RÉCITS & MANIFESTE NATIONAL
(Archives des Etats).
Nous avons eu un moment la pensée d'imprimer, à la suite de ce mémoire, non seulement les recès de 1633 et de 1662, qui manquent à la collection de M. de Troyes, mais encore les pièces les plus importantes des archives de nos Etals. Ces pièces sont dans nos mains. Mais nous avons vu que cette impression de longue étendue fournirait à elle seule la matière d'un troisième volume, limite qui dépasserait celle que nous avons voulu donner à cet ouvrage. On trouve d'ailleurs dans le texte qui précède, l'indication ou l'analyse fidèle de ces pièces originales. Un motif plus décisif encore est l'intention de M. Bernard Prost, précédemment archiviste du Jura, de les publier, dans l'un des prochains bulletins de la Société de ce département Au moyen de ce travail fait avec autant de soin que d'intelligence, sera complétée, pour noire province, l'étude de ses anciens Etats généraux, celte branche si importante de notre histoire nationale.
Ces réflexions nous ont conduit à ne publier que les trois pièces suivantes, extraites du fond de nos Etals, et rclalives à la guerre de trente ans, Tune des plus grandes et des plus terribles époques de nos annales. Par cette publication, comme par l'histoire de dix ans de Girardot de Beatichemin
et les autres travaux des historiens Franc-Comtois sur ce sujet, on peut espérer que la lumière sera également complète sur cette grande épopée du XVII« siècle. Ces récits ont été écrits au milieu des événements qu'ils retracent. L'un des plus importants est le manifeste publié par les chefs du pays pour animer à sa défense la nation belliqueuse qu'ils gouvernaient avec tant d'énergie. Ce manifeste, qui sent la chaleur du combat, doit être de Boyvin ou de Brun, dont je retrouve l'action et la main puissante dans cette prodigieuse et invincible résistance d'un petit peuple contre les armées d'un grand roi dirigées par le génie de Richelieu. Plus probablement elle est de la main de Boyvin.
Guerre de dix ans, années i634-i64i. — Récit eontempo' rain extrait des archiioes des Etals de Franche- Comté.
(Lettre T, 108, Série G.)
Ce récit commence aux premières hostilités avec la France, et finit à la mort du Marquis de S. Martin au mois de décembre 1641. On y troare aur la prodigieuse extrémité où fut réduite la Franche-Comté» des détails complètement inconnus. Et après l'avoir lu, on se demande comment, malgré le courage surhumain de ses défenseurs, elle a pu résister aux armes de la France.
Le gouvernement du Comté de Bourgougne^ apprès la *^mort du comte de Champlitte (1) aiant esté, par commission de la sérénissime infante Isabelle,remis à TArchevesque ^**^* *•• ^'•• de Besançon conjoinctement avecq le Parlement de Dole, iceulx prévoiant, de la déclaration de guerre faicte entre les deux corones, une rupture indubitable delà neutralité, auroit donné commission au marquis de Conflans pour, en qualité de maréchal de camp assisté du conseiller de Beauchemin, mettre quelques trouppes en pied, afin de s'en prévaloir en cas de besoing.
Le desseing de ceste levée se trouva prévenu par l'invasion des François qui, le vingt sixiesme desdits mois et an, posèrent le siège devant la ville de Dole, en laquelle ledict Ârchevesque avecq tout ledict parlement se trouva pour lors enserrez.
Ce qui avoit occasionné ledict marquis de Conflans d'amasser ce qu'il peust des trouppes ordinaires du païs, pour, eu l'attente du secours que Ton se promettoit pour la deslivrance de ceste place, tenter tousjours les moiens
(i) Cleriadus de Vergj, dernier descendant de la famille de ce nom, mort en 1630.
d'en faciliter l'exécution. Ce qui réussit si généreusement que lesdictz françois, apprès ung siège de trois mots, i l'arrivée de Son Altesse de Lorraine et de quelques auUres RetrattedM trouppcs cuvoiécs audict païs par ordre de Son Altesse rançaw. j^^yj^jg^ levèrent ledict siège, et se retirèrent de ladite province.
Arrivée de Par- En laquelle, troîs sepmaines apprès la levée dudict siège, arriva l'armée impériale commandée par le comte Gallas, qui y sesjourna en nombre de plus de cent milz bouches, dans le commencement du mois de septembre de ladite
année, jusques au mois de février de Tan 1637.
iG;n. Geste armée fut reconduite en Allemaigne par ledict comte
Gallas, laissant audict païs, sous le commandement du sergeant général de bataille Mercy, quatre régiments decavallerie et aultant d'infanterie, qui y demeurèrent avecq les trouppes de Son Altesse de Lorraine et celles commandées par le marquis de Torrecouse, éparses et logées par tous le bailliage d'Amont avecq grand désordre et liberté.
capl!ainê"génô- ^" "*^*^ ^® Fcbvrier de la mesme année, le marquis de ^ Saint Martin fut, par patente de Son Altesse Royale, dénommé Capitaine Général et Gouverneur du Comté de Bourgougne où, ensuitte de ce, il arriva au commencement du mois de mars de la mesme année, avecq instructions bien particulières de sadite Altesse pour ce qu'il auroit à faire en l'exercice de cesle charp:e, tant au regard de Son Altesse de Lorraine, qui pour lors se retrouvoit audit païs avecq ses trouppes, qu'au regard des impérîalles commandées par ledict sergeanl général de bataille de Mercy.
Désordres de En cc mcsmc tcmps, la province se retrouvoit en s^rand iiiipenaii*. désordrc et confusion, causée premièrement par le logement de ladite armée impérialle qui, pendant tout le temps susdict, y avoit pris quartier et logement avecq une liberté extraordinaire et licenticusc, en sorte que tout le plat païs du bailliage d'Amont en demeura destruict et ruiné.
Secondement les huict Régimens tant cavalerie qu'infanterie desdictes troupes impérialles que le comte de Gallas à son départ y avoit laissé, et les trouppes que Son Altesse de Lorraine y tenoit avecq les aultres commandées par le marquis de Torrecousse, n'avait aulcung solde que celui des contributions qu'elles extorquoient des bourgades et villages où elles estoient en quartier. La despense en estoit si extraordinaire, que le peuple^ non accoustumé à semblables oppressions, ne la pouvoit supporter.
En troisième lieu, toutes ces trouppes, ne tirant des contributions susdictes, à cause de l'indigence du peuple, les esmolumens qu'elles en avoient espéré ni semblables à celles des quartiers d'hiver d'AUemaigne, avoient peu de " satisfaction et encore moins d'obéissance, de tant plus que n'aiantz encore pour lors reçu l'ordre (pour le moins celles de Mercy et de Torrecousse) d'obéir à Son Altesse de Lorraine comme généralissime, elles estoient comme divisées, d'où procédoit un désordre et détriment bien grand au plat païs.
En quatrième lieu, les trouppes du duc de Weimart et weymi?°et^de du Cardinal de la Valette qui, logez aux voisinages de la ^Valette, province, mettoient la frontière en continuelles alarmes et les peuples en effroi, prindrent la ville et chasteau de Jonvelle, bruslant et saccageant les villages d'allentour ; et, environ le mesme temps le marquis de Conflans, estant avecq les trouppes du païs de l'aultre costé sur la fronctière de Bresse et aiant attaqué le chasteau de Cornod en fut re- ^^'**ifodf ^°'' poussé avecq pertes et dissipation de touttes lesdittes troupes, en sorte que ceste frontière, estant par ce grand inconvénient troublée comme l'aultre par la foule des logements et contributions, toute la province estoit en confusion.
En ce procinct arrivant, comme dessus est dict, le dict de^îiîg?î??rmarquis avecq sa charge de gouverneur et capitaine gé- °®"'^* néral commença, par sa présence, à calmer l'orage, et à
rasseurer les peuples estonnez par tant de mouvements extraordinaires.
Et d'abord à son arrivée, apprès avoir pfesté au parlement le serment susdictjl déclara à Son Altesse de Lorraine la croiance que le Sérénissime Infant Cardinal luy avoit confiée, et contribua tous dcbvoirs et soingz possibles pour, ensuitte des ordres qu'il en avoit dudict Sérénissime Infant, rendre à Sadicle Altesse tous les honneurs convenables et lui donner en touttes choses satisfaction , aullant que le service de S. Majesté et la qualité de la saison le pouvoit comporter, Tasseurant l'intention de sa dicte Majesté et dudict DacdeUr- Séfénissime Infant cardinal estre de luy remettre le cornutatrènyrèmel mandement absolu tant des trouppes impérialles que de touttes aullres, qui pour lors se relrou voient audict pais.
Et, pour complir ponctuellement aux articles de ses instructions, il tascha d'establir à l'abord une bonne intelligence avecq le parlement, afin de par une correspondance mutuelle concourrir ensemblement à l'advancement du service de Sa Majesté, aiant à cest effect procuré d'avoir prés de sa personne quelqu'un du corps dudict parlement tant pour l'accompaigner et assister aux voiages, que l'affluence des aflaires l'obligeoit à faire continuellement en divers endroictz de la province, que pour, d'auctorilé commune, pourveoir aux plus urgentes nécessitez.
Et, comme le principal désordre provenoit du manquement de subsistance dont lesdittes trouppes pâtissoient^ il mit ordre, par l'entremise des députez de l'Estat et par l'advance de notable somme de deniers, qu'il prit sur son crédit des agents de la Comtesse de Nassau, que le pain de munition fut estably et la distribution en faicte selon les piedz des listes qui en furent dressées, et fit en oultre, pour donner plus de satisfaction auxdictes trouppes, délivrer un mois de gage des deniers de la quaisse roialle, dont pour lors il avoit la direction.
Aiant complit de ceste sorte avecq sa dicte Alteçse de
Lorrame le parlement et les trouppes, il se porta sans perdre temps en la frontière de Bresse pour remettre par sa présence les esprictz, que la dissipation des trouppes du marquis de Conflans avoit grandement estonné. Remarquant en ceste conjoncture le manquement et foiblesse des postes de ladicte frontière , et Tadvantage que les ennemis pouvoient s'en procurer, il étoit retourné en la ville de Salins en intention d'en informer Son Altesse qui y estoit passée, pour s'aboucher avecq luy sur ce subject, et avoit, sur son rapport, faict marcher de ce costé là quelques trouppes pour asseurer ladicte frontière, que les ennemis attaquèrent tost après, estant entres en corps d'armée sous la conduite du duc de Longueville en la province. Dans le bailliage d'Aval, ils assiégèrent et remporté" P'''»^^jJ«^^j'°»rent les villes et chasteaux de Sainct Amour, de Saint Lau- '"i*"*» P'*ce«. rens de la Roche et plusieurs aultres, puis advancèrent contre la ville de Lons-le-Saunier qu'ilz assiégèrent. Ceste place, plus importante que les aultres et munie de quelques ouvrages au dehors, pouvant par sa résistance donner temps et loisir de la secourir, ledict marquis par ordre de Son Altesse marcha avecq quelques troupes pour l'entreprendre ; mais, estant à trois heures de Besançon où le Lom-ie-saunier gros le debvoit joindre, il receust ordre de Son Altesse de faire alte, et, incontinent apprcs, commandement de retourner, si bien que ceste ville demeurant sans secours, le gouverneur d'icelle se retira au chasteau susdict.
Ledict duc de Longueville, apprès avoir mis garnison aux places par lui consignées, se retira laissant ceste frontière en quelque repos, pendant quoi, ses troupes et ledict marquis informé du détriment que causoit au voisinage de do'îaRomSgnS la ville de Gray la garnison du chasteau de la Romagnc, la ^^ ^®,i/f]*^ consistance duquel pouvoit aux occasions grandement endommager ceste place, donna ordre au gouverneur dudict Gray de s'en saisir. Ce qui fut heureusement exécuté, pendant que lui marcha avecq les troupes que Son Altesse lui
Chaiii-
donna, contre le pontdeVoujeaucourt pour s'en emparer, comme il fit, et mettre pafr ce moien à couvert les ressorlz de Vesoul et de Baume des incursions ordinaires, que les François de la garnison de Montbéliard y faisoient à tout moment à la faveur dudict pont.
Incontinent apprès, le duc de Weimart, entrant avec son armée dans ladicte province du costé du Bassigny; reprist le chasteau de la Romagne, prist la ville de Champlile, puis,
Wflymar passe marchant contre la Saulne, passa le guay au bas de Ray, mit en déroute la cavallerie qui vouloit lui en empescher le passage, et, aiant pris quelques chasteaux sur §a marche, vinst assiéger le bourcq de Gy, duquel il se retira, et s'alla camper avecq toute son armée à trois heures près de Besançon. Pendant ce temps ledict marquis par ordre de sadicto Altesse, après avoir pourveu convenablement à la deffence et conservation de la ville de Gray, qui sembloit estre menacée par ledict duc de Weimart, feit assembler toutes les troupes d'infanterie et ce qui restoit de cavallerie, aux environs de Besançon pour, en cas de besoing, les introduire en ceste place, ou en faire ce que le temps et l'occasion auroit peu requérir.
"ci!mte°de^ Eu cc mcsmc tcmps, le comte de Gransçay entra du costé Grancey. Je Moutbéliard avecq cavallerie infanterie et canons, dans la province, prist la ville de L'isle, et attaqua celle de Sainct Ipolite, d'où il fut contrainct de se retirer.
Ledict duc de Weimart, après avoir campé ' quelques jours aux postes sus mentionnés, fist toiirnor teste à ses
Baume capitule troupes contre la ville de Baulme à laquelle, moiennant une somme d'argent qu'il en receust, il ne fist aulcune oultrage, fors que d'y prendre le simple logement, puis se retira avecq loiUes sesdictcs troupes hors du païs, et se
Weymardans logea pour quelquc temps sur la fronclière des Suisses en
le YaUd(< Dele- i n r i t% i ' i
mont. la valloe de nelemont.
Les troupes impérialles, avec celles précédemment commandées par le marquis de Torrecousses et aultres parti-
culières du pais, aiant esté conjoinctement avecq celles de Son Altesse de Lorraine agrégez pour en faire ung corps d'armée, pour le service et aux soldes de Sa Majesté, sadicte Altesse en fut déclarée généralissime par patente de sadicte Majesté, et, en ceste qualité , touttes lesdictes troupes mises soubs son obéissance, et conséquamment les deniers de la quaisse roialle cy-devant à la charge dudict/ marquis, auquel dès lors resta le gouvernement de la province, et celui des armes à Son Altesse de Lorraine seule.
Pendant que ladicte armée estoit, par ordre de Sadicte Âltesse,à marcher sur la fronctiére de Lorraine etd'Allesace pour quelque exploict nécessaire, le duc de Longueville, lofasion de estant avecq ses troupes du coste de Bresse,prist I occasion côté de la de Tesloignement de ladicte armée pour attaquer les villes et chasteau de Bletterans, qu'il assiégea au commencement du mois de septembre ; ce qui obligea Sadicte Altesse de tourner teste avecq sadicte armée pour accourir diligemment au secours de ceste place fort importante pour la conservation du bailliage d'Aval. Mais l'arrivée de sadicte ^**®^^^*"®' Altesse avecq ses troupes fut prévenue par la perte d'icelle, ^^^ *°*^' '^>rendue non sans soupçon d'intelligence apprès avoir esté assiégée six ou sept jours seuUement ; et les deux armées, estant à la veue l'une de l'aultre , ledict marquis^ accompaigné de quelques seigneurs de la province qui l'avoient suivi en ceste occasion, proposa à sadicte Altesse quelque moien d'attaquer les ennemis avecq espérance d'advantage, sadicte Altesse néantmoins y aiant préveu de l'inconvénient ne le trouva pas à propos (1).
Ainsy les deux armées, après la perte de ceste place, s'estanl retirées de part et d'auUre, ledict marquis jugea nécessaire de pourveoir à la seuresté et conservation des
(I) Cette conduite est énergiquement blâmôe par le Baron de Scey dans une lettre qu'il écrit aa Parlement le 9 septembre 1637.
quatre villes principalles par l'establissement d'un magasia de notable quantité de grains en chacune d'icelle. Ensuitte de ce attendant quelque assistance de Sa Majesté, pour y pourvoir plus efficacement par résolution prise à la participation du parlement, il feit, par Tentremise desdicts commis du parlement et des députez de FEstat, faire une visitte par les chasteaux et maisons fortes de la province, où les grains du plat païs pouroient estre abergez et retirez, pour en recougnoistre la quantité, et, à proportion d*icelle, en laissant aux propriétaires la provision nécessaire tant pour semer que pour s'entretenir, achepter le surplus en assignant le paiement sur les deniers du haulsement du se!^ et le faire conduire en chacune des quatre villes plus voisines, pour y estre réservez et déposez à cest effect entre les mains des magistratz.
Les aaxui&iret Lesdictes trouoes, apprès la retraitte de Blcllerans, se
se logent dans r > rr '
la mootagiie. logèrent dans les villages de la monlaigne qui jusques alors avoient esté, par la prévoiance du parlement, à l'instante prière des députez de TEslat et du peuple, protégez et exemptez de logement, afin qu'estant aulcunement conservez, le reste de la province, advenant la paix, eust moien d'en tirer de l'assistance avecq moins de frais et plus de facilitez que des païs estrangcrs ; de quoy ledict marquis informé, et recognoissant avecq ledict parlement l'interest que, par la ruine de la montagne, causcroient à toutte la province ces logemenlz, contribua puissamment tous debvoirs et diligences possibles. A cest effect il procura de Son Altesse de Lorraine ordre aux dictes troupes de s'en
exonérer de^ï- ^®^"'^^ moicunant la somme de six vingtz milz francs que gemenis la jes ressorts d'Omaus et de Pontarlier, dans lesquelz estoient
moniagnejetes ' *
d'Ornânïeirdc '^^dictz logcmcnlz, sc délibérèrent, à la persuasion des Pontarlier. (Jéputez de l'Etat, de fournir aux colonelz et aultres officiers d'icelles. Laquelle somme fut, par lesdicts députez assemblés à l'instance dudict marquis en la ville d'Ornans, répartie sur lesdictz ressortz, à la participation et du con-
sentement des commis des villes de Ponlarlier, d'Omans et de Morteau.
Et, avant cesle relraitte, le duc deWeiraarl, logé, comme wevmirdaoi dessus est dict, en la vallée de Delémont, envoia partie de lémonu sa cavalerie sur les villages de ladicte montaigne scituez aux frontières du Suisse, ausquelz aians estez enlevez et pris quantité de chevaulx, ledict marquis, désireux d'en avoir revanche, envoia recognoislre le poste et logement dadici Delémont, et en aiant faict bien particulièrement remarquer toutes les advenues jugea, par le rapport de ceulx qui en avoient faict la remarque, qu'il estoit facile de le foreer, et de mettre ledict duc et ses troupes en estât de ne faire de longtemps aulcun exploit considérable, mais rincommodité de sadicte Altesse, malade pour lors au iiaïadie du ooc
Il TofViflA Ha
chasteau de Beauvoix, qui ne trouva pas ceste entreprise laiBser attaquer coBvenable, en fit remettre l'exécution (1). *^°'"'
Si bien que les dictes troupes deslogées de la montaigne t^]52%uxîet les officiers d'icelles aians, dedans leurs quartiers du "^SJjJSJ,*** plat pais, touché partie des deniers qui leurs avoient esté promis du répartement et collecte susdicts, ne pouvant patienter audict plat pais, pour attendre le paiement du second terme desdicts deniers, repassèrent en ladicte montaigne, et enlevèrent par leur retour aux communaultez qui n'avoient entièrement payé leur cotte, le pouvoir d'y satisfaire. De quoy plainctes et réclamations aiant estez faictes par plusieurs fois à sadicte Altesse apprès sa convalescence, il tâcha d'y remédier par Tordre et commandement qu'il fit aux dictes troupes de se contenir et de ne faire aulcune violence auxdictz villages,auxquelz et nonobstant demeurèrent lesdictz logements jusques à l'entrée de j^^îi^nS! la campagne. *«"!» ^^ *^*
(i) Voyez dans notre texte le jugement qui fut porté sur cette condoite du duc de Lorraine. -*• Par une incroyable erreur, Girardot de Btauchemin attribue ces événements à Tannée 1638. (Guerre de dix ans p. ««.)
