et, aiant mis tous ordres nécessaires pour l'exécution de cesproiectz, avoit pris résolution de passer incontinent à Dole, tant pour en communiquer avecq le Président et quelqu'autres du parlement, que pour faire insinuer aux registres dudict parlement sa Gouverneur patente de gouverneur absolut de ladite province, dont Sa Majesté avoit esté servie de l'honorer.
Mais Tadvis, qu'il receust en mesme temps de la mort „ Mort du (lu Sérénissime Infant Cardinal, l'aiant extraordinairement
Cardinal Uraot .,,,.« • • i- »
troublé, lui iist surseoir lesdites exécutions, pour auparavant pourveoir aux inconvéniens que l'occtision de ce funeste accident pouvoit causer au dedans et au dehors de la province. Il escrivit aux gouverneurs des places et magistrats des villes, pour, en leur donnant advis de ce malheur, leur recommander la soigneuse garde de leurs postes et le maintien de leur zèle et fidélité au service de Sa Majesté, pour en faire voir les marques en ceste occasion, si les ennemis présumoient d'en tirer quelque advantage ; puis fist une ample despesche à Sa Majesté contenant une bien particulière déclaration de Testât de la dite province, avecq très humbles remonstrances que lui estant ordonné par sa paLintc le relever en l'exercice de sa charge des ordres du Sérénissime Infant Cardinal, il attendoil ceulx que Sa Majesté seroit servie lui prescrire à l'occasion du décez de ce prince.
La mort de Son Altesse, qui avoit honoré ledict marquis
d'une affection bien particulière, le toucha si sensiblement , que, ne pouvant résister à la violence des regrets dont son esprit estoit agité, deux jours après qu'il en receust la triste nouvelle, il se mit au lict saisy d'une fiebvre continue, que les médecins recognoissant fort maligne tachoient . de le divertir des ennuis qui en augmentoient la malignité ; quoi nonobstant, aux heures que son mal paroissoit moins violent, il s'occupoit à dresser des mémoriaux et diverses rescriptions, pour de tant plus asseurer l'employ des deniers, selon l'ordre qu'il en avoit estably, à l'achapt des provisions et munitions nécessaires au soulagement de la province. Mais, son mal augmentant par la continuation de ses regretz, il laissa tous soingz des affaires du monde, pour convertir ses panssées à bien mourir. A quoy il se disposa par la communion des sacrementz qu'il receust avec grande piété et résignation à la volonté divine, puis rendit l'âme à Dieu, sur la minuict, le vingt uniesme décembre de Mori'du *
. ' » o marquis de St-
1 an mu six cens quarante et ung. Manm.
Manifeste au nom des peuples de la Fraivche-Comté de BourgougnCy de la continuation des hostilités des François et de la résistance y apportée depuis la levée du siège de Dole.
NoDs avons attribué au président Boy vin le manifeste qa*oii va lire. Cet homme si actif présidait alors aux destinées de la nation. Il en dirigeait la défense. Il est l'historien du siège de Dole, publié immédiatement après la délivrance de la ville. Cet homme supérieur était tellement présent à tout, que, dans un registre volumineux, il a tenu, article par article, tous les comptes de cette terrible guerre.
Ce manifeste est un appel aux derniers efforts de la nation. On ne peut y reconnaître le calme et Timpartialité de l'histoire. C^est le langage de la lutte. Mais si trop souvent, par les faits qu*il relève à la charge de la France, il attriste notre patriotisme aujourd'hui si français, il n'en est pas moins de la plus haute importance, et l'on y trouve sur la marche générale de la guerre, comme sur ses détails jusqu'à la fin de 1638, des faits que l'on chercherait vainement ailleurs (1).
On ne peut s'étonner de l'irritation qui règne dans cet écrit, les Franc-Comtois considéraient cette guerre comme inique dans son origine, inhumaine dans son exécution. « C'est le temps, disaient-ils, où « la Franche-Comté perdit sans se rendre onze villes et quinze cents « villages, oii, dans les forests et bois, on traquoit et chassoit aux < hommes, comme on fait communément aux bestes brutes et sauva- « ges (2). »
L'histoire du siège de Dole, et la déclaration publiée soubs
(1) Dans le manuscrit certaines lignes du bas des pages se trouvent rongées ; mais ces passages sont de médiocre importance. Et pour les restituer nous nous sommes aidés du travail de M. Suchet, curé de la cathédrale et membre de l'académie de Besançon. {Annales franC'ComtoiseSf année i866, p. 41 et s,). Les mots ainsi suppléés ont été placés entre parenthèses.
(2) Papiers épars du Parlement de Dole. Archiv. départ» du ÙDubs.
le nom des commis au gouvernement du Comté de Bourgougne, aiant assez mis au jour les premiers attentats de la France, et l'ouverture de ses injustes deseins conlr'une province, qui, par Tadveu de son souverain, vivoit en paix et en amitié avec ces voisins, reposant sur la foy du traicté de neutralité, qu'elle avoit tousjours constamment et religieusement observé en toutes ses parties, et de la subsistance duquel elle recepvoit de plus fortes confirmations que jamais, et des asseurances redoublées de la part du Roy très chrestien, à mesme temps que Ton formoit les apprests de sa ruine et que l'on disposoit tous les moyens de son usurpation, il semble rester à ceste heure, par la suitte et continuation des semblables escrips, à représenter cellç des attaques, pratiques, cruautés, violences, que dès lors les François y ont de plus en plus exercées au mespris de toutes loix divines et humaines, ne doutant pas que si dedans le monde se retrouvent encore quelques reliques de l'ancienne probité, si les sentiments de l'honneur, l'appuy de la foy publique, l'amour du droit des gens, le mouvement de la nature mesme ne sont entièrement éteints,toutes les nations de l'Europe, ne prennent part à nos calamités. Apprès avoir inutilement assemblé trente mille hommes devant la ville de Dole, qu'ils s'estoient promis d'emporter avec un manifeste, aiant laissez les traces et vestiges de leur retraicte dans les cendres de trois cent villages bruslez par ordre de leur supérieur, et sur délibération de Conseil, le seizième du mois d'aoust de l'an mille six cent trentesix, deux jours après la levée du siège, ils r'envoièrent effrontément, comme un héraut de paix, le mesme trompette qui estoit venu auparavant sommer la place de leur part, avec des termes de menaces et de supériorité, qui à peine eussent peu convenir et s'appliquer à quelques subjets rebelles de Sa Majesté très chrestienne. A son retour, il portoit bien les mesmes livrées qu'à sa première entrée, mais parloit un langage fort différent remply d'autant de
Ai à GUERRE DE DIX ANS
compliments et de souplesses qu'il Tavoit autrefois esté de fanfaronneries et de rodomontades. Il rendit les lettres de quelques députez des ligues suisses résidants au camp auprès de la personne du Prince de Gondé, par où l'on proposoit le restablissement de la neutralité. On y fit des responses fort civiles, sincères, et modérées, avec des remerciements de leur entremise^ et des asseurances d'en advenir le Sérénessime Infant Cardinal pour apprendre ses intentions, et les suivre avec Tobéisance et le respect auquel on estoit obligé. Par effect, on ne tarda pas d'escrire sur ce subjet à Son Altesse Royale qui, portée d'une alTection paternelle envers les fidels subjets de Sa Majesté et sensiblement touchée de leur remontrances et misères, préférant Tamour de leur repos à celuy d'une juste vengeance contre ceux qui venoient de le troubler si violemment, en prostituant et postposanl à leur ambition déréglée toute sorte de pudeur et de conscience, elle accorda qu'on entrât en conférence avec les Suisses, qu'on entendit leur propositions avec considération particulière.
Tandis que l'on étoit en ces termes, les François s'habillant lors selon la saison, se fesoient voir avec des contenances et postures de repentance^ et taschant de nous circonvenir par mille faux appas, nous monstroient les bandes préparées pour resserrer les playes qu'ils venoient d'ouvrir au corps de cest estât, feignant de pleurer nos malheurs et de donner des imprécations à ceux de leur parti que l'on croioit autheurs d'une entreprise si funeste pour Tune et l'autre Bourgougne, suggérant, en toutes occasions et rencontres qui pouvoient le permettre, leurs désirs très ardents de voir refleurir l'ancien commerce et la mesme voisinance, qui avoit esté autrefois entretenue avec eux.
Et bien que nous ne donnassions plus aucune créance à leur artifice et déguisements, que toutes leurs offres nous parussent suspectes et contagieuses, que l'image de leur desloyauté fut continuellement au milieu de nos yeux et
(tans le fond de nos cœurs, nous avions peine néanmoins de suivre les traces de sang qu'ils venoient de nous marquer, d'aller surprendre et esgorger au coin de leurs foyers quantité de personnes imbécilles de l'un et l'autre sexe^comme ils venoient de le pratiquer inhumainement en nostre pays, et à l'endroit de ceux qu'un jour auparavant ils visitoient et caressoient comme leurs meilleurs amis et voisins.
Aussy allions nous suspendant et amortissant peu à peu les efîerts de la plus juste indignation qui fut jamais conçue. Après le péril en quelque façon eschappé et ces premières apparences effacées par la retraicte du comte Galas dans l'Empire, comme l'on eut mis quelques garnisons des originaires du pays dans les places frontières de la Bresse, avec ordre de demeurer seulement dans la deffensive, et d'observer Testât et les deseins des trouppes commandées parle marquis de Thianges, on fut estonnez que, lorsqu'il écrivoit de vouloir contenir ses gens pourveu que l'on n'attentât chose aucune sur eux, et mesme qu'il y engageoit sa parole et son honneur, il envoia sans aucun
précepte ny fondement mettre le feu village de
et enlever de suite un quartier de Corlaou et marcher en personne sur celui de Chavannes qui fut également enlevé.
