‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 101 sur 226 · RÉDACTION DES CAHIERS · texte numérisé non relu

RÉDACTION DES CAHIERS

clia-t-il bien plus à combattre pour l'égalité que pour la liberté politique. Il demandait dans ses cahiers la réunion périodi([ue des Ëtats Généraux, mais avec timidité! En 101 i, les officiers de justice et de finance qui remplissaient l'assemblée ne comprenaient pas de quel puissant levier serait armée la nation le jour où ses droits seraient reconnus et défendus par une institution qui serait l'organe régulier de sesdoléances. Le tiers se borna à réclamer les convocations de dix ans en dix ans « afin qu'à l'avenir Sa Majesté et ses successeurs puissent être aisément, et sans flatterie et dissimulation, instruits des nécessités publiques et plaintes libres de son peuple contre les plus puissants, soit ecclésiastiques ou officiers et ministres du gouvernement ' ». Cet article fut voté à l'unanimité et inséré comme loi fondamentale à la suite de la déclaration qui avait mis le tiers état aux prises avec les ordres i)rivilégiés. Un autre principe eut égalem(Mit les honneurs de l'insertion en tête du cahier : ce fut la défense de toute ligue ou association quelconque sans le consentement du roi.

Ces articles avaient été votés le 15 décembre, au moment où le tiers état commençait à rédiger son cahier général. Pendant toute la querelle sur l'autorité du saint-siège, les députés du tiers n'avaient pas cessé de s'occuper de la rédaction des doléances. On était arrivé, comme nous l'avons vu, à la fusion définitive des douze cahiers, et ce travail avançait lentement, quand le roi, dans l'audience qu'il accorda aux députés, le 7 janvier, leur donna l'ordre de se tenir prêts pour le :25. Il était impossible de terminer dans un si court délai : cependant, dés le lendemain, le

1. T. t). Procès-verbal du tiers du lii décembre 161i, séance de l'aprcs-midi.

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tiers, ayant cherché les moyens d'accélérer la rédaction, nomma une commission de douze députés tirés de chaque gouvernement, pour dresser un projet qui serait lu et approuvé en assemblée générale. Cette commission s'occupa sans désemparer de sa tâche; malgré ses efforts, on fut de nouveau forcé d'ajourner la remise des cahiers, et le 23 le duc de Ventadour vint annoncer au tiers état que la séance était désormais fixée au 3 février.

Pendant que les douze députés travaillaient assidûment à la rédaction des vo'ux émis par toute la France, l'assemblée voyait se dérouler devant elle une série de propositions plus ou moins intéressantes qui émanaient soit des ordres privilégiés, soit de l'initiative des députés du tiers, obéissant aux mandats impératifs de leurs provinces. Toutes les affaires urgentes qui auraient été perdues au milieu des innombrables doléances contenues dans les cahiers, toutes celles qui ne pouvaient obtenir une solution favorable sans l'union des trois ordres, se trouvaient ainsi portées devant l'assemblée du tiers.

La situation financière et le chiffre élevé des impôts occupèrent, comme toujours, le premier rang dans les délibérations des députés. Nous avons laissé cette question au moment où la cour venait de refuser pour la seconde fois la réduction des tailles. Quand on apprit autour du roi la déception du tiers, on l'attribua à l'ignorance des difficultés au milieu desquelles se débattait le gouvernement : on résolut tout aussitôt de les lui faire connaître ; mais, comme à cette époque on eût cru trahir l'État si l'on n'avait pas entouré du plus grand secret tout ce qui tenait aux affaires de la couronne, on s'y prit si mal pour faire les communications, qu'en réalité il eût presque autant valu s'en abstenir.

AFFAIRES FINANCIÈRES iH

Les États avaient appris le lo décembre le refus de réduire les tailles; le Kî, au début de la séance du tiers, le président proposa d'entendre la lecture d'un état des finances pendant la réj^cnce de la reine. Les députés s'étonnent (pi'il ne soit pas déposé sur le bureau. Miron leur apprend alors que, le roi n'entendant « pas être conijilable envers ses sujets », cette communication devait être verbale et faite tout au plus aux commissaires élus par l'assemblée. La chambre du tiers, justement blessée, manifesta son mécontentement en déciilant cpic la lecture dans ces conditions était rejetée comme inutile et qua son président remporterait ledit état.

Les députés ne perdaient pas de vue l'afl'aire des tailles : par leur activité, ils avaient réussi à provoquer un nouvel accord. Le nombre des projets formés par les autres ordres facilitait considérablement leur entente; dans les moments où les amours-propres n'étaient pas trop viidenunent excités, il intervenait un échange de bons ofhees cpii déterminait les transactions : ainsi les ordres privilégiés promirent de demander la réduction des tailles à la condition que le tiers, qui comptait un si grand nombre d'olTi(Mers de finance, s'associerait à leurs efTorts pour obtenir l'établissement de la chambre de justice.

Les trois ordres demandèrent en efîet la création de cette chambre ; mais la cour, suivant un système qui commençait à irriter les députés, remit sa décision à la clôture des Etats. Cet ajournement équivalait à un refus : personne ne s'y trompait. La noblesse, qui avait pris l'initiative de cette proposition, se montra plus blessée que les autres ordres et « décida de ne plus travailler aux cahiers ' jusqu'à ce que le roi eût

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