Ledict Marquis recognoissant tousjours l'importeDce et nécessité qu'il y avoit de munitionner suffisamment lesdicles quatre villes, et ne pouvant tirer de la quaisse roialle deniers et moiens d'y pourveoir, se résolut, à la participation du parlement, de faire luy mesme nouvelle visilte des grains abergez et retirez aux places fortes de ladicte pro- ..,i« vince. Ce qu'il fit au commencement du mois de mars de ^^' l'an mil six cent trente-huit, accompagné d'un commis de son Altesse de Lorraine, d'un commis de la cour et de l'un des députez de l'Estat, aiant, à ceste visitte, apperçu et achepté jusques à unze milz et tant de mesures de froment, dont il avoit assigné le payement sur le mesme haulsement du sel, lequel haulsement aiant dois lors esté diverty, l'on n'avoit pas satisfaict à l'entier payement de ceste graine^ partie de laquelle par apprés avoit esté conduitte aux dictes villes, partie employée à la subsistance des troupes marchant à la campaigne suivante en divers endroits par ordre de Son Altesse, et partie au chasteau de Jouvelle pour l'entretien de la garnison y establie.
Et, afin que la garde de ces quatre villes, de la subsistance desquelles dépend la conservation de la province, fut de tant plus asseurée, ledict marquis trouva nécessaire de faire en diacune d'icelles quelques ouvrages capables, l'occasion le requérant, d'en affermir la deOence et particulièrement à celle de Salins plus importante à raison du scite d'icelle et des saulneries, où il auroit ordonné estre faict quelques dehors, selon les moiens que pour lors il avoit en mains.
La dicte ville de Salins, requérant, pour les raisons susdictes, ung soing et vigilance plus particulière, ledict marquis, assisté de deux commis que le parlement y avoit envoie pour conférer avecq luy sur le subject de plusieurs affaires importantes, tascha de restablir une bonne intelligence et union entre celuy qui commandoit les armées et ladicte ville et le magistrat qui estoient en certaine corn-
pétance (1), pour plusieurs poinctz que l'on tascha de composer à Tamiable pour maintenir ladite union. Et lors aians recogneu, conjoinctement avecq lesdictz commis du parlement, les détrimmentz et préjudices causez à laditte ville par le logement desdictes troupes à la montaigne,et le grand dommage qu'en recepvoient les saulneries dont les cuites estoient retardées par la difficulté et cessation des charoisy ils envoièrent de commune main à Son Altesse de Lorraine pour luy en remonstrer les inconvénients et le suplier d'y pourvoir. Quoy nonobstant, les logemens y continuèrent jusques au milieu du mois d'apvril^ que lesdictes troupes receurent ordre de desloger et de marcher au rendez-vous qui leur estoit assigné aux environs de la ville de Gray, et de là marchèrent sur la frontière du Bassigny, Ordre aux trouoù, pendant qu'elles furent occupées à battre le chasteau powGniy etie de Bourbonne et aultres semblables places de Lorraine, le '^°^' duc de Longueville entra avecq son armée dans la province ^gïevine.^f ' et emporta d'emblée les chasteaux de Ghaussin, Raon, Fron- ^yuîâiPdînfy" tenay, puis se vinst camper en poste qui faisoit coniecturer *>"***«« <i*Avai ses pensées viser à la conquette de Salins. Ce quy obligea sadicte Altesse de rebrousser avecq ses troupes, et, de traverser le païs pour reprendre en dilligence la route du R«towduDnc. baillage d'Aval et pourvoir à la defTence de ceste place, estant arrivés^en mesme conioncture dans la province, par ordre de Sa Majesté, Dom Antonio de Sermiento et Dom Diego de Savedra, pour concourir à l'assistance et conservation d'icelle.
Et ensuite sadite Altesse, aiant choisi poste à ses troupes pour couvrir la ville de Salins, fut rencontré par celles dudict duc de Longueville, et les deux armées estantz à la veue l'une de l'aultre, s'approchèrent de si prèz qu'il fut impossible d'en excuser le combat qui réussit à l'advantage de sadicte Altesse, les ennemis aians estes repoussés avecq
(i) Différend, difficulté.
19 Juin 1638. perle de beaucoup des leurs demourés sur la place (1), et ligDy, ledict marquis, qui en ceste journée tesmoigna sa valeur ordinaire, remarquant en leur retraiUe quelque désordre, pour n'en perdre l'occasion proposa à Son Altesse de les suivre ; mais ce prince, sachant les munitions de guerre manquer à ses troupes, ne le trouva pas à propos. Dom Antonio de Sermiento, qui pour lors se trouvoit en la ville de Salins, accourant pour suppléer à ce manquement que Son Altesse sembloit juger lui estre imputable, en vins! A
DucVfecfsw- quelques propos, desquelz sadicte Altesse s'aigrit, en sorte miento. q^»^^ pj.ii gur le champ résolution de se retirer avecq toutes ses troupes hors du pais, ce que ledict marquis tâcha d'empescher. Et, aiant au mieux qu'il lui fut possible adouci l'indignation de Son Altesse, la résolution fat prise de laisser tout aultre project pour mettre à couvert et conserver la ville de Salins, pour laquelle Tennemy, quoique quelquement affoibli par sa retraite, tesmoignoit tousjours avoir du desseingz ; et, pour ce subject, Son Altesse feit retrancher son armée dans ui^ poste qui tenoit l'ennemi en bride et en estât de ne pouvoir rien attenter sur ceste place. Ce que voiant, ledict duc de Longueville marcha contre le chasteau de Grimont qu'il prit, et brusla la ville de Poligny, le chasteau de Vadans, et aultres lient de semblable condition, et de là vinst se loger aux environs de Dole ou il campa quelques quinze jours ou trois sepmaines, apprès lesquelz il prist et brusla le chasteau de Chevigni, prist la ville et chasteau de Pesmcs, puis, faisant mine de vouloir assiéger Gray, passa oultre contre Champlitte.
Et, en mesme temps, Son Altesse de Lorraine, voiant l'ennemi hors de mesures pour la ville de Salins, fist des-
(1) Sur le combat de Poligny, Voy. M. d'HanssonTille, II, 75, et BttTtout rhistoire de l'annexion de la Franche-Comté à la France par M. le commandant de Piépape.
logez ses troupes de leurs retranchementz pour le suivre et tacher de secourir Champlite qu'il tenoit assiégé. Mais, la prise de ceste place aiant prévenu l'arrivée des troupes que champiufe. Son Altesse y envoia, l'enueini^ après l'avoir conquis, se retira sur la fin du mois de septembre avecq touttes les trouppes hors du païs, et sadicte Altesse, à couleur de ^^f,SL^"^ quelque nouveau desseing qui se tramoit sur la ville de Salins, fist de rechef traverser la province aux siens pour se rendre en diligence de ce costé là, et, apprès leur avoir faict prendre rafraîchissement pour quelques jours dans leurs premiers quartiers de la montaigne, les conduisit en (^ ^^ ^ ^^^ Alsace en intention de secourir la ville de Brisach lors ^^ KS»ch^ assiégée par le duc de Weimar.
Cependant ledict marquis, désireux de procurer quelque {allégement à la province et faire cesser les désordres qui jusques alors Tavoient mis en ruine et désolation, jugeant l'absence des troupes en faciliter les moiens, conféra sur ce subiect avecq Dom Antonio de Sermiento, et tous deux treuvèrent que, pour restablir ung bon ordre par tout, il estoit absolument nécessaire de procurer aux troupes entretien et subsistance convenable, et d'en régler le nombre proportionnément à ce qu'en pouvoit requérir la garde des villes et places principalles, et aux moiens que l'on avoit en mains de les entretenir et nourrir, et que, pour y complir,Ies deniers de la caisse roialle n'estans suffisans^il falloit essaier sy des villes et lieux moins endommagez de ladicte province se pouvoit espérer quelque contribution pour y suppléer ; de laquelle, avec ce qui se promectoit de ladicte caisse, Ton eust moien de faire subsister lesdictes troupes.
Les députez des Estais et les magistrats des villes, con- ^''i^^**''® vocquez à cest effect en la ville de Dole, à la fin du mois *dSîïïulr d'octobre, sur la proposition qui leur futfaicte de ce règlement tant au regard du nombre des troupes que de leur entretien raisonnable et modéré, au moien duquel pouvant
estre dissiplinées et contenues en leurs quartiers, se resta-
bliroit partout le commerce et la culture des héritages,
hB accordent résolurent et accordèrent une contribution de vingt cinq
^^r^oSk milz frans par mois, ledict marquis aiant par son auctorité sy deytrement ménagé ceste conférance qu'avant la séparation d*icelle^ le repartement de ceste contribution fut faict et arresté au gré et adveu des villes et communaultez, qui la debvoient fournir ; lesquelles, sans obstacles ou difficulté quelconques, y auroient satisfaict moiennant l'accomplissement des conditions promises pour le repos de ladite province, si bien que, par l'espérance de
Priae^ê Bri- ^ règlement, les peuples, tous disposez à la fourniture de ^^^9 ceste contribution, commençoient de se retirer en leurs
par weymar. '
maisons et de pensser au restablissement de leurs labourages.
«'ÎBA®!®^ Mais Son Altesse de Lorraine, au bon vouloir et plaisir
nornoïc lAiiuoe
duquel estoit remise la plénière résolution pour l'exécution de ces projectz, ne l'aiant trouvé convenable au temps, retournant d'Àllesace avecq ses troupes, leur donna logement en leur premier quartier de la montaigne, et ne peuraine loge ses rent à ce subjecl estre effectuées les résolutions prises en
troopes dans ■ i* . i ir
les monta - ladictc assemolée.
^^' Après laquelle, et avant le retour desdites troupes en la
province, ledict sieur Don Antonio de Sermiento, partant en suite des ordres de Sa Majesté pour Milan, fist entendre audict sieur Marquis au parlement et plusieurs aultres qui avoient part au maniment des affaires publiques, qu'il avoit apperceu et achepté notable quantité de grains mesmes jusques à soixante mille émines qu'il avoit recouvré en divers lieux, pour fournir les magasins que l'on proposoit d'establir aux villes de Salins, Dole et Gray, qu'il laissoit en oultre entre les mains de Vincent Scorsa pagador général de Sa Majesté provision de deniers suffisante tant pour le payement de ladicte graine, que pour subvenir aux aultres nécessitez de la saison, que bonne partie de
ladite graine se retrouvoit en la ville de Pontarlier et aux environs, d'où le charrois et conduitte pourroit en estre faict en chacune desdites villes, quand le transport en serait jugé nécessaire.
De quoy ledict marquis aiant, incontinent après le départ dudict Don Antonio, donné part au parlement jà précédemment informé de Tadvis de ceste provision, ledict g^j^^^ ^^ parlement avoit faict passer en la ville de Besançon près apMSîîSonDer de lui deux commis de son corps à la participation des- ^®* ^*"^quelz et de quelques seigneurs de la province appelez à la conférence qui fut faicte en la maison dudict marquis sur ce subiect, fut prise résolution de, sans retardement quelconques, faire transporter auxdites villes ceste graine, la repartageant à proportion du besoing que chacune d'icelles pourroit en avoir, et fut a ce subiect requis ledict Vincent Scorsa de fournir des deniers, que ledict Don Antonio avoit, avant son départ, asseuré luy laisser en caisse les frais nécessaires pour le charroy et conduitte de ladicte graine qui (pendant l'absence des troupes que Son Altesse de Lorraine conduisoil en Alsace) pourroit plus facillement et sans risques se transporter.
A quoy ledict pagador, soubz quelque léger prétexte, s* estant excusé de complir, ledict marquis, à la participation susdicte, jugea nécessaire de l'en requérir et presser une seconde fois, et, en tous cas, de prétexter à rencontre de lui du détriment, que son refus causeroit au service de Sa Majesté , tant par l'occasion qui se perdroit de munitionner les villes, que par la perte dudict grain qui ne pou- Paglîdor?
.. j ^ .. '^ . , -1 * -x Le« villes de-
voit demeurer aux lieux ou pour lors il se treuvoit sans meurent sans risque continuel à estre enlevé et saisi par les ennemis. menu.
Mais ces raisons et réitérées instances n'aians peu prévaloir en l'esprit dudict pagador pour l'induire à la fourniture desdicts fraictz s'excusant tousjours d'y satisfaire sous des respectz peu considérables, lesdictes villes demeurèrent Les grains tomsans provisions, et ladicte graine à la mercy desWeimariens pouro^r^es au pouvoir desquelz elle tomba peu de temps apprès. weymanen^
<638. 3gg GUERRE DE DIX ANS
PriBedeBrittch La ville de Brisac estant rendue (19 décembre 1688), sa dicte Altesse fist repasser les troupes au pais avecq ordre de reprendre leurs quartiers en la montaigne ; ce qui tenoit ledict marquis en grande peine et perplexité, tant pour les dommages irréparables qu'il prévoyoit debvoîr estre causés par ces dîcts logemens que par les rescripUons du parlement et les instances du peuple qui le soUicitoit d'en procurer diversion. Ce que néanmoins lui estoit impossible pour ne debvoir ny pouvoir contredire l'auctorité de Sadicte Altesse, qui avoit le gouvernement et commandement abtes troopes solu de ladicte armée, et disoit ce logement estre néces-
logées daD8 le» . ^ ^ . , . ^ , ^ ^
moDtagoes. sairc, tant pour la subsistance de ses troupes, que pour l'asseurance.de la fronctière, qu'il convenoit fournir pour tenir à couvert tout le reste et les advenues des villes contre lesquelles les troupes Weimariennes sembloient tenir teste. Si bien que ladite montaigne d'un boult à l'aultre estants remplie de quartiers sans qu'une seule contrée, terre ou village fut exemptz de logement, les troupes se trouvant éparses par tout av^ecq mesme licence et liberté qu'auparavant, le commerce et la culture des héritages, dont par l'eiFect de la conférence susdicte l'on se promettoit le restablissement, fut plus' qu'auparavant interdict, la conduicte des matériaulx en la ville de Salins pour la cuitte du sel et le transport du grain de la ville de Pontarlier pour le munitionnement des aultres villes, absolument empesché et
divertie.
1839. Ces logemens prétendus avecq tant d'instances par les
officiers, aussy bien pour la convenance de leurs propres
intérétz que pour la conservation des montagnes qui en
estoit le prétexte, n'empeschérent pas les troupes Wei-
jaovier 1639. lï^^ri^nnes d'attaqucr la fronctière et d'entrer dans le païs
^^ rieDÏ"*' co™™ô ils firent au commencement de janvier de Tan
* montogMil^* 1639, s'cstaus saus résistance quelconque emparé de la
vallée de Morteau, en laquelle tant de troupes avoient
quartier. La facilité qu'ilz y rencontrèrent leur fist prendre
asseurance de pousser plus avant leur conqueste> si bien . qu'en peu de temps, par la foible résistance des troupes auxiliaires, ils se rendirent maistres de tous leurs postes et prindrent la ville de Pontarlier,le chasteau de Joux,la ville de Sainct-Claude, les ville et chasteau de Noseroy, le chasteau Villain« le chasteau de La Chaux, le chasteau d'Usier, la Rivière, et plusieurs aultres places de la montaigne ; et conséquamment lesdictz grains, par les reffus obstinés dudict pagador, demeurèrent en leur pouvoir.
Geste soudaine et violente irruption, faite au mesme temps que son Altesse se trouvoit incommodé de sa santé, et que les peuples, surchargés par Testendue des quartiers et logements susdictz, estoient grandement abbatus et desgoutez, causa partout ung trouble fort dangereux, et mist la province en discrime tout apparent de se perdre. Ledict marquis tacha d'y remédier et d'amortir ce péril aultant que la nature du mal qui le causoit, et la portée de son paî'sf.MartiD? auctorité, qui ne s'eslendoit qu'au gouvernement de ladicte " ^ow^se! ^ province et non des armées, le pouvoit permettre.
Et premièrement escrivit à ce qui restoit de noblesse audict pais, de se mettre en estât et monter à cheval au premier ordre qu'ilz en recepvroient, pour le venir trouver, et tous enssemblement suivre Son Altesse de Lorraine là où elle seroit servie de se transporter pour arrester les conquestes de l'ennemi.
Secondement par l'advis de sadicte Altesse et du duc de Savelli, qui pour lors se retrouvoit en la ville de Besançon, il envoia par courriers exprès une despesche à son Altesse ^Lj^î^V * Roialle, pour l'informer et resservir de l'entrée du duc de Weimart avecq son armée en la province, et du péril esminent et quasi inesvitable, auquel pour ce subiect elle se trouvoit exposée, afin qu'elle fut servie d'y ordonner le secours convenable pour en empescher l'invasion. Il envoia pareillement ung courrier exprès à Sa Majesté impérialle, pour la resservir 'de mesme advis, afin que, par quelque
diversion qu'elle seroit servie d'ordonner, ledict duc de Weimart fut contrainct de se retirer.
Ces debvoirs ainssy faicts au dehors, ledict marquis,
pour munitionner aulcunement les villes et les chasteaux
» . .. . scituez aux advenues d'icelles, fist ordonnance à ceulx du
Retraite dans '
lei piacei. plat païs de s'y retirer, et d'y transporter ce qui leur restoit de provision de grains, et aux magistractz desdictes villes de se tenir sur leurs gardes^ et par bonne union et intelligence avecq les commandantz des armées concourir ensemblement à la defTense et conservation de leurs postes, et particulièrement en la ville de Salins, qui sembloit la plus menacée et la defFence d'icelle plus difficille^ tant à raison du chasteau de Griment conquis précédemment par le duc de Longueville, que des aultres postes de la montaigne occupez tout récemment par les Weimariens.
Et comme la ville de Besançon, quoy que dépendante de l'Empire, est sous la protection des armes de Sa Majesté, ledict marquis jugea estre expédient et nécessaire de pourvoir à la conservation d'icelle comme très^importante au reste de la province. À cest effect il fist des traictez et conventions avecq les citoiens de ladicte ville pour introduire en icelle des troupes auxiliaires au solde de Sadicte Majesté . L'accord qui en fut proposé fut débattu de plusieurs et différentes difficultez, tant au regard du commandement desdites troupes que lesdicts citoiens vouloienl dépendre de leur ordre, que pour l'entretien et nourriture d'icelles, dont avant les admettre en leur cité ils désiroienl avoir asseurance et caution restante juridique à leur auctorité, comme aussy pour le deslogemcnt desdites troupes qu'ilz vouloient estre agréé et ordonné par le gouverneur de la province à la première instance que par eulx lui en seroit faicte. Toutes lesquelles difficultez aiantz esté ter- Deux régimeniB mluées, furent introduictz en ladite ville les deux régimens
^'fieftaDsua.^ fantassins des Comte de Saint-Amour et commandeur de Saint Maurice, ausquelz fut deslivré subsistance et le pain
RÉCITS HISTORIQUES. 39i **®^-
de munition avecq grands soins et peine dodict marquis, qui le plus souvent avoit esté contrainct d'emploier son crédit pour y satisfaire.