Ce procédé autant outrageant que déshoneste, blessant et usant toute la patience du marquis de Conflans, qui avoit le gouvernement des armées de Bourgougne, le porta^ tant pour ne pas voir périr en détail le reste des soldats bourguignons par l'enlèvement un à un des quartiers qui leur avoient esté assignez, que pour repousser la force par la force, de tirer des dites garnisons jusqu'à six cent chevaux, et douze cents hommes de pied, et, avec ce petit de troupes. corps, aller droict et teste baissée à l'ennemy, comme il fit avec une telle ardeur et diligence, qu'il prévint l'enlèvement de deux autres quartiers, et l'embrasement de deux
autres bourgades, sçavoir MonUîeur et Arinlhod, où le marquis de Thianges avoit deseignez de passer dès Chavannes, ainsi q*uil fut recognu non seulement par sa marche, mais confessé par les prisonniers de son armée que nos coureurs surprindrent, et vérifié par plusieurs lettres qu'on intercepta des personnages plus qualifiez de la Bresse. Elles portoient qu'en Tannée d'allors 1637, on ne tomberoit pas dans la faute qu'on avoit faicte la précédente, et pendant le siège de Dole, de ne point ruiner de fond en comble le balliage d'Aval, qui servoitde mammelles au reste de la province, que l'obstination de ces chiens enragez de Contois (se sont les mesmes termes) à ne vouloir pas céder à un si grand monarque comme Louys le juste, estoit une gangraine qu'on ne pouvoit traitter qu'avec le fer et le feu, et qu'à moins d'y faire un monde nouveau on n'y pourroit jamais semer ny voir croistre les fleurs de lys.
Ainsy estoit interprété à crime ceste esclatante et louable fidélité que nostre nation garde et à son Dieu et à son Roy dans le milieu des martires et supplices que la France iuy faict souffrir d'un costé, et parmi les offres et allèchements avec quoi elle tasche, mais en vain, la séduire d'autre part et la desbaucher d'un debvoir si saint et si légitime.
Retraite de A l'abord du marquis de Conflans, l'ennemi lascha le pied, et se retira aux environs de Bourg dans le centre de son pays, après avoir dévasté plusieurs villages de ceste province.
Ici Tauteur du manifeste explique que Ton délibéra si les Franc- Comtois, imitant rexemple de leurs ennemis, n'iraient pas désoler eaa terre française les lieux dont raccès était le plus facile, mais qu'un sentiment généreux l'emporta comme plus conforme aux habitudes de mo. dération et d'honneur, qui avaient toujours été leur règle.
L'on se résolut d'emporter Dortans comme l'on fit de
RÉCITS HISTORIQUES. 4i7
plain jour, sans autre perle que de cinq ou six soldats jg^j5ifr*ian tuez dans le combat. Le seigneur du lieu, sa femme et sa famille furent envoiez en la ville de St-Claude, et entretenus, selon leur condition, des deniers publiques de la province, le chasleau et le village conservé entier par les nostres.
De là le marquis de Confland fut assiéger la ville de ^^ (fjjj^aux. Cuseaux, ou d^abbord estant venu à la sappe et fesant donner Fescalade de divers costez, le Commendant en ouvrit les portes sans aucune composition pour les bourgeois, et ains seulement pour la garnison de cent soldats qui en sortit avec les armes, et fut convoiée jusqu'au lieu de seurté qu'elle avoit demandé. Bien que ceste ville appartînt au prince de Condé qui, six mois auparavant, avoit fait voir tant de feux et de désolation aux environs de Dole, bien qu'elle eût autrefois servi de retraicte aux plus violents ennemys de ceste province, et qu'elle fût par toute sorte de droits à la mercy du conquérant, néanmoins l'on se contenta, en l'abbandonnant, d'en abbattre les portes, ruiner les tours, et ouvrir les murailles en quelques endroits, sans embraser le moindre des bâtiments, se souiller de l'honneur d'aucune femme, ni du sang d'aucun des habitans
En ce mesme lieu [est un sanctuaire de] Nostre Dame,
qui des longtems attire un grand concours de peuple par
la quantité et qualité des merveilles qu'elle opère chascun
jour. On escrivit à qui il touchoit pour sçavoir si l'on au-
roit agréable, que de là elle fût transportée en l'église de
Montroland, en eschange de celle que le Prince de Condé
en avoit fait enlever, et qui est encore à présent détenue
en la ville d'Auxonne . A quoy fut respondu que nos
maximes ne s'accordoient pas à celles des François, ny en
matière de guerre ny en matière de religion ; qu'il ny
eschoit point de représaille à leurs impiétez ; que comme
elle estoil sans exemple auprès des autres nations, aussy y
Prise de Savigoy.
Prise de Montréal
et de Marlignat.
debvoit elle estre sans imitation ; que Ton dût se contenter de rendre en ce sainct lieu des tesmoignages d*une dévotion extraordinaire pour la prospérité de nos armées et le salut de toute la province.
La prise de Cuseaux fut suivie de celle du chasleau et maison Forte de Savigny, qui, contre Topinion commune, fut emportée en moins de vingt-quatre heures, apprés la défaite d'une. compagnie du régiment de Chastelmoroad, et de cinq cent paysans armez et retranchez à la teste du village. En ceste rancontre fut fait prisonnier Tenseigae de ccstc compagnie, quelques officiers, et plusieurs habitans du mesme village et d'autres voisins, qui receurent toute sorte de courtoisie, et, selon les articles de ceux de la capitulation arresloe avec ceux du chasteau, leur aiant esté donnez six cheriots assortis pour conduire leurs bagages jusques à Louans, à trois cent pas de là. A leur retour, les chevaux furent enlevez, et les charretiers assassinez par ceux là mesme à qui ils venoient de rendre ce charitable office.
La ville de Montréal d'autre part aiant esté abandonnée à Rapproche des nostres, ils y entrèrent et, n'y treuvants ni meubles, ny vivres, ny personnes, s'abstiendrent néanmoins debrusleret démolir les maisons. Mais après avoir [repoussé la cavalerie du Bugey, les nostres prirent] le chasteau de Martignat, et [le défendirent pendant] huit jours contre l'enneroy, lequel [prit la fuite à] l'approche de nostrc secours
[Comme cette place] estoit jugée de trop difûcile garde pour nous, et d'une assiette trop avantageuse à l'ennemy, elle fut démolie sur ceste considération, dont les François firent des réclamations extravagantes, et s'en pleignirent aussy haultement et aussy naïvement que de quelque larresin domestique qui leur eust esté fait par leurs valets.
Cela ne nous empeicha pas de passer à Arbans, où aiants envoiez un tambourg, pour les inviter de n'attendre
pas la ligueur des armes, ils ne luy respondirenl qu'à .,['7^!", coups d'arquebuse, et un second estant allé requelter le premier qu'il trouva estendu roide mort au mesme lieu où il avoit donné sa chamade, il s'en retorna chargé de trois raousquelades et d'une infinité d'injures attroces et mensongères contre Thonneur des Princes de la très auguste maison d'Austriche. Son rapport, à l'aspect de sa personne toute sanglante, porta les soldats à un tel excès de fureur que^ sans aultre ordre, ils donnèrent dans les barricades qui estoient à l'entrée du bourg, les gaignèrent en un instant, l'espée à la main, et, avant que pouvoir n'estre ralliez soub leurs drappeaux, mirent le feux en divers logements. Quatre furent arquebusez sur le rang par ordre du conte de Bussolin qui commendoit ceste attaque, et leurs corps exposez au passage du reste des trouppes avec les escriteaux de leurs crimes. Le chasteau du mesme lieu, dans lequel estoit le capitaine des Bordes avec cent soldats, fit une courageuse résistance jusqu'à ce qu'ayant veu mettre en fuite le secours qui luy venoit de toutes les troupes de la Bresse, après en avoir mille fois détesté la lâcheté, il se rendit à nostre discrestion. Elle fut si généreuse que pour cénérosiiô réparer en quelque façon la soudaineté de ceux qui venoient Franc-comiois. d'embraser [les maisons] du bourg, l'on le renvoia luy et tous ses [soldats avec] leurs espées sans rançon...
Les prisonniers, tant [soldats pris en combattant] que bourgeois des villes et villages, que nous eûmes des lors en fort grand nombre, s'en sont retornez avec des marques de nostre franchise et libéralité ; encore que la plus grande part d'entre eux s'en rendissent fort indignes par l'impertinence de leurs discou^'s et par la malignité de leurs actions, quelques uns abusants de la confiance qu'on prenoit en leurs paroles, d'autres de la commisération qu'on avoit de leur infortune, et se remarqua en ous un esgarement dans leurs adversitez, soit du costé de la bassesse, soit du costé de l'insolence, pleurants tantost coume
des femmeSi et ores maugréans coame des charretiers, tant ceste nassion est ennemie de toute prudence et modération.
Lors qu'on présenta le barron de Saugerey au marquis de Confland, s'eslant enquis de luy si l'on fesoit dans leur party quelques levées de Suysses pour l'Italie, il respondit qu'on ne parloit non plus de cela en France, que de Dieu en Espagne, à quoy le marquis se contenta de répliquer qu'il parloit comme un sot ou plustôt comme un François. Le sieur de Maroges aiant esté tiré des mains des Croates par la charité de madame de Reculot qui paia cent pistoles pour luy, et le fit traiter honorablement, elle eut pour récompense une rescription du dit sieur de Maroges au sieur de Perrigny commendant lors pour le roy de France à Blelterans, par laquelle ce prisonnier marquoit les personnes proche parents de ceste dame que l'on pourroit arrester, avec quoy l'on feroit son eschange, et adjoustoit de plus pour presser sa délivrance que, si on le retiroit de ceste capvivité sans qu'il luy coûtât rien, il diroit des choses estranges pour advancer la perte du Comté de Bourgougne.
[Ainsy furent reconnus] tant d'actes d'hospitalité et d'humanité [accomplis par nous] au milieu d'une guerre deffensive et nécessaire à la conservation de nos biens et de nos honneurs. Aux premiers advantages que les François prin* drent sur nous par le grossissement de leurs troupes, et l'accroissement des forces qui leurs furent envoiées du fond de la Normandie, ils n'oublièrent aucune sorte de raeschansetez et d'abominations pour presser la combustion el l'anéantissement de cest estât dont ils désespéroient l'acquisition.
