Procès-verbal du tiers, 19 décembre
accordé l'établissement ». Au même moment , le clergé, qui avait voulu obtenir pour le tiers le droit de prendre connaissance de l'état des linances, rencontrait une résistance toute semblable.
Ainsi deux des ordres, pour des motifs différents, se trouvaient en conflit avec le pouvoir : la royauté avait trop d'intérêt à briser cette alliance pour ne pas faire des concessions. Dès le 20 décembre, le président Jeannin se transporta aux Augustins : il apportait des demi-satisfactions. A la noblesse, il annonçait que la chambre de justice serait organisée et que, sur une liste de cent membres des cours souveraines, les États auraient le choix des juges. Au tiers, il notifiait l'autorisation de confier les états de finances à une commission qui ferait un rapport après examen et vérification K C'en était assez pour que les gentilshommes reprissent leurs travaux et que le tiers se rendît compte des nécessités financières. La cour n'en voulait pas davantage. Elle espérait ainsi faire comprendre à la nation l'impossibilité absolue de la réduction des impôts. Mais le malentendu que nous avons tant de fois signalé divisait toujours les députés et le pouvoir. Tandis que le gouvernement espérait l'augmentation des impôts, le pays en souhaitait ardemment la diminution et, pour y arriver, attaquait avec persévérance par la voix de ses députés les dépenses superflues. Comment se rencontrer lorsqu'on poursuivait un dessein si contraire? Le tiers ne perdait aucune occasion de signaler le gaspillage des deniers publics. Les pensions qu'il voulait supprimer ou réduire servaient de texte à ses attaques : quand il se représentait ces six millions de livres qui chaque
1. Il ajouta que, « depuis le décès du roi, les finances avoient été aussi innocemment maniées que jamais ». Procès-verbal du tiers, 20 décembre.
année venaient se perdre dans les mains des courtisans, il n'était point disposé à trouver « innocente » la conduite des affaires sous la régence qui avait vu naître ce scandale. Mais Ténergie manquait la plupart du temps au tiers état : semblable aux âmes faibles, qui ne connaissent que la colère ou l'abattement, il s'indignait et se décourageait tour à tour, mais il n'osait pas remonter avec persévérance à la source du mal, et, a[)rès des lamentations sur les prodigalités royales, il se bornait à supplier le roi que les gratifications ne se fissent plus à l'avenir que sur les excédents des budgets après leur liquidation définitive. Excellent principe que les États n'avaient ni l'audace d'inqjoser, ni la puissance de faire prévaloir!
Excités par la misère du peuple et la grandeur du but à atteindre, les députés du tiers continuèrent à rassembler au sujet des tailles de nouveaux renseignements. Le 30 décembre, un député d"Angers leur apprit les plus inquiétantes nouvelles : les états de répartilicm pour l'année 1615 conliMiaicut une crue de trois deniers pour livre sur le piinripal de la taille. C'était une augmentation sensible que le tiers état n'était nullement disposé à subir. Il décida aussitôt que ce fait, confirmé pour d'autres provinces par plusieurs membres, serait mentionné dans la requête au roi; il en fit part aux premiers ordres, qui renouvelèrent à cette occasion leur promesse d'appuyer le tiers dans sa troisième démarcbe pour la réduction des tailles.
Mais au milieu de la querelle qui survint dès les premiers jours du mois de janvier, les promesses du clergé et de la noblesse furent bien vite oubliées; c'est pourquoi le tiers se résolut à envoyer seul au Louvre pour insister sur la réduction. Son orateur fit le tableau It- plus sombre et le \)]u< vrai dt* la misère
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du royaume : il rapprocha la disette qui avait appauvri les campagnes en 1614 de l'augmentation si inopportune des tailles, et il réclama vivement une satisfaction immédiate qui fît voir clairement au peuple qu'il n'était pas oublié. Malgré la netteté de ce langage, la reine dit que la solution dépendait des cahiers, que tout se tenait et qu'on ne pouvait diviser les questions. En apprenant cette réponse, le tiers s'attrista, et pour la première fois nous voyons poindre le découragement de l'assemblée, qui commençait à pressentir le « mauvais succès des États pour le bien du peuple * ».
Pendant ce temps, en effet, la querelle entre le clergé et le tiers était chaque jour plus vive : la noblesse, en s'unissant au premier ordre, avait placé le débat sur le terrain le plus dangereux. L'antagonisme de la bourgeoisie contre les privilégiés prenait le premier rang dans les préoccupations des députés. Dans cette lutte des classes, il n'y avait pas de question qui ne rallumât la discorde. La noblesse demandait-elle la suppression, par voie d'extinction, des offices multipliés par les édits bursaux, le tiers répondait aussitôt par une requête tendant à abolir toutes les nouvelles charges de cour ou les offices militaires. Chaque proposition rencontrait la défiance; chaque offre était accueillie par un refus-.
Au milieu de cette lutte, la question des finances n'avançait pas : on était arrivé au milieu de janvier