Le surplus desdictes troupes s'estant retiré de Taultre costé de la rivière du Doubs, lesdictz Weimariens faisoient contribuer tous les postes de la montaigne jusques à deux heures prez de Besançon et de Salins. Son Altesse de Lorraine, recognoissant lesdites troupes trop foibles pour empescher ladicte contribution, fist encore venir quelques régimens qu'il tenoit aux frontières de Lorraine, avecq lesquelz et le surplus de ses troupes, marcha pour secourir jJ^JJ ^^ le chasteau de Beauvoie, que lesdits Weimariens, soubz le ^^^e^BeiYoïr?* commandement du colonel Roze, avoient assiégé : lesquelz, sur Fadvis de l'arrivée de sadicte Altesse, se retirèrent avecq perte de quelque de leur bagage.
En ceste conioncture^ ledict marquis, voiant Son Altesse Avril 1639. en résolution de se retirer avecq ses troupes hors du païs, 5Sf^ndoSn« luy fist instante prière et suplication de ne vouloir Taban- Fr.-âmté. donner en ce besoing, et considérer que lesdicts Weimariens jà fortifiés par la conqueste de tant de places qu'ilz tenoient en ladite montaigne , voiant le départ desdites trouppes laisser la Bourgougne sans deffence, entreprendroient sans doubte de s'en emparer avecq aparance manifeste de réussir, rien ne pouvant apprès ceste retraitte leur estre opposé. Saditte Altesse, néantmoins appelée pour d'aultres exploictz ailleurs, partit dudict paîs avecq ii pan au comsesdites troupes, sur le commencement du mois d apvril de d'avril 1639. et
oercvÎPQt nlus
l'an 1639, laissant en icelui le régiment de cavalerie dudict sut déplora-' marquis et celui du baron de Savoieux faisant les deux Fr.-comtë. environ cent cinquante chevaulx avecq les deux de fantassins susdits logez à Besançon et les deux des sieurs de la
Verne et de logez aux villes de Salins, Dole et Gray,com-
posez les quatre ensemble d'environ quinze cens ou seize Le peu de cens fantassins. Ce qui est toute la gendarmerie qu'ap- mtêi? après près le départ de sadite Altesse resta soubs le commande- ^^ ^^^'^
*fi39. 392 GUERRE DE DIX ANS
ment dudict marquis pom* la deffence da comté de Boorgougne, en mesme temps le duc de Weimar y estoit avecq son année tenant les places et chasteaux sus mentionnés , oultre ceulx conquis l'année précédente par le duc de Longueville, et ceulx que le Gouverneur de Monlbéliard avoit occupé sur la fronctière d'Alsace et de Ferrette.
Si bien que ledict marquis, se voiant, au commencement de la campagne, avec tant d'ennemis sur les bras et si peu de forces pour leur résister, fut contrainct de faire de nécessité vertu, donnant premièrement advis à Son Altesse Royale du départ dudict seigneur duc avecq ses troupes, et de Testât auquel par sa retraitte le comté de Boorgougne se retreuvoit. En mesme temps il fist une ample despesche au comte de Casate ambassadeur de Sa Majesté Appel aux près Ics treize cantons des Suisses, tant pour obtenir d'iceulx par son entremise les debvoirs qu'ensuite de la ligue héréditaire ih sont obligez de contribuer en semblables occasions pour la conservation dudict comté , comme aussy pour savoir de Don Frédéric Henricq ambassadeur de sadite Majesté prés le sérénissime Archiduc dlnspruq, quelle assistance l'on en pourroit espérer en ce besoing, et par mesme voie adresser à M. Don francisco de Mello, qui pour lors se retrouvoit en la ville de Milan, une dépaiche, par laquelle lui estoit faicte particulière dépeintion du périlleux estât de ceste province par le peu de moiens que ledict marquis avoit en mains de la deffendre et conserver. Il fist en diligence remettre quelque somme de deniers, par l'assistance desquelz il mit ordre sans perdre temps pour, à la participation du parlement, achepter bonne quantité de grains qui furent distribués Provinionsaux aux vilics de Salins, Dole et Gray, selon le besoing que chacune d'icelles pouvoit en avoir, tant pour l'entretien et subsistance des troupes y logées, que pour s'en prévaloir à l'occasion d'un siège. Il ûst faire en chascune desdites villes des ouvrages et fortifications pour de tant mieux en
affermir la deffence. Celle de Salins estant comme assiégée par les postes que les François et Suédois occupoient aux environs d'icelles, ledict marquis, qui n'avoit le moien de les attaquer à forces ouvertes, tascha de les en déloger par surprises. Ce qui réussit si heureusement que les villes et ^^^^ chasteau de Noserois, Chasteauvilain et La Chaux, par le cJjje^^J^jjn bon ordre qu'il y apporta^ furent remis soubs l'obéissance repris. de Sa Majesté, le défont de deniers aiant empesché l'effect de la négociation qu'au mesme temps il avoit mis en terme pour la réduction du chasteau de Griment.
La ville de Gray d'aultre costé grandement affoiblie par la perte du chasteau de Montereux, duquel auparavant les François s'estoient emparés, il mit ordre pour les en déchasser , et résolut de marcher avecq ce qu'il avoit de troupes à cest effect contr'eux ; ceux-ci en estant advertiz s'en retournèrent^ après y avoir mis le feu.
Les ennemis^ chacun selon leurs interestz formant de ceste foiblesse leurs dessQingz, d'un costé les Weimariens disposoient leurs troupes, en sorte que les plus sensés jugeoient, à la contenance d'icelles, qu'ils en vouloient à la ville de Besançon. Les François d'aultre costé s'assembloient sur la lisière de la Saulne avecq bon nombre de troupes^ faisant mine de marcher contre ladite ville de Gray. De quoy ledict marquis, qui pour lors se retrouvoit en la ville de Besançon, recepvant à tous momens de divers endroictz des advis uniformes, après avoir mis l'ordre qu'il jugeoit nécessaire à Besançon, se résolut de passer en diligence à Gray pour mesme subject, où il receut confirmation des précédens advis. En effect, deux jours après, lesdictz François, avecq bon nombre de troupes, parurent à la portée du canon du costé de la porte haulte de ladite ville ; et, au lieu d'y former un sciège, comme l'on se figuroit, l'infanterie d'abord se mist à faire le dcgast et couper Grains coupés les grains, pendant que leur cavallerie voUigeoit à la veue dê^cray. des rempartz pour attirer les bourgeois à quelque sortye
funeste. Ce que remarquant, ledict marquis empescha lesdicts bourgeois de sortir, et fist en mesme temps, à la faveur de la contrescarpe, glisser quelques mousquetiers, lesquelz, soustenus par le canon qui fist bientost escarter ladite cavalerie, contreignirent les coupeurs de grains de cesser. Ce qui obligea les ennemis, voiant lesdits bourgeois ne faire aulcune sortye et le canon du rempart qui tiroit sans cesse incommoder leurs troupes, de se retirer, comme ils firent derrière le couvent des capucins^ attendant quelque meilleure occasion. Le lendemain, avant la poincte du jour, ledict marquis estant sorty avecq ce qu'il avoit peu mettre ensemble de cavalerie et d'infanterie, après avoir mis ordre sur le rampart pour la batterie du canon, marcha contr'eux à desseing de les chaîner, ce qui les contraignit de se retirer en dilligence contre la rivière de Saulne, au passage de laquelle ils perdirent plusieurs hommes et chevaulx, qui furent noyez, laissant dans leur camp des chariotz et charettes de munitions, que ledict marquis fist mener en la ville.
Les Weimariens, apprès la perte des ville et chasteau de Noseroy, chasteau Villain, et La Chaui , avoient assemblé quelques unes de leurs troupes, dont la disposition sembloit présager, comme sus est dict, ung sciège pour Besançon. Mais en eifect ils ne visoient qu'à estendre les contributions et affermir celles qui jà leurs estoient asseurées. La maladie du duc de Weimart, qui de jour en aultres alloit croissant, les avoit retenues de faire aultre entreprise. Pendant ce temps, ledict marquis alloit, tous aultres moiens lui manquant, continuant ses pratiques et négociations, pour reconquester les chasteaux de Grimont et de Joux^ comme places importantes, et de la perte desquelles la province recepvoit plus d'incommoditez. Mais le manquement de deniers lui en fist pour lors encore perdre le fruict et l'occasion d'en réussir.
La quaisse roialle se trouvant si peu fournie qu'oultre la
difficulté grande qu'il y avoit d'en tirer l'entretien des troupes qui, par faulte de subsistance, s'alloient de jour en aultres ruinants et dissipantz, le peu d'argent que de temps en temps par ordre du seigneur Don Francisco y estoit remis par la voie de Milan, debvoit estre en partie distribuez par les ordres communs dudict marquis et du parlement, tellement que, n'en aiant pas seul la disposition, il ne pouvoit le plus souvent agir auxdites négociations avecq le secret et la scellerité que la nature et la condition de semblables affaires requiert.
Et, comme la conservation de la province dépendoit du maintien des villes principalles, la campaigne^ pour la faiblesse des troupes, ne pouvant estre deffendue^ ledict marquis, à la participation dudict parlement, faisoit de temps en temps emploier le peu de deniers qui se remettoient en la pronnce, et, à mesure que l'on les recepvoit, tant à approvisioune l'achapt des grains pour fournir les magasins qu'à la con- et les foruiie. tinuation des ouvrages commencés pour le parachèvement des fortifications de Salins, Dole et Gray; mais lesdictz deniers, qui suivant l'ordre dudict seigneur Don Francisco se debvoient remettre et fournir par mesates, arrivoient constumièrement sy tard que, les provisions ne se pouvant faire à temps, le prix en estoit beaucoup plus cher et la denrée plus mal assaisonnée, d'où provenoitque de ce peu d'assistance ne se pouvoit tirer Tadvantage qui en estoit certain si la fourniture s'en fut faicte conformément aux ordres susdictz.
Les advis de la maladie du duc de Weimart et du peu d'espérance de sa restauration continuant, ledict marquis, avecq le peu de forces qu'il avoit en main,laschoit de temps en temps d'en tirer quelque occasion d'incommoder ses troupes, et de retressir et retrancher tousjours quelque partie de leurs contributions ; de quoy et de la maladie LesVeymarieDs susdicte lesdicts Weimariens prindrent subject de se retirer en brUiMt' de St-Glaude et de Pontarlier, après avoir mis le feu à l'un ^VuDuïuer. *^
et à l'aultre, et de quelques aultres postes qu'ilz avoient
occupé dedans les montaignes. Et, peu de temps après
Mort estant survenue la mort dudict duc, ils se retirèrent de
de Weymir. '
toute la prorince, laissant ung gouverneur avecq forte garnison dedans ledict chasteau de Joux, pour maintenir le paiement de leurs contributions.
Don Antonio de Sermiento, retourné par ordre de S. M. en Bonrgougne, jugeant la retraicte des Weimariens et la mort de leur chef estre une occasion favorable pour la re- BuMe'cEâtoiu ^J^q^^ste dudict chasteau de Joux, en fist par lettres de Joui, quelque proposition audict marquis, qui pour lors se retrouvoit incommodé de sa santé en la ville de Gray, luy persuadant d'entreprendre le siège de ceste place ou de lui en laisser l'exécution à raison de son incommodité, donnant ordre au peu de troupes qui estoient au pais de le suivre et obéir en ceste occasion. À quoy ledict marquis répliqua ce siège requérir plus de forces que lesdites troupes ne pouvoient fournir, que ceste place ne pouvant estre attaquée ni prise sans canons, il n'avoit attirail ni troupes suffisantes pour le conduire et que ce seroit imprudence d'hasarder de le mener avecq si peu de forces en cest exploict^ de tant plus mesmes que les Suédois, par lesquelz ladite place avoit esté, conquise estant alliez et confédérez avecq les François, bien que le duc de Weimart fut mort et que ses troupes parussent trop éloignées pour la secourir, lesdicts François ne manqueroient d'y accourrir, principallement en ceste conjoncture que le Roy de France retournant du siège de Hédin estoit avec son armée aux frontières de la province sur la marche de Langres à Dijon, y allant de l'honneur de ses armes et de sa couronne d'en maintenir la conqueste à ses alliez, que par conséquens l'entreprise de ce siège au lieu de produire Tadvantage que l'on se promettoit nous attireroit les ennemis sur les bras, et qu'il seroit plus à propos et plus asseuré d'en procurer le restablissement par industrie et par la continuation des
négociations susdictes, puisque la faiblesse de nos forces ne nous permettoit de l'attaquer ouvertement.
Ledit Seigneur Don Antonio, ne s*émouvant par ces raisons, réitéra si puissamment ses premières instances, que ledict marquis, pour plusieurs recpectz, se vist comme forcé H.ïïîîiilf /' d'y condesseudre, et d'envoier ordre aux dites troupes d'o- ^°*^^."^^* béir^ et suivre ledict sieur de Sermiento, dont l'entreprise réussit justement ainssy que ledict marquis l'avoit préveu. Car les François, sur l'advis qu'ils en reçurent, entrèrent avec bon nombre de cavalerie et d'infanterie en la montagne pour secourir ceste place, de laquelle ledit seigneur de Sarmiento se retira assez heureusement sans perte. Mais BUe «choue. lesdictz François non contentz d'avoir faict lever le siège et retirer les nostres, bruslèrent tout ce qu'ils rencontrèrent de villages en leur marche. La ruine de cest embrasement estoit augmentée par la perte des fourrages et j^ fnnçans, grains qui en ceste, saison du mois de septembre, se re- 1^^ ^J^ur en trou voient habei^ez dans les maisons. mineS^les
Et, apprès ceste retraitte, lesdictz ennemis s'entretenant ™o"**«°®«en ladite montaigne à continuer leurs dégastz, ledict marquis, quelquement remis de ses incommoditez, à l'instance dudict sieur de Sermiento^ se transporta au chasteau d'Àrgueil près de Besançon, pour là conférer avecq luy tant sur ^^^Jt^»"^ *** le subject des affaires présentes que pour trouver moien d » a r g u e i . de faire cesser et retirer lesdictz ennemis. Apprès une conférance de trois ou quatre heures, ledict sieur de Sermiento, aiant repris le chemin de Suisses pour retourner à Milan, ledict marquis repassa en diligence en la ville de Départ de ser- Gray, sur l'advis qu'il eust de quelque intelligence qui,par pourlSiiau. occasion de l'approche de l'armée Françoise alors es environs de Dijon, se tramoit sur icelle ; lequel advis néanmoins ne se trouva véritable.
Mais incontinent après il en receut ung plus certain, que les troupes ennemies, commandées par le marquis de Yilleroy, après avoir secouru le chasteau de Joux et faict les
desgastz sus mentionnez, auroit assiégé la ville et cbasteau de Noseroy. Le commandant de ceste place lui en avoit secrètement donné l'advertissement véritable avecq asseurance qu'il pourroit tenir de huict à dix jours. Pendant quoy ^^. ' ledict marquis envoia promptement ordre au Baron de Savoieux de conduire le peu de cavalerie, qui pour lors se treuvoit au païs, sur le passage du Doubz, où luy se trouveroit au jour nommé avecq rinfanterie, pour marcher £|u secours de ceste place. De quoy lesdictz ennemis aiant advis, sans donner loisir audict marquis de les attaquer, en levèrent le sciège, et se retirèrent avecq leur attirail hors du pais, après avoir renforcé de quelques troupes la garnison du cbasteau de Grimont, pour tousjours incommoder le voisinage.
Et par ainssy ne se retrouvant, après ceste retraitte, en la province aulcunes troupes ennemies fors les garnisons délaissées tant audit Grimont, Joux, qu'aultres places tenues encor par lesdits François et Suédois, ledict marquis, à la participation du parlement, ûst repartement des quartiers d'hiver pour y loger le peu de troupes qui restoient en piedz
Entretemps ledict marquis, aiant reçeu de Son Altesse Royale ordre de passer à Bruxelles, et, à mesme conjoncture, des instructions et mémoires de ce qu'il convenoit faire pour le gouvernement de la province pendant son absence, avant que prendre résolution de partir, le parlement à son instance lui envoia deux conseillers, avecq lesquels, en présence et participation de quelques seigneurs de la province, fut faicte une conférence pour l'exécution des ordres envoiez par sadite Altesse pour ledict gouvernedu'^Toir. ^^^^* Ensuite desquelz le gouvernement du politique estafU remis à lad. cour et celuy des armes au baron de Scey^ ledict marquis luy laissa des notes et mémoires bien particuliers, tant des provisions dépensées auxdites villes, et de l'ordre qu'il y avoit mis pour l'entretien des troupes jusques
à Tarrivée dé la prochaine mésate^ et de la plupart d'icelle jusques au mois de mars inclus, que de tout TEstat militaire de la province.
Et, après avoir donné part aux Gouverneurs des places i64o. et aux magistratz des villes de ceste disposition, il partit de la ville de Gray le treiziesme de janvier de l'an mil *'^ "éiSt^' six cent quarante pour, selon les ordres et permission de de^sT-Mwun. Sadite Altesse, passer en la ville de Bruxelles.
Ou estant arrivé, il donna compte bien particulier à Sadite Altesse de Testât du Comté de Bourgougne par le récit des misères dont il estoit accablé et des dangers qui le menaçoient, proposant en mesme conjoncture les moiens qu'il jugeoit nécessaires et convenables pour en divertir le malheur, dont furent par luy dressés mémoriaulx deuement araisonnez, pour la vision desquelz et la résolution des articles y représentez furent par Sadite Altesse nommez les Révérend père confesseur comte de Fontaine, et don Miguel de Salamienca, lesquelz, après une conférence de plusieurs jours faicte sur le subject d'iceulxavecq ledict marquis, en firent rapport à Son Altesse. Elle reconnut ces réquisitions et demandes fondées en justice, ordonna pour la deifense dudit païs les quatre milz hommes de piedz et huict centz chevaux que ledit marquis avoit représenté par ses mémoriaux y estre nécessaires, et en oultre les magasins et provisions de guerre et de bouche en chacune desdites villes, tant pour la nourriture et armement des troupes que pour la deifence et soutien d'un sciége, le tout réglé conformément auxdits mémoriaux.
Et, pour le recouvrement des deniers nécessaires à ceste despense, qui par suputation se trouvoient revenirà près de douze cens milz francs, furent, par mandat de Sadite Altesse, expédiez en son roial nom, ordres et rescriptions précises aux ministres d'Italie qui debvoient la fournir de la quaisse de Milan, d'y complir ponctuellement et d'en advancer le paiement par mésates auxdites villes et sans aulcun retar-
dément, afin de ne perdre Toccasion comme du passé, de les emploier utillement.
Et, la despaiche en aiant esté mise es mains dudict marquiS| il receut ordre de retourner en son poste pour pourvoir aux nécessitez de la campaigne, selon la facilité que par la disposition susdite luy en estoit préparée. Retoor Ensuitte de quoy ledict marquis seroit party de Bruxelles de 8.-Martin. |^ trciziesmc de may de Tan 1640, apprès avoir obtenu de ,18 mai 1640. Sadito Altessc quelques emplois et mercèdes pour plusieurs mpensei. pg^j^j^^j^pg^ jq^^ jj imporloil au servicc de Sa Majesté de
recognoistre les mérites, savoir au baron de Scey lettres de Son Altesse pour la charge de Mareschal de camp, au comte de Saint Amour pour le gouvernement de Dole, au baron de Savoieux pour le gouvernement de Gray, au marquis de Hessimieux pour un régiment de cavalerie, au commandeur de St-Maurice pour la commission du gouvernement de Salins, et aux chevaliers de la cour à chacun douze cens francs de pension annuelle.