Bataille A la raucoutrc de Cornod, que plusieurs accidens particuliers et assez cogneus rendirent malheureuse pour nous, ils égorgèrent à sang froid les sieurs de Chissey, de Hontaigu, de Balay, et de Montagnon (?), apprès leur avoir
promis quartier. Ils brusièrent Arintho, Moyrans et Clère- f^Jl^'lrVÎS', vaux toute d'une suite, et mesmes les cabanes des pesti- ^i^^^e^rSJux férés qu'ils fesoient expirer par des charbons plus ardants ^f^**** que ceux de leurs maladie. La petite ville de St-Amour aiant soufTert un siège de douze jours, et de toute l'armée du duc de Longeville, passa de mesme par le feu, et par tous les désordres d'une guerre de payen. Le chasteau de Chevraux, apprès quatre jours d'attaque, trois cent volées de canon, et trois assauts, dont le dernier fut soutenu par quarante soldats qui y restoient seulement armez de quarreaux et de briques (selon le discours de la Gazette), fut réduit en cendres, les soldats passez par les armes, et le Exécution du commendant, nommé Simard, pendu par arrest du vicomte ^^slmîrdf"' d'Arpajoux. Son courage et sa fidélité furent les titres de sa condemnation ; et les mesmes actions qui, auprès des gens d'honneur, l'eussent chargé de gloire et de bienfaits, luy acquirent le supplice qu'on fait souffrir aux plus infdmes voleurs- La ville d'Orgelet, quoyque [rendue avec moins] de résis- orçeiei et tance, n'en eut pas un [meilleur sort], et fut comme les au- "Ibrûiés" ** très la [victime de la fureur des] soldats. Lion-le-Saunier [fut réduit en cendre]...
On ne sortit le sieur de Raincourt des mazures du chasteau où il s'estoit retiré à l'extrémité, que soubs une fausse composition, par laquelle on luy promettoit, avec dessein de le tromper, de le remettre dans Dole avec le reste de son régiment, armes, munitions et bagage ; mais au lieu de luy en faire prendre le chemin, on le promena par trois mois parmi toute la France; puis on feignit de le vouloir faire passer en Espagne ; et, dès la limite, on le rappella pour le remener en Italie, où il a fermé une glorieuse vie par une glorieuse mort.
L'on vit plus de cent beaux villages du voisinage de Lion- Ic-Saunier brusler à mesme temps que ceste agréable ville^ (){> les églises, les monastères, les autels et les sanc-
dw^SnYiroQi ^uaîr^j '^s châsses et les os des corps saincls ne furent non iJ*-làui5tr. P'^'^ espargnez que les balayures des hostelleries. La rage des ennemis ne s'arresta pas là. Elle voulut pénétrer le fond des rochers et des bois, où une partie des peuples de la campagne s*estoient serrez, et lors se vit une chasse contre nature où des bestes sauvages poursuivoient des hommes à outrance^ qui enfm les repoussèrent avec une valeur incroyable, principalement ceux de la grotte de Revigny, lesquels en conservent encore aujourd'huy les mémorables dépouilles.
Il n'y eut non seulement chasteau pour foible qu'il fut en ceslc contrée, mais presque maison, basli, ny chaumière qui ne voulut contester le passage à Tennemy, et ne souffrit les derniers efforts. Bornay fut emporté d'assaut après une bresche ; Saint-Laurent de la Roche deffendu dix-huit jours, à chascun desquels on jettoit» par les feneslres aux assiégeans neuf ou dix soldats morts de peste, avec lesquels tous les officiers périrent, excepté un caporal qui fit la composition, lorsque toutes choses luy manquoient hormis le courage. Le chasteau de Verge fut attaqué trois fois sans
pouvoir estre emporté
ir.:n Sur la fin du mois de mars, au milieu des [invasions de lai
rn . iinpagne mcsmc auuéc mille SIX cent trente-sept. Fie duc deWeimarl vint par un aultre endroit du coslé de la Saulne, avec une armée de douze mille hommes et dix pièces de canons ; il commença par la reprise de la Romagae, qui luy coula trois joui's, plus de six vingt hommes et deux cent volées de canons, au lieu qu'elle ne nous avoit coulé que trois heures et deux soldats. Ce prince vrayment généreux et inlelligcnt des droicls de la guerre, treuva bien les mesmes résislances que le duc de Longeville, mais il n'exerça pas les mesmes indignitez. Le sieur de Cubrj', qui esloit dans la Romagnc, fut traité par luy comme un gentilhomme et cavalier d'honneur. Ghamplilc, qui de mesme se fit battre par une seconde fois, quoyqu'il ne
fut lenable, ne fui pas bruslé pour autant, et ains mis àdeCham^mte trente mille livres de ranson, dont une partie a esté re- <io*iy. eic lâchée depuis sur la considération de son impuissance. Le bourg de Gy, avec des simples paysans contre une si puissante armée^ et toutes les places qui se trouvèrent sur son chemin fermées, voulurent espreuver le sort des armes et ouir son canon. Le chasteau de Marnay sans aucun dehorsy force ni flancs, Tamusa cinq jours, celuy de Moncley quatre, sans pouvoir estre pris ny l'un ny Taulre ; celuy d'Oiselet fut sommé trois fois, le seigneur du lieu, premier chevalier au Parlement, aagé de plus de soixante ans, respondit à la première fois qu'ayant maintenu ceste place contre le dernier roy de France, qui l'attaquoit en personne, il n'avoit pas oublié dés lors ny son métier ny son debvoir ; à la seconde, qu'au pis aller il trouveroit son tombeau auprès de ses prédécesseurs, et à la troisiéme,qu'il ne s*entendoit pas à tant parler et n'avoit plus que de la poudre et du plomb pour répartir. Le duc de Veiraard, qui estoit pressé . de passer sur le Rin, et voioit bien que les retardements que la constance des Bourguignons luy opposoient, nuisoit beaucoup au gros de ses desseins, et donnoit temps au duc de Savelly et à Jean de Vert de se mettre en estât de les recepvoir, ne s'en picqua pas néanmoins, et ne s'efaroucha point à la mode des François, et loua fort hault et souvent ces incomparables amours en nous de la domination soub laquelle nous sommes nez ; le seul [bourg] de risle qui presque sans murailles estoit exposé à un [siège], les habitans préférants le changement de la vie à celuy [qui les priveroit de] leur prince naturel, fut entièrement destruit, dont le [duc] tesmoigna encore beaucoup de desplaisir...
A la sortie de ce pays du duc de Veimard, Son Altesse weimar sort de Lorraine le suivit en queue avec ses trouves et celles ** ^^'* de l'Empire, aflin de le pouvoir serrer, et luy fermer le pas de sa retraite en ce pays, pendant quoy le duc de Lon-
de Bieueraiw ÉT^viUe s'avança du costé de Bletterans, dont il emporta la ville et la força, apprès une bresche de plus de dix-huit toises de largeur, qui n'estoit défendue . que par les habitans et quatorze soldats alemands, le reste estant à couvert avec le chasteau, soubs le lieutenant du régiment Yarlorsqui, qui, selon son ordre, y avoit toute authorité pendant la maladie du gouverneur. Ce chasteau, soit par intelligence, soit par désespoir de quelq'uns des dicts habitans qui avoient veu leur plus proches esgorgez à la bresche sans secours, soit par leurs lâcheté ou autres disgrâces, fut rendu dans deux jours, avec composition d'emmener deux pièces de canon par les assiégez, [promesse] qui ne fut aucunement tenue ny gardée ; et Son Altesse de Lorraine, au premier avis qu'elle eut du Parlement, que le duc de Longiieville attaquoit ceste place, y accourut avec le marquis de St-Martin, gouverneur du pays, tesmoignants un grand désir d'en venir aux mains avec l'ennemy. Ce que la reddition trop soudaine de la place divertit et empescha, an grand regret de toute l'armée et de toute la noblesse de la province, qui y estoit accourue. Sa dite Altesse n'aiant pas jugé à propos d'attaquer l'ennemy, immédiatement apprès ceste conqueste qu'il venoit de faire et sur le bord de son pays, du^winle ^® comte de Grancey, d'autre costé, pensant surprendre
de urancey. j^ Montaguc, ct sc prévaloir de l'esloignement de nos trouppes, sortit de Montbéliard avec cinq pièces de canons, deux cent chevaux ct mille fantassins, puis se vient présenter à l'endroit de Sainct-IIyppolite. Les Montagnards plus voisins, quoyque destituez de chef et d'officiers de guerre, s'assemblèrent à un signal, et, sans observation d'aucun ordre militaire, chargèrent avant que de les recognoislre, si brusquement et impélueusement, qu'en moins de rien ils gagnèrent tout le canon ct les bagages, laissèrent sur la place plus de cinq cent morts de l'ennemy, aiant mis le reste en dcroule,qu'ils poursuivirent jusqu'aux
portes (le Montbéliard, et la personne mesme du conte de Grancey blessée en divers endroits, [un montagnard] du village de Russe, armé d'un long couteau à deux tranchans, sejestaà corps perdu au milieu des gardes
Plusieurs prisonniers de condition demeurèrent aux mains de ces villageois, qui ne les traitèrent pas si mal que Tannée précédente eux avoient traitez le seigneur de Vallengin, qu'ils conduisirent nud par la ville de Montbéliard, quoyque blessé d'une mousquetade dans le ventre, qui luy fesoit sortir les entrailles, et nonobstant luy couvrirent le corps et le visage de franges à guise des Turcs, luy firent donner, à chascun coin de rue, cinquante bastonnades, ne prenant aultre subject d'un procédé si barbare, sinon qu'avec quarante hommes seulement il avoit forcé et emporté le pont de Vougeaucour ; depuis, le mar- Reprise de quis de Saint-Martin le reprit de nouveau sur eux, et le °"^®*^^°"' * chasteau dont le commendant se rendit à nostre mercy sans que le souvenir d'une si mauvaise conduite de leur part nous portât à aucune rigueur envers luy. Le marquis de St-Martin luy donna la vie et la liberté, se contentant d'emmener le canon, et eût sans doute passé plus oultre, s'il ne se fut trouvé obligé d'accourir à l'entrée du duc Veimar, d'autant plus habilement qu'inopinément il avoit surpris et malmené les troupes Impériales du costé de la Saône.
