MAISON D'AUTRICHE
PHILIPPE LE BEAO 1493-1506.
Philippe le Beau naquit à Bruges le 32 juin 1478, au milieu de toutes les calamités qui accablaient sa mère ; il vit, bien jeune encore, son père Maximilien livré aux plus étranges revers, et prisonnier de ses propres sujets. Lui-même, arrêté dans sa courte carrière, ne dépassa pas Tâge de vingt-huit ans.
Cependant, par d'heureux événements, il réunit les biens de la maison de Bourgogne, d'Autriche et d'Espagne, accrus successivement des vastes continents du nouveau monde.
Le historiens franc-comtois ont sans exception, vanté avec enthousiasme sa beauté, son affabilité modeste, son amour pour ses peuples, son respect pour leurs libertés et les chaleureuses sympathies qu'il leur inspira. Ce portrait est vrai. Mais ils ont laissé dans l'ombre les désordres de sa vie, ses mœurs dissolues, sa dureté envers sa femme, Jeanne la Folle, à qui il dut la couronne d'Espagne, et qui perdit la raison pour l'avoir trop aimé.
Fils et petit-fils d'empereurs d'Allemagne, ayant lui-même donné le jour à un autre empereur, le plus célèbre de tous, il fut, avec son père, le premier auteur de la gigantesque puissance de la maison d'Autriche^ qui, avec la dignité im-
218 ÉTàTS GÉNÉRAUX
pénale perpétuée dans sa descendance, menaça tonte l'Europe, et Teût assujétie, si Louis XII et François I«% Henri IV, Richelieu et Mazarin n'eussent fait échouer ses projets de monarchie universelle.
c Singulière figure, a dit un historien moderne en parlant de Maximilien, père de Philippe le Beau, que ce mo* € narque sans argent et sans soldats, qui échoua dans c presque toutes ses entreprises, fut toute sa vie hors d'é- € tat d'égaler ses forces et ses prétentions, et qui enfin, si c faible, fonda une énorme puissance par deux mariages c combinés à propos, le sien et celui de son fils (1). >
Session d'avril 1493. — Besançon (2).
Quand Charles VIII eut fait à Maximilien la double injure de répudier sa fille et de lui dérober celle qui devait être sa femme, Maximilien, outré de colère, entra en armes dans la Franche-Comté pour recouvrer la dot de sa fille ; c*était trop d'iniquité de la retenir, et le traité d'Arras s'y opposait formellement (3).
Jusqu'à ce jour on a cm que, dès son entrée au comté de Bottr|Mgne« il y avait été accueilli comme un libératour» et que tout le pays s'était soumis sans résistance. f Les Comtois attadi^ au sang de leurs anciens princes, t dit lo m^me historien (i\ ne se considéraient pas comme t si^jfMs du rvù de France, depuis que Charles VIII avait « r^imdii^ la lillo de Marie de Bourgogne. Besançon même « ax^it (M<' entraîné dans ce mouvement. »
U e$l xT^ii q^)« Maximilien fut accueilli avec un chaleu-
^|\ ««Nnw Murnm. Hu*. ilr fV«wis tom. VH, p. 284. ^$\ l^^K <ài f k^yrtr» 4f l9imiio«h t2 mml 1403. 1^ « :>M 4^mt\v( {wr ^tt<4.itM «fts M mort oa antremeiit que le ma- % x>^i^«i#|iM'xi^V wv^lVt^aitscottlÀsnBBdBset restitués à mon dit
v4> l»*N^ Mkanw *tf. éf Ffm». VIL XL
sous PHIUPPE LE BEAU. 219
reux empressement par le nord de la Franche-Comté, jusqu'à Besançon; qu'il entra dans cette ville, malgré ses refus, et que son armée, pleine d'espoir, poussa sans obstacle jusqu'à Quingey, Salins et Arbois où elle fut reçue de grand cœur. Mais là s'arrêtèrent ses progrès. Maximilien, toujours sans argent, se retira immédiatement du théâtre de la guerre, et le combat de Dournon ne termina rien. Tout le midi, entre les mains des Français, résista à ses troupes. Contre lui, le prince d'Orange, seigneur le plus puissant du pays, commanda, avec Baudicourt, l'armée ennemie. Â Dournon, un Neuchâtel combattait dans les rangs français. Gray fut défendu par Philippe de Hochberg et Guillaume de Vergy; et la haute noblesse franc-comtoise sembla vérifier ce mot de Comines : « Tout en ceste maison de Bour- <L gongne estoit tourné des nos très, ou peu s'en falloit. » Nos manuscrits tiennent le même langage (4).
Maximilien, dans cette campagne, n'eut pas moins à se plaindre de sa propre armée. Ses Allemands qui, selon l'expression vraie des mêmes manuscrits, firmt petitement et profitèrent peu (2), s'établirent en maîtres à Besançon, à Quingey, Arbois et Salins, et déclarèrent que, si on ne les payait pas, ils refusaient de marcher et de se battre. Ceux d'Arbois menaçaient même de brûler la ville et de la livrer aux Français (3); ils mirent le feu à la halle pour se chauffer. Toutes ces villes étaient traitées en pays conquis, el on ne savait quand et comment finiraient ces intolérables désordres.
(1) « Le tout en ceste maison de Bourgongne, estoit mort, tourné « DES NOSTRBS OU peu s'eu falloit. » (Mém. de Comines). « — Los fo:gneurs (de Bourgogne) es/ia<{/»i<0!M/ran^otj saufM.de Yarembon. » (Jlfarmc. du XVI^ siècle. Nouvelle édit. de GolluL p. iiiO),
(2) « Les François tenoient Dole, Gray, Auxonne, Poligny et tout le « reste en bai. Le% A\hm2Lnd9 firent petitement et profilèrent peu. » (Manuscrit du XVl^ siècle),
(3) Lettre de l'archiduc Philippe au profil des habitants d' Arbois. Bruxelles, 30 novembre 1495.
290 iTATS Gi»fei»X
Pour sasti&ire cette soldatesque indisciplinée, il fallait de l'argent sans un seul jour de retard, et arriver à terminer par la paix cette difficile campagne. Maximilien essaya de négocier avec le prince d'Orange, gouverneur de la Franche-Comté pour le roi de France. L'empereur, instruit des embarras de son fils, envoya un évêque allemand, afin de hâter cette paix si nécessaire. Les négociations traînèrent en longueur. Pour se procurer des subsides, Claude de Neuchâtel, seigneur du Fay, son lieutenant, convoqua, au mois d'avril, les Etats à Besançon et en obtint 6,000 fr. Des emprunts furent ordonnés d'autorité comme en temps de grande détresse. Enfin cette paix laborieuse fut conclue à Senlis le 23 mai 4493, et Maximilien ne dut ce bonheur qu'aux projets ambitieux de Charles YIII, pressé d'en finir pour commencer sa folle campagne d'Italie.