Arrivant en Bourgougne, il receut advis, d'abord en la ville de Besançon, de l'approche des troupes françoises sous la conduitte du marquis de Yillerois, menassant un dégast universel des moissons prestes à couper. Les villes en perpléxitez et les Bourgeois intimidez par Tappréhcnsion de ce dommage, que la foiblesse de nos troupes et la misère de la province leur faisoit juger inesvitable, furent quelquement rasseurez par le retour dudict marquis. Lequel aiant, dèz ladite ville de Besançon, donné tous ordres à luy possibles pour Tasseurance de celles de Salins et Dole, et pour empescher la perte des grains semez aux environs d'icelles, se rendit en personne à Gray où le péril sembloit plus pressant. Et en effect, tost ^près qu'il y fut arrivé, ledict marquis de Yillerois, avecq son armée, se vinst camper à la terre de ladite ville du costé de la Saulne, suivy de quantité de faulcheurs qui commencèrent à couper les bledz ; et les bourgeois, comme désespérez de veoir leurs
travaulx ainssy perdus et «ruinez, alloient tous, sans recognoistre, se faire esgorger, pensant empescher ce dégast, si ledict marquisy recognoissant le malheur auquel ilz s'alloient précipiter et la perte de la ville, qui en estoit infaillible, n'eust par son autorité retenu leur impétuosité. Et, leur aiant promis de procurer de Sa Majesté quelque desdommagement de Tintérest que ces desgastz leur causoient, il les fîst rentrer dans l'enclos des murailles, et, faisant deslacher quelques voilées de canons avecq feinte d'une puissante sortye, il contraignit les ennemis à se retirer, lesquelz n'aiant peu réussir du desseing qu'ilz avoient d'attirer les bourgeois au dehors pour surprendre la place, marchèrent contre Salins et Dole, pour y tenter les mêmes entreprises^ desquelles, par les bons ordres que ledict marquis y avoit mis, ilz ne tirèrent aultre advantage que le dégast de quelques grains qu'ilz coupèrent, puis se retirèrent en la frontière.
Ledict marquis, compatissant aux plainctes et lamentations, que les bourgeois de ces trois villes endommagées par le dégast de leurs grains en faisoient continuellement, en donna particulier advis à Son Altesse qui, sur remonstrances que lui en furent présentées de sa part, fut servie d'envoier ordre en Bourgougne pour emprunter sur les saulneries la somme de cent cinquante milz francs, qu'elle commandoit estre distribuée auxdicts bourgeois, en réparation de leurs pertes. Ledict marquis, aiant extrêmement peiné le jour quelesditz ennemis parurent à la terre de Gray^ passa le jour suivant à Besançon pour affaires importantes, où accablé de lassitude et d'ennuis, il fut saisi y^iadie de d'une fiebvre continue, qui l'aiant travaillé plus de qua- s.-Mariin. rante jours, il fut abandonné des médecins et laissé pour mort.
Les ennemis, s'estant formé de la maladie dudict marquis une espérance de réussir plus facillement en quelque entreprise, entrèrent soubz la conduitte du marquis de
Turenne avecq cavalerie, infanterie et canons au païs pour Oyattaqué. attaquer la ville et chasteau de Gy qu'ilz se promettoient d'emporter d'emblée. Mais la résistance qu'ilz rencontrèrent les y aiant entretenus plus qu'ilz ne croioient, ledict marquis jà convalescent, se retrouvant avecq quelque noblesse en la ville de Besançon, se résolut de monter à cheval pour secourir ceste place, dont le poste est notablement important aux villes de Besançon et Gray. De quoy lesdits ennemis advertis se retirèrent promptement avecq perte de plusieurs de leurs gens.
La longue maladie dudict marquis l'aiant empesché de
solliciter et contribuer son auctorité pour faciliter le re-
150,000 fr. couvrement de ceste somme de cent cinquante milz frans,
* pa"ordr!f^ quc Son Altessc avoit ordonné estrc empruntée et distri-
buee aux bourgeois endommagez par la perte de leurs
grains, la grâce, que Sadicte Altesse avoit esté servie leur
^aans ei^éu°' cu destiner, demeura sans effect, et les pauvres bourgeois
avecq leur perle.
Et de plus les paiemens et fournitures, ordonnés par Son Altesse sur les mémoriaux dudict marquis pour le secours et conservation de la province, furent ou par négligence des ministres ou par la disette des deniers surceus et retardez, en sorte qu'il ne fut plus onques moiens de faire aulcune provision ny de guerre ny de bouche, ny Plus de provi- mcsmc de continuer au peu de troupes qui restoient le ^"'" ^^piSr"^' pi^in de munition ; sy bien que par ce manquement tout de iroupea. gg^QJ^ q^ désordre, et lesdictes troupes s'alloient de jour Désordre en aultrcs ruinant et dissipant; et, quelques debvoirs et diligences que ledict marquis tascha de faire pour obtenir des ministres de Milan l'exécution des ordres de Sadite Altesse ou en tout ou en partie, il ne peult onques seullement obtenir d'eulx une response cathégorique.
Ce quil'auroit occasionné d'en faire plaintes et doléances à Son Altesse, laquelle, sur remonstrances qui luy furent faites de sa part du préjudice irréparable que causoit à la
Boui-gougne le retardement que lesdictz ministres apportoient à raccomplisseraent de ses ordres, leur fil nouvelle et très expresse ordonnance par jussions et rescriptions réitérées de, sans aulcune remise et touttes excuses cessantes, accourir aux nécessitez de ladite Bourgougne en la forme et manière prescrites par lesdictz ordres.
Ce nonobstant, le paiement des Mésates estant tousjours différé, le désordre et la confusion croissoit parmy les n crott encore. troupes en sorte que la pluspart des soldats, et mesmes des officiers, capitaines et aultres, desgoustez par la souffrance continuelle de leurs nécessitez, abandonnoient leurs compagnies et leurs régimens, pour aller en Italye et Les régiments aultres lieux, où l'espérance du meilleur traitement les ****°^°°°^pouvoit appeller, et en si grande confusion qu'il s'est trouvé des capitaines avoir emmené leurs compagnies quasy entières.
Et ne pouvant ledict marquis procurer au désordre aultre remède que de Tauctorité de Son Altesse, il luy fist très humble supplication d'ordonner aux ministres de Milan ou aultres, ausquelz semblables déserteurs viendroient se présenter, de ne les recepvoir, ains plustost de les chastier et renvoier à leurs postes.
Il despescha pour mesme subject Don Gabriel de Toledo à Ratisbonne, où pour lors se retrouvoit le seigneur Don Francisco de Mello, lequel aiant tousjours compaty tendrement aux afilictions de ceste province et contribué pour son assistance ce qu'il avoit peu, l'on espéroit obtenir par son autorité le moien de faire cesser ces désordres. Et par efîect s'en estant faict particulièrement informer et de Testât de ladicte province, il destina la remise de quelque somme de deniers pour l'assister et secourir en ce procinct, disant les affaires de la monarchie avoir requis en divers endroictz une si excessive despense qu'il avoit esté du tout impossible de complir ponctuellement à tout ce que Sadite Altesse avoit esté servie d'ordonner pour ladite
àOA
r.UERRE DE DIX ANS
Rareté des denierSt
Famine ; plus heo.
On ne pent racheter n ri mont, Joux et Courlaouz.
Lict^nce des
troupes sans
solde.
Les D«>u(ralités parliculières commeocent*
Bourgougne ; que ne pouvant encore pour le présent lui estre envoie et deslivré plus grande somme que celle dont la remise avoit esté réglée, il estoit forcé de proportionner Tentretien desdites troupes et la despense y nécessaire à la disette et rareté des deniers.
Sy bien que ceulx dont ledict Don Gabriel apporta les lettres de change n'aiant peu quasi suffire que pour le remboursement des advances que l'on avoit esté contrainct de mandier pour les nécessitez avant dites, et le paiement du surplus estans remis à divers termes, l'on ne pouvoit ni pourvoir à l'achapt d'aulcuns grains ni mesmes à la fourniture du pain de munition, quoyque le nombre des rations fut par la dissipation des troupes notablement diminuez.
Par la continuation des pratiques et négociations avant dites, les commandantz des chasteaux de Joux, Griment, et Courlaou s'estoient laissé persuader de remettre ces places soubz l'obéissance de Sa Majesté, moiennant la recognoissance qui leur avoit esté pour ce subject offerte, ledict Marquis en aiant resservi Son Altesse et les ministres afin d'estre secondé par la fourniture de quelques deniers au parachèvement de cesle affaire, elle demoura par manquement d'assistance imparfaicte, la disette et la pauvreté de la caisse de Bourgougne n'aiant peu fournir les moiens de la conduire à la fin.
Tous les endroictz de ladite province et particulièrement les places scituées aux frontières se ressentoient grandement oultragées et incommodées tant par les incursions ordinaires des troupes ennemies que par desrèglement de celles du païs,qui,à couleur de manquement de subsistance, se donnoient une excessive et trop licencieuse liberté. Elles faisoient grandes instances pour obtenir permission de se neutraliser avecq les villes et aultres places des ennemis contigus à leurs 'frontières, mais ledict marquis, prévoiant de ceste neutralité particulière plusieurs inconvénients trop
préjudiciables au gros de la province, ne voulut en entendre la proposition, que pour en resservir Son Altesse^ attendant ce qu'elle seroit servie d'y ordonner.
Mais le rétablissement de l'ancienne neutralité pour toutte Tenuiive pour
1 • 1 ^ •< .^1 c j 1 ■ la nentralilô.
la province, comme cela estoit avant la rupture de la paix, aiant esté, par une approbation universelle de tous, jugé le plus asseuré moien de conserver le comté de Bourgougne, la négociation en fut mise en termes avecq quelque apparence d'en réussir, fondée sur la disposition que l'on remarquoit aux treize cantons de Suisse. Lesquelz, par la considération de leurs propres intérests, doibvent, pour Tasseurance de leur estât, procurer la conservation dudict Comté; etSadite Altesse aiant agréée la proposition que lui en fut faicte, envoia ordre à Don Diego de Savedra, pour, au nom de Sa Majesté, se retrouver en la dielte qui se debvoit pour ce subject convocquer à Baden avecq toutes instructions nécessaires pour la conduite de ceste négociation. Et par son agréationledict marquis, conjointement avecq ledict parlement, y députèrent, au nom de ladite province, le comte de Sainct-Amour et le conseiller Bereur, auxquelz furent donnés amples mémoriaulx tant des poinctz principaulx, qui avoient esté considérez aux traictez faictz précédemment pour ladicte neutralité, que des raisons et iieni^amé éaultres fondements que la saison présente pouvoient faire Ei|°^2houe entrer en considération pour la restablir.
Geste négociation n'aiant eu le succez que ces bonnes dispositions en faisoient espérer pour le restablissement du repos attendu des peuples avecq tant d'impatience, le désordre que ceste attente avoit faict quelquement cesser Dégoût commença de rcnaistre et se faire sentir avecq plus de violancc que du passé. Car les peuples et les soldalz, fatiguez par la continuation de leurs misères et frustrez de ceste espérance qui leur donnoit quelque soûlas, enfin perdoient courage et faisoient voir tout ouvertement leur dégoust. Ce qui mit ledict marquis en plus grande peine et perplexité
que onques auparavant il n*avoit esté , parce qu'en ce mesme temps il receut confirmation des advis que précédamment il avoit eu que le mareschal du Rallier et le comte de Grancey s'advançoient en corps d'armée pour attaquer la province, laquelle, avecq Finconvénient de ce dégoust universel, se retrouvoit pour lors en tel estât que toute Presque plus l'infanterie qui y estoit en pied, repartagée aux villes et ^^ ^pTysf*'* places de Salins, Dole, Gray, Noserois et Jonvelle, ne faisoit pas huict cens hommes en tout, et toute la cavalerie ne pouvoit fournir six vingtz chevaux (1).
Ledict marquis, en ceste perplexité, reçoit advis que Tennemi avoit assiégé la ville de Jonvelle, et, n'aiant forces en mains pour la secourir, fist une prompte despeache à Son Altesse pour la resservir de ceste entrée desdictz ennemis au païs et une aultre aux treize cantons remplies de plainctes et doléances de ce que les François, lorsque par entremises desdictz cantons estoit mis en termes ung accommodement entre les deux Bourgougnes, enlroient hostilement audict comté contre les asseurances que lui en avoient esté données. Et, ses debvoirs faicts, il se porte avecq quinze ou vingt chevaulx sur la frontière pour animer par sa présence les peuples et les magistratz estonnez
Irruption des t,. .* . i • i • /«. . •
Frdoçaîs. par 1 irruptiou si soudaine des ennemis (z) ; et, aiant
commandé ce qui se trouvoit de cavalerie au païs pour
le venir joindre, afin d'envoier toujours quelque partie du
costé des ennemis pour en recognoistre la marche et les
s.-Mariin ne dcssciugz, il uc pcult oucques mettre ensemble cent cbe-
seinbM^ue 100 vaulx tant ccstc cavalerie se trouvoit affoiblie et di-
i6.il. Lesdicts ennemis avoient pris les chasteaux de Jonvelle,
Les ennemis dc St-Remy, et par après ceux de Scey et de Ray qui leur ffiSx de asseuroient le passage de la Saulnc. Ne pouvant, à cause
Jonvelle, St-
Riimy, Scey et — — — — — ^— ——— ^
Hay.
(i, 2, 3.) Détails extrêmement curieux, et qu'on ne retrouve ni
dans Girardot (Gmrre de dix ans), ni dans aucun historien.
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de nostre trop grande foiblesse, la campaîgne estre deffendue, il fut nécessaire de convertir toutes panssées à la conservation des villes, et de pourvoir, aultant que la nécessité lors présente le pouvoit souffrir, à la seuresté d'icelles et particulièrement de Besançon que l'occupation du passage de la Saulne rendoit plus voisine du péril. Et, s'y estant à cest effect transporté ledict marquis, là le vinst trouver ung député du parlement et quelques seigneurs,
avecq lesquelz aiant faict une conférence pour par leurs ad vis trouver moien d'arrester lesdictz ennemis, et d'as-
seurer les villes et particulièrement celle de Besançon, tous
les expédians qui en furent proposez se trouvèrent estre
accompagnez d'inconvéniens qui en rendoient impossible ^^®Sï}*^ ^®
l'exécution (1).
Car premièrement les troupes de cavalerie et infanterie estoient si foibles et si peu considérables en nombre qu'il " estoit impossible de se mestre avecq icelles en campaigne pour faire teste auxditz ennemis (2).
Secondement, le peu qui en restoit estant repartagez aux places susditles,e[les ne pouvoient en tout ou en partie en estre tirées sans desgarnir lesdites places et les laisser comme abandonnées (3).
En troisième lieu, les villages de la montagne, desquelz on proposoit tirer quelques mousquetiers pour en faire gros, estoient tellement appauvris et despeuplez qu'ils n'avoient moyen quelconques d'en fournir ung nombre tant soit peu éonsidérable ni la dépense nécessaire à leur entretien (4).
En quatriesme lieu, quand Ton pourroit tirer desdites places partie des troupes y logées en garnison, et de la montaigne des mousquetiers en bon nombre pour les grossir, il n'y avoit moien quelconque de leur fournir subsis-
(i, 2, 3, 4.) Même observation sur cette [prodigieuse extrémité ou se trouva réduite la province.
16il. 40g GUERRE DE DIX ANS
tance en la campaigne. Car dans les villages ne se retrouvoit aulcuns grains ; les villes, auxquelles il y en avoit quelque peu de provision, ne vouldroient en souffrir la distraction: aussi ne seroit-il pas expédient en ceste saison, et la caisse royalle se retrouvoit pour lors encore plus qu*auparavant tellement espuisée et desgarnie qu'il n'en falloit espérer aulcun secours pour la subsistance desdites troupes. La rareté et pauvreté des deniers y estoient telle,qu'au rapport d'un des officiers du solde présent à ladite conférence ne se trouvoit en icelle huict cens ou mil francs au plus monnoie de Bourgougne, si que par ce manquement il y eust, en mesme conjoncture, grande difficulté de fournir les ordonnez à Don André de Monnot et à Don Gabriel de Toledo pour les fraiclz de leur retour à Bruxelles (1).
Par la faiblesse Si bien que la foiblesse des troupes et la disette des dedos troupes et . 1 • ^ w • J 1 . « l • 1
la disette des uicrs ne laissaut aultre espoir de salut a la province que la r^"e pour la fidélité des bourgeois et habitans des villes, ledict mar-
dùfense quo les . , , . - •*•*/•
habitants des quis tascha de les encourager et de maintenir et fomenter
villes
par bonnes espérances la constance de leur zèle et affection au service de Sa Majesté et deffence de leur patrie ; mais, en mesme temps qu'il meit en pratique le remède, il reçoit advis que ceulx de la ville de Vesoul, intimidez par l'avoisinement de l'armée ennemie campée à trois heures de leur ville, avoient, pour se redimer d'un sac qu'ils apréhendoient et jugcoicnt inesvitablc, traitté pour une somme On craint pour d'argent avcc eulx. Il conjectura que lesdiclz ennemis, se vesouf. saisissant de ce poste, ne manqueroient pas de faire quelques entreprises sur Besançon, et de courir le reste de la province, le passage de la Saulne estant libre, ueiraile des * Néautmoins, sans passer oultre, après avoir desmoli les Français, ^.jjj^ ^^ chaslcau de Jouvelle, ilz se retirèrent sur la fin du
mois d'octobre, laissant en ceulx de Saint-Remy, Scey et Ray garnison suffisante, cesle relrailte aiant esté vraysem-
(1) Même observation.
blablement ordonnée en considération de quelques debvoirs que les treize cantons, sur plainctes et doléances dudict marquis, avoient peu faire pour la procurer.
Ladite retraite laissa quelque peu de repos en la province, pendant lequel y arriva Don Gavera Ozorio pour, en la place de Don Andréa de Marmoly, faire l'office de Veedor général, et lettres de Don Miguel de Salamanca portant asseurance de la remise de cent milz escus qui, par sa diversion se debvoient (ensuitte des ordres de Sa Majesté), remettre en la caisse de Bourgbugne des provisions de Flandres, et aultres cent milz escus qui, par la voie du gou- ^^oloeo^écw. vemeur de Milan, debvoient estre remis en ladite caisse des provisions d'Italie, tellement que, la remise de ceste somme estant asseurée, les banquiers ensuitte de l'accord qui en fut faict avecq eulx s'obligèrent d'en fournir les deniers sy tost que les lettres de change, qui tost après arrivèrent, pour le moins celles de Flandres, leur seroient mises en mains.
Ledict marquis, auquel estoient deus plusieurs mois de son solde et notable somme de deniers par luy fournis, sur les ordres de Son Altesse Royale, à la princesse Anne de Mautoue retirée par mesmcs ordres en Bourgougne, ne voulut de ces provisions s'en procurer 'aulcun paiement, comme il pouvoit le faire, ains les destina toutes au reslablissement et nourriture de la gendarmerye et à l'achapt de grains pour le munilionnement des places, le manquement de l'un et l'aultre aiant mis tout récemment ladite province en si périlleux descrime.
Pendant ce calme, les pratiques mises à terme pour la réduction des places occupées par les ennemis continuantz avec assez de bonheur, le chasleau de Saint-Laurent de la Roche, selon le project qu'il en avoit faict dresser, fust surpris et réduict heureusement sous l'obéissance de Sa Ma- ^P^prise de
* Sl-Laurent-la-
jesté. Et, quelque proposition lui aiant esté faicte d'une en- *^<>«^«treprise sur le chasteau de Ray, il donna commission de
rexécuter,roccasion s'en présentant favorable, pendant que lui formoit un aultre desseing pour la réduction du chasteau de Grimont, sur quelques mémoriaulx que lui en furent envoiez et de celui de Gourlaou, le commandant duquel, moiennant l'accomplissement de quelques conditions qu'il avoit demandées pour Tasseurance de sa personne et de sa fortune en ce party, avoit promis de le remettre entre les mains dudict marquis, qui, par ce moien, se facilitoit le recouvrement de plusieurs aultres places scituées en mesme fronctière, et, aiant mis tous ordres nécessaires pour l'exécution de ces proiectz, avoit pris résolution de passer incontinent à Dole, tant pour en communiquer avecq le Président et quelqu'autres du parlement, que pour faire insinuer aux registres dudict parlement sa GouTerneur patente de gouverneur absolut de ladite province, dont Sa Majesté avoit esté servie de l'honorer.