Le reste de ceste mesme année mille six cent trente- «ea?». sept, jusqu'à l'heure de la présente mille six cent trentehuit, se passa en des courses et parties entre les garnisons de Dole et de Gray, et celles des places et frontières de France. Champlite fut repris par des industries sages et Ropriso généreuses conduites du sieur d'Andelot, gouverneur du ^ *^"^* ^' dit Gray, et par l'incomparable fidélité des habitans. Le barron de Savoyeux, d'autre part, qui commendoit sur Poligny deux cent cinquante chevaux bourguignons, ne cessa de harceler l'enncmy et de rompre les convois de muni-
lions qu'ils pensoient jetter dans Blellcrans, dans St-Lau-
rent de la Roche, et autres places par luy nouvellement
conquises.
Mai 163S. A l'entrée du mois de may de ceste mesme année mille
on France six ccut treute-huit, Son Altesse de Loraine sur [les ins-
do Lorraine, tauccs] conlinuellcs du Parlement , pour donner temps
à la Montagne de se fortifier, [conduisit] toutes nos troupes
en France
La terreur et le bruit de ces armées [se répandit] jusqu'au fond de la France, en sorte que le mareschal de Brosez fut obligé de quitter la marche qu'il avoit prise pour venir à luy, et l'incommoder en la suilte de ses desseins ; mais Tadvis qui luy fut donné par le Parlement de la rentrée au pays du duc de Longueville avec une armée de sept mille fantassins et trois mille chevaux, assortis de canon de campagne et de batterie, Tavoit desjà rappelé.
camMgne Gft fut le premier de juin de ceste année que le duc de de Longueville. Lougueville, avcc le sieur de Feuquière, son lieutenant général à la place du vicomte d'Arpajoux, qui l'estoit l'année précédente, vint redoubler ses attaques dans ceste mesme province, commençant par le chasteau de Chaussin. Et, comme il avoit accreu de force et de résolution de nous traiter plus inhumainement que du passé, il trouva aussy partout un accroissement de valeur et de détermination, quoyqu'il sembla que d'un costé et d'autre la mesure fut comblée. Encore se Irouva-t-il de quoy y adjoustcr quelque chose, comme on pourra le rccognoislre par la suitte de ceste fidelle narration, qui n'a point d'autre ornement que ceux de la vérilé, et que l'on a estimé devoir estre assez force et éloquente par la seule matière dont elle lrai(c, sans rien emprunter de Tart ny d'agencement.
Ceste armée fresche et puissante, fournie surabondara-
ment de toutes munitions, fut arrestée deux jours, dedans son propre pays, devant ceste bicoque qui s'estoil rendue à nous sans coup frapper ; il y faillut emploier plus de cent volées de trois canons de trente-six livres de basle, et disputer encore apprcs la bresche faite. Geluy qui y commendoit estoit un soldat de fortune nommé le capitaine Cadet, auquel on promit la vie, et à cinquante soldats qui combattirent soub luy, [avec] permission de tirer du bagage autant que chascun [d'eux] en pourroit emporter sur luy, sans aide de chariots [ny de] chevaux. Il alla se reposer sur ceste asseurance, [tandis que] que ses compagnons prépareroient leur sortie, et ne fut réveillé que par le prévosl de l'armée et ses archers qui le viendrent saisir pour le mener au supplice, auquel, par un acte de truauté bien particulier, on contraignit sa femme d'estre présente et de le voir pendre à un arbre au devant de la bresche qu'il venoit de soutenir. Son sergent, qui Tavoit suivi en beaucoup d'occasions favorables ne le quitta point en celle-cy, et fut attaché auprès de luy. Ils se contentèrent de reprocher aux ennemis leur perfidie et rendre leurs Ames à Dieu, avec une constance si rare que leurs persécuteurs en demeurèrent confondus. La Gazette de France, pour couvrir l'infamie de ceste action, dict que le capitaine Cadet estoit originaire du Duché de Bourgougne, et fut puny comme tel. Ainsy se justifie l'énormité d'un crime par l'impudence d'un mensonge qui à peine pourroit passer pour bon auprès des plus estrangers. Les corps de ces braves soldats furent conduits sur des clayes au devant du chasteau de Raon, et monstrcz au capitaine Dusillet, qui estoit dedans avec cent paysans des villages voisins. Ce spect.icle (par lequel on pensoit le détourner d'attendre le canon) l'affermit dans le désir, comme il dit, d'acquérir et mériter les mesmes honneurs ; ce qu'il fit, voire mesmc avec quelque enchérissements de barbarie du costé de l'ennemi, son valet aiant esté mis au choix ou de le pendre
Prise de CbauBsin.
Exécution
du capHaiue
Cadet .
de Rahon.
d^*ca"iiaiDe ^" ^'^strc pcndu, Icquel accepta le dernier parti, et ainsy Dusiliei, il devint compagnon de son maistre au lieu d'en eslre le bourreau. Les paysans furent décimez, et, selon le sort du dez, huict d'entre eux paièrent la vie pour les autres, qui après estre dépouillés de tout ce qu'ils avoient furent enchaisnez et [mis à rançon].
Prise La prise de ces deux chasteaux fut suivie de démolition,
deFronlenay. J r i i n n t ,
pour le parachèvement [de laquelle 1 ennemy] y demeura campé six jours. [De là il vint assiéger le chasteau] de Frontenay, que Tannée [précédente il avoit été obligé de quitter] en moins de deux heures, avec cent soldats commandez par un capitaine Gascon, qui menassa tousjour de loing, et lleschit aussytôt de près ; la première fois que ceste place fut attaquée, elle Tavoit repoussé honteusement apprès quatorze jours de siège, celuy qui y commandoit lors se nommoit Darioz. Depuis elle fut prise par assaut, aiant soutenu plus de deux cent volées de canons, sans celles qu'il avoit desjà souffert au premier siège ; les François y estant ainsy entrez, en furent mis dehors à la sorte que nous venons de dire, et lorsque nostre armée passa pour le secour de Bletterans. Geste dernière fois la ^tic^BieueraM.* résistancc y fut encore plus merveilleuse qu'elle n'avoit esté. Un sergent réformé du régiment du sieur de Goux, nommé Jean Flamand de Dole, y esloit entré avec trente soldats seulement, et Ton luy en avoit envoie vingt-cinq de renfort, avec quelque munition de guerre tirée du chasteau de Poligny, lorsqu'on vit l'ennemy s'en approcher. La response qu'il fit, quand on le somma de rendre la place, fut qu'il estoit de Dole. Il fit mourir, aux approches, dix officiers de l'ennemy et plus de cent soldats ; et, depuis, quoyqu'il ne luy restât que fort peu de munition de guerre, il souffrit la bresche, la répara et la défendit, en sorte que les assiégeans furent contrains de venir à la mine, laquelle on luy fit voir et cognoistre sans qu'il s'en esmeut aucunement ; et, Taiant laisser jouer, apprès la tour du chas-
teau emportée, il se barricada de chambres en chambres» et contraignit le duc de Longueville de luy offrir composition, pour éviter la perte d'aussi grand nombre des siens qui pensoient aux attaques.
[Il la] refusa tousjour, jusqu'à ce qu'aiant la main [droite] emportée de Tesclat d'une mine et d'un coup [de] mousquet au dessus du col, ne se voiant plus que [quelques] soldats, il demanda quelle composition on luy vouloit faire, et luy aiant esté répliqué qu'il se remit à la discrétion des assiégeans : « Cela n'est rien, respondit-il, car ils n'en ont c point, qu'ils donnent quand ils voudront, ils ne me pren- € dront meshui tout entier, i^ En ceste résolution il soutient le dernier assault auquel, après avoir receu encores des nouvelles blessures, il fut forcé et emporté tout couvert de sang, de poudre et de plomb, au duc de Longueville, lequel commcnda qu'il fut tout à l'heure pendu en cest équipage. Plusieurs gentilshommes françois en murmurèrent, et dirent que l'on ternissoit trop avant l'honneur de leur nation par la continuation de semblables infamies. Néanmoins l'on passa outre à l'exécution, et, lorsque le bourreau le poussa, la corde aiant rompu, et ce noble patient se treuva trop foible pour estre remonté, et guidé de nouveau, il fut arquebuse gissant en terre, comme par un arrest plus puissant que celuy du duc de Longueville, et qui sembloit en condamner l'injustice aux yeux de toute son armée.
De Frontenay on passa à l'abbaie de Baulme, où, comme dit la Gazette de France, il fesoit bien chaud ; cinquante paysans qui s'y estoient retirez y tuèrent presque aussy grand nombre de gentilshommes, et, pour racheter le feux, composèrent à quatre mille francs ; le reste des habilans de ceste vallée s' estoient assemblez sur un rocher dans une caverne fort vaste où l'ennemy voulut grimper. Mais il y perdit tous les aventuriers qui pensèrent tenter le chemin, et s'en retira avec beaucoup de honte, et de peur.
Exécution
do sergent
Flamand.
RésUtance ft Baume.
Sortie Pendant que le duc de Loneueville esclairoit tous les
(le la garnison * "
de uoie. passagos de son a^mée des embrasements continuels d'autant de villages que s* en rencontroient sur sa marche, en trois heures de. contour, les garnisons de Bellegarde, de Verdun,de St-Jean de Losne, d'Auxonne, fesoient [plusieurs] petits gros enflez de bourgeois et cavaliers [volants, qui] venoient donner beaucoup d'exercice et de [peine] à ceux de Dole qui, lassez [de leurs escarmouches] les repoussèrent, et coururent [jusque sur leurs terres] où, sans crainte ny des canons [ny de la cavalerie, ils en tuèrent] plus de quarante, et amenèrent quelques prisonniers, lesquels entendus par des commis du Parlement découvrirent qu'en la forge de Rambon, se formoient les bombes,^ grenades et basles destinées au prochain siège de Salins ; de quoy le procureur général aiant donné advis au sieur d'Andelot, gouverneur de Gray, il fit partir trois mousquetiers, cent arquebusiers à roy, cinquante chevaux, qui, avec plusieurs pionniers armez d'instrumentz propres à rompre les barricades^ destruisirent en moins de rien tous les ouvrages qu'on avoit faict pour la deflence du lieu, et aiants forcez toutes les avenues de la maison y entrèrent violemment, démolirent les bastimens, ouvroirs, fourneaux, et toutes ces machines dont la perte ne pouvoit se réparer pour cent mille francs.