Session de i493y à Vesoulj puis à Arbois,
La paix conclue ne termina ni les embarras de Maximilien, ni les calamités du pays où il passa plusieurs mois. Les historiens ont ignoré ce séjour prolongé et ses suites étranges. Le subside de 6,000 fr., voté à Besançon, fut, comme le produit des emprunts, promptement épuisé, les mutineries des troupes recommencèrent avec plus de violence ; elles tenaient le pays comme un gage, se croyaient tout permis, et déclaraient qu'elles n'en sortiraient pas qu'elles ne fussent payées jusqu'à la dernière obole. Maximilien, plus embarrassé que jamais, assembla les Etats à Vesoul, puis à Ârbois, implorant leur secours. Ils ordonnèrent un emprunt forcé, qui fut jeté sur les notables des villes, le chapitre de Besançon et les corporations religieuses. Pour apaiser les murmures, assurance fut donnée aux prêteurs du recouvrement sur le premier aide à percevoir.
En ce temps de profonde humiliation, Maximilien, nommé
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empereur après la mort de son père, ne quitta point la Franche-Comté, où il était encore au mois de novembre» esclave de ses troupes, auxquelles s'étaient joints tous les aventuriers, les brigands et les mauvaises gens du pays (1). Au mois de janvier 4495, ces Allefmands en révolte n'avaient point quitté nos campagnes et stationnaient notamment dans celles au-dessous de Dole. On les considérait comme de véritables ennemis. Dans cette ville, les portes étaient fermées comme en temps de guerre, et le guet était fait au clocher, même de jour (2).
Session du i8 juillet 1494. — Besançon (S).
« Ces calamités, encore ignorées, qui accompagnèrent le retour du Comté de Bourgogne sous la domination de la maison d'Autriche, furent suivies d'un autre fléau non moins désastreux.
Maximilien avait cru que, du jour où il paraîtrait en armes dans le comté de Bourgogne pour recouvrer cette partie de la dot de sa fiUe, le pays se soulèverait tout entier
(1) i Des eiiToyés de Ghai'les VIII, aa mois d'août, allant à Poligiiy, € firent le Toyage en temps d*éminent péril et grant danger de leurs c personnes, à cause des gens de guerre, aventuriers, brigands et autres mauvaises gens estant encore au Comté. (Areh. de ici Côte^Ory compte de 1494, fol. 185).
(2) c On fermera pendant 8 jours la porte d'Arans, afin que Ton se c garde des Allemands qui sont à Fentour de Dole et de Longry, et l'on < mettra un homme au clocher afin de faire le guet de jour, jusqu*à « tant que les Allemands soient hors du pays. » {DélUf, munieip. de Doie, Si janvier 1494, n. t.)
(3) In congregatione trium etatuum eomitattu Burgundie, die xvin im^ iantis meneis Julii kac in civiUUe fiendd, praiU in Htterit daminorum coi^ iiliarorum régis et archidueiê hodie taetis. . . . (Délib. du chap, métrop, de BesofiçoUy 16 juillet 1494.) Gollut a entrevu quelque chose de ces Etats ; mais il les place à Dole, non à Besançon, au 10 septembre, non au 18 juillet, et il a à peine aperçu Tobjet de cette session. (Ifiàii., anc édit, p. 943.)
en sa faveur. Comme il se vit cruellement déçu dans son attente, son indignation égala sa surprise. Il résolut de punir non-seulement la haute noblesse qui lui avait résisté, mais le pays tout entier. Il Tassujétit à un conseil militaire établi à Besançon et présidé par Claude de Neufchàtel, son lieutenant général. Le Parlement fut supprimé, les anciennes libertés suspendues. Ce régime de servitude, en se prolongeant, engendra les plus graves abus. Il était urgent d'y porter remède. Ce libre pays, qui s'était sacrifié pour Marie de Bourgogne, s'indignait de ces rigueurs et redemandait à grands cris son ancienne constitution.
C'est pour faire entendre ses justes plaintes que, le 1 8 juillet 4494, les Etats s'assemblèrent à Besançon, d'où ils envoyèrent des députés à l'empereur. Si leurs délibérations furent courtes, à raison de la peste qui régnait dans la ville (4), elles furent énergiques et pressantes.
Par la réponse de l'empereur, qui reproduit en entier la requête et les griefs des Etats, nous en avons en quelque sorte le texte sous les yeux.
Cette réponse commence ainsi :
c Gomme nos bien aymez les députés de nos trois Estais de
c nostre pays et comté de Bourgoingne, venus devers nous,
c nous ayent, entre autres choses, remonstré Testât de nostre dit
c conté^ que par les guerres qui ont régné longtemps, et aussy
c que le pays a esté en main étrange, iceluy est comme du tout
c destruict, et les subjecls de tous estats grandement diroinuei
c de leurs biens et chevances, et que, pour remettre le dit pays
€ et résoutdre les subjects,est besoin le remettre en justice selon
t son ancien train, et quHl soit pourveu au bien d*iceluy et des
c dits subjecls sur les choses qui s'ensuyvent. >
Ici l'empereur rappelle les diverses réclamations des Etats, exposées dans leur requête. On voit qu'ils demandent
(1) Metuspestis in aliquibus partibus hujus eivitatis regnantis. {Délib. du chap» de Besançon^ 20 juiU. 1494.)
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un meilleur choix des officiers chargés d'administrer la justice, tellement, disent-ils, qu'elle soit obéie et respectée, les voies de fait réprimées ; ils pressent l'empereur de rétablir les tribunaux et le Parlement, comme au temps des duc Philippe et Charles de Bourgogne, d'ordonner que le Parlement soit tenu à Dole de trois ans en trois ans, qu'un terme soit mis aux exactions, pilleries et fraudes qui chaque jour se commettent dans les prévôtés affermés aux enchères et dont lesjuges s'attribuent les amendes; qu'il soit pourvu à la fabrication des monnoies d'or et d'argent dans le comté même ; que les sujets ne soient point par évocation obligés de plaider hors du pays devant les tribunaux étrangers, qu'on indemnise ceux qui ont souffert des emprunts de guerre, et que les récompenses, offices et dons soient réservés de préférence à ceux qui, dans la dernière guerre, ont servi sous les drapeaux de l'Autriche ; qu'enfin le pays soit rétabli dans les libertés dont il jouissait sous ses anciens ducs.
L'empereur, que les députés des Etats trouvèrent dans les Pays-Bas, les accueillit gracieusement. Deux franc-comtois en grande faveur les aidèrent de leur puissant appui, le chancelier Carondelet et Thomas Plaine, chef du grand conseil. Toutes les demandes des Etats furent octroyées par une ordonnance spéciale, véritable monument historique, dont nous avons le texte à la date du 8 octobre 1494. Le conseil de Besançon fut déclaré aboli, et le pays rétabli dans ses anciennes libertés (i).