Mais l'advis, qu'il receust en mesme temps de la mort Mort du du Sérénissime Infant Cardinal, l'aiant extraordinairement
Cardinal Ufant '
troublé, lui fist surseoir lesdites exécutions, pour auparavant pourveoir aux inconvéniens que l'occasion de ce funeste accident pouvoit causer au dedans et au dehors de la province. Il escrivit aux gouverneurs des places et magistrats des villes, pour, en leur donnant advis de ce malheur, leur recommander la soigneuse garde de leurs postes et le maintien de leur zèle et fidélité au service de Sa Majesté, pour en faire voir les marques en ceste occasion, si les ennemis présumoient d'en tirer quelque advantage ; puis fist une ample despesche à Sa Majesté contenant une bien particulière déclaration de Testât de la dite province, avecq très humbles remonstrances que lui estant ordonné par sa patante le relever en l'exercice de sa charge des ordres du Sérénissime Infant Cardinal, il attendoit ceulx que Sa Majesté seroit servie lui prescrire à l'occasion du décez de ce prince.
La mort de Son Altesse, qui avoit honoré ledict marquis
d'une affection bien particulière, le toucha si sensiblement que, ne pouvant résister à la violence des regrets dont son esprit estoit agité, deux jours après qu'il en receust la triste nouvelle, il se mit au lict saisy d'une fiebvre continue, que les médecins recognoissant fort maligne tachoient de le divertir des ennuis qui en augmentoient la malignité; quoi nonobstant, aux heures que son mal paroissoit moins violent, il s'occupoit à dresser des mémoriaux et diverses rescriptions, pour de tant plus asseurer l'employ des deniers, selon l'ordre qu'il en avoit estably, à l'achapt des provisions et munitions nécessaires au soulagement de la province. Mais, son mal augmentant par la continuation de ses regretz, il laissa tous *soingz des affaires du monde, pour convertir ses panssées à bien mourir. A quoy il se disposa par la communion des sacrementz qu'il receust avec grande piété et résignation à la volonté divine, puis rendit l'âme à Dieu, sur la minuict, le vingt uniesme décembre de Mort dû
' o BMxguis de Sl-
l'an mil six cens quarante et ung. liartia.
21 Dec. 1641.
Manifeste au nom des peuples de la Franche-Comté de Bùwgougne^ de la continuation des hostilités des François et de la résistance y apportée depuis la levée du siège de Dole.
Nons avons attribué au président Boyvin le manifeste qu'on va lire. Cet homme si actif présidait alors aux destinées de la nation. Il en dirigeait la défense. Il est Thistorien du siège de Dole, publié immédiatement après la délivrance de la ville. Cet homme supérieur était tellement présent à tout, que, dans un registre volumineux, il a tenu, article par article, tous les comptes de cette terrible guerre.
Ce manifeste est un appel aux derniers efforts de la nation. On ne peut y reconnaître le calme et impartialité de l'histoire. C'est le langage de la lutte. Mais si trop souvent, par les faits qu'il relève à la charge de la France, il attriste notre patriotisme aujourd'hui si français, il n en est pas moins de la plus haute importance, et Ton y trouve sur la marche générale de la guerre, comme sur sas détails jusqu'à la fin de 1638, des faits que l'on chercherait vainement ailleurs (1).
On ne peut s'otonner de Tirritation qui règne dans cet écrit, les Franc- Comtois considéraient cette guerre comme inique dans son origine, inhumaine dans son exécution. « C'est le temps, disaient-ils, où « la Franche-Comté perdit sans se rendre onze villes et quinze cents « villages, où, dans les forests et bois, on traquoit et chassoit aux « hommes, comme on fait communément aux bestes brutes et sauva- « ges (2). »
L'histoire du siège de Dole, et la déclaration publiée soubs
(1) Dans le manuscrit certaines lignes du bas des pages se trouvent rongées ; mais ces passages sont de médiocre importance. Et pour les restituer nous nous sommes aides du travail de M. Suchet, cui'é de la cathédrale et membre de l'académie de Besançon. {Annales fronc-comtoises f année i866, p, M et s.). Les mots ainsi suppléés ont été placés entre parenthèses.
(2) Papiers épars du Parlement de Dole. Archiv. départ» du Doubs.
le nom des commis au gouvernement du Comté de Bourgougne, aîant assez mis au jour les premiers attentats de la France, et l'ouverture de ses injustes deseins conlr'une province, qui, par Fadveu de son souverain, vivoil en paix et en amitié avec ces voisins, reposant sur la foy du traicté de neutralité, qu'elle avoit tousjours constamment et religieusement observé en toutes ses parties, et de la subsistance duquel elle recepvoit de plus fortes confirmations que jamais, et des asseurances redoublées de la part du Roy très chrestien, à mesme temps que l'on formoit les apprests de sa ruine et que l'on disposoit tous les moyens de son usurpation, il semble rester à ceste heure, par la suitte et continuation des semblables escrips, à représenter celle des attaques, pratiques, cruautés, violences, que dès lors les François y ont de plus en plus exercées au mespris de toutes loix divines et humaines, ne doutant pas que si dedans le monde se retrouvent encore quelques reliques de l'ancienne probité, si les sentiments de l'honneur, l'appuy de la foy publique, Tamour du droit des gens, le mouvement de la nature mesme ne sont entièrement éteints,toutes les nations de l'Europe, ne prennent part à nos calamités. Apprès avoir inutilement assemblé trente mille hommes devant la ville de Dole, qu'ils s'estoient promis d'emporter avec un manifeste, aiant laissez les traces et vestiges de leur retraicte dans les cendres de trois cent villages bruslez par ordre de leur supérieur, et sur délibération de Conseil, le seizième du mois d'aoust de l'an mille six cent trentesix, deux jours après la levée du siège, ils r'envoièrent effrontément, comme un héraut de paix, le mesme trompette qui estoit venu auparavant sommer la place de leur part, avec des lermes de menaces et de supériorité, qui à peine eussent peu convenir et s'appliquer à quelques subjets rebelles de Sa Majesté très chrestienne. A son retour, il portoit bien les mesmes Uvrées qu'à sa première entrée, mais parloil un langage fort différent remply d'autant de
Ai A GUERRE DE DIX ANS
compliments et de souplesses qu*il Tavoit autrefois esté de fanfaronneries et de rodomontades. Il rendit les lettres de quelques députez des ligues suisses résidants au camp auprès de la personne du Prince de Condé, par où l'on proposoit le restablissement de la neutralité. On y fit des responses fort civiles, sincères, et modérées, avec des remerciements de leur entremise, et des asseurances d'en advertir le Sérénessime Infant Cardinal pour apprendre ses intentions, et les suivre avec Tobéisance et le respect auquel on estoit obligé. Par effect, on ne tarda pas d'escrire sur ce subjet à Son Altesse Royale qui, portée d'une affection paternelle envers les fidels subjets de Sa Majesté et sensiblement touchée de leur remontrances et misères, préférant Tamour de leur repos à celuy d'une juste vengeance contre ceux qui venoient de le troubler si violemment, en prostituant et postposant à leur ambition déréglée toute sorte de pudeur et de conscience, elle accorda qu'on entrât en conférence avec les Suisses, qu'on entendît leur propositions avec considération particulière.
Tandis que l'on étoit en ces termes, les François s'habillant lors selon la saison, se fesoient voir avec des contenances et postures de repentance, et taschant de nous circonvenir par mille faux appas, nous monstroient les bandes préparées pour resserrer les playes qu'ils venoient d'ouvrir au corps de cest estât, feignant de pleurer nos malheurs et de donner des imprécations à ceux de leur parti que Ton croioit autheurs d'une entreprise si funeste pour Tune et l'autre Bourgougne, suggérant, en toutes occasions et rencontres qui pouvoient le permettre, leurs désirs très ardents de voir refleurir l'ancien commerce et la mesme voisinance, qui avoit esté autrefois entretenue avec eux.
Et bien que nous ne donnassions plus aucune créance à leur artifice et déguisements, que toutes leurs offres nous parussent suspectes et contagieuses, que l'image de leur desloyauté fut continuellement au milieu de nos yeux et
nÉCITS HISTORIQUES. 415
dans le fond de nos cœurs, nous avions peine néanmoins de suivre les traces de sang qu'ils venoient de nous marquer, d'aller surprendre el esgorger au coin de leurs foyers quantité de personnes imbécilles de l'un et l'autre sexe, comme ils venoient de le pratiquer inhumainement en nostre pays, et à l'endroit de ceux qu'un jour auparavant ils visitoient et caressoient comme leurs meilleurs amis et voisins.
Aussy allions nous suspendant et amortissant peu à peu les efferts de la plus juste indignation qui fut jamais conçue. Après le péril en quelque façon eschappé et ces premières apparences effacées par la retraicte du comte Galas dans l'Empire, comme l'on eut mis quelques garnisons des originaires du pays dans les places frontières de la Bresse, avec ordre de demeurer seulement dans la deffensive, et d'observer Testât et les deseins des trouppes commandées par le marquis de Thianges, on fut estonnez que, lorsqu'il écrivoit de vouloir contenir ses gens pourveu que l'on n'attentât chose aucune sur eux, et mesme qu'il y engageoit sa parole et son honneur, il envoia sans aucun
précepte ny fondement mettre le feu village de
et enlever de suite un quartier de Gorlaou et marcher en personne sur celui de Chavannes qui fut également enlevé.
Ce procédé autant outrageant que déshoneste, blessant et usant toute la patience du marquis de Conflans, qui avoit le gouvernement des armées de Bourgougne, le porta, tant pour ne pas voir périr en détail le reste des soldats bourguignons par l'enlèvement un à un des quartiers qui leur avoient esté assignez, que pour repousser la force par la force, de tirer des dites garnisons jusqu'à six cent chevaux, et douze cents hommes de pied, et, avec ce petit de troupes. corps, aller droict et teste baissée à l'ennemy, comme il fît avec une telle ardeur et diligence, qu'il prévint l'enlèvement de deux autres quartiers, et l'embrasement de deux
autres bourgades, sçavoir MonlUcur et Arinthod, où le marquis de Thianges avoit deseignez de passer dès Chavannes, ainsi q'uil fut recognu non seulement par sa marche, mais confessé par les prisonniers de son armée que nos coureurs surprindrent, et vérifié par plusieurs lettres qu'on intercepta des personnages plus qualiflez de la Bresse. Elles portoient qu'en l'année d'allors 1637, on ne tomberoit pas dans la faute qu'on avoit faicte la précédente, et pendant le siège de Dole, de ne point ruiner de fond en comble le balliage d'Aval, qui servoitde mammelles au reste de la province, que l'obstination de ces chiens enragez de Contois (se sont les mesmes termes) à ne vouloir pas céder à un si grand monarque comme Louys le juste, estoit une gangraine qu'on ne pouvoit traitter qu'avec le fer et le feu, et qu'à moins d'y faire un monde nouveau on n'y pourroit jamais semer ny voir croistre les fleurs de lys.
Ainsy estoit interprété à crime ceste esclatante et louable fidélité que nostre nation garde et à son Dieu et à son Roy dans le milieu des martires et supplices que la France loy faict souffrir d'un costé, et parmi les offres et aUéchements avec quoi elle tasche, mais en vain, la séduire d'autre part et la desbaucher d'un debvoir si saint et si légitime.
Retraite de A l'abord du marquis de Conflans, l'ennemi lascha le pied, et se retira aux environs de Bourg dans le centre de son pays, après avoir dévasté plusieurs villages de ceste province.
Ici Fauteur du manifeste explique que Ton délibéra li les Franc- Comtois, imitant Texemple de leurs ennemis, n'iraient pas désoler en terre française les lieux dont Faccès était le plus facile, mais qu*un sentiment généreux l'emporta comme plus conforme aux habitudes de ma. dération et d'honneur, qui avaient toujours été leur règle.
L'on se résolut d'emporter Dortans comme Ton fit de
RÉCITS insTORigrËS. 4-17
plain jour, sans autre perle que de cinq ou six soldats ^g^iJuTian tuez dans le combat. Le seigneur du lieu, sa femme et sa famille furent envolez en la ville de St-CIaude, et entretenus, selon leur condition, des deniers publiques de la province, le chasleau et le village conservé entier par les nos très.
De là le marquis de Confland fut assiéger la ville de ^^ ^^J^^ux. Cuseaux, où d'abbord estant venu à la sappe et fesant donner Tescalade de divers costez, le Commendant en ouvrit les portes sans aucune composition pour les bourgeois, et ains seulement pour la garnison de cent soldats qui en sortit avec les armes, et fut convoiée jusqu'au lieu de seurté qu'elle avoit demandé. Bien que ceste ville appartint au prince de Gondé qui, six mois auparavant, avoit fait voir tant de feux et de désolation aux environs de Dole, bien qu'elle eût autrefois servi de retraicte aux plus violents ennemys de ceste province, et qu'elle fût par toute sorte de droits à la mercy du conquérant, néanmoins Ton se contenta, en l'abbandonnant, d'en abbattre les portes, ruiner les tours, et ouvrir les murailles en quelques endroits, sans embraser le moindre des bâtiments, se souiller de l'honneur d'aucune femme, ni du sang d'aucun des habitans
En ce mesme lieu [est un sanctuaire de] Nostre Dame,
qui dès longtems attire un grand concours de peuple par
la quantité et qualité des merveilles qu'elle opère chascun
jour. On escrivit à qui il touchoit pour sçavoir si l'on au-
roit agréable, que de là elle fut transportée en l'église de
Montroland, en eschange de celle que le Prince de Gondé
en avoit fait enlever, et qui est encore à présent détenue
en la ville d'Auxonne . A quoy fut respondu que nos
maximes ne s'accordoient pas à celles des François, ny en
matière de guerre ny en matière de religion ; qu'il ny
eschoit point de représaille à leurs impiétez ; que comme .
elle esloit sans exemple auprès des autres nations, aussy y
Prise de Savîgoy.
Prise de MoDln^al
el de Martignat.
debvoit elle estre sans imitation ; que Ton dut se contenter de rendre en ce sainct lieu des tesmoignages d'une dévotion extraordinaire pour la prospérité de nos armées et le salut de toute la province.
La prise de Cuseaux lut suivie de celle du cbasteau et maison forte de Savigny, qui^ contre l'opinion commune, fut emportée en moins de vingt-quatre heures, apprésla défaite d'une compagnie du régiment de Chastelmorond, et de cinq cent paysans armez et retranchez à la teste da village. En ceste rancontre fut fait prisonnier l'enseigne de ceste compagnie, quelques oITliciers, et plusieurs habitans du mesrae village et d'autres voisins, qui receurent toute sorte de courtoisie, et, selon les articles de ceux de la capitulation arresh'c avec ceux du chasleau, leur aiant esié donnez six cheriols assortis pour conduire leurs bagages jusques à Louans, à trois cent pas de là. A. leur retour, les chevaux furent enlevez, et les charretiers assassinez par ceux là mesme à qui ils venoient de rendre .ce charitable office.
La ville de Montréal d'autre part aiant. esté abandonnée à l'approche des nostres, ils y entrèrent el, n'y treuvants ni meubles, ny vivres, ny personnes, s'abstiendrent néanmoins de brusler et démolir les maisons. Mais après avoir [repoussé la cavalerie du Bugey, les nostrcs prirent] le chasteau de Martignat, et [le défendirent pendant] huit jours contre l'enneroy, lequel [prit la fuite à] l'approche de nojstre secours
[Comme cette place] estoit jugée de trop difficile garde pour nous, et d'une assiette trop avantageuse à l'ennemy, elle fut démolie sur ceste considération, donl les François firent des réclamations extravagantes, et s'en pleignirent aussy haultement et aussy naïvement que de quelque larresin domestique qui leur eust esté fait par leurs valets.
Cela ne nous empeicha pas de passer à Àrbans, où aiants cnvoiez un tambourg, pour les inviter de n'attendre
pas la rigueur des armes, ils ne luy responJirent qu*à ^,^^|ff coups d'arquebuse, et un second estant allé requetter le premier qu'il trouva estendu roide mort au mesme lieu où il avoit donné sa chamade, il s'en rêtorna chargé de trdis mousquetades et d'une infinité d'injures atlroces et mensongères contre Thonneur des Princes de la très auguste maison d'Austriche. Son rapport, à l'aspect de sa personne toute sanglante, porta les soldats à un tel excès de fureur que^ sans aultre ordre, ils donnèrent dans les barricadés qui estoient à l'entrée du bourg, les gaignérent en un instant, Tespée à la main, et, avant que pouvoir n'estre ralliez soub leurs drappeaux, mirent le feux en divers logements. Quatre furent arquebusez sur le rang par ordre du coûte de Bussolin qui commendoit ceste attaque, et leurs corps exposez au passage du reste des trouppes avec les escriteaux de leurs crimes. Le chasteau du mesme lièu, dcins lequel estoit le capitaine des Bordes avec cent soldats, fit une courageuse résistance jusqu'à ce qu'ayant veu mettre en fuite le secours qui luy venoit de toutes les troupes de la Bresse, après en avoir mille fois détesté la lâcheté, il se rendit à nostre discrestion. Elle fut si généreuse que pour cénérosiiô réparer en quelque façon la soudaineté de ceux qui venoient Franc-comtois. d'embraser [les maisons] du bourg, l'on le renvoia luy et tous ses [soldais avec] leurs espées sans rançon...
Les prisonniers, tant [soldats pris en combattant] que bourgeois des villes et villages, que nous eûmes des lors en fort grand nombre, s'en sont retornez avec des marques de nostre franchise et libéralité ; encore que la plus grande part d'entre eux s'en rendissent fort indignes par l'impertinence de leurs discours et par la malignité de leurs actions, quelques uns abusants de la confiance qu'on prenoit en leurs paroles, d'autres de la commisération qu'on avoit de leur infortune, et se remarqua en ous un esgarement dans leurs adversitez, soit du costé de la bassesse, soit du costé de l'insolence, pleurants tantost coume
420 GUERRE DE DtX ANS
des femmes, et ores maugréans coame des charretiers, tant ceste nassion est ennemie de toute prudence et modération.
Lors qu'on présenta le barron de Saugerey au marquis de Confland, s'estant enquis de luy si Ton fesoit dans leur party quelques levées de Suysses pour ritalie, il respondit qu'on ne parloit non plus de cela en France^ que de Dieu en Espagne, à quoy le marquis se contenta de répliquer qu'il parloit comme un sot ou plustôt comme un François. Le sieur de Maroges aiant esté tiré des mains des Croates par la charité de madame de Reculot qui paia cent pistoles pour luy, et le fit traiter honorablement, elle eut pour récompense une rescription du dit sieur de Maroges au sieur de Perrigny commendant lors pour le roy de France à Blelterans, par laquelle ce prisonnier marquoit les personnes proche parents de cesté dame que Ton pourroit arrester, avec quoy l'on feroit son eschange, et adjousloit de plus pour presser sa délivrance que, si on le retiroit de ceste capvivité sans qu'il luy coûtât rien, il diroit des choses estranges pour advancer la perte du Comté de Bourgougne.
[Ainsy furent reconnus] tant d'actes d'hospitalité et d'humanité [accomplis par nous] au milieu d'une guerre deffensive et nécessaire à la conservation de nos biens et de nos honneurs. Aux premiers advantages que les François prindrent sur nous par le grossissement de leurs troupes, et l'accroissement des forces qui leurs furent envoiées du fond de la Normandie, ils n'oublièrent aucune sorte de meschansetez et d'abominations pour presser la combustion ei l'anéantissement de cest estât dont ils désespéroient l'acquisition.