A leur retour, ils eurent sur les bras les garnisons de Talmay, la Marche, Mirebeau, et StSeigne, qu'ils remenèrent battants dans leurs postes, et, de là à peu de temps,
Prise de surprindrcnt Monlsaugeon, et y firent quantité de butin et de prisonniers. Geste destruction embarrassa fort la suilte des desseins du duc de Longueville, lequel depeicha en France le sieur de Miromény, intendant général de la justice militaire, pour pourvoir à des nouvelles provisions de guerre ; et, aiant appris que Son Altesse de Lorraine s'estoit campé au dessus de Poligny eut la témérité d'y passer, et d'entreprendre de le combattre pour s'enlever d'un
Montâaugeon«
coup les opposiiions qui pourroient le relarder de s'attacher ^^ L^gueviue à Salins, où esloit le principal objet de ses entreprises. Ce près Poiiffiiy. fut le 19 de juin que le combat se donna, où toute l'armée du duc de Longueville coucha son reste, et fut receue et repoussée par la moitié de la nostre seulement, qui aparemment eût achevé le grand œuvre si elle eût poursuivi la victoire et l'ennemy avec autant de soudaineté et d'ardeur, qu'elle l'avoit soutenu avec [vigueur] et courage. Son Altesse de Lorraine se [conduisit] au plus fort des dangers avec un sens aussy [juste], que son cœur et son bras estoit eschauiï.), et fut en tout généreusement secondé par le marquis de St-Martin. Les particularitez de ccste journée estant dislinclement rapportez en la relation du sieur de Remecourt imprimée à Bruxelles, il seroit supperflu d'y rien adjoutcr, sinon que Dom Antonio Sarmiento, embassadcur de Sa Majesté, digne fils de ce grand ministre le comte de Gondomard, et légitime héritier des rares qualitez qui l'ont fait admirer de toute l'Europe, y accourut en diligence dès Salins, malgré la fiebvre qui l'avoit alité, et nonobstant la saignée qui luy avoit esté faite le mesme jour ; il donna cœur aux soldats en toute façon, remédia aux nécessitez de l'armée, et usa de libéralité extraordinaire envers les blessez.
L'ennemy aiant fait sa retraite avec confusion apprès une si rude courvée, prit huit jours de repos, apprès lesquelles estant rafraichi d'hommes et de vivres, et sçachant que Son Altesse de Lorraine avoit quitté son premier poste et fait retrancher toutes nos trouppes au devant de Salins, sur le mont d'Yvory, il vient attaquer d'un mesme temps la ville et le chasteau de Poligny ; tout y fut disputé, et il ^e pougny. fallut commencer par les fauxbourgs, où l'ennemy perdit quantité de bons officiers et soldats, et encore beaucoup plus à la ville que soutint le canon et deffendit la bresche avec bien peu de bourgeois, le reste aiant esté épuisé les années précédentes par une violente contagion. Et enfin
]a foiblesse cédant à la force, l'on y entra d'assaut, et là fut mise en pratique tout ce que Tinsolence d'un cruel vainqueur peult produire de plus tragique, et de plus funestes [tellement] que l'on cherche auiourd'huy en quelle place [fut] autrefois ceste belle ville, [l'une des plus florissante] de la province.
Le chasteau après cinq jours de défense, et dans le désespoir d'estre secouru, se rendit à composition honorable.
Prise d'iirbois. Arbois fut aussi rcudu à composition apprès la bresche faicte^ et la composition violée si avant, qu'enfin ccste pauvre ville a passé par le feu comme les aultres, et contre la réserve expresse qui avoit esté faite. Le chef du Magistrat fut conduit, non en ostage tel qu'il esioit, mais en esclave, la teste nue, les fers aux pieds et aux mains. Le
Prise et reprise chastcau de Vadaus, de qui Tennemy, selon sa propre confession^ avoit esté fort incommodé pendant le siège de Poligny et d' Arbois, fut immédiatement attaqué par luy avec de grands efforts; deux cents volées de canon y ouvrirent la bresche^ qui jusqu'à deux fois fut courageusement réparée par les assiégez. Mais selon l'adveu de la mesme Gazette, la cheuste d'un bastiment aiant tué plus de quarante de ceux qui estoientdedans,les aultres en sortirent avec armes et bagages et tous les advantages qu'ils purent désirer. Douze jours apprcs dans la retraite de l'ennemy et sur les ordres du mesme ambassadeur Dom Antonio Sarmiento, quelques troupes de Bourgougnons reprindrent ceste place sur la veue de deux canons de six livres de basle, et obligèrent les assiégez françois, en nombre de quatre-vingl, d'y laisser toutes les munitions de guerre et de gueule qu'ils y avaient trouvé et a^pporté.
Le mesme bonheur ne nous accompagna pas au dessein de la reprise du chasteau de Poligny où deux cents des nos- Ires, faute de s'estre retranchez, de se bien correspondre et se donner la main au besoin furent, partie taillez en
RÉCITS UISTORIQUËS. 43â
pièces, et parlie emmenez prisonniers. [La] plus grande ^*^^poi,Jn^*"' partie des officiers aymèrent mieux [mourir] que d'attendre quartier et furent trouvez [couverts] de playes, estendus sanglants sur la place^ leurs picques coupées jusques à Tempoigne. Entre autres, les capitaines de Ronchaud Tàisné et de Yilleneurve, le sieur d'Antorpe, maistre de camp, le capitaine de Raucourt, son beau frère, le jeune de Ronchaud, l'alphed Jaleranges, y furent blessez et emmenez.
Dès Yadans l'ennemy recula au lieu d'avancer; mais L*enoemi apprès avoir rassemblé ses forces et ses esprits pendant ^®^"*®' une sepmaine, en quoy il fut assez troublé et diverti par le baron de Savoyeux, qui luy deffît soizante maistres, la pluspart gens de condition, qui venoient de Bletterans au camp, il retourna sur ses pas^ et se vint camper au village de Molay à une heure de Dole. Il s'y fortifia tant ''■pioiyf®*' qu'il peut, pour s'y tenir clos et couvert, comme il fit pendant quinze jours sans en vouloir laisser sortir personne, non pas mesme pour répondre à des partis qui, dès Dole les venoient attaquer tout près de leurs retranchements, sinon peu de temps apprès qu'ils décampèrent que le duc de Longueville vint en personne, avec six cents chevaux et deux régiments d'infanterie, à la portée du canon de Dole, d'où il fut salué si promptemcnt, et par les sorties LongnevUK» des soldats et bourgeois pressé si ardemment qu'il redou- ^ ^SSS^ *** bla le pas pour regagner le centre de son camp ; enfin, sçachant que nostre armée avoit pris une route bien éloignée de luy, il marcha en bon ordre pour passer de l'autre costé de Dole, et y venir assiéger [le chasteau] de Chevigney gardé seulement [par quelques soldats....] prige de
Apprès la perle de plus de cinquante hommes de l'en- *^***'^'*^"Ynemy, il fut rendu à composition qui porloit que le commendant, avec ses armes, et les soldats la baguellc en main, seroicnt conduis à Dole en loule sciireté. Mais, au lieu de Dole, on les mena à Auxonne garrolez cl enchnîaez comme des forçats de galères, fondant ceste perfidie
sur les remontrances du sieur du Bousquet^ gouverneur d'Auxonne, qui estoit venu au camp, et, apprès la reddition de ce chasteau, avoit asseuré que ceux qui en sortoient, avoient portez beaucoup de dommages à ceux d'Auxonne, par les parties qu'ils fesoient ordinairement, et par la retraite qu'ils donnoient à ceux de Dole pour courir sur le voisinage de France. La Gazette advoue que ce mesme chasteau, qui soubs la garde des François s'estoit rendu à la veue de noslre canon, avoit souffert ceste fois cent et trente volées de pièces de batterie. Les mesmes raisons du sieur du Bousquet firent démolir ce chasteau, et brûler le viilage de Chevigney. Au décampement de Molay, Tennemy perdit près de qualre cents hommes, que ceux de Dole lui tuèrent, donnant incessamment en queue sur ceux qui s'escarloicnl tant soit peu de Tarméc.
La prise du chasteau do Chevigney fut suivie de celle du Prist-îjpir^rrise \)o\\vçr (|c Piîsmcs, d'où Ic princc (le Lonnrucville, après avoir
de Pesmt'8. ^ ' ' o » i
lente en vain les chaslcaux de Balanoon et de Chantonnay, repassa la Saône pour se couvrir davanLige contre nos troupes quiestoientaudelàdela rivière de l'Oignon, et, sur insUinces continuelles du Parlement, quittoient les endroits de la montagne, du costc de Montbéliard et [de la plaine], où elles avoient repris les chasteaux de Soie [et de] Gouhenans, pour se rapprocher du duc de Longueville. Ce qu'il avoit laissez de gens à Pesmes fut tué en une heure par les Liégeois du régiment du marquis Saint-Martin qui les surprindrent. Reddition Après le passage de la Saône, Tennemy attaqua le chas- " '^^' teau d' Autrey, où estoit un sergent de l'ancienne garnison de Gray, nommé Lanoy,avec quelques retrahans ; il voulut, comme les autres, attendre le canon et la bresche, donnant temps à nos troupes de s'approcher, et ruiner toujours l'armée ennemie qui, par tant de combats et de fatigue, s'alloit fort diminuant. Mais, se voyant hors d'apparence d'astre sitost secouru, comme il luy sembloit nécessaire, il composa de sortir avec armes et bagages^ ce quy lui fui
bien accordé, mais si sinislrement que, sur le chemin de son retour, on lui dressa une ambuscade, qui luy enleva et à luy et aux siens tout ce que la composition leur accordoit.
