États Généraux, t. XVllI, p
2. La séance d'ouverture n'eut pas lieu le même jour, parce que les Parlements de Bordeaux et de Grenoble étaient en désaccord sur leurs préséances. Le roi renvoya le différend aux premiers présidents et aux procureurs généraux, qui passèrent la journée du i" décembre à ouïr les parties et à opiner sur la matière. Assemblée des notuôles, p. do à 22.
3. Louis de Nogaret, cardinal de la Valette, archevêque de Toulouse, troisième fils du duc d'Épernou.
276 ASSEMBLÉE DKS NOTABLK.?, lG2(t
telle (Hail la composition de ras>enil)l(''e. ([iii l'rimissait cinquante-cinq membres.
Le roi ouvrit la séance par quelques mots; ensuite le garde des sceaux de Marillac prononça le discours d'usage. Il rappela que, depuis 15o8, les rois de France avaient convoqué fort souvent les personnages les ))Ius importants du royaume; il énuméra successivement les Etats Généraux et les assemblées de notables, puis, après un éloge du roi, il en arriva à la situation du royaume. Lr-s finances nécessitaient les remèdes les plus prompts. La guerre étrangère et les rébellions, disait-il, ont « consommé une grande partie du fonds et revenu ordinaire de l'Etat et endetté le roi (h; plus de cinquante millions de livres , Sa Majesté aimant mieux prendre sur son propre fonds les moyens de repousser les ennemis dedans et dehors, que de surcharger son peuple ni incommoder ses sujets en quelque sorte que ce soit; car vous remarquerez, messieurs, ce que vous aurez grande peine à croire, et la postérité ne l'entendra jamais sans admiration, ([ue le revenu ordinaire de l'Etat ne surpasse point seize millions de livres, et la dépense en a monté, en toutes les dernières années, à trentesix ou quarante millions par an; et néanmoins le roi n'a jamais accru les tailles qui se lèvent sur son peuple, ni retranché un quartier des rentes dues à ses sujets, ni des gages de ses officiers : ce qui ne se trouvera en aucun des siècles précédents.
a Mais d'autant que cette disproportion de la recette à la dépense donne lieu par la nécessité à beaucoup de moyens extraordinaires. Sa Majesté, désirant l'éviter ci-après, a estimé qu'il n'y avoit aucun meilleur moyen que d'égaler la recette à la dépense, augmentant l'une et diminuant l'autre.
« Pour diminuer la dépense, il ne se peut faire que
DISCOUllS 1)K MARILLAC 277
par rclranchemens. Le roi a résolu do relranclior lui-iiu'ine la dûpensc de sa propre maison et de ce qui en déjicnd, pour donner exemple ù ses sujets; el afin (pi'iis aient plus d'oecasion de se retrancher euxmêmes, il a fait son édit des loix somptuaires; il a aussi déchargé son peuple de six cent mille livres sur les tailles de Tannée prochaine
« Sa Majesté pense encore à d'autres grands rclranclicniens; aux garnisons, aux gens de guerre de la campagne, par le rasement de plusieurs places »jui ne servent (jue de dépense inutile et de moyen d'opprimer le peuple, et engager le roi à entretenir les armées dans les provinces, sitôt (piil y a des mouvcmens dans le royaume ^
« Yf)us aurez aussi à travailler sur rétal>lis--ement du commerce, comme au plus pro|)re moyen d'enrichir le peuple et de réjiarer riinmirur de la France. »
Marillac passa en revue les diih!'rents maux ijui prod\iisaient la « léthargie » du commerce : h'S pirates venant ravager nos eûtes, la Méditerranée infestée par les Turcs, les pêcheries de Terre-Neuve inabordables, les constructions maritimes arrêtées; si elle demeure davantage « en cet endormissement », la France se perdra; « en (|uoi nous sommes d'autant phis blâmables, ajoute le garde des sceaux, qui parlait ainsi sous l'infiuence directe de Richelieu, que nous avons dans le royaume toutes les commodités nécessaires pour n(ms rendre forts sur la mer; jusques-là même que n(uis en fournissons à nos voisins, et avons encore, par les dispositions de la nature, des avantages tels, que nous pouvons assujettir tous nos voisins et les fair(> dépendre de nous.
i. États Génciuu.r, t. XVIJI, p. 218. Ass. da- notables. \). l'a.
« Nous avons les grands bois et le fer pour la construction des vaisseaux; les toiles et les chanvres pour les voiles et cordages dont nous fournissons les provinces voisines. Nous avons les fromens pour les biscuits, le vin, le cidre, la bière, les matelots et mariniers en abondance, qui, pour n'être pas employés par nous, vont servir nos voisins. Nous avons les meilleurs ports de l'Europe; et ce qui est grandement remarquable, nous tenons la clef de toutes les navigations de l'Est à l'Ouest et du Sud au Nord *. »
Pour priver l'Espagne de l'influence que lui assurait la possession de Gibraltar. Marillac parlait de la jonction de la Seine à la Saune ([ui uniiait la Manche à la Méditerranée, « de sorte que toutes marchandises du levant seroient plus tôt et plus facilement à l'extrémité de la France qu'à l'entrée de l'Espagne, et rendrions la France le dépost commun de tout le commerce de la terre ». Il n'hésitait pas à faire honneur de tous ces projets au cardinal de Richelieu, qui avait obtenu du roi « qu'il se résolût à mettre à bon escient la main au commerce ».
« Vous verrez aussi, continua-t-il, les règlements que Sa Majesté a fait dresser pour les gens de guerre, tant des garnisons que de la campagne ; l'ordre pour les faire vivre sans la foule du peuple ; la manière assurée pour régler leurs paiemens; le moyen défaire que le nombre porté sur les états du roi soit effectif, et autres points importans que vous fera entendre M. le maréchal de Schomberg. à qui Sa Majesté en a donné la charge.
« Si, outre cela, vous avez à représenter à Sa Majesté quelque chose pour le bien de l'Église et de la
■1. Étals Généraur, 1. XVllI, p. l'H.
DISCOURS Dl. RlCUKLli:U -'79
justice et police du royaume, ou autrement, elle l'entendra bien volontiers '.
« Vous aurez encore à vous occuper de deux points, lesquels, combien qu'ils soient fort sévèrement punis par les ordonnances, ont besoin de nouvelles lois, et plus rigoureuses pour leur châtiment. Le premier point est : la licence effrénée d'abuser des deniers du roi, les retenir et se les approprier avec tant de subtilités et de finesses, que les lois introduites contre le péculat sont impuissantes et surmontées par l'avarice qui déguise et enveloppe ses larcins en tant de manières, qu'il est quasi impossible d'en convaincre les coupables.
« L'autre est, des fréquentes rébellions, soulevemens et conjurations contre l'État et de l'insupportable facilité à s'y engager, lesquelles se traitent par factions, liaisons et sermons, sous diverses couverturcs, en telle sorte que l'on a peine de les découvrir. »
Après ce programme des travaux de l'assemblée, le maréchal de Schomberg exposa les affaires de la guerre : l'intention du roi était d'entretenir trente mille hommes d'armes, mais il fallait avant tout les bien payer; il ajouta qu'il était chargé de couimuniquer à l'assemblée des mémoires spéciaux, des projets de règlements sur la discipline, mais les meilleures mesures seraient vaines, si le payement des gens de guerre n'était assuré. Le véritable objet de l'assemblée est de chercher, dit en concluant le maréchal, les moyens de pourvoir à ces dépenses.
Le cardinal de Richelieu prit enfin la parole et annonça en peu de mots nets et précis ce qu'il attendait de l'assemblée des notables. « Les affaires, dit-il.