PîîîrnnH ^ '^ rancontre de Cornod, que plusieurs accidens particuliers et assez cogneus rendirent malheureuse pour nous, ils égorgèrent à sang froid les sieurs de Chissey, de Montaigu, de Balay, et de Montagnon (?), apprès leur avoir
de CorDod.
promis quartier. Ils bruslérent Arintho, Moyrans et Clère- ^;|âa1iVaui", vaux toute d'une suite, et mesmes les cabanes des pesti- ^^l^^^rwnx férés qu'ils fesoient expirer par des charbons plus ardanls ^^^^' que ceux de leurs maladie. La petite ville de St-Amour aiant souffert un siège de douze jours, et de toute Tarmée du duc de Longeville, passa de mesme par le feu, et par tous les désordres d'une guerre de payen. Le chasteau de Chevraux, apprès quatre jours d'attaque, trois cent volées de canon, et trois assauts, dont le dernier fut soutenu par quarante soldats qui y restoient seulement armez de quarreaux et de briques (selon le discours de la Gazette), fut réduit en cendres, les soldats passez par les armes, et le Exécuuon du commendant, nommé Simard, pendu par arrest du vicomte ^Smardf"' d'Arpajoux. Son courage et sa fidélité furent les titres de sa condemnation ; et les mesmes actions qui, auprès des gens d'honneur, l'eussent chargé de gloire et de bienfaits, luy acquirent le supplice qu'on fait souffrir aux plus incarnes voleurs.
La ville d'Orgelet, quoyque [rendue avec moins] de résis- oreeiet et tance, n en eut pas un [meilleur sort], et fut comme les au- brûlé», très la [victime de la fureur des] soldats. Lion-le-Saunier [fut réduit en cendre]...
On ne sortit le sieur de Raincourt des mazures du chasteau où il s'estoit retiré à l'extrémité, que soubs une fausse composition, par laquelle on luy promettoit, avec dessein de le tromper, de le remettre dans Dole avec le reste de son régiment, armes, munitions et bagage ; mais au Heu de luy en faire prendre le chemin, on le promena par trois mois parmi toute la France ; puis on feignit de le vouloir faire passer en Espagne ; et, dès la limite, on le rappella pour le remener en Italie, où il a fermé une glorieuse vie par une glorieuse mort.
L'on vit plus de cent beaux villages du voisinage de Lionle-Saunicr brusler à mesme temps que ceste agréable ville, où les églises, les monastères, les autels et les sanc-
dM^cn'SroDs ^ii^dres, les châsses et les os des corps saincts ne furent non le^-làuSw. P'*^*^ espargnez que les balayures des hostelleries. La rage des ennemis ne s'arresta pas là. Elle voulut pénétrer le fond des rochers et des bois, où une partie des peuples de la campagne s'estoient serrez, et lors se vit une chasse contre nature où des bestes sauvages poursuivoient des hommes à outrance^ qui enfm les repoussèrent avec une valeur incroyable, principalement ceux de la grotte de Revigny, lesquels en conservent encore aujourd'huy les mémorables dépouilles.
Il n*y eut non seulement chasleau pour foible qu'il fut en cestc contrée, mais presque maison, basti, ny chaumière qui ne voulut contester le passage à Tennemy, et ne souffrit les derniers efforts. Bornay fut emporté d'assaut après une bresche ; Saint-Laurent de la Roche deSendu dix-huit jours, à chascun desquels on jettoit par les feneslres aux assiégeans neuf ou dix soldats morts de peste, avec lesquels tous les officiers périrent, excepté un caporal qui fit la composition, lorsque toutes choses luy manquoient hoimis le courage. Le chasteau de Verge fut attaqué trois fois sans
pouvoir estre emporté
,y*'il' Sur la fin du mois de mars.au milieu des [invasions de lai
vn -unpaigne mesmc année mille six cent trente-sept, [1^ duc deWeimarl vint par un aultre endroit du costé de la Saulne, avec une armée de douze mille hommes et dix pièces de canons ; il commença par la reprise de la Romagne, qui luy coula trois jours, plus de six vingt hommes et deux cent volées de canons, au lieu qu'elle ne nous avoit coûté que trois heures et deux soldats. Ce prince vraymenl généreux et intelligent des droicts de la guerre, treuva bien les mesmes résistances que le duc de Longeville, mais il n'exerça pas les mesmes indignitez. Le sieur de Cubry, qui esloit dans la Romagne, fut traité par luy comme un gbnlilhomme et cavalier d'honneur. Champlite, qui de mesme se fit battre par une seconde fois, quuyqu'il ne
fui lenable, ne fui pas bi uslé pour autant, et ains mis à ^^ chaîSpiiite trente raille livres de ranson, dont une partie a esté re- deOy, eic ' Idchée depuis sur la considération de son impuissance. Le bourg de Gy, avec des simples paysans contre une si puissante armée, et toutes les places qui se trouvèrent sur son chemin fermées, voulurent espreuver le sort des armes et ouir son canon. Le chasteau de Marnay sans aucun dehors, force ni flancs, l'amusa cinq jours, celuy de Moncley quatre, sans pouvoir estre pris ny Tun ny Taulre ; celuy d'Oiselet fut sommé trois fois, le seigneur du lieu, premier chevalier au Parlement, aagé de plus de soixante ans, respondit à la première fois qu'ayant maintenu ceste place contre le dernier roy de France, qui l'attaquoit en personne, il n'avoit pas oublié dès lors ny son métier ny son debvoir; à la seconde, qu'au pis aller il irouveroit son tombeau auprès de ses prédécesseurs, et à la troisième,qu'il ne s'entendoit pas à tant parler et n'avoit plus que de la poudre et du plomb pour répartir. Le duc de Veimard, qui estoit pressé de passer sur le Riri, et voioit bien que les retardements que la constance des Bourguignons luy opposoient, nuisoit beaucoup au gros de ses desseins, et donnoit temps au duc de Savclly et à Jean de Vert de se mettre en estât de les recepvoir, ne s'en picqua. pas néanmoins, et ne s'efaroucha point à la mode des François, et loua fort hault et souvent ces incomparables amours en nous de la domination soub laquelle nous sommes nez ; le seul [bourg] de risle qui presque sans murailles estoit exposé à un [siège], les habitans préférants le changement de la vie à celuy [qui les priveroit de] leur prince naturel, fut entièrement destruit, dont le [duc] tesmoigna encore beaucoup de desplaisir...
A la sortie de ce pays du duc de Veimard, Son Altesse weimar sort de Lorraine le suivit en queue avec ses troupes et celles ^ ^^'* de l'Empire, aflin de le pouvoir serrer, et luy fermer le pas de sa retraite en ce pays, pendant quoy le duc de Lon-
424 fiUERRE DE DIX ANS
de Bfeiteran» S^^^^^^ s'avança du costé de Bletterans, dont il eniporta la ville et la força, apprès une bresche de plus de dix-huit toises de largeur, qui n'estoit défendue que par les habitans et quatorze soldats alemands, le reste estant à couvert avec le chasteau, soubs le lieutenant du régiment Varlorsqui, qui, selon son ordre, y avoit toute authorité pendant la maladie du gouverneur. Ce chasteau, soit par intelligence, soit par désespoir de quelq'uns des dicts habitans qui avoient veu leur plus proches esgorgez à la bresche sans secours, soit par leurs lâcheté ou autres disgrâces, fut rendu dans deux jours, avec composition d'emmener deux pièces de canon par les assiégez, [promesse] qui ne fut jaiucunement tenue ny gardée ; et Son Altesse de Lorraine, au premier avis qu'elle eut du Parlement, que le duc de Longueville attaquoit ces te place, y accourut avec le marquis de St-Martin, gouverneur du pays, tesmoignants un grand désir d'en venir aux mains avec l'ennemy. Ce que la reddition trop soudaine de la place divertit et empescha, au grand regret de toute l'armée et de toute la noblesse de la province, qui y estoit accourue. Sa dite Altesse n'aiant pas jugé à propos d'attaquer l'ennemy, immédiatement apprès ceste conqueste qu'il venoit de faire et sur le bord de son pays.
du^cSîme ^^ comte de Grancey, d'autre costé, pensant surprendre
de urancey. j^ Moutaguc, ct sc prévaloir de l'esloignement de nos trouppes, sortit de Montbéliard avec cinq pièces de canons, deux cent chevaux et mille fantassins, puis se vient présenter à l'endroit de Sainct-Hyppolite. Les Montagnards plus voisins, quoyque destituez de chef et d'ofliciers de guerre, s'assemblèrent à un signal, et, sans observation d'aucun ordre militaire, chargèrent avant que de les recognoistre, si brusquement et impétueusement, qu'en moins de rien ils gagnèrent tout le canon ct les bagages, laissèrent sur la place plus de cinq cent morts de l'ennemy, aiant mis le reste en dçroute,qu'ils poursuivirent jusqu'aux
portes de Montbéliard, et la personne mesme du conte de Grancey blessée en divers endroits, [un montagnard] duvillage de Russe, armé d'un long couteau à deux tranchans, sejestaà corps perdu au milieu des gardes
Plusieurs prisonniers de condition demeurèrent aux mains de ces villageois, qui ne les traitèrent pas si mal que Tannée précédente eux avoient traitez . le seigneur de Vallengin, qu'ils conduisirent nud par la ville de Montbéliard, quoyque blessé d'une mousquelade dans le ventre, qui luy fesoit sortir les entrailles, et nonobstant luy couvrirent le corps et le visage de franges à guise des Turcs, luy firent donner, à chascun coin de rue, cinquante bastonnades, ne prenant aultre subject d'un procédé si barbare, sinon qu'avec quarante hommes seulement il avoit forcé et emporté le pont de Vougeaucour ; depuis, le mar- Reprise de quis de Saint-Martin le reprit de nouveau sur eux, et le ^"^'^"^^"'^ * chasteau dont le commendant se rendit à nostre mercy sans que le souvenir d'une si mauvaise conduite de leur part nous portât à aucune rigueur envers luy. Le marquis de St-Martin luy donna la vie et la liberté, se contentant d'emmener le canon, et eut sans doute passé plus oultre, s'il ne se fût trouvé oblige d'accourir à l'entrée du duc Veimar, d'autant plus habilement qu'inopinément il avoit surpris et malmené les troupes Impériales du costé de la Saône.
Le reste de ceste mesme année mille six cent trente- i637-38. sept, jusqu'à l'heure de la présente mille six cent trentehuit, se passa en des courses et parties entre les garnisons de Dole et de Gray, et celles des places et frontières de France. Champlite fut repris par des industries sages et Reprise généreuses conduites du sieur d'Andelot, gouverneur du ^ *"^ '^^^' dit Gray, et par l'incomparable fidélité des habitans. Le barron de Savoyeux, d'autre part, qui commendoit sur Poligny deux cent cinquante chevaux bourguignons, ne cessa de harceler l'ennemy et de rompre les convois de muni-
Mai 1638.
HintréK eo FraiiCB
lions qu'ils pensoient jelter dans BlcUerans, dans St-Laurent de la Roche, et autres places par luy nouvellement conquises.
À l'entrée du mois de may de ceste mesme année mille six cent trente-huit, Son Altesse de Loraine sur [les ins-
de Lorraine, tances] coHtinuelIes du Parlement , pour donner temps
à la Montagne de se fortifier, [conduisit] toutes nos troupes en France
La terreur et le bruit de ces armées [se répandit] jusqu'au fond de la France, en sorte que le mareschal de Brosez fut obligé de quitter la marche qu'il avoit prise pour venir à luy, et l'incommoder en la suitte de ses desseins ; mais Tadvis qui luy fut donné par le Parlement de la rentrée au pays du duc de Longueville avec une armée de sept mille fantassins et trois mille chevaux^ assortis de canon de campagne et de batterie, Tavoit desjà rappelé.
Campagne Ce fut le premier de juin de ceste année que le duc de de Longueville. LongucvilIe, avcc Ic sicur de Feuquicre, son lieutenant général à la place du vicomte d'Arpajoux, qui l'estoit l'année précédente, vint redoubler ses attaques dans ceste mesme province, commençant par le chasteau de Ghaussin. Et, comme il avoit accreu de force et de résolution de nous traiter plus inhumainement que du passé, il trouva aussy partout un accroissement de valeur et de détermination, quoyqu'il sembla que d'un costé et d'autre la mesure fut comblée. Encore se trouva-l-il de quoy y adjouster quelque chose, comme on pourra le recognoislre par la suitte de ceste fidelle narration, qui n'a point d'autre ornement que ceux de la vérité, et que l'on a estimé devoir estre assez force et éloquente par la seule matière dont elle traite, sans rien emprunter de l'art ny d'agencement. Geste armée fresche et puissante, fournie surabondam-
RÉCITS UISTOfelQUES. 427
ment de toutes munitions, fut arreslée deux jours, dedans ^^ chîmasin. son propre pays, devant ceste bicoque qui s'estoit rendue à nous sans coup frapper ; il y faillut eraploier plus de cent volées de trois canons de trente-six livres de basle, et disputer encore apprés la bresche faite. Celuy qui y commendoit estoit un soldat de fortune nommé le capitaine Cadet, auquel on promit la vie, et à cinquante soldats qui combattirent soub luy, [avec] permission de tirer du bagage autant que chascun [d'eux] en pourroit emporter sur luy, sans aide de chariots fny de] chevaux. Il alla se repo- ^Bxécuiion
J ' L j j * du capitaine
ser sur ceste asseurance, [tandis que] que ses compagnons cadct. prépareroient leur sortie, et ne fut réveillé que par le prévost de Tarmée et ses archers qui le viendrent saisir pour le mener au supplice, auquel, par un acte de cruauté bien particulier, on contraignit sa femme d'estre présente et de le voir pendre à un arbre au devant de la bresche qu'il venoit de soutenir. Son sergent, qui Tavoit suivi en beaucoup d'occasions favorables ne le quitta point en celle-cy, et fut attaché auprès de luy. Ils se contentèrent de reprocher aux ennemis leur perfidie et rendre leurs âmes à Dieu, avec une constance si rare que leurs persécuteurs en demeurèrent confondus. La Gazette de France, pour couvrir l'infamie de ceste action, dict que le capitaine Cadet estoit originaire du Duché de Bourgougne, et futpuny comme tel. Ainsy se justifie l'énormité d'un crime par l'impudence d'un mensonge qui à peine pourroit passer pour bon auprès des plus estrangers. Les corps de ces braves soldats furent conduits sur des clayes au devant du chasteau de Raon, et monstrez au capitaine Dusillet, qui . s^|« estoit dedans avec cent paysans des villages voisins. Ce spectacle (par lequel on pensoit le détourner d'attendre le canon) l'affermit dans le désir, comme il dît, d'acquérir et mériter les mesmes honneurs ; ce qu'il fit, voire mesme avec quelque enchérisscments de barbarie du costé de l'ennemi, son valet aiant esté mis au choix ou de le pendre
Exécuiion OU d'cstpc Dcndu, Icquel accepta le dernier parti, et ainsv
du captlaioe r ^ i r r ^ j
Duffliiei. il devint compagnon de son maistre au lieu d'en estre le bourreau. Les paysans furent décimez, et, selon le sort du dez, huict d'entre eux paièrent la vie pour les autres, qui après estre dépouillés de tout ce qu'ils avoient furent enchaisnez et [mis à rançon].
Prise La prise de ces deux chasteaux fut suivie de démolition,
de Fronleoay.
pour le parachèvement [de laquelle l'ennemy] y demeura campé six jours. [De là il vint assiéger le chasteau] de Frontenay, que l'année [précédente il avoît été obligé de quitter] en moins de deux heures, avec cent soldats commandez par un capitaine Gascon, qui menassa tousjour de loing, et fleschit aussytôt de près ; la première fois que cesle place fut attaquée, elle l'avoit repoussé honteusement apprès quatorze jours de siège, celuy qui y commandoit lors se nommoit Darioz. Depuis elle fut prise par assaut, aiant soutenu plus de deux cent volées de canons, sans celles qu'il avoit desjà souffert au premier siège ; les François y estant ainsy entrez, en furent mis dehors à la sorte que nous venons de dire, et lorsque nostre armée passa pour le secour de Bletterans. Geste dernière fois la ^(it meueranr résistaucc y fut encore plus merveilleuse qu'elle n'avoit esté. Un sergent réformé du régiment du sieur de Goux, nommé Jean Flamand de Dole, y estoit entré avec trente soldats seulement, et l'on luy en avoit envoie vingt-cinq de renfort, avec quelque munition de guerre tirée du chasteau de Poligny, lorsqu'on vit l'ennemy s'en approcher. La response qu'il fit, quand on le somma de rendre la place, fut qu'il estoit de Dole. Il fit mourir, aux approches, dix officiers de l'ennemy et plus de cent soldats ; et, depuis, quoyqu'il ne luy restât que fort peu de munition de guerre, il souffrit la breschc, la répara et la défendit, en sorte que les assiégeans furent contrains de venir à lamine, laquelle on luy fit voir et cognoistre sans qu'il s'en esmeut aucunement ; et, Taiant laisser jouer, apprès la tour du chas-
teau emportée, il se barricada de chambres en chambres, et contraignit le duc de Longueville de luy offrir composition, pour éviter la perte d'aussi grand nombre des siens qui pensoient aux attaques.
[Il la] refusa tousjour, jusqu'à ce qu'aiant la main [droite] emportée de Tesclat d'une mine et d'un coup [de] mousquet au dessus du col, ne se voiant plus que [quelques] soldats, il demanda quelle composition on luy vouloit faire, et luy aiant esté répliqué qu'il se remit à la discrétion des assiégeans : « Gela n'est rien, respondit-il, car ils n'en ont « point, qu'ils donnent quand ils voudront, ils nQ me pren- « dront meshui tout entier. » En cesle résolution il soutient le dernier assault auquel, après avoir receu encores des nouvelles blessures, il fut forcé et emporté tout couvert de sang, de poudre et de plomb, au duc de Longueville, lequel commenda qu'il fut tout à l'heure pendu en cest équipage. Plusieurs gentilshommes françois en murmurèrent, et dirent que l'on ternissoit trop avant l'honneur de leur nation par la continuation de semblables infamies. Néanmoins l'on passa outre à l'exécution, et, lorsque le bourreau le poussa, la corde aiant rompu, et ce noble patient se treuva trop foible pour estre remonté, et guidé de nouveau, il fut arquebuse gissant en terre, comme par un arrest plus puissant que celuy du duc de Longueville, et qui sembloit en condamner l'injustice aux yeux de toute son armée.
De Frontenay on passa à l'abbaie de Baulme, où, comme dit la Gazette de France, il fesoit bien chaud ; cinquante paysans qui s'y cstoient retirez y tuèrent presque aussy grand nombre de gentilshommes, et, pour racheter le feux, composèrent à quatre mille francs ; le reste des habitans de ceste vallée s'estoient assemblez sur un rocher dans une caverne fort va^te où l'ennemy voulut grimper. Mais il y perdit tous les aventuriers qui pensèrent tenter le chemin, et s'en retira avec beaucoup de honte, et de peur.
Exécution
du sergent
Flamand.
Résistance ft Baume.