Le lundi suivant,vingtroisiéme du mois d'aost, Champlite fut assiégez pour la troisième fois. Â la première, deux mois après le siège de Dole, il Tavoit esté pendant quatorze jours, par les troupes commandées du cardinal de la Valette et du duc de Weimar, sur qui les habitans avoient faict des courageuses sorties, attendant le secours qui leur arriva de Tannée Impériale soubs la conduite du comte Galas. La seconde fois, il fut emporté d'assaut, comme il a esté i^^diuon de dit cy devant, et depuis s'étoit, par une action héroique, chaœpiuie. remis soub l'obéissance de son souverain. Geste dernière fois, il fut de mesme forcé [par un] assaut soutenu d'un petit nombre [de soldats] qui y restoient [Le commandant] fit tout ce qui se [pouvoit faire par un brave] homme et vaillant. . . [ayant] encor gaigné le chasteau avec ceux qui purent s*en eschapperà la fureur d'un ennemy insolent et altéré du sang de ce pauvre peuple, s'y défendit constamment, jusqu'à ce qu'il eust advis de nostre arrivée, qui n'estoit qu'à deux heures^ qu'il deut composer comme il pourroit, sans espérer aucun secours. Car lors encore, à la grande instance des habitans, il capitula, la vie sauve pour eux, à la réserve des nommez Champion, Chaillet, Cornu,
la Croix, Poteleret qui demeuroient à la disposition du
duc de Longueville, pour avoir servi de plus puissant instrument à la réunion de ladite ville à la souveraineté de son prince légitime ; l'honneur sauf aux femmes et filles, la liberté aux ecclésiastiques de vacquer au service divin, aux capitaines le pouvoir d'emmener quatre chevaux, aux officiers chascun un, aux soldats d'emporter leurs armes, marcher enseignes déploiées et tambour battant, avec escorte suffisante jusqu'au lieu de Gray. Aussylost que les gens de guerre furent sortis, on démolit les mu-
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railles de la ville, Ton cassa les cloches, on mit hors des portes toutes les femmes et les enfans, sans vouloir leur donner un morceau de pain, les fesans périr de famine à Tombre de leurs foîers. On emmena prisonniers les plus commodes, et Ton condamna les pauvres aux galères. Quand aux six réservez, fleux furent pendus apprès avoir souffert des supplices du tout estranges, et un tiers aiant sautez du chasteau en bas et s'estant froissez les jambes, fut achevé à coups de mousquet. Les autres ne purent jamais estre retrëuvez et s'échapèrent addroitement. Geste petite ville, digne de tant de recommendations, estant ainsy demeurée sans assistance, Tennemy croioit que, sur l'exemple de sa peur et de son désastre, les chasteaux du bailliage d'Âmont ouvriroient leurs portes et envoiroient les clefs au rencontre du duc de Longueville. Mais, aiant trouvez tout le contraire, et en chascun une volonté incroyade mourir pour le service du Roy, il tourna [sa route] con- Lonffifiviiie tre la Bresse, sur les clameurs des peuples attirez par les
pMse ea Bresse * » •
courses continuelles du sieur d* Amans sur eux, jusqu a prendre le sieur de Gonnutans, cavalier François, gouverneur de Saint-Amour, et blesser le commandant de Cuseau à la barrière de la ville, obliger seul à seul, avec une compagnie de volontaires, une province entière de mettre en pied de nouveaux régiments, d'assembler le banc et rière-banc de la noblesse, avec les corps de la milice ordinaire pour se couvrir et garantir de ces efforts.
ni.
Yoylà le pourtrait racourci et une figure en petit volume non de toutes les misères que la Franche-Comté de Bourgougne a souffert dès le siège de Dole, mais de celles que les François y ont façonnez et répandue de leurs seules mains, sans toucher aux autres qu'ils ont attirez, et dont
leur injustes attentasts les ont rendu les sources et les autheurs.
Les usurpations de la Loraine, de l'Alsace, du comté de Montbéliard, des terres de l'évesque de Basle, d'une partie du Montferrat, des villes de Suse et de PigneroUe, de la Valtoline, en quoy les vefves et les pupiles des princes les plus amis et allez de la France n'ont non plus esté [espargnés] par elle que les RocheloiSi ont servi d'afmorce] à ceste sienne dernière entreprise
Autrefois,nous avions icy veu, soutenu et repoussé Henry quatrième, père du roy de France à présent régnant. Hais, quand il vint à nous, nous l'attendions ; il menaça avant que de frapper, et, quand il frappa,ce fut en soldat. La fraude, la dissimulation, les violements, le feu, les sacrilèges n'accompagnèrent point ses armes, au lieu qu'à ceste fois, par une subversion générale de toutes choses^ on nous a envoie caresser, accueillir, complimenter par des gens d'église, d'espée, de longue robbe, lorsqu'on nous a voulu porter le coup mortel. On a tasché, un an entier sans discontinuation, d'assoupir les membres dont on préparoit la section, et jamais ny tant d'ouvriers, ny tant d'outils, ny tant de soings ne furent emploiez à la fabrication d'une machine trompeuse^ laquelle avoit le dehors tout paré de roses,et le dedans tout hérissé d'espines, portée sur des roues calfattées pour rouller à petit bruit. Mais, lorsqu'elle commença d'esclatter et que le ressort murtrier, qui en debvoit ouvrir les secrets, eust joué, on en vit partir des monstres plus horribles et plus farouches, que du fond de la Lybie.
Sans double que la postérité aura peine de croire et horreur de lire ce qui s'est passé en ceste guerre, si quclq'un a la force el la résolution de liiy en laisstir Thistoire enlièrc, qui debvra eslrc cscriplc en caractères de sang. Mais, apprès tout, il conviendra d'avouer, en examinant curieusement les circonstances^ que la conservation
de la comté de Bourgongne est toute miraculeuse et un ouvrage immédiatement sorty de la main de Dieu, qui Ta regardée comme son vray, plus pur et plus ancien héritage, comme le plus précieux tbrésor de la religion et le fort plus asseuré de la foy et de la piété. Et pour ce ne peut on doubter aucunement que celuy qui est le vicaire de Jésus-Christ icy-bas, et qui, à Timitation de son maistre, doibt estre prince de paix et d'union, ne s'intéresse bien avant, avec le sacré collège des Cardinaux, en la persécution de cest Estât, qui ne souffre à aultre tiltre que pour estre fidelle à son Dieu et à son Roy, et pour avoir tousjours constamment rapporté toutes ses actions à ce seul et unique but. Le Saint-Père considérera de plus que, par la continuation de ceste guerre, ou il y va de Thonneur des autels, la pureté de la foy que nous avons si généreusement maintenue, que nos prédécesseurs dès tant de siècles nous ont transmise sans altération, et en sa première splendeur, pourroit estre affoiblie et corrompue de son temps, lequel malheur un digne successeur du [prince] des apostres semble estre obligé de [prévenir] avec toutes les forces et les foudres [de l'Église], ne souffrant pas que des enfans [qui ont esté] si tendrement aymez du Saint-Siège et si respectueux envers luy, soient pirement traitez par les ministres et suppôts du Roy très chrestien,que n'ont esté les hérétiques rebelles ses subjets, à qui on n'a démoli ny temples, ny maisons, non pas mesme osté les dignitez et prérogatives qu'ils possédoient auparavant ; au lieu que, parmy nous, sur qui le roy de France n'avoit rien à cognoistre ny en blanc, ny en noir, on n'a veu de sa part qu'embrasements, saccagements, emprisonnements, tortures, supplices ordinaires et extraordinaires, proscriptions, prophanations, démollissements et violcments de femmes et de filles, les unes forcées au conspect de leur mary, les autres arrachées d'entre les bras de leur mère, pour assouvir la rage et la lubricité des goujeats. Et, parmy ces outrages
et vexations, on a remarqué le courage et la fidélité de nostre nation s'eslever, et de plus en plus^comme le safran soubs la gresle et le palmier soub la charge qui l'opprime, Taffection de nos peuples, logez à l'extrémité de la domination du Roy nostre souverain , s'estant pareillement montrée extrême jiisques & des termes qui sembloient au dessus de la nature, s'estant trouvé en tout aage et en tout sexe un mespris uniforme et constant de la vie et des biens, pendant trois années de suitte, et avec ce seul désir de demeurer fermes en leur religion et en leur debvoir envers leurs princes. En quoy ils n'ont peu estre non seulement divertis, mais tant soit peu ralentis, ny par les mauvais succès que les armes de la maison très auguste d'Autriche recevoient aucune fois en quelques endroits et occasions d'importance, ny par les nécessitez et famines, ny par les offres, menaces, promesses des François,en sorte que l'on a veu tous les prisonniers des nostres, qui estoient entre leurs mains et qui pouvoient vivre parmi eux avec assez d'aise et d'abondance, vendre ce qui leur restoit de meilleur et espuiser la substance de leurs plus proches pour se rachepter et retourner de nouveau deffendre leur patrie parmy beaucoup d'incommoditez.
Nos ennemis mesmes confessent que , de la moindre personne de ceste province que le sort des armes a réduit à leur puissance, non seulement ils n'en ont peu tirer aucune parole désavantageuse ajux princes de la très augusto maison d'Autriche et de leurs ministres, mais pas une aussy de louange et d'approbation pour la nation françoise : quelques prisonniers aiant mieux aymé expirer dans les derniers supplices, et par la main d'un bourreau, que de dire : Vive le roy de FranceyCi quelques aultres interrogez pourquoy ils vouloient raller au comté de Bourgongne qui alloit périssant de jour à jour, aiant respondu que tant qu'il y resleroit sept pieds de terre, ils [vouloient] les aller deffendre, et en toute [extrémité] y faire leur sépulture.
Lesquelles [marques de] fidélité et de constance, les François ont attitrées de rage et de forcements, et de là pris de nouvelles matières de transport et de vengeance contre nous, à guise des anciens persécuteurs de TÉglise, que la profession de la foy des saints martirs, faites au milieu des tourments, enQammoient et animoient de plus en plus à de nouveaux genres de supplices.