Pour complément de ces faveurs, l'empeteur, un mois après, rendait à la Franche-Comté un gouverneur du sang de Bourgogne: ce fut Jean de Chalon, prince d'Orange, mobile protée, plus français que bourguignon, dont il avait eu gravement à se plaindre, notamment dans le mariage d'Anne de Bretagne. Il s'en défiait, tout en feignant d'ignorer ou d'oublier ses torts.
(i) Ordomwnu du 8 novembre i494. Dilismi, Ordoim.f p. i.
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f^À hsik taâii k km^ et. Les: }»k acte r<
fwt«r,^ wMyfc>it i|j iIla ja— ég ne» Xiffes. Dësk iUiMi Âh eette caBi{xi^ik&, fciiirriîi^ < hfnliM i i Fi irer (4f , d, B eiie édMoait^ os posiat croire i «■ moafMMUannéde r Aolrkke eoabe h Pkiace, nstool coaire fe AiefaédeB u i i r goga e. La Fntfae-Oilé, p— ige natmd de rarmée allemaiide, ai ce cas, élail done sngoiièfcmeBl ft fliéMgar. Il Cdlaii y raneacr aAroîlcDeBl les e^ts à reMpereor. Td est, ea partie da moiiis, le aeanel de cet beorvn relov i tei aariemics libertés.
(1) D^ !• traité «U Seolis pronoocnt aboiitiMi pu* MaTÎmiKwi d« toolM eonHiefttkmf eootre ceux dn parti eoBtnân. (V. ce trmU^ Qotm^ fWP%f p. 317, 349.)
(S^ «é», p. M3, aae. Mit.
(4) « !i y itit •ntêpdw— nt avec le roy des Romaîas pour fiûre baaiif eoop de ehoiee fbllee, ai le roy (Charlee VIII) avoit quelque peu à f &ire (c*eit-à-dire éprouTait quelquee rerers en Italie). (Lettre de Phitifpê d$ Br$êH ànm fUê^ écrite an début de la campagne d'Italie ; dana Uufomifoiiy HiH. d$ Bmuy p. 97.)
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Session de Février i495. — Poligny (1).
Il y euty cette année, trois sessions des Etats, la première à Poligny et les deux autres à Besançon.
Dans celle de Poligny que nous fait connaître une délibération du chapitre métropolitain (2), lecture fut donnée de trois mandements de l'empereur, c'est-à-dire de l'ordonnance du 8 novembre 1494, qui rendait à la Franche- Comté son ancienne constitution; de celle du 6 du mois suivant, qui nommait Jean de Chalon gouverneur de la Franche-Comté. L'objet et la teneur du troisième mandement ne sont pas connus.
Quoique le prince d'Orange eût été, en bien des circonstances, fatal à son pays et y eût servi bien des causes, sa nomination ne déplut pas ; il était du sang de Bourgogne, et on lui attribuait une grande part dans le traité de Senlis, qui avait rendu la paix à la Franche-Comté.
2« session, iO août et septembre 1495. — Besançon (3).
Charles YIII victorieux était entré à Naples le 22 février 1495; mais il se voyait, après la plus brillante conquête, obligé de fuir de Tltalie, sous la menace et en présence d'une coalition formidable de Tempereur, du pape et des princes Italiens, qu'avaient alarmés ses rapides succès.
(1 et 2) Le chantre euToyé aux Etats y fait ad longum son rapport sur ce qui 8*y est passé, et super tribus mandatis a rege et archiduee obtentis ad opus patrie Burgundie. (Délib. du chapitre de Besançon ^6 îévr, 1495.) Cette session est également mentionnée dans les de/t6. du ehap. de S» Anatoile de Salins.
(3) Comptes de la ville de Besançon, aoUt et septembre i495. — Délibération du diapitre de Besançon du 2i août 1495 où le doyen rapporte ce qui s*e8t passé dans rassemblée des trois Etats les mardi, mercredi et jeudi précédents, sur le serment prœstari solito per viros eeclesiasticoSy nobiles et quoscumque alias ejusdem comitatus habitatores,
Il avait quitté Naples le 20 mai, et, au milieu d'ennemis nombreux qui lui barraient le passage» il courrait à son retour les plus grands dangers. Maximilien, attentif aux événements, le crut perdu et donna ses ordres en conséquence. Il se produit à cette époque même, dans le comté de Bourgogne, un mouvement de guerre contre la France, sur lequel nous n'avons que des documents incomplets. C'est évidemment le duché, dont l'empereur ne pouvait supporter la perte, qu'il s'agissait de reprendre. On voit ses troupes se porter ^r la Saône, son artillerie arriver à Besançon. Le long de cette rivière, frontière des deux Bourgognes, les Fraiiçais font retirer tous les bateaux pour empêcher l'invasion (i), et Louhans, qui dépend du duché, est pris d'emblée par les troupes de l'Autriche (2).
Les événements s'arrêtent là, sans que les archives des deux Bourgognes nous en apprennent davantage. Ce temps d'arrêt dans l'invasion des troupes Autrichiennes, sur lesquelles Louhans est repris, a une explication, la nouvelle de la bataille de Fornovo, où la ligue fut vaincue (6 juillet 149.5), et qui permit à Charles VIII de rentrer victorieux en France.
C'est dans ces circonstances que les trois Etats du Comté se rassemblèrent à Besançon, où un serment de fidélité fut prêté à Maximilien et à l'archiduc son fils, et qu'un subside (3) dont nous ignorons le chiiTre, fut voté pro defensione patrie.
Une circonstance qui rend ces Etats remarquables, c'est l'absence de Jean de Chalon, prince d'Orange, gouverneur
(1) Comptes de Chalon-iur-Saône i495, f« 181 et s. — B. 3723. — M. Rossignol, La Bourgo^sous Charles VIII, Mém. de l'Académie de Dyon, i86i.
(2) Ibid.
(3) La délibération da chapitre citée ci^deesns ijoate qa*à midi du môme jour, les Etats doivent se réunir pour statuer super pecusUis eisdem (Maximilien et son fils) graâose tradi peiitis pro defensione patrie.
sous PHILIPPE LE BEAU. 227
du comté de Bourgogne, mais toujours flottant entre la Bourgogne et la France ; il n'avait osé ni présider à l'invasion du duché, ni demeurer inactif sous les yeux du pays. Dans son embarras mortel, il était parti pour l'Italie, mettant son épée au service de Charles YIII fugitif, qu'il suivit dans sa victorieuse retraite. Le 10 août, jour où nos Etats se rassemblaient à Besançon, il était à Turin à côté du roi(l).