Sortie Pendant que le duc de Lonffueville esclairoit tous les
(1(* Iji garnison ^ " • i i
(iiîijoie. passages de son armée des embrasements continuels d'autant de villages que s'en rencontroient sur sa marche, en trois heures de contour, les garnisons de Bellegarde, de Verdun,de St-Jean de Losne, d'Auxonne, fesoient [plusieurs] petits gros enflez de bourgeois et cavaliers [volants, qui] venoient donner beaucoup d'exercice et de [peine] à ceux de Dole qui, lassez [de leurs escarmouches] les repoussèrent, et coururent [jusque sur leurs terres] où, sans crainte ny des canons [ny de la cavalerie, ils en tuèrent] plus de quarante, et amenèrent quelques prisonniers, lesquels entendus par des commis du Parlement découvrirent qu'en la forge de Rambon, se formoient les bombes, grenades et basles destinées au prochain sfège de Salins ; de quoy le procureur général aiant donné advis au sieur d'Andelot, gouverneur de Gray, il fit partir trois mousquetiers, cent arquebusiers à roy, cinquante chevaux, qui, avec plusieurs pionniers armez d'instrumentz propres à rompre les barricades, destruisirent en moins de rien tous les ouvrages qu'on avoit faict pour la deffence du lieu, et aiants forcez toutes les avenues de la maison y entrèrent violemment, démolirent les bastimens, ouvroirs, fourneaux, et toutes ces machines dont la perte ne pouvoit se réparer pour cent mille francs.
A leur retour, ils eurent sur les bras les garnisons de Talmay, la Marche, Mirebcau, et StSeigne, qu'ils remenèrent battants dans leurs postes, et, de là à peu de temps,
Prise de surpHudrent Montsaugeon, et y firent quantité de butin et de prisonniers. Geste destruction embarrassa fort la suitlc des desseins du duc de Longueville, lequel depeicha en France le sieur de Miromény, intendant général de la justice militaire, pour pourvoir à des nouvelles provisions de guerre ; et, aiant appris que Son Altesse de Lorraine s'estoit campé au dessus de Poligny eu t. la témérité d'y passer, et d'entreprendre tle le combattre pour s'enlever d'un
Montsaugeon.
coup les oppositions qui pourroient le retarder de s'attacher ^^ i^^ngueviue à Salins, où estoit le principal objet de ses entreprises. Ce prôsPou^iy. fut le 19 de juin que le combat se donna, où toute Tarmée du duc de Longueville coucha son reste, et fut receue et repoussée par la moitié de la nostre seulement, qui aparemment eut achevé le grand œuvre si elle eût poursuivi la victoire et Tennemy avec autant de soudaineté et d'ardeur, qu'elle Tavoil soutenu avec [vigueur] et courage. Son Altesse de Lorraine se [conduisit] au plus fort des dangers avec un sens aussy [juste], que son cœur et son bras estoit eschaufie, et fut en tout généreusement secondé par le marquis de St-Marlin. Les particularitez de ceste journée estant distinctement rapportez en la relation du sieur de Remecourt imprimée à Bruxelles, il seroit supperflu d'y rion adjouter, sinon que Dom Antonio S^rmiento, embassadcur de Sa Majesté, digne fils de ce grand ministre le comte de Gondomard, et légitime héritier des rares qualitez qui l'ont fait admirer de toute l'Europe, y accourut en diligence dès Salins, malgré la fiebvre qui l'avoit alité, et nonobstant la saignée qui luy avoit esté faite le mesme jour ; il donna cœur aux soldats en toute façon, remédia aux nécessitez de l'armée, et usa de libéralité extraordinaire envers les blessez.
L'ennemy aiant fait sa retraite avec confusion apprès une si rude courvée, prit huit jours de repos, apprès lesquelles estant rafraîchi d'hommes et de vivres, et sçachant que Son Altesse de Lorraine avoit quitté son premier poste et fait retrancher toutes nos trouppes au devant de Salins, sur le mont d'Yvory, il vient attaquer d'un mesme temps la ville et le chasteau de Poligny ; tout y fut disputé, et il ^^ poUgny. fallut commencer par les fauxbourgs, où l'ennemy perdit quantité de bons officiers et soldats, et encore beaucoup plus à la ville que soutint le canon et deffendit la bresche avec bien peu de bourgeois, le reste aiant esté épuisé les années précédentes par une violente contagion. Et enfin
432 GUERRE DE DIX AîfS
la foiblesse cédant à la force, Ton y entra d*assaut, et là fut mise en pratique tout ce que Tinsolence d un cruel vainqueur peult produire de plus tragique, et de plus funestes [tellement] que Ton cherche auiourd'huy en quelle place [fut] autrefois ceste belle ville, [Fune des plus florissante] de la province.
Le chasteau après cinq jours de défense, et dans le désespoir d'estre secouru, se rendit à composition honorable.
Prise d'Arbois. Arbois fut aussi rcudu à composition apprés la bresche faicte, et la composition violée si avant, qu'enfin ceste pauvre ville a passé par le feu comme les aultres, et contre la réserve expresse qui avoit esté faite. Le chef du Magistrat fut conduit, non en ostage tel qu'il estoit, mais en esclave, la teste nue, les fers aux pieds et aux mains. Le
Prise et reprise chastcau de Vadaus, de qui Tennemy, selon sa propre confession^ avoit esté fort incommodé pendant le siège de Poligny et d' Arbois, fut immédiatement attaqué par luy avec de grands efforts; deux cents volées decanon y ouvrirent la bresche, qui jusqu'à deux fois fut courageusement réparée par les assiégez. Mais selon Tadveu de la mesme Gazette, la cheustc d*un bastiment aiant*tué plus de quarante de ceux qui estoient dedans, les aultres en sortirent avec armes et bagages et tous les advantages qu'ils purent désirer. Douze jours apprès dans la retraite de Tennemy et sur les ordres du mesme ambassadeur Dom Antonio Sarmiento, quelques troupes de Bourgougnons reprindrent ceste place sur la veue de deux canons de six livres de basle, et obligèrent les assiégez françois, en nombre de quatre-vingl, d'y laisser toutes les munitions de guerre et de gueule qu'ils y avaient Irouvé et apporté.
Le mesme bonheur ne nous accompagna pas au dessein de la reprise du chastcau de Poligny où deux cents des nostres, faute de s'estre retranchez, de se bien correspondre et se donner la main au besoin furent, partie taillez en
pièces, et partie emmenez prisonniers. [La] plus grande ^*^^p^^*î,^®^*"' partie des ofTiciers aymèrent mieux [mourir] que d'attendre quartier et furent trouvez [couverts] de playes, estendus sanglants sur la place, leurs picques coupées jusques à Tempoigne. Entre autres, les capitaines de Ronchaud Taisné et de Yilleneufve, le sieur d'Antorpe, maistre de camp, le capitaine de Raucourt, son beau frère, le jeune de Ronchaud, l'alphed Jaleranges, y furent blessez et emmenez.
Dès Vadans l'ennemy recula au lieu d'avancer; mais L^ennemi apprès avoir rassemblé ses forces et ses esprits pendant ^^^"*®' ' une sepmaine, en quoy il fut assez troublé et diverti par le baron de Savoyeux, qui luy defQt soizante maistres, la pluspart gens de condition, qui venoienl de Bletterans au camp, il retourna sur ses pas^ et se vint camper au village de Molay à une heure de Dole. Il s'y fortifia tant "*|Moiay?^*' qu'il peut, pour s'y tenir clos et couvert, comme il fit pendant quinze jours sans en vouloir laisser sortir personne, non pas mesme pour répondre à des partis qui, dès Dole les venoient attaquer tout près de leurs retranchements, sinon peu de temps apprès qu'ils décampèrent que le duc de Longueville vint en personne, avec six cents chevaux et deux régiments d'infanterie, à la portée du canon de Dole, d'où il fut salué si promptement, et par les sorties Lon^aevuie des soldats et bourgeois pressé si ardemment qu'il redou- ^ ^^So^ *** bla le pas pour regagner le centre de son camp ; enfin, sçacliant que nostre armée avoit pris une route bien éloignée de luy, il marcha en bon ordre pour passer de l'autre costé de Dole, et y venir assiéger [le chasteau] de Chevigney gardé seulement [par quelques soldats.. ..] Mae de
Apprès la perte de plus de cinquante hommes de l'en- ^"^^^'t^''^' nemy, il fut rendu à composition qui portoit que le comraendant, avec ses armes, ot les soldats la bagucUc en main, seroient conduis à Dole en toute seurcté. Mais, au lieu de Dole, on les mena à Auxonne garrotez et enchaînez comme des forçats de galères, fondant cestc perfidie
iSA GUERRE DE DIX ANS
sur les remontrances du sieur du Bousquet^ gouverneur d'Auxonne, qui estoit venu au camp, et, apprès la reddilion de ce chasleau, avoit asseuré que ceux qui en sortoient, avoient portez beaucoup de dommages à ceux d'Âuxonne, par les parties qu'ils fesoient ordinairement, et par la retraite qu'ils donnoient à ceux de Dole pour courir sur le voisinage de France. La Gazette advoue que ce mesme chasleau, qui soubs la garde des François s'estoit rendu à la veue de noslre canon, avoit souffert ceste fois cent et trente volées de pièces de batterie. Les mesmes raisons du sieur du Bousquet firent démolir ce chasteau, et brûler le village de Chcvigney. Au décampement de Molay, l'ennemy perdit près de quaire cents hommes, que ceux de Dole lui tuèrent,donnant incessamment en queue sur ceux qui s'escartoienl tant soit peu de rarmce.
La prise du chasleau de Chevigney lut suivie de celle du Pris.- piroprisc bom-o- Je Posmcs, d'où Ic i)i'inc(?. de Lonprucville, après avoir tente en vain les chastcaux de Balançon et de Chaulonnay,repassa la Saône pour se couvrir davantage contre nos troupes qui estoientaudelàdela rivière de rOignon,et,sur instances continuelles du Parlement, quittoient les endroits de la montagne, du costé de Montbéliard et [de la plaine], où elles avoient repris les chasteaux de Soie [et de] Gouhenans, pour se rapprocher du duc de Longueville. Ce qu'il avoit laissez de gens à Pesmes fut tué en une heure par les Liégeois du régiment du marquis Saint-Martin qui les surprindrent. Reddition Après Ic passagc de la Saône, l'ennemy attaqua le chas- ^^^^' teau d'Autrey, où estoit un sergent de l'ancienne garnison de Gray^ nommé Lanoy,avec quelques retrahans ; il voulut, comme les autres, attendre le canon et la bresche, donnant temps à nos troupes de s'approcher, et ruiner toujours l'armée ennemie qui, par tant de combats et de fatigue, s'alloit fort diminuant. Mais, se voyant hors d'apparence d'estre sitost secouru, comme il luy sembloit nécessaire, il composa de sortir avec armes et bagages, ce quy lui fut
bien accordé, mais si sinisirement que, sur le chemin de son retour, on lui dressa une ambuscade, qui luy enleva et à luy et aux siens tout ce que la composition leur accordoit.
Le lundi suivant,vingtroisième du mois d'aost, Champlite fut assiégez pour la troisième fois. Â la première, deux mois après le siège de Dole, il Favoit esté pendant quatorze jours, par les troupes commandées du cardinal de la Valette et du duc deWeimar, sur qui les habitans avoient faict des courageuses sorties, attendant le secours qui leur arriva de l'armée Impériale soubs la conduite du comte Galas. La seconde fois, il fut emporté d'assaut, comme il a esté Reddiuon de dit cy devant, et depuis s'étoit, par une action héroique, chaœpuiie. remis soub l'obéissance de son souverain. Geste dernière fois, il fut de mesme forcé [par un] assaut soutenu d'un petit nombre [de soldats]^ qui y restoient [Le commandant] fit tout ce qui se [pouvoit faire par un brave] homme et vaillant. . . [ayant] encor gaigné le chasteau avec ceux qui purent s'en eschapper à la fureur d'un ennemy insolent . et altéré du sang de ce pauvre peuple, s'y défendit constamment, jusqu'à ce qu'il eust advis de nostre arrivée, qui n'estoit qu'à deux heures^ qu'il deut composer comme il pourroit, sans espérer aucun secours. Car lors encore, à la grande instance des habitans, il capitula, la vie sauve pour eux, à la réserve des nommez Ghampion, Gbaillet, Gornu,
la Groix, Poteleret qui demeuroient à la disposition du
duc de Longueville, pour avoir servi de plus puissant instrument à la réunion de ladite ville à la souveraineté de son prince légitime ; l'honneur sauf aux femmes et filles, la liberté aux ecclésiastiques de vacquer au service divin, aux capitaines le pouvoir d'emmener quatre chevaux, aux officiers chascun un, aux soldats d'emporter leurs armes, marcher enseignes déploiées et tambour battant, avec escorte suffisante jusqu'au lieu de Gray. Aussytost que les gens de guerre furent Sortis, on démolit les mu-
railles de la ville, Ton cassa les cloches, on mit hors des portes toutes les femmes et les enfans, sans vouloir leur donner un morceau de pain, les fesans périr de famine ft Fombre de leurs foîers. On emmena prisonniers les plus commodes, et Ton condamna les pauvres aux galères. Quand aux six réservez, deux furent pendus apprès avoir souffert des supplices du tout estranges, et un tiers aiant sautez du chasteau en bas et s'estant froissez les jambes, fut achevé à coups de mousquet. Les autres ne purent jamais estre relreuvez et s'échapèrent addroitement. Geste petite ville, digne de tant de recommendations, estant ainsy demeurée sans assistance, l'ennemy croioit que, sur Fexemple de sa peur et de son désastre, les chasteaux du bailliage d'Amont ouvriroient leurs portes et envoiroient les clefs au rencontre du duc de Longueville. Mais, aiant trouvez tout le contraire, et en chascun une volonté incroyade mourir pour le service du Roy, il tourna [sa roule] con- Lonrievuie trc la Brcsse, sur les clameurs des peuples attirez par les
passe CD Bresse ir r r
courses continuelles du sieur d*Arnans sur eux, jusqu à prendre le sieur de Gonnutans, cavalier François, gouverneur de Saint-Amour, et blesser le commandant de Cuseau à la barrière de la ville, obliger seul à seul, avec une compagnie de volontaires, une province entière de mettre en pied de nouveaux régiments, d'assembler le banc et rière-banc de la noblesse, avec les corps de la milice ordinaire pour se couvrir et garantir de ces efforts.
Voylà le pourtrait racourci et une figure en petit volume non de toutes les misères que la Franche-Comté de Bourgougne a souffert dès le siège de Dole, mais de celles que les François y ont façonnez et répandue de leurs seules mains, sans toucher aux autres qu'ils ont attirez, et dont
leur injustes atteatasts les ont rendu les sources et les autheurs.
Les usurpations de la Loraine, de l'Alsace, du comté de Montbéliard, des terres de Tévesque de Basle, d'une partie du Montferrat, des villes de Suse et de PigneroUe, de la Valtoline, en quoy les vefves et les pupiles des princes les plus amis et aliez de la France n'ont non plus esté [espargnés] par elle que les Rochelois, ont servi d'a[morce] à ceste sienne dernière entreprise
Autrefois,nous avions icy veu, soutenu et repoussé Henry quatrième, pèi^ du roy de France à présent régnant. Mais, quand il vint à nous, nous l'attendions ; il menaça avant que de frapper, et, quand il frappa,ce fut en soldat. La fraude, la dissimulation, les violements, le feu, les sacrilèges n'accompagnèrent point ses armes, au lieu qu'à ceste fois, par une subversion générale de toutes choses^ on nous a envoie caresser, accueillir, complimenter par des gens d'église, d'espée, de longue robbe, lorsqu'on nous a voulu porter le coup mortel. On a tasché, un an entier sans discontinuation, d'assoupir les membres dont on préparoit la section, et jamais ny tant d'ouvriers, ny tant d'outils, ny tant de soings ne furent emploiez à la fabrication d'une machine trompeuse^ laquelle avoit le dehors tout paré de roses,et le dedans tout hérissé d'espines, portée sur des roues calfattées pour rouller à petit bruit. Mais, lorsqu'elle commença d'esclatter et que le ressort murtrier, qui en debvoit ouvrir les secrets, eust joué, on en vit partir des monstres plus horribles et plus farouches, que du fond de la Lybie.
Sans doubte que la postérité aura peine de croire et horreur de lire ce qui s'est passé en ceste guerre, si quelq'un a la force et la résolution de luy en laisser l'histoire enlière, qui debvra cslrc cscriple en caraclôres de sang. Mais, apprès tout, il conviendra d'avouer, en examinant curieusement les circonstances, que la conservation
de la comté de Bourgongne est toute miraculeuse et un ouvrage immédiatement sorty de la main de Dieu, qui Ta regardée comme son vray, plus pur et plus ancien héritage, comme le plus précieux thrésor de la religion et le fort plus asseuré de la foy et de la piété. Et pour ce ne peut on doubter aucunement que celuy qui est le vicaire de Jésus-Christ icy-bas, et qui, à l'imitation de son maistre, doibt estre prince de paix et d'union, ne s'intéresse bien avant^ avec le sacré collège des Cardinaux, en la persécution de cest Estât, qui ne souffre à aultre tiltre que pour estre iidelle à son Dieu et à son Roy, et pour #voir tousjoors constamment rapporté toutes ses actions à ce seul et unique but. Le Saint-Père considérera de plus que, par la continuation de ceste guerre, où il y va de l'honneur des autels, la pureté de la foy que nous avons si généreusement maintenue, que nos prédécesseurs dès tant de siècles nous ont tlransmîse sans altération, et en sa première splendeur, pourroit estre affbiblie et corrompue de son temps, lequel malheur un digne successeur du [prince] des apostres semble estre obUgé de [prévenir] avec toutes les forces et les foudres [de l'ÉgUse], ne souffrant pas que des enfans [qui ont esté] si tendrement aymez du Saint-Siège et si respectueux envers luy, soient pirement traitez par les ministres et suppôts du Roy très chrestien,que n'ont esté les hérétiques rebelles ses subjets, à qui on n'a démoli ny temples, ny maisons, non pas mesme osté les dignitez et prérogatives qu'ils possédoient auparavant ; au lieu que, parmy nous, sur qui le roy de France n'avoit rien à cognoistre ny en blanc, ny en noir, on n'a veu de sa part qu'embrasements, saccagements, emprisonnements, tortures, supplices ordinaires et extraordinaires, proscriptions, prophanations, démoUissements et violemenls de femmes et de filles, les unes forcées au conspect de leur mary, les autres arrachées d'entre les bras de leur mère, pour assouvir la rage et la lubricité des goujeats. Et, parmy ces outrages
et vexations, on a remarqué le courage et la fidélité de nostre nation s'eslever, et de plus en plus,comine le safran soubs la gresle et le palmier soub la charge qui l'opprime, l'affection de nos peuples, logez à l'extrémité de la domination du Roy nostre souverain , s'estant pareillement montrée extrême jusques à des termes qui sembloient au dessus de la nature, s'estant trouvé en tout aage et en tout sexe un mespris uniforme et constant de la vie et des biens, pendant trois années de suitte, et avec ce seul désir de demeurer fermes en leur religion et en leur debvoir envers leurs princes. En quoy ils n'ont peu estre non seulement divertis, mais tant soit peu ralentis, ny par les mauvais succès que les armes de la maison très auguste d'Autriche recevoient aucune fois en quelques endroits et occasions d'importance, ny par les nécessitez et famines, ny par les offres, menaces, promesses des François,en sorte que l'on a veu tous les prisonniers des nostres, qui estoient entre leurs mains et qui pouvoient vivre parmi eux avec assez d'aise et d'abondance, vendre ce qui leur restoit de meilleur et espuiser la substance de leurs plus proches pour se rachepter et retourner de nouveau defFendre leur patrie parmy beaucoup d'incommoditez.