Aussy,d'une part, Fexpérience très dure de leur animosité en nostre endroit, marquée de tant de tragiques et lamentables effects, et leur rescription d'ailleurs à leur confidents de mesme party, nous ont appris en quel rang d'inimitié ils nous tenoient,et les sentiments qu'ils avoient de nostre conduite. Voicy à peu près le sens et les paroles d'une de leurs lettres adressée à un des principaux officiers de TEstat de Neufchastel par un des domestique du duc de Longueville: c Nous avons jusques icy inutilement emploie la € douceur et la force pour abbaisser la vanité et fleschir c l'endurcissement des Franc-Comtois ; l'on auroit plus- « tost miné Mont-Hélian et sappé le Havre de Grâce, que c changé l'humeur de ces sauvages ; ils se battent par- € tout, dans les villes^ dans les chasteaux, dans les villages, c dans les clochers, dans la campagne et dans les bois ; et, c quand ils sont nos prisonniers, encore nous font ils la € guerre. Chasque année ils nous usent une bonne année, c et, pour peu qu'on les éloigne, ils passent nos rivières € comme des désespérez, et nous viennent chercher. fuc rieusement chez nous : ce qui nous oblige d'en extermic ner la race, du premier jusqu'au dernier. Si monsieur € le duc de Weimar et monsieur le Prince n'avoient faict c leurs efforts pour les mettre à la raison, on accuseroit c nostre maislre d'y aller trop mollement ; mais ceux qui c en parleront s'y trouveroient bien empeschez eux mesc mes : on luy mande de Paris que la Savoie aiant esté c prise en quinze jours, Suse et Pignerole en trois sepc maines, l'Alsace en trois, la Lorraine en quatre, on ne
€ peut comprendre qu'un pays plus foihle,entourré de tous € nos estais et détaché de cent lieues de la domination € d'Espagne, estant si puissamment attaqué, résiste trois c années entières. :»
De tout ce que dessus on peut recueillir et conclure, ou vraysemblablement augurer et se promettre :
Premièrement, que la France aiant heu toutes les faveurs de la fortune pour la direction de ses entreprises contre nous, les vents, la pluie et le soleil à sa disposition, l'opportunité des temps et des affaires, la plus grande en toutes rencontres qui se soit jamais veue, aiant combattu du bord de son royaume, fait ses apprêts à loisir, et dans l'ignorance de nostre part de ses désirs par Téblouissemenl trompeur qu'elle nous donnoit et les illusions continuelles qu'elle nous suscitoit, aiant fait ses effors lorsqu'elle avoit le choix des hommes, qu'elle pouvoit les changer et raffraîchir à volonté, que le duché de Bourgongne estoit entier etn'avoitpas encore senti nos courses, lorsque nostre pays mesme leur pouvoit fournir des quartiers et logements aux environs des places assiégées ; que, sur la face de la terre et dans le fond des villages, se treuvoient les pâturages, les vins et les bleds en abbondance pour tenir les soldats en haleine ; aiant heu la commodité, pendant la liberté du commerce et dans la fréquentation qui se fesoit d'une nation à l'autre, soubs le privilège de la neutralité, de tâter le poux h qui les François ont voulu^ semer leur mauvaises graines, et se servir de tous les artifices qu'ils avoient préparez de longue main, et avec tout cela n'aiant peu néanmoins donner la moindre atteinte à nostre constance ; aiant recogneu tous leurs travaux de mesme nature envers eux, qu'ils se sont tesmoignez envers nous, sçavoir ingrats et infidelles, et enfin aiant veu pendant trois ans qu'avec la conscience ils avoient perdu leurs peines et leur entendement ; il est bien à présumer que cy-apprès encore avanceront ils moins à la conqueste de toutes les places [fortes].
442 GUERRE DE BIX àNS
qui restent entières, fortifiées au [dessus de] ce qu'elles estoient auparavant, et plus asseurées par la ruine de toutes les autres moindres, d'oii Tennemy pouvoit tirer de la subsistance à nostre dommage.
Secondement, que nous ne pouvons doubter du redoublement de la paternelle affection du Roy nostre souverain envers nous et de tous les princes de sa très auguste Maison. La grandeur de leur générosité, jointe à celle de nos services, le nous doibvent persuader, quand ils considéreront ce que nous avons fourny de sang et de biens, avec quelle patience nous avons attendu leur armées de secours, avec quelles largesses nous les avons receues, avec quelles incommoditez nous les avons entretenues, les nourrissant de nos entrailles et de la dernière substance des peuples espuisez, et qui ne vivent plus que miraculeusement d'une saincle confiance qu'ils ont en Dieu et de l'amour toujours ardant de leurs princes ; quand ils regarderont à quel coing nostre fidélité est marquée, ce qu'elle nous couste^ de quels liens elle a esté estreinle dans l'esloignement des autres terres de leur domination et dans un tel voisinage, comme est celuy de la France ; quand ils penseront qu'aucuns accidents sinistres et contraires n'ont rien rabattu de nostre courage et de nostre fermeté, que le bruit du moindre bonheur survenu parmi toutes nos disgrâces, nous a fait allumer des feux de joye, à l'envi de ceux de désolation dont les François esclaîiroicnt toute la campagne; quand ils sçauront le nom de tant de gentilhommes morts dans le service, de tant d'éclésiastiqucs immolez à la fureur des huguenots, aucuns brusiez et les autres précipitez du hault des rochers, de tant de gens de justice revenus vaillants soldats et commendants des places ; quand en particulier ils se représenteront la force incomparable du cœur et de Tesprit de ce Parlement célèbre, qui a exercé toutes les fonctions du Sénat romain, et qui, avec des mains aussy fermes et asseurées que pures et nettes, a tenu droit le
thimon de l'Eslat parmi toutes les tempestes qui Font agité. Sans double que ces provinces, les vrayes images de Dieu sur terre, embrasseront estroitement les intérests du général et des particuliers de ceste province désolée ; ils la réchaufferont dans le milieu de leur sein, rhabilleront ses membres rompus, rempliront ses veines vuides et affauties, verseront autant de bienfaits sur elle, qu'aile a versé de sang pour leur service, répareront au quadruple les ruines de tant de villes, bourgs et villages, dont les cendres sont esparses par toute TEurope, comme des semences d*honneur et de gloire. Ils en affermiront et accroisteront les privilèges et les immuni tez. Une année c|e paix fournira surabondamment à toutes les récompenses et restaurations qui se doibvent espérer de si grands princes par de si [fidèles] subjets sur la mesure de leur puissance [et celle] de nos nécessitez. Troisièmement, nous debvons croire que nos voisins et alliez sentiront enfin la fumée de ce grand feu que les François allument à leurs portes, qu'ils s'esveilleront à la cheute de tant de bastiments qui se renversent aux pieds de leurs rochers, qu'ils rappelleront en leur souvenir la douceur et cordialité avec laquelle nous avons vescu dés si longtemps avec eux^ et au contraire, les troubles et les fascheries qu ils reçoivent journellement des endroits de la France qui aboutissent à leur estât ; ils examineront la nature flottante et orageuse de ceste nation, qui tient toutes choses hors de son centre et en estât de violence contre Tordre civil et naturel, considéreront avec combien de bonne foy nous avons observé tous les traitez faits avec eux, et, qu'au revers^ ceux qui nous veuillent chasser si tyranniquement de nos maisons et se loger en nos places, sont tout pleins de bonnes paroles et de mauvais effccts, de belles lettres et de laides actions, la douceur dans la face et le meurtre dans le cœur, destruisants sans cesse leurs promesses et protestations par leurs œuvres et déportements. Nos malheurs les persuaderont enfin» si no^
plaintes ne le peuvent faire ; et, quand les appréhensions du temps nous seroienl contraires, il faut croire qu'elles ne seront pas tousjours préférées à celles de Thonneur, auprès d'une nation qui fait profession de sincérité, et qui aura de quoy se ressentir du mespris fait par la France de son entremise, en chose si juste comme celle de la neutralité. Mais, bien loing de croire nostre party ruineux, avec leur ordinaire prudence, ils pénétreront le fond des choses, sans s'arrester à la superficie, et jugeront assez qu'appartenant,comme nous faisons à un si grand maistre, il ne nous laissera jamais perdre entièrement ; que nous aiant retiré des mains de Louis unzième, qui, se prévalant de la minorité d'une jeune princesse et de la perfidie de quelques Allemands, nous avoit surpris et traité barbarement, il ne nous laissera jamais entre celles du successeur de son nom et de sa couronne ; que les postes des Milanois, du Tirol, du Suaube et du Rhin, qui ceignent le corps helvétique estant ceux d'où le secours nous debvroit venir, il n'y pourroit avoir aucun avantage pour eux dans ce débris de nos fortunes ; et, dans l'approche de la marche de nos secours, la sacrée Majesté de l'Empereur y debvra astre tousjour en vénération, son authorité en respect, sa valeur en crédit, sa bonté en amour et sa force en considération. Les attentasts d'Henry second sur Strasbourg, apprès la conqueste de l'Alsace, les desseins de Louys treizième
à présent régnant [sur] Genesve, sur la liberté des
les troubles par luy suscités dans TEscosse, l'appropriation à soy de Casai, de Monlbéliard, de Porrentru, Scélestat, Belfort, et plusieurs autres places, à l'exclusion des légitimes seigneurs, donneront à penser à des peuples amateurs de la liberté et du repos, . et leur feront appréhender que tant d'enceintes qui se font autour d'eux, tant de fossez qu'on creuse près des fondemens de leur Estât, ne les escroulent et se changent en de dangereux précipices.