Nous connaissons le nom d'une partie des seigneurs qui assistèrent aux Etats du mois d'août 4495, Guillaume de Vergy, depuis maréchal de Bourgogne, Henri de Gevry, Varembon, seigneur de Villersexel, invariable, même sous la domination française, dans sa fidélité à la cause de Bourgogne, Claude du Fay, non moins fidèle, le bailly de Montbéliard, le Président des comptes, les lieutenants et ofiiciers des bailliages de Dole, d'Aval et d'Amont, Jean de Montfort, Fernande de Neuchâtel, seigneur de Montaigu, qui logea au palais de l'archevêque, son frère, toujours depuis quinze ans absent de son diocèse (2).
Sessions de février i497, Lons-le-Saunier (3), et 5 mai i497.
Salins (4).
Ces deux sessions, leur date, et le lieu où elles furent tenues, nous sont connus par deux délibérations de la ville de Dole, mais jusqu'à ce jour nous en ignorons l'objet.
(1)3 septembre 1495. Obligation, signée Jean (kChalon,d& la somme de 6000 livres tournoises, au profit de Martin Âyrolde, receyear à Nantes en Bretagne, pour le paiement de laquelle il lui remet une cedule du roy Charles VIII, signée devant Turin le iO août 1495, (Inventaire de la maison de Chalon, tom III. Obligatûms^ &<> 16j.
(2) Les comptes de la ville de Besançon^ août 1495, nous font connaître la présence de tous ces seigneurs dans la ville, lors de la tenue ' des Etats.
(3) Archives de Dole. — Don Sornbt. Mémoire sur les Etati, couronné par r Académie de Besançon.
(A)DéUb. du Chap. S.AnaUnle de Salins.
S28 ÉTàTS GÉNÉRAUX
Session des premiers jours du mois d'août i498, —
Salins, (i)
Deux grandes expéditions contre le duché de Bourgogne, qui toutes deux échouèrent par le fait des Suisses, furent, à quinze ans d'intervalle, en i498 et 1513, tentées par Maximilien.
La première eut cela de remarquable que Fempereur la commanda en personne ; l'élévation du subside, voté par nos Etats, et dont nous allons parler, montre que Ton considérait le succès de Tinvasion comme assuré.
Maximilien fit tout ce qui pouvait le rendre infaillible, et nos documents locaux nous permettent d'exposer avec précision cet événement qui devait avoir, s'il eût réussi, une si haute importance.
Même avant l'assemblée des Etats, un subside général avait été jeté sur toutes les villes du pays (2). Le duc de Milan fournissait une somme considérable (3).
Maximilien entretenait des intelligences dans le duché qui devaient seconder son entreprise (4), et il avait pris à sa solde un corps nombreux de Suisses-ÂUemands.
Au mois de juin, ce corps arrivant par les montagnes du Doubs, se présentait à la Porte-taillée de Besançon, traversait toute la ville, et, sortant par la porte de Battant, marchait directement et rapidement vers la Saône (5).
Dès le 28 juillet ils l'avaient passsée, et, entrant dans la Champagne avec le maréchal de Bourgogne à leur tête, ils s'emparaient de Coiffy, de Bourbonne, de Montsaugeon et
(1) Délib» mtmîeîp. de la ville d$ Dole.
(2) Â Dole, le conseU ordonne au receveur de la nUe de payer 155 f. duB pour rAiDK IMPOSÉE fts CITÉS DU PATS. DélUféf. du 29 juUlet ié98.
(3 et 4) QuiOHiLBDiN, Ut« IV, vfi 17.
^) CompUe delaviUede Besançon, 19 et 20 juiUet 1498.
sous PHILIPPE LE BEAU. 229
d'autres places (4) ; mais au lieu de poursuivre ce premier succès, demandant à grands cris leur solde, ils rebroussaient chemin, et, sans vouloir rien entendre, campaient à deux lieux de Besançon (2).
Les Etats s'étaient, dès les premiers jours du mois d'août, assemblés dans cette ville, et, désireux de seconder les projets de Maximilien qui allait arriver par TÂlsace, votaient rimportant subside de 40,000 francs.
En même temps, ce dernier, faisant a|^pel aux deux capitaines de la ligue de Souabe, leur ordonnait, en vertu de la paix publique de Worms, de venir au secours de ses provinces violemment attaquées (3).
Maximilien, alors en Alsace, annonçait son arrivée prochaine pour se mettre à la tête de ses troupes ; il espérait que sa présence ramènerait les Suisses à l'exécution de leurs engagements. Le 10 septembre, il était à Montbéliard, le 47 à Vesoul, accompagné de son fils l'archiduc, du comte Philippe de Nassau et de Henri de Furstemberg. Dés le 8 de ce mois, il avait fait une déclaration à ses Etats de Brisgaw, portant que le roi de France, à la tète de son armée, n'est qu'à un mille de la Saône ; qu'en conséquence son intention est, en quittant Ensisheim, où il se trouve, de prendre son chemin par Montbéliard, puis de se rendre en ligne droite sur la Saône, et après un seul jour de repos, d'attaquer les Français ; qu'il a l'espoir avec l'aide de Dieu, celui de ses peuples et de son armée, de mettre à néant leurs pernicieux desseins. Et comme dès longtemps les Français
(1) 28 juillet 1498. — Pains et tonneaax de vin envoyés par la ville de Besançon à Guillaume de Vergy, maréchal de Bourgongne, es lieux de Bonrbonne et de Goiffy, tenant le camp et armée des gens de guerre de Fempereur. (Comptes cités).
(2) 15 août 1498. Les Suisses, revenant de devant Goiify, sont à Geneuille. La ville leur envoie du pain et du vin. (Ibid.)
(3) 15 aoiit 1498. Fribourg en Brisgau. Dumont, Codex d^/om., tome m, part. 2, p. 400.
se sont efforcés par tout moyen de lui causer dommage ainsi qu'à ses pays, et projettent la rupture de la paix, l'empereur ordonne une levée d'hommes (1).
Comment après de semblables menaces et une démarche si éclatante, l'empereur recula-t-il ? L'argent ne lui manquait pas. Les Etats du Comté avaient, dans les premiers jours du mois d'août, voté un subside de 40,000 francs. Et, cependant, d'après nos documents locaux, il avait dès le mois d'octobre abandonné la partie, et était rentré dans les Pays-Bas (2). Pour expliquer une retraite si surprenante, les historiens n'ont qu'une explication, c'est que les Suisses refusèrent démarcher (3).
On remarqua beaucoup que, dans toute cette campagne, Jean de Chalon, prince d'Orange, gouverneur de la Franche- Comté, n'avait pas paru un seul jour, soit dans les préparatifs de guerre, soit sur les champs de bataille. Il ne semble pas même qu'il ait vu l'empereur. Prince tout français, il recueillait alors les faveurs de la France, sans s'occuper de la Bourgogne (4). Aussi Maximilien avait donné à Guillaume de Vergy le commandement de son armée avec le titre de lieutenant général et des pouvoirs supérieurs à celui du prince d'Orange (5). Celui-ci, tout aux calculs de son ambition, demeurait hors du pays. C'est bien le même homme qui bénéficia si heureusement des trois mariages d'Anne de Bretagne, sa cousine germaine, qu'il fit épouser à trois rois, dont deux régnèrent sur la France.