Nos ennemis mesmes confessent que , de la moindre personne de ceste province que le sort des armes a réduit à leur puissance, non seulement ils n'en ont peu tirer aucune parole désavantageuse aux princes de la très auguste maison d'Autriche et de leurs ministres, mais pas une aussy de louange et d'approbation pour la nation françoise : quelques prisonniers aiant mieux aymé expirer dans les derniers supplices, et par la main d'un bourreau, que de dire: Vive le roy de Fra)ice,ei quelques aultres interrogez pourquoy ils vouloient raller au comté de Bourgongne qui alloit périssant de jour à jour, aiant respondu que tant qu'il y resteroit sept pieds de terre, ils [vouloient] les aller deffendre, et en toute [extrémité] y faire leur sépulture.
LesqueUes [marques de] fidélité et de constance, les Fran* çois ont attitrées de rage et de forcements, et de là pris de nouvelles matières de transport et de vengeance contre nous, à guise des anciens persécuteurs de l'Église, que la profession de la foy des saints martirs, faites au milieu des tourments, enûammoient et animoient de plus en plus à de nouveaux genres de supplices.
Aussy,d'une part, l'expérience très dure de leur animosité en Dostre endroit, marquée de tant de tragiques et lamentables effects, et leur rescription d'ailleurs à leur confidents de mesme party, nous ont appris en quel rang d'inimitié ils nous tenoient,et les sentiments qu'ils avoient de nostre conduite. Voicy à peu près le sens et les paroles d'une de leurs lettres adressée à un des principaux officiers de l'Estat de Neufchastel par un des domestique du duc de Longueville : <L Nous avons jusques icy inutilement emploie la c douceur et la force pour abbaisser la vanité et fleschir c l'endurcissement des Franc-Comtois ; l'on auroit plus- « tost miné Mont-Mélian et sappé le Havre de Grâce, que € changé l'humeur de ces sauvages ; ils se battent par- € tout, dans les villes^ dans les chasteaux, dans les villages, « dans les clochers, dans la campagne et dans les bois ; et, c quand ils sont nos prisonniers, encore nous font ils la <c guerre. Chasque année ils nous usent une bonne armée, c et, pour peu qu'on les éloigne, ils passent nos rivières € comme des désespérez, et nous viennent chercher £uc rieusement chez nous : ce qui nous oblige d'en extermic ner la race, du premier jusqu'au dernier. Si monsieur « le duc de Weimar et monsieur le Prince n'avoient faict c leurs eflbrts pour les mettre à la raison, on accuseroit € noslre maislre d'y aller trop mollement ; mais ceux qui € en parleront s'y trouveroient bien empeschez eux mes- € mes : on luy mande de Paris que la Savoie aiant esté c prise en quinze jours, Suse et Pignerole en trois sep- € maines, l'Alsace en trois, la Lorraine en quatre, on ne
c peut comprendre qu'un pays plus foihle,entourré de tous € nos estats et détaché de cent lieues de la domination € d'Espagne, estant si puissamment attaqué, résiste trois c années entières. ^
De tout ce que dessus on peut recueillir et conclure, ou vraysemblablement augurer et se promettre :
Premièrement,que la France aiant heu toutes les faveurs de la fortune pour la direction de ses entreprises contre nous, les vents, la pluie et le soleil à sa disposition, l'opportunité des temps et des affaires, la plus grande en toutes rencontres qui se soit jamais veue, aiant combattu du bord de son royaume, fait ses apprêts à loisir, et dans l'ignorance de nostre part de ses désirs par l'éblouissement trompeur qu'elle nous donnoit et les illusions continuelles qu'elle nous suscitoit, aiant fait ses effors lorsqu'elle avoit le choix des hommes, qu'elle pouvoit les changer et raffraichir à volonté, que le duché de Bourgongne estoit entier etn'avoitpas encore senti nos courses, lorsque nostre pays mesme leur pouvoit fournir des quartiers et logements aux environs des places assiégées ; que, sur la face de la terre et dans le fond des villages, se treuvoient les pâturages, les vins et les bleds en abbondance pour tenir les soldats en haleine ; aiant heu la commodité, pendant la liberté du commerce et dans la. fréquentation qui se fesoit d'une nation à l'autre, soubs le privilège de la neutralité, de tâter le poux à qui les François ont voulu^ semer leur mauvaises graines, et se servir de tous les artifices qu'ils avoient préparez de longue main, et avec tout cela n'aiant peu néanmoins donner la moindre atteinte à nostre constance ; aiant recogneu tous leurs travaux de mesme nature envers eux, qu'ils se sont tesmoignez envers nous, sçavoir ingrats et infidelles, et enfin aiant veu pendant trois ans qu'avec la conscience ils avoient perdu leurs peines et leur entendement ; il est bien à présumer que cy-apprès encore avanceront ils moins à la conqueste de toutes les places [fortes].
qui restent entières, fortifiées au [des^sns de] ce qu'ettes estoient auparavant, et plus asseurées par la ruine de toutes les autres moindres, d'où l'ennemy pouvoit tirer de la subsistance à nostre dommage.
Secondement, que nous ne pouvons doubter du redoublement de la paternelle affection du Roy nostre souverain envers nous et de tous les princes de sa très auguste Maison. La grandeur de leur générosité, jointe à celle de nos services, le nous doibvent persuader, quand ils con* sidéreront ce que nous avons fourny de sang et de biens, avec quelle patience nous avons attendu leur armées de secours, avec quelles largesses nous les avons receues, avec quelles incommoditez nous les avons entretenues, les nourrissant de nos entrailles et de la dernière substance des peuples espuisez, et qui ne vivent plus que miraculeusement d'une saincle confiance qu'ils ont en Dieu et de l'amour toujours ardant de leurs princes ; quand ils regarderont à quel coing nostre fidélité est marquée, ce qu'elle nous couste, de quels liens elle a esté estreinte dans l'esloignement des autres terres de leur domination et dans un tel voisinage, comme est celuy de la France ; quand ils penseront qu aucuns accidents sinistres et contraires n'ont rien rabattu de nostre courage et de nostre fermeté, que le bruit du moindre bonheur survenu parmi toutes nos disgrâces, nous a fait allumer des feux de joye, à l'envi de ceux de désolation dont les François esclairoient toute la campagne; quand ils sçauront le nom de tant de gentilhommes morts dans le service, de tant d'éclésiastiques immolez à la fureur des huguenots, aucuns brusiez et les autres précipitez du hault des rochers, de tant de gens de justice revenus vaillants soldats et commendants des places ; quand en particulier ils se représenteront la force incomparable du cœur et de l'esprit de ce Parlement célèbre, qui a exercé toutes les fonctions du Sénat romain^ et qui^ avec des mains aussy fermes et asseurées que pures et nettes, a tenu droit le
thimon de l'Estat parmi toutes les tempestes qui Font agité. Sans doubte que ces provinces, les vrayes images de Dieu sur terre, embrasseront estroitement les intérests du général et des particuliers de ceste province désolée ; ils la réchaufferont dans le milieu de leur sein, rhabilleront ses membres rompus, rempliront ses veines vuides et affauties, verseront autant de bienfaits sur elle, qu'eille a versé de sang pour leur service, répareront au quadruple les ruines de tant de villes, bourgs et villages, dont les cendres sont esparses par toute TEurope, comme des semences d'honneur et de gloire. Us en affermiront et accroisteront les privilèges et les immunitez. Une année de paix fournira surabondamment à toutes les récompenses et restaurations qui se doibvent espérer de si grands princes par de si [fidèles] subjets sur la mesure de leur puissance [et celle] de nos nécessitez. Troisièmement, nous debvons croire que nos voisins et aUiez sentiront enfm la fumée de ce grand feu que les François allument à leurs portes, qu'ils s'esveilleront à la cheute de tant de bastiments qui se renversent aux pieds de leurs rochers, qu'ils rappelleront en leur souvenir la douceur et cordialité avec laquelle nous avons vescu dés si longtemps avec eux, et au contraire, les troubles et les fasdieries qu'ils reçoivent journellement des endroits de la France qui aboutissent à leur estât ; ils examineront la nature flottante et orageuse de ceste nation, qui tient toutes choses hors de son centre et en estât de violence contre l'ordre civil et naturel, considéreront avec combien de bonne foy nous avons observé tous les traitez faits avec eux, et, qu'au revers^ ceux qui nous veuillent chasser si tyranniquement de nos maisons et se loger en nos places, sont tout pleins de bonnes paroles et de mauvais effects, de belles lettres et de laides actions, la douceur dans la face et le meurtre dans le cœur, destruisants sans cesse leurs promesses et protestations par leurs œuvres et déportements. Nos malheurs les persuaderont enfin , si nos
plaintes ne le peuvent faire ; et, quand les appréhensions du temps nous seroient contraires, il faut croire qu'elles ne seront pas tousjours préférées à celles de l'honneur, auprès d'une nation qui fait profession de sincérité, et qui aura de quoy se ressentir du mespris fait par la France de son entremise, en chose si juste comme celle de la neutralité. Mais, bienloing de croire nostre party ruineux, avec leur ordinaire prudence, ils pénétreront le fond des choses, sans s'arrester à la superficie, et jugeront assez qu'appartenant,comme nous faisons à un si grand maistre, il ne nous laissera jamais perdre entièrement ; que nous aiant retiré des mains de Louis unzième, qui, se prévalant de la minorité d'une jeune princesse et de la perfidie de quelques Allemands, nous avoit surpris et traité barbarement, il ne nous laissera jamais entre celles du successeur de son nom et de sa couronne ; que les postes des Milanois, du Tirol, du Suaube et du Rhin, qui ceignent le corps helvétique estant ceux d'où le secours nous debvroit venir, il n'y pourroit avoir aucun avantage pour eux dans ce débris de nos fortunes ; et, dans l'approche de la marche de nos secours, la sacrée Majesté de l'Empereur y debvra estre tousjour en vénération, son authorité en respect, sa valeur en crédit, sa bonté en amour et sa force en considération. Les attenlasts d'Henry second sur Strasbourg, apprès la conqueste de l'Alsace, les desseins de Louys treizième
à présent régnant [sur] Genesve, sur la liberté des
les troubles par luy suscités dans TEscosse, l'appropriation à soy de Casai, de Montbéliard, de Porrentru, Scélestat, Belfort, et plusieurs autres places, à l'exclusion des légitimes seigneurs, donneront à penser à des peuples amateurs de la liberté et du repos, et leur feront appréhender que tant d'enceintes qui se font autour d'eux, tant de fossez qu'on creuse près des fonJcmens de leur Estât, ne les escroulenl et se changent en de dangereux précipices.
Finalement, nous avons à nous persuader que les armes justes le gaignent tousjour à la longue, que les polyliques mesme demeurant d'accord que la crainte de Dieu et l'entretien de la religion sont les plus fermes colonnes des Estais, le noslre sera inesbranlable, et pourra bien,comme la navire de St Pierre, estre longtemps agile, mais non pas submergé ; que puisqu'en nostre deffence nous conservons les droits de Dieu, il conservera les nostres; que, d'autre part, nos ennemis le forceront par la suite de leur injustice et cruautez de les abandonner,et luy mesme aiant prononcé cest arrest immuable : Que tout royaume en soy divisé sera désolé^ nous avons plus de subjet d'attendre, comme des pieds d'un grand colosse brisé, de la destruction de la France (my partie en la foy), la réparation de nos pertes, que de craindre par elle la subversion d'un pays si catholique, si uni aux maximes du ciel et de la terre, si conforme en la profession de ses debvoirs envers son Dieu et son Prince. Le mesme Dieu tout juste et tout clair-voyant, qui pénètre de bout en bout le fond de nos pensées, sçait que nous n'avons mis la main à l'espée ny mesme à la plume que contraints ; il cognoit la fausseté des prétextes de nos ennemis, et qu'ils nous ont voulu tromper, qu'à peine pensions nous nous garder d'estre trompés ; qu'ib n'ont mis en jeu que des allégations étrangères pour pallier leur attentast, renversant non seulement la nature et l'essence, mais le nom mesme de toutes choses; et selon l'ordre de la justice divine qui a les bras de fer lorsqu'elle a les pieds de plomb, il est à croire que de semblables tromperies rejailliront enfin sur la face de leurs autheurs, et que ceux qui ont voulu corrompre le sens d'un chascun, tomberont eux mesmes en leur répreuve'; qu'ils deviendront . le but et le scandale de toute l'Europe, après en avoir esté les fléaux et les désolateurs ; que, puisqu'ils ont mis soubs les pieds la révérence dehue aux traités publics, rompu tous les liens de la foy, de promesses, de voisinage et
d'obligation dont ils nous estoient attachez, après avoir paie nos tendresses et nos sincéritez en nos procédures envers eux des plus noires ingratitudes et desloyautez, qu'on auroit jamais peu s'imaginer qu'après s'estre donné l'entrée dans ceste province par des soupplesses de renard, [après] avoir exercé des cruautez de tigres, après s'estre baigné avec volupté dans notre sang, réchauffé avec plaisir aux embrasements de nos villes entières, et fait enfin une guerre pire* que de Turc à Maure, ils doivent appréhender au réciproque que leur contrée soit réservée pour le théâtre sar lequel se jouera le dernier acte et le plus sanglant de la tragédie, et que desjà à cest effet les jugements du Tout* Puissant ont laissez monter leurs injustices au dernier degré, les ont mise en veue de la chrestienté pour estre considérées et détestées de toutes les nations du monde. Ce qui n'est point icy représenté par forme de souhaits et d'imprécations, ains de conjectures seulement tirées de l'expérience et fondées sur les maximes éternelles, dont tous les siècles ont fourni successivement, en des subjets moins apparents, des preuves et des exemples ; et tant s'en faut que l'on entende par ce discour inspirer et nourrir une haine implacable d'une nation à l'autre, affermir les désirs d'une vengeance perpétuelle, ni conseiller le meurtre et le carnage dans la continuation de la guerre, qu'au contraire' Ton demande au ciel la paix tant désirée, que l'on souhaite par un sentiment charitable et chrestien, donnant toutes nos injures à Dieu, aflin d'attirer ses bénédictions et bien, faits, avec le calme nécessaire pour la plus grande gloire de son nom, pour le restablissement des églises et des autels, et ensuitte pour l'exercice plus entier de la justice, pour la police plus exacte des villes et communautez, sans quoy la société publique devient sauvage, et toutes les règles de la vie humaine se confondent. Mais en cas que la rage de nos ennemis ne se trouve pas encore assovie, et que s'opposant à nos vœux débonnaires et à nos désirs
pacifiques, elle veuille s'estendre plus avant pour lasser et vaincre nostre constance, en tant qu'ils s'obstinent à la continuation de leurs premiers desseins sur la conqueste de cest Estât, qu'ils poursuivent à nous vouloir faire changer de domination, lors nous debvrons loger, après l'espoir que nous avons en Dieu et en nostre souverain, tout nostre salut en nos armes et dans les derniers efforts de nos courages^ regardant l'honneur de nos devanciers et de nos successeurs pour imiter les uns dans l'extrémité de leurs résolutions, et laisser aux autres de quoy nous imiter semblablement et bénir à jamais nostre mémoire, devenants tousjour de plus en plus riches de gloire, à mesure que nous deviendrons pauvres de biens. Jusques icy on a rencontré nos cœurs fortifiez contre toute sorte d'accidents, et ceux qui pensoient que nous achepterions (sic) à fort haut prix, ont trouvé partout une résistance invincible, et l'amour du debvoir et de la renommée au dessus de celuy des richesses et de la tranquillité. Les premiers et les plus rudes coups sont portez et soutenus, les plus grandes ondes enQées et crevées, les plus violentes terapestes excitées et essuiées. Nous sommes bien avant dans le chemin de l'honneur, fournissons d'une mesme haleine le reste de la carrière, et nous proposons, après tant de dangers évitez, tant de bienfaits méritez du Roy nostre souverain et de toute sa très auguste Maison, en quelles extrémitez nous tomberions, si, par la surcharge de quelques misères qui nous puissent encore souvenir, nous relaschions tant soit peu de ceste générosité indomptable, qui nous a fait jusques icy surmonter toutes sortes de difficultez. Voyons la pesan* tour du joug qui nous menasse prêt à nous estre mis sur la teste, et soubs lequel les naturels François gémissent tristement. Regardons les indignitez qui nous attendent et nous sont préparées par ceux qui nous ont si injurieusement traitez au milieu de la paix, et faisons comparaison de la douceur et du repos comme aussy des immunitez qui
nous ont esté conservées ' par nos princes, avec la dure servitude soubs laquelle on languit par tout le royaume de France, où nos pensées mesmes seroient rendues criminelles et fourniroient des prétextes et des placets d'une continuelle persécution en nostre endroit.
Tenons pour infaillible, s'ils ne s'arrestent maintenant, que rinimitié qu'ils ont conçue contre nous et l'avidité de nous exterminer, ne pourra meshny estre arrestée que par leur impuissance ; et ainsy taschons d'achever la partie à leur confusion, ou, en tout cas^ de périr honorablement ; le plus fort est fait. Les premières actions sont celles qui font les plus grandes impressions de crainte ou de courage ; celles des François n'ont opéré en nous qu'en faveur et en l'accroisement de ce dernier, et de quelques cruautez et désolation dont ils aient travaillez nostre fidélité, ils n'ont pas seulement peu obtenir de nous la moindre prière de modérer leur sanglante conduite, mais bien des reproches et des menaces. Plus ils sont pressez d'avancer nostre ruine par toute sorte d'actes inhumains, plus ont ils re-doublé en nous les soings et les volontez de nous garantir de la dernière oppression. L'effronterie qu'ils ont eue de nous vouloir tenter^ n'a fait que d'eschauffer davantage nos cœurs et nous outrer par la mauvaise opinion qu'ils avoient osé prendre de nous, en ceste mesme fermeté pour la conservation de la patrie, pour l'honneur de nostre nation, pour l'intérest de la foy, pour la deffence de la religion, pour le service de nostre grand Monarque. Nos pères sont descendus tous sanglans dans le tombeau ; nos frères, nos enfans^ nos compatriotes, se sont volontairement dévouez à la félicité et réputation publique de ceste province ; nous les blesserions en l'autre monde plus cruellement que nos ennemis ne les ont blessé en celuy-cy, et les ferions sortir de leurs sépulcres pour nous injurier et poursuivre en tous lieux, si nous ne tenions bon sur les traces honorables qu'ils nous ont marquées, et ne rem-
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plissions les pas qu'ils ont imprimez devant nos yeux. Que si l'espérance peut encore conlribuer quelque chose auprès des âmes si hautes, considérons que la fortune que nous avons si longtemps combattue avec nos ennemis, a semblé enfin se lasser de leurs complimens et cajoleries, «t retorner à nous ; que si, pendant les prises de Landrecy, de Bréda, de la Capelle, après la défaite et la prison de Jean Divert, la levée du siège de Locate et Tabbandonnement des isles de Ste-Marguerite,nous sommes demeurez fermes, l'espée à la main, espanchant libéralement sang et biens pour repousser les attaques redoublées des François, combien plustost et plus aisément les pouvons-nous soutenir à ceste heure dans leur honteuse fuitte de devant St-Omer, dans les déroutes de leurs intimes alliez à Calao, à Gueldres, dans leur infaime retraite de Fontarabie, après la pacification de toute la Valtoline, leurs expulsions des Grisons, et les conquestes de Brème et de Yercel ! Ce seroit faire naufrage au port, non seulement que de fleschir tant soit peu^ ou aux menaces, ou aux prières, ou aux propositions, ou aux efforts de nos pevsécuteurs, mais de ne pas se roidir plus que jamais à esteindre par leur sang les feux qu'ils ont allumez parmy nous et en laver les injures qu'ils nous ont faites, si mieux ils n'ayment, recognoissant leur tort, conspirant à une paix universelle, à laquelle nous ne doublons point, que pour le bien et repos de toute la chrestienté, le Roy nostre souverain ne face céder(dans les termes de l'honneur) tous ses intérests et resentimenls.