Finalement, nous avons à nous persuader que les armes justes le gaignent tousjour à la longue, que les polyliques mesme demeurant d'accord que la crainte de Dieu et l'entretien de la religion sont les plus fermes colonnes des Estats, le noslre sera inesbranlable, et pourra bien,comme la navire de St Pierre, estre longtemps agité, mais non pas submergé ; que puisqu*en nostre deflence nous conservons les droits de Dieu, il conservera les nostres; que, d'autre part, nos ennemis le forceront par la suite de leur injustice et cruautez de les abandonner,et luy mesme aiant prononcé cest arrest immuable : Que tout royaume en soy divisé sera désolé^ nous avons plus de subjet d'attendre, comme des pieds d'un grand colosse brisé, de la destruction de la France (my partie en la foy), la réparation de nos pertes, que de craindre par elle la subversion d'un pays si catholique, si uni aux maximes du ciel et de la terre, si con* forme en la profession de ses debvoirs envers son Dieu et son Prince. Le mesme Dieu tout juste et tout clair-voyant, qui pénétre de bout en bout le fond de nos pensées, sçait que nous n avons mis la main à l'espée ny mesme à la plume que contraints ; il cognoit la fausseté des prétextes de nos ennemis, et qu'ils nous ont voulu tromper, qu'à peine pensions nous nous garder d'estre trompés ; qu'ils n'ont mis en jeu que des allégations étrangères pour pallier leur attentast, renversant non seulement la nature et l'essence, mais le nom mesme de toutes choses; et selon l'ordre de la justice divine qui a les bras de fer lorsqu'elle a les pieds de plomb, il est à croire que de semblables tromperies rejailliront enfin sur la face de leurs autheurs, et que ceux qui ont voulu corrompre le sens d'un chascun, tomberont eux mesmes en leur répreuve'; qu'ils deviendront le but et le scandale de toute l'Europe, après en avoir esté les fléaux et les désolateurs ; que, puisqu'ils ont mis soubs les pieds la révérence dehue aux traités publics, rompu tous les liens de la foy, de promesses, de voisinage et
d'obligation dont ils nous estoient attachez, après avoir paie nos tendresses et nos sincéritez en nos procédures envers eux des plus noires ingratitudes et desloyautez, qu'on auroit jamais peu s'imaginer qu'après s'estre donné l'entrée dans ceste province par des soupplesses de renard, [après] avoir exercé des cruautez de tigres, après s'estre baigné avec volupté dans notre sang, réchauffé avec plaisir aux embrasements de nos villes entières, et fait enfin une guerre pire que de Turc à Maure, ils doivent appréhender au réciproque que leur contrée soit réservée pour le théâtre sur lequel se jouera le dernier acte et le plus sanglant de la tragédie, et que desjà à cest effet les jugements du Tout- Puissant ont laissez monter leurs injustices au dernier degré, les ont mise en veue de la chrestienté pour estre considérées et détestées de toutes les nations du monde. Ce qui n'est point icy représenté par forme de souhaits et d'imprécations, ains de conjectures seulement tirées de l'expérience et fondées sur les maximes éternelles, dont tous les siècles ont fourni successivement, en des subjets moins apparents, des preuves et des exemples ; et tant s'en faut que l'on entende par ce discour inspirer et nourrir une haine implacable d'une nation à l'autre, affermir les désirs d'une vengeance perpétuelle, ni conseiller le meurtre et le carnage dans la continuation de la guerre, qu'au contraire Ton demande au ciel la paix tant désirée, que l'on souhaite par un sentiment charitable et chrestien^ donnant toutes nos injures à Dieu, affm d'attirer ses bénédictions et bien, faits, avec le calme nécessaire pour la plus grande gloire de son nom, pour le restablissement des églises et des autels, et ensuitte pour l'exercice plus entier de la justice, pour la police plus exacte des villes et coramunautcz, sans quoy la société publique devient sauvage, et toutes les règles de la vie humaine se confondent. Mais en cas que la rage de nos ennemis ne se trouve pas encore assovie, et que s'opposant & nos vœux débonnaires et à nos désirs
pacifiques, elle veuille s'estendre plus avant pour lasser et vaincre nostre constance, en tant qu'ils s* obstinent à la continuation de leurs premiers desseins sur la conqueste de cest Estât, qu'ils poursuivent à nous vouloir faire changer de domination, lors nous debvrons loger, après l'espoir que nous avons en Dieu et en nostre souverain, tout nostre salut en nos armes et dans les derniers efforts de nos courages^ regardant l'honneur de nos devanciers et de nos successeurs pour imiter les uns dans l'extrémité de leurs résolutions, et laisser aux autres de quoy nous imiter semblablement et bénir à jamais nostre mémoire, devenants tousjour de plus en plus riches de gloire, à mesure que nous deviendrons pauvres de biens. Jusques icy on a rencontre nos cœurs fortifiez contre toute sorte d'accidents, et ceux qui pensoient que nous achepterions (sic) à fort haut prix, ont trouvé partout une résistance invincible, et l'amour du debvoir et de la renommée au dessus de celuy des richesses et de la tranquillité. Les premiers et les plus rudes coups sont portez et soutenus, les plus grandes ondes enfiées et crevées, les plus violentes tempestes excitées et essuiées. Nous sommes bien avant dans le chemin de l'honneur, fournissons d'une roesme haleine le reste de la carrière, et nous proposons, après tant de dangers évitez, tant de bienfaits méritez du Roy nostre souverain et de toute sa très auguste Maison, en quelles extrémitez nous tomberions, si, par la surcharge de quelques misères qui nous puissent encore souvenir, nous relaschions tant soit peu de ceste générosité indomptable, qui nous a fait jusques icy surmonter toutes sortes de difiicultez. Voyons la pesanteur du joug qui nous menasse prêt à nous estre mis sur la teste, et soubs lequel les naturels François gémissent tristement. Regardons les indignitez qui nous attendent et nous sont préparées par ceux qui nous ont si injurieusement traitez au milieu de la paix, et faisons comparaison de la douceur et du repos comme aussy des immunitez qui
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nous ont esté conservées par nos princes, avec la dure servitude soubs laquelle on languit par tout le royaume de France, où nos pensées mesmes seroient rendues criminelles et foumiroient des prétextes et des placets d'une continuelle persécution en nostre endroit.
Tenons pour infaillible, s*ils ne s*arrestent maintenant, que l'inimitié qu'ils ont conçue contre nous et l'avidité de nous exterminer, ne pourra meshuy estre arrestée que par leur impuissance ; et ainsy taschons d'achever la partie i leur confusion, ou, en tout cas, de périr honorablement ; le plus fort est fait. Les premières actions sont celles qui font les plus grandes impressions de crainte ou de courage ; celles des François n'ont opéré en nous qu'en faveur et en l'accroisement de ce dernier, et de quelques cruautez et désolation dont ils aient travaillez nostre fidélité, ils n'ont pas seulement peu obtenir de nous la moindre prière de modérer leur sanglante conduite, mais bien des reproches et des menaces. Plus ils sont pressez d'avancer nostre ruine par toute sorte d'actes inhumains, plus ont ils redoublé en nous les seings et les volontez de nous garantir de la dernière oppression. L'effronterie qu'ils ont eue de nous vouloir tenter, n'a fait que d'eschauffer davantage nos cœurs et nous outrer par la mauvaise opinion qu'ils avoient osé prendre de nous, en ceste mesme fermeté pour la conservation de la patrie, pour l'honneur de nostre nation, pour l'intérest de la foy, pour la deffence de la religion, pour le service de nostre grand Monarque. Nos pères sont descendus tous sanglans dans le tombeau ; nos frères, nos enfans, nos compatriotes, se sont volontairement dévouez à la félicité et réputation publique de ceste province ; nous les blesserions en l'autre monde plus cruellement que nos ennemis ne les ont blessé en celuy-cy, et les ferions sortir de leurs sépulcres pour nous injurier et poursuivre en tous lieux, si nous ne tenions bon sur les traces honorables qu'ils nous ont marquées, et ne rem-
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plissions les pas qu'ils ont imprimez devant nos yeux. Que si l'espérance peut encore conlribuer quelque chose auprès des âmes si hautes, considérons que la fortune que nous avons si longtemps combattue avec nos ennemis, a semblé enfin se lasser de leurs complimens et cajoleries, et retorner à nous ; que si, pendant les prises de Landrecy, de Bréda, de la Capelle, après la défaite et la prison de Jean Divert, la levée du siège de Locale et Tabbandonnement des isles de Ste-Marguerite,nous sommes demeurez fermes, Tespée à la main, espanchant libéralement sang et biens pour repousser les attaques redoublées des François, cpmbien plustost et plus aisément les pouvons-nous soutenir à ceste heure dans leur honteuse fuitte de devant Sl-Omer, dans les déroutes de leurs intimes alliez à Calao, à Gueldres, dans leur infaime retraite de Fontarabie, après la pacification de toute la Valtoline, leurs expulsions des Grisons, et les conquestes de Brème et de Vercel ! Ce seroit faire naufrage au port, non seulement que de fleschir tant soit peu, ou aux menaces, ou aux prières, ou aux propositions, ou aux efforts de nos persécuteurs, mais de ne pas se roidir plus que jamais à esteindre par leur sang les feux qu'ils ont allumez parmy nous et en laver les injures qu'ils nous ont faites, si mieux ils n'ayment, recognoissant leur tort, conspirant à une paix universelle, à laquelle nous ne doublons point, que pour le bien et repos de toute la chrestienté, le Roy noslre souverain ne face cédcr(dans les tennes de Thonneur) tous ses inlérests et resentimenls.
AVERTISSE^IKNT,
€ L'âge me presse et je dois ménager mes forces, » m'écrivait, le 19 mai, M. le Président Clerc, en me priant de corriger les dernières épreuves de cet ouvrage ; quelques jours auparavant, il avait été surpris, dans sa verte vieillesse, par les premières atteintes de la maladie à laquelle il devait succomber le 18 octobre.
Il ne m'appartient pas de retracer ici l'existence si dignement remplie du doyen des archéologues et des hbtoriens franc-comtois (1), du magistrat honoré, de l'homme
(1) Lauréat de riostitat, correspondant da ministàre de rinstmctioii publique poar le» travaux historiques, membre de l'académie de Besançon depuis 1837 et quatre fois président de cette compagnie, l'un des fondateurs, en 1848, du musée archéologique de la ville de Besançon, M. le Président Clerc laisse les ouvrages suivants :
Considérations sur les œuvres historiques de Dunod, publiées, en 1837, dans la revue dijonnaise Les deux Bourgognes»
Essai sur f histoire de la Franche-Comté. Besançon, 1840-1846, 2 vol. gr. inS^^ pi. — 2* édition du tome !'>', {Besançon, 1870, gr. in-S®, pi. — Ouvrage couronné par rAcadéroie des iu^ciiptions et belles-lettres. — Le tome l**" s^étend de 1 époque celtique au commencement du XIV* siècle ; le second s'arrête à la mort du duc Philippe le Bon (1467) .
La Franche-Comté à l'époque romaine, représentée par se.i ruinr^. He« sacçon, 1817, ia-8*', pi. 2* édition, ibid. 1333, in-8", pi. et carte. — Ouvrage qui a obteau la première mention très honorable au concours des antiquités nationales.
Jean Boyvin^ président du Parlement de Dole, ta rie, he» écrits^ sa eorrespondanu politique, publiée pour la première fuis. Besançon, 1866, in-8®. portrait.
Elude complèlr sur Alaise. Alaise u\èt ptis C Ah tin de Cnar. Be-