(1) Urkmidenburg Freiburg, 633, 637.
(2) Le 22 octobre 1408, le co-gouverneur Grenier lui est député à Louvain, au nom de la ville de Besançon (Comptes de cette vilU, 1498).
(3) Pfeffel, Histoire d'Allemagne^ année 1498.
(4) Le 28 août 1498, pendant qu'on se bat en Bourgogne, le roi trèschrestien octroyé au prince d^Orange 50,000 livres. {Inv. de la maison de Chahnj f. 41.)
(5) V. les lettres d institution dans Ducbbsne, Hist. de la maison de Vergy, p. 305, 310.
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Session du 29 octobre i498. — Salins (i).
Comme après toutes les expéditions de Maximilien, ses troupes qu'il avait abandonnées sur place, tant les soldats allemands que ceux du comlé, parcouraient les campagnes, occupaient les villes, notamment Gray et Salins, et s'y livraient à tous les excès. L'Empereur, après une entreprise annoncée avec tant d'espérance et d'éclat, s'était retiré sans pourvoir à rien. Il fallait nourrir ces troupes redoutables, et pour cet objet, les Etats, réunis à Salins le 29 octobre, votèrent une somme de 12,000 francs (2).
Session du 13 février i499. — Salins (3).
Tout avait échoué : la nouvelle entreprise de Maximilien sur le duché de Bourgogne, les sacrifices multipliés faits par les Etats, les ordres donnés aux Allemands et aux Suisses d'évacuer le territoire franc-comtois. On ne savait plus comment se débarrdsser de ce fléau, suite inévitable, on l'a vu, de toutes les expéditions de Maximilien; car ces gens étaient armés, occupaient de force Gray et les villes de la Saône, ne voulaient plus en sortir, et, comme première condition, exigeaient avec hauteur et menaces leur solde arriérée.
Le maréchal de Vergy, à qui le départ précipité de l'empereur laissait tout le fardeau de l'armée, ne savait que résoudre. Après deux subsides de 40,000 et 12,000 francs
(1 et 2) 1498, 31 octobre. Délibérations du ehap. métrop, de Besançon, L'archidiacre de Salins, de retour de rassemblée des Etats, expose que, réunis à Salins, ils ont Yotô 12,000 francs pour les défenseurs du pays, armigeris seu viris armatis patrie defensoribus,
(3) Le récès, dont le texte a été conserTÔ par Jules Ghiflet dans le volume de ses manuscrits, intitulé Recès des EtatSf est imprimé dans les Mémoires de la Société ^Emulation du /ura, 1873.
votés en cinq mois par ce pays épuisé, demander aux Etats de nouveaux sacrifices, ou s'armer contre cette soldatesque insolente et la chasser par la force était chose impossible ; et cependant le cri général déclarait que veue la grande foule du pays et les dommages de la guerre, les pauvres gens ne pouvoient plus vivre^ et qu'il faUoit absolument desloger tous gens alarmes vivant sur le pays (i).
Il se décida alors à assembler les deux Etats à Salins le 13 février 1499, leur demandant un dernier effort. Toutes les ressources étaient épuisées. Un impôt avait été jeté sur les villes principales. Le maréchal- avait supplié la ville de Besançon de lui avancer une somme de 3,000 florins. Moyennant un modeste et dernier sacrifice, il promettait aux Etats de faire sortir de la province les Suisses Allemands, et rentrer dans leurs foyers les soldats du pays. Sur ces assurances, un emprunt de 2,500 francs fut autorisé, sous leur garantie, par les Etats ; sans cela, on n'eût pas trouvé de prêteurs, tant celle de Maximilien et de ses officiers était discréditée.
Quel serait le sort et le résultat de cet emprunt ? Qu'allait-il arriver de ce brigandage armé, véritable fléau attaché au flanc du pays ? La guerre de Maximilien contre les Suisses trancha la question. Outré de la manière dont ils l'avaient abandonné dans sa campagne de Bourgogne, il leur déclara la guerre et perdit contre eux huit batailles. Du moins cette guerre délivra la Franche-Comté de cette soldatesque effrénée, qui alla servir dans l'armée de l'empereur, et se fit tuer à son service.
(1) Voir le Recès de cette assemblée cité ci-dessus.
sous PHILIPPE LB BEAU. 233
Session du 7 juin i499. — Salins (1).
L'archiduc Philippe, fils de Marie et de Maximilien, atteignit, le 22 juin 1498, sa vingtième année. Quoiqu'il eût déjà reçu par procureur le serment de ses vassaux de Bourgogne, il fallait une prise de possessipn plus solennelle ; elle eut lieu, le 7 juin 1499, devant les Etats assemblés S Salins. Là furent lues ses lettres, où il prend le titre de duc et comte de Bourgogne. Ses commissaires chargés de le représenter étaient le gouverneur Jean de Chalon, prince d'Orange, le maréchal Guillaume de Vergy, le président du Parlement Jacques Gondran, Girard de Plaine, conseiller et maître des requêtes, enfin le secrétaire du prince, Hugues Ouderne.
Le nom de l'archiduc fut acclamé par les Etats. Le livre des Evangiles ayant été placé sur une table, les commissaires, la main étendue sur le livre sacré, jurèrent au nom du prince qu'il maintiendrait ses sujets dans tous leurs privilèges et leurs libertés, qu'illes entretiendrait en bonne justice et police, et les préserverait de foules et oppressions, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, comtes de Bourgogne.
De leur côté, les députés firent, au nom du pays, le serment d'être bons et fidèles sujets à leur souverain seigneur, de procurer en toutes choses son honneur et profit, et de révéler ce qui y serait contraire (2).
Telle fut la clôture des derniers Etats du XY® siècle dans le comté de Bourgogne. L'avenir s'annonçait sous de meilleurs auspices. Il n'y avait alors aucune guerre, et par la mort de son beau-frère, l'archiduc Philippe allait bientôt, du chef de l'infante Jeanne son épouse, monter sur le trône de Castille.
(1 et 2) Procès-verbal de cette assemblée dans le reg1sti*e 3, f> 18 de la Nouvelle chamb. des comptes. (Archives de la Préfect. du Doubs.)
Diverses sessions de iSOi et 1502. — Dole et Salins (1).
Il y eut trois sessions des Etats en ces deux années : la première, du mois d'avril 1501, à Dole (2) ; la seconde, du 16 mars 1502 (n. s.), à Salins (3) ; la troisième, du 5 octj^bre 150S, dans la même ville (4).
De ces assemblées nous ne connaissons guère que la date et le lieu de réunion. Seulement dans la dernière, qui fut convoquée par Guillaume de Vergy, maréchal de Bourgogne, nous savons que les Etats votèrent 40,000 francs.
C'est dans l'une de ces assemblées que furent choisis les députés chargés de traiter avec l'archevêque de Besançon, François de Busleyden, précepteur de Philippe le Beau, la question des monnaies. Pour une rente de quarante francs, ce prélat abandonna le droit exclusif des archevêques en cette matière, et le pays eut dès lors celui de faire forger monnaie d'or et d'argent comme il l'entendrait (5).
Les députés, nommés par les Etats pour cette grave affaire, étaient le prince d'Orange, gouverneur du comté, le seigneur de Gevry, maistre Jehan de la Magdeleine, et Simon de Quingey, seigneur de Montboillon, chevalier renommé, que Louis XI avait tenu longtemps enfermé dans une cage de fer.
(i) Voyez les notes qui Yont suivre.
(2) Délibér. du chapitre de S. Anatoile de Salifu.
(3) Délib. mwiicipale de Dole du 16 mars 1502 (n. s.) portant que oe jour les Etats sont assemblés à Salins.
(4) Délihér. du ckap, mttrop. 8 octobre 1502. — Voy. aussi eh^nire de S, Anatoile de Salin$.
(5) Voir le traité. Délib. du chap. de Betan^n. Séance du 22 mai
sous PHILIPPE LE BEAU. 235
Session du 30 janvier 1503. — Dole (1).
Sur cette assemblée des trois Etats du Comté, nous ne trouvons qu'une mention rapide dans les délibérations du chapitre de Besançon. On voit qu'un subside y fut voté ; mais la délibération en laisse ignorer le chiffre.
Session du 3i juillet i503. — Dole (2).
Cette session offre le tableau de l'une des rares assemblées et la dernière où le souverain présida en personne.
L'archiduc Philippe le Beau, roi de Castille, arriva à Dole le 22 juillet 1503. Cette date contestée est fixée par les registres municipaux de cette ville.
Le prince y était attendu depuis plusieurs mois ; comme il avait traversé la France et séjourné à Lyon près de Louis XII avec qui il fit un traité au nom de son beaupère Ferdinand, roi d'Aragon, des otages avaient été donnés pour la sûreté du jeune roi; et, dès le l®*" mars, le duc d'Alençon était arrivé et séjournait à Dole (3). Au lieu d'y arriver directement, Philippe le Beau alla en Savoie visiter sa sœur Marguerite avec qui il passa les fêtes de Pâques, et ce n'est que dans le cours du mois de juin qu'il se rendit en Franche-Comté.
Traversant les montagnes du Jura, il arriva tout d'abord à S^ -Claude, puis au château de la Chaux, propriété de
(1) Dtlih, du chapitre de Betançon, 3 février 1503 (n. s.).
(2) Le 7 août, les députés du Chapitre envoyés à Dole pour assister aux Etats, rendent compte de cette assemblée du 31 juillet, et domino archiduci Austrie inibi tune pretidenti coneordatam fuisse summam LX mille franeorum. (Délibér. du ehap, à la date du 7 août 1503.)
(3) n aniva à Dole le 30 mars 1573, et y resta Jusqu'à ce que Tarchiduc fut hoi*s de France. (Délib, munieip, de Dole), — Les autres otages séjournaient à Valenciennes, qu'ils ne quittèrent que le 3 juiUet 1503. (Négoc. diplom. tom. l»**, année 1503).
S36 ÉTATS GÉTÏÉRAUX
Charles de Poupet, son premier sommelier de corps, et depuis, pendant longues années, ambassadeur de Charles- Quint en France. De ce château situé dans les montagnes, il se rendit à celui de Vers^ dont les honneurs lui furent faits par la princesse d'Orange. Puis, descendant dans la plaine, il se rendit à Salins, et de là à Dole, capitale du pays.
Tous les habitants de la ville, en babils de fête, allèrent au devant du fils bien-aimé de Marie de Bourgogne. La ville était ornée, comme aux plus beaux jours. Chacun se pressait sur le passage de ce jeune roi de vingt-cinq ans, devenu Tua des monarques les plus redoutables de l'Europe. Philippe était d'une taille médiocre et bien proportionnée ; il avait le teint blanc et vermeil, la barbe claire, la lèvre du bas un peu plus avancée, sans avoir rien de choquant et de désagréable, les yeux ni grands ni petits. Il régnait dans toute sa personne, je ne sais quoi d'auguste et de majestueux (1). Sa beauté, dit J. ChiQet, était grande, quoiqu'il eût les dents un peu en désordre et un genoux plus court que l'autre (2). Je l'ai connu, dit Pierre Martyr (3) : je n'ai vu aucun souverain du monde de si grande beauté. Il charmait par l'heureuse habitude du corps, les grâces de sa personne, son aimable et facile douceur. <
On le connaissait d'ailleurs pour un jouteur consommé. Sa devise, avec la figure d'un chevalier prêt à entrer en lice, était : Qui voudra. Il avait la passion de la chasse, comme son père et tous les princes de la maison de Bourgogne, ses ancêtres, dont la bibliothèque, conservée à Bruxelles, est remplie de livres de chasse (4).
L'archevêque de Besançon, Jean de Busleyden, homme
(1) Ce portrait est de Mariana, Hiit. (TEspagne, liv. XXYIII.
(2) Jules Chiflbt, Toiion d*or.
(3) Novi Philippum... Inter orhis principes nullus juvenit pukhriar. Mira trot in Philippo eorporis habitude, forma gratissima, sapidissima linitas. (P. Martyr, epist. 285, lib. XVTII).
(4) J. Chiflet, Toison d'or, an 1506.
sous PHILIPPE LE BEAU. S37
d'autorité et de sage conseil, avait été son précepteur, avec un ascendant toujours écouté (1); et on remarquait combien Philippe avait perdu à sa mort (2), se livrant à des conseillers douteux, faciles à corrompre (3), mais qui avaient à ses yeux l'avantage de gouverner pour lui : car il aimait le plaisir autant qu'il hissait les affaires (4).
Le prince présida les Etats assemblés à Dole le 31 juillet. Heureux et séduits, ils votèrent en sa faveur une somme de 60,000 francs. Philippe passa vingt-un jours à Dole, logé dans la maison Vurry, celle que depuis habita Gollut (5) ; son séjour parut trop court à ses sujets enthousiasmés. De Dole, il passa à Gray, puis au château de Villersexel, visité cinq ans auparavant par l'empereur son père. Le 19 août, il arrivait à Héricourt, puis sortait du comté par la Haute- Alsace pour se rendre en Allemagne.
Sessim des 23, 24^ 25 novembre 1506. — Salins (6).
Par son administration, ses guerres, ses campagnes ruineuses souvent fatales au comté de Bourgogne, comme
(1 et 2) Bkuntini arehiepiscopi mars huic maxime of/ieit, h namque magni cùnsilii et naturâ pronus ad bonim et œquum tantœ auctoritaiis trot apud Philyifpum, tU fwUus majorù, (P. Mautts, Efntt. lib. xvi, ep. 248.)
(3) Herre Martyr. EpisL 253.
(4) Mariàna, Hist. d^Espagne, Ut. xxvm, n» 24.
(5) c Dom Philippe (le Beau), comte de Bourgoingne, estant en ceste ▼iUe de Dole logé en la maison du sieur escayer Yurry mon beau-père. » (Gollut, Mém,f noiw. éd.^ 1. xi, ch. xxix.)
(6) Délit, du chapitre métropolitain de Beiançon du 18 noY. 1506. U y est exposé que les Etats doivent s'assembler à Salins lundi prochain (23 nOY.); puis, à la date du 28, que les Etats ont eu lieu et que Dominam Margaritam Burgundie inUfi existentem pet dictas status, sub tomen beneplacita imperataris^ fore et esse electam Burgundie gubematricem ; quod anus in se sumpserat^ et qwbus premissis , dicti status gratias ingénies reddiderini.
par ses exigences insatiables, Maximilien y avait laissé les plus déplorables souvenirs. Aussi, quand au mois de septembre, Philippe le Beau, son fils, mourut à la fleur de l'âge, le comté s'émut à la pensée de retomber sous le joug de l'empereur. Tous les yeux se tournèrent vers Marguerite, sa fille, dès longtemps connue dans la Franche-Comté. Elle lui était chère, soit comme fille de Marie de Bourgogne, soit comme sœur de Philippe le Beau. Le pays connaissait la vertu supérieure et les hautes qualités de cette princesse, formée si jeune encore à la dure école de l'adversité. On a dit d'elle que, au milieu de ses malheurs, elle s'était reprise à la vie par le côté politique. Le pensée de gouverner la Franche-Comté, héritage de sa mère, lui sourit. Pour y préparer son avènement, devançant l'assemblée des Etats, elle y fit un séjour d'un mois, et en visita les villes, Poligny, Arbois, Besançon, à deux reprises (1). A Poligny, elle reçut une députation des Dolois, qui venaient lui offrir leur ville (2). Enfin elle se rendit à Salins, où les Etats s'assemblèrent le 23 novembre (3).
Après un service funèbre pour son frère dans l'église St-Anatoile, auquel elle assista en longs habits de deuil avec tous les députés, elle prit place à l'assemblée des Etats. D'une voix unanime elle fut, sauf l'approbation de l'empereur, proclamée souveraine du comté de Bourgogne. Marguerite répondit avec modestie qu'elle acceptait cette ofire du pays, qui avait tant souffert pour sa mère ; mais qu'avant tout elle avait à connaître la volonté de l'Empereur. Des acclamations de sympathie et de reconnaissance accueillirent cette déclaration de la princesse (4).
(1) Délibér. du ehapUre de Besançon, 2 décembre 1506.
(2) Délit» municip. de Dole, 8 novembre 1506.
(3) Madame (la princesse d'Orange) est à Salins, aux EstaU, pendant quatre Jours, du 22 au 26 novembre. Elle estoit allée devers madame de Savoy e, qui lors estoit pour les Estais. (Archives Chalonj E. 1259.)
(4) Voy, la note 4 de la page précédente.
sous PHILIPPE LE BEAU. 939
Session du iS avril i507. — Salins (1).
Les Etats du Comté et Marguerite elle-même s'étaient fait illusion, en se flattant que, sur leur demande, Maximilien se dessaisirait facilement de Tadministration de cette belle province, pour la laisser à sa fille. Cette administration lui offrait trop de profit, par les secours d'hommes et d'argent qu'il en pouvait tirer, pour qu'il se décidât à l'abandonner tout d'abord.
Aussi, depuis la requête des Etats pour obtenir Marguerite comme souveraine, plusieurs mois s'écoulèrent sans réponse de l'Empereur.
Ils lui envoyèrent des députés qui le trouvèrent à Salzbourg dans le Hanovre. C'est alors qu'il leur fit connaître sa volonté de conserver comme mainbourg ou tuteur du jeune archiduc (Charles-Quint, son petit-fils) le gouvernement de la Franche-Comté, et leur annonça l'arrivée prochaine de commissaires qu'il enverrait pour en prendre possession en son nom.
Il n'y avait pas à résister à la volonté impériale, et il ne restait qu'à subir de bonne grâce la loi qu'on ne pouvait éviter. Les Etats furent donc assemblés à Salins le 13 avril 1507, dans le couvent des frères Mineurs, où arrivèrent les commissaires de l'empereur, tant ceux qu'il envoyait d'Allemagne, que ses représentants choisis sur place, comme le maréchal de Vergy et Etienne de Thiard, président du Parlement.
Tout, sous des formes officielles, se passa aussi gracieucieusement que possible. Mais, au fond, les Etats regrettaient profondément la bonne princesse Marguerite, et étaient fort attristés de voir leur pays retomber aux mains d'un maître besoigneux, exigeant et avide.
(1) Nous avons le reoëa en entier imprimé dans les Mémoires de la Société d Emulation du Jura^ 1873. — Voyez aussi les Arehiv, desEtats^ M. 45.
Nous avons le recès complet de celle session importanle, qui lienl une grande place dans Thisloire de nos Elals ; on y relrouve, dans le plus grand délail, la mise en scène de loul ce qui se passail dans ces assemblées provinciales depuis le lemps du duc Philippe-le-Bon. Bien que 30,000 francs fussenl demandés au nom du souverain, l'assemblée n'en vota que moitié, sachant d'avance que, d'après les habitudes de l'empereur, ses demandes de subsides n'allaient plus dès lors avoir de fin.
Sessions des 27 y 28 et 29 octobre 1507. — Besançon (1).
Les Elals se réunirent à cette époque au milieu de la plus vive agitation. Au mois de septembre 1507, Louis de Vaudrey, bailly d'Aval, l'un des chevaliers les plus chers et les plus dévoués à l'empereur (2), s'élail emparé du château de Joux, que possédait Louis d'Orléans, gendre de Philippe de Hochberg. Jusqu'à sa morl ce dernier, neveu de Louis XI par son mariage, et de loul temps fort odieux àMaximilien, qui l'appelait le grand valel de France, avait eu, même après la paix de Senlis, l'étonnante fortune de se maintenir dans la possession de cette forteresse et des villages qui en dépendent. Mais un coup de main heureux, tenté brusquement par Louis de Vaudrey, l'avait mise dans les mains de l'empereur.
(i) Je lis dans un titre de cette époque {Papiers des EtatSt M, 46) : « Le xxrx* Jour d'octobre Tan mil cinq cent et sept, la somme de « 3,000 fr. fat accordée à Besançon, aux Etats y rassemblés, pour € fournir et satisfaire aux frais qu'il convient nécessairement faire /wur c raison de laprinse de Joux et piUerie de PofUarlier^ faite par le sieur c Dabreux. — Il fallut aller devers les quatre villes de Berne, Fri* c bourg, Soleure et Luceme, et mons*' de la Trimouille, gouverneur c du comté de Bourgongne, pour raison de la pHnse de Joux^ et éviter « de grands dommages et inconvéniens. »
(2) n avait fiût la guerre des Paya-Bas, et déjà, en 1491, était capitaine des gardes que Maximilien et son iOs avaient prises depuis la prison deGand. (Voyez Hkutsbus, an. 1491, p. 189 deTédit. de 1598.
sous PHILIPPE LE BEAU. MX
Cette entreprise avait été évidemment concertée avec ce prince, qui, en récompense, accorda immédiatement à Vaudrey une pension et un peu plus tard la jouissance à vie de la terre et du château, dont il le créa capitaine.
Le comte de Neufchâtel fut Irès-irrité de cet acte violent; en représaille et par ses ordres, ses Neufchâtelois, franchissant la frontière, se jetèrent sur Pontarlier, envahirent et pillèrent cette ville, à qui ses murailles en désordre ne permettaient pas de se défendre (1).
Les Suisses prirent fait et cause pour le comte de Neufchâtel. Il était de leur intérêt d'avoir par lui, à la frontière du Jura qui les avoisine, un pied dans la Franche-Comté. On crut, un moment, à une guerre ouverte et déclarée, et l'alarme fut grande en deçà des monts. Sous le poids de cette inquiétude, les Etats s'assemblèrent à Besançon le 29 octobre, Louis de Vaudrey parut devant eux (2), et expliqua que depuis le dernier siècle le château de Joux était la légitime propriété de nos comtes. Les Etats délibérèrent trois jours (3) et votèrent pour la défense du pays un subside de 3,000 francs.
En même temps toutes nos villes prenaient en hâte les mesures des sûreté nécessaires, et l'on faisait partir pour Pontarlier une partie de Tartillerie de Besançon (4). Les Etats, qui craignaient une rupture, envoyaient à Berne,
(1) M. Bechet {Recherches sur Salins, II, p. 236-237) parle do la prise du château de Joux par les Neufchâtelois. Mais les documents empruntés par Thistorien aux archives de Salins, je Tai vérifié sur place, sont inexactement rapportés.
(2) Comptes de Besançon, octobre 1507,
(3) 28 et 29 octobi-e, écharguet eu armes, la nuit, à cause des Etats, (Ibid).
(4) « Pour le boire des compaignons, lesquelx furent accompagner « jusqu'au lieu de Rancenay Tartillerie que Ton prent en ceste cite « pour mener à Pontoilier en montaigne. » (Comptes de Besançon, 8 novembre 1507).
â42 ÉTATS GÉNÉRAUX
Fribourg, Soleure et Lucerne, des députés chaînés de porter aux ligues helvétiques les explications et les assurances pacifiques du pays. C'était l'abbé de Billon et Fernande de Neufchâtel.
D'autres étaient envoyés à la Trémouille, gouverneur du duché (1). Ils leur exposèrent les très-légitimes droits des comtes de Bourgogne devenus, dès 1454, propriétaires du château de Joux par l'acquisition qu'en avait faite Philippe le Bon.
Pendant les négociations, les bruits de guerre continuaient (2). A Besançon, les gouverneurs firent murer la porte de Battant. La princesse d'Orange envoyait à Salins cent montagnards armés, et offrait d'en envoyer mille ; enfin, depuis l'Allemagne, Maximilien, qui approuvait pleinement l'entreprise de Vaudrey, faisait partir en poste 5,000 hommes pour le comté de Bourgogne menacé d'une attaque de la Trémouille (3).
Cependant les Suisses, d'abord si irrités, se calmaient. Par leur intermédiaire, une trêve fut convenue jusqu'au mois de mai 1508, afin que la question en litige fût examinée.
Cette difficulté faillit rompre les négociations au traité de Cambray. Les comtes de Neufchâtel se refusaient d'abord à rien entendre jusqu'à la restitution du château de Joux (4). Enfin, après de longs débats, le traité se conclut ; par un
(1) Papiers des Etats.U, 45.
(2) Il existe une lettre de Maximilien, répondant aux cantons qui lui avaient éerit en termes menaçants, où il leur déclare que le duc Philippe tenait ce château par acquisition du sire de St-Oeorge. (M. Du- VSRNOT, note star Golhttj p. 14^6.) Rien n'était plus vrai, Thistoire en dépose aujourd'hui.
(3) Lettre de Gaiinara à Marguerite^ iO nov. 1508 j dans les Nég. dipltmatiq. I, 205.
(4) Lettre de Marguerite à son père^ SO novembre iôOS, LsaLAT, I,
sous PHILIPPE LE BEAU.
article à part^ il fut déclaré qu'ils jouiraient par provision de la terre de Noyers, située en France^ et que le procès pendant ce temps serait soumis à l'examen de juges compétents (1).
Il était insoutenable pour les adversaires de l'empereur. Des témoins furent entendus, et l'enquête prouva que nos comtes avaient régulièrement acheté cette seigneurie, qu'un acte d'acquisition avait été dressé par un notaire de Pontarlier, mais frauduleusement soustrait par Philippe de Hochberg, qui l'avait fait disparaître, et était ainsi parvenu à se maintenir sans aucun droit en possession de ce château.
Louis de Vaudrey jouit, jusqu'à sa mort arrivée en 15H, de la conquête que ses armes avaient rendue à la Bourgogne. Le procès n'alla pas plus loin ; et, si dès lors les comtes de Neufchâtel tentèrent de reprendre le château de Joux, ce ne ftit point par les voies de la justice, mais par des intelligences secrètes et des complots renouvelés quatre ou cinq fois de 1512 à 1529, sans autre résultat que la mort violente des conspirateurs.
(1) On lit dans le traité de Gambray da 10 décembre 1508 : < Item, pour ce que noble seigneur, Loys d'Orléans, marquis de Rothelin, affîrme avoir esté spolié du chasteau de Joux ; et, au contraire l'on prétend icelluy marquis n'avoir esté spolié du dit chastel, ayns ravoir prins juridiquement.... le marquis sera tenu à obéyr à ce qui sera décidé par justice, le chasteau cependant avec ses appartenances demeurant es mains des officiers de S. M. et de monseigneur Tarchi-
duc il jouira du chasteau de Noyers au duché de Bourgogne.....
inventaire sera fait des meubles qu'estoient au chasteau de Joux au temps de la prinse d'iceluy. »